SÉANCE DU 26 JANVIER 1928
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, Blanc, de Bourran, Maurice Dayras, Drouhin, Desjobert de Prahas, Ferrier, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Lafay, de Lajaumont, Polier.
Excusés : MM. le commandant Carteron, René de Forges, André Mozer, Paul Mozer, Jacques Poudensan.
— M. le Président rend hommage à la mémoire de M. Vidier, inspecteur général des Archives et Bibliothèques, récemment décédé.
— Des félicitations sont adressées à MM. Blanc, promu officier de la Légion d'honneur ; Latrige, nommé chevalier de la Légion d'honneur ; Rimour, décoré de la Médaille militaire ; Grelet, nommé officier de l'Instruction publique ; Perron, nommé officier d'Académie.
MONUMENTS HISTORIQUES. — Par arrêté ministériel du 26 décembre 1927 l'église de Jarnages a été inscrite sur l'Inventaire supplémentaire.
ÉLECTION. — M. Maurice Dayras est élu secrétaire-adjoint.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlle Gaudin, professeur à l'Ecole normale, à Guéret ; MM. André Meaux-Saint-Marc, artiste peintre à Paris ; G.-H. Sabbagh, artiste peintre à Paris ; Henri Refeuille à Châtelus-Malvaleix ; le colonel Arnaud, Henri Arnaud, ingénieur agronome, Rouquette, directeur du « Messager de la Creuse », Jean Boujasson, à Guéret.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. l'abbé Urbani communique et donne aux archives le plan du château que le marquis de La Celle se proposait d'édifier à Ajain en 1839 ; il l'avait fait établir par un architecte de Lyon, Louis-Gaspard Dupasquier, qui l'a signé en le datant du 10 mai 1839. Ce projet comportait un vaste édifice, de style Renaissance, simple et élégant. Il ne fut pas exécuté et le marquis de La Celle conserva son ancienne demeure. Dupasquier (1800-1870), à qui il s'était adressé, était un bon architecte, élève de Chenavard, qui a exécuté de nombreux travaux dans la région lyonnaise (Cf. Vial et Audin, Dictionn. des artistes... du Lyonnais). La communication de M. l'abbé Urbani complète et rectifie les indications de l'ouvrage de l'abbé Dardy (Ajain, 1902, p. 348, 349).
— Une lettre de M. le docteur Sallet, chargé d'une mission d'études sur la matière médicale utilisée en Annam, signale les rites locaux observés à l'occasion de certaines plantes médicinales de ce pays qui ne doivent jamais être récoltées ou conservées à l'aide d'instruments ou d'ustensiles en fer. Ces rites sont peut-être la survivance des pratiques de guérisseurs au temps où on ne connaissait pas les métaux. M. le docteur Sallet, cherchant à savoir si de telles observances n'ont pas un certain caractère de généralité, demande s'il n'en a pas été relevé dans notre région. Nous n'en connaissons pas.
— M. le docteur Janicaud signale la découverte d'ossements humains sous les dalles de la salle des Pas-perdus du Palais de Justice à Guéret, lors de fouilles récentes faites pour des réparations. Ces restes proviennent de l'église des Récollets qui occupait cet emplacement (Cf. le plan publié par le docteur Villard, Mémoires, t. XII, p. 506).
— M. le docteur Janicaud présente :
1° Un vase funéraire du moyen âge, en forme de tire-lire, trouvé à Guéret, place Bonnyaud, dans une fouille faite devant l'immeuble du Crédit Lyonnais ; en cet endroit a existé, pendant plusieurs siècles, le cimetière dit du Marchedieu ;
2° Trois boulins en poterie, provenant du colombier de Montlevade, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois, donnés au Musée par M. Burdy. Ces boulins étaient encastrés dans les treus du mur et fixés par du mortier. Ce dispositif paraît exceptionnel dans notre région. M. Desjobert de Prahas en signale un autre exemple dans le colombier de sa propriété de Bosgenest, commune de Pionnat, qui, comme Montlevade, a appartenu à la famille Dissandes de Bosgenest.
— Une lettre de M. Camille Gabiat donne des précisions sur la position topographique du village de La Pouge, commune de Gioux, au flanc nord du puy d'Hyverneresse, à 792 m. d'altitude, carrefour de nombreux chemins qui permettent de passer de la vallée du Gourbillon dans celles de la Creuse et de la Gioune. La situation de ce centre voyer paraît donc fortifier l'opinion d'après laquelle le toponyme « La Pouge », désignerait une crête où passe un chemin. (Cf. Mémoires, t. XXIII, p. cxxxvi).
— M. Louis Lacrocq présente deux médaillons en terre cuite, représentant l'un un moine, l'autre une religieuse, provenant de la fabrique que les frères Fillioux avaient établie, vers 1850, à Cherdemont, commune de Guéret.
Il analyse un factum imprimé, sans lieu ni date, contenant des renseignements sur les mesures de Pontarion. Ce factum est rédigé pour demoiselle Françoise Jouhet, veuve de Pierre Rochon, et pour Jacques Rochon, sieur de Fournoux, son fils, contre Louis de Fougière, commandeur de Chamberaud, sur appel d'une sentence des Requêtes du Palais du 15 juin 1700. Le procès était relatif à des redevances en grains dues à la seigneurie de La Pouge, membre de la commanderie de Chamberaud, et il s'agissait de savoir si elles étaient réglées sur la mesure ancienne de Pontarion. Le factum précise la difficulté ainsi : « Preuves produites au procez qu'il y a
« deux mesures existantes dans Pontarion, l'une appelée vieille ou
« ancienne, du poids de dix à onze livres la carte, et l'autre
« appelée mesure de Pontarion tout court, dont la carte est du poids
« de vingt livres ». Le factum relate les nombreux documents qui font mention des deux types de mesure.
— M. Eugène Alluaud communique le dessin au fusain qu'il a fait de la croix de carrefour, dite des Rabines, située près du village de La Maltière, commune de Crozant. C'est une croix en granit, sans ornement, aux bras très évasés. Ce type se rencontre dans le nord de la Creuse, à d'assez nombreux exemplaires.
— M. de Berranger lit la note reproduite ci-dessous.
NOTE LUE EN SÉANCE – LA LONGÉVITÉ A BELLEGARDE
S'il faut en croire Joullietton, le plus sûr moyen de vivre longtemps était, autrefois, d'habiter Bellegarde « L'air qu'on y respire, écrit l'historien de la Marche, est très pur et très salutaire. Les eaux y sont d'une excellente qualité. On y a vu des vieillards de 115 ans. Il y en a communément de 80 à 90 ans » (1).
Il semble aisé de contrôler les dires de notre auteur, dont l'exactitude est parfois sujette à caution. Les registres de l'état-civil de 1737 à l'an x, conservés aux Archives départementales (2), devraient, à eux seuls, nous donner toutes précisions désirables. Pratiquement, il faut tenir compte d'une marge d'erreur assez sensible, due aux raisons suivantes : l'impossibilité, d'abord, de contrôler les dates des décès par celles des naissances, par suite de l'époque tardive des premiers actes ; en second lieu, l'incertitude qui entoure l'âge des défunts, donné, le plus souvent, pour approximatif, parfois, même, passé sous silence.
Ces réserves faites, le dépouillement des actes de sépulture pour la période visée plus haut (3) n'est, cependant, pas dépourvu d'intérêt. Il nous apprend que de 60 à 79 ans, le nombre des décédés s'élève à 437, dont 204 hommes et 233 femmes. Entre 80 et 99 ans, il est de 110, dont 58 hommes et 52 femmes. Enfin, on relève les noms de 6 centenaires (4), dont une femme. L'un d'eux, en 1774, atteint le record de longévité avec 115 ans. Il était, mentionne le registre, « pensionné du Roy à raison de son grand âge ». Pour le même motif, un des autres centenaires, mort en 1780, avait été pourvu d'une pension par le comte d'Artois, frère de Louis XVI.
Il serait instructif de comparer ces données avec celles que fournit l'état-civil des autres paroisses ou communes. Les extraits dont notre Société a entrepris, depuis quelques années, la publication permettront un jour d'atteindre ce résultat. Dès maintenant, il est possible de signaler un centenaire à La Celle-Dunoise, en 1777 (5), et une quasi-centenaire de 97 ans, à Chambon-Sainte-Croix, en 1721 (6).
Bellegarde l'emporte donc de beaucoup pour le nombre des centenaires, mais le record de vieillesse lui est arraché par Saint-Yrieix-la-Montagne, s'il faut tenir pour exact le chiffre imposant de 130 années, relevé par M. Antoine Thomas (7).
Il est douteux que les registres modernes de l'état-civil nous permettent de constater une longévité aussi remarquable que celle dont nous venons de noter plusieurs exemples. Peut-être est-ce simplement parce qu'ils sont mieux tenus.
H. DE BERRANGER.
(1) Histoire de la Marche, t. II, p. 183.
(2) Versements du greffe du Tribunal civil d'Aubusson, en 1925 et 1926.
(3) Les registres de Saint-Sylvain-Bellegarde, qui, avant la Révolution, ne formait avec la ville de Bellegarde qu'une paroisse, ont été dépouillés parallèlement et les résultats totalisés.
(4) En 1745, 1746, 1761, 1762, 1774 et 1780.
(5) Mém. Soc. Creuse, t. XX. p. 337.
(6) Ibid. t. XXIII, p. 435. Cf. Echo de la Creuse, n° du 24 octobre 1925.
(7) Echo de la Creuse, n° du 13 septembre 1925.
SÉANCE DU 1er MARS 1928
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, Blanc, de Bourran, le docteur Bordier, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Drouhin, Frétet, Ferrier, Gontier, G. Jamot, le docteur Janicaud, Lafay, de Lajaumont, Paul Mozer, Polier, Rimour, Rousseau, Sarrassat.
Excusés : MM. André Mozer, Valadeau.
— Des félicitations sont adressées à M. Bréhier, membre honoraire, nommé correspondant de l'Institut.
CLASSEMENT. — Par arrêté ministériel du 17 février dernier, la cloche en bronze, datée de 1520, déposée à la mairie de Montboucher, a été classée comme monument historique.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mademoiselle Pauly, rédactrice à la Préfecture, à Guéret ; MM. Devivaise, professeur agrégé de philosophie au Lycée, à Guéret ; Marcel Lacroix, décorateur à Paris ; Lévêque, bijoutier à Guéret ; Périère à Saint-Amand ; A. Pissaloux à Jouillat.
COMPTES & BUDGETS. — M. Paul Mozer, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1927 :
Recettes
Excédent de caisse au 31 décembre 1926 . . . . . 785 30
Subvention du département. . . . . . . . . . . 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret . . . . . . . . 2.000 »
Cotisations . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6.939 »
Vente de volumes des Mémoires. . . . . . . . 1.600 10
Intérêts de rente 5 %. . . . . . . . . . . . . 200 »
Don. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 »
Contribution pour impression des Mémoires. . . . 51 »
Total des recettes. . . . . . . . . . . . . . . 13.080 40
Dépenses
Gardiens du Musée. . . . . . . . . . . . . . 1.803 »
Impression et brochage des Mémoires. . . . . . . 5.952 15
Frais de poste . . . . . . . . . . . . . . . 621 50
Recouvrement des cotisations. . . . . . . . . 352 05
Frais de bureau. . . . . . . . . . . . . . . 660 75
Musée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1.949 25
Bibliothèque. . . . . . . . . . . . . . . . . 489 20
Dépenses diverses. . . . . . . . . . . . . . 333 30
Total des dépenses . . . . . . . . . . . . . . 12.461 20
RECETTES. . . . . . . . . . . . . . . . 13.080 40
DÉPENSES. . . . . . . . . . . . . . . . 12.461 20
EXCÉDENT DE CAISSE au 31 décembre 1927. . . . 919 20
Dans le compte ci-dessus ne sont pas compris les rachats de cotisations effectués pendant l'année 1927.
Le livret de caisse d'épargne s'élève, au 31 décembre 1927, à 3.719,66 ; avec les titres de rente, il représente le fonds de réserve et le montant des cotisations rachetées.
Les comptes, vérifiés par MM. Gontier et Rousseau, sont reconnus exacts et approuvés. Des remerciements sont adressés à M. Paul Mozer.
Le budget de 1928, établi par le bureau, est approuvé.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. de Berranger analyse un acte du 26 septembre 1501 (Archives départementales de la Creuse, H 888) par lequel Jean Barton de Montbas, évêque de Limoges (1484-1506), accorde 40 jours d'indulgences aux fidèles qui contribueront à réparer le Pont-à-l'Evêque, partiellement détruit par les inondations de la Creuse.
Le pont primitif (pons ab olim non modicum sumptuosus) aurait, suivant la tradition, été bâti par un autre évêque de Limoges, qui pourrait être Roger des Ternes, dont l'épiscopat s'étendit de 1328 à 1343.
— M. Louis Lacrocq, en présentant une photographie faite par M. le docteur Janicaud, décrit ce même pont. Trois arches sur quatre sont anciennes ; l'arche de rive gauche est une réfection moderne, qu'on a établie en tracé brisé, semblable aux trois autres. Il résulte, en effet, d'un plan, conservé aux archives du Service vicinal, qu'autrefois cette arche de gauche n'était qu'une arche de décharge en plein-cintre. Les avant-becs amont sont formés de massifs circulaires terminés par une légère saillie aigue ; les avant-becs aval sont rectangulaires. Il n'y a pas de refuges et le pont n'est pas penté. Aux arches anciennes un bandeau souligne le départ des voûtes.
— M. Louis Lacrocq signale la sépulture d'un ancien directeur de l'Ecole normale d'instituteurs de Guéret, Jean-Baptiste-Nicolas Heurlaut, dans le cimetière de Saint-Hilaire-la-Plaine, où elle est soigneusement entretenue par les soins de la municipalité.
Des papiers conservés à la mairie de Saint-Hilaire-la-Plaine et l'acte de décès d'Heurlaut donnent sur lui des précisions biographiques. Il était né à Ville-sur-Terre (Aube) le 23 avril 1792. Il servit dans les armées du Premier Empire. Bachelier ès-lettres, maître de pension à Moncontour (Côtes-du-Nord), il vint à Guéret, comme directeur de l'Ecole normale d'instituteurs en 1845 et prit sa retraite en 1855. Il se retira à Saint-Hilaire-la-Plaine, dont son fils était curé. Il y mourut, au presbytère, le 24 septembre 1865. Son épitaphe, inscrite sur une plaque de porcelaine, le qualifie « officier d'Académie, ancien principal, directeur en retraite de l'Ecole normale de Guéret, médaillé de Sainte-Hélène ». Sa femme, enterrée à côté de lui, s'appelait Marie-Etiennette Blandin. Sa fille était mariée avec Eugène Pialon, docteur ès-lettres, agrégé de l'Université, professeur de rhétorique à Reims. Dans son étude sur L'Ecole normale d'instituteurs de Guéret, de ses débuts à 1886 (Mémoires, t. XXIII, p. 134 et s.), M. Lafay a indiqué quel rôle actif et utile Heurlaut avait eu (Cf. l'article de M. Louis Lacrocq : M. Heurlaut, dans le « Courrier du Centre », édition de la Creuse, n° du 20 février 1928).
— M. Maurice Dayras signale la coutume ancienne qui consiste à porter un objet brillant, suspendu à un collier, dans le but d'écarter de soi les chiens atteints de la rage. Il présente un objet de verroterie qui a servi à cet usage, il y a seulement une cinquantaine d'années, dans la commune de Vallière.
— M. le docteur Janicaud présente la photographie qu'il a faite du curieux clocher-donjon de l'église de Saint-Hilaire-la-Plaine, dont les quatre faces sont garnies de machicoulis.
Il décrit une stèle gallo-romaine anépigraphe d'un type courant, qui est encastrée dans le mur de soutènement de la place publique de Saint-Hilaire-la-Plaine.
— M. Frétet signale la présence au Musée de Brive d'une médaille qui fut vraisemblablement celle d'un frère Récollet d'Aubusson, trouvée dans cette dernière ville en 1850 lors de terrassements effectués au Palais de Justice.
— M. Auguste Berger a communiqué un document, dont il fait don aux archives, qui contient d'intéressants renseignements sur l'émigration de nos maçons. C'est la copie du procès-verbal de l'adjudication au rabais de travaux à exécuter à l'église de La Celle-sur-Loire (Nièvre), dressé en juillet 1762. Parmi les nombreux entrepreneurs ou maîtres maçons qui prennent part aux enchères se trouvent trois Marchois : 1° Silvain Badouaille, « maître masson et tailleur de pierres, demeurant ordinairement en la paroisse de Saint-Sulpice-Dunoix en Marche et travaillant sur la paroisse de Neuvy » [Neuvy-sur-Loire, Nièvre] ; 2° Léonard Marraud, « maître masson et tailleur de pierres de la province de la Marche et paroisse de Bussière-le-Dunois, y demeurant et travaillant ordinairement en la ville de Lerré » [Léré, Cher] ; 3° Pierre Nadeau fils, « masson de la province de Marche, paroisse de La Bussière-Dunoix et travaillant en la paroisse d'Arquian ». [Arquian, Nièvre]. Badouaille resta adjudicataire pour 640 livres.
Le devis, inséré au procès-verbal, prévoit des travaux de réfection assez compliqués, notamment aux « piliers buttants » et à la voûte, exigeant de l'habileté et de l'expérience. La situation des localités, proches les unes des autres, où résidaient des maçons marchois, montre une petite colonie d'émigrants groupés dans la vallée de la Loire.
— MM. Louis Lacrocq et le docteur Janicaud signalent un motif ornemental gravé en creux, qu'ils ont observé sur le piédroit de la porte d'une maison, à Cher-de-Bas, commune de Saint-Fiel : trois triangles équilatéraux qui se coupent, formant une sorte d'étoile à 8 pointes. Son analogie avec l'emblème dit « Sceau de Salomon » est frappante, mais celui-ci se compose seulement de deux triangles équilatéraux se coupant et à 6 pointes.
M. Louis Lacrocq indique qu'un linteau de porte, à Bonnat, est décoré du « Sceau de Salomon », à côté de la date 1559.
— M. Desjobert de Prahas lit une note sur l'instrument de culture dit « chambige », note reproduite ci-après.
NOTE LUE EN SÉANCE – LA CHAMBIGE
La chambige (1) est une sorte de charrue presque entièrement en bois dont l'usage est encore fréquent dans la majeure partie du département de la Creuse. C'est probablement le seul instrument ancien qui y ait résisté à l'envahissement des inventions modernes. Cette longévité doit être attribuée, semble-t-il, à ses très grandes qualités culturales. Savoir s'en bien servir, la monter, la démonter marque, chez les paysans creusois, qu'on est un bon laboureur, un vrai « brayaud ».
La charrue primitive n'était constituée que par une simple branche d'arbre en forme de crochet, dont le petit bout fouillait le sol sous l'impulsion de l'attelage tirant sur l'autre bout. Le principe de la chambige est identiquement le même, mais, pour améliorer le travail et faciliter l'emploi, les différents organes ont été façonnés et assemblés suivant le rôle qu'ils ont à remplir.
On y distingue trois parties principales :
1°. L'étève, sorte de mancheron plat muni à sa partie supérieure d'une poignée et sur toute sa longueur, d'un côté, de crans en crémaillère.
2° La chambige proprement dite, timon fortement courbé, portant au gros bout un « œil » rectangulaire et à l'autre extrémité la cheville d'attelage ou « tapou ».
Cette pièce de bois se prend dans un arbre courbé d'une forme rare et difficile à trouver.
3° L'arai, soc constitué par deux longerons de bois ou « oreilles » formant triangle dont l'extrémité est prolongée par une barre de fer très pointue, la « reille ». La reille est maintenue entre les oreilles par un assemblage en bois ou « piche ». A la partie postérieure, chaque oreille porte une « cheville » verticale.
Pour éviter une usure trop rapide, les oreilles et la piche sont garnies de plaques de fer ou mieux de gros clous.
L'assemblage de ces trois parties est obtenu au moyen d'un lien en fer à deux branches commandé par un écrou à oreilles ; c'est la « tanguille ». La queue de la piche, la reille, le pied de l'étève viennent s'insérer dans l'œil de la chambige et y sont maintenus serrés au moyen d'un coin en bois ou « trâcoin ».
La profondeur du labour se règle d'après la longueur extérieure de la reille et son inclinaison ; le laboureur donne ou enlève du « fer ». Pour cela il faut enfoncer plus ou moins le trâcoin, ce qui se fait au moyen d'un petit maillet qui ne quitte jamais la chambige, la « massolle ».
Pour l'usage, les bœufs étant attelés au moyen d'une chaîne et d'un « pourdeau » (crochet en bois que l'on passe dans les anneaux du joug), l'homme saisit l'étève par la poignée et maintient ainsi l'équilibre latéral ; en levant un peu, il fait pénétrer la reille, puis l'arai dans le sol, et celle-ci ouvre un sillon en rejetant la terre de chaque côté. Le laboureur maintient la direction et une profondeur uniforme en gouvernant avec l'étève. Si la reille s'engage sous une pierre ou une racine, il recule l'instrument tout entier en tirant sur les crans de crémaillère.
La chambige est d'un emploi difficile et demande un laboureur expert, car elle n'a aucune stabilité et ne comporte aucun organe de réglage fixe ; l'effort seul et l'adresse de l'homme permettent d'obtenir un labour uniforme et régulier. Cette difficulté est consacrée par l'expression populaire et l'interjection d'encouragement : « Appuyas su la tinguillo ! ».
La chambige sert encore aujourd'hui à de multiples usages. Elle fait, dans les maisons qui en sont dépourvues, le travail d'extirpateur : déchaumage et labour léger ; ceci surtout pour « traverser » les terres au printemps, c'est-à-dire les labourer pour détruire le chiendent. Son travail est lent, mais aucun instrument moderne ne le fait aussi bien. Elle sert aussi à faire des « tarseaux », c'est-à-dire à labourer en billons. Pour cela, le laboureur coupe dans une haie quelques « rangs » de chêne, en introduit l'extrémité rigide sous le trâcoin et les entortille autour des chevilles de l'arai ; il obtient ainsi une sorte de charrue à deux versoirs qui fait un sillon très net. La même méthode est employée pour « tarsouler » ou butter les pommes de terre et les raves. Si l'on ensemence sur les tarseaux, les femmes de la maison passent ensuite, chacune avec une sorte de raclette en bois, « l'écassune », au moyen de laquelle elles brisent les mottes de terre, « les casses », et couvrent le grain.
La chambige que j'ai ainsi décrite est celle employée dans le sud du département et en Haute-Vienne, dans la région de Bellac. Au nord de Guéret, d'Ajain, de Jouillat, de Saint-Vaury, elle porte le nom de « perche » et présente une particularité : la chambige proprement dite est rectiligne et très longue (3 mètres 50 au moins) ; les bœufs sont attelés directement dessus sans chaîne ni pourdeau. L'emploi de cet instrument est très pénible, car la transmission étant rigide, le conducteur doit réagir constamment contre les mouvements de l'attelage.
A Ladapeyre, Châtelus-Malvaleix, les oreilles et la piche sont taillées dans un seul bloc de bois qu'on appelle la « souche ».
Sauf dans la région de Bellac, la chambige ne franchit pour ainsi dire pas les limites de notre département. Le Bourbonnais et même la région d'Evaux l'ignorent. Le paysan Limousin pas plus que l'Auvergnat ne sait s'en servir. En Berry nous la retrouvons, mais dotée de deux mancherons et portant le nom d'arau dans le Boischaut, vers Neuvy-Saint-Sépulcre. George Sand la connaissait, mais si le « bricolin » de la Champagne berrichonne parle avec mépris de la « charrue de La Châtre », c'est qu'il a voyagé, car elle n'existe pas sous le hangar de son patron.
Jean DESJOBERT DE PRAHAS.
SÉANCE DU 26 AVRIL 1928
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents. — MM. le commandant Bareige, de Berranger, Blanc, le docteur Bordier, de Bourran, le commandant Carteron, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Drouhin, Frétet, Ferrier, René de Forges, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Lanet fils, Polier, Rimour, Sarrassat.
— M. le Président annonce la publication qui vient d'être faite du répertoire des Archives de la Creuse, série H, par M. de Berranger. Il signale l'intérêt de la loi du 14 mars 1928 qui autorise le dépôt aux Archives départementales des minutes anciennes conservées dans les études de notaire et antérieures à cent vingt-cinq ans. Les Archives de la Creuse possèdent déjà un nombre important de ces documents. Il est désirable qu'il s'accroisse, les minutes notariales constituant une source particulièrement précieuse pour l'histoire locale. M. le président engage MM. les notaires qui font partie de notre Société à user de la commodité que leur offre la loi nouvelle et à s'entendre avec M. l'Archiviste pour assurer, dès qu'il sera possible, la conservation de leurs minutes anciennes.
VISITE. — Le dimanche 11 mars dernier, dans la matinée, une visite de l'Hôtel des Moneyroux, à Guéret (vieux château, annexe de la Préfecture) a eu lieu sous la direction de M. Louis Lacrocq, qui a donné des explications sur l'historique et l'architecture de l'édifice. Malgré un temps un peu rigoureux, une trentaine de membres de la Société ont assisté à cette visite qui avait été annoncée par la presse.
EXPOSITION. — Le projet est adopté d'une exposition d'objets, documents et souvenirs creusois de la Révolution qui aura lieu au Musée, dans le courant de l'été.
NÉCROLOGIE. — Notre collègue M. Albert Maulmond, premier président de la Cour d'appel de Bourges, officier de la Légion d'honneur, est décédé le 1er mars dernier. Il était né le 20 avril 1860 à Chissac, commune de Lavaufranche. Son père, Sigismond Maulmond, ami de George Sand, a joué un rôle politique dans la Creuse sous le Second Empire et, au 4 septembre 1870, il fut nommé sous-préfet de Boussac (Cf. Mémoires, t. XXI, p. 346). M. Albert Maulmond, entré jeune dans la magistrature, y fit une carrière brillante qui le conduisit à la cour de Bourges, comme substitut du procureur général, en 1890. Successivement avocat général (1897), président de chambre (1903), il ne quitta Bourges, sa ville d'adoption, que pour occuper, pendant trois ans, le poste de procureur général à Orléans (1913) et y revint comme premier président en 1916. La haute valeur de M. Maulmond, ses éminentes qualités de magistrat, son caractère affable et bienveillant, sa courtoisie lui avaient valu à Bourges une situation exceptionnelle ; il y était aussi aimé qu'estimé. Activement mêlé à la vie locale, il a participé pendant la guerre, de la façon la plus dévouée, aux œuvres d'assistance ; il avait succédé au marquis de Vogüé dans la présidence du Comité d'Hygiène sociale du Cher. Son attachement au Berry ne lui avait pas fait oublier la Creuse ; il y passait ses vacances chaque année, retrouvant, là aussi, de vives sympathies. Nous saluons respectueusement sa mémoire.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas signale des mentions concernant des Marchois qu'il a relevées dans le Recueil d'actes notariés relatifs à l'histoire de Paris et de ses environs (1532-1555), publié par Ernest Coyecque (tome I, 1905, n° 1435 ; tome II, 1924, n° 3945).
Jacques Pasquet, originaire de Felletin, docteur-régent en la Faculté de théologie de l'Université de Paris, était titulaire de la cure de l'église Saint-Médard, à Noisiel-sur-Marne près Gournay au diocèse de Paris. Il n'y résidait pas et la donnait à ferme. Par un premier bail, il avait traité avec son vicaire Jean Le Comte, qui lui payait un écu d'or soleil par an, avec charge de lui laisser prendre deux muids de grain sur la dîme due à la cure par le prieur de Gournay. Pasquet se réservait, en outre, le droit de loger au presbytère un mois chaque année. Postérieurement, il loua la cure à Hubert Huyssart, prêtre, qui ne remplit pas ses engagements.
Jacques Pasquet mourut avant le 25 mars 1536. Il avait laissé pour héritier Jean Pasquet, marchand et bourgeois de Felletin, son frère sans doute, qui, décédé lui-même, avait pour représentants ses deux fils, François Pasquet, curé de La Nouaille, demeurant à Felletin, et Jean Pasquet, marchand à Rodez. Ceux-ci, à la date indiquée plus haut, cédèrent à leur cousin Claude Tixier, maître ès-arts au collège de Beauvais, à Paris, les sommes qui pouvaient être dues à la succession de Jacques Pasquet par Hubert Huyssart, pour le bail de la cure de Noisiel.
— Au sujet de la communication précédemment faite par M. le docteur Sallet relative au rite indo-chinois qui interdit de toucher certaines plantes médicinales avec un instrument en métal, M. Louis Lacrocq signale deux passages du livre de Laisnel de La Salle, Croyances et légendes du centre de la France (Paris, 1875, t. I, p. 62, 216, 217 et 233), qui mentionnent le même rite en Berry, où on l'applique aux tiges de buis des Rameaux et à une plante magique, « l'herbe du Pic ».
— Dans un article intitulé Un artiste Tullois (Courrier du Centre du 13 mars 1928), M. Victor Forot a étudié la vie et les œuvres d'Antoine Soulié (1830-1903), professeur de dessin au Lycée de Tulle, et cité parmi ses peintures un rétable à l'église de Gimel (Corrèze) dont l'un des panneaux représente « saint Pardoux, abbé de Guéret, ressuscitant un enfant couché dans un berceau limousin ». L'église de Gimel était sous le vocable de saint Pardoux.
A ce sujet, M. Louis Lacrocq donne les indications suivantes sur Saint-Pardoux, nom de lieu :
Le Dictionnaire des Postes mentionne 30 localités qui le portent, mais une paraît faire double emploi avec Saint-Pardoux-d'Arnet (Creuse) ; il en reste donc 29, plus un Saint-Pardoult (Charente-Inférieure) que la différence d'orthographe, jusqu'à plus ample informé, fait réserver.
Ces 29 localités, qui comprennent 17 chef-lieux de communes et 12 villages, sont situées : 2 dans l'Allier, 6 dans la Corrèze, 5 dans la Creuse, 1 dans les Deux-Sèvres, 7 dans la Dordogne, 1 dans la Haute-Vienne, 3 dans le Lot-et-Garonne, 4 dans le Puy-de-Dôme. 12 se nomment Saint-Pardoux tout court, 18 ont un qualificatif suivant le nom du saint [Saint-Pardoux-Corbier (Corrèze) ; Saint-Pardoux-la-Rivière (Dordogne) ; etc.]. Les cinq Saint-Pardoux de la Creuse (d'Arnet, — Lavaud, — Les Cards, — Le Neuf, — Le Pauvre) entrent dans cette dernière catégorie.
L'aire dans laquelle s'est propagé le culte du patron de Guéret pourrait être déterminée très exactement, si l'on connaissait toutes les localités qui, comme Gimel, sans porter son nom, avaient le saint pour patron principal ou secondaire de leur église. Nous n'avons pas les éléments de cette statistique, mais les noms de lieux donnent certainement une approximation suffisante. Au nord, le culte est remonté sporadiquement, en Poitou, dans les Deux-Sèvres, loin de Guéret. Les Saint-Pardoux de l'Allier, de la Haute-Vienne, de la Creuse et peut-être partiellement de la Corrèze représentent une propagation directe probable venant de Guéret. Le groupe méridional Dordogne et Lot-et-Garonne, s'explique par le culte de saint Pardoux à Sarlat, à la suite du transport de partie de ses reliques que raconte la chronique de Geoffroy du Vigeois (Cf. Coudert-Lavillatte, Vie de saint Pardoux, Guéret, 1853, p. 31 et s.). Un autre transport de reliques à Arnac (Corrèze) explique le culte en Corrèze, en tout ou partie. La toponymie vient ainsi confirmer les données historiques fournies par le chroniqueur du moyen-âge.
— M. le docteur Daubigny communique une copie des lettres patentes d'août 1696, relatives aux foires importantes de Châtelus-Malvaleix et aux droits de péage à y percevoir (Cf. Inventaire sommaire des Archives départementales de la Creuse, série E, p. 114, liasse 583).
— M. de Berranger lit la note suivante :
« Si les reinages ne sont pas une institution propre à la Creuse, du moins y ont-ils joui d'une faveur particulière (Cf. Mémoires, t. XX, p. 221 et note 1, pour les références bibliographiques ; add. t. XXIII, p. LXXXVII et LXXXXV). A Chénérailles, notamment, existaient six confréries placées sous les vocables de sainte Anne, saint Barthélemy, saint Roch, saint Sébastien, le Saint-Sacrement et la sainte Vierge. Tous les ans, dans chacune d'elles, le prieur-curé mettait aux enchères les titres de « roi, sous-roi, reine, sous-reine, porte-image », auxquels se joignaient parfois ceux de « mignon, sous-mignon, mignonne, sous-mignonne » (Arch. de la Creuse, G, cure de Chénérailles).
« La Révolution porta un coup mortel à ces confréries. L'une d'elles, néanmoins, celle du Saint-Sacrement, fit preuve d'une vitalité singulière, puisqu'en 1793 on y adjugeait encore les titres, devenus quelque peu compromettants, de roi et de reine, le premier adjugé à cinq livres comme à l'ordinaire.
« Le 26 novembre 1793 (6 frimaire an II), un arrêté du directoire du district d'Aubusson interdisait le culte dans les églises et les dépouillait de tous les objets cultuels et des vêtements liturgiques qu'elles pouvaient contenir (Id., L 274, f° 226). Ces vêtements devaient être distribués, par les soins des sociétés populaires, « à celles des jeunes personnes du sexe qui se seraient les mieux « distinguées, au cours de la Révolution, par leur vertu et leur « attachement constant à la cause de la Liberté et de l'Egalité ». Ces mesures, sans viser expressément les reinages, rendaient inévitable leur disparition ».
— M. Maurice Dayras analyse les documents d'un procès correctionnel survenu à l'occasion des élections législatives de 1837. Un candidat malheureux, M. Queyrat, avoué à Aubusson, se plaignait d'avoir été omis dans le compte-rendu du scrutin donné par le journal L'Album de la Creuse, puis diffamé dans le numéro suivant. Le tribunal d'Aubusson n'ayant pu se constituer pour cause de suspicion légitime, c'est le tribunal de Guéret qui eut, après arrêt de la Cour de cassation, à connaître de l'affaire. Il débouta M. Queyrat de sa plainte par jugement du 5 mai 1838.
— M. le docteur Janicaud présente plusieurs documents concernant un volontaire de la Révolution, « Poissonnier, de La Souterraine, garde national à Paris ».
Il analyse un article du docteur de Ribier paru, en mars dernier, dans le Progrès médical (supplément illustré) sur les médecins et les chirurgiens anoblis par Napoléon Ier, parmi lesquels figure le docteur Barailon, de Chambon, député de la Creuse à la Convention, puis au Conseil des Cinq-Cents, enfin au Conseil des Anciens où il fut tout dévoué à Bonaparte. Barailon fut fait chevalier de l'Empire par lettres patentes du 21 février 1814, avec ces armoiries : Parti au 1 de gueules, chargé en abîme d'un E d'argent surmonté d'un filet alaisé mis en fasce du même et accompagné de six palmes de sinople, posées en orle ; au 2 d'azur à une verge de sable accolée d'un serpent d'or ; champagne d'azur du tiers de l'écu, chargée du signe des chevaliers de l'Ordre de la Réunion, brochant sur le parti. Ces armoiries sont reproduites dans l'article, page 21.
— Lecture est donnée : 1° de notes de M. le docteur Janicaud sur un souterrain-refuge découvert récemment à Balzine, commune de Saint-Chabrais, et sur les objets conservés au Musée de Cluny, à Paris, provenant des fouilles qu'avait faites Yves Fesneau à Bridiers, près La Souterraine ; — 2° d'une note de M. Henri Lemaitre, membre correspondant, sur Les Récollets de Guéret. Ces notes seront publiées dans les « Mélanges ».
SÉANCE DU 24 MAI 1928
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, de Bourran, le docteur Brésard, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Devivaise, Drouhin, Dutheil, Ferrier, Filloux, de Forges, Gontier, le docteur Janicaud, Louis Jorrand, Laborde, de Lajaumont, Pajot, Rimour.
Excusés : MM. le commandant Carteron, Perron, Polier.
VŒU. — La Société émet le vœu que Clermont-Ferrand soit désigné comme siège du Congrès des Sociétés savantes qui se tiendra en 1930.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Gloumeau, avocat à la Cour d'appel de Limoges ; Lalo, agent d'assurances à Guéret ; Montant, instituteur honoraire à Crocq ; Nadaud, adjoint au maire à Dun-le-Palleteau ; le docteur des Tureaux, au Grand-Bourg.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Louis Jorrand donne lecture de la copie qu'avait prise, en 1850, son grand-père Prosper-Agricol Jorrand, notaire à Ahun, d'un des rares exemplaires du Bref discours sur la deffaicte des Huguenots advenue au pays et comté de la Haute-Marche contenant le nombre de ceux qui ont esté tant tuez que blessez. Cet opuscule avait été imprimé à Paris, en 1588, chez Jean Le Blanc, qui demeurait « en la rue du Paon, au Soleil d'Or, près la porte Saint-Victor ».
Après un préambule sur la religion protestante, le Bref discours contient un récit qui se résume ainsi :
Partie de Saint-Jean-d'Angély (Charente), une bande de 6 à 700 huguenots « bien armés », conduits par les capitaines Les Borges, Fourostvieille, Piedmontoys, Lignon, « et autres tous capitaines du roy de Navarre », arriva devant les murailles d'Ahun le vendredi soir 10 juin 1588. Les habitants, qui formaient « tout au plus 80 hommes de défense », leur opposèrent une résistance opiniâtre, malgré la chute d'une des tours, que « plusieurs petards et saucisses » avaient mise à bas, malgré l'escalade que les assaillants réussirent en trois ou quatre points. On combattit toute la nuit. Le capitaine Fourostvieille, surnommé Boncœur, 120 à 140 soldats protestants furent tués. Au matin, les habitants d'Ahun, qui n'avaient perdu qu'un seul homme, étaient débarrassés de leurs agresseurs.
Ceux-ci se retirèrent à Saint-Yrieix-les-Bois, où ils se reformèrent. Ils repartirent le dimanche 12 juin, mais, « poursuivis par la noblesse et communes du pays tant de ladite ville d'Ahun que des villes circonvoisines, à savoir Guéret, Le Busson, Felletin et Chenerailles », qui avaient à leur tête les sieurs de Charon, de La Roche-Aymon, de La Villeneuve Saint-Priest, le capitaine Mérigot, ils furent « taillés en pièces » à La Chapelle-Taillefer. « Il en demeura plus de cent sur la place, entre autres le capitaine Piedmontoys », sans compter les blessés. Les vainqueurs prirent « deux à trois cents chevaux, cinquante ou soixante cuirasses, grande quantité de rondaches, mousquets, pétards et autres armes ». Il restait environ 200 protestants ; ils s'enfuirent et allèrent se barricader à Pontarion, où ils tinrent jusqu'au mardi 14 juin. Leur capitulation fut acceptée et on les laissa partir « la mèche éteinte, sans battre le tambour » avec promesse de ne jamais revenir dans la Marche. Au cours de la poursuite le parti catholique avait perdu le sieur de Saint-Priest et deux ou trois soldats ; le sieur de Piégut et le capitaine Mérigot étaient les seuls blessés.
Le récit se termine par une exhortation à la piété que suit une poésie à la louange des habitants d'Ahun, intitulée « Allusion sur le nom de la ville d'Ahun ». Une note locale a été ajoutée par P.-A. Jorrand à la copie : « C'est en commémoration de cette victoire du
« 10 au 11 juin 1588 qu'a été instituée la procession de saint Barnabé
« qui se pratique à Ahun chaque année le 11 juin, jour de la fête de
« ce saint. Une des tours de cette ville avait reçu le nom de tour de
« saint Barnabé ».
M. Louis Lacrocq donne, au sujet de la communication qui précède, les explications suivantes :
« Le Bref discours, s'il est oublié, n'est pas inconnu. C'est un de ces nombreux écrits de propagande que, pendant les guerres de religion, les deux partis, catholique et protestant, lançaient dans le public. A de tels écrits il ne fallait demander ni la modération, ni l'exactitude et il est évident que le Bref discours, qui fait la part si belle à l'ardeur guerrière des habitants d'Ahun et du parti catholique, est empreint de grandes exagérations. Il n'en reste pas moins un témoignage historique intéressant, car le déroulement des faits qu'il relate, siège d'Ahun, combat de la Chapelle-Taillefer, combat de Pontarion, et leur date, 11-14 juin 1588, sont certainement exacts. Il est assez curieux que Joullietton (Histoire de la Marche, t. I, p. 333) n'ait connu de cette affaire militaire que le combat de Pontarion qu'il place en 1587, avec des détails qui ne s'accordent pas tous avec le Bref discours.
« Cet échec des protestants parut aux catholiques bon à propager. La rédaction anonyme du Bref discours dut suivre de peu les événements et dans le courant de 1588 trois éditions en étaient faites à Paris, l'une chez Le Blanc, l'autre chez la veuve F. Plumion, l'autre chez P. Ménier. La même année, un imprimeur de Lyon, B. Rigaud, en publiait une quatrième, reproduisant l'édition de Le Blanc. Ces précisions bibliographiques ont été données par A. Bosvieux dans sa Bibliothèque de la Creuse (Congrès archéologique de Guéret de 1865. Compte-rendu p. 227-228). Après P.-A. Jorrand, Bosvieux fut intéressé par le Bref discours ; en 1855, il le publia, avec notes, d'après l'édition de la veuve F. Plumion, dans le journal Le Conciliateur et en fit un tirage à part (Guéret, veuve Betoulle, avril 1855, in-8°, 12 p.). La comparaison de cette édition avec la copie de l'édition Le Blanc, de P.-A. Jorrand, ne montre que des dissemblances de détail. Le titre de l'édition P. Ménier est particulièrement tendancieux : La grande et merveilleuse deffaite des troupes du roi de Navarre... ».
— M. le docteur Janicaud présente une photographie du donjon de Bois-Lamy (commune de Moutier-Malcard) qui, d'après la tradition, aurait servi de prison au prince Zizim ; il en décrit le système de défense, constitué par des bretèches et non par des machicoulis.
— M. Maurice Dayras lit une relation manuscrite des campagnes du général de Nalèche, alors sous les ordres des généraux Marceau et Kléber, pendant la Révolution. Des détails sont donnés, notamment sur les opérations du bataillon de la Creuse au siège de Thionville, qui permettent de penser que le général lui-même est l'auteur de cet écrit ou l'a directement inspiré.
— M. Auguste Berger communique une quittance délivrée à Chitenay (Loir-et-Cher) le 8 septembre 1712, des gages dus à un « garçon masson du pays limousin » par deux maçons marchois, Sulpice-Gabriel-Jean Fournioux et Pierre de Beauvais qui travaillaient alors à Cellettes (Loir-et-Cher).
— M. Louis Lacrocq communique une carte postale représentant la tour de l'église de Massay (ch.-l. de comm. du canton de Vierzon, Cher) et donne au sujet de ce monument les explications suivantes :
Cette tour de 4 étages, constituant un clocher-porche, est d'une élégance sobre. Elle a été construite par Bertrand de Chamborand en 1493, alors qu'il était abbé de l'abbaye de Massay, dépendant de l'ordre de Saint-Benoit.
Bertrand de Chamborand appartenait à la grande et antique famille, dont le berceau a été la localité creusoise de ce nom. Il était fils de Jacques, seigneur de Droux, La Clavière et Puy-Bernard, et de Marguerite Chauvet. (Nadaud, Nobiliaire, t. I, p. 657). Avant lui, son oncle Gilbert, prévôt de Naves en Bas-Limousin, avait été aussi abbé de Massay.
Un cartouche, au-dessus d'une des portes de la tour, au rez-de-chaussée, contient les armes des Chamborand : d'or à un lion rampant de sable, armé et lampassé de gueules, et cette inscription : Reverend Pere en Dieu, frere Bertrand de Chamborand, a fait faire ceste presente tour l'an mil cccc l xxxx et trois. La balustrade ajourée du sommet de la tour porte les initiales de l'abbé. Ses armes et son nom figurent également sur une cloche qu'il avait donnée à l'abbaye.
— M. de Berranger lit une note sur les débuts de Jean-François Barailon dans la vie politique à Chambon. Barailon, avant d'être élu député de la Creuse à la Convention, paraît avoir fait surtout figure d'agitateur local, comme en témoignent les violents incidents qu'il suscita pendant la Grande peur et au cours de plusieurs assemblées électorales.
SÉANCE DU 26 JUILLET 1928
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. Antoine Thomas, président d'honneur, le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Déchelotte, Desjobert de Prahas, Ferrier, René de Forges, Gontier, le docteur Janicaud, Albert Mazet.
Excusés : MM. Filloux, Horluc.
M. le Président fait connaître que certains membres de la Société, résidant dans la Creuse seulement à la période des vacances, souhaiteraient qu'une séance fut tenue au mois de septembre. Il est décidé de donner satisfaction à ce vœu.
EXPOSITION. — L'Exposition de souvenirs creusois de la Révolution au Musée de Guéret, ouverte le 14 juillet, remporte un plein succès ; M. le Président félicite M. le docteur Janicaud, conservateur, de la façon dont il l'a si heureusement organisée. Il remercie M. de Berranger, qui lui a donné un concours empressé, et toutes les personnes qui ont aimablement prêté des objets et documents.
NÉCROLOGIE. — M. le Président adresse l'hommage ému de la Société à la mémoire de M. l'abbé Dercier, ancien curé de Saint-Goussaud, membre correspondant, récemment décédé. Il rappelle ses découvertes et ses divers travaux sur la station gallo-romaine du Mont-de-Jouer (Prætorium). Une notice lui sera consacrée.
CLASSEMENT. — Par arrêté du 24 mai 1928, le puits situé sur la place du Marché, à Jarnages, a été classé comme monument historique.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : M. Auguste Berger, clerc de notaire au Petit Monpion, commune de Saint-Sulpice-le-Dunois ; Mme Caradet, institutrice honoraire, à Guéret ; MM. Jean Chamberaud, instituteur honoraire à Bonnat ; Dartout, photographe à Limoges ; Mme Gilbert Dutheillet de Lamothe, à Limoges ; Mme Guillemot, professeur au Lycée de jeunes filles de Mulhouse ; MM. Houcque, chef de cabinet de M. le Préfet, à Guéret ; Loubaud, instituteur au Compas ; Mlle Paule Merlet, à Limoges ; MM. Peyrissaguet, directeur des pépinières d'Arènes ; Renard, à Lignaud, commune de Lourdoueix-Saint-Pierre ; Soffray, trésorier-payeur général, à Guéret ; Veyronnet, pharmacien au Grand-Bourg.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud signale l'existence, à l'église de La Souterraine, d'un autel gallo-romain, actuellement utilisé comme support de la croix ancienne placée à côté du portail Ouest. Il rend compte d'un récent examen du camp de La Ligne, commune de Lafat, et d'un souterrain-refuge découvert aux Petites-Chapelles, commune de Saint-Germain-Beaupré, qu'avait signalé M. Briquet. Des notes sur ces sujets seront publiées.
— M. le docteur Janicaud présente la photographie qu'il a faite d'une élégante niche gothique du XVe siècle, en pierre calcaire, qui se trouve dans le mur Sud, à l'intérieur de l'église de Lafat. Elle ne contient plus de statue. Elle est à trois pans, avec gables et pinacles. Le sommet de son intérieur figure une gracieuse petite voûte d'ogives. Au-dessous du dais, à droite et à gauche, se trouvaient sculptées deux petites têtes humaines ; celle de gauche, qui a subsisté, est d'un assez bon travail ; celle de droite est mutilée.
— Lecture est donnée de la note suivante de M. Georges Thomas : « Dans sa thèse sur le poète Tristan l'Hermite, sieur du Solier (Paris 1895), N. M. Bernardin raconte le procès criminel intenté au père du poète, Pierre, et à ses grands-oncles, Claude commandeur du Maisonnisses, et Louis seigneur du Dognon, accusés d'avoir assassiné, en mai 1591, et jeté dans l'étang de Masmangeas, près de Pontarion, Jacques Voisin, vice-sénéchal de la Marche. Claude mourut en prison et ses deux coaccusés, condamnés à mort le 18 février 1595, ne durent leur salut qu'à la reconnaissance du roi Henri IV, qu'ils avaient servi dans la Marche contre la Ligue. Un factum de 16 pages in-4°, imprimé en petits caractères, en faveur des accusés, se trouve à la Bibliothèque Sainte-Geneviève dans un ancien fonds en cours d'inventaire (F 4° 1107, inv. 1760, pièce 2). Ce factum n'a pas été connu de Bernardin, ce qui se comprend, puisqu'il manque au catalogue de la Bibliothèque Nationale. L'intérêt qu'il présente pour l'histoire de la Ligue dans notre région m'engage à signaler son existence à Sainte-Geneviève ».
— M. Louis Lacrocq signale divers articles intéressant notre histoire locale :
1° Une étude de M. François Rousseau, parue dans la Revue des Questions historiques, en 1926, intitulée : Dom Augustin de Lestranges. Exode des Trappistes pendant la Révolution et l'Empire. Dom Augustin de Lestranges, d'une famille marchoise, était, à la Révolution, maître des novices à la Grande Trappe de Bretagne. Il organisa l'exode d'un certain nombre de ses religieux en Suisse, où ils restèrent jusqu'en 1797 au couvent de La Val-Sainte, canton de Fribourg. Ils errèrent ensuite en Bavière, en Autriche, en Bohême et allèrent jusqu'en Russie, puis ils revinrent en Suisse. Dom de Lestranges fonda alors un nouveau couvent à Cervora en Italie. Protégé d'abord par Napoléon, la communauté connut ses rigueurs après une rétractation du serment de fidélité que Dom de Lestranges crut devoir imposer à ses religieux. Un ordre d'arrestation fut lancé contre lui et il ne rentra en France qu'après la chute de l'Empire. Cette curieuse figure de religieux avait été déjà présentée dans le livre du comte de Lestranges, La Maison de Lestranges.
2° Dans la même Revue des Questions historiques, année 1927, le même auteur, M. François Rousseau, a étudié Les Trappistes français en Espagne pendant la Révolution et l'Empire : là encore la fondation de la Trappe de Sainte-Suzanne fut due à Dom de Lestranges.
3° Un article de M. Edouard Everat, Giraud de Champflour et les d'Effiat, paru dans les Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand (2e série, fasc. 28, 1928). M. A. Champflour, conseiller à la cour des aides de Clermont, avait été chargé par le maréchal d'Effiat, dans ses dispositions testamentaires faites en 1632, de s'occuper de la gestion de la fortune qu'il laisserait. Les aventures du fils cadet du maréchal, Henri d'Effiat, le célèbre chevalier de Cinq-Mars, rendirent la tâche difficile. La fortune des d'Effiat, très considérable, comprenait dans le marquisat d'Effiat (canton d'Aigueperse, Puy-de-Dôme), la baronnie de Crocq, que le maréchal avait achetée en 1628, pour 40.000 livres, de Elisabeth de Nassau, princesse d'Orange, tutrice de son fils, le prince de La Tour. La baronnie avait un bailli, un lieutenant, un procureur d'office et un maître des eaux et forêts.
— M. Louis Lacrocq signale les particularités du culte de saint Pardoux dans une des localités qui portent son nom : Saint-Pardoux, canton de Bessines (Haute-Vienne). Dans l'église, une chapelle lui est dédiée. Elle contient une statuette du saint, en bois doré, du XVIIIe siècle, assez bonne : il porte une longue tunique monacale, sans attribut. Au mur est suspendue une mauvaise peinture le représentant en costume d'abbé, avec saint Pierre et saint Etienne. On l'invoque comme protecteur du bétail. Le 6 octobre, jour où sa fête se célèbre, a lieu une procession, d'abord dans l'église, ensuite autour de l'église. On y vient de très loin. Ces renseignements ont été fournis à Saint-Pardoux même, par Mme du Puytison, au cours de la dernière excursion de la Société archéologique du Limousin.
— M. Chamberaud a envoyé l'analyse d'un acte du 23 septembre 1737 passé devant Me Southon, notaire à Pionnat, par lequel les religieuses de Blessac afferment à Jean et François Barrot frères, du village de La Petite Baleyte, paroisse de Pionnat, moyennant le prix annuel de 1200 livres, payable moitié à la Noël, moitié à la Toussaint, les rentes et dîmes leur appartenant sur des villages et tènements des paroisses de Saint-Fiel, Glénic, Saint-Laurent, Ajain, Pionnat, Saint-Hilaire-la-Plaine, Mazeirat, Ahun et Parsac, plus, en dehors de ce groupement, la dîme de Fressenaud, paroisse de Bonnat, et une rente de seigle sur le château de Bellefaye et ses dépendances, paroisse de Soumans. Les preneurs s'engageaient à entretenir les chapelles de Villandry, paroisse d'Ajain, et de Villebige, paroisse de Pionnat et à y faire dire des messes « par tels prêtres qu'il plairait aux Dames de Blessac ». Il n'existe plus aujourd'hui de la chapelle de Villebige qu'un amas de pierres ; tombant en ruines, elle fut, dit-on, démolie en 1744 ; elle était dédiée à saint Jean-Baptiste. Un tènement de terre situé entre Villebige et Laboureix porte le nom de Regard-Saint-Jean. (Sur la chapelle de Villandry, v. S. Dardy, Ajain, p. 49).
— M. Maurice Dayras analyse deux factums imprimés à Paris en 1785, dans le procès en Tournelle criminelle qui se déroulait entre deux notabilités d'Aubusson, Louis-Joseph Prugniet, changeur pour le roi, et Marie Grellet, veuve de Pierre Paris, notaire royal et procureur à Aubusson, négociante en tapisserie. Cette dernière était accusée d'avoir, à la suite d'un souper trop copieux, surpris à Prugniet des blancs-seings et d'en avoir abusé en faisant, d'une partie, des lettres de change à son profit et, plus tard, du dernier resté en sa possession, un désistement de la plainte portée contre elle par Prugniet. L'un de ces factums contient, parmi les pièces justificatives, des documents intéressants pour l'historique de la tapisserie à cette époque et de nombreux noms de tapissiers aubussonnais.
SÉANCE DU 20 SEPTEMBRE 1928
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : M. Antoine Thomas, président d'honneur, Mlle Védrine, MM. le commandant Bareige, de Berranger, de Bourran, Edouard Chapal, Charles-Marlin, le docteur Dumont, Ferrier, Filloux, Frétet, Grellet, le docteur Janicaud, Laborde, Lafaye, de Lajaumont, Mazet, Paul Mozer, Petit, Paul Poujaud, le docteur Queyrat, Rabutaux, Jean Rousseau, Jean-Baptiste Rousseau.
Excusés : MM. le docteur Bordier, Maurice Dayras, Gonot, Gabriel Jamot, Albert Lacrocq, André Mozer, Valadeau.
NÉCROLOGIE. — M. le Président adresse l'hommage de la Société à la mémoire de M. le lieutenant-colonel Ranon de La Vergne, récemment décédé.
MONUMENTS HISTORIQUES. — Par arrêté du 8 septembre dernier, l'église du Château, à Felletin, a été inscrite sur l'inventaire supplémentaire. Un décret du Conseil d'Etat, du 21 août dernier, a confirmé l'arrêté ministériel du 17 février 1928 classant comme monument historique la cloche de 1520 déposée à la mairie de Montboucher.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlle Marguerite Rousselet, au Palais, commune de Thauron ; Mlle Védrine, à Saint-Georges-Nigremont ; MM. Blondet, pharmacien à Asnières ; le docteur Octave Claude, à Paris ; Jacob, directeur d'école à Saint-Vaury.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas analyse un acte notarié, passé à Aubusson le 11 avril 1591, constatant l'agression dont avaient été victimes à Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme), le 7 avril précédent, neuf merciers du Dauphiné. Cet acte sera publié avec le commentaire de M. Thomas.
— M. Mazet communique de la part de M. Jules Rouffet, l'extrait d'un article de M. Joseph Durieux paru dans le « Carnet de la Sabretache », n° de février dernier, relatif à un fait d'armes accompli pendant la guerre d'Espagne, le 19 novembre 1809, à la bataille d'Ocana. Plusieurs drapeaux furent enlevés à l'ennemi au cours de cette journée victorieuse. Un fut pris par un Creusois, le sergent François Romblat, du 64e de ligne. Né à Saint-Agnan-de-Versillat en 1784, engagé en l'an VII, Romblat « unissait au courage, dit l'un de ses chefs, l'instruction et le zèle ». Blessé et amputé de la jambe droite en 1810, il fut décoré et admis aux Invalides où il mourut en 1845.
— M. Aguillaume a envoyé le dessin qu'il a fait, en l'accompagnant d'une description, de deux pierres tumulaires en calcaire qui se trouvent dans le cimetière de La Souterraine, où elles ont été utilisées comme ornements de sépultures de membres des familles de Saint-Priest et de Savignac. Longues de 2m,10, larges de 0m,49, elles ont la forme d'édifice à toit en bâtière et transept. Sur la crête des deux est sculptée une croix, mais une seule a une ornementation de quadrilobes sur le toit et d'arcatures à trilobes sur les côtés. Ces pierres sont de la fin du XIIIe siècle.
— M. Louis Lacrocq communique des copies, relevées par A. Bosvieux, d'extraits du terrier de la communauté des prêtres de Saint-Quentin : 1° l'intitulé de ce terrier, dressé, en 1562, par Jean Granchier, notaire à Felletin, qui contient une curieuse dédicace en vers « aux curé et prebstres de Saint-Quentin », dédicace qui fait acrostiche avec les initiales du nom du notaire et loue l'utilité du document qu'il va rédiger ; 2° l'acte de fondation (26 juin 1601) en l'église de Saint-Quentin, par la confrérie des cardeurs de cette paroisse, confrérie qui était sous le vocable de saint Jean-Baptiste, de services à célébrer pour les confrères et leurs familles.
— M. le docteur Janicaud décrit le dispositif, connu dans le langage creusois sous le nom de « bassie », observé à La Guierche, commune de Lafat, dans une maison paraissant du XVIe siècle dont il ne reste plus que des fragments. Cet évier présente à l'intérieur une niche rectangulaire percée d'un petit trou en ovale pour son éclairage ; sous la niche, un support de deux pierres de taille placées en angle aigu ; l'évacuation des eaux à l'extérieur se faisait sur deux tablettes saillantes arrondies, l'une débordant l'autre.
— M. de Berranger signale des lettres royales de Louis XI, datées du 18 juin 1437, accordant à Jean de Brosse, comte de Penthièvre et seigneur de Boussac, la recherche et le monopole des mines d'or et d'argent dans la sénéchaussée du Limousin (Archives départementales, E, seigneurie de Boussac).
SÉANCE DU 25 OCTOBRE 1928
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. de Berranger, le docteur Bordier, Maurice Dayras, Ferrier, le docteur Janicaud, Laborde, le docteur Larché, Mazet, Polier, Rimour, Sarrassat.
Excusés : MM. Adrien Arfeuillère, le commandant Bareige, Desjobert de Prahas, Gabriel Jamot, de Lajaumont.
La Société des Lettres, sciences et arts de la Corrèze, à Tulle, et la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, à Brive, ont, l'une et l'autre, célébré leur cinquantenaire en août et septembre derniers. Elles avaient adressé une invitation à notre Société. M. le Président a eu le regret de ne pouvoir s'y rendre et leur a exprimé nos remerciements avec nos vœux de prospérité.
Des félicitations sont adressées à M. Petit, archiviste de la Haute-Vienne, membre correspondant, à qui a été décerné le prix du Président de Montégut pour l'ensemble de ses remarquables travaux sur la région limousine.
NÉCROLOGIE. — M. le Président exprime la part que prend la Société au deuil causé par la mort de M. Laurent Rougon, membre titulaire, survenue le 21 octobre dernier. M. Rougon, né à Guéret le 1er août 1881, y avait fait de solides études au Lycée et s'y était établi comme médecin-vétérinaire. Ses connaissances professionnelles lui avaient valu une situation considérable et ses qualités morales, son urbanité une sympathie unanime.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Pierre Lefèvre, libraire à Gien ; le docteur Marlaud, à La Souterraine.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'une note de M. Antoine Thomas sur Audoin Masfayon, marchand tapissier et consul d'Aubusson au XVIe siècle, note publiée à la fin du présent procès-verbal.
— M. le docteur Janicaud signale l'existence au Py, commune d'Ahun, d'un souterrain refuge rectiligne, large de 1m,60, haut de 1m,80, voûté en plein cintre et comportant deux cachettes ; il n'y a pas été rencontré d'objets anciens.
Il lit une note, qui sera publiée, sur les inscriptions des bornes milliaires romaines de la Pierre du Marteau et du Donzeil.
— M. de Berranger analyse deux documents donnés par M. le président Dumas : 1° un partage de meubles du 6 mai 1448, entre les consorts Du Bois, de Moutier-Rozeille ; 2° un acte de février 1569, constatant le retrait lignager exercé, devant le châtelain de Moutier-Rozeille, sur la terre de La Four, paroisse de Saint-Hilaire, acte mentionnant Antoine de Bezu, seigneur dudit lieu.
— M. Chamberaud communique l'analyse de documents conservés en l'étude de Me Froment, notaire à Guéret, relatifs à un procès par lequel, vers la fin du XVIIIe siècle, les habitants du village de Guémontet (commune du Bourg-d'Hem), réclamaient contre ceux du Temple, (même commune), la propriété des communaux dits « Landes de Guémontet ». Ces documents se réfèrent au terrier de la baronnie de Malval de 1575 et à celui de la seigneurie de Lasvis (commune de Champsanglard) de 1673. Les deux villages dépendaient de celle-ci.
— M. Octave Baraille a envoyé la photographie qu'il a faite d'une vieille maison sise à Lavaud, commune de La Celle-Dunoise ; cette construction, comportant un avancement des deux pignons sur lequel vient s'appuyer un toit en auvent, est de type assez fréquent dans le Nord du département.
— M. Mazet communique, de la part de M. Chevalier, une photographie faite par celui-ci d'une statue en bois du XVIIIe siècle, représentant la Vierge et l'Enfant, qui se trouve dans l'église du Donzeil.
— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :
« Dans son étude Les maîtres du paysage Limousin (Brive, 1908), p. 13, le regretté Johanès Plantadis, après avoir parlé des séjours de Corot en Limousin et d'un voyage qu'il fit du côté de Nontron (Dordogne) en 1854, dit : « Plus tard, on le vit planter son chevalet
« dans la campagne d'Aubusson et même prendre une vue de la
« très pittoresque ville marchoise assise au bord de la Creuse ». Il ajoute que ce renseignement lui a été fourni par M. Jules Rouffet, artiste peintre.
« J'ai eu récemment quelques détails sur les séjours de Corot dans la Creuse, que m'a fournis Madame Doussaud, de Chambon-sur-Voueize.
« C'est chez un Limousin, fixé à Aubusson, M. Guillaume Roseleur, que venait Corot. M. Roseleur avait acheté la propriété de Chabassière, proche de la ville. Il recevait beaucoup. Alfred Assolant était un des familiers de la maison. Roseleur joua un rôle politique et fut maire d'Aubusson de 1879 à 1881.
« Les souvenirs de Madame Doussaud placent aux environs de 1868 la présence de Corot à Aubusson. Elle possède un petit fusain, signé en bas à gauche Corot, que lui avait donné M. Roseleur : rapide croquis d'arbres avec maison à l'arrière-plan et une silhouette d'homme à gauche. Ce paysage n'a pas l'allure creusoise ».
NOTE LUE EN SÉANCE – AUDOIN MASFAYON, MARCHAND TAPISSIER, CONSUL D'AUBUSSON EN 1591-1592
Dans le tome XLII des Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre (paru en 1927), M. P. Chenu a publié un extrait du compte de 1589 de la fabrique de l'église Saint-Pierre-le-Guillard de Bourges, relatif à l'achat de onze pièces de tapisserie fournies par un marchand d'Aubusson nommé (d'après la lecture de l'éditeur) Audoing Mafoizon (1). Ce nom de famille ne figure pas dans les listes de tapissiers d'Aubusson publiées par Cyprien Pérathon (2).
J'ai supposé a priori que Mafoizon était une faute de scribe ou une faute de lecture pour Masfayon, nom porté par des tapissiers aubussonnais cités par C. Pérathon aux dix-septième et dix-huitième siècles : en 1645, Charles Masfayon ; en 1650, Masfayon frères ; en 1661, Jean Masfayon, établi à Bordeaux ; en 1672, 1687 et 1703, Jean Masfayon ; en 1734, Etienne Masfayon ; en 1746 et 1750, Charles et Jacques Masfayon ; en 1782, Etienne Masfayon (3).
Toutefois le prénom insolite Audoing et la graphie du nom de famille Mafoizon me laissaient des doutes sur la justesse de ma conjecture. J'ai le plaisir aujourd'hui de constater que j'avais vu juste. Au cours des dépouillements des minutes du notaire Leslis, que j'ai parcourues en septembre 1928 aux Archives départementales de la Creuse (4), j'ai relevé les actes suivants :
(1) P. 51-52 du tome cité.
(2) Histoire d'Aubusson (Limoges 1886), p. 347-357 ; Bull. de la Soc. arch. et hist. du Limousin, t. XLII (1894), p. 407-423 ; ibid. t. LI (1902), p. 298-306.
(3) Cette liste chronologique est établie en fondant les trois listes données par C. Pérathon.
(4) Série E, notaires, Cab. de M. de La Cour. cart. 154.
1591, octobre 6. — Personnellement establis honorables hommes Jehan de Myomandre, Audoyn (peut-être : Audoyen) Masfayon, Antoine Forests et Pierre Queyroilh. marchans habitans de la ville d'Aubusson et consulz d'icelle ville la presente année... Faict Aubusson, en la maison dud. Masfayon. — Signé (entre autres signatures) : A. Du Masfayon.
1591, octobre 23. — Comme soit ainsin que... presens... honorables hommes Jehan de Myomandre, Audoyn (peut-être : Audoyen) Masfayon, Antoine Fourestz et Pierre Queyroilh, marchans habitans de lad. ville d'Aubusson et consulz d'icelle la presente année. — Signé (entre autres signatures) : A. D[u] Masfayon.
1592, janvier 24. — Nous consulz de la ville d'Aubusson soubsignés confessons avoir heu et receu... — Signé (entre autres signatures) : A. D[U] MASFAYON, consul.
Il n'est donc pas douteux que le marchand d'Aubusson dénommé par erreur Mafoizon dans le compte de 1589 publié par M. P. Chenu, s'appelait réellement, de son nom de famille, Masfayon ou plus complètement, Dumasfayon, nom tiré de celui d'un petit village de la commune de Banize (3 maisons en 1886, d'après le dénombrement utilisé par P. Valadeau dans son Nouv. Dict. de la Creuse), qui s'énonce aujourd'hui indifféremment Le Masfayon ou Masfayon. Le fait qu'il fut consul de la ville d'Aubusson en 1591-1592 (1) atteste la situation « honorable » qu'il occupait parmi ses concitoyens (2).
Antoine THOMAS.
(1) Jusqu'en 1679 les consuls, élus le jeudi avant la Saint-Michel (fête qui se célèbre le 29 septembre), entraient immédiatement en fonction (C. Pérathon, Hist. d'Aubusson, p. 156).
(2) Le nom de Masfayon n'apparaît pas dans la liste des consuls publiée par C. Pérathon (op. cit., p. 162-164), laquelle est vide entre 1584 et 1599. Je saisis l'occasion de la compléter pour 1590-1591 d'après l'acte du 23 octobre dont j'ai publié ci-dessus un extrait : « Nycollas Cartaud, Jehan Meyssounyou et Anthoine Magnat, marchans, Me Pierre Taraveau, licencié ès-loix, lieutenant dud. Aubusson. »
SÉANCE DU 20 NOVEMBRE 1928
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : MM. le commandant Bareige, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, Desjobert de Prahas, Dutheil, Ferrier, René de Forges, le docteur Janicaud, de Lajaumont, André Mozer, Rimour, Sarrassat.
Excusés : MM. Maurice Dayras, Albert Lacrocq, Mazet, Valadeau.
M. le Président annonce que le Bureau a décidé qu'à partir du 1er janvier 1929, la cotisation serait portée de 15 à 20 francs. Cette légère augmentation, inférieure à celle qu'ont fixée beaucoup de sociétés similaires, est indispensable pour assurer la publication des Mémoires dans des conditions satisfaisantes. La cotisation pourra être rachetée par le versement de 12 fois son montant, soit 240 francs. Mais, par mesure transitoire, le rachat pourra être opéré, jusqu'au 31 mars 1929, sur la base actuelle de 12 fois le montant de la cotisation, soit 180 francs. Le rachat de la cotisation présente à la fois une commodité pour le sociétaire et une simplification pour la trésorerie de la Société. D'autre part, il permet la constitution, très utile, d'un capital social. Il est donc désirable qu'il soit opéré par un certain nombre de nos sociétaires.
Le Bureau a également décidé qu'il serait délivré une carte à chaque sociétaire.
M. André Demartial a remis, de la part de M. le maire du Vigen (Haute-Vienne) des documents anciens qui avaient été collectionnés par l'abbé Paulin Bouteiller, né à La Souterraine le 24 janvier 1839, curé du Vigen, mort dans cette localité le 17 juillet 1887, papiers restés au presbytère. (Cf. la notice biographique sur l'abbé Bouteiller publiée par M. Antoine Thomas dans le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, t. XLIX, p. 446-452). — Des remerciements sont adressés à M. le maire du Vigen et à M. André Demartial.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Joseph Bellat, étudiant à Paris ; Perchaud, inspecteur primaire honoraire à Limoges ; Jean Paty, à Clavérolle, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Mazet communique les lettres reçues de MM. Antoine Jorrand et Jules Rouffet, qu'il avait questionnés sur le séjour de Corot à Aubusson, signalé par M. Louis Lacrocq à la séance du 25 octobre dernier. Elles confirment les indications déjà données : Corot est venu dans la Creuse avant la guerre de 1870 et ne semble pas y être revenu après. M. Rougier des Granges, qui l'avait beaucoup connu, a souvent parlé de son séjour à M. Antoine Jorrand. Il avait peint, notamment, une fontaine entourée d'arbres, en bordure de la montée de Chabassière, sur l'ancienne route de Saint-Sulpice-les-Champs.
— Une note de M. Georges Thomas signale une erreur dans l'article de M. l'abbé G. Chapeau, intitulé Les grandes reliques de l'abbaye de Charroux, paru dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 2e trim. de 1928, p. 101-128. D'après M. l'abbé Chapeau, la relique de la Sainte-Vertu aurait été découverte, entre 1077 et octobre 1080, par « Audebert III, comte de la Marche, fils d'Audebert II, comte de la Marche, et de la comtesse Aïna, beau-frère de Guy-Geoffroy, comte de Poitiers ». Il s'agit, en réalité, d'Aldebert II, fils du comte de la Marche Bernard, que M. l'abbé Chapeau a confondu avec Aldebert III, comte du Périgord, fils d'Aldebert II, comte du Périgord, et d'Aïna, beau-frère, en effet, de Guy-Geoffroy. (Cf. le travail de M. Georges Thomas, Les comtes de la Marche de la maison de Charroux, dans nos Mémoires, t. XXIII, p. 595).
— M. Louis Lacrocq communique une lithographie représentant les lanternes des morts de Felletin, La Souterraine et Saint-Agnan-de-Versillat, figurées à côté les unes des autres, et portant, sans date, la signature : Edouard Griton del. et lith. à La Souterraine. Au-dessus se trouve la mention Archéologie du Limousin n° 2, qui indique que la planche faisait partie d'une série, mais on ne connaît aucune autre planche de cette série, de même qu'aucun renseignement sur Griton n'a jamais été publié. Bosvieux dans sa Bibliothèque de la Creuse, (Congrès de Guéret de 1865. Compte-rendu, p. 243), n'a relevé que ce numéro 2. Paul Ducourtieux (Fabricants de papiers, imprimeurs et libraires du département de la Creuse, Limoges, 1901, p. 51) dit que Griton était établi à La Souterraine « vers 1850 ».
Cette lithographie présente un intérêt documentaire particulier pour la lanterne de La Souterraine, parce qu'elle la montre avant sa restauration ; le lanternon est écroulé.
— M. Louis Lacrocq signale l'existence, sous le Second Empire, d'une fabrique de papier de paille, établie au moulin du Temple, commune de Saint-Etienne-de-Fursac, exploitée, de 1860 à 1864, par deux associés, Boussaton-Bellisle et Chanteau. Elle a disparu, après la dissolution de la société faite suivant acte devant Me Bernard, notaire à Saint-Etienne-de-Fursac, du 6 avril 1864.
— M. de Berranger présente une photographie de la sculpture du XVe siècle figurant la Vierge de Pitié sous un dais à accolade surmontée d'un fleuron, qui se trouve placée, extérieurement à l'église de Saint-Silvain-Montaigut, dans le contrefort Nord, au chevet.
Il communique le cahier des doléances de la paroisse de Bourganeuf, en 1789, qu'il a découvert au cours de ses classements. Ce document sera publié,
— M. le docteur Janicaud lit une note, qui sera publiée, sur les mottes féodales de Naillat.
— M. Albert Lacrocq explique la signification du nom d'une rue de Guéret : la rue Tour-du-Baril. Le mot « Baril » est certainement une altération du toponyme méridional bàrri, très répandu, désignant, dans beaucoup de villes, un quartier de périphérie (p. ex., dans notre région, à Eymoutiers et à Saint-Yrieix-la-Perche) et s'appliquant aussi à des villages (cinq, dans la Creuse, portent ce nom). La situation de la rue Tour-du-Baril cadre bien avec cette explication dont M. Antoine Thomas, à qui elle a été soumise, a dit qu'elle ne lui paraissait pas douteuse.
— M. Nétange communique la copie d'un acte du 14 août 1691, reçu par Brisse, notaire royal à Felletin, qu'il a trouvé dans les minutes de Me Bertrand, notaire à Felletin. Cet acte contient sous-location par François Pinethon, de Felletin, « fermier de Me Jacques Philipe », à Gabriel Roche, marchand de la même ville, du bureau de poste de Felletin pour « la distribution des lettres et paquets venant tant de ce royaume de France que autres pays estrangers ». La distribution devait être faite deux fois par semaine. Roche s'engageait à avoir un registre pour les lettres « où il y auroit de l'argent à faire tenir et à prendre pour son compte les lettres et paquets de rebut ». L'acte réglemente de façon assez peu claire la rémunération de Roche.
— M. Nétange communique également une délibération du Conseil municipal de Moutier-Rozeille, en date du 15 novembre 1807, qui contient des renseignements sur les ponts de la rivière la Rozeille au début du XIXe siècle.
Cette délibération est prise à l'occasion de la demande de participation qu'avait reçue la commune pour la réparation du pont de Chez-Tavelle. Le Conseil municipal la refuse pour deux motifs : 1° l'inutilité de la réparation, parce que le passage par ce pont n'est pas le vrai chemin de Felletin à Bellegarde ; c'est par le pont de Valleix qu'on doit passer ; or « à cent pas plus bas [que ce dernier
« pont], il y en a un autre qu'a fait construire cette année M. le
« général Nalèche à ses frais pour éviter des périls aux voyageurs
« et ce pont peut recevoir toute espèce de voitures sans danger » ; 2° l'absence de ressources, telle que la commune est « dans la nécessité
« de laisser dépérir le pont appelé Pont-Celereix, sur la Rozeille, à
« un quart de lieue du chef-lieu,... dont partie des arcades faites en
« pierre sont tombées », pont cependant « d'une utilité majeure à
« Moutier-Rozeille ainsi qu'à plusieurs autres communes... pour se
« rendre à Aubusson ».