SÉANCE DU 28 JANVIER 1927
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, Frétet, René de Forges, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Paul Mozer, Pajot, Polier, J.-B. Rousseau.
Excusés : MM. Mazet, André Mozer.
Des félicitations sont adressées à M. Eugène Alluaud, membre titulaire, nommé vice-président du Conseil d'administration de la manufacture de Sèvres.
Il est décidé que l'excursion de la Société aura lieu, cette année, à Felletin et aux environs de cette ville.
NÉCROLOGIE. — M. le Président adresse l'hommage de la Société aux trois membres titulaires qu'elle vient de perdre : MM. Henri Wuiet, le docteur Léon Manouvrier et Robert Montégudet. Il rappelle les services compétents et dévoués rendus par M. Wuiet au Musée, pour l'arrangement et la mise en état des collections d'art. Il retrace la carrière de M. le docteur Manouvrier, à qui ses remarquables travaux et son enseignement au Collège de France et à l'Ecole d'anthropologie, avaient valu une renommée universelle dans le monde savant et qui, très attaché à la Creuse, avait fait à notre Société l'honneur de sa collaboration. Il associe la Société au deuil causé par la mort prématurée de M. Montégudet, qui témoignait une vive sympathie à notre œuvre. Notre collègue occupait, comme agent de change, une haute situation à la Bourse de Paris où il était très estimé. Il passait ses vacances dans la Creuse et se plaisait à préparer la remise en état du beau château de Saint-Maixant près d'Aubusson, dont il s'était récemment rendu acquéreur.
Nous exprimons aux familles de MM. Wuiet, Manouvrier et Montégudet nos vives condoléances. Des notices sur M. Wuiet et le docteur Manouvrier seront publiées dans nos Mémoires.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mademoiselle Antoinette Périne, à Guéret ; MM. Auclair, pharmacien à Aigurande (Indre) ; Paul Bonneyrat, négociant à Aubusson ; Bony, professeur d'agriculture à Guéret ; Chevalier, auditeur à la Cour des Comptes, à Taverny (Seine-et-Oise) ; le docteur Daubigny, à Châtelus-Malvaleix ; Robert Déchelotte, notaire à Guéret ; Dhéron, professeur à l'Ecole primaire supérieure de La Souterraine ; le docteur François Durand, le docteur Marcel Durand, à Bussière-Dunoise ; le docteur Faury, à Guéret ; Ferry, principal du collège d'Aubusson ; le comte de Kermier, au château de Mainsat ; Georges Lanet, étudiant à Paris ; Legendarme, professeur de philosophie au collège du Blanc (Indre) ; Mazerolle, clerc de notaire à Saint-Germain-Beaupré ; Morisson, rédacteur au New-York Herald, à Paris ; Jean Pinton, fabricant de tapisseries à Felletin ; le lieutenant Silvani, à Guéret ; Paul Tourlière, au château de l'Etang, commune de La Chaussade.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud analyse un article de M. Albert Mayeux, architecte en chef des monuments historiques, membre honoraire de la Société, paru dans le Bulletin monumental (1926, 2e livraison) sur le clocher de l'église d'Evaux. M. Mayeux estime que ce clocher, reste d'une église primitive, a été construit à la fin du XIe siècle ; il le considère comme un des plus anciens de France et un des plus beaux de la période à laquelle il fut élevé. Il y trouve quelques analogies avec des édifices du Cantal.
— M. Frétet communique le dessin, qu'il a relevé, d'un bénitier en granit appartenant à notre confrère M. le docteur F. Durand. Ce bénitier était encastré dans le mur d'une maison à Langledure, commune de Bussière-Dunoise. Il est d'une facture très rude. Le bénitier proprement dit présente une ornementation de boudins superposés sur lesquels se détache un masque humain. Un Christ en croix, nu, avec un court voile au milieu du corps, le surmonte.
— M. Louis Lacrocq, présente un document donné à la Société par M. Lucien Roussy, de La Brionne. C'est un exploit d'huissier, daté du 15 prairial « 2e année républicaine », par lequel les époux Guillon, du village de Chaussade, commune de Saint-Vaury, font connaître aux frères Duditlieu, du Breuilaudoueix, commune de La Brionne, les noms des arbitres qu'ils ont choisis pour régler les affaires qui les divisent et les invitent à désigner les leurs, afin de constituer « le tribunal de famille » que prévoyait « le nouvel ordre judiciaire », c'est-à-dire la loi des 16-24 août 1790, sur l'arbitrage obligatoire.
Il communique un document imprimé de 1667, lui appartenant, où figure un des maîtres tapissiers les plus connus d'Aubusson, Jacques Bertrand, à qui son habileté et sa notoriété valurent le titre de « tapissier de la garde-robe du roi » et qui fournit des tentures aux collections royales. (Cf. Bull. Soc. archéol. du Lintousin, t. LXXI, p. 526). La pièce contient d'abord copie de lettres de commission de la Chancellerie, datées du 15 janvier 1667, expliquant qu'en 1660 une difficulté s'était élevée dans la Marche, au sujet de la perception des droits sur les cuirs, entre les fermiers de ces droits et « les marchands tanneurs, peletiers, peaussiers, cordonniers, mégissiers et bouchers ». Les intéressés chargèrent les tanneurs et marchands d'Aubusson de « prendre soins de leur défense commune ». Ceux-ci eurent recours à Pierre Bertrand pour diriger le procès à Paris, où il résidait souvent. Bertrand réussit à faire obtenir gain de cause à ses compatriotes ; mais quand il s'agit de lui rembourser les frais qu'il avait avancés, ses obligés firent la sourde oreille, et c'est pour les y contraindre que les lettres de chancellerie lui sont accordées, lui permettant de réclamer, avec les frais exposés, ses « salaires et vacations, frais de voyage, séjour et retour ».
Les lettres de chancellerie sont suivies d'une citation à formule imprimée, délivrée à Pierre Landriesve, tanneur et cordonnier à Aubusson, à comparaître devant les maîtres des requêtes de l'Hôtel du roi. Mais Landriesve, comme sans doute les autres intéressés, se décida à payer quand il vit l'huissier, car, à la suite de la citation, se trouve la quittance des 40 livres formant sa part, donnée par Jacques Bertrand lui-même, d'une fine et élégante écriture.
SÉANCE DU 24 FÉVRIER 1927
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : MM. le commandant Bareige, Baret d'Auriolle, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, Brémont, Chantrelle, Déchelotte, Desjobert de Prahas, Ferrier, René de Forges, Frétet, le docteur Janicaud, Jouve, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Paul Mozer, Petit, Polier, Sauty.
Excusés : MM. Gabriel Jamot, Mazet, Valadeau.
Des félicitations sont adressées à MM. Guingue et Gabriel Jamot, nommés chevaliers de la Légion d'honneur, à M. Jean de Cessac, nommé officier d'Académie, à M. Latrige qui a reçu la médaille d'or de la Prévoyance sociale.
NÉCROLOGIE. — M. le Président exprime l'hommage respectueux de la Société à la mémoire de M. le comte de Beaufranchet, membre titulaire, et rappelle la collaboration érudite qu'il avait donnée, à diverses reprises, aux Mémoires de la Société.
Une notice lui sera consacrée.
Il associe la Société au deuil causé par la mort récente de M. Paul Garrigou-Lagrange, de Limoges, fondateur des Congrès de l'Arbre et de l'Eau, dont les remarquables travaux scientifiques avaient touché à la Creuse.
CLASSEMENTS. — Communication est donnée des lettres de M. le Préfet annonçant le classement des Pierres Jomâtres comme monuments historiques, l'inscription du portail de l'église de La Chapelle-Balouë sur l'inventaire supplémentaire, le classement, au titre des sites artistiques, du tilleul des Monts, commune de Vigeville, et du tilleul des Meaûmes, commune du Donzeil.
M. le Président complimente les municipalités du Donzeil, de Toulx-Sainte-Croix et de Vigeville, ainsi que les héritiers Boursault et M. Danton, propriétaires d'une partie du site des Pierres Jomâtres, pour leur adhésion empressée à ces classements.
ÉLECTION. — M. Polier est élu administrateur de la Société en remplacement de M. Gallerand, décédé.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Madame veuve Fournet, à Guéret ; M. Paul Pinlon, architecte à Aubusson ; l'Association des anciens élèves de l'Ecole primaire de La Souterraine.
VŒU. — La Société émet le vœu que la municipalité de Guéret veuille bien honorer la mémoire du grand savant qu'a été le docteur Léon Manouvrier en donnant son nom à une rue de Guéret et de préférence à la route de Moulins, où se trouve sa maison natale.
COMPTES & BUDGET. — M. Paul Mozer, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1926.
Recettes
Excédent de caisse au 31 décembre 1925 . . . . . 1.235 20
Subvention du département. . . . . . . . . . . 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret . . . . . . . 2.000 »
Cotisations . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6.464 »
Vente de volumes des Mémoires. . . . . . . . . 193 »
Intérêts de rente 5 %. . . . . . . . . . . . . . 200 »
Intérêts de bons. . . . . . . . . . . . . . . . 67 50
Contribution d'auteur pour l'impression des Mémoires. . 300 »
Total : 11.959 70
Dépenses
Gardiens du Musée. . . . . . . . . . . . . . . 1.750 »
Impression et brochage des Mémoires. . . . . . 4.866 50
Frais de poste . . . . . . . . . . . . . . . . 280 65
Recouvrement des cotisations. . . . . . . . . . 84 85
Frais de bureau. . . . . . . . . . . . . . . . 364 70
Chauffage . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80 »
Musée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3.287 10
Bibliothèque. . . . . . . . . . . . . . . . . 344 10
Dépenses diverses. . . . . . . . . . . . . . . 116 50
Total : 11.174 40
Recettes. . . . . . . . . . . . . . . . 11.959 70
Dépenses. . . . . . . . . . . . . . . . 11.174 40
Excédent de caisse au 31 décembre 1926. . . . 785 30
Dans le compte ci-dessus ne sont pas compris les rachats de cotisations effectués pendant l'année 1926.
Le livret de caisse d'épargne s'élève, au 31 décembre 1926, à 1.589 fr. 44 ; il représente, avec les titres de rente, le fonds de réserve et le montant des cotisations rachetées.
Les comptes, vérifiés par MM. de Lajaumont et Sauty, sont reconnus exacts et approuvés. Des remerciements sont adressés à M. Paul Mozer.
Le budget de 1927, établi par le bureau, est approuvé.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Présentation est faite, de la part de M. Joseph Pierre, directeur de la Revue du Berry, membre correspondant, d'un très intéressant manuscrit de sa collection, provenant du peintre Gault de Saint-Germain (1754-1842) que les hasards de sa carrière conduisirent à Guéret, comme professeur de dessin au collège, en 1809-1810. Ce manuscrit contient les « Lettres sur la Marche », rédigées par Gault de Saint-Germain, où il a inséré, avec des notices historiques, archéologiques et scientifiques, de curieuses et peu bienveillantes appréciations sur notre province. Il est accompagné de dessins au lavis, adroitement traités, représentant des villes, des sites creusois et le costume paysan du temps.
— Lecture est donnée : 1° d'une note de M. Louis Jorrand, accompagnée de plans et d'épures, sur les voûtes de l'église Sainte-Croix à Aubusson, note qui sera publiée ; 2° d'une note de M. Henri Hugon, reproduite à la fin du présent procès-verbal, sur des découvertes archéologiques signalées par le comédien antiquaire Beaumesnil.
— M. Louis Lacrocq communique une lettre datée du 29 avril 1810, écrite par un jeune soldat creusois, du nom de Giraud, à son père, maréchal à Chénérailles. Il lui raconte avec un enthousiasme naïf les splendeurs du mariage de l'Empereur. Sur le point d'être envoyé en Espagne, il témoigne d'une parfaite bonne humeur et dit que « rien ne lui fait de la peine de partir » que l'extrême chaleur du pays où va son régiment.
M. Louis Lacrocq communique également la circulaire ci-dessous reproduite qui fournit une indication sur l'émigration de nos ouvriers. Elle n'est pas datée, mais le timbre noir dont elle est marquée est de la période de la Monarchie de Juillet. Gallard, qui lançait cette circulaire, était banquier à Guéret :
AVIS
MM. Truelle frères, négociants, rue de la Verrerie n° 19, à Paris, et M. Gallard, à Guéret, se chargent moyennant une légère remise, du payement des fonds qui sont versés chez l'un d'eux pour être comptés à Guéret ou à Paris.
M. Gallard payera aux porteurs des reçus les sommes versées : les destinataires auront soin de les confier à des personnes sûres.
Ainsi, les ouvriers qui habitent Paris et qui veulent faire passer de l'argent à leurs parents, peuvent le verser chez MM. Truelle frères, qui leur donneront en échange un bon payable à présentation chez M. Gallard, à Guéret.
M. Gallard pourra même le plus souvent faire compter cet argent dans chaque chef-lieu de canton.
MM. les Curés, Maires, Notaires, etc., sont priés de vouloir bien donner de la publicité à cet avis.
— M. Jehan Paufique a envoyé la photographie de la grosse cloche de l'église de Gentioux, fondue par la maison Bollée d'Orléans, bénite le 7 août 1888 et qui offre en relief l'image de Notre-Dame-du-Bâtiment.
— M. Frétet présente plusieurs monnaies anciennes dont un bel exemplaire de royal d'or à l'effigie de Charles IV le Bel, et des jetons à l'effigie de Louis XIV et de Louis XVI.
NOTE LUE EN SÉANCE – QUELQUES PAPIERS DE BEAUMESNIL
Les archives de la Société archéologique du Limousin possèdent quelques feuillets manuscrits du comédien-antiquaire P. de La Ruette de Beaumesnil, mort en 1787, feuillets relatifs à des antiquités locales, et que M. Espérandieu, dans son ouvrage, Inscriptions de la cité des Lemovices, a étudiés et critiqués pour tout ce qui a trait à l'épigraphie romaine. Dans le surplus resté inédit, on peut — en faisant la part due à l'excès d'imagination de l'auteur et à son peu de sincérité — glaner quelques mentions concernant la Creuse :
a/ Inscription médiévale de Saint-Pardoux-Lavaud : lecture fantaisiste déjà signalée dans nos Mémoires (au présent tome, p. 524).
b/ Objets trouvés aux environs de l'abbaye d'Ahun et que Beaumesnil dit avoir copiés en 1742, chez leur propriétaire, Colins de Vernon, directeur-peintre de la Manufacture d'Aubusson :
Urne (boîte) de pierre sans couvercle, marquée D. M.
Urne (boîte) ronde avec couvercle, de 16 pouces de haut.
Urne de terre grise de 20 pouces.
Urne cinéraire, en terre cuite, très haute, de 4 pieds 9 pouces sur 21 pouces, avec son bouchon.
Urne « lacrymatoire » de même hauteur.
Urne (boîte) de serpentine « qui est un marbre du pays » avec couvercle ; les parois de la cavité sont côtelées au moyen de huit cannelures.
Deux « lacrymatoires » de terre grise dont le plus haut a 2 pieds 5 pouces.
c/ Objets trouvés en 1766, à environ une demi-lieue de Bourganeuf : une urne en terre sigillée, une en verre vert, une de terre cuite rougeâtre. « Le chanoine (?) prit les urnes » et laissa sur place les pierres qui les couvraient ou les remboîtaient. (La feuille où était le nom du chanoine manque).
d/ Urne de pierre de 22 pouces et quelques lignes de haut sur 27 pouces 4 lignes de diamètre, trouvée par des ouvriers en cherchant « de la grave » (sable) pour le grand chemin de Taillefer à Guéret, entourée de 16 phallus rangés en pal tête-bêche, en l'année 1770. « Je retournai quelques jours après en intention de m'en emparer l'ayant vue à mon passage de Limoges à Guéret, mais elle était déjà brisée pour graver le chemin ».
La plupart de ces notes sont accompagnées de dessins.
Parmi les assertions de Beaumesnil sujettes à réserves, se place la mention relative à Colins de Vernon et à ses fonctions à la Manufacture d'Aubusson en 1742. Ce nom ne figure pas dans les notes de Cyprien Pérathon, ni dans son Catalogue le plus complet (1902), ni dans les Chroniques des tapisseries marchoises de M. Louis Lacrocq (Limoges 1913-1926), ni dans l'étude que M. René Fage a consacrée ici même (t. XXII) à Jean-Joseph Dumons, peintre dessinateur du roi à la même Manufacture, seul breveté en cette qualité de 1731 à 1755.
Henri Hugon.
SÉANCE DU 31 MARS 1927
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : MM. le commandant Bareige, le docteur Bordier, de Bourran, le commandant Carteron, Desjobert de Prahas, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Mazet, Pajot, Sarrassat, Valadeau.
Excusés : MM. de Berranger, Paul et André Mozer.
Le Conseil municipal de Guéret a donné le nom de « rue du docteur Manouvrier », à la partie de la route de Moulins qui va du faubourg de l'Etang à l'avenue Gambetta et dans laquelle se trouve la maison natale de notre compatriote.
La Société exprime à M. le sénateur-maire Grand et au Conseil municipal sa gratitude pour le bienveillant accueil fait à son vœu.
M. le Président fait savoir que M. le Préfet de la Creuse a constitué, par arrêté du 5 février dernier, la commission prévue par l'article 10 du décret du 25 avril 1924, chargée de dresser dans le département l'inventaire des sépultures dont la conservation présente un intérêt d'art ou d'histoire locale. Il invite les membres de la Société à signaler les sépultures de ce genre qu'ils peuvent connaître.
NÉCROLOGIE. — M. le Président adresse l'hommage ému de la Société à la mémoire de M. Paul Arrivière, président de section au Conseil d'Etat, décédé à Paris le 11 mars dernier. Il rappelle sa brillante carrière, son attachement à la Creuse et à notre Société dont il faisait partie depuis 1902. Il exprime notre sympathie à Madame Arrivière et à ses enfants. Une notice sera consacrée à M. Arrivière.
MONUMENTS HISTORIQUES. — Ont été inscrits à l'inventaire supplémentaire : la croix sculptée, du XIVe siècle, de Châtenet, commune d'Azat-Châtenet, et les parties anciennes de l'église de Saint-Sylvain-Montaigut (chœur, travée le précédent, chapelle et porte Nord).
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : M. le docteur Bardinon, à Felletin ; M. le comte Léonce de La Celle, au château de la Crête, commune d'Audis (Allier).
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas a envoyé l'analyse de deux documents concernant l'histoire de l'église de Bonnat, qu'il a trouvés aux Archives nationales :
1° X1a 78 (arrêts du Parlement de Paris, nov. 1448 - sept. 1449) f. 35 v°-36 v° : Jo. Mondi magr in artibus et bac. in legibus scol. studens in Ute Pict.... curatum se dicens eccl. parr. S. Silvani de Bonaco, ne peut prendre possession parce que l'église et la cure sont occupées par des gens d'armes du prévôt de Chambon-Sainte-Valérie et du prieur de Malval, Louis et Charles de Villelune (sic). Petrus Barton loc. tenens Sri Lemovic. n'a pas réussi à faire exécuter un mandement du Parlement ordonnant l'évacuation ; un nouveau mandement est fait au sénéchal du Poitou (31 mars 1448-49 avant Pâques).
2° X1a 80 (arrêts du Parlement f. 185 v°-186 v°) : arrêt pour l'église de Bonaco, laquelle est à la présentation du prévôt de Chambon, contre Me Ludov. de Villelume, prieur de Malval, confirmant le jugement du conservateur de l'Université de Poitiers qui donne gain de cause à Me Jean Mondi (15 septembre 1451).
— M. René Martin signale les pages que M. Charles Derennes, le romancier bien connu, a consacrées au temps qu'il passa à Guéret, dans le récit de ses premières années intitulé l'Enfant dans l'herbe (paru à Paris à la librairie Ferenczi). Gustave Derennes, le père de l'écrivain, était inspecteur d'Académie de la Creuse ; il mourut subitement à Guéret le 5 août 1889. Le livre de M. Charles Derennes évoque avec charme le jardin où il jouait, sa passion pour les animaux, toutes les bestioles terrestres et aquatiques, ses promenades dans une propriété voisine de Guéret, la grâce d'une jeune fille pour qui il avait une affection passionnée.
La famille Derennes quitta Guéret après la mort de son chef. Gustave Derennes avait publié, en 1888, à la librairie Amiault, en collaboration avec M. Delorme, directeur de l'Ecole normale, une Géographie de la Creuse, qu'on consulte encore avec intérêt. M. le docteur Janicaud ajoute qu'il a écrit un livre pour les enfants, Odette de Sermur, roman historique dont les scènes se passent dans la Creuse.
— M. Desjobert de Prahas communique un extrait des registres de l'Hôtel de Ville de Guéret contenant le tarif, arrêté le 7 octobre 1694, des droits d'entrée à percevoir sur les marchandises et animaux. Ce document inédit vient s'ajouter aux autres tarifs signalés et étudiés par le docteur Villard, dans ses Notes sur Guéret au XVIIIe siècle (Mémoires, t. X, p. 234).
— M. Valadeau communique le compte-rendu, publié par le Journal du département de la Creuse, n° du 26 août 1815, de la fête organisée à Guéret, la veille, en l'honneur du roi Louis XVIII, fête qui comprit un service solennel avec panégyrique de saint Louis, prononcé par l'abbé Gadon, des évolutions du régiment des chasseurs de la Vieille Garde de passage dans la ville, des illuminations et un bal à la Préfecture.
— M. Louis Lacrocq analyse des documents donnés par Madame Gallerand, relatifs à une association, dont les résultats ne furent pas heureux, qu'avaient formée, en 1826, deux Creusois, Hyacinthe Pergaud et Jean Bernardet, pour aller faire du commerce et de l'agriculture en Amérique. Après avoir séjourné au Mexique et aux îles Sandwich, ils revinrent, en 1828, complètement dépourvus de ressources.
— M. le docteur Janicaud signale la découverte faite récemment par lui, dans l'église de Saint-Quentin (Creuse), d'un autel gallo-romain transformé en bénitier. Cet autel porte deux inscriptions dédicatoires, l'une à Mercure, l'autre probablement aux Gémeaux.
Hommage à M. Antoine THOMAS
Le 29 mars 1927, a eu lieu à Paris, au Cercle de la Librairie, 117, boulevard St-Germain, dans la salle du « Rapprochement universitaire », une fête en l'honneur de notre président d'honneur, M. Antoine Thomas. Ses élèves et amis lui remettaient le volume de Mélanges de philologie et d'histoire, publié en son honneur à la librairie Champion. M. F. Brunot, doyen de la Faculté des Lettres présidait la réunion qu'avait organisée, avec une bonne grâce parfaite, M. Cl. Brunel, professeur à l'Ecole des Chartes. L'assistance, où se trouvaient de hautes notabilités du monde savant, était nombreuse.
Après que M. Brunel eut lu des télégrammes d'excuses, dont beaucoup venus de l'étranger, des allocutions ont été prononcées par MM. D.-S. Blondheim, professeur à l'Université John Hopkins, à Baltimore (Etats-Unis), au nom des élèves étrangers de M. Thomas ; Mario Roques, professeur à la Sorbonne, au nom de ses élèves français ; Jeanroy, professeur à la Sorbonne, au nom des amis ; Fournier, professeur à l'Ecole des Chartes, camarade de promotion de l'Ecole des Chartes, au nom de cette école ; Louis Lacrocq au nom des compatriotes creusois. Ils ont rappelé l'admirable carrière de M. Thomas, les immenses services qu'il a rendus à la science, la haute valeur de ses travaux, l'influence de son enseignement, sa probité scientifique. Ils ont dit au maître et à l'ami gratitude et affection. M. le doyen Brunot s'est fait ensuite l'interprète de l'estime de ses collègues. M. Antoine Thomas a remercié avec une profonde émotion. Un commun sentiment de respect et de sympathie animait la salle.
En reproduisant ci-dessous l'allocution de M. Louis Lacrocq, notre Société exprime à son cher président d'honneur la part qu'elle prend à l'hommage qui lui a été rendu et les vœux qu'elle forme pour lui.
ALLOCUTION DE M. LOUIS LACROCQ
Cher Maître et Ami,
Les organisateurs de cette fête si touchante ont voulu que la petite patrie vint vous dire son témoignage de respect et d'admiration. Je leur exprime la gratitude de vos compatriotes et les remercie de l'honneur qu'ils m'ont fait en me donnant la parole au milieu de cette éminente assemblée.
La Creuse a dans votre cœur une place de choix ; vous lui êtes fidèle. Chaque été vous ramène au village natal, aux paysages familiers de la montagne parée de bruyères. Vous êtes heureux d'y sentir autour de vous de solides amitiés. Votre bonté, si simple et si cordiale, met à l'aise les plus humbles et l'on sait avec quelle discrète délicatesse vous aimez à rendre service.
Dans vos travaux aussi, la Creuse a une grande place.
Vous n'êtes pas seulement un maître de la philologie, devant l'autorité de qui l'on s'incline, dont la réputation est universelle. Historien aussi, vous avez fait à votre province l'inestimable faveur d'aimer son histoire et de l'étudier.
C'est vers elle qu'allaient, quand vous étiez un jeune Chartiste, ces premières études où s'affirmait votre haute valeur, où s'annonçait votre brillant avenir.
Plus tard, quand l'enseignement et les longs travaux vous ont pris tout le temps que la vie la plus laborieuse paraît pouvoir donner à la science, vous avez cependant continué, infatigable, vos recherches sur la Marche, franchissant même sa factice frontière pour passer en Limousin.
Articles, notes, documents, vous nous les avez donnés, modèles de clarté, de précision, d'impeccable exactitude, comme tout ce que vous écrivez, et vos cartons recèlent sur notre histoire au moyen âge des richesses inédites si copieuses que vous auriez peut-être quelque peine à vous les rappeler.
Vous avez témoigné à nos sociétés locales une bienveillance et une sympathie dont elles ne pourront jamais assez vous remercier. Vous avez accueilli les travailleurs, même les plus inexpérimentés, même les plus indiscrets, avec une obligeance inlassable.
La Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, dont vous êtes le Président d'Honneur, la Société archéologique et historique du Limousin, qui vous compte parmi ses membres honoraires, m'ont chargé de vous exprimer leur gratitude, leurs respectueux compliments et leurs vœux, en cette heure joyeuse où vos collègues et vos élèves couronnent la carrière si noble, si désintéressée, si bien remplie qu'a été la vôtre.
Exact interprète des Creusois, je vous dis, avec joie, cher Maître et Ami, que la Creuse est fière de vous et je vous prie d'accepter l'expression émue de ma profonde et reconnaissante affection.
SÉANCE DU 2 JUIN 1927
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Dutheil, Ferrier, René de Forges, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Laborde, Lafaye, Moreau, Paul Mozer, Polier, Rimour, Sarrassat.
Excusés : MM. Frétet, Mazet, André Mozer.
M. le Président fait savoir que le Bureau a répondu à la démarche de notre collègue M. le docteur Gaumet, conseiller général de Boussac, que notre Société s'associait avec plaisir et donnait son patronage à la fête qu'organise pour le 14 août prochain, à Toulx-Sainte-Croix, le comité présidé par M. Gaumet, afin de commémorer George Sand et son roman creusois de « Jeanne ».
Il rend compte de la brillante exposition George Sand, organisée par M. Joseph Pierre, directeur de la Revue du Berry, notre membre correspondant, qui a eu lieu à Châteauroux, du 28 mai au 6 juin dernier ; il signale quelques souvenirs qu'elle contenait touchant à la Creuse : le manuscrit de Jeanne, une lettre d'Alfred Assolant à George Sand, « un tapis en tapisserie de Felletin, du salon de Nohant, au temps de Madame Dupin de Francueil », grand-mère de George Sand, dont celle-ci a parlé dans l'Histoire de ma vie (t. II, chap. IV) des autographes et des portraits de Jules Sandeau, une invitation pour le théâtre de Nohant, datée du 30 octobre 1861, adressée au docteur Darchy, de Chambon-sur-Voueize.
— Des félicitations sont adressées à M. René Fage, membre honoraire, nommé chevalier de la Légion d'honneur.
NÉCROLOGIE. — M. Deslandis, membre titulaire, est récemment décédé à Guéret, où après une honorable carrière dans l'administration des contributions indirectes, il avait pris sa retraite. De respectueuses condoléances sont exprimées à Madame Deslandis.
M. Emile Chénon, membre honoraire, est décédé à Paris à l'âge de 69 ans. Après sa sortie de l'Ecole Polytechnique, il fit son droit et révéla ses remarquables aptitudes pour la science juridique. Brillamment reçu au concours de l'agrégation, il enseigna d'abord à la Faculté de Rennes, puis fut nommé à celle de Paris, professeur d'histoire du droit français. Son enseignement a été résumé dans un Précis qu'il a malheureusement laissé inachevé : le premier volume seul a paru peu avant sa mort.
M. Chénon aimait passionnément la région de Châteaumeillant (Cher), d'où sa famille était originaire ; il y possédait à Acres une charmante résidence. C'est là qu'il passait toutes ses vacances. Il avait un goût très vif de l'histoire et de l'archéologie locales. Avec ses travaux juridiques, la direction ou la participation qu'il donnait à de nombreuses œuvres catholiques, ses études de la région du Bas-Berry qui lui était chère, études précises, d'une sûre information, ont rempli sa laborieuse existence. Dans son Histoire de Sainte-Sévère, dans ses Notes historiques et archéologiques sur le Bas-Berry, qu'il publiait aux Mémoires des Antiquaires du Centre, il a souvent touché à l'histoire de la partie de la Marche contiguë à son domaine favori. Il s'est aussi occupé, incidemment, des voies romaines de la Creuse. Sa place était marquée dans notre Comité d'honneur et il avait bienveillamment accepté d'en faire partie en 1915. Il a donné à nos Mémoires deux notes, l'une sur Peschant de La Pouzerie (t. XXI, p. XVI), l'autre sur Les Origines de Boussac (t. XXI, p. 433). L'an dernier, il nous aida, avec la plus parfaite bonne grâce, à préparer notre excursion de La Châtre. Nous saluons respectueusement la mémoire de ce savant éminent, qui était l'obligeance et la courtoisie mêmes.
La Société d'émulation du Bourbonnais a perdu son président, M. le chanoine Joseph Clément, archéologue distingué, auteur d'excellents travaux où l'on peut relever des comptes-rendus d'excursions de cette Société dans la Creuse, à Crozant et à Boussac. Nous nous associons au deuil de nos confrères.
CLASSEMENTS. — Par arrêté du 18 mai dernier ont été classés, comme monuments historiques, les objets mobiliers suivants :
Boussac. — Les cheminées de la salle des gardes, des boiseries à insignes maçonniques et trois tapisseries verdures du XVIIIe siècle, le tout au château.
Chavanat. — Sainte Anne et sa famille, sculpture du XVIe siècle, à l'église.
Linard. — Cloche de 1553.
Chéniers. — Cloche du XVe siècle.
Bonnat. — Rétable du XVIIIe siècle.
Guéret. — Pendule Louis XV au Palais de Justice.
Aubusson. — Pendule Louis XV et deux fauteuils au Palais de Justice.
Azat-Châtenet. — Sculpture de la fin du XIVe siècle représentant le martyre de saint Julien, à l'église.
La Saunière. — Vierge de pitié, sculpture du XVe siècle, à l'église.
L'église d'Ars a été inscrite à l'inventaire supplémentaire.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Madame Barlet, institutrice à Saint-Maixant ; MM. Bardinon fils, étudiant à Felletin ; Blanc, trésorier-payeur général à Guéret ; Bouté, directeur des mines d'or du Châtelet, à Budelière ; Frétet fils, ingénieur agronome à Bussière-Dunoise ; le docteur Giaccardo, médecin adjoint au Sanatorium de Sainte-Feyre ; Jabouille, notaire à Aubusson ; Lhermite, professeur à l'Ecole Notre-Dame, à Guéret ; Montégudet, au château de Saint-Maixant ; le docteur Papon, à Felletin ; Poirot, professeur à l'Ecole d'agriculture Defumade, à Ahun.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. de Berranger présente une bulle pontificale de 1625, donnée par M. le docteur Philippon, relative à la prestation de serment de J.-J. Besse, religieux de l'abbaye de Notre-Dame de Gaye (Marne).
Il analyse l'ouvrage que notre confrère, M. l'abbé Peynot, vient de publier sur Marcillat et ses environs (Montluçon, 1927, in-8°). Le cadre choisi, avec cette localité de l'Allier comme centre, englobe la commune de Chambonchard dans la Creuse et constitue une contribution importante à l'histoire de la Combraille. On y trouve des renseignements sur des dépendances de la prévôté d'Evaux situées maintenant dans l'Allier (prieurés-cures de La Petite-Marche, Saint-Marcel-en-Marcillat et Terjat), des généalogies de familles marchoises (de Chaussecourte, de Châteaubodeau, de Ligondès, de Gouzolles). Quelques documents intégralement publiés dans les pièces justificatives (hommage par Alice de Chaussecourte, dame de Dontreix, en 1364, hommage par Jean de Chaussecourte en 1399, lettres de rémission accordées à Louis d'Aubusson en 1483) et la charte de franchise de Marcillat, à rapprocher de nos chartes communales, sont à noter.
— M. de Berranger signale un document qu'il a récemment trouvé aux Archives départementales de la Creuse, dans le fonds du chapitre collégial de Moutier-Rozeille (série G, non coté).
Il s'agit d'une quittance de 35 livres délivrée, le 24 novembre 1365, par le trésorier du comte de la Marche, aux religieux de Moutier-Rozeille, qui se trouvaient posséder des biens d'un ancien « bayle » [bailli] de Felletin, Jean Fineur, mort endetté vis-à-vis du comte. La pièce indique que Fineur avait « pris et receu la bailie de Felletin en certaines années passées et avoit pris et levé certaine quantité d'or pour la finance du boure [c. a. d. du bâtard] de Buch qui fu prisonies en la terre de Monseigneur en Dompnhon [Le Dognon, commune du Châtenet-en-Dognon, Haute-Vienne] ».
Le boure de Buch n'est autre que Jean, fils naturel de Jean III de Grailly, le fameux captal de Buch, un des vainqueurs de Poitiers (Cf. P. Anselme, Hist. généalogique de la Maison de France, III, 370). Il n'eut pas la même renommée que son père ; cependant Froissart en parle à plusieurs reprises (Ed. Kervyn de Lettenhove, XV, 134, 148-156 et passim) ; mais de sa capture et de son internement au Dognon le chroniqueur ne dit rien.
M. de Berranger suppose que l'évènement eut lieu en 1356-58, époque où les partisans anglais, avec Arnaud d'Albret, pillèrent la Marche, en s'emparant de Felletin, Auzances, Sermur et La Chapelle-Taillefer. Fineur, « bayle » d'une ville occupée par l'ennemi, avait dû être chargé de recouvrer la rançon.
— Lecture est donnée d'un article de M. Pierre Larbaneix sur Les prévôts châtelains de Drouilles, qui sera publié.
— M. Henri Hugon communique des extraits d'un ouvrage de Coulon, édité à Paris, chez François Clousier, en 1644, et intitulé : Les rivières de France ou description géographique et historique du cours et du débordement des fleuves.... On lit au tome I :
« La Creuse naît dans la Marche du Limousin à une lieue au-dessus de Felletin où se font les tapisseries, de là elle gagne Aubusson, Ahun, Celedunaises [La Celle-Dunoise] ; partout elle a des ponts, et après elle franchit Froiselines pour absorber la petite Creuse chargée du Veyron qu'elle prend à Boussac et se prévaloir de ses dépouilles. Elle marche ensuite avec plus de majesté, et se présente aux murailles d'Argenton......... »
« Le plus considérable [de ses affluents] est la Gartempe qui sort dans la Marche du Limousin des étangs de la Commanderie de Maisonner [Maisonnisses] et ayant reçu le Vincou, etc....... »
« ..... Toutes ces sources allant joindre à la Creuse ne peuvent elles lui donner avec raison le nom de Grande ? et celle-ci même n'a-t-elle pas assez de droit de contester de la préférence avec la Vienne et disputer qui des deux prévaudra ?...... »
« Le Taurion vient d'une montagne à côté de Felletin et passe sous les ponts de Taurion, de Bourganeuf, de Murat, de St-Martin et de St-Prié...... »
« Le Cher prend naissance dans les montagnes du Limousin près de Sauvert. A peine est-il hors de sa fontaine qu'il reçoit la Tarde sur la Marche du Bourbonnais qui vient de Ste-Valérie de Combraille [Chambon]. »
L'ouvrage de Coulon ne contient aucune description des villes et des habitants.
— M. Henri Hugon communique la copie d'un acte de remplacement militaire du 2 janvier 1839 (Cf. sur cette question, Mémoires, t. XXI, p. 147, t. XXII, p. LXII). Cette copie comprend : 1° l'acte proprement dit, passé devant le préfet, par lequel un jeune soldat de la classe 1837, de la commune de Cressat, reconnaît pour son remplaçant J.-B. Millac, âgé de 31 ans, originaire de Sarlat (Dordogne), ex-voltigeur au 41e de ligne, lequel s'oblige à servir à sa place ; 2° l'attestation du préfet, que le conseil de révision a accepté le remplaçant dont il relate le signalement complet.
— M. Maurice Dayras a comparé à l'état actuel des lieux, la vue d'Aubusson qu'on trouve dans le manuscrit de Gault de Saint-Germain dont il a été parlé à une précédente séance. Cet examen montre qu'à quelques détails près, que précise M. Dayras avec photographie de l'état présent du paysage à l'appui, cette vue est assez exacte. Elle paraît avoir été prise face au Nord sur l'emplacement de la cour arrière de l'usine actuelle de MM. Sallandrouze, au Nord des bâtiments.
— M. le docteur Janicaud communique : 1° une feuille de route délivrée à Mannheim, le 26 avril 1814, à un soldat creusois François-Timothée Pascanet, prisonnier de guerre ; 2° le palmarès du collège de Guéret pour l'année 1838-39.
— M. Louis Lacrocq présente des photographies archéologiques qu'a faites, pendant un séjour dans la Creuse, M. Gandilhon, archiviste du Cher, notamment à Evaux et à Chambon-sur-Voueize.
Il signale deux bornes d'anciens chemins semblables à celles qu'on trouve à Chambon-Sainte-Croix et à La Celle-Dunoise, décrites à nos Mémoires (cf. la communication de M. Albert Lacrocq, ci-dessus, p. LXII) ; elles ont même forme et mêmes moulures.
L'une se voit aux abords de Crozant ; la reproduction en est donnée ci-contre. Elle est placée non loin d'une habitation, dans un terrain dominant la route qui descend au Pont-Charreau sur la Sédelle, en venant de Dun-le-Palleteau. C'est une borne du vieux chemin de cette ville à Eguzon (Indre), marqué à la carte de Cassini. La distance qu'elle indique n'est pas celle qui la sépare de Crozant, mais celle où l'on rencontrait le chemin allant à Crozant, s'embranchant sur celui d'Eguzon, un peu avant le Pont-Charreau. Le vieux chemin, en bordure duquel était cette borne, est encore visible en divers points.
(Inscription reproduite sur le dessin de M. Eugène Alluaud : « CROZAN 220 TOIZ »)
La borne qui vient d'être décrite avait été signalée à M. Louis Lacrocq par nos collègues MM. André Doreau et Edmond Pezant. Il l'a examinée en compagnie de M. le docteur Janicaud et de M. Eugène Alluaud qui a bien voulu la dessiner.
L'autre borne est à côté de la route nationale, à mi-chemin de Guéret et Glénic, tout près du ponceau sur lequel cette route traverse le ruisseau venant de Guéret et se dirigeant vers Croze, rive gauche du ruisseau, en bordure d'un chemin rural. Elle est assez profondément enfoncée dans le sol ; on y lit le nom de GLENI.
M. Louis Lacrocq ajoute qu'il a vu, dans son enfance, au Pont de Glénic, près du rocher qui se trouve à l'entrée de l'agglomération, à droite en venant de Guéret, une borne ancienne. Cette borne, d'après ses souvenirs, devait être de la même série que celles dont il vient d'être parlé.
SÉANCE DU 28 JUILLET 1927
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. Antoine Thomas, président d'honneur, le commandant Bareige, René Berthomier, de Berranger, Blanc, le docteur Bordier, de Bourran, le commandant Carteron, Dartige, Ferrier, Gontier, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Lecante, Mazet, Pajot, Sarrassat, Sauty, Valadeau.
Excusés : MM. Frétet, Paul et André Mozer, Gabriel Jamot.
De respectueuses félicitations sont adressées à M. Emile Mâle, directeur de l'Ecole de Rome, membre honoraire de la Société, qui vient d'être élu à l'Académie française.
NÉCROLOGIE. — M. le Président exprime la part que prend la Société au deuil causé par la mort récente de M. le baron de Corbier et de M. Joseph Pâquet, membres titulaires ; il rappelle leur attachement à la Société et leur collaboration à ses travaux. Des notices nécrologiques leur seront consacrées.
Il adresse notre hommage à la mémoire du grand peintre paysagiste Armand Guillaumin, récemment décédé, qui, pendant de longues années, a travaillé à Crozant où il a trouvé ses motifs d'inspiration préférés.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Gontier, directeur de la Banque de France, à Guéret ; André Marcheix, rédacteur des Postes et Télégraphes, à Guéret ; l'abbé Martinenghi, vicaire à Guéret ; l'abbé Ragon, curé d'Azerables.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Edouard Brody de Lamotte communique un document lui appartenant, qui relate les fondations faites, au XVIIe siècle, aux églises du Tromp (auj. commune de Saint-Priest-d'Evaux), de Lussat et de Mazérat (auj. commune de Tardes), par Guillaume Aupetit, sieur du Bouchet, conseiller élu en l'élection de Combraille, et Gilberte de Saint-Yrieix, sa femme.
La communication de M. Brody de Lamotte est accompagnée de renseignements sur la famille Aupetit et son fief du Bouchet, paroisse de Lussat, où se trouvait un château. Une partie de ce château subsistait en 1719 ; il n'en reste plus aucune trace. Le fief du Bouchet relevait de la seigneurie de Lussat. Gilberte de Saint-Yrieix en était propriétaire comme héritière de Gilbert de Saint-Yrieix, son père. Après la mort de Guillaume Aupetit en 1657, le fief passa à son fils Roch Aupetit, époux d'Anne Dupuy-Latat. Ce dernier mourut au Bouchet en 1679 et eut pour successeur son frère Sébastien, sieur de Lavault et du Mazeau, époux de Gilberte Giraudon, élu en l'élection de Combraille. Les enfants de Sébastien Aupetit, Roch et Suzanne, vendirent Le Bouchet, le 27 février 1702, à François de Brethon, seigneur de La Combe et du Mas, époux de Rose du Peyroux.
— M. Jérôme Borel a envoyé, en faisant don à la Bibliothèque de la Société, une lettre autographe du docteur J. Duffour (1761-1820), originaire de Bourganeuf, médecin à l'hôpital des Quinze-vingts à Paris, dont nos Mémoires ont publié la biographie rédigée par M. Louis de Nussac (t. XXII, p. 433). Cette lettre, datée du 27 brumaire an IV, adressée au maréchal de camp Montvert, à Sens, est d'un tour d'esprit sentencieux assez particulier.
— M. le chanoine Parinet communique une photographie de la croix dite de Saint Barbaire, à Moutier-Roseille.
— Lecture est donnée d'une note de M. Louis de Nussac signalant diverses localités de la Corrèze qui portent le nom de Chambon et, comme d'autres localités du même nom, objet de diverses communications à des séances précédentes (Cf. ci-dessus, p. LXXXV), sont situées près d'une boucle de cours d'eau. Toutes ces vérifications confirment l'étymologie du toponyme Chambon ; il vient du mot celtique cambo, signifiant courbe d'une rivière ou d'un ruisseau. Les localités corréziennes signalées par M. de Nussac sont : 1° Le Chambon, commune d'Auriac, canton de Saint-Privat, dans une position tangente à une boucle de la Dordogne ; 2° Le Chambon, commune du Monceaux, canton d'Argentat, en aval de cette ville, sur la Dordogne dont une large boucle entoure le village ; 3° Chambon, commune de Brignac, canton d'Ayen, près du confluent de deux ruisseaux.
— M. Valadeau lit une étude sur l'église ancienne et les chapelles de Dun-le-Palleteau.
Il donne également lecture du compte-rendu, publié par le Journal du département de la Creuse, de la cérémonie expiatoire qui eut lieu à Guéret, le 21 janvier 1816, pour commémorer la mort de Louis XVI. Un service funèbre, avec catafalque richement décoré, fut célébré à l'église paroissiale, en présence des autorités, des soldats et de la garde nationale. Les personnes qui voulaient y assister étaient tenues d'avoir des vêtements de deuil, à l'exception des ouvriers et des paysans.
— M. de Berranger analyse divers documents offerts à la Société par M. le chanoine Parinet. Le principal est une quittance en date du 16 janvier 1609, constatant le versement de 56.000 livres par Jean du Chemin, évêque de Condom, au mandataire de Charles de Pierrebuffière, pour prix de la terre et du château de Pontarion. Mais sur cette somme 8.000 livres sont prélevées pour être remises à Jean de Sallas, gouverneur de Navarrenx en Béarn, créancier de Charles de Pierrebuffière.
— M. Louis Lacrocq communique, de la part de M. le docteur Octave Claude, de Paris, qui en fait don au Musée, une gravure coloriée représentant l'uniforme du régiment d'infanterie La Marche-Prince, au milieu du XVIIIe siècle, alors qu'il avait pour colonel André de La Clavière, marquis de Chamborant. (Cf. l'article de M. Georges Berthomier sur ce régiment, Mémoires, t. XIX, p. 26).
Il analyse la partie concernant la Creuse des Voyages dans les départements de la France par une société d'artistes et de gens de lettres, dont l'auteur est Joseph Lavallée (1747-1816) avec la collaboration de Brion père et fils pour les cartes et les gravures, ouvrage paru de 1792 à 1794. Cette notice contient des remarques intéressantes.
M. Lacrocq a comparé une des gravures de la notice représentant Aubusson, à la vue de cette ville dessinée par le peintre Gault de Saint-Germain, vers 1810, dont il a été parlé à la séance précédente. Cette comparaison montre que Gault de Saint-Germain, loin d'avoir, pour cette vue d'Aubusson, travaillé sur place, comme il l'a affirmé, n'a fait que copier servilement la gravure de Brion.
— Lecture est donnée d'une note de M. Henri Hugon sur le recrutement dans la Creuse des gardes d'honneur créés par Napoléon Ier dans le but principal de remédier, en une certaine mesure, aux difficultés que rencontrait la conscription militaire. M. Hugon étudie également l'institution, purement honorifique celle-là, que la Restauration établit sous le même nom.
SÉANCE DU 20 OCTOBRE 1927
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, Marcel Brunet, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Ferrier, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Lafay, de Lajaumont, Mazet, Polier, Rimour, Sarrassat.
Des félicitations sont exprimées à MM. André Poujaud, Bourzat, Rebière, nommés chevaliers de la Légion d'honneur, Lafay, nommé officier du Mérite agricole, Valadeau, nommé officier d'Académie, Albert Lacrocq, décoré de la médaille des évadés.
M. le président rend compte des fêtes, parfaitement réussies, organisées par le Comité que présidait M. le docteur Gaumet et qui ont eu lieu à Boussac, Toulx-Sainte-Croix et aux Pierres-Jomâtres, les 13 et 14 août dernier, en mémoire de George Sand, sous la présidence d'honneur de Madame Aurore Lauth-Sand, petite-fille de l'écrivain.
L'échange de nos publications avec celles de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Bayonne est approuvé.
Communication est donnée du programme du Congrès des Sociétés savantes qui se tiendra à Paris en avril 1928.
NÉCROLOGIE. — M. le président adresse l'hommage de la Société à la mémoire du docteur Florand, médecin honoraire des hôpitaux de Paris, dont il rappelle la brillante carrière et l'attachement à la Creuse. Une notice lui sera consacrée.
CLASSEMENT. — Par arrêté ministériel du 16 août dernier, le portail et des débris de voûte de l'église du Tromp, commune de Saint-Priest-d'Evaux, ont été classés comme monuments historiques.
ADMISSIONS. — Madame la baronne de Corbier et Madame Léon Manouvrier ont bien voulu prendre les places qu'occupaient, parmi nos membres titulaires, leurs regrettés maris.
Ont été admis, en outre, comme membres titulaires : Mlle Herraud, à Brétigny-sur-Orge (Seine-et-Oise) ; Mlles Madeleine et Suzanne Boos, à Guéret ; MM. Alluguette, représentant de commerce à Gouzon ; de Brediers, professeur à l'Ecole d'agriculture Defumade, à Ahun ; Deguine, directeur d'école à Châtelus-Malvaleix ; l'abbé Lamonerie, curé de Jarnages ; le docteur Lascourbas, à Auzances ; Prot, directeur de l'Ecole d'agriculture Defumade, à Ahun ; Rougeron, ingénieur du service vicinal, à Châtelus-Malvaleix ; Treignier, juge au tribunal de la Seine, maire de Crozant.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'une note de M. l'abbé Aguillaume, curé de Toulx-Sainte-Croix, relatant la récente découverte, dans le cimetière de cette localité, d'un sarcophage en pierre calcaire avec couvercle, contenant un squelette bien conservé.
Ce sarcophage a les dimensions suivantes : longueur 2 m, largeur à la tête 0 m, 60, aux pieds 0 m, 40 ; hauteur 0 m, 44 à la tête, 0 m, 38 aux pieds ; épaisseur des parois 0 m, 06. Il ne présente pas d'encastrement pour la tête. Le couvercle, un peu plus large que le sarcophage, a, en son milieu, dans le sens de la longueur, une bande faisant saillie de 0 m,01, mesurant 0 m,12 de largeur du côté de la tête, 0 m,10 du côté des pieds. Il est légèrement penté de chaque côté de cette bande.
Le squelette, de 1 m, 75 environ de longueur, avait les bras croisés sur la poitrine.
Ce sarcophage, qui appartient à la période du Moyen-âge, est semblable à ceux qui ont été trouvés en 1921 dans le même cimetière (Cf. Mémoires, t. XXI, p. CXVI et CXXIII) ; il a été placé à côté d'eux, à l'étage inférieur du clocher de Toulx. La pierre calcaire, dans laquelle sont taillées ces sépultures, leur assigne une provenance extérieure à notre région granitique, Berry ou Bourbonnais, où des ateliers devaient les fabriquer en série (Cpr. la découverte d'un sarcophage en pierre calcaire à Crozant, Mémoires, t. XXI, p. CVIII).
— M. Mazerolle a communiqué divers documents anciens, comprenant des actes notariés du XVIIIe siècle, concernant la région d'Azerables, et un « traité d'assurance » pour le remplacement militaire, qui vient s'ajouter aux documents sur cette institution que nos Mémoires ont publiés ou signalés (t. XXI, p. 147, t. XXII, p. LXII).
Ce traité est une formule imprimée de quatre pages in-4°, dont il n'y avait qu'à remplir les blancs. Il est passé à la date du 18 mars 1839, entre Michel Boulaud, propriétaire à Guéret, et Pierre Lévy et Cie, demeurant à Nancy, représentés par M. Bernheim, de Guéret, d'une part, et un cultivateur d'Azerables. Les « marchands d'hommes » assurent à celui-ci, moyennant un versement forfaitaire de 1.000 francs, un remplaçant pour son fils, si le tirage au sort l'appelle au service. On comparera cette assurance individuelle à l'assurance collective conclue entre pères de famille, dont nous avons publié un spécimen (t. XXI, p. 147) avec explications de notre confrère M. Henri Berger.
— Lecture est donnée d'une note de M. Henri Hugon. décrivant les peintures murales de Jean Murat, de Felletin (1807-1863), qui décorent la chapelle de Sainte-Madeleine, dans l'église de Saint-Séverin, à Paris.
— M. Louis Lacrocq présente et analyse la livraison, concernant la Creuse, du Guide pittoresque du voyageur en France, publié par Firmin Didot vers 1835.
Ses 16 pages in-8° contiennent un « Aperçu statistique » du département, puis une énumération, par arrondissement, des localités, monuments et sites remarquables. C'est un travail de compilation assez soigneusement fait. Il est illustré de gravures sur acier reproduisant des « vues dessinées, d'après nature, par Rauch » (Guéret, — ancien château d'Aubusson, — manufacture royale de tapis d'Aubusson, — ruines du château d'Aubusson, — Felletin, manufacture de M. Sallandrouze, — Tour Zizim à Bourganeuf). Il est accompagné d'une carte routière, indiquant les relais de poste.
— M. le docteur Janicaud présente trois vases funéraires à eau bénite, en terre grise, du XIe siècle, trouvés par M. Suchaud, serrurier, dans le sol de son immeuble, rue Emile-Zola, à Guéret. Ce lieu de sépulture, qui n'avait pas encore été signalé, devait être le cimetière du prieuré proche de l'église.
Il rend compte de la découverte faite à Masfrand, commune de Champagnat, par M. Lamy, dans un champ lui appartenant, découverte signalée à la Société par M. Tarrier, directeur de l'école de Bellegarde. Les fouilles ont montré les ruines d'une importante villa gallo-romaine, à murs en petit appareil très soigné, ayant hypocauste (calorifère) et salle de bains. M. Lamy a donné au Musée les objets trouvés dans les fouilles.
— Lecture est donnée d'une note de M. Albert Lacrocq rendant compte des fouilles qu'il a pratiquées, en septembre dernier, avec M. Alexandre Château, au tènement des Chantadoux, commune de La Celle-Dunoise, sur l'emplacement où ont été trouvées deux sépultures gallo-romaines. Ces fouilles ont mis à jour une clef gallo-romaine et de nombreux débris de poteries, dont trois ont des estampilles de potiers.
SÉANCE DU 24 NOVEMBRE 1927
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. de Berranger, de Bourran, Dutheil, Ferrier, Gontier, le docteur Janicaud, Lafay, Lafaye, le docteur Larché, Lhermite, Mazet, Paul Mozer, Polier, Sarrassat.
Excusés : MM. le commandant Bareige, Maurice Dayras.
M. le Président associe la Société au deuil causé par la mort de M. Henri Coutheillas, le sculpteur limousin bien connu, dont le talent distingué était justement apprécié dans la Creuse. Il rappelle le don qu'il avait bien voulu faire à notre Musée de la maquette de sa belle statue du Monument aux morts de Guéret.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Pierre Boujasson, à Colombes (Seine) ; Paul Fouriaud, imprimeur à Guéret ; Pierre Gabillon, ingénieur-électricien à Azerables ; Henri Lamy, horloger à Guéret ; Touraille, entrepreneur à Jouy (Eure-et-Loir).
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Louis Lacrocq relate les recherches qu'il a faites, sur les indications de M. Antoine Thomas, notre président d'honneur, au sujet du nom de lieu La Pouge, qu'on trouve dans plusieurs départements et notamment dans la Creuse.
Ce nom, d'origine obscure, paraît désigner des terrains sur une crête que traverse un chemin. La situation topographique s'accorde avec ce sens pour plusieurs La Pouge de la Creuse : lieu dit, commune de Fresselines, où passait le vieux chemin allant à Bonnat, La Pouge, canton de Pontarion, sur le très ancien chemin de Bourganeuf à Aubusson, La Pouge, commune de Bonnat, La Pouge, commune de Naillat, près d'anciens chemins.
— M. Mazet communique, de la part de M. Jules Rouffet, artiste peintre à Saint-Sulpice-les-Champs, le numéro de la revue Carnet de la Sabretache, d'août-novembre 1927, où se trouvent des indications concernant la Creuse, dans les « Mémoires du capitaine Godet », publiés par son arrière-petite-fille, Mme Barrier. Ces « Mémoires » relatent les évènements de la campagne d'Egypte (1798-99), à laquelle prenait part Godet, qui servait à la 21e brigade demi-légère. Il y parle de quatre de ses camarades originaires de la Creuse. D'abord (p. 455) du lieutenant Philippe Raymond, qui était resté à l'hôpital de Modène, en Italie, et du capitaine Etienne-François Dumarest, à qui il reproche d'avoir favorisé le maintien en vacance du poste de son compatriote Raymond ; ensuite (p. 482) du capitaine Léonard Dumas et du lieutenant Joseph Chastron, pour rappeler un voyage en commun avec eux. Des notes de l'éditeur des « Mémoires » relatent brièvement la carrière de ces quatre officiers.
Celle de l'un d'eux, Dumarest, nous est bien connue (Voir la communication de M. Paul Mozer, dans nos Mémoires, t. XX, p. X) ; il la finit comme adjudant général. Il n'en est pas de même pour celle des trois autres.
De Philippe Raymond, né le 8 juin 1770 « dans la Creuse », sans plus de précision, le Carnet de la Sabretache nous apprend seulement qu'il avait été chargé d'organiser en Italie le bataillon complémentaire de sa demi-brigade.
Léonard Dumas était né à Fresselines, le 12 février 1760 ; il avait servi au régiment de Belsunce de 1780 à 1786 et était parti comme sous-lieutenant aux volontaires de la Creuse, en 1791. Il avait été nommé capitaine en 1794. Il fut retraité pour infirmités en 1798.
Joseph Chastron, né à Evaux le 10 août 1756, après avoir servi au début de la Révolution, dans le régiment du Berry, était parti comme caporal aux volontaires de la Creuse. Il fut retraité comme capitaine en 1806.
— M. Edouard Brody de Lamotte a envoyé une note relative à divers possesseurs de la seigneurie de Villemonteix, (commune de Saint-Pardoux-les-Cards). En 1648, Léonard du Peyroux, seigneur de Jardon (commune de Parsac) était, en même temps, seigneur de Villemonteix. Après avoir appartenu à la famille Desrierges, Villemonteix revint, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, à la famille du Peyroux de Jardon, probablement par le mariage de Amable-Antoine du Peyroux, ancien capitaine d'infanterie, avec Thérèse Desrierges. En 1777, Villemonteix appartenait à Antoine-Gaspard du Peyroux, aussi ancien officier. (Voir la Notice sur Villemonteix, au présent tome, p. 322).
— M. le docteur Janicaud présente les photographies qu'il a faites de la chapelle seigneuriale de Montlevade, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois, construite par Jean-François Dissandes de Bogenest, seigneur de Montlevade, et bénite le 12 juin 1781. Cet édifice, de forme élégante et rare, est ellipsoïdal ; il est couvert d'une toiture en bardeaux, en forme de carène.
— M. Louis Lacrocq signale de nouveaux et nombreux exemples d'une coutume dont il a déjà parlé dans une communication faite en 1921. (Cf. Mémoires, t. XXI, p. CIX). A la fin du XVIIe siècle et durant le XVIIIe siècle, il était d'usage courant que, parmi les redevances en nature que devaient fournir aux propriétaires des moulins les meuniers locataires, figurât une certaine quantité de sucre en pain, du poids de 3 à 5 livres généralement. Cette redevance est stipulée notamment dans le bail du moulin de Jupille, commune d'Anzême, de 1696, dans celui du moulin de Beauregard, près du Tromp (auj. commune de Saint-Priest-d'Evaux), dans tous les baux des moulins d'Ajain de 1715 à l'an VI, dans celui du moulin de Roche-Etroite, commune de Pionnat, de l'an V. Aucune explication n'est venue, jusqu'à présent, donner l'origine et la raison de cet usage.
— M. de Berranger lit une note relatant les incidents soulevés à Clugnat et à Jalesches, les 4 et 5 août 1792, par la publication du rôle de la contribution mobilière. Ce furent surtout des femmes qui prirent part à ces manifestations assez violentes.
Il lit une note publiée à la fin du présent procès-verbal, sur des documents anciens donnés par M. Mazet.
NOTE LUE EN SÉANCE – PAPIERS DE LA FAMILLE ROUGIER
Un don de notre confrère M. Mazet vient de faire entrer aux Archives de la Société plusieurs liasses de titres concernant la famille Rougier et sa seigneurie de Beaumont (commune de Saint-Yrieix-les-Bois). Le caractère particulièrement homogène de ce fonds ajoute à son intérêt. Une série de contrats de mariage, testaments, donations, quelques pièces de procédure aussi, de 1596 à 1756, permettraient de compléter utilement le peu de renseignements généalogiques que nous possédons sur cette famille (1). Dans les contrats de mariage qui mériteraient une étude particulière, la dot stipulée est toujours de 6.000 livres, exceptionnellement de 15.000.
Quant aux domaines, ils se groupent en majeure partie à Beaumont, dont la seigneurie paraît avoir appartenu aux Rougier depuis le début du XVIe siècle (1). Les terres possédées antérieurement au 9 avril 1601 constituent le grand domaine ; les autres sont désignées sous le nom de petit domaine.
La terre des Massoux (2), située dans le voisinage, semble former une propriété distincte.
Il reste à signaler un document dont la provenance est peut-être étrangère : un extrait (1752) du terrier de la seigneurie des Maisons (commune de Toulx-Sainte-Croix), établi en 1534. Les co-seigneurs étaient alors Gilbert de Rochedragon, Françoise et Charles Dupeyroux et René Danglard (3). Il est possible qu'une alliance, dont aucun titre ne témoigne, ait fait entrer dans la famille Rougier cette seigneurie ou simplement le terrier.
La châtellenie de Boussac, et par conséquent la seigneurie des Maisons, était comprise dans le ressort de la coutume locale d'Issoudun (4). Ainsi s'expliquent les nombreuses traces de servitude personnelle que renferment les aveux, et il ne semble pas, malgré quelques apparences (5) que la châtellenie de Boussac ait joui d'une coutume propre.
Henri de Berranger.
(1) Nadaud, Nobiliaire..., t. IV, p. 114, et surtout Tardieu, Grand Dictionnaire... de la Haute-Marche, col. 358.
(1) Tardieu, op. cit., col. 41 et 353.
(2) Commune de Saint-Yrieix-les-Bois.
(3) Nadaud (op. cit. t. I, p. 44, et II, p. 36 et 624) signale une famille limousine de ce nom.
(4) Chénon, Le « pays » de Berry et le « détroit » de sa coutume, p. 150-153 et 162. — La Thaumassière, Anciennes et nouvelles coutumes locales de Berry, p. 358.
(5) Terrier des Maisons ; « ... et tout autre droit de servitude personnel, à la coutume des hommes serfs de la châtellenie de Boussac ».
SÉANCE DU 22 DÉCEMBRE 1927
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : MM. Alluguette, le commandant Bareige, Blanc, le commandant Carteron, Maurice Dayras, Gontier, le docteur Janicaud, Gabriel Jamot, de Lajaumont, Paul Mozer, Polier, Sarrassat.
Excusés : MM. de Berranger, de Bourran, Ferrier, Lafay, Mazet, Sauty.
Des félicitations sont adressées à M. Roy, membre titulaire, nommé chevalier de la Légion d'honneur.
M. le président fait connaître qu'un comité est formé pour élever, à Crozant, un monument au peintre Armand Guillaumin. Une souscription de 100 fr. pour ce monument est votée.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : L'Association des anciennes élèves du Lycée de jeunes filles ; Mlles Bidal, directrice ; Calvel, surveillante générale ; Pestourie, économe du Lycée de jeunes filles ; Mme Léon Dayras, aux Fredoux, commune de Montboucher ; MM. le baron de Baillet, au château de Beauregard, commune de Saint-Priest-d'Evaux ; Roland Baron, avocat à la Cour de Paris ; Drouhin, ingénieur des travaux publics à Guéret ; Poudansan, pharmacien à Guéret ; Verny, chirurgien-dentiste à Aubusson.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas fait savoir que dans le recueil d'Ana, intitulé Carpentariana, relatif à M. Fr. Charpentier (1620-1702), membre de l'Académie française et de l'Académie des Inscriptions, publié en 1724, se trouve, page 439 et s., le passage suivant : « M. de La Feuillade, M. de Noailles, M. de Boisfranc, et M. de Varillas, quatre compatriotes du pays de la Marche en Limousin, tous opposez les uns aux autres... ». Suivent des détails sur Varillas, analogues, avec des variantes, à ceux qu'a reproduits le docteur Villard (cf. Mémoires, t. XII, p. 526 et ss.) d'après le Varillasiana publié en 1734 par Boscheron, ce qui n'est pas surprenant, le Carpenteriana étant aussi de Boscheron.
— M. le baron de Chaumont signale la mise en vente récente à la librairie Dorbon aîné, 19, boulevard Hausmann, à Paris (catalogue 132, n° 646) d'un « Journal de médecine » du docteur Baraïlon, député de la Creuse à la Convention. C'est un manuscrit en trois volumes, contenant des détails sur la carrière de Baraïlon et de nombreuses observations médicales. D'après des renseignements fournis à M. Mazet par le libraire, ce manuscrit a été vendu à un médecin anglais.
— M. Louis Lacrocq lit une note sur la seigneurie des Ecures, commune de Glénic, publiée à la fin du présent procès-verbal.
Il analyse divers documents anciens donnés à la Société par M. Schapira, chirurgien-dentiste à Guéret, notamment : 1° un procès-verbal du 3 août 1785 constatant l'adjudication au profit de Jean Planchard, maître maçon originaire de Mortroux, résidant alors à Ainay-le-Château (Allier), des travaux de réparations à exécuter à l'église et au presbytère de Colombier (Cher) ; 2° une lettre du maire d'Aigurande (Indre), en date du 25 septembre 1842, adressée au curé de Mortroux, annonçant la création, à Aigurande, d'un marché aux châtaignes le lundi de chaque semaine.
— M. Maurice Dayras présente une monnaie en argent de Aulus Vitellius (68 ap. J.-C.) trouvée à Montourcy, commune de Vallière.
Il communique l'analyse d'un document, que M. Antoine Thomas a trouvé à la Bibliothèque nationale (29205, dossier 60640, fol. 25), et a bien voulu lui transmettre.
C'est un acte passé à Aubusson, étude de Me Leslin, notaire, au XVIe siècle, par lequel « Loys de la Soubzmaigne escr sgr [de] Foureys et de la Roche et dlle Anthoinette Froment sa femme... ont cogneu... avoir bailhé... en assance et emphithéoze perpetuelle à Jehan de la Gorsse, hab dud lieu, parr. de Beaumont de Felletin... leur boys revenant et talhis appelé de Maneyrat, situé et assis au territoyre de Maneyrat parr. de S. Quentin, aultrement appelé le boys de Las Chastras... tenent d'une part à ung aultre boys appelé du Regnardaulx, d'aultre part au boys des hoires feu Leonnard Hellyas de Felletin, d'aultre part à ung aultre boys du prieur de Felletin, d'aultre part à ung aultre boys de Durand Lemasson de Freissenjars, et d'aultre part à la rivière de Joud... ».
Le bois de « Las Chastras » paraît s'identifier, sans aucun doute, avec le lieu des Chastres, près Aubusson, où subsistent les traces du camp romain qu'ont étudié MM. l'abbé Courteau et Maurice Dayras dans nos Mémoires (t. XXIII, p. 42).
— M. le chanoine Parinet communique l'expédition sur parchemin des lettres royales, données à Paris le 27 mai 1767, autorisant Joseph-Gui de Bordon de Vatanges, « bailly, grand-croix de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, commandeur de Chamberaud et de Morterol, grand prieur d'Auvergne, seigneur spirituel et temporel de la ville, terre et commanderie de Bourganeuf, chef-lieu dudit grand prieuré et membres en dépendant », à refaire un terrier de ses possessions. Ces lettres royales, adressées au sénéchal de la Marche, dans le ressort de qui partie des possessions se trouvaient, précisent, comme il était d'usage pour ces autorisations, le mécanisme de confection du terrier :
A la requête du grand-prieur, le sénéchal fera savoir par publication à l'issue des messes paroissiales, « cris publics et affiches ès lieux accoutumés », à tous les « vassaux, censitaires, tenanciers, emphytéotes et détenteurs » du requérant, sujets à des droits à son profit, qu'ils aient à faire devant les notaires qu'il choisira et que commmettra le sénéchal, l'aveu et reconnaissance des biens qu'ils possèdent, avec spécification des « noms, qualités, contenances, tenans et aboutissans, redevances et charges tant en fiefs que rotures ». Au cas de refus ou opposition, « notre main suffisamment garnie quant aux choses tenue noblement », disent les lettres, on ira devant le sénéchal ou son lieutenant pour faire trancher la difficulté, avec droit d'appel au Parlement de Paris. On arpentera et on plantera des bornes. Enfin les notaires dresseront « registre et papier terrier », contenant les déclarations, qui servira de titre au seigneur.
— Présentation est faite d'une photographie prise à La Celle-Dunoise, en octobre dernier, par M. Octave Baraille, montrant la persistance dans la Creuse du vieux rite populaire du chou, pratiqué autrefois dans beaucoup de régions, consistant à placer, après le mariage, un chou, à côté duquel on met une bouteille de vin, au sommet de la maison de la mariée.
— Présentation est faite, de la part de M. Fargeas, directeur de la Banque de France, à Marseille, membre de la Société, d'une série de figurines en argile coloriées servant en Provence, à orner les crèches que, pour la fête de Noël, on établit dans les maisons. M. Louis Lacrocq donne des explications sur cet usage. Les figurines, appelées « santons », représentent les personnages de la Nativité et des types populaires provençaux. On les vend, chaque année, à Marseille, dans une foire dite « foire aux santons ».
NOTE LUE EN SÉANCE – LA SEIGNEURIE DES ÉCURES
C'est par la longue notice que le Nobiliaire du Limousin (tome IV, Suppl. à la lettre N, p. 458-522) consacre à la famille Nadaud, originaire de Limoges, que nous avons les plus anciens renseignements sur les premiers possesseurs connus du fief des Ecures, paroisse de Glénic.
Ils ne remontent qu'au XVIIe siècle. Pour un motif non précisé, venu des guerres de religion, Blaise, Claude et Charles Nadaud, fils de Jean, vice-sénéchal d'Agenois, Condommois et Gascogne, abandonnèrent Limoges au XVIe siècle et vinrent se fixer dans les paroisses de Glénic et de Saint-Fiel. Le fils de Charles quitta la Marche pour le Berry. La descendance de Blaise et celle de Claude y demeurèrent.
Le 18 novembre 1669, Blaise Nadaud, dont la résidence habituelle paraît avoir été Saint-Fiel, où naquirent la plupart de ses enfants, fait hommage du fief des Ecures, qui était mouvant du comté de la Marche et dépendait de la châtellenie de Guéret. Le 24 avril 1684, l'hommage est rendu par René-Léonard Nadaud. Un registre, contenant l'inventaire des aveux au comté (Archives de la Creuse, C 336, ancien E 1 bis) indique un ensaisinement du 27 avril 1731 au profit de René Nadaud qu'un autre document (E 712) mentionne comme seigneur des Ecures en 1699. En 1732, le fief appartenait à Etienne Nadaud, avocat au Présidial de la Marche qui y résidait. Son logis fut le théâtre d'un événement qu'on connaît assez imparfaitement par une procédure criminelle de la sénéchaussée.
Le 13 décembre 1732, en rentrant de la foire de Châtelus-Malvaleix, il trouva les portes de sa demeure brisées et tout son mobilier enlevé. Il apprit ou, tout au moins, il affirma que ce coup d'audace était le fait d'un huissier de Guéret, Martial Cyallis, et d'hommes à ses gages ; l'instigateur était son voisin et ennemi Jean Fayolle, sieur de Peyzat.
Un procès s'ensuivit qui alla au parlement de Paris. Etienne Nadaud dut le perdre et ne put en payer les frais, car le procureur qui avait occupé pour lui, Pierre Mosnier du Garon, fit saisir ses biens, « situés dans les lieux et villages des Ecures et de Villely, en la « paroisse de Glény », dit la sentence de validation de la saisie rendue par la sénéchaussée de la Marche le 3 juin 1741, et consistant en « maisons, préclôtures du fief des Ecures, deux domaines en « dépendant, le fief de Villely, cens et rentes en dépendant » (Archives de la Creuse, E 712).
La procédure d'adjudication traîna longtemps, car c'est seulement le 17 décembre 1748 que Mosnier du Garon se rendit acquéreur des biens saisis (1).
Mosnier du Garon possédait déjà, pour s'en être rendu adjudicataire sur sentence des requêtes de l'Hôtel du 29 décembre 1747, les seigneuries de Bonaveau, Vaumoins, Glénic et Villelot, qui lui venaient de Jean-Baptiste Polier. Il acquit de Pierre Fayolle, par contrat devant Roux-Roland et son frère, notaires à Versailles, le 12 novembre 1750, le quart du fief de Villely, qui appartenait à Pierre Fayolle, Etienne Nadaud n'en ayant que les trois autres quarts. Il garda cet ensemble de seigneuries jusqu'au 26 juillet 1781, date où, par contrat devant les notaires du Châtelet, il vendit le tout à Pierre Peronneau de la Rue, conseiller au présidial de Guéret.
Après la Révolution, la terre des Ecures passa à Gabriel Peronneau, avocat à Guéret, qui la légua à sa parente, Madame Jaucourt, en 1847. Celle-ci la transmit à sa fille, Madame Louis Jarrit-Delille, dont les filles, Mesdames Souchard et de Léobardy, l'ont vendue à divers acquéreurs. La maison d'habitation a été achetée par notre collègue M. Gény.
C'est une pittoresque construction qui, dans sa modestie, ne manque pas d'élégance. Elle a été mise en son état actuel par une réfection qu'il est aisé de dater de la Restauration ; elle est donc l'œuvre de Gabriel Peronneau.
Du côté Est, il conserve au moins une partie du vieux logis dont les ouvertures moulurées attestent le XVIe siècle. Puis il la prolongea à l'Ouest par un rez-de-chaussée à mansarde orné d'un petit fronton triangulaire. Une girouette à fleurs de lys surmonte le toit de tuiles. A l'intérieur, M. et Mme Gény ont restauré avec goût des papiers peints un peu postérieurs à la construction et qui datent de la Monarchie de Juillet. Une pièce est entièrement garnie de scènes de chasse de couleurs vives ; une autre a des grisailles représentant des scènes fantaisistes de la conquête de l'Algérie.
Une seconde girouette à fleurs de lys surmonte un petit pavillon dans le jardin et, à quelque distance de la maison, un colombier circulaire évoque le temps où Les Ecures étaient encore une seigneurie. Cet ensemble, que, d'après la tradition, Gabriel Peronneau avait aménagé pour y passer la saison de la chasse, a un charme vieillot très séduisant dans un joli cadre de nature. Son exposition au midi, domine un petit vallon et un vaste horizon sur Guéret.
Louis Lacrocq.