SÉANCE DU 29 JANVIER 1925
Présidence de M. Louis LACROCQ, président.
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, Brunet, Bruzin, Christauflour, Frétet, Gallerand, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Jouve, Laborde, Lafay, Mazure, Pâquet, Peyrot, Sarrassat, Sauty.
Excusés : MM. Arrivière, Ferrier, R. de Forges, Paul Mozer, André Mozer, le docteur Treille, l'abbé Urbani, Valadeau.
— M. le Président se fait l'interprète de la Société pour exprimer ses félicitations à M. Emile Mâle, membre honoraire, directeur de l'Ecole de Rome, à l'occasion de sa promotion au grade d'officier de la Légion d'honneur.
NÉCROLOGIE. — Le 8 octobre dernier, notre collègue M. Martial Paufique est décédé subitement dans sa propriété de Senoueix, commune de Gentioux. Il était né à Lyon en 1856 de vieille souche creusoise. Son père, entrepreneur de travaux publics, était originaire de Gentioux, sa mère était d'Auzances. Il passa une partie de son enfance au presbytère de Gentioux chez son oncle l'abbé Mazet, fit ses études secondaires au Lycée de Lyon et fut l'associé, puis le successeur de son père. Il abandonna les travaux d'entreprise, il y a une vingtaine d'années, pour s'occuper de journalisme et fonder la Dépêche de Lyon, grand journal régional qu'il dirigea avec succès.
Membre de la Chambre de commerce, président du Comité de l'Ecole de commerce, donnant à toutes les œuvres sociales une participation active, M. Paufique avait à Lyon une situation de premier plan. Pendant la guerre, il seconda Madame Paufique dans son rôle de présidente de l'Association des Dames françaises où elle montra un remarquable dévouement que récompensa la croix de la Légion d'honneur.
M. Paufique aimait beaucoup la Creuse ; chaque année il passait trois mois à Senoueix, y faisant, comme à Lyon, le bien avec une délicate générosité. Esprit cultivé, d'un caractère accueillant et serviable, il ne comptait que des amis. Nous l'avons eu trop peu longtemps parmi nous ; il avait suffi de lui signaler notre œuvre pour qu'il lui donnât, en 1921, une adhésion cordiale. Nous exprimons à Madame Paufique et à ses enfants nos vives condoléances.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Ballet, clerc d'avoué à Aubusson ; Houyvet, censeur du Lycée à Guéret ; Jacquet, entrepreneur à Paris ; le docteur Pluyaud, à Houilles (Seine-et-Oise) ; Pruchon, rédacteur à la Préfecture à Guéret ; Roy, consul de France en Chine.
CLASSEMENTS. — Par arrêté du 27 décembre 1924, la croix de chemin située à l'entrée du bourg de Ladapeyre a été classée comme monument historique.
Le Société émet le vœu que les Pierres Jomâtres, près Boussac, soient classées comme site pittoresque.
BIBLIOTHÈQUE & ARCHIVES. — Nous avons reçu les tirages à part suivants :
E. Chénon, Les prudhommes de Bourges au Moyen-âge (extr. de la Nouvelle revue histor. de droit, 1924) ; — Le cartulaire de sainte Catherine du Val des Ecoliers (extr. des Mém. de la Soc. des Antiquaires de France, 1923) ; — Le rôle juridique de l'osculum dans l'ancien droit français (id.) ;
René Fage, La vicairie de la Pauvreté (extr. du Bull. de la Soc. des lettres, sciences et arts de la Corrèze) ;
G. Mouret, Sur la structure granitique du plateau de Millevaches ; — Sur la géologie du plateau d'Aigurande (Indre) et sur les dislocations des environs de Néris (Allier), notes extraites des Compte-rendus de l'Académie des sciences, 1924 ;
J. Raymond, Un roi d'Espagne dans le Blésois (extr. de la revue Blois et le Loir-et-Cher, 1924).
M. Gabriel Jamot a donné un document de l'époque révolutionnaire relatif à Valéry Dargier, baron de Saint-Vaury, dont il sera parlé dans la note de M. de Berranger, mentionnée plus loin.
M. Veyronnet, agent-voyer en chef, a fait don de la nouvelle édition de la carte vicinale de la Creuse, dressée sous sa direction.
MUSÉE. — Il a été donné : par M. Hugon, une eau-forte de D. Guerrier, portrait du célèbre avocat Bétolaud (1828-1915) qui appartenait à une famille de La Souterraine (Cf. Mémoires, t. XXI, p. 586) et une gravure reproduisant des dessins archéologiques d'un artiste creusois, Jules Gagniet (1820-1864), originaire de Saint-Priest-la-Feuille (Cf. id., t. XXII, p. 329) ; — par M. le docteur Rochat, un vase funéraire, en terre grisâtre, du moyen-âge, trouvé dans le sol d'un ancien cimetière de Clugnat ; — par M. le commandant Bareige une monnaie du XVIe siècle trouvée à Guéret ; — par M. René de Forges deux éclats de silex blond trouvés à Naillat que M. le docteur Janicaud présente et qui feront l'objet d'une note ; — par M. Ardelier, vérificateur des poids et mesures, une série de poids anciens dits « poids usuels », autorisés par le décret du 12 février 1812 et interdits par la loi du 4 juillet 1837, portant la concordance en livres et onces avec le système métrique.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. de Berranger lit une note relative à l'émigré Valéry Dargier qui sera publiée.
— M. l'abbé Grandpeix, curé-doyen de Gentioux, a envoyé le relevé de l'inscription de la cloche qui se trouve dans l'église de Palier, village de la commune de Gentioux, autrefois chef-lieu de commune et de paroisse :
J. H. S. MAR - MAT - DEI - MVCXIII.
D'un côté la cloche porte un relief figurant le Christ en croix et la Vierge, ou peut-être sainte Madeleine, sous le vocable de qui est l'église, de l'autre deux personnages en buste, probablement le Christ et la Vierge. Les mots TE DEUM y sont répétés deux fois. Elle paraît peser de 50 à 55 kilogs.
— Lecture est donnée d'une note de M. Georges Berthomier sur les pierres de mesure de La Souterraine et de Crozant, accompagnée de dessins de M. René Berthomier. Ce travail sera publié.
— M. Louis Lacrocq analyse des documents communiqués par M. Baret d'Auriolle relatifs à un procès que soutinrent devant la sénéchaussée de la Marche, puis au Parlement de Paris, les habitants de La Borne contre leur seigneur Louis d'Aubusson, duc de La Feuillade. Ce procès, commencé en 1694, ne se termina qu'en 1740 ; les habitants le perdirent. La prétention du duc était d'obliger « la communauté des habitants de La Borne à lui payer autant de
« mesures razes qu'ils en auront semé de combles ». Il basait cette prétention sur la reconnaissance des consuls de La Borne de 1265. Les habitants invoquaient la prescription et une possession contraire au droit réclamé.
— M. Emile Genevoix signale plusieurs cas de nidification originaux venant s'ajouter à ceux qu'il a décrits dans une note insérée aux Mémoires, (t. XXII, p. LXIII) :
1° A la gare de Bussière-Dunoise, une mésange a fait son nid dans le pylone d'un avertisseur électrique actionné par des piles Collaud; ni le timbre assez puissant de cet avertisseur, ni les décharges électriques des temps d'orage n'ont troublé la nichée.
2° Notre collègue M. Briquet a observé dans son jardin, à La Chapelle-Baloué, un nid de Bec-fin gorge noire (Sylvia phœnicurus Lath.), vulgairement appelé rossignol des murailles, établi à même le sol, sous une vieille bassine en fer rouillée et trouée gisant le fond en l'air. Quelque temps après l'éclosion des cinq œufs que contenait ce nid, M. Briquet a constaté l'existence, sous l'abri, d'un deuxième nid, identique au premier et auquel il était complètement soudé ; deux des oiselets devenus plus grands sont venus l'habiter.
3° Dans la collection de notre collègue M. Pélissier, à Bénévent-l'Abbaye, il y a un double nid ou plus exactement deux nids jumeaux de pinsons communs (Fringilla cœlebs Lin.). Complètement soudés et d'une architecture parfaite, ces deux nids contenaient chacun quatre œufs, ce qui prouvent que deux mères avaient participé à leur construction. Inclinés légèrement par rapport à la soudure médiane, ils offraient l'aspect d'une salière à deux compartiments.
SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1925
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, de Bourran, Ferrier, Frétet, Gabriel Jamot, Jouve, Paul Mozer, l'abbé Peynot, Pichon.
Excusés : MM. Arrivière, le docteur Bordier, Genevoix, Lafay, André Mozer, Peyrot, Phérivong, Pluyaud, Pruchon, Sarrassat.
— Le 8 février, à l'hôpital Lariboisière, à Paris, les amis et les élèves de notre collègue M. le docteur Antoine Florand se sont réunis pour lui remettre une médaille à l'occasion de son départ des hôpitaux et lui manifester ainsi leur estime et leur affection. La Presse médicale du 14 février a rendu compte de cette cérémonie. Notre Société est heureuse de s'associer à l'hommage ainsi adressé à la science et aux longs services de M. le docteur Florand.
— Des félicitations sont adressées à M. Georges Thomas, qui a obtenu le prix du Président de Montégut, pour sa thèse sur les premiers comtes de la Marche ; à M. le professeur Henri Rousseau, à qui a été confiée la direction du Recueil de jurisprudence Sirey.
— M. Pierre Charreyron, ancien bâtonnier de l'ordre des avocats à la cour d'appel de Limoges, qui a bien voulu, à diverses reprises, nous envoyer des communications, est élu membre correspondant
NÉCROLOGIE. — M. Paul Ducourtieux, membre correspondant, est décédé à Limoges le 23 février, à l'âge de 79 ans. Cet érudit, qui laisse d'unanimes regrets, s'est souvent occupé de la Creuse dans ses études et a apporté à nos publications une excellente collaboration. Notre Société salue respectueusement sa mémoire. Une notice lui sera consacrée.
— M. Jules Quéroy, membre titulaire depuis 1920, décédé à Orléans le 28 janvier 1925, était de ceux qui ne comptent que sympathie et amitié autour d'eux. Né à Bénévent-l'Abbaye le 2 juin 1869, il avait fait ses études au Lycée de Guéret, obtenu son diplôme de pharmacien à Paris et s'était d'abord installé à Saint-Laurent-sur-Gorre (Haute-Vienne). Ses aptitudes professionnelles et son sens des affaires lui permirent de chercher une situation plus importante. Il la trouva à Orléans avec une réussite complète et l'estime de ses concitoyens d'adoption. Il a été président du Syndicat des pharmaciens, inspecteur des pharmacies du Loiret. Très attaché à la Creuse, il présidait avec dévouement le groupement orléanais des originaires de la région limousine. Les Creusois qui, de passage à Orléans, allaient lui faire une visite, étaient assurés de l'accueil le plus cordial. Nous exprimons nos condoléances à Madame Quéroy et à nos collègues, ses frères, MM. Paul et Armand Quéroy.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Joseph Bernard, industriel à Crocq ; Brémont, chef de division à la Préfecture, à Guéret ; Dupuis, notaire à Dun-le-Palleteau ; Glangeaud, professeur de géologie à l'Université de Clermont-Ferrand ; Paturaud, notaire honoraire à Dun-le-Palleteau ; Rouzeaud, industriel à Royat.
COMPTES & BUDGET. — M. Paul Mozer, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1924.
Recettes
Excédent de caisse au 31 décembre 1923 ..... 397 50
Subvention du département............. 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret ....... 2.257 65
Cotisations de 1924 (387 à 10 fr.)....... 3.870 »
Vente de volumes des Mémoires........... 129 90
Intérêts de rente 5 %.................... 200 »
Intérêts de bons......................... 67 50
Contributions d'auteurs pour l'impression des Mémoires..... 300 »
TOTAL....................................... 8.722 55
Dépenses
Gardiens du Musée........................ 1.251 »
Impression et brochage des Mémoires...... 5.222 85
Frais de poste............................ 450 75
Recouvrement des cotisations.............. 169 70
Frais de bureau............................ 233 65
Chauffage.................................... 50 »
Musée....................................... 599 15
Bibliothèque................................ 398 95
Dépenses diverses............................ 20 20
TOTAL....................................... 8.396 25
Recettes................................... 8.722 55
Dépenses................................... 8.396 25
Excédent de caisse au 31 décembre 1924.... 326 30
Dans le compte ci-dessus n'est pas compris le rachat de cinq cotisations, effectué pendant l'année 1924 dont le montant a été versé au livret de Caisse d'épargne. Ce livret s'élève, au 31 décembre 1924, à 1.414 fr. 96. Avec les titres de rente 5 %, il représente le fonds de réserve et le montant des cotisations rachetées.
Les comptes, vérifiés par MM. Frétet et Jouve, sont reconnus exacts et approuvés.
Le budget de 1925, établi par le bureau, est approuvé.
BIBLIOTHÈQUE. — Nous avons reçu les dons suivants :
De M. Georges Mage, président du Tribunal civil de Guéret, sa thèse de doctorat en droit sur La division de la France en départements, (Toulouse, 1924) ;
De M. Louis de Nussac, le tirage à part de son article Biographies brivistes. V. Le colonel Antoine Lagorsse (1770-1842), gardien de Pie VII (extr. du Bull. de la Soc. scientif. histor. et archéol. de la Corrèze) ;
De M. le docteur Sallet, Bana, station d'altitude du Centre-Annam (Hanoï, 1925) ;
De M. Jules Tixier, Le dépôt de remonte de Guéret (Limoges, 1925).
M. Pruchon a donné un livre de prix décerné au colonel Roudaire quand il était élève au collège de Guéret en 1842 ; M. Rivet l'Almanach paroissial de Basville pour l'année 1909 ; M. de Lajaumont des documents anciens concernant notamment le prieuré de Jarnages.
MUSÉE. — M. Filloux, exécuteur testamentaire de M. Defumade, a réalisé une intention qu'avait manifestée celui-ci en faisant don des stèles gallo-romaines à inscriptions, provenant du Moutier-d'Ahun, qui se trouvaient au château de Chantemille près Ahun, appartenant à M. Defumade. Ces monuments, d'un très grand intérêt archéologique, ont été étudiés autrefois par Florian Vallentin dans son Epigraphie gallo-romaine du département de la Creuse (Mémoires, t. V, p. 132 et s.), puis par le commandant Espérandieu dans ses Inscriptions de la cité des Lemovices (Paris, 1891).
M. Hugon a donné une reproduction d'un paysage de la Creuse du peintre J. Girard.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. l'abbé Peynot, après avoir décrit le pays de Combraille au point de vue géographique, lit un mémoire trouvé par lui dans les archives du château de Ludaix (Allier). Ce mémoire, rédigé en novembre 1788 par M. de Luchapt, demandait pour la Combraille une représentation spéciale aux Etats Généraux, qui ne lui fut pas accordée.
— M. Frétet présente un relevé de la croix ancienne de Bussière-Dunoise dont le classement comme monument historique est demandé.
Il signale l'existence d'une pierre sculptée réemployée comme linteau dans le bureau de poste de Bussière-Dunoise : sur ce morceau de granit (1m,27 × 0m,50), qui paraît être une pierre tombale, sont figurés en relief une croix cerclée et un marteau.
M. Frétet décrit, en outre, une éminence, tumulus ou motte féodale, à laquelle sa forme a fait donner le nom de « château de la Tourte », située à un kilomètre du village de Châtenet, même commune.
— M. Louis Lacrocq présente les deux premiers travaux locaux de cartographie de notre département : 1° la carte de la Creuse dressée et publiée en 1826 par Pottier, géomètre en chef du cadastre ; 2° la carte routière dressée et publiée en 1867 par l'agent-voyer en chef Adenis.
— M. de Berranger signale le don important de documents concernant le chapitre de La Chapelle-Taillefer que vient de faire aux Archives de la Creuse, M. Marc de Lajaumont ; dans ces documents se trouvent deux lièves, l'une du XVIe siècle, dite « lièves druilloise » pour les possessions du chapitre dans la région de Drouille, l'autre du XVIIIe, dite « lièves guérétoise » pour ses possessions autour de Guéret.
— M. le chanoine Parinet a communiqué une ordonnance de Claude de Montmorillon, grand prieur d'Auvergne, de l'ordre des Hospitaliers, seigneur de Bourganeuf, datée du 21 novembre 1596, relative aux mesures de cette ville dont les étalons avaient été brisés ou détériorés pendant les guerres civiles. Il a envoyé une note relative aux variations du prix du seigle à Bourganeuf de 1683 à 1789, reproduite à la fin du présent procès-verbal.
— M. Rivet a communiqué une copie moderne d'extraits des procès-verbaux des visites faites à Crocq par l'évêque de Clermont-Ferrand ou son délégué en 1700, 1729, 1737 et 1783. Ces procès-verbaux contiennent des détails intéressants :
En 1700, il y avait à l'église « un reliquaire de bois en forme de croix couvert de lames de cuivre émaillé et dont le pied est de cuivre rouge » ; l'église était en assez bon état. Les seules confréries étaient celle du Saint Sacrement et celle du Rosaire. Le chapitre fondé par Dauphine de Montlaur en 1444 ne comptait plus alors qu'un seul chanoine. La chapelle du cimetière contenait cinq autels sans ornements ; on y faisait des réparations en 1729. Au cours de la visite de 1783, la question du déplacement du cimetière est envisagée et on examine comme convenant pour en créer un nouveau, « le jardin situé à main gauche de l'entrée du château ». Le nombre des communiants est évalué en 1700 à 400, en 1729 à 300, en 1737 à 250. Crocq n'avait pas de maître d'école en 1700; il y en avait un en 1729 « qui fait son devoir ». Rappelons que Crocq, jusqu'à la Révolution, a fait partie du diocèse de Clermont-Ferrand (Cf. Mémoires, t. XIX, p. 385 et s.).
— Lecture est donnée d'une note de zoologie envoyée par M. Emile Genevoix, reproduite à la fin du présent procès-verbal.
NOTE LUE EN SÉANCE – PRIX DE VENTE DU SEIGLE A BOURGANEUF DE 1683 à 1789
Les grains et, en particulier, le froment et le seigle qui font le pain, sont les premiers objets nécessaires à la consommation ; on peut donc les prendre comme base d'appréciation pour déterminer le prix des autres choses nécessaires à la vie et la valeur d'achat de l'argent. Bourganeuf n'avait pas de marché de froment ; le fait est constaté dans la séance du conseil municipal du 22 juillet 1791 (1) où il est question de l'envoi par le département d'une certaine quantité de froment qui doit être vendu au prix de Saint-Léonard à cause de ce manque de marché, ce qui semble indiquer que la région, à cette époque, ne cultivait pas ou cultivait peu cette céréale. Chose curieuse, la mention du froment, qu'on trouve rarement dans les actes du XVIIIe siècle, revient au contraire fréquemment dans ceux du moyen-âge. Ainsi le 28 septembre 1195, A. de Gimel donne..... tout le froment qu'il percevait comme droit de dîme dans la ville de Bourganeuf ; il existe un accord entre l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, pour son prieuré de Védrenas, et les Hospitaliers de Bourganeuf, portant sur sept setiers de seigle et douze de froment qui devaient être pris dans les greniers du grand Prieur (2) ; dans un procès entre les mêmes, en l'an 1457, le chambrier de l'abbaye réclame vingt-six setiers de seigle et quatorze de froment (3). Vers le milieu du XVIIIe siècle, la commanderie de Bourganeuf avait encore droit à une certaine quantité de froment, mais cet impôt était converti en seigle pour la facilité des débiteurs (4). De toutes ces constatations, qu'on pourrait multiplier, faut-il conclure que, sur ce point précis, l'agriculture était en régression à la fin du XVIIIe siècle?....
Quoi qu'il en soit, c'étaient surtout le seigle, l'avoine et le sarrazin qui étaient les matières de transaction du marché de Bourganeuf.
Nous avons trouvé le prix des deux premières céréales, pendant plus d'un siècle, dans le livre de comptes du notaire Maritaud, auteur de mémoires inédits (5) sur les événements de son temps ; possesseur de plusieurs domaines, il s'intéressait naturellement à l'agriculture et au cours des grains. Le cahier de comptes, relié en parchemin, a pour titre : Cayer pour me servir en ce qui concerne l'argent que je reçois de mes métayers ou autres petites affaires, 1769. Nous reproduisons les prix du seigle qu'il contient sous le titre de :
FORLUAUX (sic) DE BOURGANEUF
1683 — 1 liv. 17 s. » d. | 1705 — 2 liv. 5 s. » d.
1684 — 1 liv. 16 s. » d. | 1706 — 1 liv. 10 s. » d.
1685 — 1 liv. 18 s. » d. | 1707 — 1 liv. 5 s. » d.
1686 — 2 liv. 14 s. » d. | 1708 — 1 liv. 10 s. » d.
1687 — 1 liv. 10 s. » d. | 1709 — 2 liv. 10 s. » d.
1688 — 1 liv. 10 s. » d. | 1710 — 3 liv. » s. » d.
1689 — 1 liv. 12 s. » d. | 1711 — 3 liv. 15 s. » d.
1690 — 2 liv. 2 s. » d. | 1712 — 7 liv. » s. » d.
1691 — 3 liv. 5 s. » d. | 1713 — 6 liv. 5 s. » d.
1692 — 4 liv. » s. » d. | 1714 — 3 liv. 5 s. » d.
1693 — 6 liv. » s. » d. | 1715 — 2 liv. 4 s. » d.
1694 — 3 liv. » s. » d. | 1716 — 2 liv. 2 s. » d.
1695 — 2 liv. 10 s. » d. | 1717 — 1 liv. 16 s. » d.
1696 — 2 liv. 18 s. » d. | 1718 — 2 liv. 10 s. » d.
1697 — 2 liv. 13 s. » d. | 1719 — 3 liv. » s. » d.
1698 — 5 liv. » s. » d. | 1720 — 3 liv. » s. » d.
1699 — 3 liv. » s. » d. | 1721 à 1725 (manquent)
1700 — 2 liv. 17 s. » d. | 1726 — 2 liv. 17 s. 6 d.
1701 — 1 liv. 15 s. » d. | 1727 — 2 liv. 14 s. 8 d.
1702 — 1 liv. 13 s. » d. | 1728 — 2 liv. 12 s. 4 d.
1703 — 2 liv. 10 s. » d. | 1729 — 3 liv. 12 s. 4 d.
1704 — (manque) | 1730 — 2 liv. 2 s. 4 d.
1731 — 2 liv. 15 s. 4 d. | 1764 — 2 liv. 17 s. 3 d.
1732 — 2 liv. 16 s. 6 d. | 1765 — 4 liv. 6 s. 1 d.
1733 — 2 liv. 14 s. 6 d. | 1766 — 4 liv. 15 s. 6 d.
1734 — 2 liv. 12 s. 4 d. | 1767 — 4 liv. 12 s. 6 d.
1735 — 3 liv. 2 s. 6 d. | 1768 — 3 liv. 5 s. 4 d.
1736 — 3 liv. 2 s. » d. | 1769 — 7 liv. 5 s. 1 1/2 d.
1737 à 1743 (manquent) | 1770 — 10 liv. 3 s. 10 d.
1744 — 1 liv. 17 s. » d. | 1771 — 9 liv. 1 s. 9 d.
1745 — 1 liv. 19 s. 4 d. | 1772 — 5 liv. 9 s. 7 d.
1746 — 2 liv. 19 s. 3 d. | 1773 — 3 liv. 14 s. 10 2/3 d.
1747 — 3 liv. 12 s. 4 3/4 d. | 1774 — 6 liv. 19 s. 1 2/3 d.
1748 — 3 liv. 8 s. 4 d. | 1775 — 4 liv. 12 s. 6 d.
1749 — 3 liv. 17 s. 11 d. | 1776 — 3 liv. 11 s. 2 1/3 d.
1750 — 2 liv. 13 s. 4 d. | 1777 — 5 liv. 14 s. 10 d.
1751 — 3 liv. 18 s. 4 d. | 1778 — 5 liv. 8 s. 3 d.
1752 — 4 liv. 4 s. » d. | 1779 — 3 liv. 16 s. 5 3/4 d.
1753 — 2 liv. 18 s. 1 1/2 d. | 1780 — 3 liv. 15 s. 4 3/4 d.
1754 — 2 liv. 7 s. 6 1/2 d. | 1781 — 5 liv. 16 s. 9 d.
1755 — (manque) | 1782 — 5 liv. 4 s. 10 1/5 d.
1756 — 2 liv. 19 s. 10 1/2 d. | 1783 — 4 liv. 7 s. 7 1/2 d.
1757 — 3 liv. 7 s. 11 d. | 1784 — 3 liv. 6 s. 7 1/4 d.
1758 — 3 liv. 18 s. 5 d. | 1785 — 4 liv. » s. 7 d.
1759 — 3 liv. 17 s. 7 1/2 d. | 1786 — 4 liv. 2 s. 2 1/2 d.
1760 — 2 liv. 18 s. 3 d. | 1787 — 4 liv. » s. 1 1/4 d.
1761 — 2 liv. 16 s. 10 d. | 1788 — (Il n'y a pas de forléal à défaut de vente publique).
1762 — 2 liv. 1 s. 6 d. | 1789 — 10 liv. 13 s. 4 1/4 d.
1763 — 2 liv. 6 s. 6 d. |
E. PARINET.
(1) Registres de la Mairie.
(2) Archives de la Haute-Vienne, H 6822. La copie de ces deux documents m'a été communiquée par M. Ant. Thomas.
(3) Id. série H.
(4) Cette indication se trouve dans la lièves de la Commanderie, année 1758 et suivantes.
(5) Ces mémoires sont la propriété de M. Henri Berger qui a bien voulu nous les communiquer.
NOTE LUE EN SÉANCE – ZOOLOGIE
Un cas d'albinisme rare observé chez la taupe commune. (Talpa Europea. — Mammifères insectivores). — L'animal que j'ai eu l'occasion d'examiner m'a été montré par M. Charles Merle, de Dun, qui s'occupe du commerce des fourrures. Cette taupe a été capturée aux environs de La Souterraine. Elle était d'une taille légèrement au-dessous de la moyenne ; elle ne différait de la taupe commune que par son pelage qui était entièrement blanc avec un vague reflet rosé. M. Merle, qui chiffre environ à 10.000 le nombre des taupes qu'il a achetées pour son commerce depuis plusieurs années, m'a dit que jamais antérieurement il n'avait observé ce pelage. J'ai interrogé de nombreux agriculteurs qui m'ont fait la même réponse. Il s'agit vraisemblement d'un cas d'albinisme isolé, rare chez la taupe, beaucoup plus commun chez les rongeurs. Buffon, cependant, affirme avoir vu des taupes blanches et de la Faille, dans son Mémoire sur la taupe (1769), distinguait déjà en Europe 5 variétés différant uniquement par la couleur :
1° celle de nos jardins, dont le poil est d'un beau noir avec reflets ;
2° une taupe blanche, plus commune en Hollande (Ost-Frise) mais observée quelquefois en France, surtout aux environs de La Rochelle ;
3° une taupe fauve, sans aucune tache ni mélange, qui se trouverait en Aunis, mais qui ne serait qu'une nuance dans l'espèce de la taupe blanche ; de la Faille n'en aurait vu qu'un seul individu pris aux environs de La Rochelle ;
4° la taupe citrine, d'une belle couleur citron, qui se trouve aux environs d'Alais en Languedoc (entre les bourgs d'Aulas et les Carrières) ;
5° La taupe tachetée ou variée (Ost-Frise, Suisse et en France dans l'Aunis).
Toutes ces taupes ne sont que de simples variétés de la taupe commune ; elles ne diffèrent que par le pelage. La classification de de la Faille paraît un peu factice et superficielle. Il y a lieu de retenir que deux contrées en France, l'Aunis et le Languedoc (environs d'Alais), sont l'habitat de variétés ne différant que par la couleur. Si dans le cas particulier que nous avons observé on peut conclure à un albinisme isolé, il est vraisemblable qu'il faudrait chercher pour les animaux clairs ou tachetés, communs en Aunis et dans le Gard, une influence des terrains et des milieux géographiques. Il serait intéressant de savoir aussi si la taupe blanche a été observée quelquefois dans notre département.
Emile Genevoix. 20 Février 1925.
SÉANCE DU 26 MARS 1925
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, le commandant Carteron, Frétet, G. Jamot, le docteur Janicaud, Lafay, de Lajaumont, Paturaud, Pruchon, Sarrassat.
Excusés : MM. Benoit, Dupuis, Gallerand, Genevoix, P. Mozer, A. Mozer, Peyrot.
— Pour répondre au désir de plusieurs sociétaires, qui ne peuvent se rendre à Guéret le jeudi, il est décidé que quelques séances auront lieu le vendredi.
NÉCROLOGIE. — Avec M. Silvain Pichon, décédé à Guéret le 8 mars dernier, la Société a perdu un de ses membres les plus dévoués. Né à Noth le 1er mars 1849, il avait fait une honorable carrière dans l'administration des contributions indirectes et l'avait terminée comme receveur-entreposeur à Boussac. Admis parmi nous en 1892, fixé définitivement à Guéret après sa mise à la retraite, il parut tout désigné, en octobre 1916, pour succéder, comme trésorier à M. Lefour. Le Bureau, en le proposant au choix de ses collègues, ne s'était pas trompé sur les qualités qui le recommandaient. Il a été un trésorier parfait pendant huit ans. L'an dernier, sa santé l'obligea à demander un successeur et nous lui exprimâmes notre gratitude en le nommant trésorier honoraire.
A l'instigation de son ami M. Autorde, il a fait des dépouillements soigneux de registres paroissiaux, qui ont paru dans les Mémoires (tome XX, La Brionne, Noth, Lizières ; tome XXI, Mortroux, Lépinas, Nouzerolles ; tome XXII, Saint-Priest-la-Plaine).
— M. le docteur Justin Treille, décédé à Lavaveix-les-Mines le 22 de ce mois, était une des personnalités les plus connues et les plus sympathiques de la Creuse, où il occupait une situation marquante dans le corps médical. Né à Aubusson en 1846, il commença ses études professionnelles à l'Ecole préparatoire de Limoges et les termina à la Faculté de Paris, où il fut reçu docteur en 1873.
Il s'installa à Aubusson et y exerça avec succès pendant dix ans. En 1883 il devint médecin de la compagnie des Houillères d'Ahun. Les discours prononcés à ses obsèques par M. Crochet, directeur de la Compagnie, et par M. le docteur Neboux ont rappelé, en termes émus, le dévouement, la compétence, la délicate bienfaisance qu'il a montrés dans ses fonctions, ses services militaires dans la guerre de 1870-71, qu'il avait faite comme jeune aide-major, et, malgré son âge, pendant la Grande guerre où il dirigea un hôpital. Notre Société, à laquelle il apppartenait depuis 1916, s'associe à ces hommages. Esprit cultivé, aimant les choses d'art, le docteur Treille s'intéressait à nos travaux et a enrichi de plusieurs dons notre bibliothèque. Il était chevalier de la Légion d'honneur, président du Syndicat des médecins de la Creuse, président du Conseil d'hygiène départemental. Nous exprimons à Madame Treille nos respectueuses condoléances.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. L. Chagnaud, entrepreneur de travaux publics à Paris ; Couloudon, ancien négociant à Guéret ; Léonce Dubujadoux, à Budelière ; Ducloup, horticulteur à Guéret ; le comte de May de Termont, à Paris ; Thomasson, contrôleur des postes en retraite à Guéret.
MUSÉE. — Madame Rémy-Desmoulins a fait don de onze aquarelles, dans un encadrement unique, représentant des paysages et des localités du front pendant la guerre, peints par son mari le commandant Pierre-Frédéric Rémy, mort pour la France. Ce précieux souvenir perpétuera dans sa ville natale le souvenir de l'artiste de talent et du glorieux soldat qu'a été le commandant Rémy.
M. Frétet a fait don de fonds de coiffes anciennes et d'une coiffe de mariée de la région de Bussière-Dunoise, remontant à environ vingt-cinq ans. Ce don constituera le début de la collection de coiffures creusoises qu'on se propose d'établir au Musée.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Autorde signale un tableau du peintre aubussonnais François Finet, qui se trouve à Montluçon, dans l'église paroissiale Saint-Pierre, au côté droit de la nef, immédiatement avant la chapelle de la Bonne-Mort. Il représente l'extase de sainte Thérèse ou l'inspiration du Saint-Esprit quand elle compose ses œuvres. La sainte est debout, légèrement penchée du côté d'un meuble de forme carrée, assez élevé, au-dessus duquel sont des livres ; ses bras sont légèrement ouverts. Au sommet du tableau, à gauche, descend un large rayon lumineux, plus brillant au départ, dans lequel apparaît la colombe, symbole du Saint-Esprit. Cette œuvre, tout à fait honorable, mesure environ 1m de hauteur sur 0m,80 de largeur. Elle est signée : F. Finet, p. à Aubusson, 1752.
L'artiste était professeur aux écoles de dessin d'Aubusson. C. Pérathon a donné quelques renseignements à son sujet dans l'article intitulé « Une famille de peintres d'Aubusson » (Mémoires de notre Société, t. VI, p. 151 et s.) ; il y indique (p. 165) qu' « on trouve des spécimens de son œuvre à Montluçon et à Felletin », mais il n'a fourni aucune précision sur le tableau signalé par M. Autorde.
— M. l'abbé Peuch signale diverses découvertes archéologiques :
1° A un kilomètre au nord du bourg de Leyrat, on a mis à jour deux chambres souterraines, à galeries surbaissées, dont les directions font supposer d'autres chambres. L'invasion des eaux en a fait remettre l'exploration à une époque ultérieure.
2° Quatre haches en pierre polie ont été trouvées, une tout près du souterrain ci-dessus mentionné, deux sur le territoire de la commune de Leyrat, une dans la commune de Soumans. Trois sont en diorite, une en silex.
3° Dans un pré du domaine des Sagnes, commune de Saint-Pierre-le-Bost (canton de Boussac), appartenant à M. de Nassal, le pied d'un cheval s'étant enfoncé profondément, on s'aperçut d'un vide considérable. L'ouverture agrandie, on trouva les restes d'une voûte, creusée dans les schistes, avec, sur un côté, un creux du bas vers le haut, indiquant une cheminée d'aération, et enfin une galerie, pleine d'eau, en direction du bas de la pente du terrain.
Le sol de la chambre peut se trouver là à une profondeur de près de 4 mètres. Cette chambre est circulaire et son diamètre doit dépasser 3 mètres à la base.
M. Pinot, métayer, ayant fait remarquer que, plus bas, un prétendu trou de taupe donnait de l'eau en quantité considérable on se mit à creuser et on trouvait bientôt une petite nappe oblongue avec deux galeries de chaque côté, mais pleines d'eau.
Les schistes friables, gneissiques, ferrugineux, avec plaques de manganèse aux interstices, étaient très bien appropriés à la résistance des voûtes et avaient pu permettre de grandes chambres.
Primitivement le terrain était parfaitement sec. Un étang, établi dans la vallée étroite, a permis, en élevant l'eau de son trop-plein, de transformer ce terrain en tête de prés, probablement depuis des siècles, et est cause de l'envahissement des galeries par les eaux.
Jusqu'à présent les nombreux souterrains découverts dans la région n'avaient pas présenté des chambres de cette grandeur.
— Lecture est donnée du début des mémoires inédits de Léonard Maritaud, notaire à Bourganeuf, né en 1748, que M. le chanoine Parinet a présentés et annotés. Ces mémoires s'ouvrent par un tableau, plein d'animation, des hommes et des évènements à Bourganeuf à la veille de la Révolution.
— M. Louis Lacrocq lit une note reproduite à la suite du présent procès-verbal.
NOTE LUE EN SÉANCE – LA « VILLE ET FRANCHISE » DE CHIERLATOUR
M. Mourellon, instituteur en retraite à Lupersat, a communiqué à notre Société la traduction, en deux exemplaires, d'un curieux document du XVe siècle, sur une « commune » rurale de la Combraille, ayant franchise et consuls.
Le 9 février 1439, devant Jean Barbary, notaire juré de la cour de Riom, commis par Pierre Vergniot, garde du scel de la chancellerie de Bellegarde pour Mgr le duc de Bourbon et d'Auvergne, intervint, par l'entremise d'arbitres non dénommés, une transaction entre Gilbert Duronzet, seigneur de Courtiaubost, les habitants de Chagot, paroisse de Mainsat, d'une part, et Jean Simon, Simon Auduc, Antoine Mathat, Guillaume Lamy de Bardet, « consuls de la ville et franchise de Chierlatour, paroisse de Lupersac », d'autre part, au sujet de la jouissance « d'un certain puy appelé Puy du
« Faud, situé en la paroisse de Mainsat, joignant le moulin du Bost,
« le lieu du Machaboix, le lieu de Saignas-Chauveix, le lieu du Faud-
« Chevalier et le lieu de Courtiaubost ».
Les parties prétendaient chacune avoir la possession exclusive du Puy-du-Faud. La transaction consiste à reconnaître aux « consuls et habitants desdites ville et franchise du Chierlatour » la propriété de la montagne, à Gilbert Duronzet, aux habitants de Chagot, ainsi qu'à ceux du Faud-Chevalier et de Courtiaubost (ces derniers ne figurant pas à l'acte) le droit de pacage concurremment avec les gens de Chierlatour, dans la partie nord du puy, qu'on devrait laisser inculte. La délimitation de cette portion de terrain fut faite au moyen de bornes « commençant à une grande pierre appelée
« vulgairement de Sagne Chauveix, autrement de La Fade, tendant
« au haut du puy », ensuite à une autre borne posée à côté d'un chêne « au-dessus des Gouttes du Faud Bon-Amour ». Assistait à l'acte noble homme Antoine de Durat, damoiseau, seigneur d'Aleirac, de Chagot et du Faud Chevalier.
L'acte était rédigé en latin. Les deux traductions diffèrent par quelques détails. Une seule contient des mentions de vidimus du XVIIe et du XVIIIe siècle ; la dernière, en date du 19 août 1769, indique que Me François Depoux, « maître d'école latiniste », a certifié au notaire Mourellon que sa copie est « conforme à la copie en latin » déposée.
Le Chierlatour de 1439 est devenu Chez-la-Tour, village de la commune de Lupersat. A son article, dans le Dictionnaire de l'abbé Lecler (p. 481), il est appelé Chez de la Tour. Il serait intéressant de savoir quel sort a eu, après 1439, ce groupement communal, pour lequel le qualificatif de « ville » paraît pompeux. Il avait une mesure particulière dont le même Dictionnaire note la mention en 1545, 1611 et 1790. Dans l'aveu et déclaration rendus au roi par les consuls de Sermur, le 9 mai 1534, (Duval, Chartes communales, p. 142) il est dit que le roi possède deux étangs « au lieu et franchises de Chier de la Tour ».
Louis Lacrocq.
SÉANCE DU 29 MAI 1925
Présidence de M. Louis Lacrocq
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, le commandant Carteron, l'abbé Chaussat, Christauflour, Ferrier, le commandant de Forges, Gallerand, le docteur Janicaud, Jouve, Lafaye, Pruchon, Valadeau.
Excusés : MM. le docteur Deschamps, Gabriel Jamot, Lafay, Mazet, Paul Mozer, André Mozer, Pajot.
— M. le Président exprime la vive part que prend la Société au deuil causé par la brusque mort de M. Fernand Autorde, survenue à Montluçon, le mois dernier. Il rappelle sa longue carrière d'archiviste départemental, qui s'est tout entière écoulée à Guéret, sa collaboration à nos Mémoires et les services qu'il a rendus comme conservateur du Musée. Une notice nécrologique lui sera consacrée.
— Des félicitations sont adressées à M. Adrien Blanchet, de l'Institut, membre honoraire, à MM. Fernand Maillaud et René Martin, membres titulaires, nommés chevaliers de la Légion d'honneur.
ADMISSIONS. — Madame Treille a bien voulu demander son inscription à la place de son mari, notre regretté collègue.
Sont aussi admis comme membres titulaires : MM. Auclair, juge au tribunal civil de Limoges ; Fourton, directeur de la Grande pharmacie à Clermont-Ferrand ; le docteur Lepage, à Evaux-les-Bains ; Jules Pradeau, entrepreneur de travaux publics à Paris ; Rousseau, agent d'assurances à Bussière-Dunoise.
BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES. — Nous avons reçu de M. Adrien Blanchet, les tirages à part de trois de ses récents articles : L'autel gaulois de la forêt de Corgebin (extr. de la Revue des études anciennes) ; L'hommage du Béarn à l'Angleterre. XIIIe-XIVe siècles (extr. du Moyen-âge) ; Les jetons banaux fabriqués par les monnayeurs de Nancy en 1636 (extr. de la Revue numismatique) ; le tirage à part de sa communication à la Société des Antiquaires de France sur un bijou de la collection Côte ; — de M. Didier-Pouget, artiste peintre, qui a souvent travaillé dans la Creuse, la notice que lui a consacrée M. Joseph Uzanne (Paris, Figuière) ; — de M. le professeur Glangeaud diverses études de géologie concernant l'Auvergne et le plateau de Millevaches.
Mlle Marguerite Boudot a fait don de nombreux documents du XVIIIe siècle qui sont, pour la plupart, des contrats, testaments et procédures concernant la région de Crozant. Deux pièces, méritant une mention particulière, seront analysées plus loin.
MUSÉE. — La ville de Guéret a bien voulu prendre à sa charge les dépenses occasionnées par le transport des stèles de Chantemille (voir ci-dessus) et l'aménagement qu'elles ont nécessité. La Société remercie M. le Sénateur-maire Grand et le Conseil municipal de cette nouvelle marque de sympathie pour le Musée.
M. le docteur Bordier, conservateur, prend la direction du Musée en remplacement de M. Autorde. La désignation du deuxième conservateur doit être faite, en conformité des conventions intervenues, en 1837, entre la ville de Guéret et la Société, par la municipalité sur une liste de présentation double établie par la Société. En conséquence il est proposé à la municipalité, pour ce poste de 2me conservateur : en 1re ligne M. le docteur Janicaud, en 2me ligne M. de Berranger, archiviste départemental.
Au récent congrès archéologique de Blois, une médaille de bronze a été décernée à M. Jules Quinquaud, gardien auxiliaire du Musée, en récompense des fidèles services qu'il a rendus depuis 32 ans.
M. le docteur Antoine Florand a fait don d'un exemplaire en bronze de la plaquette que ses élèves et amis ont fait établir par le graveur Prudhomme à l'occasion de sa mise à la retraite comme médecin de l'hôpital Lariboisière, à Paris ; elle figure, sur la face, le portrait du docteur, au revers le docteur soignant un malade à l'hôpital.
M. Frétet présente trois coiffes dont il fait don pour la collection de coiffures locales : une vient de la région d'Aubusson, une de Naillat, une de Saint-Vaury.
M. le docteur Bordier présente de nombreux objets des périodes préhistorique et gallo-romaine (haches votives, fibule, poteries, masques en terre cuite, etc.) trouvés pour la plupart à Chanteau, commune de Saint-Martial-le-Mont, qui faisaient partie des collections de M. le docteur Treille et que Madame Treille a donnés au Musée. M. le Président souligne l'intérêt de cette série d'objets en rappelant l'importance qu'a eue la région où est située Chanteau, à la période gallo-romaine, les nombreuses découvertes qui y ont été faites particulièrement à Chanteau, où récemment encore, M. Guillot, instituteur honoraire, a fouillé des puits anciens.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Quelques jours avant sa mort, M. Autorde nous avait signalé, à la suite de renseignements que lui avait fournis M. Pradelle, ancien élève de l'Ecole des Chartes, à Montluçon, les mentions suivantes trouvées dans les Archives départementales de l'Allier (G 178 et 181) :
En 1738, les chanoines de Saint-Nicolas de Montluçon profitèrent de la présence dans cette ville d'un ouvrier tapissier d'Aubusson pour « faire doubler de toile et lustrer leurs tapis et tapisseries de chœur ».
Le 7 mai de la même année, ils chargent leur syndic de demander « le nommé Le Grand, organiste à Feuilletin » [Felletin] pour « visiter » leurs orgues. Le 2 septembre, ils versent 500 livres à Nicolas Legrand, « facteur d'orgues ».
— M. l'abbé Courteau communique deux documents relatifs à une saisie de laine à Aubusson en 1744. L'un est le placard imprimé, contenant le texte d'un arrêt du Conseil d'Etat du 17 juillet 1744, qui relate la saisie opérée à Aubusson, les 21 et 23 mars précédent, de trois balles de laine « reconnues deffectueuses et de mauvaise qualité », et en prononce la confiscation « au profit des hôpitaux de ladite ville d'Aubusson ». L'autre est la copie, délivrée par le bureau de la jurande, signée des jurés-gardes Delandrieve et Coulloudon, d'une ordonnance de l'intendant de Moulins, du 26 septembre 1744, prescrivant le partage par moitié des trois balles, pour une moitié être remise à l'hôpital de la ville d'Aubusson, l'autre moitié « aux dames de charité de ladite ville » à l'effet par elles d'en « faire faire,
« de concert avec le sieur Vallenet, sindic de la manufacture, de
« l'étoffe meslée de chanvre et desdites laines pour vêtir les pauvres
« ouvriers de la manufacture qui seront jugés les plus nécessiteux
« par le sieur La Pigue, inspecteur ». Une mention de la main de celui-ci certifie la remise de la moitié des laines aux dames de charité le 18 octobre 1744. (Sur les dames de charité cf. Pérathon, Histoire d'Aubusson, p. 301).
M. l'abbé Courteau communique également un compte de la municipalité d'Aubusson pour l'année 1728 qui sera publié et une correspondance administrative de 1829-1831 relative à un legs de tapisseries fait à la fabrique de l'église paroissiale d'Aubusson par Antoine Galland, décédé à Villeneuve (Aveyron) ; ces tapisseries, dont le sujet n'est pas indiqué, durent être vendues aux enchères à Villefranche, chef-lieu de l'arrondissement dans lequel Galland était décédé ; la correspondance ne donne aucun renseignement sur le testateur ; certainement il appartenait à la famille aubussonnaise de ce nom qui a fourni de nombreux maîtres tapissiers aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Les divers documents analysés ci-dessus proviennent des papiers de la famille Bouygues.
M. Louis Lacrocq analyse des documents donnés par Mlle Boudot : Le premier est un rôle établi le 13 juin 1770, dont l'encre est si effacée qu'on n'en peut lire que des fragments, suffisants cependant pour comprendre une opération officielle qui intéresse l'histoire de l'assistance publique. A la réquisition du curé de Crozant et en exécution d'un arrêt du Parlement de Paris, le juge de la châtellenie de Crozant, assisté de notables, arrête un rôle à recouvrer sur les habitants de cette paroisse pour assurer la subsistance des pauvres, au nombre de 46. Il sera distribué « chasque huitaine la quantité d'une livre et demy de pain par jour
« et par chasque personne », le prix du pain étant fixé à trois sols la livre, « sauf à augmenter ou à diminuer ». La distribution commencera le 24 juin, « attendu que lesdits pauvres seront
« nourris jusque là par le moyen des 90 livres données par le roy » ; elle prendra fin le 25 juillet ; la dépense est évaluée à 331 livres 4 sols. Le rôle, dont le total s'élève à la même somme, comprend 126 personnes divisées en deux catégories : « propriétaires externes », c'est-à-dire n'habitant pas la paroisse (20), et « propriétaires internes » y habitant (106) ; en tête des premiers figurent le marquis de Persant pour 81 livres 10 sols et M. Morel de Fromental pour 25 livres et quelques autres de plusieurs livres ; à part ces deux cotes, le montant de chaque contribution est naturellement très faible ; beaucoup ne s'élèvent qu'à 10 sols. François Perpérot, notaire au bourg de Crozant, est chargé de recouvrer le rôle et d'assurer la distribution avec le concours du curé et du vicaire qui doivent veiller à ce que le pain des pauvres soit « bien conditionné,
« distribué à propos et donné à un juste prix, veu la diminution
« qui survient à chaque moment sur les bleds ».
A la fin du rôle, en marge duquel sont les sommes encaissées, se trouve la mention suivante, écrite de la main de l'abbé Dupuis, vicaire de Crozant : « Je soussigné certifie que les reçus portés au
« présent rôle ont été employés à acheter du bled et mis en pain et
« par moi distribués aux pauvres de la paroisse de Crozant, soffre(sic)
« de la somme de 119 livres 11 sols 6 deniers dont on a pas pu se
« faire payer vu la misère des uns et les injures qu'on m'a dit
« recevoir des autres. A Crozant le 10 août 1770 ».
La façon dont on avait procédé à Crozant était conforme aux règlements alors en vigueur (Cf. A. Babeau, Le village sous l'Ancien régime, 5e éd. p. 325).
Le second document relate un de ces incidents que devaient parfois provoquer les règles de la législation locale sur les moulins banaux. C'est une plainte présentée, le 6 août 1788, au « juge prévôt civil du comté de La Chapelle-Barioux » [La Chapelle-Baloué] par Gabriel et Jean Salesse père et fils, meuniers du moulin de Jaunon [commune de Crozant, sur la Sédelle], exposant que, le 29 juillet précédent, alors qu'ils passaient, à cinq heures du soir, sur la place publique du bourg de La Chapelle, Pierre Delasnier-Decheize, « fermier du lieu », s'était emparé violemment de leur cheval, coupant avec son couteau le frein et leur faisant des menaces. Le fermier leur reprochait d'avoir contrevenu aux dispositions de l'art. 319 de la coutume de la Marche, en allant « quêter les gens
« de feudalité sujets à la banlieue du moulin de La Chapelle », accusation contre laquelle les meuniers protestaient.
— M. Louis Lacrocq signale une mention intéressante pour l'histoire de l'émigration de nos ouvriers qu'il a notée dans une récente étude de M. Emile Chanel sur la famille du célèbre écrivain Edgar Quinet, parue dans le Bulletin de la Société des naturalistes et archéologues de l'Ain, année 1925, p. 114 :
Le 16 mai 1670, à Bourg (Ain), Jean Quinet donne à prix fait à Pierre Giry, « maître-maçon de la Haute-Marche en Bourbonnais », étant de present en cette ville », une construction à faire en sa maison de Sertines, propriété de famille des Quinet. Malgré l'erreur du notaire qui confond Marche et Bourbonnais, il n'y a pas de doute que c'est d'un de nos compatriotes qu'il s'agit. Le nom patronymique de Giry existe encore aux environs de Guéret.
— La lecture, commencée à la dernière séance, des mémoires du notaire Maritaud, de Bourganeuf, annotés par M. le chanoine Parinet, est continuée. La partie lue (année 1792) contient notamment des détails curieux sur des passages de troupes et des incidents relatifs au culte.
SÉANCE DU 31 JUILLET 1925
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
M. Antoine Thomas, président d'honneur, assiste à la séance.
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, le commandant Carteron, le docteur Deschamps, Doreau, Ferrier, R. de Forges, Frétet, Gallerand, Horluc, le docteur Janicaud, Jouve, Lafay, le docteur Larché, Mazet, P. Mozer, Rousseau, Valadeau.
Excusés : MM. le chanoine Bujadoux, Peyrot, Pruchon.
Communication est donnée d'une lettre de M. Audinet, président de la Société des Antiquaires de l'Ouest, invitant la Société à participer au Congrès des Sociétés savantes de 1926, qui se tiendra à Poitiers. Notre Société, sensible à cette invitation, sera heureuse d'y répondre.
— M. René Berthomier a bien voulu exécuter le dessin qui servira de frontispice au tome XXIII des Mémoires ; il reproduit un denier de Hugues X, comte de la Marche (1208-1249), avec l'inscription UGO COMES MARCHIE ; sur le champ une croix entre deux croissants. C'est à l'obligeance de M. Adrien Blanchet, membre honoraire, que nous devons d'avoir cette reproduction, par un moulage qu'il a bien voulu faire au Cabinet des médailles. Des remerciements sont adressés à M. Blanchet et à M. René Berthomier.
— La Société possède un nombre important de documents manuscrits provenant principalement de dons et aussi de quelques achats. Presque tous se rapportent à la Creuse. Leur consultation à la Bibliothèque de la Société présente quelque difficulté. Aussi a-t-il paru au Bureau qu'il y aurait tout avantage à en effectuer le dépôt aux Archives départementales de la Creuse, conformément à l'article 3 du règlement général des Archives départementales du 1er juillet 1921. Ce dépôt, qui a le caractère révocable, conservera le droit de propriété de la Société sur les pièces lui appartenant, lesquelles auront un classement spécial, et il rendra aux travailleurs leur utilisation bien plus aisée.
Cette proposition du Bureau est adoptée et il est décidé qu'une demande sera adressée à M. le Préfet pour qu'il veuille bien autoriser le dépôt aux Archives départementales de la Creuse : 1° des manuscrits que possède actuellement la Société ; 2° de ceux qu'elle acquerra par la suite ; 3° des notes, des annexes aux procès-verbaux des séances et des pièces diverses dont la conservation sera jugée utile.
— Des félicitations sont adressées à M. Fernand Maillaud, membre titulaire, à qui a été décerné, lors du dernier salon de peinture, le prix Rosa-Bonheur.
NÉCROLOGIE. — Le 21 juillet est décédé M. Eugène Despagnat, haute personnalité de la colonie creusoise de Paris, que nous nous honorions de compter parmi nous depuis 1904, comme membre titulaire.
Né à Banize le 3 juillet 1863, fils d'un entrepreneur de maçonnerie, il commença ses études au collège d'Aubusson, les acheva au Lycée Condorcet, puis fit son droit. En 1888, à la mort de son père, il prit la direction de l'importante entreprise qu'avait celui-ci à Paris et conquit rapidement une grande autorité dans l'industrie du bâtiment. Entré en 1891 au Conseil de la Chambre syndicale des entrepreneurs, il en devint secrétaire en 1893, premier vice-président en 1901 et président en 1911. Il fut un des fondateurs, en 1904, de la Fédération nationale du Bâtiment et des Travaux publics ; il fut appelé à la présidence de cette grande association en 1921. Mobilisé comme officier de territoriale, il a rendu, pendant la guerre, de grands services au ministère des travaux publics. Il était membre du Conseil supérieur du travail. Il y a trois ans, il avait été nommé commandeur de la Légion d'honneur.
Resté fidèle à la Creuse, M. Despagnat faisait de fréquents séjours dans sa propriété de Meizoux, commune de Banize. Il s'intéressait à notre Société ; l'an dernier, il participait à l'excursion de Chambon ; cette année il s'était aimablement excusé de ne pouvoir être des nôtres dans la promenade qui parcourait sa chère région de Pontarion et il s'occupait obligeamment d'assurer le transport à Chavanat, lors de notre passage, de la châsse de Banize.
Nous ressentons vivement la perte de ce distingué collègue et prions Madame Despagnat d'agréer nos respectueuses condoléances.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlles Berne, Boulle, Duverger, Lemasson, Martinès, Régi, professeurs au Lycée de jeunes filles à Guéret ; Girès, professeur à l'Ecole normale d'institutrices à Guéret ; Robert, professeur à l'Ecole normale d'instituteurs à Guéret ; Salmon à Guéret ; MM. Berger, notaire à Bourganeuf ; le docteur Jean Butaud à Bourganeuf ; Chicaud, agent-voyer à Dun-le-Palleteau ; Courty, agent technique des Ponts-et-chaussées à Guéret ; Cruciani, mécanicien à Guéret ; Desbrousses, entrepreneur à Guéret ; Diverneresse, notaire à Héricy-sur-Seine (Seine-et-Marne) ; Giry, inspecteur des fraudes à Guéret ; Goguyer-Dessagnes, pharmacien à Dun-le-Palleteau ; Lecugy, notaire à Bussière-Dunoise ; Legendarme, notaire à Sardent ; Marot, professeur honoraire à Bussière-Dunoise ; Mignon, instituteur honoraire à Dun-le-Palleteau ; Léon Pasquet, maître d'hôtel à Guéret ; le docteur Philippon à Jarnages ; André Thomas, étudiant en médecine à Bourg-la-Reine (Seine).
BIBLIOTHÈQUE. — Nous avons reçu les tirages à part suivants :
De M. Adrien Blanchet : Les deux ponts anciens d'Orthez (extr. des Mélanges Gustave Schlumberger) ; Une plaque en cuivre gravée en épargne (milieu du XVe siècle) (extr. des Mémoires du Congrès des Bibliothécaires) ; Le Jupiter à la roue, trouvé à Champagnat (Creuse) (extr. du Bull. archéologique du Comité, 1923) ;
De M. E. Chénon, Notes archéologiques et historiques sur le Bas-Berry, fin du tome III (extr. des Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre) ; Etudes historiques sur le Berry religieux au moyen-âge, 3e étude (id.) ;
De M. le docteur A. Sallet : Champignons d'Indo-Chine (extr. du Bull. de la Soc. médicale et chirurgicale d'Indo-Chine, 1925).
Nous avons acheté l'Histoire de Limoges par Paul Ducourtieux récemment parue (Limoges, Ducourtieux éd., in-8°).
MUSÉE. — Madame Chalais, belle-fille et légataire de M. Autorde, nous a informés qu'elle faisait don au Musée, en souvenir de celui-ci, de trois statues, dont le Jupiter à la roue, objet de l'étude de M. Adrien Blanchet plus haut mentionnée, de deux tableaux à sujets religieux et d'une grande urne gallo-romaine. Ces objets se trouvaient dans la collection de M. Autorde.
Il a été donné par M. Pintout un jeton en cuivre à effigie de Louis XIV, portant au revers Neptune sur son char, avec la devise Aquilonum despicit iras ; — par M. le commandant Bareige une pièce française de six deniers au millésime de 1711.
La collection de coiffes creusoises s'est enrichie de plusieurs exemplaires, donnés par MM. Gabriel Jamot et le docteur Bordier, provenant les uns du nord du département, les autres de la région de La Nouaille et Saint-Marc-à-Loubaud.
M. Louis Lacrocq a donné un berceau ancien en bois provenant de La Celle-Dunoise ; M. le docteur Larché une grande gravure du XVIIIe siècle représentant le panorama de Rome ; M. Paturaud un morceau de bois pétrifié provenant de Fismes (Marne).
CLASSEMENTS. — Par arrêté du 25 juin 1925 ont été classés comme monuments historiques la cloche de l'église de Leyrat, datée de 1510, la cloche de l'église de Blaudeix, datée de 1556, le bas-relief en pierre du XIIe siècle décorant l'autel de la crypte dans l'église de Soubrebost.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas communique le texte inédit, conservé en copie à la Bibliothèque Nationale, d'une revue des francs archers de la Marche, passée au camp devant Elne (Pyrénées-Orientales) le 2 décembre 1474. Commandé par un capitaine (Antoine de Gouzolles), assisté de deux lieutenants (Louis Lorin et Antoine de La Roche) ce détachement se composait en tout de 142 hommes de guerre, qui sont énumérés nominativement. Des documents analogues concernent le Berry (656 hommes) et le Poitou (654 hommes). Les francs archers de cette dernière province étaient commandés par le capitaine Louis de Rechignevoisin (famille qui tire son nom du village homonyme de la commune de Noth) et il est facile de reconnaître parmi eux deux francs archers de Bourganeuf, décelés par leurs noms mêmes : Jehan de Maslafitte et Jehan du Puis Saint-Jehan. Toutes ces revues furent passées par Louis de Marrafin, écuyer, capitaine de La Charité, dont un parent Philibert de Marrafin était prévôt commanditaire de Chambon en 1489-1490. A propos du capitaine Antoine de Gouzolles, M. Thomas signale l'existence d'un autre capitaine plus renommé, Jean de Gouzolles, frère aîné d'Antoine, qui, d'après un passage du procès de Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, « en allant en Roussillon, prit d'emblée la ville de Garet » (Bibl. Ste-Geneviève, ms. 2000, fol. 413). Parmi les francs archers de la Marche, on remarque un certain « Martin du Chassin, alias Cheval », dont le sobriquet est manifestement en rapport avec le village actuellement appelé « Chassaincheval », commune de Saint-Avit-de-Tardes.
— M. le docteur Larché lit une note sur deux puits funéraires nouveaux découverts à Chanteau en août 1924 et présente le dessin qu'il a fait d'une anse de vase en bronze figurant Romulus et Rémus allaités par la Louve, provenant de l'un de ces puits. Cette note sera publiée.
— M. Valadeau commence la lecture du dépouillement qu'il a fait du registre de la Société populaire de Chambon-sur-Voueize pendant la Révolution ; cette lecture sera continuée à une prochaine séance.
— M. Louis Lacrocq lit une note, qui figurera aux Biographies creusoises, sur le professeur Dosson, né à Felletin en 1852, mort en 1893.
Il signale la mention dans le dernier catalogue de la librairie Gougy, de Paris, (juillet 1925, n° 13) sous le titre « Affaire des brigands de la Creuse » d'un curieux recueil en trois volumes, formé par le conventionnel Barailon, contenant la procédure suivie contre la bande qui, à la fin de la Révolution, commit divers actes de violence dans le sud de la Creuse.
— M. Henri Hugon indique que l'Illustration du 31 mai 1925 a publié, entr'autres portraits de présidents de l'ancienne Cour d'appel de Metz, à l'occasion du retour dans cette ville de ces portraits réunis en 1872 à la Cour d'appel de Nancy, celui d'un Creusois, Jean-Baptiste Voysin de Gartempe, qui fut premier président de 1800 à 1819 (Cf. Mémoires, t. XX, p. 235, t. XXII, p. LXXV).
— M. Marceron a communiqué à MM. Henri Hugon et Louis Lacrocq pour les identifier diverses monnaies de bronze qui, d'après les renseignements qu'on lui a donnés, proviennent d'une découverte faite aux environs de Maisonnisses. Le lot comprend un Hadrianus (117-138), un Constantius (I, 340-350), deux Constantius (II mort en 362), trois pièces frustes qui paraissent être un Ptolémée d'Egypte, un empereur de la décadence ou roi vandale, un empereur byzantin.
SÉANCE DU 30 OCTOBRE 1925
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. E. Baraige, le commandant Bareige, le docteur Bordier, Christauflour, le docteur Dumont, Frétet, Gallerand, le docteur Janicaud, Lafay, de Lajaumont, Mazet, Pruchon.
Excusés : MM. de Berranger, Ferrier.
M. le Président communique : 1° la délibération du Conseil municipal de Guéret, du 25 août 1925, nommant M. le docteur G. Janicaud conservateur du Musée ; — 2° la lettre de M. le Préfet, du 2 octobre courant, annonçant que le dépôt des manuscrits de la Société aux Archives départementales est autorisé ; — 3° l'arrêté de M. le Ministre des Beaux-Arts, du 22 juillet 1925, inscrivant sur l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques les églises de Lupersat, Saint-Silvain-Bellegarde, Saint-Pierre-de-Fursac, Le Grand-Bourg, Chéniers, Azerables, la crypte de l'église de Maisonnisses, le portail de l'église de Saint-Sulpice-le-Guérétois et la croix sculptée de Bussière-Dunoise.
— Des félicitations sont adressées à M. Louis Rousseau, membre titulaire, nommé chevalier de la Légion d'honneur.
NÉCROLOGIE. — Quatre de nos membres titulaires sont récemment décédés :
M. le docteur Léon-Eugène Deschamps, né en 1857 à Vallière, avait fait de brillantes études médicales. Interne des hôpitaux de Paris, chef de clinique à la Faculté, il eut une situation importante à Paris et fit partie du Conseil supérieur d'hygiène ; mais il resta toujours fidèle à la Creuse où il a vécu ses dernières années, dans sa belle propriété du Plat. Il avait, en 1914, dès la mobilisation, pris comme médecin-major de réserve, le poste important pour lequel l'avaient désigné à la fois sa valeur médicale et ses qualités d'administrateur ; il a successivement dirigé les services hospitaliers à Guéret et à Périgueux. Quand il se fut retiré au Plat, la guerre finie, il reçut de ses confrères une marque d'estime et un hommage à ses qualités professionnelles par la présidence de la Société de Secours mutuels des médecins de la Creuse. Très entendu à l'agriculture, il jouait un rôle important dans les diverses associations.
Fidèle à nos réunions, le docteur Deschamps témoignait à notre œuvre la sympathie qu'il savait donner si aimablement. Il était officier de la Légion d'honneur et commandeur du Mérite agricole.
Né en 1860 à Montbut, commune d'Anzême, M. Edouard Pluyaud, qui avait fini sa carrière universitaire comme directeur de l'Ecole communale de Guéret, a été à la tête des associations corporatives de l'enseignement primaire et montré un grand dévouement aux œuvres de mutualité. Après sa retraite il eut, comme secrétaire général de l'Office des pupilles de la Nation, à organiser ce service, apportant à sa tâche un zèle, un souci de courtoisie et d'équité que tous appréciaient. Il venait d'être nommé adjoint au maire de Guéret quand la maladie l'a frappé.
Originaire du Berry, M. Alfred Benoit était devenu Creusois d'adoption. Il a été longtemps pharmacien à Bonnat où comme maire, président du conseil d'administration de la Caisse d'Epargne, président de la Société de secours mutuels, il a rendu à ses concitoyens les plus grands services avec bonté et dévouement.
M. Louis Chagnaud, prématurément disparu, avait occupé une importante situation dans les entreprises de travaux publics à Paris.
Nous adressons nos vives condoléances aux familles de nos collègues.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mesdames Couvillat, institutrice à Saint-Georges-la-Pouge ; Gaucherand, à Paris ; Mesdemoiselles Marguerite Bathias à Guéret ; Madeleine Dubois, à La Celle-Dunoise ; MM. Brugeas, proviseur du Lycée de Marseille ; Daudon, juge de paix à Dun ; Delpeyrou, publiciste à Paris ; le docteur Paul Descottes, à Bénévent-l'Abbaye ; Doladille, directeur des Postes et télégraphes à Guéret ; Dubois, à La Celle-Dunoise ; Florane, artiste peintre à Montluçon ; le docteur Goigoux, à Dun ; le docteur Janicot, à Saint-Marc-à-Loubaud ; Jehan Paufique, homme de lettres à Lyon ; Provost, horloger à Guéret.
BIBLIOTHÈQUE. — Il a été donné : par M. Antoine Thomas le tirage à part de son étude sur Jean de Salazar et le guet-apens d'Amiens (23 juillet 1471) (extr. de la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes), relatant les détails d'une affaire criminelle où la victime était un gentilhomme limousin, Raimond de Lubertès, seigneur de Lascoux, marié avec une Marchoise, Catherine de Lestrange, dame de Magnat [Magnat-l'Etrange, canton de La Courtine], qui épousa en secondes noces Antoine de Montvert ; le tirage à part de son article sur Un manuscrit inutilisé du Liber monstrorum (extr. du Bulletin Du Cange) ; — par M. René Fage les tirages à part de son article sur Les maîtres violons de Tulle en 1644 (extr. du Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts de la Corrèze) et de la notice qu'il a lue à la Société des Antiquaires de France sur M. Eugène Lefèvre-Pontalis, directeur de la Société française d'archéologie ; — par les héritiers du docteur Frédéric Bertrand, de La Celle-Dunoise, diverses brochures concernant la Creuse.
MUSÉE. — Il a été donné : par les héritiers Guinjard un cadre contenant le portrait photographique et les insignes parlementaires du docteur Jean Moreau (1801-1889), ancien représentant du peuple et député de la Creuse ; — par les héritiers du docteur Bertrand, une peinture de M. Fernand Maillaud, représentant la maison du poète Rollinat à Fresselines, et divers objets creusois anciens dont un de ces récipients en vannerie, dits palisses, qui servaient autrefois à conserver les grains ; — par M. Fernand Maillaud, quatre portraits de paysans et paysannes creusois qu'il a peints à Fresselines ; — par M. le docteur Janicaud, une hache néolithique qu'il a trouvée près du dolmen de La Chadrolle et un moulage de statuette gallo-romaine ; — par M. Lachaud une monnaie en argent de Charles IX, datée de 1567, et un sou de Louis XV, trouvés à Lortomas, commune de Saint-Yrieix-la-Montagne ; — par M. Louis Baraille, un denier de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges et une pièce de Henri II (1550) ; — par M. Louis Pénot, un sou à l'effigie de Louis XVI avec le millésime de 1793 ; — par M. Albert Lacrocq, un portrait lithographique de l'abbé Pic, curé de Guéret sous la monarchie de Juillet.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud lit deux notes, l'une relative au dolmen de La Serre-Bussière-Vieille, complétant les descriptions qui en ont déjà été données, l'autre sur un dolmen récemment découvert par M. Ferrien, au Masneuf, commune de La Chapelle-Saint-Martial. (Voir ces notes aux Mélanges archéologiques).
— M. Albert Lacrocq signale deux bornes anciennes, paraissant être du XVIIe ou du XVIIIe siècle, en parfait état de conservation, qui se trouvent aux abords de Chambon-Sainte-Croix. L'une est dans un communal dépendant du village de Lignaud, commune de Lourdoueix-Saint-Pierre, près de la route qui descend de ce village au pont de Chambon sur la Petite Creuse ; des traces d'ancien chemin sont encore visibles dans ce communal. L'autre, dont l'existence a été indiquée par M. Gabriel Ragot, est en bordure du vieux chemin conduisant de Chambon à la rivière où il aboutissait au pont de bois qu'a remplacé le pont actuel de la route nationale.
Ces deux bornes sont semblables : de 0m,60 de hauteur, en granit bien taillé, rectangulaires, à sommet arrondi que souligne un bandeau saillant. Une petite moulure saillante encadre la face portant des inscriptions en capitales ainsi conçues :
1re borne (côté de Lignaud) : CHANBO 100 TOIZ.
2e borne (côté de Chambon) : CHANBO 120 TOIZ.
Ces indications sont loin de cadrer avec la distance séparant l'emplacement des bornes du bourg de Chambon. Le chemin sur lequel elles se trouvent est un des vieux chemins du Berry allant à Aigurande et on ne voit pas à quoi correspondent leurs indications, alors que leur caractère de bornes de chemins semble d'autant moins douteux que, sur le tracé de la même voie, à la sortie de La Celle-Dunoise, du côté de Chambon-Sainte-Croix, existe une autre borne absolument semblable dont l'inscription est peu lisible (Cf. Mémoires, tome XXII, p. 389).
Dans la partie où il est bien conservé (côté de Chambon) le vieux chemin du Berry est large et paraît avoir été une voie soigneusement tracée. La carte de Cassini ne le figure cependant pas.
— Une note de M. Emile Genevoix donne les détails sur le passage à Dun-le-Palleteau, en août dernier, de quelques cigognes ; un autre passage a été signalé à Lépaud. D'après le « Catalogue des oiseaux observés dans la Creuse » de Joseph Dugenest (Mémoires, t. IV, p. 396), le passage de la cigogne chez nous est peu commun.
— M. Louis Lacrocq lit une note sur l'archéologue Florian Vallentin (1851-1883), reproduite à la suite du présent procès-verbal.
NOTE LUE EN SÉANCE – FLORIAN VALLENTIN
En 1880, fut nommé substitut au tribunal de Guéret, après un court séjour en la même qualité au tribunal de Chambon-sur-Voueize, un jeune magistrat étranger à notre région, Florian Vallentin. Il resta trois ans dans ce poste, employant tous ses loisirs aux études archéologiques. Au printemps de 1883, il allait être nommé procureur de la République ; il se maria et partit en voyage de noces pour l'Italie. Il contracta les fièvres aux environs de Rome et rentra en France pour y mourir le 20 mai 1883, à 32 ans.Nos Mémoires avaient publié, en 1882, un important travail qu'il avait fait sur l'épigraphie creusoise. Cependant pas une ligne d'adieu n'y avait été insérée pour cet érudit. Sa fin prématurée et tragique avait été cependant connue à Guéret et je me rappelle très bien l'émotion qu'elle y causa. Relisant ces temps derniers le travail de Vallentin, à l'occasion du transport au musée des stèles de Chantemille, ce souvenir lointain me revenait à l'esprit et j'ai pensé qu'un de nos devoirs est de réparer les oublis de nos prédécesseurs. D'obligeantes communications (1) vont me permettre de dire brièvement qui était Florian Vallentin.
Né à Montélimar (Drôme) le 26 juillet 1851, d'une vieille famille de magistrats, il fit ses études de droit à la faculté de Grenoble et y fut reçu docteur en 1874. On avait dans son entourage le goût de l'érudition. Son père était vice-président de la Société d'archéologie et de statistique de la Drôme (2). Une véritable vocation le poussait dans cette voie et à 23 ans il publiait son premier article sur un autel gallo-romain. La préhistoire l'intéressa d'abord, mais vite il se spécialisa dans l'archéologie gallo-romaine et particulièrement dans l'épigraphie, où il serait devenu un maître. La bibliographie de ses travaux (3) montre l'étonnant labeur qu'en dix ans a fourni ce jeune homme tout en s'appliquant scrupuleusement aux devoirs de ses fonctions judiciaires. Il collaborait aux publications de sa région et aux grandes revues archéologiques. En 1881, il fonda à Vienne (Isère) le Bulletin épigraphique de la Gaule et en fut le directeur.
Dès son arrivée dans la Creuse il rechercha les inscriptions gallo-romaines, en fit ou en contrôla les lectures et put établir le répertoire de ces monuments qu'on trouve dans nos Mémoires (tome V, 1883, p. 132-457) sous le titre Epigraphie gallo-romaine du département de la Creuse et qui avait précédemment été inséré dans le Bulletin épigraphique de la Gaule [tome I (1881) p. 37-40, 129-137, 207-215] sous le titre Les monuments épigraphiques de la Creuse. Il n'a été fait de tirage à part de ce travail ni à Vienne, ni à Guéret ; un extrait, contenant la description du curieux objet dit « Patère d'Evaux » a été simplement publié en brochure (Vienne, Savigné, 1881, 4 p.)
Florian Vallentin s'occupa également des inscriptions gallo-romaines conservées à Limoges. Sous le titre Le Musée épigraphique de Limoges, il a publié dans le Bulletin épigraphique [tome II (1882) p. 5-15] le relevé des inscriptions étudiées, avec une critique assez vive de la façon dont elles étaient alors conservées (4). Il existe un tirage à part de cet article (Vienne, Savigné, 1882, 8 p.)
Si, grâce à l'ouvrage de M. Espérandieu (Inscriptions de la cité des Lemovices, Paris, 1891), nous possédons une complète et remarquable épigraphie gallo-romaine de la région, nous n'en devons pas moins de la gratitude à Florian Vallentin qui, en cette matière, a été chez nous un précurseur.
Louis Lacrocq.
(1) Je les dois à mon confrère M. Maurice Faure, de Vienne (Isère), à M. Vallentin du Cheylard, de Montélimar, frère de Florian Vallentin, et à M. de Font-Réaulx, archiviste de la Drôme, membre correspondant de notre Société. Qu'ils trouvent ici l'expression de mes remerciements pour leur parfaite obligeance.
(2) Son frère, M. Vallentin du Cheylard, préside cette Société.
(3) On la trouve, à la suite d'une note nécrologique, dans le Bulletin de la Société d'Archéologie et de statistique de la Drôme, 1883, p. 323-327. Cf. Mowat dans le Bulletin épigraphique de la Gaule, tome III (1883) p. 109-111 et 204-208 ; Brun-Durand, Dictionnaire biographique de la Drôme, tome II, p. 383-384. M. de Font-Réaulx l'a refaite et complétée récemment dans le Bulletin de la Société... de la Drôme, 1925, p. 367-374.
(4) Cf. Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, t. XXXI, p. 382.
SÉANCE DU 26 NOVEMBRE 1925
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, Marcel Brunet, le docteur Dumont, Ferrier, Gallerand, le docteur Janicaud, Jouve, le docteur Larché, Parot, Sarrassat, Tugayé.
Excusés : MM. E. Baraige, le commandant Bareige, le docteur Manouvrier, Pruchon, Valadeau.
NÉCROLOGIE. — M. Henri Dissandes de Lavillatte, un des plus anciens membres titulaires de notre Société, à laquelle il appartenait depuis 1889, est décédé à Paris le 19 novembre.
Né le 1er août 1866 à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), où son père était substitut, il appartenait à une vieille famille guérétoise de magistrats qui, avant et après la Révolution, ont occupé leurs charges avec distinction. Notre collègue habitait Paris, mais venait, chaque année, passer de longues vacances dans sa propriété de Lavillatte, près Guéret. De bonne heure, il s'intéressa aux recherches historiques et commença par une étude sur sa famille à l'occasion d'une de ses possessions (Château et fief de Bogenet, Paris, s. d.), que suivit, en 1902, un Recueil de notes sur M. de Bogenet, doyen des vicaires généraux de France, signé du pseudonyme d'Henri de Neuvil. Attaché à Boussac par son ascendance maternelle, il publia, en 1907, les Esquisses sur Boussac (Paris, Emile-Paul éd.), qui, malgré leur titre modeste, sont une intéressante histoire de cette petite ville. Entre temps, il avait consigné en un livre alerte, Promenade en Egypte (1904), des impressions de voyage.
A nos Mémoires, M. de Lavillatte a donné des documents de la période révolutionnaire (t. XIII), des études sur La décoration du Lys, sur une Plaque de cheminée aux armes de sa famille (t. XX), une biographie de l'amiral Couturier de Fournoue et une généalogie de la famille de celui-ci (t. XXI).
Esprit fin et cultivé, d'une courtoisie parfaite, M. de Lavillatte laisse à ceux qui l'ont connu le plus sympathique souvenir. Nous exprimons nos vives condoléances à sa famille.
MONUMENTS HISTORIQUES. — Communication est donnée de l'arrêté ministériel du 30 octobre dernier, inscrivant sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques l'église d'Ajain.
ELECTIONS. — Sont élus administrateurs en remplacement de M. le docteur Janicaud, nommé conservateur, et de M. Pichon, décédé : MM. Charles-Marlin, notaire honoraire et conseiller général à Crocq ; Adrien Arfeuillère, avocat à Guéret.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Alfred Arfeuillère, avocat, à Guéret ; Pierre Berger, agent-voyer, à Guéret ; Chomeau, chef de division à la Préfecture, à Guéret ; le marquis de Coustin, maire d'Arrênes ; Jean Dutheil, professeur au Lycée de Guéret ; Lajoix, pharmacien honoraire à Peyrat-la-Nonière ; Picard, professeur à l'Ecole normale d'instituteurs à Guéret.
MUSÉE. — Dons reçus: en exécution des volontés de feue Madame veuve Rohrer, de Guéret, les décorations de son mari, le capitaine Rohrer ; — de Madame veuve Girard, de La Charse, commune de Saint-Yrieix-les-Bois, les armes et décorations de son mari, le capitaine Girard, ainsi que divers insignes militaires ; — de M. Sohet-Thibaut, de Limoges, en exécution des volontés de Madame veuve Henri Laroche, de Vallière, une monnaie en or, à l'effigie de l'empereur Tibère, trouvée à Vallière ; — de notre collègue M. Frétet, une monnaie en bronze de Charles VII, qu'il a trouvée à Crozant.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'un article de M. Adrien Blanchet, de l'Institut, membre honoraire, sur Baralon et les écoles primaires du district d'Evaux en 1795, et d'un article de M. Max Prinet, directeur à l'Ecole des Hautes études, membre honoraire, sur le Contrat de mariage d'un Marchois établi en Franche-Comté (1661).
Ces études paraîtront dans les Mémoires. M. le Président exprime la gratitude de la Société à MM. Blanchet et Prinet pour leur sympathie et la collaboration qu'ils veulent bien apporter à ses travaux.
— M. Frétet a communiqué un document relatif à la taille dans la collecte de Chabaneix, paroisse de Saint-Sulpice-le-Dunois, en 1780 et une feuille de récépissé de l'emprunt forcé de l'an IV, perception de Saint-Sulpice-le-Dunois.
— M. Henri Hugon a envoyé une lettre du Préfet de la Creuse, du 11 août 1837, au sous-préfet d'Aubusson, invitant celui-ci, en conformité des instructions du ministère de l'intérieur, à surveiller, dans son arrondissement, les « nouvelles intrigues » que pourrait y faire, comme ailleurs, « le nommé Naundorf qui se donne comme le fils de Louis XVI ».
— M. Georges Berthomier a envoyé, avec un dessin de M. René Berthomier, la description d'une ancienne pierre de mesure, connue autrefois sous le nom de « mesure de la halle », qu'il a étudiée à La Chapelle-Baloué. Cette note sera publiée.
— M. le docteur Larché décrit une curieuse croix pyramidale, sculptée sur ses quatre faces, d'époque indéterminée, qui se trouve à Saint-Dizier-la-Tour, et une boîte funéraire gallo-romaine, en porphyre rose, de forme exceptionnelle, avec bandeaux verticaux au pourtour, trouvée à La Vallade, commune du Chauchet.
— M. le docteur Janicaud présente une statuette en terre cuite que M. l'abbé Dercier a découverte au Mont-Jouer (emplacement de Prœtorium) et qui figure, selon un type classique, Vénus tordant sa chevelure. M. l'abbé Dercier se propose de reprendre, au printemps, les fouilles qu'il a faites autrefois au Mont-Jouer, pour lesquelles la Société lui a donné une subvention de 100 francs.
— M. Louis Lacrocq communique des indications, obligeamment fournies par M. Sohet-Thibaut, sur le lieu dit Le Boueix, commune de Vallière, où a existé un village disparu vers le xviie siècle.
Dans les parcelles nos 61 et 62 section C du plan cadastral, on a trouvé, vers 1877, divers outils en silex et des débris abondants de tuiles gallo-romaines ; ces objets n'ont malheureusement pas été conservés.
D'après des renseignements fournis à M. Sohet-Thibaut par M. Vigier, autrefois notaire à Vallière, il y a eu au Boueix un petit fief avec droit de justice, mentionné encore en 1788, dont dépendait un étang. Les parcelles nos 59 et 60, même section du plan, dites Etanchau, sont l'emplacement de cet étang. Une tradition, rapportée par M. Vigier, avait conservé le souvenir du transport du juge seigneurial, en certaines circonstances, sur la chaussée de l'étang, pour y rendre des sentences.
— M. de Berranger lit une note reproduite ci-après.
NOTE LUE EN SÉANCE – UN TERRIER DE L'ABBAYE DE PRÉBENOIT
L'abbaye de Prébenoit n'est représentée aux Archives départementales (1) que par un très petit nombre de documents. Non moins que les avatars des guerres de religion, la négligence de plusieurs hommes de loi a, sous l'Ancien régime, fait disparaître presque tout le reste (2). Quelques épaves, heureusement, subsistent, dont la plus intéressante peut-être, le terrier de 1622, fut acquise en 1919 par notre confrère M. Mazet, qui a bien voulu nous en donner communication.
Il serait intéressant — et difficile — d'établir par quelles voies ce terrier est passé de l'abbaye de Prébenoit aux mains d'un libraire parisien (3). En tout cas, son existence était connue depuis longtemps, notamment de Bosvieux (4) et de l'abbé Lecler, qui le cite souvent dans son Dictionnaire, mais se contenta peut-être d'utiliser les notes de Bosvieux.
Sans avoir vraisemblablement pu consulter ce document, M. le comte de Beaufranchet a, dans un article paru dans les Mémoires de notre Société, retracé les circonstances qui présidèrent à sa confection (5). L'abbaye, qui servait alors de lieu de refuge aux populations voisines, fut surprise par les Huguenots dans la nuit du 30 novembre 1590, mise au pillage, puis délivrée par un détachement catholique le 24 août 1591. Les vaincus, en se retirant, incendièrent les bâtiments, sans épargner la tour du Trésor où se trouvaient les archives (6), dont presque rien (7) ne fut sauvé.
Cette courte occupation avait ravagé pour longtemps les biens de l'abbaye. Un procès-verbal dressé en 1621 à la requête d'un nouvel abbé, Mathieu de Verthamon, permet encore de le constater. Les étangs sont « rompus », les bois saccagés, et, malheur plus grand, « les rentes et debvoirs seigneuriaux desnyés et desadvoués » (8), faute de titres permettant de les établir.
Mathieu de Verthamon s'empressa donc de faire délivrer des lettres de terrier, en date du 3 août 1622. Un mandement d'exécution fut lancé le 15 novembre suivant par Jean Reydier, sieur de La Rue, conseiller du Roi et de la reine douairière comtesse de la Marche, garde et lieutenant en la sénéchaussée de la Marche (9).
Ce terrier, qui fut terminé le 16 novembre 1624, remplit les 376 premiers folios du volume communiqué par M. Mazet. Une liève datée de 1630 lui fait suite.
Terrier et liève nous renseignent à la fin sur le personnel de l'abbaye, sur ses biens et sur les redevances exigées.
Ils permettent, d'abord, d'ajouter à la liste des abbés un nom nouveau, en 1630 : celui de Louis Sauvat, protonotaire du Saint Siège, conseiller aumônier du Roi et du duc d'Orléans, chanoine doyen de la Sainte Chapelle Royale de Vivier (10). Seule, la Gallia Christiana lui avait consacré une mention à la date erronée de 1676 (11), ce qui conduisit Roy de Pierrefitte à l'effacer de son catalogue (12).
A ce nom s'ajoutent, pour les années 1623-1624, ceux de Blaise Girauld, prieur, de Guillaume Poylevé et de Charles de Saint-Martin, religieux qui, à eux trois, formaient tout le personnel de l'abbaye, dont l'importance avait déjà décliné (13).
Les biens étaient répartis sur le territoire actuel des communes de Bétête, La Cellette, Châtelus-Malvaleix, Clugnat, Genouillat, Jalesches, Ladapeyre, Lourdoueix-Saint-Pierre et Saint-Dizier-les-Domaines. Je ne puis en donner ici la liste, mais il est intéressant de la comparer avec celle que Gabriel Martin a établie pour le moyen-âge. Cette dernière mentionne divers domaines situés dans le Berry, autour de Sainte-Sévère, Urciers, Sinaise et Chissac, et, plus près de nous, quelques forêts, notamment celle d'Ecosse que l'on ne retrouve plus dans le terrier de 1622 (14). L'abbaye s'est donc appauvrie, au moins en certaines régions. Au siècle suivant, elle aboutira presque à la ruine, pour ne conserver, à la veille de 1790, qu'un domaine à Bétête et un pré à Leyrat (15).
Enfin, les tenanciers, pour la plupart mortaillables, sont assujettis aux redevances et obligations suivantes : une rente en nature, des corvées, une dîme, et, pour certains, l'obligation d'user du four banal.
La rente est payable aux trois termes de mars, août et Noël. Les corvées sont exigibles deux fois par an, l'une en mars, l'autre en été ou en automne, pour la moisson ou la vinade. Dans ce dernier cas, une voiture, attelée de deux bœufs, doit ramener, pour le compte de l'abbé, des barriques de vin de Montluçon, Châteaumeillant, La Châtre ou Sainte-Sévère. Certains textes mentionnent une vinade morte, sans préciser sa nature.
A la dîme du blé s'ajoute celle des troupeaux, ou charnage. Elle est de 1/11 pour les agneaux.
Enfin, certains tenanciers doivent user du four banal de Molles. Ces détails, si dispersés soient-ils, nous font connaître l'état de l'abbaye avant son déclin.
H. DE BERRANGER.
(1) H 528-533.
(2) Cf. Gabriel Martin, Les moines cisterciens et l'agriculture..., Mém. Soc. sc. de la Creuse, t. VIII, p. 126-127.
(3) V. aux mêmes Mémoires, t. XXI, p. LIII.
(4) Inventaire ms du fonds Bosvieux, K 49.
(5) Notes complémentaires sur l'histoire de l'abbaye de Prébenoit, t. XIV, p. 446-447.
(6) Arch. de la Creuse, H 529, publ. par Roy-Pierrefitte, Monastères du Limousin et de la Marche, abbaye de Pré-Benoit, p. 18-20.
(7) Le terrier de 1507-1514, que Bosvieux put consulter, échappa nécessairement.
(8) Arch. de la Creuse et Roy-Pierrefitte, loc. cit.
(9) Terrier de 1622, fol. 1.
(10) Liève, 1er fol.
(11) Gallia Christiana nova, t. II, col. 1634.
(12) Roy-Pierrefitte, loc. cit., p. 15.
(13) Terrier, fol. 54, 61 et passim.
(14) Mém. cités, t. VIII, p. 57, 62-63, 83 et 95.
(15) Id., t. XIV, p. 452-453.
SÉANCE DU 18 DÉCEMBRE 1925
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : MM. le commandant Bareige, Baret d'Auriolle, de Berranger, de Bourran, Marcel Brunet, le chanoine Bujadoux, le commandant Carteron, Frétet, Gallerand, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Jouve, de Lajaumont.
Excusés : MM. le docteur Bordier, Ferrier.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Henri Gadon, avoué à la Cour d'appel de Limoges ; l'abbé Giraud, curé de Bussière-Dunoise ; le comte P. de Lavillatte, à Paris ; Moreau, à Ahun ; Henri de Nussac, René de Nussac, photographes à Guéret ; le docteur Picard, vétérinaire principal au Dépôt de remonte à Guéret.
BIBLIOTHÈQUE. — M. Louis de Nussac, membre correspondant, a donné sa conférence En gabarre sur la Dordogne, éditée par le Touring-Club.
MUSÉE. — M. le Président communique la lettre de M. le Préfet en date du 3 décembre, annonçant que M. le Ministre de l'Instruction publique a autorisé le dépôt au Musée de la châsse de l'église de Banize, classée comme monument historique. Il présente cette belle pièce d'orfèvrerie limousine en émail champlevé du xiiie siècle, dite châsse de saint Sulpice, du nom du saint qui est figuré sur l'un des panneaux, et rappelle qu'elle a été décrite dans divers ouvrages. Il complimente la municipalité de Banize de la bonne volonté qu'elle a apportée à la faire placer au Musée, à titre de dépôt, pour en mieux assurer la conservation.
M. Edmond Guillot, propriétaire au Grand-Dognon, commune de Bazelat, a fait don d'un polissoir néolithique trouvé dans cette localité (Voir note de M. le docteur Janicaud aux Mélanges archéologiques). L'existence de cet objet nous avait été signalée par M. Georges Berthomier.
M. et Madame Moreau, née Rousseau, ont fait don d'une importante série d'outils préhistoriques, trouvés dans la région d'Ahun, qui avaient été collectionnés par feu M. Ernest Rousseau, greffier à Ahun. Ils ont également donné des cachets anciens.
M. Fernand Maillaud a joint aux peintures qu'il avait précédemment données une étude de Mendiante, faite à Fresselines en 1898.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Max Prinet, membre honoraire, a bien voulu examiner une matrice de sceau qui avait été présentée à une précédente séance par M. Briquet. Ce sceau, trouvé à Puyrajat, commune de La Chapelle-Baloué, paraît être celui de Pierre de Chamborant, qui vivait en 1374.
Il est rond, avec appendice conique à anneau trilobé, mesure 0,020 mm de diamètre, présente un écu avec un lion et la légende, en caractères gothiques, se lit : ✝ S. P. de Chaboren Ch. (S[cel de] P. de Cha[m]boren ch[evalier]).
Bien que la lecture de la lettre finale n ne soit pas certaine, l'attribution de ce sceau, qui a les caractères du xive siècle, à Pierre de Chamborant a toute probabilité d'exactitude. Les armes de la famille de Chamborant étaient : d'or à un lion rampant de sable, armé et lampassé de gueules.
— M. le chanoine Bujadoux communique l'acte notarié, passé à Chéniers en 1786, contenant constitution du titre patrimonial de l'abbé Descombes, au moment de son entrée dans les ordres. Il rappelle les principaux épisodes de la vie de l'abbé Descombes, fondateur du Petit séminaire d'Ajain, et notamment les pourparlers qui eurent lieu, en 1813, entre l'évêché et la municipalité de Guéret, pour lui confier la direction du collège.
— M. le commandant Carteron communique des documents concernant la famille Vergne :
Le plus ancien est un inventaire dressé le 13 octobre 1742, par Guillaume Devillebanoix, notaire de la ville et baronnie de Sainte-Sévère (Indre), à la requête de Marguerite Gallinat, veuve de Jean Vergne, au lieu de La Maison-Neuve, paroisse de La Cellette.
La Maison-Neuve était un petit fief mouvant de la baronnie de Sainte-Sévère, qu'a étudié M. Emile Chénon dans son Histoire de Sainte-Sévère-en-Berry (Paris, 1889), p. 391 et ss. La famille Gallinat l'avait acquise à la fin du xviie siècle. L'inventaire montre une situation de fortune modeste. La veuve Vergne, qui avait une fille mariée avec Etienne André, sieur de Châteaufort, et deux fils, Jean et Silvain-Jean, déclare, à la fin de l'inventaire, comment elle entend que ses biens soient partagés, en spécifiant minutieusement quels services religieux elle désire avoir pour le repos de son âme ; elle veut, notamment, que, pendant un an, chaque dimanche, le curé de La Cellette chante deux Libera sur sa sépulture, dans l'église.
Elle exprimait le désir que ses fils réglassent leurs affaires « comme deux bons frères ». Ce souhait ne fut pas réalisé. Jean était notaire royal au village des Forges, paroisse de Moutier-Malcard ; Jean-Silvain, chirurgien, avait gardé La Maison-Neuve. Une transaction de 1755, une pièce de procédure de 1756, les montrent plaidant avec acharnement sur les difficultés les plus diverses.
Des actes de 1782 et 1788 sont relatifs à des règlements entre les enfants de Jean-Silvain Vergne. Un fils de celui-ci, Charles, était en 1782 soldat au régiment d'Enghien-infanterie, « en garnison au Cap François ». Sa sœur, Françoise, avait épousé Gabriel Descombes, entrepreneur de bâtiments au Montinazeau, paroisse de Chéniers (de la famille de l'abbé Descombes, le fondateur du Petit séminaire d'Ajain). En 1811, Charles Vergne est gendarme à Aigurande. Le ménage Descombes était allé se fixer à La Maison-Neuve ; en 1817, ses descendants étaient tous cultivateurs.
Les documents communiqués par M. Carteron apportent ainsi, sur les possesseurs de La Maison-Neuve, un complément aux renseignements qu'avait réunis M. Chénon. On en peut extraire aussi deux indications d'intérêt général :
Dans l'inventaire de 1742, il est question de boisseau de seigle « à la mesure de La Cellette ». En 1811, un partage d'immeubles à La Maison-Neuve donne la contenance des terres de la manière suivante : «... contenant à semer environ 37 décalitres de bled seigle, correspondant à 16 boisselées ancienne mesure de Sainte-Sévère. »
— M. Louis Lacrocq communique le texte imprimé (in-4°, 4 p., Paris, chez P.-G. Simon et N.-H. Nyon) d'un arrêt du Parlement de Paris du 23 août 1785 « qui ordonne l'exécution d'une ordonnance « rendue au siège de la police de la ville de Jarnage, par laquelle il « est fait défenses aux habitans de la ville et faux-bourgs de Jarnage « de couvrir leurs maisons et bâtimens en paille, leur enjoint de « les faire couvrir en tuiles ; le tout sous des peines y portées ». Cette pièce fait partie des archives de la Société.
Ces mesures avaient dû être provoquées par un incendie ayant détruit une partie de Jarnages. M. Gallerand fait observer que le nom de Rue-brûlée, qui est celui d'une des rues de la ville, en conserve toujours le souvenir.
— M. Louis Lacrocq analyse des fragments, donnés par M. Emile Montagne, d'un terrier de la seigneurie de La Bussière (commune de Saint-Sulpice-les-Champs), dressé en 1624, à la requête de Guy de Lestrange, « seigneur des Hosteix (aujourd. Les Outeix, cne de Croze) et de la Bussière. »
Ces fragments concernent principalement le village d'Eaux (cne de Saint-Sulpice-les-Champs). On y relève aussi une description du domaine particulier du seigneur, mentionnant « les masures du chasteau de La Buxière ».
Guy de Lestrange a été le chef du rameau des Lestrange, seigneurs du Leyrit (cf. comte Henri de Lestrange, La maison de Lestrange, Paris, 1912, notamment p. 137, 378, 384 et 385) ; c'est son père qui avait acquis la seigneurie de La Bussière peu avant 1610.
— Au sujet de l'origine marchoise de la famille Taquenet (cf. ci-dessus p. xxi), M. Brody de Lamotte signale une indication dans Les recherches de la noblesse en Berry publiées par M. de Toulgoët-Tréanna (Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, 24e vol., 1900, p. 337-338) : en 1715, Jacques Taquenet, sieur de Villelys, en l'élection de Saint-Amand, fut maintenu dans sa noblesse, avec preuves remontant à Jean, écuyer, seigneur de La Chèze, qui avait fait hommage au comte de la Marche en 1485.
— Lecture est donnée d'une note de M. Brody de Lamotte, au sujet des verreries de Bord et de Bornet, reproduite à la fin du présent procès-verbal,
— M. de Berranger analyse divers documents donnés par M. et Madame Moreau :
Le plus intéressant est un contrat d'assense perpétuelle, en date du 1er septembre 1406, consenti par Yves Deaux (ou Decaux), damoiseau, seigneur de La Roche-Nouzil (cne de Fransèches), à Pierre Perrotin, de ses biens situés dans la seigneurie de La Roche-Nouzil, moyennant une rente de 10 setiers de seigle, mesure d'Ahun, payables en août, et de 40 sous payables à Noël. Le bailleur réserve ses droits sur ses garennes et son étang.
Deux documents sont du xvie siècle : une vente d'une terre, du 21 octobre 1573, par Léonard Bellugon, de Saint-Sulpice-le-Donzeil, à Catherine Bellugon, de La Roche-Nouzil ; — une vente d'un pré, du 31 octobre 1583, par Gillette Cusinet, veuve de François Guyerre, receveur royal à Ahun, Silvain Moreau et autre Gillette Guyerre, son gendre et sa fille, habitant tous à Ahun, à Jean Guyerre, notaire royal.
Une vente du 4 janvier 1633 porte sur une terre de La Roche-Nouzil, tenue en franche condition du seigneur de Massenon (cne d'Ahun).
La pièce la plus récente est la provision de notaire royal garde-notes à Maisonnisses, délivrée, le 22 décembre 1664, à Pierre Druillettes, moyennant 50 livres ; elle indique que la paroisse de Maisonnisses comptait alors 110 feux.
NOTE LUE EN SÉANCE – A PROPOS DES VERRERIES DE BORD & DE BORNET
La Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse a publié (Mémoires, tome XXIII, page 33) une note de M. Marcel Savignat, intitulée La forêt de Bord et les verreries de Bord et de Bornet. Cette étude contient quelques omissions et inexactitudes en ce qui concerne les gentilhommes verriers de Brethon. La présente notice a pour but de compléter et de rectifier l'étude de M. Savignat.
Les deux frères, Jean-Michel et François de Brethon, étaient nés à la verrerie du Pont-de-Banges, paroisse d'Allèves (Haute-Savoie).
Leur père, Antoine de Brethon, gentilhomme verrier, né dans le mandement de Chatonnay en Dauphiné (Isère), quitta ce mandement où ses ascendants s'étaient adonnés à l'industrie du verre, pour aller s'établir à la verrerie du Pont-de-Banges, vers 1640.
Leur oncle, Simon de Brethon, né aussi dans le mandement de Chatonnay, demeurait, en 1674, à la verrerie de la Boue, près de Rémilly (Nièvre) (1).
Jean-Michel de Brethon, écuyer, seigneur de La Joux, vint, de la verrerie du Pont-de-Banges, s'établir, en qualité de verrier, dans la paroisse de Blain, maintenant Roussillon (Saône-et-Loire). Il épousa, à Rémilly, le 25 octobre 1674, « en présence de Simon de Brethon, son oncle, de Jacques de Brethon, demeurant à la verrerie de la Boue, et Claude de Bréchard, épouse de ce dernier, son frère et sa belle-sœur », Anne de Ponard, d'une famille qui se livrait à l'industrie du verre depuis un temps immémorial et dont de nombreux représentants étaient alors verriers dans le Nivernais (2).
Vers 1680, Jean-Michel de Brethon se fixa à la verrerie de Bord et, un peu plus tard, à la verrerie de Favant (Creuse) qu'il quitta, en 1694, pour aller habiter le château du Mas, paroisse de Lussat, où il mourut, en 1696 (3), sans postérité. Anne de Ponard était décédée, à la verrerie de la forêt de Bord, le 14 avril 1689, et Jean-Michel de Brethon avait épousé en secondes noces, après un deuil qui ne dura pas un mois, à Lussat, le 9 mai 1689, Marie du Peyroux.
(1) Simon de Brethon n'est pas cité dans l'étude intitulée Les de Brethon, indiquée ci-après aux Sources de cette notice.
(2) La famille de Ponard portait : « D'or à deux pals d'azur ». En 1459, nobles hommes Etienne, Philippe et Louis Ponnart, verriers à Ivoy (Cher), fils de noble homme Jean Ponnart, autrefois verrier à Ivoy. (Buhot de Kersers, Statistique monumentale du département du Cher. Canton de la Chapelle-d'Angillon).
Le 15 octobre 1669, Jean de Ponard, écuyer, seigneur de Sizières, paroisse de Marçais (Cher), est maintenu dans sa noblesse. Il appartenait à une ancienne famille du Nivernais. Guyon Ponard vivait à la fin du xve siècle. Jean, son petit-fils, écuyer, seigneur de la Verrerie de la Boue, obtint l'érection au nom de Ponard d'un fief qu'il possédait à Mazille ; Jean, 2e du nom, petit-fils de celui-ci, est celui qui figure ci-dessus ; il épousa Anne de Grandval, dont il n'eut que trois filles. (Cte de Toulgoët-Tréanna, Les recherches de la noblesse en Berry. Mém. de la Soc. des Ant. du Centre, 1900, 24e vol.).
(3) M. Savignat a écrit par erreur 1697.
François de Brethon, écuyer, seigneur de La Combe, du Mas, du Bouchet, de Landes et de Varenne, né en mai 1658, à la verrerie du Pont-de-Banges (Haute-Savoie), s'établit, vers 1680, à la verrerie de la forêt de Bord en Combraille, où il épousa, en 1684, Charlotte de Ponard (sœur d'Anne de Ponard, femme de Jean-Michel de Brethon). Il quitta la verrerie de la forêt de Bord en 1694 (1) et s'installa à la verrerie de Bouéry, paroisse de Maillac (Haute-Vienne), qu'il abandonna vers 1710 pour s'établir à la verrerie de Puylaurent, paroisse de St-Georges-les-Landes (Haute-Vienne) ; il exploita celle-ci jusqu'à sa mort survenue, à Puylaurent, en 1720.
François de Brethon s'enrichit dans la profession de verrier. Il acquit, en 1695, le fief de Varenne, paroisse de Lussat, de Michel Busselet, sieur de Boisrobert ; en 1695, 1697, 1699, les quatre cinquièmes de la seigneurie du Mas, de ses belles-sœurs du Peyrout, sa femme lui ayant apporté en dot l'autre cinquième ; en 1702, les fiefs du Bouchet et de Landes, paroisse de Lussat, de Roch Aupetit, sieur de Lavault et du Mazeau ; en 1708, le fief de Founilin, paroisse de Vicq-sur-Aubois, de Gabriel des Ages, écuyer, seigneur des Rochettes ; en 1711 et en 1713, des prés et héritages sis au Bourdelleix, à Landes, et à Blaume, paroisse de Lussat. Il fit certainement encore d'autres acquisitions de terres et de rentes dont les titres ne nous sont pas parvenus. En 1700 et 1701, il fit rebâtir le domaine du Mas et fit de grandes réparations au château du Mas.
Henri de Brethon (2), chevalier, seigneur du Mas, et Gabriel de Brethon, chevalier, seigneur du Bouchet, nés à la verrerie de Bouéry, paroisse de Maillac, issus du second mariage de François de Brethon, susnommé, avec Rose du Peyroux, exploitèrent, avec leur père, les verreries de Bouéry et de Puylaurent. Ils cessèrent de se livrer à l'industrie du verre, en 1721, peu après la mort de leur père. Henry se retira d'abord à La Vergne, paroisse de Mouhet (Indre), puis au château du Mas, paroisse de Lussat, et Gabriel au château du Bouchet, même paroisse. Leur postérité ne s'adonna plus à la verrerie.
(1) M. Savignat indique 1695. La date 1694 nous paraît préférable, car, lorsque François de Brethon épousa Rose du Peyrout (sœur de Marie du Peyroux, épouse de Jean-Michel), le 5 avril 1695, il habitait Bouéry certainement depuis plusieurs mois. M. Savignat croit à tort que François alla habiter le Mas de Lussat en quittant la verrerie de Bord. Nous voyons qu'il n'abandonna pas la profession de verrier et l'exerça jusqu'à sa mort.
(2) Dans Les de Brethon il est dit qu'Henry de Brethon fut baptisé à Magnac. Il faut lire Maillac.
Un frère de Jean-Michel et de François, Jacques de Brethon, écuyer, seigneur du Tour, demeurait, en 1674, à la verrerie de la Boue, près Rémilly (Nièvre). Il était marié à Claude de Bréchard. Leur fils, Pierre de Brethon, écuyer, seigneur du Tour, habitait en 1736, la paroisse de Saint-Nicolas-des-Biefs (Allier). Il devait être également verrier.
Louis de Brethon (1), écuyer, seigneur de La Mollée, demeurant en la paroisse de Rémilly (Nièvre), gentilhomme verrier, époux d'Anne de Chargères, décédée en mars 1692, devait être frère de Jean-Michel, de François et de Jacques.
Les membres de la famille de Brethon restés en Savoie durent continuer à exercer l'art de la verrerie. En 1795, un verrier, nommé Joseph de Brethon, vivait à Allèves.
E. BRODY DE LAMOTTE.
SOURCES
E. Brody de Lamotte, Les de Brethon (Mém. Soc. sc. natur. et arch. de la Creuse, t. XIX, p. 61).
Roger Drouault, Monographie du canton de Saint-Sulpice-les-Feuilles (Bull. Soc. archéol. et histor. du Limousin, t. LVI, p. 377).
Abbé Boutillier, La verrerie et les gentilshommes verriers de Nevers, Nevers, 1885, p. 424.
Archives de famille.
(1) Louis de Brethon n'est pas cité dans Les de Brethon.