SÉANCE DU 28 JANVIER 1926
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, de Bourran, Christauflour, Maurice Dayras, Dutheil, Ferrier, Frétet, Gallerand, le docteur Janicaud, de Lajaumont, Paul Mozer, Pruchon, Sarrassat, Valadeau.
Excusés : MM. le docteur Bordier, le comte de Beaufranchet, Gabriel Jamot, le chanoine Parinet.
M. le Président exprime les félicitations de la Société à M. René Fage, membre honoraire, nommé correspondant de l'Institut, à M. le professeur Bréhier, membre honoraire, à MM. Brugeas, François, Filloux et Montégudet, membres titulaires, nommés chevaliers de la Légion d'honneur.
L'échange des publications de la Société avec celles des Amis de Montluçon et de la Société linnéenne de la Seine-Inférieure est approuvé.
M. de Berranger, archiviste départemental, a été nommé, par arrêté ministériel du 28 décembre 1925, conservateur des antiquités et objets d'art du département de la Creuse, en remplacement de M. Autorde, décédé.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Paul Chassaigne, ingénieur à Dilling (Sarre) ; Dubreuil, entrepreneur de peinture, président de l'Association des anciens combattants, à Guéret ; Jean Desjobert de Prahas, au château de Bogenet, près Pionnat ; Grellet, secrétaire général de l'office des pupilles de la Nation, à Guéret ; Martin, agent-voyer inspecteur, à Guéret ; Gabriel Ragot, préparateur en pharmacie, à Courbevoie (Seine).
BIBLIOTHÈQUE & MUSÉE. — A partir de la présente année, les acquisitions et dons, au lieu d'être mentionnés dans les procès-verbaux des séances, seront énumérés dans des listes publiées à la fin de chaque année.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Valadeau continue la lecture, commencée à une séance précédente, d'extraits des procès-verbaux de la Société populaire établie à Chambon-sur-Voueize pendant la Révolution. Ces procès-verbaux contiennent le compte-rendu détaillé de deux fêtes organisées par cette Société, l'une le 20 prairial an II, en l'honneur de l'Etre suprême, l'autre le 10 messidor an II, en l'honneur du Peuple français.
— Lecture est donnée d'une note de M. le chanoine Parinet sur la chapelle du pont de la Roche, près Bourganeuf, publiée à la suite du présent procès-verbal.
— M. le docteur Janicaud présente un épi de faitage en poterie brune vernissée, de 0,55 cm de hauteur, que M. Dubreuil vient de trouver à Guéret, dans une maison du faubourg Montpellier (reproduction ci-contre). Cet épi porte la date 1638 en relief ; il provient probablement des fabriques de Mortroux.
— M. Gabriel Jamot a fait don au Musée d'un exemplaire du portrait lithographique de l'abbé Descombes, fondateur du Petit séminaire d'Ajain.
Cette lithographie, exécutée sur un dessin de Simon Mingasson, neveu de l'abbé Descombes, a été signalée dans nos Mémoires (t. XXI, p. LXXXVIII) par M. Louis Lacrocq, qui complète les renseignements déjà réunis sur l'iconographie de l'abbé Descombes par les indications suivantes :
La lithographie porte, à droite, la signature Maurin. C'est, apparemment, celle d'un des frères Maurin, Antoine (1793-1860) et Nicolas-Eustache (1799-1850), qui ont été, le second surtout, de bons lithographes (Cf. Diction. des peintres..., de Bénézit).
Une épreuve en plâtre du buste de l'abbé Descombes, par le docteur Chaussat, était conservée au Petit séminaire d'Ajain ; elle a été déposée, après la suppression du Petit séminaire, au presbytère de cette localité, où elle se trouve toujours ; elle porte la signature Chaussat J.-B., sculpsit, 1875.
D'après des renseignements fournis à M. Louis Lacrocq par M. Paul Mingasson, petit-fils de Simon Mingasson, récemment décédé, la famille de celui-ci possède deux exemplaires d'un autre buste de l'abbé Descombes qui portent la signature : Perreaux, 1844, rue Monsieur-le-Prince, n° 14.
— M. Pierre Berger, a communiqué des lettres, s'échelonnant de l'an IV à 1810, écrites par un soldat de la Révolution et de l'Empire, Jean Fournioux, originaire du Cluzeau, cne de La Celle-Dunoise, à son père, Pierre Fournioux, entrepreneur.
Parti comme volontaire, Jean Fournioux était, en l'an IV, à l'armée de Rhin et Moselle. En l'an IX, blessé d'une balle à la cuisse, il fut ramassé par les Autrichiens et conduit à l'hôpital de Mantoue. « La vermine y faisait son jeu, dit-il ; je fus cependant très bien pansé ». Il alla ensuite en Hongrie, « de prison en prison ». Il se plaint de la dureté de sa captivité, des vexations infligées à ses camarades et à lui par « des émigrés », chargés, pendant quelque temps, de leur garde, des sollicitations des Autrichiens qui venaient, tous les jours, les engager à prendre du service chez eux. Délivré par les Français, dans des circonstances que sa correspondance ne relate pas, il se trouvait à Lucques, en l'an X, caporal à la division d'observation de l'armée du Midi, n'obtenant pas le paiement de l'arriéré de sa solde et ne pouvant se vêtir que grâce à son capitaine qui lui prêta 10 écus.
En 1806, il est en Autriche, vaguemestre général de la 3e division du 4e corps de la Grande-Armée ; en 1808, sergent-major au 18e d'infanterie dans la Marche d'Ukraine ; en 1810, officier au 3e de ligne, escomptant, après 18 ans de service et plusieurs blessures, sa retraite et une pension de 600 francs.
Cette correspondance montre, avec un incessant progrès de l'instruction du soldat pour le style et l'écriture, beaucoup d'élévation de sentiment, un profond respect pour ses parents, le sentiment familial très développé et une véritable idolâtrie pour Napoléon.
— M. de Berranger analyse un document tiré du fonds de la prévôté de Chambon-sur-Voueize (Arch. départ. H. 770), concernant la mesure Rochaise. Cette mesure, dont plusieurs textes fixent le poids à 10 livres 1/2 le boisseau de seigle, donna lieu, en 1698, à une contestation entre les habitants de Chasseline (cne de Saint-Michel-de-Veisse) et le fermier des religieux de Chambon, auxquels ils versaient une rente en grains. Les tenanciers firent étalonner leurs boisseaux conformément à la pancarte d'Ahun, ce qui amène à rechercher, comme on l'a déjà fait, si la mesure Rochaise ne tirerait pas son origine de cette ville.
M. de Berranger analyse un autre document qu'a communiqué M. Charles-Marlin.
C'est la grosse, datée du 21 novembre 1556, d'une reconnaissance du 24 avril 1551, délivrée par Léonard de La Lime et Antoine Roy, notaires désignés le 29 août 1554 par Guillaume Meuron, lieutenant général en la sénéchaussée de la Haute-Marche, pour mettre en forme les actes de leur confrère décédé Jacques Pasquet, notaire à Felletin.
La reconnaissance est rendue à François de La Motte, écuyer, représenté par François Malledant, son procureur, par plusieurs habitants du Lampion (commune de Saint-Georges-Nigremont) et par Françoise Boice, demeurant à Felletin. Ils reconnaissent tenir dudit seigneur le village de Lampion en toute justice haute, moyenne et basse et en directe et foncière seigneurie, (10 journaux de maisons et jardins, 3 journaux de pâturage, 20 sesterées de terres chaudes et 10 de terres froides).
Les devoirs à payer comprennent 7 setiers et 3 quartons de seigle, 2 setiers 1/2 d'avoine, mesure de Felletin, portables au château du seigneur de Maslaurent, 3 livres de rente et deux gélines à la Noël, plus la taille aux quatre cas, comme les autres hommes francs du comté de la Marche. Les tenanciers reconnaissent, en outre, au seigneur la propriété de l'étang du Lampion et ils se réservent le droit de prendre du bois mort et du mort bois au bois de Guichard.
— M. Louis Lacrocq présente une de ces petites pièces de cuivre qu'on faisait bénir autrefois lors des mariages et qui au nombre de treize, constituaient ce qu'on appelle « le treizain » ; elle porte sur une face « Denier tournois », sur l'autre « Pour épouser ».
MM. Dayras, Frétet, le docteur Janicaud et Mozer donnent des renseignements sur la persistance, dans la Creuse, de la coutume de faire bénir des pièces de monnaie d'argent pour les mariages.
NOTE LUE EN SÉANCE – L'ANCIENNE CHAPELLE DU PONT DE LA ROCHE PRÈS BOURGANEUF
Les confréries de Pénitents ont joué un rôle important dans le beau mouvement religieux qui se manifesta, pendant la première moitié du xviie siècle, au diocèse de Limoges ; sous les couleurs variées de la cagoule, ils rappelaient surtout et avant tout, comme leur nom l'indique, la nécessité de la mortification et de l'expiation. Mais, à côté d'eux, les historiens locaux signalent l'établissement des « ermitages » ou lieux de retraite pour des pénitents volontaires, isolés, acceptant la mission de prier non seulement pour eux mais aussi pour les habitants des localités auprès desquelles ils s'installaient. Ils étaient nourris par la charité des habitants et ordinairement désignés ou agréés par les consuls de la commune. On cite l'ermite de Saint-Léonard, ceux de Bellac, du Dorat, etc.
Bourganeuf eut aussi le sien ; il s'était établi sur un monticule, sur une roche inculte, qui domine le vieux pont de l'ancien chemin de Limoges à Clermont, désigné aujourd'hui encore sous le nom de pont de la Roche ; c'est là, à l'ombre des vieux arbres et près du ruisseau formé par la Mourne et le Verger, qu'il avait construit une modeste chapelle pour vaquer à ses exercices de piété.
L'ermitage de Bourganeuf fut fondé au moins dès les premières années du xviie siècle ; il est cité dans un document de 1604 ; dans un autre acte notarié, du 23 avril 1644, Jean Dumaneuf, maître menuisier à Bourganeuf, promet « à dame Claude Borde, comme « baillesse dé la confrérie de la Nativité de la sainte Vierge, célébrée « ung chacun an en la chapelle appelée du pont de la Roche, de « faire, moyennant 35 livres, la voute de la moitié de la dicte « chapelle restant à faire, icelle voute lambrissée par le dessous (1) ». Au siècle suivant, l'ermitage est indiqué sur la carte du diocèse, dédiée à Mgr de Charpin de Genetine, évêque de Limoges (1706-1729), et dans l'article Bourganeuf le Pouillé de Nadaud signale encore un « Hermitage » mais sans aucune précision (2). Nous trouvons quelques indications dans une visite faite vers 1760 (3) par les agents de l'Ordre de Malte « ... De là nous sommes allés à la chapelle qu'on « nomme communément l'Hermitage du pont de la Roche, sous le « titre de Notre Dame de Pitié ; nous y avons vu un autel garni de « ses nappes et de son marbre sacré, un petit rétable et dans la « niche une statue de Notre Dame de Pitié ; sur l'autel un gradin « avec quatre chandeliers de cuivre, un crucifix, un devant d'autel, « une lampe de cuivre ; à côté une armoire fermant à clef où sont « les ornements qui consistent en deux chasubles de soie, quatre « nappes, deux aubes complètes, un missel, un Te igitur, le tout en « bon état ; la dite chapelle est entretenue par la dévotion « des peuples ».
(1) Minutes de l'étude de Me Berger, notaire à Bourganeuf.
(2) Voir Bulletin de la Société archéol. et hist. du Limousin, tome LIII, p. 343.
(3) Je dis vers, parce que le document que je possède manque de la page où se trouve la date ; mais par le contexte, en particulier pour les noms des personnages qui y sont cités, on peut la fixer approximativement.
Après la Révolution l'ermite ne revint pas, mais la chapelle fut restaurée et on y célébrait la messe en 1811. On la dédia alors à sainte Elisabeth et à sainte Marguerite.
En 1858, elle fut reconstruite (1), grâce à une souscription publique organisée par M. Souquières, sous-préfet de Bourganeuf. Elle était devenue un lieu de pélerinage et les habitants de Bourganeuf s'y rendaient en grand nombre, chaque année, le lundi de la Pentecôte ; c'était pour beaucoup l'occasion d'une fête champêtre et de distractions saines et attrayantes.
Cet état de choses dura jusqu'en 1905, où, en exécution d'un arrêté préfectoral du 17 octobre, la chapelle fut fermée comme n'étant « pourvue d'aucun titre régulier ». Elle fut mise en vente le 18 février 1906 et adjugée pour la somme de 1.410 francs. Aujourd'hui, elle est convertie en maison d'habitation. Le propriétaire a conservé la tourelle servant de clocher.
Chanoine Parinet.
(1) Une gravure de l'Album historique et pittoresque de la Creuse, publié en 1847, représente la vieille chapelle.
SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1926
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, Brunet, Daraud, Desjobert de Prahas, Gallerand, le docteur Janicaud, Jouve, Lafay, Paul Mozer, Sarrassat.
Excusés : MM. Maurice Dayras, Gabriel Jamot, de Lajaumont. Mazet, Pruchon.
La Société décide de donner son adhésion à la Fédération des Sociétés savantes du Centre-Ouest, créée par l'Université de Poitiers.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Madame Tufreau, professeur au Lycée de jeunes filles à Guéret ; M. Rimour, professeur-adjoint au Lycée et bibliothécaire à Guéret ; M. l'abbé Touraille, vicaire à Aubusson.
COMPTES & BUDGET. — M. Paul Mozer, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1925.
Recettes
Excédent de caisse au 31 décembre 1924 . . . . . 326 30
Subvention du département. . . . . . . . . . 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret . . . . . . . . 3.285 70
Cotisations de 1925 (433 à 10 fr.). . . . . . . . 4.330 »
Vente de volumes des Mémoires. . . . . . . . . 633 »
Intérêts de rente 5 %. . . . . . . . . . . . 200 »
Intérêts de bons. . . . . . . . . . . . . . 56 25
Contribution d'auteur pour l'impression des Mémoires. . 200 »
Don. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100 »
10.631 25
Dépenses
Gardiens du Musée. . . . . . . . . . . . . . 1.256 »
Impression et brochage des Mémoires. . . . . . . 3.835 »
Frais de poste . . . . . . . . . . . . . . 520 40
Recouvrement des cotisations. . . . . . . . . 129 35
Frais de bureau. . . . . . . . . . . . . . 354 90
Musée. . . . . . . . . . . . . . . . . . 2.670 90
Bibliothèque. . . . . . . . . . . . . . . 401 05
Fouilles. . . . . . . . . . . . . . . . . 100 »
Dépenses diverses. . . . . . . . . . . . . 127
9.396 05
RECETTES. . . . . . . . . . . . . . . 10.631 25
DÉPENSES. . . . . . . . . . . . . . . 9.396 05
EXCÉDENT DE CAISSE au 31 décembre 1925. . . . 1.235 20
Dans le compte ci-dessus n'est pas compris le rachat de trois cotisations effectué pendant l'année 1925.
Le livret de caisse d'épargne s'élève, au 31 décembre 1925, à 1.528,60; avec les titres de rente il représente le fonds de réserve et le montant des cotisations rachetées.
Les comptes, vérifiés par MM. de Bourran et Sarrassat, sont reconnus exacts et approuvés. Des remerciements sont adressés à M. Paul Mozer.
Le budget de 1926, établi par le bureau, est approuvé.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'une note de M. de Lajaumont sur des usages anciens à La Saunière, reproduite à la suite du présent procès-verbal.
— Aux localités du nom de Chambon, dont il a été question au tome XXII de nos Mémoires (p. v et LIV), M. Hugon signale qu'il y a lieu d'ajouter, pour confirmer les observations de MM. Brody de Lamotte, Antoine Thomas, Louis Lacrocq et A. Demartial, le lieu dit Le Chambon, situé dans le département de la Corrèze, à proximité de la halte du chemin de fer de Laguenne. En ce point, la rivière la Valouze forme une courbe très accentuée, près d'un lieu de passage fréquenté de toute antiquité. Le château et les bâtiments du Chambon sont situés précisément dans l'arc que détermine cette courbe et dont la route de Chanac constitue assez exactement la corde.
A une vingtaine de kilomètres en aval, le même nom de Chambon reparait pour désigner, auprès de la gare d'Aubazine-Saint-Hilaire, un hameau situé dans une presqu'île déterminée par des coudes très accentués de la Corrèze.
MM. Lafay et Desjobert de Prahas signalent une localité de la Haute-Vienne appelée Le Chambon, qui est également située près d'une courbe de la rivière l'Ardour, dans la commune de Bersac.
— M. Hugon rappelle qu'il a signalé (Mémoires, tome XXII, p. LV) l'existence dans la série topographique des Estampes à la Bibliothèque nationale, au volume Creuse, d'un dessin intitulé La ville et tour d'Augères, 1460. Récemment, il a pris copie de ce dessin qui paraît être entré à la Bibliothèque royale en 1711 dans la collection Gaignière.
Si Augères, chef-lieu de commune de notre département, paraît bien être l'unique localité de ce nom inscrite dans les dictionnaires géographiques, il apparaissait certain que cette très petite agglomération ne pouvait être le lieu important, avec enceinte fortifiée, citadelle, église et donjon sommé de la bannière royale, que figure le dessin de la Bibliothèque nationale. D'autre part, un examen attentif du dessin a montré à M. Hugon que dans l'inscription du cartouche supérieur il y avait primitivement Dangeres ; la substitution de l'u à l'n a été faite après coup, d'une encre différente.
Après une longue enquête pour retrouver la ville représentée, enquête qui a éliminé la ville d'Angers, à laquelle on pouvait naturellement penser, M. Hugon est arrivé à la retrouver avec la plus grande probabilité : il s'agit d'Angerville (Seine-et-Oise).
— M. Daraud communique le rôle de la taille pour la paroisse de Saint-Sulpice-le-Guérétois, année 1746. On y relève les noms de deux localités disparues, Douneix et La Grange-Cornette.
— M. Maurice Dayras a envoyé trois numéros anciens du Mémorial de la Creuse et le prospectus par lequel, en 1838, étaient annoncées la création du collège d'Aubusson et son programme d'enseignement. La rentrée de cette première année scolaire eut lieu le 27 octobre 1838. Ce prospectus, signé du principal L. Nadaud, explique que le collège, tout en comprenant des classes d'humanités, aura un enseignement de caractère pratique, approprié aux besoins de la ville industrielle qu'est Aubusson.
— M. de Berranger analyse un acte sur parchemin qu'a communiqué M. Faure. C'est le vidimus, délivré par Jean Barton, chancelier dn comte de la Marche, le 15 juin 1434, d'un jugement rendu par la cour de la Sénéchaussée, au profit d'habitants de la Chapelle-Taillefer contre le chapitre dudit lieu, et enregistré par Jean Vourete, lieutenant de Gilles Choulet, seigneur de La Chouleterie, sénéchal de la Marche, le 16 février 1410 (n. s.).
Le procès, engagé devant le prévôt de Guéret, était relatif à la corvée de la vinade ; les tenanciers refusaient d'aller chercher à Montluçon le vin du chapitre. Celui-ci soutenait que, si la guerre avait supprimé l'exercice de son droit à cette corvée, il n'y avait pas de prescription acquise. Les défendeurs opposaient l'incompétence du prévôt et, au fond, déniaient être mortaillables, sujets à la vinade. La cause fut portée devant la sénéchaussée, qui, après enquête, donna gain de cause aux défendeurs.
Le document communiqué a d'autant plus d'intérêt que les jugements anciens de la sénéchaussée de la Marche ne nous sont parvenus qu'en très petit nombre. Le sénéchal Gilles Choulet ou Chollet a été signalé par Joullietton (Histoire de la Marche, t. II, p. 250) à la date de 1396. Jean Vourete, son lieutenant, est mentionné, en 1418-19, sous les titres de sénéchal de la sénéchaussée de la Marche, juge et garde de la sénéchaussée ; il avait pour surnom « Auguier » (Ant. Thomas, Le comté de la Marche et le Parlement de Poitiers, t. I, p. 82-148).
— M. Louis Lacrocq présente une photographie de la croix sculptée du village du Vignaud, commune d'Anzème, faite par M. le docteur Janicaud, et signale la particularité assez rare qu'offre cette croix : sur un côté du soubassement se trouve un bénitier couvert faisant saillie.
MM. Jouve, Daraud, Brunet et Desjobert de Prahas signalent diverses croix de carrefour à examiner.
— Dans les notes de Bosvieux se trouve la copie, relevée par lui, à Vallière, sur un livre ayant appartenu au notaire François Goumy, d'une note où celui-ci a consigné le récit d'un curieux épisode de la contrebande dans la Marche. Bosvieux l'avait brièvement signalé dans son Rapport en 1862 au Conseil général. M. Louis Lacrocq a trouvé dans les papiers de Pierre de Cessac, donnés à notre Société par M. Jean de Cessac, le texte de ce document qui se résume ainsi :
Le 21 octobre 1761, au soir, arriva à Vallière une troupe de 35 contrebandiers bien armés conduisant 50 chevaux chargés de tabac. Elle se logea tranquillement dans les auberges, et le 22, de bon matin, exposa son tabac en vente. Vers 10 heures, la troupe, groupée au milieu de la place publique, se disposait à repartir quand on entendit des coups de feu. Des agents de la gabelle, au nombre de 105, cherchaient à cerner les contrebandiers. Ceux-ci se mirent immédiatement en position de défense ; un capitaine général, du poste de Pionsat en Auvergne, fut tué raide d'un coup de fusil ; un contrebandier eut le même sort. Mais la bande manœuvra habilement, battit en retraite sur un point bien placé, « l'arbre du Chernadalet », d'où elle cribla de coups de fusil les « gabelous », assurant ainsi la fuite des chevaux portant le tabac. « Cet amusement leur réussit, dit le rédacteur de la « note ; ils partirent ; les employés se couvrirent de déshonneur à « cette action ». Dans cette audacieuse compagnie, le public vit « des débris de celle de Mandrin ».
NOTE LUE EN SÉANCE – VIEUX USAGES A LA SAUNIÈRE
Parmi les traditions qui ont traversé les révolutions et sont venues jusqu'à nous, une des plus curieuses est celle des reinages qui mettaient à la portée de tous, par le jeu des enchères, les titres autrefois enviés, aimés, admirés aussi, de roi, de reine, voire de dauphin et de dauphine.
Nos églises de campagnes si pauvres, si dénuées de ressources, ont exploité ce sentiment et ont demandé l'aide des rois et des reines éphémères que l'émulation des enchères mettait sur le pavois.
Je me souviens d'avoir assisté plus d'une fois, dans mon enfance et dans ma jeunesse, à La Saunière, à la mise en adjudication des titres de roi et de reine, de dauphin et de dauphine de la sainte Vierge. Cela se passait, si je ne me trompe, le 8 septembre, jour de la Nativité de la sainte Vierge (Notre-Dame de septembre, qui est une des fêtes de La Saunière).
Au commencement de la grand'messe, M. le curé montait en chaire. C'était l'abbé Goumy, un enfant du pays, vieux, asthmatique et sourd. Tout de suite il procédait à l'adjudication. « A tant de livres le roi de la sainte Vierge. Un tel continuez-vous ? » C'était le chiffre de l'adjudication de l'année précédente et le nom de l'adjudicataire.
Dans le silence, une voix timide répondait. M. le curé n'entendait pas toujours, mais quand la réponse répétée était comprise, il répétait : « A tant de livres le roi de la sainte Vierge » ; du chœur le sacristain, qui était aussi le maire de la commune, et le chantre qui était le cantonnier, entonnaient ce verset du Magnificat choisi avec à-propos : Deposuit potentes de sede et exaltavit humiles. Parmi l'assistance une voix s'élevait apportant une nouvelle enchère et M. le curé la répétait à plusieurs reprises à haute voix ainsi que font les commissaires-priseurs.
Le Deposuit potentes était repris de nouveau à chaque enchère nouvelle. L'adjudicataire disait son nom que le bon curé entendait mal. Cela donnait lieu à des quiproquos amusants, mais l'assistance ne se départait pas de son attitude calme et respectueuse. On procédait ensuite de la même manière à l'adjudication des titres de reine de la sainte Vierge, de dauphin et de dauphine. Les sommes obtenues suffisaient à peu près pour entretenir les cierges de l'autel, car les livres qui faisaient l'objet des enchères étaient des livres de cire. La messe continuait dans le même calme religieux, sans que les rois déchus ou leurs successeurs montrassent, au moins en apparence, ou le regret de leur chute ou la gloire de leur ascension. L'année suivante, on recommençait.
La cérémonie des reinages n'existe plus. Je ne crois pas qu'elle ait survécu à M. le curé Goumy, qui a dû mourir vers 1882 ou 1883. Mais une autre tradition existait encore récemment, et je ne crois pas qu'elle ait disparu : je veux parler de la distribution du pain aux pauvres, faite le même jour de la fête de La Saunière.
Deux collecteurs désignés parcouraient la commune munis d'un sac et recueillaient le grain qu'on voulait bien leur donner suivant les ressources et la générosité de chacun. Le grain était porté au meunier, qui remettait la farine au boulanger, et le pain était partagé entre les pauvres après avoir été béni, à la porte de l'église, à Notre-Dame de septembre. Ce jour-là la petite église était pleine ; les fidèles débordaient jusque sur la place où se trouvaient aussi les pauvres venus de toute la région. Aujourd'hui les pauvres ont disparu, les fidèles ont imité les pauvres, mais on a continué à récolter le grain des pauvres, et les fidèles qui assistent à la messe le jour de la fête se le partagent entre eux. La coutume a persisté jusqu'à ces derniers jours, bien qu'elle manque d'objet ; peut-être faut-il en chercher la cause dans un reste de fétichisme comme pour les reinages.
Il est probable que cela porte bonheur d'être roi ou reine, dauphin ou dauphine de la sainte Vierge, contrairement à ce qui est arrivé à bien des rois et reines, dans les temps les plus reculés comme les plus proches. D'ailleurs, en dernier lieu, les reinages perdaient peu à peu de leur importance, les enchères n'étant plus faites au profit des parents, mais par les parents au profit des enfants.
Quant à la coutume si répandue de faire des distributions aux pauvres les jours de fêtes et qui avait son origine dans l'exercice de la charité chrétienne, si elle a survécu aux pauvres eux-mêmes, c'est aussi parce qu'elle porte bonheur.
J'ai entendu dire, dans un passé déjà lointain, que la quête pour le pain des pauvres n'ayant pas été faite, il en était résulté, cette année-là, une grêle qui avait tout endommagé. Et je ne sais s'il faut attribuer à la même cause l'effroyable grêle suivie d'une trombe d'eau qui a tout détruit l'an dernier dans la commune de La Saunière.
Marc de Lajaumont.
SÉANCE DU 25 MARS 1926
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. de Berranger, de Bourran, Christauflour, René de Forges, Frétet, Gallerand, le docteur Janicaud, Jouve, de Lajaumont, le docteur Larché, Mazet, Sarrassat.
Excusés : MM. le commandant Bareige, le docteur Bordier, Maurice Dayras, Ferrier, Filloux, Lafay, Pruchon.
M. le Président remet à M. Jules Quinquaud, gardien du Musée, en lui exprimant les félicitations de la Société, la médaille de bronze que lui a décernée la Société française d'archéologie. Il rappelle les dévoués services que, depuis 1894, M. Quinquaud a rendus au Musée, à la suite de son père qui avait été le premier gardien de nos collections.
Lecture est donnée de l'appel adressé par le comité qui vient de se créer à Limoges pour commémorer l'écrivain Emile Montégut (1825-1895), par l'apposition d'une plaque sculptée sur sa maison natale. Montégut appartenait à la Creuse par sa mère, née Rouchon-Mazérat, dont la famille était de Pontarion. Une souscription de 50 francs est votée.
NÉCROLOGIE. — La Société exprime ses condoléances à la famille de M. Maurice Berniguet, membre titulaire, avocat à La Châtre ; ancien maire de Méasnes, sa commune natale, où il est décédé le 8 mars dernier à l'âge de 64 ans.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlle Chemin, professeur au Lycée de jeunes filles, à Guéret ; MM. Boissin, notaire à Bénévent-l'Abbaye ; Cluzet, président de la Chambre de commerce à Guéret ; Duchâteau, propriétaire à Gest, commune de Saint-Sulpice-le-Dunois ; Galitre, propriétaire à Saint-Julien-le-Châtel ; Guillot, instituteur honoraire à Chantaud, commune de Saint-Martial-le-Mont ; Moreigne, propriétaire à Villechiron, commune de Lourdoueix-Saint-Pierre ; Quellet, négociant à Guéret.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Henri Hugon a envoyé les empreintes de deux sceaux de l'époque révolutionnaire, l'un de Me Bénassy, notaire à Gentioux, l'autre du tribunal du district de Boussac. (Voir ci-contre les reproductions). Ces sceaux sont au type officiel établi en 1790.
M. Hugon signale qu'il a vu chez un bouquiniste de Paris un livre du creusois E. Boulgon, livre que ne cite pas l'étude de P. Ducourtieux, consacrée, en nos Mémoires (tome XXI, p. 569), à ce compatriote.
C'est un grand in-8° de 60 pages et 40 planches, intitulé : « Portrait, caractère, mœurs, usages, costumes des principaux peuples du monde, par Boulgon, professeur de l'Université. Limoges et Isle, imprimerie Ardant, Martial Ardant frères, éditeurs, Limoges, rue de la Terrasse, 1860. »
Travail de vulgarisation, sans préface ni références, livre de prix pour écoliers, cet ouvrage résume les connaissances ethnographiques courantes concernant les races exotiques : Arabes, Chinois, Persans, Lapons, pour l'Asie ; Turcs et Ottomans (sic), Grecs, pour l'Europe, etc. etc. Les planches, en noir, représentent des types et des costumes ; leurs sources ne sont pas indiquées ; une seule est signée Chaubard.
— M. le docteur Larché présente des monnaies du moyen-âge (deniers des princes de Déols, des comtes de Gien et de l'abbaye de Souvigny) provenant d'un lot important que contenait un pot en terre noire trouvé, il y a quelques années, dans l'église de Saint-Loup. Il remet un exemplaire de chacune de ces séries pour nos collections.
Il communique le dessin qu'il a fait d'un bas-relief en granit, qui représente l'évêque saint Loup bénissant, assez grossièrement sculpté dans une arcature trilobée, avec inscription à droite et à gauche. Ce bas-relief, placé dans le mur d'une maison, au bourg de Saint-Loup, paraît dater du xive siècle.
— M. le docteur Janicaud présente diverses monnaies de nos collections : monnaies romaines trouvées à Chantaud (Antonin, Vespasien, Crispus, fils de Constantin) ; monnaies du moyen-âge provenant de diverses régions de la Creuse, Auzances et Sardent notamment (barbarins de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, deniers des vicomtes de Limoges, des comtes de la Marche, des comtes de Gien, de l'abbaye de Souvigny).
— M. Maurice Dayras a envoyé un imprimé contenant la « Liste des notables du département de la Creuse » pour les élections départementales de l'an IX ; cette liste contient 499 noms.
— M. Louis Lacrocq communique le Catalogue, aimablement offert à notre Bibliothèque par Madame Marcel Reymond, de Grenoble, de l'Exposition des œuvres de l'abbé Laurent Guétal, qui eut lieu à Grenoble en 1892 et où figuraient de nombreuses toiles représentant des paysages de Crozant.
L'abbé Guétal, né à Vienne (Isère) en 1841, mort en 1892, était professeur au Petit séminaire du Rondeau (Isère). Paysagiste de talent, il admirait beaucoup la nature creusoise et pendant plusieurs années il vint passer ses vacances à Crozant. Dans la préface du catalogue, rédigée par M. Marcel Reymond, l'éminent historien d'art, et M. Ch. Giraud, on lit que les toiles faites à Crozant par l'abbé Guétal « tiennent une des premières places dans son œuvre ». Deux de ses peintures sont restées à Crozant, données par lui aux hôteliers chez qui il avait logé, M. Firmin Brigand et M. Lépinat.
— M. Louis Lacrocq signale dans le Bulletin de la commission historique du département du Nord, t. XXXII, 1925, p. 127, l'éloge funèbre de M. Lucien Lemaire, vice-président de cette commission, décédé à Pont-sur-Sambre (Nord), son pays natal, en 1924. Cette notice, en retraçant la carrière universitaire de M. Lemaire, qui était professeur d'anglais, rappelle qu'il a enseigné au Lycée de Guéret. Vérification faite dans l'Annuaire Ducourtieux, c'est en 1887-88 que M. Lemaire a séjourné dans notre ville. Erudit distingué, il s'est occupé surtout d'histoire de l'art et a écrit un livre sur le miniaturiste Autissier.
— M. l'abbé Hugon, curé-doyen de La Courtine, a envoyé la photographie d'une jolie croix sculptée, à bras fleurdelysés et petits personnages, qui se trouve à Artige, commune du Mas-d'Artige.
— Lecture est donnée d'une note que M. Matherat, de Laigneville (Oise), a bien voulu nous adresser sur la seigneurie de La Courtine à la fin de l'Ancien régime, note établie d'après des papiers anciens en sa possession.
Cette seigneurie s'étendait sur à peu près la moitié occidentale de la commune actuelle ; elle comprenait, outre le bourg, les villages de Réjasse, Grattadour, la tenure du Mont-Pibot et le village de Franceix, paroisse de Saint-Remy [Corrèze] ; elle présentait une enclave appartenant aux moines de Saint-Angel [Corrèze] dite « de la vieille église de La Courtine ».
Les domaines propres du seigneur, comprenant l'emplacement du château et ses fossés, étaient peu importants ; ils se composaient de quelques prés, d'un bois, des étangs de Grattadour et de La Peirouze.
La seigneurie avait le droit de justice haute, moyenne et basse. M. Matherat a reconstitué le territoire ou « détroit » sur lequel elle s'exerçait. On note dans les points de repère de son pourtour, la croix de Laval et « l'Arbre de mai », à la sortie du bois de Ribe, arbre faisant division entre les seigneuries de La Courtine, Mirambel et Châteauvert.
Les droits seigneuriaux comprenaient le droit de guet, s'élevant à 3 sols, dû par chaque tenancier faisant feu vif ; le droit de couretage, sur la vente du vin perçu par un agent appelé « couretier » ; le droit de halle au bourg ; le droit de laide perçu sur les marchandises (notamment les harengs, à raison de 100 sols par charrette) et les animaux. Au sujet de ce dernier droit, les documents indiquent qu'il y avait 14 foires par an à La Courtine.
Il y avait un four banal au bourg et un moulin banal pour les grains et le chanvre à Grattadour.
En 1789, la seigneurie appartenait, depuis longtemps, à une branche de la famille de Monamy, originaire du Bourbonnais, à qui elle était arrivée par le mariage de Nicolas de Monamy avec une demoiselle de Sarrazin de la Fosse Saint-Denis. A Nicolas de Monamy succédèrent en ligne directe : François, Jean Louis, marié avec Françoise Dupuy de Mirambel, qui lui apporta la seigneurie de Mirambel, autre François, le dernier seigneur de La Courtine, marié avec Jeanne Bosredon de La Cour, qui lui apporta la seigneurie de La Cour. Emprisonné pendant la Révolution, ayant, comme père d'émigré, ses biens séquestrés — ses six fils étaient à l'armée des Princes et cinq furent tués — il a consigné, à sa sortie de prison, en 1794, sur un vieux livre de raison, ce qu'il appelait le « narré » de ses droits passés sur La Courtine. C'est ce document qui a fourni à M. Matherat les principaux éléments de son travail.
— M. Louis de Nussac a envoyé une note sur le rôle du docteur Duffour (1761-1821) dans la propagation de la vaccine, qui sera publiée comme complément à la biographie de celui-ci parue dans nos Mémoires, t. XXII, p. 433.
SÉANCE DU 20 MAI 1926
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourrand, de Curel, Maurice Dayras, Doladille, Ferrier, Frétet, Gallerand, l'abbé Giraud, Guillot, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Javayon, Jouve, de Lajaumont, Lecugis, Rimour, Rousseau, Valadeau.
Excusés : MM. Dutheil, Paul Mozer, André Mozer.
Des félicitations sont adressées à M. Gallerand à qui a été décernée récemment la médaille d'or de la Mutualité.
NÉCROLOGIE. — M. le docteur Lepage, membre titulaire, est décédé à l'âge de 53 ans. Médecin à Evaux-les-Bains, son pays, il était un praticien estimé et avait publié divers travaux techniques fort appréciés sur la station thermale creusoise. La Société associe ses regrets à tous ceux qu'a causés cette mort prématurée.
Elle adresse son hommage à la mémoire d'un savant récemment disparu, M. Berthelé, archiviste honoraire de l'Hérault, qui avait publié de nombreux ouvrages sur l'histoire de l'art et l'archéologie et qui avait une compétence et une réputation exceptionnelles en matière de companographie. M. Berthelé, que nous avons plusieurs fois questionné au sujet de vieilles cloches creusoises, nous avait toujours renseignés avec la plus courtoise obligeance.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Antonin Fumeron, fondé de pouvoirs à la perception de Bourganeuf ; Horn, capitaine de recrutement à Guéret ; l'abbé Malapert, curé du Moutier d'Ahun ; le docteur Neboux, conseiller général à Lavaveix-les-Mines ; Edmond Pezant, négociant à Dun-le-Palleteau.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'une note de M. Félix Peyrot sur le contrôleur des finances Etienne Silhouette (1709-1767), né à Limoges et qui avait des attaches de famille à Bourganeuf (Cf. nos Mémoires, t. XX, p. LXIII).
— M. Valadeau lit la fin de son analyse des procès-verbaux de la Société populaire de Chambon-sur-Voueize.
— M. le docteur Janicaud décrit une stèle gallo-romaine récemment découverte par Madame Janicaud et lui dans la commune de Saint-Georges-la-Pouge et entrée au Musée, grâce à l'obligeante entremise de notre confrère M. le docteur Vincent. Cette description sera publiée.
— Présentation est faite d'un imprimé donné à la Bibliothèque par M. Giraudon, de Guéret : l'avis adressé, à la date du 20 mars 1639, par Gabriel Mérigot, seigneur de Sainte-Feyre, sénéchal de la Marche, « à tous nobles, vassaux et autres subjects du Ban et « Arrière-ban », de se présenter à Guéret, le 10 mai suivant, « pour « la monstre faicte le quinziesme du mesme mois, estre prets à « partir en esquipage requis pour aller servir Sa Majesté dans la « convocation dudit Arrière-ban, la part où ils seront commandez ».
La pièce, petit in-folio sans nom d'imprimeur, timbrée des armes royales, porte une mention manuscrite de publication de l'avis au prône de la grand'messe de Saint-Laurent.
— M. Albert Lacrocq signale dans un article de M. Lacour-Gayet, « A propos du mariage de Talleyrand » (Revue bleue, n° du 3 avril 1926), la reproduction de l'acte de mariage du célèbre homme politique, célébré à Paris, à la mairie du quartier Fontaine-de-Grenelle, le 10 septembre 1802, où figure, comme témoin de l'épouse Catherine-Noëlle Vorlee, un personnage qui, en sa qualité de titulaire de la sénatorerie de Limoges, appartient un peu à l'histoire de la Creuse, (Cf. l'étude de M. J. Pâquet, Mémoires, t. XX, p. 124 et s.) « Pierre « Ryel Beurnonville, demeurant à Paris, rue du Faubourg Saint- « Honoré, n° 61, général en chef, envoyé extraordinaire et ministre « plénipotentiaire de la République près la Cour de Prusse, âgé de « 50 ans ». Rappelons que notre collection d'iconographie locale contient un portrait de Beurnonville.
— M. Dutheil a trouvé aux Archives de la Creuse (H 720) un document qui montre dans une province voisine, le Poitou, une organisation de « reinages » de confrérie analogue à celle qui existait chez nous dans presque toutes les paroisses (Cf. Mémoires, t. II, p. 414, t. XIX, p. 604, t. XX, p. 221, et la note de M. de Lajaumont au procès-verbal de la séance précédente).
Saint-Paixent, au diocèse de Poitiers [aujourd'hui commune de L'Isle Jourdain, Vienne] était un prieuré dépendant de l'abbaye de Moutier-d'Ahun. Le 24 juin 1647, un procès-verbal, dressé par Chastelier, notaire, constate « l'ordre des états de la royauté de la confrérie, en l'hôtel et chapelle de Monsieur Saint-Jean-Baptiste, qui se trouve en l'église de Notre-Dame de Saint-Paixent ».
La royauté est adjugée 4 livres de cire et 20 sols pour la collation, la connétablie 3 livres, la lieutenance 2 livres, le guidon 3 livres, l'enseigne 2 livres, le mignon du roi 1 livre, le sergent-major 2 livres, le fait-à-sa-guise 3 livres, le garde-du-corps 1 livre.
Ce procès-verbal mentionne qu'après l'adjudication, à laquelle prennent part hommes et femmes, la confrérie fait la procession « en la manière accoutumée ».
— M. de Font-Réaulx a envoyé une note sur la nouvelle édition de la vie de saint Pardoux (Vita Pardulfi abbatis Waractensis), publiée à Hanovre dans le tome VII des Scriptores rerum merovingicarum, édition que nous a déjà signalée M. le chanoine Parinet (Cf. Mémoires, t. XXII, p. LXXXXII).
« Cette édition, dit M. de Font-Réaulx, paraît faite avec grand soin : les manuscrits employés sont ceux de Paris (1, Bibl. Nat. lat. 5240, précédemment à Saint-Martial de Limoges, fol. 140-6 v°, xie siècle), de Londres (2a, British Museum, Add. ms. 18356, fol. 85-93 v°, xie siècle), de Rome (2 b, Vaticanus lat. 9668, p. 257-72, xiie siècle) copié par Du Chesne (Bibl. nat. coll. Duchesne 85, fol. 170-4 v°), de Bruxelles (3, Musée des Bollandistes, qui s'en sont servis pour leur édition). Le petit nombre de manuscrits anciens ne permet pas toujours une restitution sûre et le choix des leçons de la classe 1 ou de la classe 2. Ainsi le nom de Guéret au chapitre 4, est Waractus dans celle-ci et Garactus dans celle-là ; celui de Sardent est Serdinnus dans 1 et Seredinnus dans 2.
Cette vie, écrite en latin barbare, a été récrite dans une Vita II, conservée dans le ms. 1, t. II de Montpellier (fol. 189 v° 92, du xiiie siècle) et les ms. lat. 5.353 (fol. 481-2 v°) et 17.006 (fol. 181-4), de la Bibliothèque nationale de Paris, tous deux du xive siècle. Une édition abrégée en figure dans H. Ménard, Martyrologium sanctorum ordinis divi Benedicti, Paris, 1629, p. 728-32.
Une seconde réfection de la vie primitive, due peut-être à Yves, prieur de Cluny, figure dans les manuscrits latins 5365 (fol. 92-5 v°) et 5363 (fol. 181-2 v° de la Bibliothèque nationale, du xiie et du xiiie siècle). Le texte du bréviaire de Limoges, la notice de Bernard Guy paraissent en dériver.
Dans la bibliographie des éditions, est mentionné l'ouvrage de J. Coudert de La Villatte (Vie de Saint-Pardoux, Guéret, 1853), qui a imprimé le texte du manuscrit 1 de la Vie primitive ainsi que la seconde réfection.
Une préface et des notes accompagnent l'édition de cette vie, considérée comme un utile monument de l'histoire du début du viiie siècle ».
— M. Louis Lacrocq analyse un « Mémoire » de négociant, trouvé dans les papiers du château de La Barde, commune de Saint-Sulpice-le-Dunois. Dans ce document, établi à la veille de la Révolution, on peut glaner quelques renseignements au point de vue économique. Il contient le détail des fournitures faites, de mars 1787 au début de 1788, par Genevoix, marchand à Dun-le-Palleteau, à l'abbé Merle de La Brugière, archiprêtre de Bénévent, curé de Saint-Sulpice-le-Dunois.
Comme la plupart des marchands d'autrefois dans les petites villes, Genevoix devait vendre un peu de tout. Il était le fournisseur de l'archiprêtre surtout pour des articles de table et de ménage, mais il lui procurait aussi, à l'occasion, des marchandises diverses, comme du papier et du fer.
Voici, d'abord, des comestibles : l'huile à 2 livres et à 2 livres 8 sols la bouteille, le vinaigre à 6 et 8 sols la bouteille, des bouteilles de liqueur, sans précision de nature, à 1 livre 16 sols, la bouteille d'eau-de-vie à 1 livre, le sucre en pain à 1 livre la livre pesant, le poivre à 2 livres et 2 livres 4 sols la livre pesant. Genevoix vendait des biscuits et des massepains, du café à 1 livre 12 sols la livre pesant ; il avait aussi des amandes en coque à 1 livre 4 sols la livre pesant. Enfin, on trouvait chez lui des harengs et de la merluche (morue sèche), celle-ci à 15 sols, sans spécification de poids.
Le savon coûtait 18 sols la livre, la chandelle 21 sols la livre.
« Une barre de fer pesant 15 livres » était vendue 4 livres 2 sols 6 deniers, 106 livres de fer valaient 26 livres 12 sols.
Si l'on compare les prix de denrées que nous venons d'indiquer à ceux qu'a relevés le docteur Villard pour Guéret en 1780 (Mémoires t. XV, p. 243), on les trouve sensiblement en corrélation, mais, de façon générale, un peu plus élevés à Dun qu'au chef-lieu de la province. Il n'est pas sans intérêt de noter que, malgré les difficultés de communication, le poisson de mer salé entrait alors dans l'alimentation courante : à Guéret, comme à Dun, on trouvait de la morue (Cf. les indications sur la vente des harengs à La Courtine, dans la communication de M. Matherat à la séance précédente).
— M. de Berranger donne les explications suivantes sur le terrier de la seigneurie de Villelot, (commune de Glénic) qu'une acquisition récente a fait entrer aux Archives départementales :
Ce registre, en parchemin, porte les armes d'une branche cadette de la famille Tacquenet : d'argent à la tête de Maure de sable surmontée d'un lambel de gueules. Villelot, en effet, appartenait, au moins depuis le xviie siècle, à cette famille, dont M. Thomas a récemment établi l'origine marchoise (cf. ci-dessus, p. xxi). A l'époque où fut rédigé le terrier, c'est-à-dire de 1622 à 1643, le possesseur était Fiacre Tacquenet, sieur de Villelot et de Pointrouze en Berry. Fils de Louis Tacquenet, seigneur de La Motte, et frère d'Etienne, il avait épousé en premières noces Gabrielle Bertrand ; en secondes, Anne d'Assy. Le terrier qui nous donne ces renseignements généalogiques portait sur ses dernières pages mention des naissances et baptêmes des enfants issus de ce dernier mariage, entre 1642 et 1650 : Antoine, Sylvain, Claude, François et Sylvain-Alexandre.
Dressé par Jean Alacathin et François Pradal, notaires royaux établis à Guéret et à Glénic, le terrier énumère les biens, situés aujourd'hui sur les communes de Jouillat et de Glénic, dont se composait la seigneurie de Villelot : Glénic, le pont de Glénic, Villelot, Villejavat, Villeput, Villemerle, Les Ecures et Lascoux. Ils consistaient en maisons, champs, prés et chènevières, tenus pour la plupart librement. Les redevances variaient peu : par exemple, une émine de blé seigle, mesure de Guéret, pour le feu vif ; une autre pour les bœufs, payables chacune le 15 août ; 2/3 de quarte de seigle de rente foncière ; 3 sols de taille ; une géline à la Toussaint ; une corvée, ou arban, par mois ; une vinade par an, rachetable. Il s'agit là d'un héritage tenu en serve condition. A presque tous s'appliquait l'obligation d'user du moulin banal de Chanterane.
Deux communautés religieuses percevaient des dîmes dans la seigneurie : à Villejavat et Villeput, le chapitre collégial de la Chapelle-Taillefer, représenté par Louis Tacquenet, prieur de Guéret ; à Bonnavaud, La Chassignolle, Villelot, Villegondry, Villely, Villemone, Peyzat, Le Bouchetaud et Mauques, la Communauté de prêtres de Glénic. Sur ces dîmes, les seigneurs de Villelot prélevaient une part variant du 1/12 au 1/16.
SÉANCE DU 29 JUILLET 1926
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. Antoine Thomas, président d'honneur ; le commandant Bareige, le docteur Bordier, le chanoine Bujadoux, le commandant Carteron, Maurice Dayras, Ferrier, René de Forges, Gallerand, Grellet, Guillot, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Jouve, Laborde, de Lajaumont, Mazet, Joseph Pâquet, Pruchon, Quellet, Rimour, Valadeau.
Excusés : MM. Lafay et Mozer.
— M. le Président exprime les félicitations de la Société à M. Etienne de Nalèche, membre titulaire, nommé commandeur de la Légion d'honneur, et à M. Hamot, membre titulaire, nommé chevalier.
— Communication est donnée du programme du Congrès des Sociétés savantes, qui aura lieu à Paris en avril 1927.
— M. Adrien Blanchet, membre honoraire, a bien voulu accepter de représenter la Société au Congrès de l'Union des Sociétés savantes du Sud-Ouest, organisée par la Société de Borda, qui célèbre son cinquantenaire. Ce Congrès, que préside M. Blanchet, se tient en ce moment à Dax et la Société de Borda, avec qui nous échangeons nos publications, nous y a aimablement conviés.
NÉCROLOGIE. — La Société s'associe au deuil causé par la mort de M. Louis Montagne, membre titulaire, juge de paix honoraire, qui a publié d'intéressants travaux sur l'histoire et l'archéologie du Bourbonnais.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlle Andrée Bregère, institutrice à Crozant ; Mlles Daumas et Teux, professeurs au Lycée de jeunes filles, à Guéret ; M. Jean Guillon, compositeur de musique à Orléans.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas signale dans l'Inventaire des comptes conservés jadis à la Chambre des Comptes de Paris, rédigé par Robert Mignon et publié récemment par M. Charles-Victor Langlois, une mention deux fois répétée, relative à la mort du comte de la Marche Hugues XIII de Lusignan, qui met fin à l'incertitude dans laquelle on était jusqu'ici à ce sujet. Hugues XIII mourut le 14 novembre 1303, et non en 1302, comme plusieurs historiens modernes l'ont affirmé. Joullietton a commis une grave erreur en imprimant que Hugues XIII avait été tué dans la guerre de Flandre, à la bataille de Courtrai, au mois de juillet 1302 ; c'est de la légende et non de l'histoire fondée sur des documents authentiques. Né le 25 juin 1259, Hugues XIII était dans sa 45e année au moment de son décès, dû vraisemblablement à une cause naturelle.
— M. Henri Hugon a remis, pour la Bibliothèque, un ouvrage publié à Limoges en 1917, par M. Louis Royer, pharmacien dans cette ville, numismate érudit. Cet ouvrage, qui a le titre, un peu trop vaste, de Numismatique du Plateau central, concerne exclusivement, depuis le xve siècle, les monnaies frappées à l'atelier royal puis national de Limoges ; mais, pour les époques antérieures, il mentionne toutes les monnaies connues se référant au Limousin et à la Marche, notamment les produits des 9 ateliers mérovingiens identifiés dans la Creuse (Charron, Evaux, Fursac, Marsac, Naillat, Sardent, Toulx-Sainte-Croix, Le Rieu, Vallières), et le numéraire des comtes de la Marche aux xiiie et xive siècles. A ce titre il est d'une consultation facile.
Pour l'époque révolutionnaire, M. Royer donne aussi, mais sans description ni figures, une liste de 14 localités creusoises ayant émis des billets de confiance, des bons et des mandats (Aubusson, Auzances, Bourganeuf, Boussac, Chambon, Chénérailles, Crocq, Dun, Evaux, Felletin, Guéret, Jarnages, La Souterraine et Vallières).
M. Royer est mort en février 1918 à Limoges ; l'exemplaire présenté est dû à la libéralité de sa veuve qui conserve l'importante collection constituée par lui et dont l'ouvrage analysé représente une sorte de Catalogue raisonné.
— M. Henri Hugon a envoyé un dessin qu'il a fait de la croix en calcaire qui s'élève à l'entrée du cimetière de Guéret : la double figure du Christ qu'elle porte sur chacune de ses faces est expressive ; la date 1669 est gravée sur le socle.
— Lecture est donnée de la note de M. Germouty, parue dans le Limousin de Paris, du 13 juin dernier, retraçant la carrière d'un Creusois distingué, M. Queyrat, professeur au collège de Mauriac, auteur d'ouvrages de philosophie et lauréat de l'Institut, récemment décédé.
— M. Guillot communique divers documents lui appartenant concernant Chanteau, commune de St-Martial-le-Mont ; notamment : 1° un arrêt du Conseil d'Etat du 3 décembre 1678 déclarant le village de Chanteau dans la seigneurie directe du roi et non dans celle des religieux du Moutier-d'Ahun ; 2° un procès entre ceux-ci et les habitants de Chanteau, commencé en 1772, relatif à la célébration des offices dans la chapelle de Chanteau, que les religieux négligeaient d'assurer ; 3° un contrat notarié du 19 février 1747, conclu entre quatre laboureurs, relatif à l'exploitation du charbon de terre. Ce dernier document sera publié.
— M. Louis Lacrocq signale un article sur le nom de lieu de « Bar » et ses dérivés, publié par M. Davillé dans le Bulletin philologique du Comité. Ce nom, très répandu, vient d'un mot celtique « barros » signifiant sommet et peut-être forteresse. Il y en a, dans la Creuse, au moins un exemplaire : Barmont, commune de Mautes. Certaines formes comme Barlot, nom de la montagne qui porte les Pierres Jaumâtres, peuvent être des diminutifs de ce thème.
Il analyse des documents qu'il a trouvés aux Archives du Cher (C 306), relatant un combat entre faux sauniers et agents de la gabelle, le 1er juillet 1734.
Ce jour-là, 8 agents, commandés par Alexis Perdoulx, capitaine général à La Celle-Dunoise, conduisaient à Bourges une troupe de faux sauniers condamnés aux galères, qui, dans cette ville, devaient être « attachés à la chaîne ». A 10 heures du matin, ils étaient dans le bois de Fonteny, près de Mortroux, quand ils furent attaqués par une bande d'hommes déguisés, armés de fusils, faux sauniers qui voulaient délivrer leurs camarades prisonniers et y réussirent. Les gardes se replièrent sur Bonnat, abandonnant un des leurs, blessé. Dans l'après-midi ils se portèrent à Mortroux, où les faux sauniers avaient laissé le garde blessé, après l'avoir maltraité, lui avoir volé son argent, ses armes, ses boutons de chemise en argent et l'avoir dépouillé de « tous ses habits, moins sa chemise ». La recherche des assaillants, organisée, le 3 juillet, avec le concours des brigades de La Celle-Dunoise, Fresselines, Le Bourg-d'Hem, Marseuil, Les Forges et La Brousse, resta infructueuse. Mais, mieux menée sans doute ultérieurement, elle aboutit à l'inculpation de plusieurs individus dont l'un, le chef de la bande, Jean Darchy, dit Manivol, fut condamné à la pendaison par sentence de l'Intendant de Bourges du 19 juillet 1735.
Un autre document (même cote) relate la poursuite par les gardes de La Celle-Dunoise et de Fresselines, le 16 mai 1736, du côté de Chéniers, d'une troupe de 60 faux sauniers conduisant 100 chevaux ; des coups de feu furent échangés.
— M. Valadeau présente et analyse un contrat sur parchemin, en date du 9 février 1583, appartenant à M. Guyonnet, de Guéret. Cet acte constate l'échange de la seigneurie de Setiergnes [auj. Stiargnes, comm. de Saint-Chabrais] contre celle de Voulgues [auj. Vogueix, comm. de Chénérailles], entre Gilbert et autre Gilbert de Perpirolle. L'un des échangistes, le propriétaire de Setiergnes, était licencié en droit, conseiller du roi et élu au pays de la Marche ; l'autre était fils de François de Perpirolle, châtelain d'Ahun et de Chénérailles. Celui-ci paie une soulte de 500 écus, versée à des créanciers du seigneur de Setiergnes. La prise de possession de Setiergnes eut lieu le 12 mars, en présence de plusieurs personnes notables, dont Claude de Saint-Julien, seigneur baron dudit lieu, Pierre de Haute Faye, Antoine du Léry, procureur de La Feuillade.
— M. Joseph Pâquet, se faisant l'interprète des membres de la Société, présente à M. Louis Lacrocq leurs félicitations pour sa récente nomination de chevalier de la Légion d'honneur. M. Louis Lacrocq exprime ses remerciements émus à M. Pâquet et à tous ses collègues : il les réitère à M. Thomas, président d'honneur, et aux membres du bureau qui, le matin, dans une réunion intime, ont affectueusement fêté cette décoration.
SÉANCE DU 4 NOVEMBRE 1926
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, Marcel Brunet, le commandant Carteron, Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, Ferrier, Filloux, Frétet, Grellet, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Lagrue, de Lajaumont, Mazet, J. Pâquet, Rimour, Sauty, Sarrassat, Valadeau.
Excusés : MM. Gabriel Jamot, Paul Mozer, André Mozer.
— M. le Président annonce la création de la Société des Amis du Musée de Guéret, dont le bureau provisoire est présidé par M. Albert Mazet. Ce groupement, destiné à aider à l'entretien et au développement du Musée, recueillera certainement de nombreuses et sympathiques adhésions.
— M. de Berranger a effectué le classement des manuscrits de la Société, maintenant déposés aux Archives départementales, et en a dressé le répertoire sommaire. M. le Président lui adresse des remerciements.
— Lecture est donnée du discours prononcé par M. Henri Hugon, le 7 octobre 1926, à l'occasion de l'inauguration de la plaque commémorative de l'écrivain Emile Montégut, à Limoges. M. le Président le remercie d'avoir, en termes délicats, associé la Creuse à cette manifestation, en évoquant le souvenir de Marie Rouchon-Mazérat, mère de Montégut.
— Sur la proposition du Bureau, M. Joseph Pierre, directeur de la Revue du Berry, qui a donné à la Société la plus obligeante collaboration pour l'excursion de juillet dernier à La Châtre et aux environs, est nommé membre correspondant.
NÉCROLOGIE. — Nous avons récemment perdu trois de nos membres titulaires, MM. Pierre-Adrien Finet, qui partageait son temps entre Paris et Guéret où il se plaisait dans sa propriété de Rochefort, Emile Gérouilhe, notaire, ancien maire de Nouziers, Silvain Petit, pharmacien à Guéret, un de nos plus anciens sociétaires, venu à nous en 1897. Entourés de l'estime et de la sympathie de tous leurs concitoyens, ils ont laissé d'unanimes regrets, auxquels s'associe la Société en adressant à leurs familles ses vives condoléances.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Henri Clément, le docteur Delacloche, Roger Joly, étudiant, à Aubusson ; le docteur André Genevoix, Jean Judet, étudiant, à Paris ; Lapetite, étudiant, à Aubusson ; Joseph Marrin, à Paris ; Edgar de Montreuil, à La Ribière, commune d'Alleyrat ; Mothe fils, libraire, Thouvenin, huissier, Ribot, ancien greffier, à Aubusson.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Lafay présente le Catalogue de l'Herbier du Musée qu'il a établi avec la collaboration de M. Sarrassat et de plusieurs élèves de l'Ecole normale.
M. le Président les complimente d'avoir mené à bien ce travail long et difficile et leur exprime la gratitude de la Société.
— M. Emile Genevoix a envoyé un article pour les Mémoires sur les Mammifères carnivores des familles des Mustélidés et des Viverridés observés dans le département de la Creuse.
— M. René Martin a envoyé copie du passage du voyage en Italie de Montaigne, où l'illustre écrivain a inséré quelques notes sur la partie de la Marche, notamment Felletin, qu'il avait traversée à son retour.
Ce texte a déjà été publié presque intégralement dans nos Mémoires, tome XX, p. 381, d'après un travail de Paul Ducourtieux, où il était cité. Les deux phrases manquant à cette reproduction sont : l'observation que Felletin est situé « en un fons tout entouré de haus costaus », et cette note sur « Chastein [Chatein, commune du Monteil-au-Vicomte] : « Je beus là du vin nouveau et non purifié, à faute de vin vieux ». La communication de M. Martin nous permet, en outre, de rectifier une erreur qui se trouvait dans la citation de Paul Ducourtieux et que nos Mémoires ont reproduite : si Felletin apparut à Montaigne une ville « demi-déserte », ce n'était pas « pour la feste passée », mais « pour la peste passée ».
— M. Brody de Lamotte fait observer que la forme « Etang des Landes », qu'il a remarquée au tome XXIII, p. 321, de nos Mémoires et qu'on trouve également dans la carte de l'Etat-major, est fautive. On doit dire « Etang de Landes », « Bois de Landes », etc., comme on disait jadis « Fief de Landes ». C'est cette dernière forme qu'on trouve dans les titres anciens, depuis le xve siècle, et qu'a reproduite le cadastre.
La rectification faite par notre confrère doit être appliquée également à la mention du tome XXII, p. XXXIV de nos Mémoires.
— M. Louis Lacrocq communique une brochure in-8° de 26 pages, imprimée à Guéret, chez Guyès, portant ce titre : Procès-verbaux des séances de la Société populaire de Guéret, chef-lieu du département de la Creuse, tenues par le Représentant du Peuple Chauvin (des Deux-Sèvres) les 8, 9 et 10 frimaire l'an troisième de la République française, une et indivisible.
Cette brochure, qui paraît très rare, ajoute un intéressant complément à l'analyse des registres de la Société populaire de Guéret, que M. Lacrocq a publié dans nos Mémoires, (tomes XIV, p. 378-431, XV, p. 307-370).
Le dernier procès-verbal contenu aux registres analysés est du 26 prairial an II. L'aspect matériel du registre où se trouve ce procès-verbal avait pu faire supposer qu'après cette date l'activité de la Société populaire ne s'était plus manifestée. La brochure prouve le contraire.
Il résulte, en effet, des procès-verbaux qu'elle contient que jusqu'au 9 thermidor quelques-uns de ses dirigeants, érigés en « meneurs de la Société populaire », ont eu un rôle très marqué dans les affaires politiques de la Creuse. L'appréciation du rôle des « terroristes » guérétois était un des objets de la mission du représentant Chauvin envoyé dans notre département après le 9 thermidor, et c'est pour le remplir qu'il réunit la Société populaire trois jours de suite.
Le premier jour il entendit de nombreuses dénonciations et les explications de plusieurs dénoncés, après quoi il annonça qu' « il « cassait à l'instant la commission révolutionnaire et annulait toutes « les radiations de la commission épuratoire ; qu'il voulait que tous « les citoyens de Guéret fussent libres comme l'air ; qu'il défendait « d'établir des commissions pareilles et que le lendemain, 9 frimaire, « la société se réunirait, ... pour épurer les épurateurs et les épurés « à haute voix ».
L'épuration, qui eut lieu à la séance du 9 frimaire, fut moins rigoureuse qu'on ne pouvait le croire, après les discussions passionnées de la veille. Sur 400 membres composant la Société, deux furent frappés d'une interdiction de 3 mois, deux d'une interdiction de 6 mois, dix rayés définitivement. Parmi ceux-ci se trouvait Lemoyne, receveur du district, dénoncé comme chef de la commission révolutionnaire et à qui on reprochait des brutalités à l'égard des suspects détenus.
Le 10 frimaire, Chauvin proclama « l'organisation des autorités constituées » — département, district, municipalité de Guéret, comité révolutionnaire, tribunal civil, tribunal criminel, justice de paix et bureau de conciliation — telle qu'il venait de la remanier et reçut les compliments de l'assemblée qui décida, ensuite, de rédiger « une adresse de félicitation à la Convention sur les journées « du 9 et 10 thermidor ». Puis on se sépara en chantant Amour sacré de la Patrie...
L. Duval. dans ses Archives révolutionnaires de la Creuse, p. 353, a parlé de la mission de Chauvin, mais paraît avoir ignoré son action à la Société populaire de Guéret.
— M. René de Forges communique une copie, d'une écriture du xviie siècle, d'un procès-verbal dressé le 4 juillet 1597, « au lieu « appelé le Peux de l'Estang, d'entre les villages de La Vergne et « Bougoüet, estans champs communs entre lesd. villages, pour « éclaircir, sy faire se peut, les limites audit endroit des justices de « Dun et de Naillat, à raison des controverses qui se sont mues « entre lesdits habitans desdites justices pour raison des pascages « de leur bestial ès dits champs ». L'opération est dirigée par les officiers des deux justices sous la présidence du bailli de Dun. On choisit 17 justiciables âgés — dont une femme — comme arbitres experts pour la fixation des limites. Ces arbitres prêtent serment, accomplissent immédiatement leur mission et marquent la ligne divisoire par des branches. Il est alors décidé que des bornes en pierre seront placées sur cette ligne, aux frais communs des seigneurs justiciers, et que leurs armoiries seront gravées sur les bornes. En outre, sur quelques pierres reconnues comme « divises antiennes », on gravera une croix. La plantation des bornes sera faite par quatre des arbitres sous la surveillance des procureurs fiscaux des justices.
— M. Frétet communique la biographie, rédigée par l'abbé Verrier, de Silvain Nichon, prêtre réfractaire, originaire de La Vergne, paroisse de Bussière-Dunoise, qui, pendant une partie de la Révolution, vécut caché dans son village natal et y exerça le culte. Ces notes inédites, que l'abbé Verrier a consignées sur un registre de la cure de Bussière-Dunoise, alors qu'il était curé de cette paroisse, ont été utilisées par le chanoine Lecler pour la rédaction de la notice sur l'abbé Nichon insérée dans les Martyrs et confesseurs de la foi du diocèse de Limoges (tome III, p. 218).
— Une note de M. Albert Lacrocq rend compte d'une fouille qu'il a faite, en septembre dernier, avec M. Alexandre Château, au ténement des Chantadoux, commune de La Celle-Dunoise, grâce à l'obligeante permission donnée par notre collègue M. René Bertrand, autour d'une sépulture gallo-romaine trouvée dans une terre appartenant à celui-ci. (V. Mémoires, t. XXIII, p. 298).
De nombreux débris, provenant de vases de types variés, ont été recueillis. La majeure partie correspondait à des récipients de fabrication assez grossière. Par contre, quelques-uns provenaient de vases d'une fabrication soignée :
a) Vase en terre sigillée, à couverte rouge, décoré à la barbotine de motifs ornementaux en relief ;
b) Récipients en forme d'assiette à pied, en terre sigillée, épaisse, à belle couverte rouge, sans ornements ;
c) Vase en terre fine, épaisse, à couverte d'un rouge brun, offrant la trace d'un déversoir en forme de mufle de lion dont la crinière est figurée par des hachures tracées dans la pâte (Voir sur ce type de vase : J. Déchelette, Les vases céramiques ornés de la Gaule romaine, t. II, p. 321).
d) Vase en terre fine, de faible épaisseur, à couverte d'un brun clair, offrant une ornementation linéaire, circulaire, imprimée dans la pâte.
e) Vase en même terre, mais de couleur plus claire, avec ornementation du même type autour du col.
M. le docteur Janicaud présente des spécimens des trouvailles ci-dessus énumérées et donne des explications sur les poteries de cette période qu'on rencontre dans la Creuse.
— M. Valadeau lit l'introduction d'une étude qu'il a faite sur la crise des subsistances dans la Creuse pendant la Révolution.
SÉANCE DU 30 DÉCEMBRE 1926
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. le docteur Bordier, de Bourran, le commandant Carteron, Ferrier, Frétet, le docteur Janicaud, Jouve, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Polier, Rimour, Rousseau, Sarrassat.
Excusés : MM. Gabriel Jamot, Mazet, Perron.
Des félicitations sont adressées à Mlle Anna Quinquaud, à qui vient d'être décerné le prix de sculpture Trémont, et à M. Horluc, nommé vice-recteur de l'académie d'Alger.
— Lecture est donnée de la lettre par laquelle M. Joseph Pierre remercie de sa nomination de membre correspondant.
NÉCROLOGIE. — M. Raymond Gallerand, notaire honoraire, un de nos plus anciens membres titulaires — il appartenait à notre Société depuis 1886 —, administrateur depuis 1887, est décédé à Guéret le 23 novembre dernier.
Né le 19 mars 1851, à Jarnages, où son père était médecin, il fit ses études au Petit séminaire d'Ajain et choisit la carrière notariale. En 1878, il succédait à son beau-père, M. Vollant, notaire à Guéret. Pendant 26 ans, il a exercé sa profession avec autant de compétence que de haute honorabilité. Ses collègues le désignèrent souvent pour la présidence de leur Chambre.
Très attaché à sa ville d'adoption, M. Gallerand participa, pendant longtemps, à son administration comme conseiller municipal et s'occupa, avec un inlassable dévouement, d'œuvres charitables et sociales. Il était notamment président de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul, de la Société de secours mutuels de Guéret, du Conseil d'administration de la Banque populaire de la Creuse, commissaire aux comptes de l'Union des coopérateurs de la Creuse, membre du bureau de l'Alliance française. A toutes ces tâches, M. Gallerand s'est donné avec une généreuse bonté. Son intelligence, son sens des affaires et de l'organisation ont été précieux à toutes les associations dont il s'est occupé. Pendant la guerre, les comités des réfugiés et des prisonniers ont eu en lui un dévoué collaborateur. Il y a deux ans, il avait été choisi comme président de la Fédération des Sociétés de secours mutuels du département, en remplacement de M. Defumade.
M. Gallerand jouissait de l'estime et de la sympathie de tous. La foule qui l'a accompagné à sa dernière demeure, les éloges émus qui lui ont été adressés en ont porté le témoignage. Notre Société ressent vivement sa perte. Fidèle à nos réunions, où nous appréciions sa courtoise amabilité, administrateur écouté à notre bureau, il fut un des organisateurs de nos excursions annuelles où sa verte vieillesse donnait l'exemple de l'entrain et de la bonne humeur. Nous exprimons à Madame Gallerand nos respectueuses condoléances.
M. Paul Pellot, docteur en droit, habitait les Ardennes, son pays d'origine, quand l'invasion allemande l'obligea à fuir ; un convoi de réfugiés l'amena dans la Creuse. Il séjourna assez longtemps à Dun-le-Palleteau et occupa ses tristes loisirs à dépouiller les archives communales. A la suite du don qu'il nous fit de ses notes, nous l'avions nommé membre correspondant. Nous avons publié une notice biographique qu'il avait écrite sur un député creusois de la Révolution, Tixier de Mortegoutte (Mémoires, t. XXII, p. 428). Après la guerre il s'occupa de la remise en état de la bibliothèque d'Epernay, mais habitait, près de cette ville, une maison de retraite à Avenay (Marne). C'est là qu'il est décédé le 25 juillet 1926. Nous saluons la mémoire de ce modeste travailleur.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Madame Gallerand a donné des papiers anciens que M. Louis Lacrocq analyse :
Ils sont relatifs à la vente reçue le 14 février 1643, par J. Delestang, notaire royal à Jarnages, de l'étang dit l'Etang-Neuf, situé dans la franchise de Jarnages, sur la chaussée duquel passe le grand chemin de cette ville à Blaudeix, vente consentie par Jacques Doyron, écuyer, sieur de Chérignat, « y demeurant paroisse de Saint-Pierre-de-Chérignat en la Marche », à Silvain Blondon, notaire royal à Jarnages, pour le prix de 1800 livres. Sur ce prix 300 livres sont payées comptant ; les 1500 livres de surplus sont payables à la sœur du vendeur, Marguerite Doyron, veuve de Charles de La Chapelle, en déduction de la constitution de dot à elle faite par Louis Doyron et Honorée d'Aubusson, seigneur et dame d'Ajain, ses père et mère. Interviennent comme garants les deux frères du vendeur : Claude Doyron, sieur d'Ajain, et Jean Doyron, sieur de Chanroy, « demeurant au bourg et chastel d'Ajain ».
La vente est suivie du procès-verbal de prise de possession de l'étang par Blondon, le 18 février : « à la dicte fin, avec led. notaire « et tesmoingtz, estant sur la chaussée dud. estang, metant des « pierres au devant de la chaussée et à la muralle qui est au « devant de l'avaloir dud. estang, monstrant la grandeur et « estandue d'iceluy ».
Le 22 août 1643, le solde du prix était payé à Marguerite Doyron, qui habitait La Chapelle-sous-Lépaud.
Le notaire Blondon avait fait une acquisition imprudente. L'Etang-Neuf avait appartenu autrefois au prieuré de Jarnages, qui l'avait aliéné en 1578 pour payer sa part d'un impôt extraordinaire sur le clergé. Le prieur Charles Laboreys le savait. Il engagea un procès devant le Grand Conseil pour faire prononcer le « désistement » ou « retrait » de l'acquisition de Blondon ; il eut gain de cause par arrêt du 2 mai 1678. Cette décision fut le point de départ d'une série de procès et de recours en garantie que soutinrent deux générations de plaideurs et qui durait encore en 1715.
Les documents analysés apportent des précisions, en ce qui concerne la famille Doyron ou d'Oiron, aux renseignements qu'on trouve dans le Nobiliaire de Nadaud (t. II, p. 25) et dans l'ouvrage du chanoine Dardy sur Ajain (p. 164).
— Présentation est faite de deux brevets de « maîtresse de poste », délivrés à Madame veuve Genète-Bazile, née Elisabeth Jarijon, l'un le 30 octobre 1838, pour le relais de Guéret, sur la route de Bourges à Limoges, l'autre le 24 mai 1848, pour le relais d'Ahun, sur la route de Guéret à Clermont. Ces deux pièces ont été données par Madame Gallerand.
— M. Lafay lit une Note sur La récolte des plantes médicinales dans la Creuse qui sera publiée.
M. le Président fait observer que c'est à l'initiative et au dévouement de M. Le Gendre, membre honoraire de la Société, et de M. Lafay qu'est dû le développement dans notre département de cette œuvre scolaire. Il les en félicite.
— M. Sarrassat lit l'Introduction du Catalogue des mousses et hépatiques de la Creuse qu'il a préparé et que publieront nos Mémoires. Des félicitations lui sont adressées pour ce travail qui a demandé de longues études.
— Présentation est faite de dessins de M. Louis Jorrand, représentant les croix sculptées en granit qu'on trouve à Gentioux et aux environs (Villemoneix, La Léziou, fontaine de sainte Claire). Ces sculptures constituent de curieux spécimens de l'art populaire du haut plateau marchois.
— M. Albert Mazet a fait don à la Bibliothèque de deux livres rares : 1° Les constitutions des religieuses hospitalières de l'ordre de Saint-Augustin ; — 2° Coustumier des religieuses hospitalières de l'ordre de Saint-Augustin. Tous deux, format in-32, sont imprimés à Limoges chez « Martial Chapoulaud, imprimeur et libraire, demeurant devant le collège », le premier en 1668, le second en 1669. Les Constitutions ne paraissent présenter aucun caractère local ; par contre, le Coustumier a été spécialement imprimé pour « les Religieuses hospitalières de la ville de Guéret », ainsi qu'il résulte de l'approbation épiscopale qui se trouve à la fin du volume. Les religieuses de Saint-Augustin avaient été appelées à Guéret en 1667 pour desservir l'Hôtel-Dieu ; elles venaient de leur maison-mère de Riom (Dr Villard, Notes sur Guéret, Mémoires, t. XII, p. 601).
L'exemplaire du Coustumier porte deux noms écrits sur les feuilles de garde : « sœur Parisot de Ste-Eulalie » et « Chorllon de Saint-Léger, religieuse augustine ».
Ni les Constitutions, ni le Coustumier ne semblent avoir été signalés dans les relevés d'ouvrages sortis de l'imprimerie Chapoulaud, qu'a publiés le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin (t. XI, travail de Poyet ; t. XXXV et XLIV, travail de Paul Ducourtieux).
— M. le docteur Janicaud communique des photographies des deux beaux chapiteaux romans en granit, qui se trouvent à l'entrée du chœur de l'église de Bussière-Dunoise, représentant l'un un animal, l'autre un personnage qui paraît être un jongleur. Ces chapiteaux sont inspirés de motifs orientaux.
Il communique également des photographies des chapiteaux romans en granit de l'église du Donzeil, dont deux sont décorés d'imbrications copiées sur un motif gallo-romain.
— M. Louis Lacrocq signale un autographe d'Alfred Assolant, récemment mis en vente par la librairie Lemasle, à Paris (catalogue n° 203), lettre qui ne porte pas de millésime où le romancier expose le projet d'un voyage en Espagne, dont il aurait écrit le récit « sur le modèle du Rhin de Victor Hugo ». Ce projet d'Assolant ne semble pas avoir reçu exécution.
Il signale également un article du Journal des Débats du 22 novembre 1926, signé M. P., intitulé « L'Auberge de France à Rhodes », où il est indiqué que sur cet édifice construit vers 1500 et qui était la demeure des chevaliers de Saint-Jean de la « langue de France », sont sculptées les armes du grand-maître Pierre d'Aubusson. (Cf. Mémoires, t. XX, p. 245).
— M. le docteur Janicaud a donné au Musée un document curieux pour notre iconographie locale. C'est une facture de négociants merciers d'Aubusson, Guillot et Malpeyre, dont l'en-tête est décoré d'une lithographie qui représente la maison dite des Vallenet, où se tenait leur commerce, et la fontaine qui est au-devant de la maison. Cette lithographie, d'un dessin un peu inexpérimenté, où de petits personnages animent le décor, date des environs de 1860. Il y a lieu de supposer qu'elle est l'œuvre d'un artiste local et qu'elle a été tirée à Aubusson dans l'atelier que Pierre Langlade avait créé en 1841 et qu'il céda à Alphonse Bouyet en 1856.
— M. Valadeau a communiqué un ouvrage intitulé Les légendes Marchoises, par l'abbé Paul Ratier, publié à Roanne, imprimerie Marion et Viginal, en 1870 (in-8°, 132 pages).
Sur la couverture et la feuille de titre, le nom de l'abbé Ratier est suivi de cette indication : « auteur de la Monographie du château de Saint-Germain-Beaupré ». Le titre de l'ouvrage antérieur n'était pas exactement rappelé, puisqu'il s'agit du travail paru, en 1862, à Limoges chez H. Ducourtieux : « Le château de Saint-Germain-Beaupré (Creuse). Les Foucauld. Généalogie et légendes ». M. Louis Lacrocq a donné des indications sur l'abbé Ratier dans la Bibliographie de sa Notice sur Saint-Germain-Beaupré publiée dans nos Mémoires (tome XXII, p. 519). Les Légendes marchoises viennent s'ajouter aux travaux connus du curé de Saint-Germain.
L'abbé Ratier a dédié ce petit livre à « Mademoiselle Jehanne d'Honorati, à Saint-Martin, près Avignon », fille du comte d'Honorati, qui avait été propriétaire du château de Saint-Germain de 1854 à 1860 (Cf. Mémoires, id. p. 507) : « Vous aimez Saint-Germain où s'écoula votre enfance, lui dit-il, Saint-Germain où vos souvenirs s'égareront bien des fois ». Ce n'est cependant pas à la localité où il exerçait depuis 1836 le ministère paroissial et dont il s'était fait l'historien un peu fantaisiste, qu'il a demandé la matière des récits, divisés en trois parties, qui constituent Les Légendes marchoises. Saint-Germain n'y est qu'au second plan. L'analyse du livre serait longue à faire, car l'abbé Ratier a amalgamé des éléments hétéroclites sur une trame qu'on suit avec quelque peine. Le cadre est tout naïvement le séjour dans la Creuse, en 1812, de « deux jeunes officiers de marine », Charles et Stéphen, qu'un voyage de compagnie a rapprochés, quand ils viennent se reposer, l'un dans le « castel de Mont-Lavaderos, près Guéret » — évidemment Montlevade, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois — l'autre dans le petit château de Saint-Léger-Bridereix.
Tout est prétexte à l'auteur pour introduire dans son livre, sous forme de récits, les diversions les plus inattendues : le pillage de l'abbaye d'Aubepierre en 1585, par Gaspard Foucauld, seigneur de Saint-Germain, les tribulations en exil de l'abbé Denis, le fondateur du Verbe-Incarné d'Azerables, l'enfance et la jeunesse de l'abbé Descombes, le fondateur du Petit séminaire d'Ajain, et l'on n'est pas peu surpris de voir apparaître brusquement, dans un chapitre intitulé « L'émailleur improvisé », sous l'anagramme « Erdim de Sulpicy » le bon Midre de Saint-Sulpice, qui fabriquait à Ahun des objets en verre filé dont le Musée de Guéret conserve quelques spécimens.
L'ouvrage est écrit d'une plume assez alerte. S'il n'a pas de valeur littéraire il n'en méritait pas moins d'être signalé comme bien expressif de ce curé de campagne, grand imaginatif, curieux de tout ce qui touche à sa province et sensible à ses paysages dont il ne se lasse pas de dire le charme varié.
— M. Louis Lacrocq signale dans des documents donnés par M. Hugon aux Archives de la Creuse : 1° les pièces d'une procédure suivie, vers 1725, par Joachim Beraud, prêtre, docteur en théologie, curé et official de Chénérailles, « vicaire et chapellain de la chapelle de Sainte-Catherine d'Etansannes, hors et joignant les murs de l'église de ladite ville », contre François Barrachy, marchand du village de La Fressinède, paroisse de Peyrat-la-Nonière, devant Léonard de Laboureys, sieur de La Bussière, « conseiller du roi, prévôt châtelain, juge royal civil et criminel, enquêteur, commissaire examinateur pour Sa Majesté desdites ville et chatellenie royale de Chénérailles », au sujet d'une rente seigle et argent due sur des héritages dépendant du domaine d'Hauteserres ; 2° huit quittances constatant, de 1698 à 1706, le paiement aux prêtres communalistes de Chénérailles, par Nicolas de Montaignac, chevalier, sr d'Etansannes et de Chénérailles, conseiller en la grand chambre du Parlement de Paris, d'une rente de quatre setiers de seigle, mesure ancienne d'Ahun, due annellement à la communauté des prêtres à cause de la vicairie d'Etansannes ; toutes ces quittances contiennent les mêmes expressions : « le blé... arrivé dans mon cartel », ou « en mon cartail », dont la signification exacte ne nous est pas connue.