SÉANCE DU 20 JANVIER 1916
Présidence de M. des Cheises, président
Présents : MM. Autorde, de Beaufranchet, Berger, Chometon, Jamot, Louis Lacrocq, Lafay, Malabout, Mozer, Pâquet, Pichon, Rousseau, Wuiet.
Excusés : MM. Arrivière, Bellet, Bertrand, Gallerand, Marc de Lajaumont, de Lavillatte, Lefour, de Nedde, Pluyaud, Wallet.
— M. LE PRÉSIDENT donne lecture des lettres par lesquelles MM. Chénon, de Lesteyrie, Male, Fage, Hubert et Petit, ont fait savoir, dans les termes les plus aimables, qu'ils acceptaient les titres de membre honoraire et de membre correspondant de notre Société.
La Société les remercie de leur acceptation.
— M. Pierre Sauty, agent voyer en retraite à Guéret, est admis comme membre titulaire, sur la présentation de MM. des Cheises et Pichon.
— M. LE PRÉSIDENT annonce que la Société des Antiquaires de l'Ouest a consenti à nous envoyer ses Mémoires, et la Société archéologique de Montpellier à faire l'échange de ses publications avec les nôtres.
— Lecture est donnée d'une circulaire de M. le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, en date du 25 novembre 1915, relative à une enquête historique et économique sur les biens communaux. M. LE PRÉSIDENT signale l'intérêt tout particulier que présente cette question pour la Creuse, où les communaux étaient nombreux. Il engage les membres de la Société à l'étudier et à en faire l'objet de communications.
— Lecture est donnée de la liste des monuments historiques classés de la Creuse. Cette liste sera insérée dans nos Mémoires. M. LE PRÉSIDENT prie les membres de la Société de vouloir bien signaler au Bureau les immeubles et objets d'art qui leur paraîtront mériter le classement.
— Pour M. Lefour, trésorier, excusé, M. PICHON, trésorier adjoint, indique dans quelles conditions notre Société a souscrit à l'Emprunt national de 1915.
Le titre de 15 francs de rente 3 % qu'elle possédait a été converti en un titre de 60 fr. de rente 5 % au moyen d'un versement de 726 francs pris sur les fonds en caisse.
Un autre titre de 100 fr. de rente 5 % a été souscrit. La somme de 1.760 francs nécessaire pour cette souscription a été prise à concurrence de 880 francs sur le livret de Caisse d'épargne, et, pour le surplus, sur les fonds en caisse.
La Société approuve cette opération.
MUSÉE. — M. AUTORDE présente deux haches en pierre polie, d'une très belle conservation, trouvées, il y a une vingtaine d'années, sur le territoire de La Celle-Dunoise, entre les villages de Bouery et de La Gilardière. Ces haches ont été offertes au Musée par M. Jamot, instituteur en retraite, secrétaire de la mairie de La Celle-Dunoise.
— Mme veuve Laroche, née Drevet, et M. Louis Laroche ont fait don au Musée de belles armes et de décorations ayant appartenu au commandant Laroche, à sa famille, et à celle de Mme Laroche.
Des remerciements sont votés aux donateurs.
BIBLIOTHÈQUE. — Depuis notre dernière séance, nous avons reçu les dons suivants :
De M. Chénon, son récent ouvrage, Histoire et Coutumes du prieuré de La Chapelle-Aude ; de M. Fage, Jean Margarin, imprimeur à Limoges ; de M. C. Alhéritière, sa thèse de doctorat sur Les Communaux en France, en particulier dans la Creuse ; de M. Ginot, bibliothécaire à Poitiers, sa Notice sur Alfred Richard ; de M. Petit, ses tirages à part d'articles qu'il a publiés sur Charles de la Fagerdie et les jeux de l'Eglantine à Tulle, les origines du collège de Tulle, les Statues du jubé de la cathédrale de Limoges, François de Rincon, abbé de Bénévent ; de notre collègue, M. Georges Berthomier, le tirage à part de sa note sur la Pierre de mesure de Saint-Germain-Beaupré.
Grâce à l'intervention de notre collègue, M. Jamot, Mme Ravet, de Jarnages, nièce de notre compatriote, le colonel Roudaire, nous a donné un exemplaire des procès-verbaux de la Commission pour l'examen du projet de mer intérieure en Afrique, projet qui a fait la célébrité du colonel, et un précieux recueil factice contenant les nombreux articles nécrologiques consacrés à Roudaire ; ce recueil avait été fait par Ferdinand de Lesseps, son ami, et il porte une dédicace autographe de de Lesseps à Mme Roudaire.
La Chambre de commerce de Guéret nous a remis la collection complète des comptes rendus de ses séances et de ses travaux, et elle a bien voulu nous promettre le service régulier de ses intéressantes publications.
Notre collègue, M. Chometon, nous a donné un exemplaire, sorti de l'Imprimerie royale, de l'édit de Louis XVI (avril 1776), sur la libre circulation des vins.
Des remerciements sont votés aux donateurs.
ARCHIVES. — Notre collègue, M. Alévêque, nous a donné divers documents, contrats et procédures, de la seconde moitié du XVIIIe siècle, se rapportant les uns à une famille Vinturoux, de Bonnat, les autres à une famille Bacquier, de Saint-Vaury. Dans deux contrats (24 mai 1762, 13 septembre 1774), reçus par des notaires d'Aigurande (Indre), on note la qualification que se donne l'officier public de « notaire royal pour le Berry et la Marche », qualification qui s'explique par la situation de « ville frontière » d'Aigurande, si complètement étudiée dans nos Mémoires (XIV, 458, XV, 5), par M. Gabriel Martin. On remarque aussi, dans une procédure suivie, en 1781, devant la justice de Bonnat-Mornay, qui était en Marche, l'immatricule d'un huissier de Bonnat, Silvain Decharlange : il est « premier huissier royal audiencier en la chancellerie présidiale de Limoges, reçu et immatriculé en icelle, exploitant par tout le royaume, sans visa ni pareatis. »
LECTURES. — M. LE PRÉSIDENT donne lecture de l'étude qu'il a faite d'un terrier de 1543, lui appartenant, relatif à la seigneurie de Pontarion.
— Lecture est donnée d'un article de M. ALBERT LACROCQ, sur des souvenirs de l'époque révolutionnaire conservés au Musée de Guéret.
Ces articles seront insérés dans nos Mémoires.
COMMUNICATIONS. — Notre collègue, M. MAURICE PINEAU, que son état de santé empêche d'assister à nos réunions, nous a envoyé la note suivante, qui évoque des souvenirs du vieux Guéret :
« Il est toujours intéressant de se rendre compte de l'aspect d'une ville dans les temps passés ; malheureusement pour Guéret, il est à peu près impossible de trouver des documents à cet égard. Un vieux plan de la ville au XVIIe siècle, découvert par Pierre de Cessac et publié par notre Société, donnant une vue cavalière, mais à une très petite échelle, de divers monuments de la ville, un essai de reconstitution du plan de Guéret au XVIIIe siècle par le docteur Villard, une insignifiante et fantaisiste vue de la ville, antérieure à 1850, puisqu'on y voit le vieux clocher de l'église, quelques descriptions de maisons particulières..... et c'est tout. Il faut donc faire état de la tradition, des souvenirs racontés par les vieux Guérétois aujourd'hui disparus et des renseignements les plus menus. C'est un de ces derniers que je veux rappeler.
» Tous mes contemporains ont entendu fredonner dans leur enfance une naïve complainte qui remonte à quelque quatre-vingts ans. C'est un Guérétois qui revient dans sa ville après une courte absence et qui, sans s'inquiéter beaucoup des règles de la poésie, chante ses impressions de retour et nous fait connaître l'aspect d'un petit coin de la ville :
Mais j'aperçois la Boironade
Le bois des Châtres n'est pas loin ;
De la Rodde la promenade,
Maintenant couverte de foin,
L'hôtel Lemaigre,
Où j'ai fait maigre
Plus d'une fois, hélas ! sans m'en vanter,
L'Hôtel Basile,
Que de la ville
Plus d'un gourmet se plaît à visiter,
La place d'Armes si jolie,
La grande fontaine au milieu
Et le café de la mère Dieu,
Salut à ma patrie...
» Il est facile de déterminer tous les endroits indiqués. La Boironade est le domaine de Bellevue dont M. Boiron, notaire à Guéret, était propriétaire et qui appartient encore à ses héritiers.
» La promenade de la Rodde partait de la route de Moulins, en face de l'entrée de la route d'Ahun, par une large allée bordée de grands arbres, traversait la prairie et la cour du domaine pour aboutir à la route de Paris. L'ouverture de l'avenue de la gare a fait disparaître cette promenade que le propriétaire laissait à la disposition des Guérétois. C'est sous les ombrages de l'allée que se réglaient les affaires d'honneur et c'est là qu'eut lieu, entre deux très-notables Guérétois, un duel au sabre qui, dans d'étranges conditions, vint reprendre et se terminer en pleine ville, sous les arbres de la grande place.
» L'Hôtel Lemaigre était à l'angle de la route de Moulins et du chemin qui conduit au quartier des Tanneries, en face la caserne d'infanterie.
» L'Hôtel Basile était dans la maison de M. des Cheises et avait de très vastes dépendances sur lesquelles on a construit depuis diverses maisons.
» La grande fontaine, construite en 1824, sur la grande place de Guéret (place Bonnyaud), était une tour ronde en granit surmontée d'une vasque qui laissait déverser l'eau dans un vaste bassin circulaire.
» Le café de la mère Dieu était dans une vieille maison du XVIIe siècle bâtie sur l'emplacement des fortifications de la ville et remplacée par la construction où est établi le Crédit Lyonnais.
» Sur l'emplacement où on a construit les bains-douches existait, dès le XVIIIe siècle, un hôtel ou simple auberge qui avait pour enseigne : « Hôtel de Dieu ».
» Dans un titre de 1771, on en trouve mention avec indication de la même enseigne. Vers 1820, les bâtiments tombant en ruines furent achetés par Dubreuil, beau-frère d'Ingres, qui les fit entièrement reconstruire, pour y créer un grand café, et la dernière tenancière de l'hôtel, une veuve de la famille Fortune, qui, en raison de l'enseigne de sa maison, était surtout connue sous le surnom de « la mère de Dieu », vint alors établir dans la vieille maison de la grande place un café que les Guérétois s'empressèrent de désigner sous le nom de café de la mère Dieu.
» Il est impossible de fixer une date précise à la complainte ; mais d'assez nombreuses circonstances qu'il serait fastidieux de rappeler, font penser qu'elle est postérieure à 1824 et antérieure à 1830.
» A noter, en terminant, que la belle vasque taillée dans un seul bloc de granit qui surmontait la grande fontaine a été transportée au champ de foire et que, placée à côté d'une borne-fontaine, elle sert maintenant d'abreuvoir. »
M. AUTORDE présente un dessin à la plume, qu'il a récemment fait exécuter et qui complète par l'image les indications que donne M. Pineau. Ce dessin reproduit, à une petite échelle, une peinture appartenant à M. Château, qui représente la place Bonnyaud, aux environs, semble-t-il, de 1840.
M. ANTOINE THOMAS signale à la Société que le recueil de Pierre Robert, étudié en 1890, par M. Alfred Leroux, dans nos Mémoires (VII, 161), et qui appartenait alors à M. J.-B. Champeval, a été cédé par ce dernier à la Bibliothèque Nationale en 1901. Il porte actuellement la cote : Français, nouv. acq. 10105. Cela fait le troisième volume de P. Robert, que possède aujourd'hui notre grand dépôt national. Les deux autres, acquis peu de temps auparavant d'un libraire parisien, portent les cotes : Français, nouv. acq. 6782 et 6783.
Ils proviennent tous trois de la bibliothèque de Mgr Berteaud, évêque de Tulle, mort le 2 mai 1879, où devaient en exister d'autres, qu'il y aurait grand intérêt à retrouver.
M. ANTOINE THOMAS a bien voulu nous envoyer la copie d'un passage, intéressant la Creuse, des Procès-verbaux de l'Académie royale d'architecture, 1671-1793, publiés... par Henry Lemonnier (tome II, 1682-1696. Paris 1912).
On y lit, page 138 :
« Du 21e février 1687. — On a examiné deux dessins et les devis des deux ponts, dont l'un est à rétablir sur la rivière de Sedelle, dans la Basse-Marche, et l'autre à faire de neuf sur la rivière de Montgarnier, dans la Marche que le sr Mathieu a apportez à la Compagnie, de la part de M. Le Pelletier, l'intendant, sur lesquels on lui a donné son avis. »
M. Lemonnier a indiqué en note :
« La Sedelle est une toute petite rivière du département de la Creuse, qui passe à La Souterraine et se jette dans la Creuse, à Crozant. Le pont dont il est question ici, pourrait être à Pont-Charreau, le seul endroit où ce petit cours d'eau, près de son confluent, ait une certaine largeur. Pour Montgarnier, je n'ai trouvé ni un village ni une rivière de ce nom. »
M. Thomas ajoute qu'il n'a pas mieux réussi que son ancien maître (à l'Institution Massin, 1872-75), H. Lemonnier, à identifier Montgarnier. Quant au pont sur la Sédelle, il n'y a pas de doute que c'est celui de Pont-Charraud ; la graphie Charreau, donnée par M. Lemonnier, est mauvaise. D'ailleurs, la graphie usuelle a un d irrationnel. Comme pour l'autre localité de ce nom, commune du canton de Crocq, le type étymologique est Pontem carralem « pont sur lequel les chars peuvent passer. »
M. LOUIS LACROCQ signale certaines analogies, entre des églises rurales suédoises et des églises rurales françaises, notamment celles de notre région, que permettent de constater les illustrations d'un article de M. Emile Ekhoff, rédacteur en chef des Mémoires de l'Académie d'histoire et d'antiquités de Stockholm (Fornvannen meddelanden fran K. Vitterhets historie och antikuitets akademien. 1913, 28 et ss., 91 et ss.), publication que reçoit notre Société.
Il s'agit d'églises du Gotland. C'est d'abord pour la forme des clochers que l'analogie apparaît très frappante. Montés sur une tour carrée, au bout opposé au chevet, les clochers des églises de Kråklingbo, de Barlingbo, de Hafdhems, présentent la même silhouette que ceux de la plupart des petites églises de la Creuse, avec leur charpente aigüe, leur couverture très inclinée et à plusieurs pans dans la partie supérieure, l'abat-son qui la contourne, la partie inférieure moins en pente. D'autre part, les curieux portails de Kråklingbo et Barlingbo font penser à nos portails polylobés (La Saunière, La Celle-Dunoise, Saint-Sulpice-le-Guérétois, etc.), mais avec cette différence que les lobes ne se détachent pas sur le vide ; ils sont en saillie sur un parement de maçonnerie, dont la ligne intérieure est découpée en courbe, de façon à former cercle avec le lobe.
Il n'y a pas lieu d'être surpris de ces analogies. Depuis longtemps, on a relevé les multiples influences qu'au moyen âge l'art français a exercées au loin, notamment dans les pays scandinaves, où les cisterciens ont été ses propagateurs. Des artistes, des ouvriers français, sont allés travailler en Suède. A ce propos, on peut rappeler que notre collègue M. Bellet a émis l'hypothèse qu'Etienne de Bonneuil, le maître d'œuvre de la cathédrale d'Upsal, dont on ne connaît pas le lieu d'origine, pourrait être de notre pays de maçons et de tailleurs de pierres ; on trouve, en effet, très anciennement, ce nom patronymique de Bonneuil à La Souterraine.
M. LOUIS LACROCQ signale une intervention de la juridiction des Maréchaux de France pour un réglement d'affaires d'intérêt au XVIIe siècle. Il a trouvé, dans les anciennes minutes de l'étude de Me Morel, notaire à Chambon-sur-Voueize, un acte du 23 septembre 1657, reçu par Villatte, notaire à Chambon, qui constate, en effet, ce qui suit :
Pour un règlement de succession, de graves dissentiments s'étaient élevés entre de proches parents, Arnaud de Malleret, seigneur de Lussat et Montaumard, époux de Marie de La Roche-Aymon, demeurant à La Chassagne, paroisse de Saint-Hilaire-le-Château, et Gilbert de Pannetier, seigneur de Neufville, époux de Léonarde de La Roche-Aymon, demeurant au château de Neufville, paroisse de Triller, en Bourbonnais.
Les Maréchaux de France intervinrent. Un ordre, du 4 août 1657, signé du maréchal d'Albret, prescrivit aux parties de procéder à un partage transactionnel, sous l'arbitrage de messire Jacques du Ligondais, chevalier, seigneur de Fortunède et Nouzerine, « porteur des ordres de Ngrs les Maréchaux ». C'est cet arbitrage et le partage consécutif que constate l'acte analysé, dressé à Chambon « au logis où pend pour enseigne le Lion d'Or ». Le tirage au sort des lots fut effectué « dans le chapeau de Gilbert Vachier, journalier, rencontré par hasard sur le chemin ». Il attribua à Mme de Montaumard la terre de La Chassagne, estimée 45.000 livres.
Le Secrétaire : Louis Lacrocq.
SÉANCE DU 16 MARS 1916
Présidence de M. des Cheises, président
Présents : MM. Autorde, de Beaufranchet, Louis Lacrocq, Lafay, Mozer, Pâquet, Pichon, Pluyaud, Sauty, Wallet.
Excusés : MM. Arrivière, Bellet, Berger, Dr Bordier, Gallerand, Antoine Thomas.
M. LE PRÉSIDENT prononce l'allocution suivante :
« Nous avons perdu un de nos sociétaires qui comptait parmi les plus anciens, M. Etienne Picaud, décédé à l'âge de 71 ans, le 29 décembre 1915, dans la ville d'Evaux, où son père avait exercé, avec distinction, pendant de longues années, les fonctions de Juge de Paix, et où il s'était lui-même fixé pour s'occuper de ses importantes propriétés, en même temps que de l'administration de l'Etablissement thermal, dont il était l'un des principaux actionnaires. Par sa famille, il était l'allié très proche de M. Adolphe Carnot, membre de l'Institut, inspecteur général des Mines, et de notre éminent compatriote, M. Léon Larombière, membre de l'Académie des sciences morales, mort Premier Président honoraire de la Cour de cassation. Notre collègue était un agriculteur de réelle valeur, très au courant des méthodes nouvelles et des progrès les plus récents de la science agronomique. C'était un homme de bien, d'une honorabilité parfaite, un ami de relations très sûres. Je répondrai certainement à votre pensée en adressant à sa veuve, à son fils, M. Léon Picaud, qui, lieutenant de cavalerie territoriale, détaché à l'état-major de la 22e division, décoré de la Croix de guerre, fait vaillamment son devoir, nos vives condoléances et l'expression des regrets sincères que nous laisse la perte de cet excellent collègue.
» Un certain nombre de nos collègues sont actuellement sous les drapeaux. Il en est bien peu d'entre nous qui ne comptent parmi les combattants et aussi parmi les blessés, les prisonniers, parmi ceux qui sont tombés glorieusement devant l'ennemi, quelque membre de leur famille. Cette guerre est dure ; elle est terrible, et il semble bien, comme nous le voyons par la formidable bataille qui, depuis vingt-cinq jours, se poursuit devant Verdun, sur les deux rives de la Meuse, que nous touchions à cette heure grave où les offensives décisives vont se produire et se précipiter peut-être sur toute l'étendue du front. Mais le jour viendra, nous en avons l'absolue confiance, où la victoire finale couronnera par une paix glorieuse l'héroïque effort de nos vaillants soldats et de leurs admirables chefs. Jusqu'à ce jour, anxieusement attendu, où s'affirmera, avec le concours de nos alliés, le triomphe sur la barbarie germanique, du droit et de la justice, dont ils sont les champions, que Dieu protège nos combattants et qu'il les soutienne ! »
L'Assemblée applaudit aux paroles de M. le Président.
Elle ratifie l'admission, proposée par le Bureau, comme membres titulaires, de Mme Pineau de Montpeiroux, qui nous fait l'honneur de prendre parmi nous la place qu'occupait son regretté mari ; de M. Léon Picaud, qui a bien voulu succéder à son père ; de M. Faure, professeur de mathématiques au Lycée de Guéret ; de M. le Docteur Dutil, du Grand-Bourg.
M. PICHON, trésorier-adjoint, présente les comptes de l'exercice de 1915.
Recettes
En caisse au 31 décembre 1914 ....................... 2.893 35
Subvention du département .......................... 700 »
Subvention de la ville de Guéret .................... 500 »
Cotisations .......................................... 910 »
Prélèvement sur le livret de caisse d'épargne ....... 121 »
Intérêts du titre de rente 3 % ...................... 15 »
Conversion de 15 fr. de rente 3 % en emprunt de la Défense Nationale ................................ 330 »
Prélèvement sur le livret de caisse d'épargne ....... 880 »
TOTAL ................................................ 6.349 35
Dépenses
Dépenses ordinaires, suivant état .................... 3.548 35
Achat de 160 fr. de rente 5 % de la Défense Nationale. 2.801 »
TOTAL ................................................ 6.349 35
M. LE PRÉSIDENT désigne MM. Pluyaud et Wallet pour procéder à la vérification des comptes. Cette vérification, immédiatement faite, en reconnaît la parfaite régularité. La Société les approuve et adresse ses remerciements à M. Lefour, trésorier, et à M. Pichon, trésorier-adjoint.
M. LE PRÉSIDENT présente le projet de budget pour 1916, établi par le Bureau de la manière suivante :
Recettes
Cotisations ........................................... 950 »
Subvention du département ............................ 700 »
Subvention de la ville de Guéret ...................... 500 »
Intérêts de la rente 5 % .............................. 160 »
TOTAL .................................................. 2.310 »
Dépenses
Traitement des gardiens du Musée ...................... 450 »
Allocation à M. Aubaile, employé ...................... 100 »
Frais de bureau et envoi des Mémoires ................. 150 »
Entretien du Musée et acquisitions .................... 500 »
Abonnement aux Annales du Midi ........................ 20 »
Impression et brochage des Mémoires ................... 850 »
Fouilles ............................................... 40 »
Bibliothèque ........................................... 100 »
Dépenses imprévues ..................................... 100 »
TOTAL .................................................. 2.310 »
Ce projet de budget est approuvé.
Sur la proposition de M. le Président, il est décidé que la récente circulaire de M. le Ministre de l'Instruction Publique, relative à l'enquête historique et économique sur les biens communaux, sera insérée dans le prochain volume des Mémoires.
MUSÉE. — Sur la proposition de M. Autorde, conservateur, la Société décide :
1° De demander à M. le Ministre de la guerre de vouloir bien envoyer en dépôt au Musée, ainsi qu'il a été fait pour d'autres villes, des trophées de guerre pris sur l'ennemi.
2° D'adresser un appel au public pour que des dons ou des dépôts d'objets de tout genre, se rattachant à la guerre, soient faits au Musée, afin d'y constituer une collection qui rappellera la lutte si vaillamment soutenue par le pays.
BIBLIOTHÈQUE. — Un certain nombre de brochures d'intérêt local, qui faisaient partie de la bibliothèque de notre regretté collègue, M. Henri Guillot, ont été récemment achetées par nous.
Notre collègue, M. Valadeau, nous a donné des tirages à part de plusieurs de ses travaux.
La Société des Antiquaires de l'Ouest, grâce à l'intervention de notre collègue, M. le comte de Beaufranchet, et de son gendre, M. de Baglion, nous a envoyé plusieurs fascicules destinés à compléter notre collection de ses publications.
Des remerciements sont votés.
ARCHIVES. — Notre collègue, M. Maurice Pineau, nous fait don d'un registre du bureau des domaines de Guéret, contenant, sous forme de déclarations ou d'analyses d'actes, « l'ensaisinement royal de tous les biens dépendans de la censive du roy », pour « les châtellenies royales de Guéret, Chénérailles, Bellegarde et autres ». La première mention est du 19 décembre 1771, la dernière, du 15 juillet 1777. On trouve dans ce registre nombre de mentions intéressantes sur des propriétés rurales et urbaines, notamment sur des maisons de Guéret, et sur quelques fiefs importants, comme ceux d'Aigurande, de Moneiroux, paroisse de Clugnat.
M. Maurice Pineau nous a également fait don de la lettre autographe d'Ingres et de la copie d'une autre lettre du même artiste dont il sera parlé plus loin.
Des remerciements lui sont votés.
LECTURES. — M. Joseph Paquet donne lecture d'un article où il a étudié la Sénatorerie de Limoges sous le Premier Empire, et la résidence à Guéret du titulaire de cette sénatorerie.
— Lecture est donnée d'un article de M. Charles Alluaud, ancien président de la Société entomologique de France, sur Les recherches d'histoire naturelle dans la Creuse.
M. LE PRÉSIDENT, en annonçant que M. Lafay a bien voulu rédiger, pour le prochain volume de nos Mémoires, un article sur la botanique, exprime l'espoir que cet exemple et les conseils de M. Alluaud seront suivis, et que notre Société reprendra les travaux d'histoire naturelle, qui sont l'un de ses buts.
— Lecture est donnée de l'Avant-propos qu'a écrit M. Antoine Thomas pour présenter des documents de 1308, 1315 et 1327, trouvés par lui et relatifs aux premières franchises de Bourganeuf ; — de deux lettres écrites par Ingres en 1828 et 1831, la première ayant trait à la création d'un cercle littéraire à Guéret, que poursuivait son beau-frère Dubreuil ; la seconde, adressée à sa belle-sœur Mme Borel, peu après la mort de Madeleine Chapelle, sa première femme, dont on connaît l'origine guérétoise ; M. Maurice Pineau, à qui est due la communication de ces deux lettres, en a fait un commentaire, dont lecture est également donnée.
Ces divers articles et documents seront insérés dans nos Mémoires.
COMMUNICATIONS. — M. Henri Berger nous a transmis des renseignements fournis par M. le chanoine Parinet, archiprêtre de Bourganeuf, sur la chapelle de Notre-Dame-du-Puy, qui existe dans cette ville.
La chapelle actuelle, de style gothique, a remplacé une vieille chapelle rurale, dont un dessin de Langlade, dans l'Album pittoresque de la Creuse, nous a conservé l'aspect. Cette chapelle rurale avait, elle-même, remplacé une très ancienne chapelle construite au moyen-âge. On trouve là un de ces nombreux sanctuaires, élevés, un peu partout, pour honorer le culte très populaire de la Vierge miraculeuse du Puy-en-Velay. La chapelle était en très mauvais état quand M. Coussedière, curé de Bourganeuf, en projeta la reconstruction. Par acte du 26 avril 1859, il acheta le vieux bâtiment à la commune, et demanda à l'abbé Texier, le célèbre archéologue limousin, d'établir les plans d'un édifice nouveau, dont la générosité de M. Coussedière et les souscriptions qu'il recueillit, permirent l'exécution. Les travaux, commencés en 1859, furent achevés en 1863. La chapelle fut consacrée le 10 août 1864 par Mgr Fruchaud, évêque de Limoges ; assistaient à la cérémonie l'archevêque de Bourges, prince de La Tour d'Auvergne, Mgr Gousseau, évêque d'Angoulême, et Mgr Berteaud, évêque de Tulle.
— M. Louis Lacrocq signale un dessin intéressant l'iconographie creusoise, qui se trouve au Musée Adrien-Dubouché, à Limoges. Ce dessin, à la plume et sépia (H. 0,11 x L. 0.19), représente le pont de La Terrade à Aubusson en 1895 ; on y voit la charmante maison ancienne à tourelle qui s'élevait au bout du pont, sur la rive droite, et qui a été démolie vers 1903. Il a pour auteur M. Pierre-Henri Mayeux, architecte, professeur d'art décoratif à l'Ecole des Beaux-Arts.
— M. Louis Lacrocq communique un joli dessin fait, d'après une photographie, par Mme M. Villoutreix, représentant une porte du petit château de Fayolle, près Guéret. Cette porte, très simple, et qui ne manque pas d'élégance, rappelle, mais avec plus de souplesse dans la facture, la conception décorative de la porte d'une maison de Guéret reproduite dans nos Mémoires (XIX, 382) ; comme cette dernière, elle date certainement du XVIe siècle.
Le Secrétaire : Louis Lacrocq.
[Illustration : Porte à Fayolle, près Guéret]
SÉANCE DU 18 MAI 1916
Présidence de M. des Cheises, président
Présents : MM. de Beaufranchet, Berger, de Cessac, Ferrier, Gallerand, Louis Lacrocq, Lafay, Marc de Lajaumont, Malabout, Mozer, Pâquet, Pichon, Pluyaud, Sauty, Wallet.
Excusés : MM. Autorde, Bellet, Bertrand, Mazet, Maurice Pineau, Valadeau.
L'Assemblée ratifie l'admission, proposée par le Bureau, comme membres titulaires, de MM. le chanoine Parinet, archiprêtre de Bourganeuf ; Ferrier, professeur adjoint au lycée de Guéret ; Salmon, négociant à Guéret ; l'abbé Boithier du Plantadis, curé-doyen d'Ahun, et Henri Filhoulaud, de Bourganeuf.
Notre collègue, M. Octave Polier, notaire à Guéret, capitaine au 106e territorial d'infanterie, a été blessé à la fin de mars dernier. Sa brillante conduite lui a valu une citation à l'ordre de sa division et la croix de guerre.
M. LE PRÉSIDENT, se faisant l'interprète de la Société, lui adresse ses vœux de rétablissement et ses compliments.
M. LE PRÉSIDENT expose que Mme Eugénie-Marie-Alice Faucon, épouse de M. Jean-Marc Purat, demeurant à Clocher, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois, décédée le 1er décembre 1915, a, par son testament olographe, en date du 31 juillet 1915, légué à la ville de Guéret tous les objets mobiliers lui appartenant qui se trouvent à Clocher, en spécifiant que ceux de ces objets qui ont un caractère artistique devront être déposés à perpétuité au Musée de Guéret, et que le choix des objets destinés au Musée sera fait par les conservateurs de cet établissement, après le décès de son mari.
M. le Maire de Guéret, en faisant connaître à la Société ces dispositions testamentaires, l'a invitée à donner son avis sur l'acceptation du legs fait à la Ville, en indiquant que, parmi les objets composant le mobilier de Mme Purat, se trouvent les suivants : un bronze de Mène, représentant des chevaux, deux faïences, trois médaillons Renaissance en bois sculpté, l'édition de la Bible, illustrée par Gustave Doré.
La Société, considérant qu'il résulte des renseignements fournis par M. le Maire que le mobilier légué à la Ville de Guéret par Mme Purat contient des objets ayant un caractère artistique, est d'avis qu'il y a intérêt pour le Musée à ce que ce legs soit accepté.
M. le Ministre de la guerre a bien voulu faire un accueil favorable au vœu émis par notre Société dans sa séance du 16 mars dernier, relatif à l'envoi de trophées de guerre en dépôt au Musée de Guéret, vœu que M. le Préfet de la Creuse avait bienveillamment transmis. Ces témoignages de la vaillance de nos soldats sont exposés au pied de l'escalier du Musée ; ils se composent de deux canons de 77 sur affût, un mortier de 77 de tranchées, deux lance-bombes de 90 sur affût, un obusier de 180 de tranchées. La Société adresse ses remerciements à M. le Ministre et aux autorités civiles et militaires qui ont facilité le transport et l'installation des trophées.
M. LE PRÉSIDENT rappelle que notre Musée possède un intéressant et glorieux souvenir de la guerre de 1870-71 : un pavillon prussien pris, le 14 novembre 1870, à bord du Kœnig-Wilhelm, par M. Louis Maillard, chef de timonerie sur l'Imprenable.
L'Assemblée approuve le projet, formé par le Bureau, d'une conférence qu'organisera la Société et dont le produit sera versé aux œuvres de la Croix-Rouge. M. Charles Alluaud, ancien Président de la Société entomologique de France, a aimablement accepté de faire cette conférence, qui aura lieu le 30 mai, sur le sujet suivant : Le front équatorial de la guerre ; Anglais et Allemands en Afrique orientale. L'Assemblée adresse ses remerciements à M. Alluaud, qui avait déjà témoigné sa sympathie pour notre Société en rédigeant un article pour nos Mémoires. Elle décide de lui offrir le titre de membre honoraire.
M. LE PRÉSIDENT communique un Questionnaire, envoyé par le Comité des travaux historiques et scientifiques, relatif au prix des denrées avant et pendant la guerre.
BIBLIOTHÈQUE. — Des dons très intéressants de livres, brochures et tirages à part de leurs travaux nous ont été faits par nos collègues, MM. Antoine Thomas et René Fage, ainsi que par M Louis de Nussac, sous-bibliothécaire au Muséum de Paris.
M. Grand, maire de Guéret, et M. Latrige, adjoint au maire d'Aubusson, répondant à notre appel, nous ont remis des documents imprimés, affiches, tarifs, etc., se rapportant à la guerre et ayant un caractère local.
Des remerciements sont votés.
LECTURE. — Lecture est donnée d'un document de 1694, trouvé par M. Valadeau aux Archives de la Haute-Vienne, et des explications dont il l'a accompagné : c'est le Projet d'un raiglement pour la Confrairie du Saint-Sacrement, establie à Felletin. Ce document sera publié dans nos Mémoires.
COMMUNICATIONS. — Une lettre de M. Bellet nous signale « la découverte à Bridier, près La Souterraine, par M. Nonique-Desvergnes, d'une petite médaille en électrum, trouvée sur l'emplacement de l'ancien Breith, et représentant Romulus et Remus allaités par la louve ».
— M. Maurice Pineau nous a envoyé, pour la présente séance, un curieux document administratif de la période révolutionnaire, dont il fait don à notre bibliothèque, document qu'il a trouvé dans ses papiers de famille.
C'est une formule en blanc, imprimée sur papier bleu clair, de mandat-poste pour envoi d'argent aux soldats de « la République Française une et indivisible ». La formule est dans un cadre de 0 m. 135 de hauteur, sur 0 m. 175 de largeur. Dans le haut, le timbre de la République, très finement reproduit, est placé au milieu de l'intitulé de l'imprimé, qui porte : « Reconnoissance de somme déposée à découvert pour les Volontaires et tous Citoyens attachés aux Armées, jusqu'à 100 livres en assignats seulement. »
Plus bas :
Je, soussigné, Directeur des Postes, reconnois avoir reçu d.. citoyen ..........., la somme de............, pour l.. citoyen à.... .......) et je promets de la faire passer par le premier ordinaire au Bureau de Paris, franche de port, le droit de 5 p. 100, qui étoit dû, ayant été par moi perçu.
A......... ce........., l'an.......... de la République Française, une et indivisible.
Dans l'épaisseur du cadre, composé de traits et d'une légère guirlande en forme de chaîne, on lit, dans le haut : « Poste aux lettres » ; à gauche : « Liberté » ; à droite : « Egalité ». Le troisième mot de la devise : « Fraternité », ne s'y trouve pas.
— La présence actuelle de prisonniers de guerre dans la Creuse n'est pas une nouveauté. Notre département en a reçu des quantités considérables pendant les guerres de la Révolution. Celles de l'Empire lui en envoyèrent aussi.
M. Gabriel Jamot a relevé sur les registres de l'état civil de Guéret de nombreux actes de décès de prisonniers de cette dernière époque.
L'année 1813 n'en fournit que quatre : ceux d'un Anglais et de trois Espagnols, dont le lieutenant-colonel Michel Olivera, âgé de 62 ans. L'année 1814 en contient, de février à juin, un nombre élevé, qui donne à penser qu'il y a eu, alors, à Guéret, une très grave épidémie. En majorité, ces prisonniers étaient Autrichiens, Hongrois et Bavarois ; on rencontre aussi quelques Russes, quelques Anglais et quelques Espagnols.
A noter le décès, le 9 mars 1814, de William Hetling « otage anglais, distillateur, né à Bath, comté de Sommerset », qui était logé chez un particulier, place Rochefort ; et, le 8 avril, celui de Paul Solaire, « capucin de l'ordre de Saint-François, né à Valence, prisonnier de guerre espagnol », décédé à l'hôpital.
Dix ans plus tard, environ, la guerre d'Espagne amena de nouveaux prisonniers à Guéret. On trouve cinq décès de soldats espagnols de janvier à avril 1824.
M. Pluyaud indique qu'il a remarqué, dans les communes du Grand-Bourg et de Bussière-Dunoise, des noms patronymiques dont la forme étrangère paraît rattacher ceux qui les portent à des prisonniers de guerre mariés dans le pays.
M. Berger dit qu'aux environs de Bourganeuf, dans la propriété de La Chaume, se trouve un terrain qu'on appelle « le Cimetière des Espagnols ». D'après la tradition locale, ce terrain aurait servi à l'inhumation de prisonniers faits, au XVIIe siècle, en Flandre.
— M. Louis Lacrocq présente la photographie d'une miniature qui est le portrait de Joseph Joullietton, l'auteur de l'Histoire de la Marche. Cette photographie a été communiquée à la Société par nos collègues MM. André et Paul Poujaud, arrière-petits-fils de Joullietton, qui nous ont aimablement autorisés à la reproduire dans nos Mémoires. La reproduction, dessinée au trait et entourée d'une inscription, illustrera les couvertures des fascicules et la feuille de titre du tome XX. La miniature porte à droite une signature qui n'a pu être lue sur la photographie ; l'original n'est pas en la possession de MM. Poujaud ; il appartenait à une autre branche de leur famille.
M. Louis Lacrocq accompagne la présentation de la photographie des observations suivantes :
Il rappelle qu'une biographie très documentée de Joullietton a été publiée par C. Pérathon dans le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin (XLII, 178). Joullietton était né le 23 octobre 1768, à Chavanat, canton de Saint-Sulpice-les-Champs, où son père, son grand-père et son arrière-grand-père avaient exercé la profession de chirurgien. Reçu docteur en médecine en 1792, il se fixa à Aubusson, qu'il quitta, vers 1795, pour venir à Guéret ; il y remplit longtemps les fonctions de conseiller de préfecture. Il mourut, le 3 janvier 1829, à Boussac, où la seconde Restauration l'avait nommé sous-préfet. Il avait épousé, en l'an III, Louise-Suzanne Martinon, d'Aubusson. Une de ses filles, grand'mère de nos collègues MM. Poujaud, avait épousé le docteur Cressant, de Guéret.
Tous ceux qui s'intéressent au passé de notre province doivent un hommage à la mémoire de Joullietton. Il mérite bien le titre d'« Historien de la Marche », dont s'accompagnera son portrait dans nos Mémoires. Les lacunes, les inexactitudes qu'un siècle écoulé permet de relever dans son Histoire de la Marche et du pays de Combraille, dont les deux volumes ont été publiés en 1814-1815 à Guéret, chez P. Betoulle, doivent apparaître peu de chose en regard du mérite général d'un travail qui a ouvert la voie aux études d'érudition dans la Creuse.
Sur les conditions dans lesquelles a été préparé et publié le livre de Joullietton, Pérathon a donné, dans nos Mémoires (XV, 497), sous le titre Les correspondants de Joullietton, un article qui résume la biographie de l'historien et reproduit d'intéressantes lettres que lui avaient adressées, en 1809, 1810 et 1813, l'abbé Legros, l'érudit limousin, et le Bénédictin Dom Mazet, bibliothécaire à Poitiers.
Dans son article, Pérathon n'a pas indiqué comment ces « lettres inédites » étaient parvenues en sa possession. Il résulte d'une note d'un de ses cahiers (n° 9, p. 217, Archives de notre Société), qu'il en avait eu communication par un de ses amis, Albert Castel, qui les avait trouvées dans un lot de vieux papiers.
Il serait intéressant de savoir dans quels termes avait été rédigé l'appel aux souscripteurs que Joullietton avait certainement adressé au public. Nous ne l'avons pas retrouvé. Le Journal du département de la Creuse ne nous a fourni (n° du 14 décembre 1816) qu'un avis de l'apparition de l'Histoire de la Marche. Un compte rendu élogieux en fut commencé ultérieurement dans ce même journal, par Hippolyte Grellet, substitut à Aubusson (n° du 11 janvier 1817), et ne paraît pas avoir été achevé. L'ouvrage provoqua, toujours dans le même journal, une courtoise discussion : Joseph-B. Lagoutte fils reprocha (n° du 30 novembre 1816) à Joullietton d'avoir omis Pierre de Montmaur, écrivain du XVIIe siècle, dans son énumération des « historiens, poètes et littérateurs ». Joullietton se justifia (n° du 1er février 1817), en disant que rien ne prouvait que Montmaur fût né dans la Marche. Lagoutte répondit dans le numéro du 12 avril suivant par de vagues arguments.
Le Secrétaire : Louis Lacrocq.
SÉANCE DU 20 JUILLET 1916
Présidence de M. des Cheises, président.
Présents : MM. Autorde, Fargeas, Ferrier, Gallerand, Jamot, Louis Lacrocq, de Lavillatte, Malabout, Mozer, Pâquet.
Excusés : MM. Arrivière, de Beaufranchet, Bellet, Berger, Roger de Lajaumont, de Nedde, Wallet.
M. LE PRÉSIDENT exprime la vive part que prend la Société aux deuils cruels éprouvés par M. le conseiller Fabreguettes et M. Paul Mignaton, membres titulaires, qui ont perdu l'un son petit-fils, M. Pierre Debray, l'autre son fils, le lieutenant Maurice Mignaton, tombés glorieusement au champ d'honneur.
M. le Docteur Treille, médecin des houillères à Lavaveix-les-Mines, et M. Léonard Daraud, propriétaire et négociant à La Bussière, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois, sont admis comme membres titulaires.
M. LE PRÉSIDENT communique une lettre de M. Charles Alluaud qui accepte le titre de membre honoraire de notre Société et exprime ses remerciements.
M. Pichon, trésorier-adjoint, fait savoir que le produit de la conférence faite, avec entier succès, le 30 mai dernier, par M. Charles Alluaud, sous les auspices de la Société, a été réparti entre les diverses œuvres de guerre, au profit desquelles la conférence avait été organisée.
MUSÉE. — M. Paul Poujaud a fait don d'une étude de tête, traitée à la mine d'argent et en couleur, due au peintre-graveur Claude-Ferdinand Gaillard (1834-1887). La Société exprime ses remerciements à M. Paul Poujaud.
M. Autorde, conservateur, signale le placement dans le Musée, après réparation, de tentures décoratives en tapisserie d'Aubusson (fleurs de lys sur fond bleu), provenant du Tribunal de Guéret et qui ont dû appartenir autrefois au Palais des juridictions de Guéret.
BIBLIOTHÈQUE. — Ont fait don : M. Raymond Rollinat, d'Argenton-sur-Creuse (Indre), de livres et de brochures, dont il est l'auteur, contenant des études sur la faune de l'Indre, sur l'histoire de la guerre de 1870-71, à Argenton, et sur divers poètes berrichons ; — M. Louis de Nussac, du tirage à part de la biographie de Sauvage dont il sera parlé plus loin ; — M. Marc Purat, de ses diverses compositions musicales.
M. E. Lefèvre-Pontalis, directeur de la Société française d'archéologie, accueillant bienveillamment la demande que nous lui avions adressée, a fait compléter notre collection des Congrès archéologiques.
Des remerciements sont votés.
COMMUNICATIONS. — M. LE PRÉSIDENT présente, de la part de M. le comte de Beaufranchet, un portrait en gravure de Jean-François Baraillon (1743-1816), député de la Creuse à la Convention, connu aussi par ses travaux archéologiques. Au-dessous du portrait, qui se présente en profil, à droite, on lit : « Barailon, de la Creuse » ; au-dessus, un numéro, devenu illisible, montre que la gravure appartient à une série de portraits de députés.
M. Autorde présente une tasse en porcelaine blanche lui appartenant, et qu'il dépose au Musée, sur laquelle est reproduit, en noir, le même portrait de Baraillon, en profil inverse de celui de la gravure. La tasse porte, en lettres dorées, l'inscription : « J.-F. Barailon, député de la Creuse depuis 1792 jusqu'en 1807. »
— M. Autorde analyse un mémoire judiciaire, trouvé par lui, présenté, en 1781, à la Chambre de la Tournelle du Parlement de Paris, au nom de divers habitants de Bellegarde qui soutenaient un procès compliqué, né de querelles personnelles, contre un magistrat, Coudert, prévôt de cette localité. Ce mémoire, que M. Autorde se propose de publier, contient des détails pittoresques sur la vie d'une petite ville au XVIIIe siècle.
— M. Louis de Nussac, sous-bibliothécaire au Muséum de Paris, a publié, dans le Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze (3e et 4e livraisons de 1915, pp. 161-172), la biographie d'un professeur de la Faculté des Lettres de Toulouse, François Sauvage (1788-1874), originaire de Brive. Il a signalé les relations d'amitié unissant Sauvage à l'un de ses élèves, Léonce de Lavergne, qui devait faire une brillante carrière comme historien, économiste, homme politique, se fixer dans la Creuse et en être le député à l'Assemblée nationale de 1871.
M. Louis de Nussac a bien voulu envoyer à notre Société une note donnant des détails à la fois sur les sentiments d'affection de Sauvage pour Léonce de Lavergne et sur les débuts littéraires de celui-ci à Toulouse, détails qu'il a trouvés dans le Recueil de l'Académie des jeux floraux.
Très jeune, — il était né à Bergerac en 1809, — Léonce de Lavergne présenta des poésies à l'Académie toulousaine ; elles y furent accueillies avec faveur et lui valurent les gracieuses récompenses qui perpétuent le souvenir de Clémence Isaure : la Violette, l'Amaranthe et l'Eglantine. Une étude sur la littérature au moyen âge lui fit décerner le titre de maître ès jeux floraux et, le 4 mars 1832, il était admis comme membre de l'Académie, en même temps, précisément, que François Sauvage.
L'académicien qui reçut ce dernier marqua, dans les termes suivants, ses liens avec Léonce de Lavergne :
Aux charmes d'une élocution pure, à la vigueur et aux souplesses d'un talent éprouvé dans les chaires de l'enseignement public, M. Sauvage réunit les avantages d'une érudition solide, fruit de ses études laborieuses et de sa profonde admiration pour la littérature classique. Il a, de plus, à nos yeux, un autre genre de mérite, et celui-ci est vivement apprécié, car il tient à nos affections. C'est à lui que l'Académie est redevable d'une de ses plus douces conquêtes. C'est par ses leçons, par ses conseils et surtout par ses exemples que s'est formé et développé, avec un éclat si ravissant, ce lauréat de nos fêtes assis à ses côtés, ce poète, cet orateur, si riche d'espérance et d'avenir, et qui nous apporte aujourd'hui sa jeune gloire, avec les lauriers dont nous l'avons couronné. En reparaissant dans cette enceinte qui retentit encore de l'harmonie de ses vers et des enchantements de son éloquence, M. de Lavergne se présente accompagné de celui qui, par ses doctrines, a préparé ses belles destinées littéraires ; et, de tous les triomphes qu'il a obtenus, celui-ci, j'en suis sûr, est le plus cher à son cœur, puisqu'il le partage avec son ami. Solennité touchante qui confond dans le même hommage le maître et le disciple pour leur rendre communs des honneurs dont ils sont également dignes, et qui, en les associant tous deux au culte de notre immortelle bienfaitrice, promet à ses institutions une longue suite de beaux jours !
A son tour, M. Sauvage loua Léonce de Lavergne dont, dit-il, les titres et les siens, « qui s'étaient bientôt déplacés dans l'ordre du talent », étaient venus « se confondre dans celui de confrère, comme ils s'étaient déjà perdus dans les rapports de l'amitié. »
Enfin, dans cette séance, dont le jeune de Lavergne semble avoir été le héros, M. Ducos, « modérateur » de l'Académie, dit à Sauvage :
N'est-ce pas vous, Monsieur, qui avez conduit les premiers pas de M. de Lavergne dans une carrière qu'il parcourt avec tant d'éclat ? N'est-ce pas aux douces confidences, aux conseils d'un guide aussi distingué qu'il doit, et cet amour des lettres qui féconde le talent, et cet attachement aux saines doctrines, et ce culte des grands modèles que le génie peut dignement imiter, car il n'est donné qu'au génie de reproduire le génie ?
Des remerciements sont adressés à M. Louis de Nussac pour sa communication.
— M. Louis Lacrocq signale une indication concernant la Creuse dans un article de M. J. George sur « Les billets de confiance dans la Charente » (Bull. et Mém. Soc. Archéol. et Histor. de la Charente, 1913, p. 108) : les billets de confiance, dont il se fit tant d'émissions pendant la Révolution, passaient d'un département dans l'autre et la Charente en avait reçu une quantité importante de la Creuse, apportée, dit M. George, par des maçons émigrants.
Sur la demande de M. Debernard, rédacteur au Courrier du Centre, qui avait rendu compte dans ce journal (n° du 27 juin 1916) de l'étude de M. George, celui-ci a bien voulu faire, aux Archives de la Charente, des recherches complémentaires sur les billets de confiance de la Creuse passés dans la Charente, et il a communiqué à M. Debernard, qui nous les a transmis, les renseignements suivants :
Dans les liasses L 266-6, 268, 268-4, des bordereaux, adressés par diverses municipalités et contenant le relevé des billets de confiance déposés par les habitants en vue de leur remboursement en assignats, mentionnent des billets de 5 sols, 1 livre, 2 livres émis par la municipalité d'Aubusson, de 5 sols, 10 sols émis par celle de Bourganeuf, de 5 sols, 10 sols, 1 livre émis par le district de Boussac, de 10 sols émis par la municipalité de cette dernière ville, de 5 sols, 10 sols, 15 sols, 30 sols émis par la municipalité de Felletin, de 5 sols, 10 sols émis par celle de Guéret, de 10 sols émis par la Caisse patriotique de Guéret, de 5 sols, 10 sols émis les uns par la municipalité, les autres par le district de La Souterraine. Mention est faite aussi de billets émis par la municipalité d'Evaux, mais sans précision du chiffre des coupures. Les billets de La Souterraine sont en beaucoup plus grand nombre que tous les autres.
M. Jamot fait observer que la quantité importante de billets de La Souterraine passés en Charente doit s'expliquer plutôt par le commerce des bois de châtaignier que la région de La Souterraine faisait avec la Charente que par l'émigration des ouvriers maçons.
Des remerciements sont adressés à M. George et à M. Debernard.
— M. Maurice Pineau nous a envoyé une note sur l'origine et les pérégrinations de la statue en bois de saint Roch qui se trouve à notre Musée.
Cette statue, du XVIIIe siècle, appartient à l'image la naïve et fruste. Elle a 0.69 de hauteur. Le saint est représenté debout, le bras droit levé et la main ouverte. A l'un de ses côtés est un ange, aux ailes déployées (H. 0,27), qui soulève sa robe et lui fait à la cuisse, par l'imposition de la main, une large et profonde blessure.
De l'autre côté du saint, le chien de Gotard, le patricien de Plaisance, assis sur ses pattes de derrière, lui présente, entre ses dents, le pain qu'il lui porte, chaque jour, pour sa nourriture.
Au XVIIIe siècle, cette statue était placée dans une niche en pierre de taille pratiquée dans une maison qui se trouvait en dehors des remparts de Guéret, à la sortie de la porte Piquerelle. Saint Roch était le patron de cette porte et du quartier avoisinant qu'on appela longtemps « le quartier Saint-Roch ».
La maison fut démolie et, au début du XIXe siècle, une nouvelle construction fut élevée sur son emplacement par M. Genevoix-Dardanne (c'est la maison qui appartient aujourd'hui à M. Mallet, pharmacien). La niche ne fut pas rétablie et la statue de saint Roch se trouva reléguée dans un grenier. Vers 1843, on la transporta dans une autre maison que venait de faire construire M. Genevoix-Dardanne et qui est actuellement l'Hôtel de la Banque de France. Elle y resta jusqu'à ce qu'une parente de M. Genevoix-Dardanne, Mlle Gandolin, religieuse au couvent de la Providence, demanda qu'on lui en fît don ; après l'avoir fait un peu trop restaurer par une épaisse couche de peinture, elle la garda dans sa cellule jusqu'à la dissolution de la congrégation et l'emporta lors de son départ du couvent. En décembre 1904, elle voulut bien céder au Musée, sur la demande de MM. Jean de Cessac et Maurice Pineau, alors conservateurs, la statue de saint Roch, souvenir du vieux Guéret.
— M. Louis Lacrocq donne les indications suivantes sur le terrier de la seigneurie de La Chassaigne, qui lui a été obligeamment communiqué par Mme Dubois de Belair, née Tixier de La Chapelle, propriétaire actuelle, à la suite de son cousin M. Tixier-Lachassagne, de cette terre dont le nom s'est modifié en « La Chassagne ».
Le registre examiné est une copie, en forme de vidimus, établie, en 1778, par Ceygaud et Rouchon, notaires royaux à Bourganeuf, d'un terrier dressé, en 1576, par Joseph Moreau, notaire royal à Bourganeuf, et Jacques de La Bourderie, notaire royal au Compeix, commis par le Sénéchal de Montmorillon, en exécution de lettres royales du 7 juin 1575.
La seigneurie appartenait, lors de la confection de ce terrier, à Pierre de Saint-Julien, écuyer, et à Louise de La Chassaigne, sa femme. Le propriétaire précédent était le père de cette dernière, Michel de La Chassaigne, chevalier.
La Chassaigne, où il y avait « châtel » avec fossés et pont-levis, bois et prairies, était située sur le territoire de la paroisse de Saint-Hilaire-le-Château, qui faisait partie du Poitou. Les dépendances de la seigneurie, ayant justice haute, moyenne et basse, s'étendaient, dans l'enclave poitevine constituant l'élection de Bourganeuf, sur quatre paroisses : Saint-Hilaire-le-Château, La Pouge, Soubrebost et Vidaillat. Elles comprenaient :
Paroisse de Saint-Hilaire-le-Château. — Partie du bourg et les villages d'Ardellier (aujourd'hui L'Ardriller), Bleynat (aujourd'hui Blémac), Choussedier (aujourd'hui Chaussedier), Les Combes, Faye (qui appartient maintenant à la commune de La Pouge), Les Graules, Le Lac, Le Monteil-au-Bardoux (aujourd'hui Le Monteil-Bardoux), Sussat (aujourd'hui Sussac), Le Teil, Villevialle.
Paroisse de La Pouge. — Le village de Brigoux.
Paroisse de Soubrebost. — Les villages de Perseix et Lynards (aujourd'hui Linard).
Paroisse de Vidaillat. — Les villages du Mas et de La Virolle. Il faut noter qu'à côté de ce dernier village, se trouvait un ténement dépendant aussi de La Chassaigne, mais compris dans la paroisse de Saint-Hilaire-le-Château ; sur ce ténement, il y avait eu, antérieurement, un château ; à diverses reprises, il est parlé du « lieu noble du château de La Virolle, paroisse de Saint-Hilaire », et du « ténement appelé du château de La Virolle ».
De la seigneurie dépendaient : deux moulins banaux, l'un à Saint-Hilaire-le-Château, sur le ruisseau de Gosne, l'autre, dans la paroisse, au Masbruguet (aujourd'hui Masburguet), sur le ruisseau d'un étang ; — quatre étangs dits de La Biarge (aujourd'hui La Bierge), paroisse de Saint-Hilaire-le-Château, de Lynards, du Masbruguet, de La Planche (nous ne connaissons pas la position de ce dernier ; les étangs de La Bierge et de Lynards figurant sur la carte du Ministère de l'Intérieur) ; — trois métairies à « La Bierge-lez-La Chassaigne », au Bousquet (lieu non identifié), au Masbruguet. Enfin, le seigneur de La Chassaigne avait le droit de prendre le quart de la dîme des blés que percevait le seigneur de Pontarion, plus le quart de la dîme des blés sur onze villages de la paroisse de Saint-Hilaire-le-Château.
Les redevances mentionnées dans le terrier ne présentent pas de particularités.
A la suite des déclarations qui constituent le terrier proprement dit se trouvent des copies de divers actes allant jusqu'à 1597 et qui ont tous trait à la seigneurie : acquisitions, actes de « guerpissement » par des tenanciers qui ne pouvaient plus payer les redevances, baux à colonage consentis par le seigneur. Parmi les acquisitions se trouve une adjudication aux enchères prononcée au profit de Pierre de Saint-Julien, en la salle épiscopale à Limoges le 18 décembre 1577, moyennant 72 livres, de diverses rentes appartenant au prieuré de Saint-Hilaire-le-Château, et qui représentaient la quote-part de ce prieuré dans l'aliénation des biens du clergé prescrite par le roi.
M. Louis Lacrocq donne lecture d'un des contrats de « guerpissement ».
Ce document sera inséré dans nos Mémoires.
— M. Jamot communique une empreinte de la marque des cuirs à Guéret avant la Révolution. L'apposition de cette marque constatait que les droits grevant les cuirs, droits compris dans les fermes générales, avaient été acquittés ; elle se faisait au moyen d'un instrument à ressort qui, serrant le cuir entre ses deux branches, imprimait en creux le droit et l'envers de la marque. L'inscription D. P. GVERET. G. M. O., paraît signifier : Département de Guéret, Généralité de Moulins. L'expression Département, s'appliquant à une circonscription administrative, a été assez usitée à la fin de l'Ancien Régime. M. Jamot signale une marque absolument semblable pour Aubusson. (D. P. AUBUSSON...)
Le Secrétaire : Louis Lacrocq.
[Illustration : Marque de la ferme générale des cuirs]
SÉANCE DU 12 OCTOBRE 1916
Présidence de M. des Cheises, président.
Présents : MM. Autorde, de Beaufranchet, Fabreguettes, Ferrier, Gallerand, Jamot, Louis Lacrocq, Lafay, Mozer, Pâquet, Pichon, Sauty, Wallet.
Excusés : MM. Arrivière, Bellet, Berger, Bertrand, Bordier, Marc de Lajaumont, de Lavillatte, Malabout, de Nedde, Parinet, Pluyaud, Treille.
Depuis la dernière séance, la Société a perdu deux de ses membres titulaires : M. Lefour, qui a été, pendant de longues années, son trésorier dévoué, et M. le baron d'Ussel. M. LE PRÉSIDENT exprime les profonds regrets qu'ils laissent et les condoléances de la Société à leurs familles.
M. Henri Hugon, trésorier-payeur général à Tulle, et M Pierre Larbaneix, à Bourganeuf, sont admis comme membres titulaires.
M. Pichon est désigné comme trésorier, en remplacement de M. Lefour. M. Pâquet est élu membre du bureau et désigné comme trésorier-adjoint.
Par addition aux statuts, il est décidé que les membres titulaires pourront racheter leur cotisation moyennant le versement d'une somme de 120 francs. Le capital de ces rachats sera affecté au fond de réserve et les intérêts entreront en recette au budget annuel.
MUSÉE. — M. Autorde, conservateur, énumère et décrit divers dons faits au Musée :
Par Mme veuve Laroche, née Drevet :
Un éventail formé de branches en écaille blonde jaune, ornées, vers le sommet, de fleurs peintes ; — un éventail à branches d'ivoire découpées et ornées de personnages en relief ; peinture sur vélin : scène comprenant de nombreux personnages dans l'intérieur d'un palais ; au revers : un parc style Louis XVI (école italienne) ; — un éventail à branches en nacre découpées et ornées de motifs en relief dont quelques-uns dorés ; peinture sur vélin : époux devant l'autel de l'Amour ; prêtre, vêtu à l'antique, les bénissant ; sur un socle D'ane en robe de cour ; — une ombrelle, dite Marquise, recouverte de dentelle noire ; manche en ivoire ; — une pièce de dentelle noire de Chantilly, mesurant 7 m. 50 de longueur sur 0 m. 42 de hauteur ; — un camée, monture en or, tête de femme en haut-relief ; — une miniature montée en broche (portrait de Mme Amélie Prunier, épouse Drevet, enfant) ; — une miniature, cadre à chevalet (portrait de M. Amédée Drevet, enfant, père de Mme Laroche) ; — une miniature montée en broche (portrait de Mme Laroche, enfant) ; — une miniature montée en broche (portrait de Mme Laroche, enfant) ; — portrait de Mme Laroche en châtelaine, émail peint par Louis Bourdery.
Par M. Louis Laroche :
Un gobelet en argent style Louis XV ; — une épée de fonctionnaire (poignée de nacre, garniture en cuivre doré) ; — un plat en faïence de Rouen ; — treize pièces de mariage en or, dans une cassette en vermeil (mariage de M. Bourgeois de La Valazelle avec Mlle Julie de Villetourteix) ; — un éventail à branches os ou ivoire teintées en rouge ; tissu léger garni de paillettes dorées et de palmettes brodées en soie violette et verte ; — un éventail formé de branches en écaille blonde ornées de motifs dorés en relief ; — un camée monté en broche : berger et bergère ; — une sonnette de table ciselée style Louis XVI ; — une soupière et une assiette pour la soutenir, porcelaine à décors dorés ; — une médaille en cuivre : Philippe, duc d'Orléans, 1900 ; — une bassine ancienne en cuivre ; — portrait du commandant Louis Laroche, habillé en chevalier, émail peint par Louis Bourdery.
Par Mme Reynaud-Boyer :
Une vue des ruines de Malval (aquarelle peinte par la donatrice).
Par M. Emile Coulon :
Douze pièces de monnaie ou jetons, notamment un monneron de 5 sols, ou médaille de confiance « remboursable en assignats de 50 et au-dessus, l'an IV de la Liberté ». On lit en exergue : « Monneron frères, négociants à Paris, 1792 », et, sur la tranche : « Départements de Paris, Rhône-et-Loire, du Gard » ; au revers : représentation du serment de la Fédération ; — pièce (XVe siècle), portant un vaisseau comme empreinte ; etc.
Vingt-cinq pièces de monnaie et médailles : pièces françaises depuis Louis XVI, médailles de Napoléon III, pièces étrangères.
Des remerciements sont votés aux donateurs.
Plusieurs personnes, répondant à l'appel adressé par la Société, ont déposé au Musée divers objets, armes, casques, etc., provenant des champs de bataille, avec lesquels a pu être garnie une vitrine.
Des remerciements sont également votés.
CLASSEMENT D'EDIFICE. — La Société émet le vœu que l'église d'Anzêmes, canton de Saint-Vaury, soit classée comme monument historique.
BIBLIOTHEQUE. — M. Louis Laroche a donné des documents anciens concernant sa famille, M. Henri de Lavillatte deux lettres, l'une d'acolyte (1774), l'autre de diacre, délivrées à Pierre Deplagne par l'évêque de Limoges ; — une lettre de Cavaignac dont il sera parlé plus loin.
M. Simon, directeur de l'Imprimerie ouvrière à Guéret, a fait don d'Almanachs de la Creuse édités par cette imprimerie (années 1906, 1907, 1908).
Des remerciements sont votés.
LECTURE. — M. Mozer lit une note sur les émissions de billets de confiance dans la Creuse et particulièrement à Guéret, pendant la Révolution, d'après les documents des Archives départementales. Ce travail sera publié dans nos Mémoires.
COMMUNICATIONS. — M. Georges Berthomier a envoyé la reproduction, habilement faite par M. René Berthomier, son fils, d'une gouache, existant aux Archives du Ministère de la Guerre, qui représente le drapeau d'un bataillon de la Creuse pendant la Révolution.
Ce drapeau est rectangulaire. Sur chacun des côtés, il présente deux bandes se terminant en pointes, l'une bistre, l'autre blanche, qui forment bordure. A l'intérieur de cette bordure sont disposés des compartiments dont les lignes convergent aux angles du drapeau : deux, verticaux, de couleur rouge, et quatre horizontaux, bistre et bleu, deux en haut, deux en bas, les couleurs s'opposant. Ces compartiments encadrent une surface blanche, rectangulaire, sur laquelle sont figurés, en couleur, les emblèmes suivants : faisceau de licteur, surmonté du bonnet phrygien tricolore ; du faisceau partent, à droite et à gauche, des branches de laurier ; au bas du faisceau ruban rouge, foudres, ruban tricolore. Au-dessus des emblèmes, cartouche portant : REPUBLIQUE FRANÇAISE. Au-dessous, deux cartouches portant : BATAILLON AUXILIAIRE DU DEPARTEMENT DE LA CREUSE.
En envoyant cette reproduction, M. Berthomier nous a fait savoir qu'elle avait été relevée dans une collection, peinte par le comte de Bouillé, de drapeaux français de diverses époques, et que le drapeau figuré est celui d'un des bataillons dits « auxiliaires », créés par le Directoire, après le 30 Prairial an VII, dans chaque département, pour l'incorporation des conscrits des diverses classes non encore appelées à l'activité.
L'envoi de M. Berthomier est destiné à notre collection d'iconographie locale. Des remerciements sont adressés à notre collègue.
M. Henri de Lavillatte a trouvé à Boussac une lettre écrite de Londres, le 22 avril 1836, par Godefroy Cavaignac à Pierre Leroux. Ce document sera publié dans nos Mémoires.
— M. Maurice Pineau a envoyé une copie, prise par lui dans les minutes anciennes de l'étude de Me Ducoux, notaire à Guéret, d'un procès-verbal du 25 janvier 1671, dressé par Jupile et Desardillier, notaires royaux, constatant une prise de possession de la prévôté de Saint-Vaury, par le mandataire de « Maistre Charles-Bénigne Hervé, aumosnier du roy, demeurant au collège de Clermont, rue Saint-Jacques, paroisse de Saint-Benoît-le-bien-tourné, à Paris. »
Le procès-verbal est rédigé dans la forme habituelle de ces prises de possession et relate les actes d'usage (Cf. Mémoires, au présent tome, page 230). Le mandataire, Jean Niveau, curé de Guéret, « a fait sonner les cloches, pris de l'eau bénite, est allé au devant du maistre autel où repose le Très Saint-Sacrement où il a chanté le Tantum ergo et dit l'oraison, baisé l'autel, siégé dans la place du chœur de ladicte église destinée en toute office au prévost d'icelle et enfin célébré la saincte messe » ; après quoi il déclare, au nom de son mandant, prendre possession du bénéfice. Un second procès-verbal, que M. Pineau a également copié, constate la réquisition faite par le mandataire au curé de Saint-Vaury, Antoine Devillestivaux, de publier la prise de possession au prône de la messe paroissiale.
Charles-Bénigne Hervé, fils d'un conseiller au Parlement de Paris, était, depuis plusieurs années, prieur de Guéret, quand il devint titulaire d'un nouveau bénéfice dans la Marche par sa nomination à la prévôté de Saint-Vaury (la date de la bulle ratifiant cette nomination est, a après le procès-verbal ci-dessus relaté, « sexto nonas octobris 1670 »). Les Mémoires du président Chorllon (éd. Autorde, pp. 34 et 170), qui le qualifient « grand serviteur de Dieu et homme de bien », donnent quelques détails sur les difficultés qu'il eut avec les habitants de Guéret, au sujet des revenus de son prieuré, et sur une mission qu'il vint prêcher en 1671 (Cf. Dr Villard, Notes sur Guéret, Mém. de notre Société, XII, 468 et ss. ; d'après un acte du 6 mars 1680, indiqué, sans référence, par le Dr Villard, Hervé était aumônier non du roi, mais de Monsieur, frère du roi). Charles-Bénigne Hervé, qui était devenu évêque de Gap, mourut, à Paris, en 1718 (Dr Villard, l. c. p. 469). Il ne semble pas qu'il ait jamais résidé ni à Guéret, ni à Saint-Vaury.
— M. Louis Lacrocq signale une note de M. E. Clouzot, parue dans la revue Le Moyen-Age (livr. de janvier-février 1914, p. 39-43) sous le titre : Les nombres cardinaux dans la toponymie, et dont le point de départ a été une communication de M. de Vasconcellos, un érudit portugais, au Congrès international d'archéologie, à Rome, en octobre 1912.
A propos de l'expression « Ad septem aras », de l'Itinéraire d'Antonin, M. de Vasconcellos a émis l'idée que le chiffre 7 qu'on trouve, en tous pays, dans de nombreux toponymes, ne correspond pas « à une exactitude arithmétique », mais qu'il est pris avec un sens de pluralité indéterminée. Ainsi l'expression « Ad septem aras » veut dire, pour M. de Vasconcellos non pas exactement « Sept dolmens », mais « Plusieurs dolmens » (le mot « aras » signifiant, dans ce texte, des dolmens). Il faudrait voir là une application du caractère « magique » du chiffre 7.
Trouvant l'idée de M. de Vasconcellos curieuse, M. Clouzot a recherché, dans le Dictionnaire des postes, les noms de lieux français où entrent des nombres cardinaux, et il est arrivé à la constatation suivante : la fréquence des nombres 2, 3, 4, 7 et 13, la rareté des autres. S'attachant aux nombres 7 et 13, il a trouvé une anomalie dans le fait que l'attention populaire qui note si souvent Trois-Fontaines ou Quatre-Chemins, cesse généralement de compter jusqu'à 5 ou à 6, pour reprendre à 7 et à 13. Il admet qu'on peut voir là une influence de la cabale, d'autant plus que le second terme des vocables n'est pas toujours susceptible d'un dénombrement exact : exemple Sept-Vents. On peut compter de nombreux Quatre-Vents, des Sept-Vents, des Treize-Vents, mais on ne trouve ni Trois-Vents, ni Cinq-Vents, ni Six-Vents.
Sans exprimer une opinion formelle, M. Clouzot considère qu'il y a dans la thèse de M. de Vasconcellos une présomption intéressante.
M. Louis Lacrocq a fait le relevé des toponymes contenant des nombres cardinaux dans notre département et dans deux départements limitrophes, la Haute-Vienne et l'Indre, d'après le Dictionnaire de M. l'abbé Lecler, le Dictionnaire manuscrit de Grignard, conservé aux Archives de la Haute-Vienne, et le Dictionnaire de M. Hubert, qui donnent plus de noms que le Dictionnaire des Postes. On en trouve quinze dans la Creuse, vingt-cinq dans la Haute-Vienne, dix-huit (plus sept noms de rues de diverses villes), dans l'Indre.
On ne trouve le nombre 2 ni dans la Creuse, ni dans la Haute-Vienne ; il figure dans un seul nom de l'Indre.
Le nombre 3 figure dans huit noms de la Creuse, treize de la Haute-Vienne, onze de l'Indre (y compris cinq noms de rues).
Le nombre 4 figure dans six noms de la Creuse, dix de la Haute-Vienne, huit de l'Indre (y compris deux noms de rues).
Le nombre 5 ne se trouve que dans deux noms de l'Indre.
Le nombre 6 ne figure dans aucun des trois départements.
Le nombre 7 se trouve dans deux noms de la Haute-Vienne et de l'Indre.
Il n'y a plus, ensuite, à noter qu'un nom formé avec le nombre 13 dans la Creuse.
Le tableau suivant rend plus lisible cette répartition :
Nombre 2 — Creuse : » — Haute-Vienne : » — Indre : 1 — Total : 1
Nombre 3 — Creuse : 8 — Haute-Vienne : 13 — Indre : 11 — Total : 32
Nombre 4 — Creuse : 6 — Haute-Vienne : 10 — Indre : 8 — Total : 24
Nombre 5 — Creuse : » — Haute-Vienne : » — Indre : 2 — Total : 2
Nombre 6 — Creuse : » — Haute-Vienne : » — Indre : » — Total : »
Nombre 7 — Creuse : » — Haute-Vienne : 2 — Indre : 3 — Total : 5
Nombre 13 — Creuse : 1 — Haute-Vienne : » — Indre : » — Total : 1
Total — Creuse : 15 — Haute-Vienne : 25 — Indre : 25 — Total général : 65 (dont 55 hors Creuse pour Haute-Vienne et Indre)
L'examen de ces divers toponymes conduit d'abord à dire que beaucoup d'entr'eux expriment une numération précise. Elle peut parfois se constater sur le terrain (p. ex. pour la montagne des Trois-Cornes, dans la Creuse) ; elle est évidente pour les Quatre-Chemins (3 dans la Creuse, 2 dans la Haute-Vienne, 2 dans l'Indre) ; il est logique de la présumer pour d'autres noms, quoique, présentement, elle ne soit pas matériellement vérifiable : on peut admettre, par exemple, à priori, que si des lieux ont été appelés Trois-Fonts (Creuse), Trois-Pierres (Haute-Vienne), Trois-Cormiers (Indre), Cinq-Bondes (Indre), c'est parce que l'attention s'est portée sur un nombre exact d'objets semblables groupés en un point.
Mais, ceci posé, il faut reconnaître que, dans certains toponymes, le nombre ne peut pas correspondre à une numération précise : l'observation faite par M. Clouzot pour Sept-Vents et pour Treize-Vents [on trouve ce dernier nom dans la Creuse, commune de Sous-Parsat, et M. Antoine Thomas a noté dans un document de 1261 (Arch, Creuse, H. 150), turellus de 13 ventis, près de Roches], est exacte ; 7 et 13 ne correspondent, dans ces noms, qu'à une idée de pluralité indéterminée. Il est supposable qu'il en est de même pour le nom de Trois-Fêtus, commune de Lussat, dans la Creuse, qui paraît n'exprimer qu'une idée de raillerie (on trouve ce même nom commune de Rollencourt, dans le Pas-de-Calais). Enfin, s'il est possible que Sept-Fonds, dans la Haute-Vienne, et Sept-Fonds, dans l'Indre, correspondent au comptage exact de sept sources groupées, quoiqu'un tel groupement ne doive pas être très fréquent, il est aussi possible que, là aussi, 7 exprime seulement la pluralité ; l'existence de ce nom dans des régions diverses donne un certain appui à l'hypothèse.
D'autre part, il faut reconnaître, avec M. Clouzot, la fréquence de certains nombres s'opposant à la rareté d'autres nombres. Celle de 4 provient surtout de Quatre-Vents (2 dans la Creuse, 9 dans la Haute-Vienne, 4 dans l'Indre) et de Quatre-Chemins, mais celle de 3 est particulièrement frappante et ce nombre est associé aux objets les plus variés (aux exemples cités plus haut, on peut ajouter : Trois-Piles, Trois-Taillants, etc., dans la Creuse ; Trois-Arbres, Trois-Buissons, Trois-Cerisiers, Trois-Châtains, Trois-Eminées, etc., dans la Haute-Vienne ; Trois-Champs, Trois-Fourneaux, Trois-Lacs, etc., dans l'Indre). Et on peut faire la même constatation dans toute la France. Ainsi, en prenant quatre volumes du Dictionnaire topographique de la France, pour des départements éloignés les uns des autres, on trouve le nombre 3 dans les proportions suivantes :
Aude. — Sur 32 toponymes formés de nombres cardinaux, 17 ont le nombre 3.
Marne. — 7 sur 18.
Pas-de-Calais. — 15 sur 47.
Vienne. — 15 sur 32.
Sans vouloir aucunement formuler une théorie, il est permis de se demander s'il ne faut pas voir un lien entre la fréquence des toponymes contenant le nombre 3 et l'importance spéciale que, dès le temps le plus lointain, les hommes ont attachée à ce nombre. [M. Rosenzweig, dans une étude sur les fontaines du Morbihan (Mémoires lus à la Sorbonne, 1867, p. 238), dit : « Remarquons d'abord le rôle que joue, à diverses reprises, le nombre trois dans notre relevé des fontaines... On connaît le sens mystique de ce nombre dans le paganisme, le christianisme et dans toutes les religions. »]
Cette supposition, les observations faites plus haut sur les nombre 7 et 13, l'absence ou la rareté de certains nombres dans les toponymes, conduisent M. Louis Lacrocq à penser que la seule idée de numération arithmétique exacte et voulue ne rend pas compte de la formation de tous les toponymes à nombre cardinaux. La question présente un certain côté mystérieux.
Le Secrétaire : Louis Lacrocq.