SÉANCE DU 31 JANVIER 1929

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : MM. le commandant Bareige, Beluchon, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Ferrier, Frétet, René de Forges, Gontier, Jamot, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Polier, Rousseau, Sarrassat.

Excusé : M. Lafay.

M. le Président exprime l'hommage respectueux de la Société à la mémoire de M. René Fage, correspondant de l'Institut, nommé membre correspondant en 1915, membre honoraire en 1921, récemment décédé. Il rappelle ses remarquables travaux et la collaboration qu'il avait donnée aux Mémoires de la Société.

— Sur la proposition du Bureau, M. Maurice Leloir, artiste peintre, qui a donné à la Société et au Musée tant de témoignages de sympathie, est nommé membre honoraire.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Madame veuve A. Dumont, à Paris ; Mlle Marguerite-Marie du Muraud, à Guéret ; MM. Appleton, avocat à la cour d'appel, à Paris ; Jérôme Bellat, architecte, à Paris ; François Beluchon, instituteur en retraite, à Guéret ; Dallant, docteur en droit, substitut à Guéret ; Louis Pimpaneau, directeur de la succursale du Crédit foncier d'Algérie, à Bordeaux ; Henri Rouet, étudiant, à Guéret ; Noël Sarciron, à Guéret.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas a envoyé la copie qu'a bien voulu lui remettre, pour notre Société, son confrère M. Maurice Prou, directeur de l'Ecole des Chartes, membre de l'Institut, d'un acte concernant un Marchois, relevé sur le registre paroissial de Néris (Allier), à l'année 1645 :

Le jeudy au soir, trentiesme mars 1645, est decceddé Gabriel Ajasson, escuyer, sr de Champevillant, filz de Jacques [blanc] sr de Grandsaigne, en la Marche, parroisse de Bonot [sic] estant venu au remede des eaux de ce lieu, demeurant au lieu, bourg et chasteau de Ronnet, et fust gardé en ce lieu et dans la maison de Mr Gilbert Chabot, nre royal, tout le vendredy dernier jour dudict moys de mars, et le premier apvril mesme année fust conduit son corps audit lieu de Ronnet, assisté de moy curé soubsigné et de nostre communauté, ensemble de quatre religieux cordeliers de Montluçon, de Madame de Villebeuche, de deux freres du deffunct, du sr de Lairault (?) de Montluçon, dudict Chabot et de dame Loyse Perron, sa femme et plusieurs aultres personnes de ce lieu de Nery et fust enterré dans l'esglise dudict Ronnet ce mesme jour, en foy de quoy j'ai signé.
Signé : Garroulet, — Nansay, Chasteaubo..., Chabot, Lagarde.

M. Antoine Thomas a ajouté les identifications de lieux suivantes : Champvillant (ou Champ-Villant, Chanvillan, Champvillan) commune de Lourdoueix-Saint-Pierre (Creuse) ; Villebeuche (ou Villebouche), commune de Treignat, canton d'Huriel (Allier) ; Ronnet, canton de Marcillat (Allier) ; le Bonot de l'acte est Bonnat (Creuse).

La Société exprime ses respectueux remerciements à M. Prou et à M. Thomas.

— M. Antoine Thomas avait reçu, en 1926, de M. Pierre Fournier, archiviste départemental du Puy-de-Dôme, copie de l'acte de naissance de Huguet, curé de Bourganeuf à la Révolution, qui fut ensuite évêque constitutionnel et député de la Creuse. M. Fournier a bien voulu l'autoriser à nous communiquer cet acte ; nous lui exprimons nos remerciements.

L'acte se trouve aux Archives communales de Moissat (Puy-de-Dôme), paroisse de Saint-Pierre-de-Moissat, registre des baptêmes de 1757 ; il est ainsi conçu :

L'an mil sept cents cinquante et le vingt septième jour du mois de mars a été baptisé par moy soussigné Antoine Huguet, né ce meme jour environ midy, fils legitime à Mre Joseph Huguet, notaire royal, et de demoiselle Julienne Dumas, habitants du Haut Moissat, sur cette paroisse. Parrein a été messire Antoine Dumas, son grand oncle, curé de Saint-Remy-d'Espezen. La marraine demoiselle Suzanne Buisson, femme à Mre François Huguet, notaire, grand pere du susd. baptisé, qui a signé ce present acte avec Mre Robert Marilhat, notaire royal et ballif de La Garde, presents aud. bapteme ont aussi signé le present acte avec moy ledit jour et an.
Signé : Dumas, curé, Huguet, Buisson, Marilhat, Roux, curé.

Ce document rectifie l'erreur souvent commise sur le lieu de naissance de Huguet, indiqué Moissat (Cantal). Huguet parait avoir ajouté au prénom de son acte de baptême celui de Marc et avoir signé « Marc-Antoine Huguet » (cf. Duval, Archives révolutionnaires de la Creuse, p. 183).

— M. le docteur Bussière a envoyé, à la demande de M. le Président, le discours prononcé par lui aux obsèques de M. Blavy, de Bouffanges, commune de Saint-Marc-à-Loubaud. Ce discours contient d'intéressants renseignements relatifs à l'émigration des maçons creusois, qui, par Clermont-Ferrand, Pont-du-Château, Noirétable, Sainte-Foy et Yzeron, gagnaient Lyon à pied. Il rappelle la vie de travail de M. Blavy, entrepreneur de constructions, qui fut l'un des promoteurs et des créateurs de la station balnéaire d'Arcachon.

— M. Hugon communique une lettre du 29 août 1851, adressée par le sous-préfet d'Aubusson au maire de Chénérailles, lui prescrivant de s'opposer, au besoin par la force armée, à un banquet socialiste annoncé pour le 7 septembre suivant et que devait présider Martin Nadaud, alors représentant du peuple. Par les Mémoires de Léonard, de ce dernier (p. 340), on apprend que ce banquet eut lieu cependant dans un lieu proche de Chénérailles.

— Il communique également une police d'assurance de remplacement militaire pour l'année 1827, de la maison Breynat, Charbonnier et Cie. Par cette police d'un modèle courant, les assureurs s'engagent, dans le cas où l'assuré ferait partie, par suite du tirage au sort, du contingent des jeunes soldats, à lui fournir un remplaçant « ayant les qualités requises » ; et « en cas de désertion du premier ils en fourniront un second, et successivement jusqu'à libération définitive ».

— M. René de Forges communique deux extraits d'un livre domestique tenu au XVIIIe siècle par un membre de sa famille habitant la paroisse de Naillat.

Le premier extrait mentionne — peut-être avec quelque exagération, quant à la durée — un phénomène météorologique en 1760 : « Il a reigné un brouliard qui a commencé depuis le commencement d'avril, qui a duré tous les jours sans pluye jusqu'au moys de novembre. Les astronomes attribuent cet évènement au tremblement de terre qui arrivat à Messine dans le mois de fevrier de la même année. La moisson ne laissat pas d'etre assé bonne à l'exception des herbes qui ne pousserent pas ». L'année 1761 fut sèche, « cependant on parvint à hiverner les bestiaux, avec la paille qu'ils mangeoint comme du foin ».

Le second extrait mentionne, à la date du 23 août 1791, « un soulèvement de presque toutes les paroisses composant le district de La Souterraine qui s'y rendoient avec fusils, fourches de fer, dards, couteaux à percer les sabots et autres instruments meurtriers, à l'effet de demander aux juges du district et administrateurs les titres des seigneurs auxquels ils payoient des rentes et sur quel fondement ils les condamnoient à payer provisoirement les rentes ». Cette grave rébellion a été racontée par Duval (Archives révolutionnaires de la Creuse, p. 63). Le bref récit du registre domestique confirme le document officiel publié par Duval.

— Lecture est donnée d'un dépouillement des registres paroissiaux de Bonnat envoyé par M. Chamberaud.

— M. Maurice Dayras analyse un factum de la fin du XVIIIe siècle relatif à un procès devant la juridiction souveraine des Eaux et Forêts à Paris, soulevé par les religieuses de Blessac contre les sieurs Richon et Bertrand, notaires royaux à Aubusson, accusés par elles d'avoir participé à des actes de pêche dans leur écluse des Dames, près d'Alleyrat, faits dans lesquels le principal inculpé était le sieur Picon, seigneur d'Alleyrat et de Laubard.

— M. de Berranger signale trois inventaires de meubles du château de Boussac en date de 1522, 1529 et 1530, faisant mention d'un nombre important de tapisseries, parmi lesquelles plusieurs pièces de Flandre. La description de ces dernières ne permet pas de les identifier avec les tapisseries dites de « La Dame à la licorne » dont la provenance reste à déterminer.

— M. le docteur Janicaud a relevé l'inscription d'une cloche de provenance inconnue (hauteur 0m,35 ; diamètre 0m,35), qui se trouve à Lardillier, commune de La Chapelle-Taillefer, chez M. Marcellot. Cette inscription, sur une ligne, en lettres gothiques, est ainsi conçue :

Ave Maria graci(a) plena Domi no MDLVIII [1558]

La cloche est ornée d'une bande de rinceaux et d'un sujet en relief figurant le Christ en croix, avec la Vierge à sa droite, saint Jean à sa gauche ; un dais de style flamboyant, avec fleurons et pinacles, abrite le groupe.

M. Marcellot possède également une petite cloche (hauteur 0m,16 ; diamètre 0m,15), sans inscription, de même forme que l'autre cloche dont elle parait être contemporaine.

M. le docteur Janicaud présente une photographie qu'il a faite de la croix sculptée en pierre qui se trouve, au même lieu de Lardillier, en bordure de la route nationale. Cette croix était autrefois à Guéret, sur la place Marchedieu (cf. Dr Villard, Notes sur Guéret..., Mémoires, t. XV, p. 205 et note 1). Elle parait être du XIVe siècle. M. le docteur Janicaud signale sa ressemblance avec une croix d'une région éloignée, celle dite des Pèlerins, sur la route de Roncevaux dans les Pyrénées, datée de 1374, dont le Bulletin de la Société des Arts de Bayonne a publié une reproduction (année 1925, p. 211).

— M. Louis Lacrocq lit la note publiée ci-dessous sur la chapelle et les reinages de Lignaud.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA CHAPELLE DE LIGNAUD ET SES « REINAGES »

A un kilomètre environ au Nord de la Petite Creuse, faisant à peu près face à Chambon-Sainte-Croix sur l'autre rive, s'étend le gros village de Lignaud, commune de Lourdoueix-Saint-Pierre, plus important que beaucoup de chefs-lieux de communes. Il ne parait cependant jamais avoir été centre paroissial ; il a toujours dépendu de Lourdoueix-Saint-Pierre dont il est assez éloigné. Si nos études locales s'en sont occupées jusqu'ici, c'est pour parler de son souterrain-refuge et de son camp (1). Il y a quelque chose de plus à en dire. On y voit des constructions à pans de bois anciens dont l'assemblage adroit atteste qu'on est dans la région des charpentiers ; une maison du XVe siècle, dite « Maison de la Dîme », a gardé des fenêtres moulurées et une cave voûtée ; dans une cour, une pierre à broyer le millet, une « pilade », est taillée avec un soin remarquable et porte gravée la date de 1786. Mais ce qu'il y a de plus intéressant à Lignaud, c'est la chapelle.

Elle se cache, modeste, derrière des arbres, sur le terre-plein qui surplombe l'entrée du village, à gauche en venant du pont de Chambon. Son origine est ancienne. D'après le Pouillé de Nadaud (éd. Lecler, p. 540), elle dépendait de Chambon-Sainte-Croix en 1297 et il y avait là un prieuré ou une vicairie dont on constatait encore l'existence en 1482. A raison de son mauvais état et de son « inutilité », l'autorité épiscopale prescrivit sa démolition en 1745. Mais les habitants firent mieux que la démolir ; ils la reconstruisirent. Le bâtiment actuel est cette reconstruction du XVIIIe siècle.

C'est une nef rectangulaire de 9 mètres de long sur 7 mètres de large, à pignons triangulaires ; un clocheton surmonte le toit de tuiles. La reconstruction a conservé une partie des murs et laissé subsister des traces de l'ancien voûtage en ogives auquel on a substitué un lambris : dans trois angles se voient des culots de retombée à masques humains. Un cordon uni entoure les murs à l'extérieur. La porte, ouverte dans la façade Ouest, est en plein cintre, avec large chanfrein ; deux petites baies en plein-cintre sont percées l'une dans le mur Sud, l'autre dans le chevet ; celle-ci est ornée, à sa partie supérieure, d'un écusson illisible.

A l'intérieur, dont les murs Nord et Sud sont garnis de bancs en pierre, nulle décoration que de pieuses images médiocres : statues de la Vierge et de sainte Madeleine, patronne de la chapelle, et peinture où la pécheresse, aux longs cheveux blonds, est représentée repentie, assise dans une grotte, un crâne devant elle.

Propre et en bon état, la chapelle est un des trop rares exemplaires que nous ayions conservés des nombreux sanctuaires ruraux d'autrefois.

Celui-ci présente une originalité : il a gardé sa confrérie placée naturellement sous le vocable de sainte Madeleine et l'usage des reinages ; on y met encore aux enchères les dignités de la confrérie. En compagnie de mes amis le docteur Janicaud et Louis Baraille, je l'ai constaté cette année, le 22 juillet, jour de la fête de la sainte.

Une procession part de la chapelle et va jusqu'à la croix plantée au sommet du village ; des jeunes filles portent sa statue. La messe est ensuite célébrée et M. le curé de Lourdoueix, devant la porte, sur la petite place ombragée de tilleuls, met aux enchères les dignités dont les titulaires composent « la grande confrérie ». Il n'y en a que quatre : roi, sous-roi, reine, sous-reine. Toutes trouvent preneurs ; pour l'une, l'indication donnée par une vieille femme que l'enchère est portée au nom d'une malade, arrête la compétition selon, parait-il, l'habitude. A la « petite confrérie », se fait inscrire qui veut.

De tradition, l'après-midi et la soirée du 22 juillet, Lignaud est en fête et en danse. Le matin, la vieille cloche de la chapelle tinte joyeusement.
Louis Lacrocq.

La Celle-Dunoise, 30 juillet 1928.

(1) Cf. Mémoires, t. IV, p. 293, V, p. 69, XIV, p. 511 (articles de L. Duval, Thuot et G. Martin).

 

 

SÉANCE DU 7 MARS 1929

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle du Muraud, MM. le colonel Arnaud, Beluchon, de Berranger, le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Ferrier, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Mazure, Paul Mozer, Polier, Rousseau, Sarrassat.

Excusés : MM. Gabriel Jamot, André Mozer.

Sur la proposition du Bureau, M. Maurice Prou, membre de l'Institut, directeur de l'Ecole des Chartes, est nommé membre honoraire ; M. Pierre Fournier, archiviste départemental du Puy-de-Dôme, est nommé membre correspondant.

Des félicitations sont adressées à M. Lafay, nommé chevalier de la Légion d'honneur, au docteur G. Janicaud, nommé officier de l'Instruction publique, à M. Marcel Nadaud, nommé officier du Mérite agricole.

CLASSEMENT. — Par arrêté ministériel du 25 janvier dernier, ont été classés comme sites pittoresques les rochers situés dans la forêt domaniale de Chabrières près Guéret, dénommés Rocher de la Tribune, Pierre du Loup, Pierre Casse-noisette, Pierre Chabranle, Pierre la Graule, Roche à Parrain.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlle Thomé, professeur à l'Ecole normale d'institutrices, à Guéret ; MM. Joseph Boulaud, principal clerc de notaire, secrétaire général de la Société archéologique et historique du Limousin, à Limoges ; le docteur Jean Bussière, conseiller médical de la légation de France, à Pékin (Chine) ; Descoursières, représentant de commerce, à Aubusson ; Marcel Faucher, rédacteur à la Préfecture, à Guéret ; Edouard Lacombe, ingénieur-directeur de l'Union électrique de la Creuse, à Guéret ; Marcel Moluçon, docteur en pharmacie, à Châteauroux (Indre) ; l'abbé Pénicaud, curé-doyen de Châtelus-Malvaleix.

COMPTES & BUDGET. — M. Paul Mozer, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1928.

Recettes
Excédent de caisse au 31 décembre 1927 . . . . . 919 20
Subvention du département . . . . . . . . . . . 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret . . . . . . . . 2.000 »
Cotisations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7.488 »
Vente de volumes des Mémoires . . . . . . . . . . 770 15
Intérêts de rente 5 % . . . . . . . . . . . . . . 200 »
12.877 35

Dépenses
Gardiens du Musée . . . . . . . . . . . . . . . . 1.803 »
Impression et brochage des Mémoires . . . . . . . 6.725 05
Frais de poste . . . . . . . . . . . . . . . . . . 563 40
Recouvrement des cotisations . . . . . . . . . . . 186 90
Frais de bureau . . . . . . . . . . . . . . . . . . 483 90
Chauffage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105 50
Musée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1.624 05
Bibliothèque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246 50
Dépenses diverses . . . . . . . . . . . . . . . . . 46 25
11.784 55

RECETTES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12.877 35
DÉPENSES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11.784 55

Excédent de caisse au 31 décembre 1928 . . . . . 1.092 80

Le livret de Caisse d'épargne, comprenant le montant des cotisations rachetées, s'élève à 5.674 fr. 42 au 31 décembre 1928.

Les comptes, vérifiés par MM. Laborde et Polier, sont reconnus exacts et approuvés. Des remerciements sont adressés à M. Paul Mozer.

Le budget de 1929, établi par le bureau, est approuvé.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'une note de M. Max Prinet, membre honoraire, sur le meurtre d'un émigrant marchois en 1707, note reproduite à la fin du présent procès-verbal. Des remerciements sont exprimés à M. Prinet.

— M. Louis Lacrocq analyse un article de M. Henry Martin sur les tapisseries dites de la Dame à la licorne, qui sont, depuis 1882, au Musée de Cluny à Paris, et proviennent du château de Boussac, article récemment paru dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France (voir Bibliographie creusoise).

— M. Chamberaud a envoyé l'analyse d'un bail du 19 janvier 1737, passé devant Southon, notaire à Pionnat, (minutes de l'étude de Me Matraud, à Pionnat), par lequel les religieux Célestins des Ternes affermet à Pierre Gentil, de Ménardeix, paroisse de Pionnat, leur moulin des Forges, moyennant 6 livres d'argent et 100 septiers de seigle évalué 4 livres le septier. Le preneur est autorisé à pêcher dans la rivière et dans l'écluse, à la condition d'apporter et vendre au monastère tout le poisson qu'il prendra et qui lui sera payé : le poisson blanc et le barbeau 2 sols 6 deniers la livre, le brochet et la truite 3 sols. Il lui est interdit d'en vendre ou donner ailleurs, à peine d'une amende d'une pistole par chaque contravention.

— M. le docteur Janicaud présente la photographie qu'il a faite d'une jolie croix de carrefour qui se trouve près du village de Peyzat, commune de Glénic. Cette croix à fut mince de 1 m. 50 de hauteur environ, terminée par une corniche, porte sur la face Sud le Christ en croix, sur la face Nord la Vierge tenant l'Enfant ; aux deux tiers du fut une figure très fruste parait être la représentation d'une femme. Sur la face Nord le croisillon gauche porte l'inscription INRI et le croisillon droit le nom de BOVRDIER, qui doit être celui du donateur, au-dessous de ce nom une lettre qui parait un P. Cette sculpture naïve ne manque pas de finesse.

— M. Mazure lit une note sur l'ancienne église paroissiale de Gouzon, dont il ne reste que quelques parties, note qui sera publiée.

— M. Albert Mayeux, membre honoraire, a identifié la localité d'où était originaire le fondeur de cloches Etienne Bally (voir Mémoires, t. XXIII, p. 167) qui travaillait à Aubusson en 1603 : ce n'est pas Villeroncourt, comme M. Antoine Thomas l'avait supposé, mais Huilliécourt, canton de Bourmont, arrondissement de Chaumont (Haute-Marne). M. Mayeux ajoute que le nom patronymique Bally existe toujours dans le pays.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – MEURTRE D'UN ÉMIGRANT MARCHOIS

Dans un registre paroissial de Gevigney (Haute-Saône) (1), j'ai relevé, à la date du 7 mai 1707, la mention du décès d'« Antoine Laurent, maistre masson de profession, de la Haulte-Marche, parroisse de Saint-Pardoux à l'Escard, du village de Fressine », mort « d'un coup d'espé qu'il avoit reçu d'un carabinier de la brigade de Monsieur de Veneiul ».

Le malheureux maçon était donc un marchois, originaire du village de Fressigne, situé en la paroisse de Saint-Pardoux-les-Cards (Creuse, canton de Chénérailles) (2).

Son meurtrier était un carabinier, c'est-à-dire un de ces cavaliers d'élite qui, précédemment répartis entre les régiments, avaient été réunis, en 1693, pour constituer un nouveau régiment (Royal Carabiniers), fort de cent compagnies formant ensemble cinq brigades (2 bis). Une de ces brigades a été commandée par M. de Verneuil.

Alexandre-François du Rozel, seigneur de Verneuil-le-Château (3), était fils de Charles du Rozel, seigneur de La Ganneraie (4), Verneuil et Theneuil (5), appelé le comte du Rozel, et neveu de deux lieutenants-généraux : le marquis et le chevalier du Rozel (6). Il a servi comme officier de carabiniers, depuis 1690, étant devenu cette année-là, capitaine des carabiniers du régiment de Quinson. Il entra, en 1693, avec sa compagnie dans le régiment spécial qui venait d'être créé. L'année suivante, il devint lieutenant-colonel dans la brigade d'Aubeterre, et, en 1702, il reçut une commission pour tenir rang de mestre de camp. Le 6 avril 1707, il fut pourvu d'une des brigades du régiment des carabiniers.

Nommé brigadier des armées du Roi, en 1709, il eut, en 1719, un brevet de maréchal de camp. Il se démit alors de sa brigade et cessa de servir (7).
Max Prinet.

(1) Canton de Combeaufontaine.
(2) L'identification a été faite par M. Antoine Thomas.
(2 bis) P. Daniel, Histoire de la milice française, t. II, p. 479-482.
(3) Indre-et-Loire, canton de Richelieu. Voir Carré de Busserolle, Dictionnaire d'Indre-et-Loire, t. VI, p. 386.
(4) Indre-et-Loire, canton de l'Ile-Bouchard, commune des Chezelles. Voir Carré de Busserolle, op. cit., t. III, p. 155.
(5) Canton de l'Ile-Bouchard. Voir Carré de Busserolle, op. cit., t. V, p. 413 ; t. VI, p. 126.
(6) Bibliothèque nationale, Dossiers bleus 591, dossier 15505, fol. 5 ; Cabinet d'Hozier 302, dossier 8267, fol. 4. Mercure de France, octobre 1706. Pinard, Chronologie militaire, t. IV, p. 472-474, 581-584. Cf. Saint-Simon, Mémoires, édit. Boislisle, t. I, p. 236, 281-284.
(7) Pinard, op. cit., t. VII, p. 39-40. Alexandre-François du Rozel de Verneuil a eu des biens en Franche-Comté. La Chambre des comptes de Dôle l'autorisa, en 1715, à tenir en fief les granges Beugny et des Prés-Dessus (Archives du Doubs, B 827).

 

 

SÉANCE DU 25 AVRIL 1929

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle du Muraud, MM. le commandant Bareige, de Berranger, Chantrelle, Charles-Marlin, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Ferrier, René de Forges, Gontier, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Mazure, Paul Mozer, Paty, l'abbé Pénicaud, Rimour, Sarrassat.

Excusés : MM. de Bourran, Lafay, de Lajaumont, André Mozer, Polier.

La Société exprime ses vifs remerciements à M. le Sénateur-maire et au Conseil municipal de Guéret pour l'augmentation de 500 francs sur la subvention annuelle de la ville récemment accordée.

— M. le Président fait connaître la création à Paris de la Société du Folk-lore français avec qui nous ferons échange de publications.

— Des félicitations sont adressées à M. Rohmer, membre correspondant, nommé officier de l'Instruction publique.

CLASSEMENT. — Par arrêté ministériel du 8 mars dernier, la borne milliaire dite Pierre du Marteau, qui se trouve au village de La Pierre-du-Marteau, commune du Donzeil, a été classée comme monument historique.

M. le Président félicite M. le docteur Janicaud qui, par son étude de ce monument et ses démarches, a été l'instigateur du classement.

NÉCROLOGIE. — M. le Président adresse l'hommage de la Société à la mémoire de M. le docteur Emile Laurent, membre titulaire depuis 1924, décédé à Paris, le 3 janvier dernier, dans sa 71e année. M. le docteur Laurent avait exercé sa profession à Paris dans le XIIIe arrondissement où sa philanthropie et son dévouement aux malheureux l'avaient rendu populaire. Pendant 36 ans, il y a dirigé un dispensaire et une crèche qu'on citait en modèle. Il était très attaché à la Creuse où il faisait de longs séjours. Il a été maire de Saint-Hilaire-le-Château et conseiller d'arrondissement de Pontarion, entouré de l'estime de ses concitoyens.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. le baron Michel de Curières de Castelnau, à Aubusson ; Georges Dayras, commissaire du gouvernement au Conseil d'Etat, à Paris ; Debize, négociant, à Boussac ; Pierre Delarbre, banquier, à Aubusson ; Joseph Desfosses, à Boussac ; le docteur Jean Dessaix, à Bénévent-l'Abbaye ; Henri Leclerc-Montmoyen, ingénieur, à Paris ; Louis Monniot, contrôleur des contributions indirectes, à Boussac ; Maurice Pourcheiroux, industriel, à Paris.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Joseph Boulaud a envoyé une analyse de l'acte, passé devant Carrère, notaire à La Sauvetat-en-Gascogne [canton de Fleurance, Gers] le 14 octobre 1719, contenant vente de la baronnie de Pontarion par le comte de Goas, à MM. de Chastagnac de Neuvic. La désignation des droits compris dans la vente est minutieuse ; elle énumère notamment le péage sur le pont de Pontarion, le « courrestage sur le vin », le « droit de levée sur les poulins et poulines, mules et mulets et tous les animaux qui ont le pied fendu », le droit de pêche et de chasse. Cet acte a été déjà signalé dans nos Mémoires, d'abord par l'abbé Lecler (t. IX, p. 407), ensuite par le baron de Corbier (t. XXIII, p. 541), mais sans détails et avec la même erreur quant au notaire qui l'a reçu : ils ont indiqué que ce notaire était Estienne, résidant à Limoges ; la communication de M. Boulaud explique qu'il n'y a eu que dépôt en l'étude d'Estienne, le 14 août 1734, d'une expédition de l'acte reçu par son confrère de Sauvetat.

— M. Desjobert de Prahas communique les inscriptions de deux cloches, sans noms ni marques de fondeurs, qui se trouvent dans le clocheton du château de Bosgenet, commune de Pionnat.

Sur l'une (haut. 0m,48 ; diam. 0m,40) :

† 1710 † E † C
† IESVS † MARIA † IOSEPH † SS † IGNATIVS † ET † XAVIERVS

Sur l'autre, fondue en commémoration du mariage d'un des propriétaires de Bosgenet (haut. 0m,28 ; diam. 0m,40) :

1738
IOANNES † DISSANDES † MARIA † NIVEAU

— M. Louis Lacrocq lit une note, qui sera publiée, sur les documents réunis, avec le titre collectif « Monuments historiques », dans la série T, aux Archives départementales de la Creuse.

Il communique des notes qu'avait relevées le regretté Roger Drouault, alors qu'il était receveur de l'enregistrement à Aubusson, dans les minutes de Legros, notaire à Blessac, conservées en l'étude de Me Rousseau, à Aubusson :

Le 8 mai 1685, Gabriel Forgues, curé d'Alleyrat, passait marché avec Louis Borye, Louis Meaulme et Jean Fournet, maîtres maçons d'Alleyrat, pour la réfection d'un pan de mur de l'église et de la petite porte « jusqu'aux fonts baptismaux », moyennant le prix de 80 livres. Le 1er juin suivant, un procès-verbal constate que le travail avait été mal exécuté et le 3 juin un nouvel accord intervint : le marché antérieur était maintenu, mais les maçons s'engageaient à « grossoyer et blanchir la maçonnerie à chaux et sable jusqu'au cordon et armoiries du sieur Laubart ».

Le 15 juin 1687, eut lieu une assemblée des habitants de la paroisse d'Alleyrat au sujet de la maison curiale que le curé avait fait construire, moyennant 460 livres, suivant prix-fait du 4 avril 1677, passé devant Mersinot, notaire, avec Pierre Pardoux, Pierre Doudan, Jean et Antoine Meaulme.

— M. de Berranger lit une note sur La Fête des fous à Saint-Fiel, reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. le docteur Janicaud fournit des explications sur des objets préhistoriques trouvés par M. Paty, à Clavérolles, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois, et donnés par lui au Musée. Il décrit, en en présentant la photographie, la colonne de la période gallo-romaine qui a été trouvée au Masforeau, commune de Saint-Christophe, en 1914, et qui est maintenant chez M. Gilet, boucher à Courtille près Guéret, (cf. communication de F. Autorde, Mémoires, t. XIX, p. 590).

— M. Paty signale la tradition d'après laquelle un château, détruit pendant la Révolution, aurait existé sur le tènement dit Veillère, à 1.500 mètres environ au Nord du village de Clavérolles, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois, à gauche et à proximité de la route de Guéret à Anzême. La même tradition rapporte qu'une cloche placée dans une tour du château, serait allée, malgré les précautions prises par les démolisseurs, s'enfoncer dans le sol, au milieu d'un pré humide, où elle serait toujours, sonnant à minuit pour Noël. A cet endroit sort une source qu'on appelle la Fontaine de la cloche. La légende donne le détail que les démolisseurs avaient réussi à sortir la cloche du sol quand, l'un d'eux ayant blasphémé, elle s'enfonça de nouveau pour toujours. M. Paty signale encore au village de Clavérolles, une pierre rectangulaire, qu'on dit provenir du château, et qui porte l'inscription : LAVS DEO 1613. Sur une pierre en bordure d'un chemin, entre Clavérolles et Cherchory, au lieu dit des Fonteries, une croix est taillée en creux ; ses deux branches, d'égale longueur, ont environ 0m,16. La tradition rattache également cette croix au souvenir du château de Veillère.

M. Louis Lacrocq fait remarquer qu'une légende analogue à celle de Clavérolles, pour une cloche de Banassat, même commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois, provenant d'une chapelle disparue, a été signalée par Henri Delannoy dans sa monographie de cette commune (Mémoires, t. XII, p. 287, note 2).

— M. Maurice Dayras analyse divers actes notariés relatifs aux fours banaux d'Aubusson, trouvés par M. Louis Lacrocq dans les minutes anciennes de l'étude de Me Jabouille, notaire à Aubusson :

1° 23 avril 1720, Delachaud, notaire. — Le mandataire du vicomte d'Aubusson afferme pour 9 ans à Jean Garde et Jean Couloudon, tapissier et maçon, le « four de Bat », moyennant 230 livres par an, sous le cautionnement de Jean Dessarteaux, marchand, qui, en cas de non paiement, a le droit de « sous-fermer » ;

2° 24 avril 1720, Delachaud, notaire. — Le même mandataire afferme pour 9 ans, à Gilbert Bozon, garde des eaux et forêts, le « four de la Ville » et le « four de la rue Franche », moyennant 740 livres par an, sous réserve du droit de « sous-fermer » en cas de non paiement ;

3° 25 septembre 1721, Delachaud, notaire. — Michel Charrière et Joseph Florat, « maitres entrepreneurs d'ouvrages de maçonnerie et charpente », s'engagent pour le prix de 600 livres, à réparer les trois fours banaux dits de la Ville, de Bat, de la rue Franche ; le contrat spécifie les réparations à effectuer et l'emploi de pierres du Compeix pour le four de la Ville ;

4° 15 février 1755, de Seiglière, notaire. — Le mandataire du vicomte afferme pour 7 ans à François et Michel Boullegon frères, marchands, le four de Bat, moyennant 240 livres par an, avec stipulation du droit d'adjudication par folle enchère en cas de non paiement.

M. Maurice Dayras rapproche les indications fournies par ces actes de celles que donne Pérathon (Histoire d'Aubusson, p. 221) sur les fours banaux au XVIIe siècle et de celles que contiennent, pour le produit des fours de Guéret, les Notes du docteur Villard (Mémoires, t. XII, p. 491, note 1).

Il indique qu'une rue d'Aubusson, débouchant sur la rue Vaveix, s'appelle rue du Four et qu'il y avait, dans cette rue, une boulangerie ancienne, maintenant démolie, qui pourrait avoir été le four banal dit de la Ville.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA FÊTE DES FOUS À SAINT-FIEL

La Fête des fous, loin d'être une institution propre au moyen âge, a duré presqu'aussi longtemps que l'ancien régime, malgré les défenses des Parlements et des Conciles, avec un moindre éclat, il est vrai, mais en conservant son caractère et ses dates habituelles : — l'Epiphanie ou le jour des Innocents (1).

Pour la Marche, un texte (2), malheureusement unique, le prouve nettement. Bien qu'il ait déjà été signalé par mon regretté prédécesseur, M. Autorde, je crois utile de le présenter à nouveau, en l'absence de toute communication écrite et, surtout, vu son caractère exceptionnel.

Le document dont il s'agit — une plainte adressée à l'Official de Guéret — est sans date, mais divers synchronismes permettent de le situer entre 1643 et 1665 (3).

Un 28 décembre — dimanche et fête des saints Innocents, — Annet Coustuier (1) magistrat au présidial, se rendait en sa seigneurie de Saint-Fiel. Arrivant au bourg, il fut choqué d'entendre un tapage insolite et de voir les cabarets déjà pleins de buveurs. On lui dit que c'était la fête de la Confrérie (2) célébrée un jour plus tard que de coutume, parce que la date habituelle — 27 décembre — tombait, cette année-là, un samedi.

Mal satisfait de l'explication, Annet Couturier se promit de faire des remontrances au sieur Martin (3) curé de la paroisse. Mais son mécontentement grandit encore quand il s'approcha de l'église. Vers l'entrée, s'avançait un singulier cortège : en avant, un homme déguisé que l'on nommait « le Fou », un bonnet de taffetas multicolore en tête, des sonnettes aux jambes, ceint d'écharpes et armé d'un bâton. Derrière lui, jouaient hautbois et musettes, suivis de plusieurs membres de la Confrérie.

Le seigneur de Saint-Fiel intima l'ordre au cortège de se disperser, pour obéir aux prescriptions civiles et religieuses. Mal lui en prit. D'un cabaret voisin sortirent deux « bayles » fort avinés, qui, sous les coups et les injures, mirent l'opposant en fuite.

Battu et mécontent, Annet Coustuier s'en revint à Guéret, où il mit sans retard le vice-sénéchal au courant de sa mésaventure. « Le Fou », bientôt arrêté, fut traduit devant la cour présidiale. Quant au sieur Martin, curé, et au sieur La Faye, son vicaire, coupables l'un et l'autre d'avoir toléré la fête scandaleuse en se déclarant prêts pour l'année suivante à recommencer, ils se virent dénoncer à l'Officialité.

Les archives du Présidial et celles de l'Officialité sont malheureusement muettes (peut-être en raison de leurs fortes lacunes) sur l'issue des deux procès. Il nous faut donc ignorer quelles suites eut l'affaire et même si elle en comporta.
Henri de Berranger.

(1) Cf. Chéruel, Dictionnaire historique des institutions... de la France, art. Fêtes.
(2) Arch. dép. Creuse, 193, G 2 (cure de Saint-Fiel).
(3) Les éléments de chronologie sont constitués par les dates de naissance et de décès d'Annet Coustuier (1621, 1669), et celle de prêtrise de Jean Martin (1631, 1670). D'autre part, le 28 décembre, au cours de la période envisagée, est tombé un dimanche dans les années 1643, 1654, 1660 et 1665.
(1) Annet Coustuier, seigneur de Saint-Fiel (1621-1669), fils d'Antoine Coustuier et de Madeleine Boiron, marié à Marguerite de Nesmond. Cf. H. de Lavillatte, Généalogie de la famille Coustuier de Fournoüe (Mém. Soc. Sciences Creuse, t. XXI, p. 313).
(2) Non identifiée.
(3) Jean Martin, curé de Saint-Fiel de 1631 à 1670. Cf. Dardy, La cure de Saint-Fiel sous l'ancien régime (Mém. Soc. Sciences Creuse, t. XI, p. 100).

 

 

SÉANCE DU 23 MAI 1929

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : MM. le colonel Arnaud, le commandant Bareige, Beluchon, de Berranger, le docteur Bordier, le docteur Brésard, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Grellet, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Laborde, Mazet, Mazure, Pasty, Polier, Paul Poujaud, Rousseau, Sarciron, le docteur Vincent.

Excusés : MM. Ferrier, André Mozer, Paul Mozer, l'abbé Pénicaud, Valadeau.

M. le Président communique l'appel adressé aux collectionneurs par le Comité de l'Exposition du cent cinquantenaire de la porcelaine dure afin qu'ils veuillent bien prêter pour cette Exposition qui aura lieu à Paris, au Pavillon de Marsan, en novembre prochain, leurs pièces anciennes provenant des fabriques limousines.

NÉCROLOGIE. — La Société s'associe au deuil causé par la mort de M. le docteur Paul Lepetit, récemment survenue à Clermont-Ferrand, à la suite d'un accident. Né à Aubusson le 16 novembre 1865, lauréat de l'internat des hôpitaux de Paris en 1891, M. le docteur Lepetit avait à Clermont-Ferrand une situation considérable ; il était chirurgien des hôpitaux et professeur à l'Ecole de médecine. Il avait publié plusieurs ouvrages médicaux estimés.

ADMISSION. — Est admis comme membre titulaire : M. François Tabard, fabricant de tapisseries à Aubusson.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas fait savoir qu'au cours de ses recherches sur Jean Gerson, le célèbre chancelier de l'Université de Paris, il a relevé le nom d'un Marchois dans le Chartularium Universitatis Parisiensis, publié par le P. Denifle et M. Chatelain (t. IV, p. 66). Parmi les délégués que Gerson conduisit, en novembre 1403, au pape Benoit XIII, alors à Marseille ou à Salon, pour solliciter sa bienveillance en faveur des professeurs et des étudiants, se trouvait Jean Bourgeois, prieur de Saint-Jean-de-la-Cour près Aubusson. La mention le concernant dans le rotulus présenté au pape est ainsi conçue : Fratri Johanni Burgensi, presb., priori prioratus de Curte dependentis a monasterio Ageduni Lemovicen. dioc. O. S. B. in decr. bac. ac in 3° anno et quarto volumine lecture sue existenti. M. Thomas ajoute qu'il s'agit évidemment du Jean Bourgeois qui devint, dans la suite, abbé du Moutier-d'Ahun et qu'on trouve mentionné en cette qualité, en 1419 et 1424 ; la première de ces mentions se réfère à l'achat qu'il avait fait à Limoges de deux livres de plain-chant (Cf. Delannoy, Liste critique des abbés du Moutier-d'Ahun, Mémoires, t. XIII, p. 352).

— M. le docteur Bordier présente, de la part de M. F.-J. Depoux, inspecteur au chemin de fer P. L. M., à Clermont-Ferrand, des grains de blé calcinés, qui ont été recueillis au lieu dit Le Puy-du-Château, hauteur située en face du village de Courtiat, commune de Mainsat. On trouve ces grains en abondance, mélangés à la terre. Il ne reste du château que des traces peu profondes de fossés envahis par la bruyère. Le sol a été visiblement fouillé, sans doute pour extraire des pierres qui ont servi à édifier les maisons du village. Une de ces maisons, en bordure de la route de Bellegarde à Mainsat, présente, encastrée dans un de ses murs, une pierre sculptée représentant un animal en relief, « une sorte de licorne », dit M. Depoux.

— M. Louis Lacrocq lit une note sur le château de Richemont, commune de Lourdoueix-Saint-Pierre, qu'il a visité avec MM. le docteur Janicaud et de Berranger. Les constructions actuelles, utilisées comme bâtiments de ferme, sont sans intérêt. Elles ont, d'après la tradition, remplacé un château important, dont les seuls restes sont une tour dérasée, un morceau d'une autre tour, une fenêtre moulurée et une porte en accolade ornée d'un écusson.

Du XVe siècle à la Révolution, la seigneurie et le château de Richemont ont appartenu aux familles du Boueix (jusqu'en 1644), Chauvelin (1644-milieu du XVIIIe siècle) et Bertrand de Pouligny. Une monographie inédite de la commune de Lourdoueix-Saint-Pierre, rédigée par M. l'abbé Brunet, qui l'a communiquée à M. Lacrocq, complète les brefs renseignements relatifs à Richemont fournis par l'article de Gabriel Martin sur Malval (Mémoires, t. VI, p. 268 et 274) et permet d'établir la liste des seigneurs de 1459 à la Révolution.

L'écusson de la porte à accolade mentionné plus haut est parti au 1 des armes des du Boueix : de sable à deux fasces d'argent, d'après certains généalogistes, d'argent à deux fasces de gueules, d'après d'autres, au 2 de deux léopards passant l'un sur l'autre. Ces dernières armes pourraient être, d'après M. l'abbé Brunet, celles d'une branche de la famille Taillefer, qui portait de gueules à deux léopards d'or passant l'un sur l'autre ; François du Boueix, seigneur de Richemont, qui vivait au début du XVIe siècle, avait épousé Guillemette de Taillefer.

— M. Louis Lacrocq étudie les noms de lieu La Loge, Les Loges, qu'on trouve à de nombreux exemplaires dans la Creuse, soit seuls, soit associés à d'autres noms (noms d'hommes, comme La Loge-à-Moreau ; noms de bois, comme Les Loges-du-Bois-Remort ; noms de villages, comme Les Loges-de-La-Villaine ; autres noms, comme La Loge-du-Loup). Ces noms se rencontrent, pour la plus grande partie, dans le Nord du département, non loin du Berry (cantons de Bonnat, Boussac et Châtelus-Malvaleix). Il y en a quelques-uns à peu près au centre du département (cantons de Bénévent-l'Abbaye, Le Grand-Bourg et Saint-Vaury) et dans la région Nord-Est (canton de Chambon-sur-Voueize), un dans la région Sud (canton de Saint-Sulpice-les-Champs).

L'origine de ces groupements est simple. La « loge », terme de provenance germanique, est, dans son sens originaire, une hutte de branchages. A la lisière ou dans les clairières des forêts qu'ils exploitaient, des bûcherons, des sabotiers, des charbonniers ont élevé des abris provisoires de cette sorte. Quelques-uns se sont fixés là où le hasard de leur petite industrie les avait arrêtés ; ils ont construit des demeures plus solides : un groupement définitif, un village est né. Les noms La Loge, Les Loges indiquent donc toujours la proximité immédiate, au moins dans le passé, d'un massif boisé, massif qui a, le plus souvent, disparu, précisément parce qu'il a été exploité à fond. Ainsi s'explique la fréquence du nom dans le Nord de la Creuse, qui a été très déboisé.

La répartition géographique de ces toponymes en France accuse un caractère bien net du nom de la région Nord. Il abonde, un peu partout, au Nord du plateau central ; on ne le trouve que très rarement dans le Midi. Il est fréquent dans notre région, en Berry, en Bourbonnais et en Poitou. S'il a franchi, dans la Creuse comme dans la Haute-Vienne, la limite de la langue d'oïl et de la langue d'oc, c'est, dans les deux départements, près de la frontière des langues qu'il apparaît surtout.

— M. le docteur Janicaud communique un extrait d'un livre in-4°, paru à Paris en 1790, intitulé La France illustrée ou le Plutarque français, par Turpin. La 5e livraison, consacrée à Guillaume et Georges de Gamaches, gentilshommes berrichons, contient diverses indications relatives à la Marche.

Il y est raconté, sans précision de dates, que Georges de Gamaches, qui combattait contre la Ligue, entra avec sa troupe dans la Marche, se présenta devant Jarnages et somma d'Audibert, qui y commandait, de se soumettre au roi. D'Audibert lui ouvrit la ville et se retira auprès du duc de Montpensier. Celui-ci, qui tenait pour la Ligue, écrivit une lettre de menace à Gamaches, autour de qui une partie de la noblesse de la province s'était groupée ; il lui interdisait notamment de s'approcher de Guéret. Gamaches ne tint pas compte de cette défense. Après avoir reçu le serment de fidélité des habitants de Jarnages, il fit une courte incursion en Auvergne, puis vint à Guéret avec ses gens auxquels s'était joint un corps d'élite de gentilshommes marchois commandés par La Rochedragon. Le duc de Montpensier, dont les sentiments avaient changé, le reçut avec affabilité. Gamaches lui remit un manifeste du roi, mais devant l'esprit hostile de l'entourage du duc, il crut devoir s'éloigner et partit pour le Bourbonnais.

L'histoire de la Ligue dans la Marche est à faire et les renseignements donnés, sans références, par l'auteur du Plutarque français sont à noter sous réserves. Par l'Histoire du Berry de Raynal (t. IV, p. 175 et 177) nous savons que Georges de Gamaches, « seigneur de Jussy et de Quinquampoix, vicomte de Raymond et de Château-meillant, chambellan du roi, gouverneur d'Issoudun en 1587 », était un des chefs du parti royal en Berry.

— M. le docteur Janicaud présente la photographie qu'il a faite du château de La Terrade, commune de Jalesches, récemment visité par M. Louis Lacrocq et lui.

Ce château, partiellement reconstruit, a gardé plusieurs parties anciennes intéressantes : des tours d'angle à créneaux très espacés, une chapelle du XVe siècle voûtée d'ogives avec baie à remplage flamboyant, un porche d'entrée du XVIIe ou du XVIIIe siècle, formant colombier d'un type rare dans notre région et dont il n'a été signalé, jusqu'à présent, qu'un autre exemplaire, celui du Pertuis, commune de Lafat (Cf. communication de M. Albert Lacrocq, Mémoires, t. XXII, p. XXXIII).

— M. Maurice Dayras communique un dessin, fait par Mme Miniat, de la jolie croix sculptée de Léon-le-Franc, commune de Bosroger. Cette croix en pierre, de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle, au long fût surmonté d'un chapiteau polygonal très orné, présente d'un côté, le Christ, de l'autre la Vierge avec l'Enfant ; les extrémités des bras sont fleuronnées.

— M. Rousseau signale des traces de voie romaine dans la commune de Lépinas.

 

 

SÉANCE DU 25 JUILLET 1929

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle du Muraud, MM. le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Ferrier, René de Forges, Gontier, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Albert Lacrocq, Lafay, de Lajaumont, Lecante, Polier, Sarciron.

Excusés : MM. André et Paul Mozer.

Des félicitations sont adressées à M. Henri Hugon, membre titulaire, nommé officier de la Légion d'honneur.

M. le Président annonce la nomination de M. Henri de Berranger secrétaire-adjoint, au poste d'archiviste départemental de la Sarthe. En le félicitant de ce brillant avancement, il rappelle avec quel zèle et quelle compétence il a rempli, depuis son arrivée à Guéret en 1924, ses fonctions d'archiviste départemental, les services qu'il a rendus à la Société, sa collaboration aux Mémoires et à la préparation des excursions annuelles. Il lui exprime les amicaux regrets que cause son départ et le plaisir qu'ont ses collègues à le compter parmi les membres à vie de la Société.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Raoul Clément, agrégé d'histoire, professeur à la Faculté française du Caire (Egypte) ; Gabriel Chevalier, notaire à Auzances ; Annet Fournier, ancien industriel, adjoint au maire, à Crocq ; Gipoulon, notaire à Bellegarde ; le docteur Lagate, à Evaux-les-Bains ; Melchior, au château de Peyrudette, par Champagnat ; Georges Pérathon, négociant à Aubusson ; René Thibaud, commis du Trésor, à Bourganeuf.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée de deux notes de M. Pierre Larbaneix :

Une de ces notes analyse un arrêt du Conseil, du 27 octobre 1553, relatif à la seigneurie de Pontarion, d'après l'expédition sur parchemin, incomplète de sa dernière feuille, qui fait partie des archives de M. le chanoine Parinet. Cette pièce est inédite et fait connaître un incident resté ignoré. Le 23 juin 1543, Guy de Pierrebuffière, François de Pierrebuffière et Marguerite de Maumont, sa femme, avaient vendu au chapitre cathédral de Saint-Etienne de Limoges, la seigneurie de Pontarion (Cf. Mémoires, t. XX, p. 81).

Mais Jean de Homades, grand-maître de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, poursuivit une procédure de « criées » pour arriver à l'adjudication de la seigneurie de Pontarion, adjudication qu'ordonna un arrêt du Conseil du 24 février 1547. Cette procédure constituant une menace d'éviction pour les chanoines, ceux-ci actionnèrent leurs vendeurs en garantie. François de Pierrebuffière étant mort, Jean, son fils mineur, héritier, fut assigné en mars 1549. Dans leurs défenses présentées devant le Conseil, Guy de Pierrebuffière et Marguerite de Maumont, veuve de François, expliquèrent que c'était pour des besoins d'argent personnels à François de Pierrebuffière qu'avait été faite la vente de la seigneurie aux chanoines, qu'ils ignoraient les droits revendiqués par l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem sur cette seigneurie, enfin qu'ils étaient libérés de leur obligation de garantie comme co-vendeurs parce qu'au nom de Jean de Pierrebuffière, il avait été fait offre aux chanoines de leur « bailler telle ou semblable terre ou chevance, en cas d'éviction, que les terres ou rentes vendues, offrant neantmoings de les desdommager entierement ». Il manque à l'expédition analysée le dispositif de l'arrêt rendu sur cette procédure.

La seconde note de M. Larbaneix, accompagnée d'un croquis, est relative au clocher-mur de l'église de Saint-Moreil. L'étude de René Fage sur Les clochers-murs de la Creuse, publiée dans nos Mémoires (t. XXI, 1919-21) signale ce clocher comme « un exemple assez rare de clocher-mur à une seule arcade » (p. 254, cpr reprod. p. 253) et René Fage fait remarquer qu' « il ne s'agit pas d'un simple clocheton, comme on en rencontre souvent sur les façades des pauvres petites chapelles, mais d'un véritable clocher élancé et d'élégantes proportions ». Il ajoute qu' « un auvent, supporté par deux jambettes en bois, abrite l'unique baie sur la façade ». Or cette description ne s'accorde pas du tout avec l'état du clocher tel que M. Larbaneix l'a vu en juillet 1920 : il a trois baies et il n'y a pas d'auvent abritant la baie centrale, la seule garnie d'une cloche. Comme on ne peut pas douter de l'exactitude du dessin accompagnant l'article de René Fage, fait par son fils M. André Fage, dessin qui reproduit, par ailleurs, exactement l'état de la façade, il faut supposer que, postérieurement à ce dessin ou au document graphique sur lequel il a été établi, le clocher a subi une modification. Il devait y avoir originairement trois baies, chacune abritant une cloche avec un auvent, dont on voit les traces d'appui, abritant les trois baies. Deux des cloches ont dû être enlevées pendant la Révolution ; les baies latérales ont été alors murées et l'auvent couvrant tout le clocher remplacé par un petit auvent protégeant la baie centrale ; puis le nouvel auvent a été supprimé et les deux baies latérales ont été rouvertes.

— Présentation est faite des dessins que M. de Lajaumont a bien voulu exécuter au château de Peyrudette, commune de Champagnat, qui illustreront la description de ce château dans le compte-rendu de l'excursion de 1929.

— M. Albert Lacrocq lit une note proposant une explication de certaines sculptures du moyen-âge, note reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. Maurice Dayras communique des renseignements fournis par M. de Courteix sur « les petits canons de la ville d'Aubusson » :

En 1752, un petit canon que l'on tirait, un jour de fête au Chapitre, fit explosion, ayant été trop chargé, et un éclat tua un curieux, Jean-Jacques Dessartaux. Ce canon, comme un autre semblable, provenait d'un don fait à la ville d'Aubusson par la famille Pouget de Nadaillac, à qui appartenait le château de La Villeneuve (commune de Vallière). Le second canon resta longtemps abandonné. Vers 1880, on le fit réparer et on recommença à l'utiliser les jours de fête. A son tour, il fit explosion le 14 juillet 1885 (ou 1886), sans causer d'autre mal qu'une légère blessure à un assistant.

— M. le docteur Janicaud présente des poteries gallo-romaines trouvées à Evaux-les-Bains.

Il analyse des documents concernant la forêt de Bellegarde.

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :

« Dans le Journal des Débats du 3 juillet 1929, une note signée Leucotès (pseudonyme de M. Adrien Blanchet, de l'Institut) a appelé l'attention sur les bornes seigneuriales armoriées, à propos de travaux concernant ces bornes en Lorraine et en Châlonnais. M. Blanchet croit que l'emploi des bornes armoriées a été limité à la région de l'Est et qu' « on en trouverait peu ou fort peu dans les régions de la Loire, de la Garonne et du Rhône et pas beaucoup plus dans la région à l'Ouest de Paris ». J'ai réuni quelques renseignements sur des bornes de la Creuse et je serai reconnaissant à ceux de nos collègues qui voudront bien m'en fournir d'autres. Voici ce que je puis indiquer actuellement :

« Nous avons des bornes armoriées : — 1° dans ses notes (archives de notre Société), Pierre de Cessac, d'après un renseignement fourni par M. Monnet, a signalé, aux confins des villages du Monteil-au-Temple (commune de Lioux-les-Monges) et de Seauve (commune de Mérinchal), une pierre dite « Pierre-borne », sur laquelle sont deux écussons armoriés ; — 2° au château de Bosgenet, commune de Pionnat, appartenant à notre collègue M. Desjobert de Prahas, un support de croix est formé par une borne, placée tête-bêche, qui porte un écusson bûché ; — 3° un procès-verbal de délimitation des justices de Dun-le-Palleteau et de Naillat, du 4 juillet 1597, communiqué par notre confrère M. René de Forges (Mémoires, t. XXIII, p. cv) dit que les armoiries des seigneurs justiciers seront gravées sur les bornes ; — 4° Gabriel Martin a signalé (Mémoires, t. XV, p. 79) le placement à la fin du XVIIIe siècle, pour la délimitation des seigneuries d'Aigurande partie en Marche, partie en Berry, par Mme de Brégy, d'un poteau à ses armes.

« On marquait les limites des seigneuries par des croix tracées sur des rochers. Ce procédé est indiqué dans une requête de 1572 (Archives dép. de la Creuse, H 545) pour la délimitation du prieuré de Grammont-Châtaignier [Indre] qui faisait partie de la Marche. Telle pouvait être la signification des croix du tènement de La Veillère (commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois), dont a parlé M. Pasty à une de nos séances (v. ci-dessus) celle d'une croix en creux sur un rocher près de Bosgenet, au bord d'un chemin, que m'a signalée M. Desjobert de Prahas.

« Il y avait des pierres, sans inscription ni armoiries, servant de bornes, comme celle qu'on peut voir près de Bridiers, commune de La Souterraine, haute colonne monolithe rectangulaire.

« Enfin des rochers naturels présentant une particularité pouvaient aussi, sans marque spéciale, servir de borne seigneuriale. J'ai signalé un exemplaire de ce type, la pierre de Saute-grue, bloc de quartz dans la commune de La Celle-Dunoise (Mémoires, t. XXII, p. 559) ».

 

NOTE LUE EN SÉANCE – FIGURATIONS PROPHYLACTIQUES

Quel curieux, visitant une église, n'a eu l'occasion de remarquer un modillon, un chapiteau dont la sculpture réaliste représente un personnage ou figuré cossim cacans ou montrant sans vergogne un phallus impudique.

Notre département offre quelques exemples de ces figurations. Nous avons noté un modillon au mur Sud de l'église de Châtelus-le-Marcheix représentant un homme accroupi, vu de dos, satisfaisant un besoin naturel. Le même personnage, dans la même position, mais vu de face, orne un modillon soutenant la corniche du mur Nord de l'église de Sardent. A Châtain, un formeret de la première travée retombe sur un culot offrant le même personnage qu'à Sardent. A Lupersat, un chapiteau montre un gaillard — auquel le populaire a donné le nom de « saint Fouti » — exhibant un énorme phallus.

Le passant, à la vue de ces sculptures étranges, sourit, plaisante ou parfois se montre choqué. L'archéologue propose en général d'y voir la marque de la rudesse des mœurs et de la « gauloiserie » de nos ancêtres.

Sans prétendre écarter cette explication nous croyons possible d'en proposer une autre que nous estimons valable en certains cas.

Dans le monde antique, la croyance aux mauvais esprits, au mauvais œil (1), a été universellement admise. Le christianisme même n'a pu détruire cette superstition (2) qui demeure vivace encore à l'heure actuelle, où chacun sait que porter un trèfle à quatre feuilles, une griffe de bête fauve, toucher du fer ou du bois écarte le mauvais œil, de même que le fait de souiller involontairement sa chaussure porte bonheur.

Les romains et gallo-romains se protégeaient contre le mauvais œil (3) au moyen d'amulettes ou figurations prophylactiques. Les plus répandues étaient les bullæ, les croissants (lunulæ), les phalères, les clochettes, les clous souvent ornés de signes spéciaux, les phallus (4). Un autre préservatif contre le mauvais œil était la figuration d'un homme accroupi dans la posture du personnage sculpté sur le modillon de Châtelus-le-Marcheix. Telles se présentent une figurine d'homme à demi-nu, vu de face, faisant partie d'un collier d'amulettes, reproduite dans le Dictionnaire de Daremberg et Saglio, v° Amuletum, ainsi qu'une figuration du même personnage, vu de dos, dont Cagnat et Chapot (loc. cit.) donnent la reproduction.

Ces emblèmes étaient généralement portés sur soi, mais souvent aussi figurés sur des monuments.

Il nous parait plausible d'admettre que la croyance aux vertus prophylactiques de ces figurations n'avait pas entièrement disparu au moment où furent sculptés les modillons et les chapiteaux signalés et que certains d'entre eux — ceux notamment qui dominaient le cimetière entourant l'église à Châtelus-le-Marcheix et à Sardent — doivent leur origine au désir que l'homme a toujours eu de se protéger contre le mauvais œil.
Albert Lacrocq.

(1) Voir Daremberg et Saglio, Dict. des antiquités grecques et romaines, v° Fascinatum.
(2) Voir Dom Cabrol et Dom Leclercq, Dict. d'archéol. chrétienne, v° Amulette, Fascination.
(3) Voir Cagnat et Chapot, Manuel d'archéol. romaine, t. II, pp. 11 et 190.
(4) Un phallus amulette en terre cuite, un autre en bronze, trouvés dans la Creuse, sont conservés au Musée de Guéret.

 

 

SÉANCE DU 19 SEPTEMBRE 1929

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : MM. Antoine Thomas, président d'honneur, Adrien Blanchet, membre honoraire, René Berthomier, Clément, Ferrier, René de Forges, Frétet, Jacob, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Mazet, Rouet, Jean Rousseau, Jean-Baptiste Rousseau, Sarrassat, Valadeau.

Excusés : MM. Georges Berthomier, le docteur Bordier, Charles-Marlin, Maurice Dayras, Filloux, Hugon, Paul Mozer, André Mozer.

M. le Président rend compte qu'hier, au Musée, a eu lieu la remise à M. Silvain Grateyrolle, artiste peintre, de la décoration de chevalier de la Légion d'honneur qui lui a été récemment attribuée. MM. Grand, sénateur, maire de Guéret, Ducouret, 1er adjoint, François Binet, ancien ministre, Ferrand, député de la Creuse, y assistaient. Le Bureau de notre Société était représenté par MM. Antoine Thomas, président d'honneur, Louis Lacrocq, Ferrier, le docteur Janicaud, Gabriel Jamot. MM. de Lajaumont, Fernand Maillaud, Barthon, Mlle Christauflour étaient également présents, apportant à M. Grateyrolle le témoignage amical de leur estime confraternelle. M. Louis Lacrocq a rappelé la belle carrière d'artiste de M. Grateyrolle et lui a exprimé, avec les félicitations de tous, l'unanime sentiment de sympathie qui a accueilli sa décoration.

— Communication est donnée du programme du Congrès des Sociétés savantes, qui se tiendra à Alger en avril 1930.

— M. le Président est heureux de signaler les appréciations élogieuses que la Revue des Bibliothèques (2e livr. 1929) a enregistrées sur la façon dont notre confrère M. Georges Thomas dirige à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris, le service du fonds scandinave.

CLASSEMENTS. — Le dolmen de Ponsat, dit Pierre-Levée, commune de Saint-Georges-la-Pouge, et l'église du Grand-Bourg ont été classés comme monuments historiques par arrêtés des 14 juin et 24 août 1929.

NÉCROLOGIE. — M. l'abbé Félix-Louis Chaussat, curé de Glénic et Saint-Fiel, membre titulaire depuis 1923, est décédé à Glénic le 4 septembre 1929. Né à Lépinas le 16 décembre 1872, il avait été professeur au collège de Felletin, puis curé du Moutier-d'Ahun de 1899 à 1904. A diverses reprises, M. l'abbé Chaussat, qui s'intéressait à nos travaux, nous avait fourni des renseignements sur ses paroisses. M. le Président adresse l'hommage respectueux de la Société à sa mémoire.

Il exprime le même hommage à la mémoire de M. l'abbé Grandpey, curé-doyen de Chambon-sur-Voueize, récemment décédé, qui ne faisait pas partie de notre Société, mais nous avait obligeamment fourni, à diverses reprises, d'utiles indications, alors qu'il était curé-doyen de Gentioux.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlles Marie Lepage, à Evaux-les-Bains ; Marie Théreil, à Guéret ; MM. Auguste Barthon, artiste peintre, à Guéret ; Joseph Murat, électricien à Guéret ; Emile Perdrix, à Paris.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas lit la note reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. Henri Hugon a communiqué une affiche de l'année 1820 annonçant la vente d'une maison à Guéret, ayant façade sur la Grande-rue, la place Rochefort et « la rue du Four ». Ce dernier nom était celui que portait alors la rue dite actuellement rue de la Rampe. (cf. Mémoires, t. XII, page 488, note 2).

— M. Larbaneix a envoyé copie du récit des journées des 29, 30 et 31 juillet 1789 au Grand-Bourg de Salagnac, publié par E. Forestié dans son étude sur La Grande peur de 1789 (Montauban, 1910, p. 63 et s.) récit emprunté au journal du chevalier de Brémond d'Ars (voir Bull. de la Soc. archéol. de la Charente, 1902).

M. Adrien Blanchet rappelle que le récit de la Grande peur à La Châtre, publié par Laisnel de La Salle en appendice à son ouvrage Légendes et croyances du centre de la France, contient des détails intéressants pour Guéret.

— M. le docteur Janicaud présente la photographie du dolmen du Bois-Neuf, commune de Marsac, qu'il a récemment découvert sur les indications de notre collègue M. Paul Pélissier, et le décrit (voir Mélanges archéologiques).

— A la demande de M. le Président, M. Emile Chapal lui a envoyé une lettre expliquant le rôle qu'ont eu les Creusois dans l'industrie de la pelleterie en France (apprêteurs traitant les peaux d'animaux à fourrures destinées au vêtement ; teinturiers lustreurs qui teignent en « nuance mode » une partie des peaux préparées par les apprêteurs ; coupeurs de poils pour chapellerie). Lecture est donnée de cette lettre, dont les indications très précises se résument ainsi :

Vers 1820, un jeune ouvrier maçon originaire de la commune de Mautes, du nom de Cougny, travaillait à Lyon. Il changea de profession et entra comme manœuvre dans une teinturerie de soies et lainages. Le métier lui plut ; d'esprit inventif, il essaya de teindre, dans les bains qu'il préparait pour la laine, des morceaux de peaux de moutons, de chèvres et de lapins. Les résultats obtenus le décidèrent à partir pour Paris, vers 1832, afin d'y faire la teinture de fourrures.

Il avait amassé quelques économies et il s'établit rue de la Roquette. Il fit venir comme ouvriers des parents et des amis de la Creuse, entr'autres son neveu Marien Chapal, fils de sa sœur, qui habitait Chazépaud, commune de Saint-Bard. Marien Chapal était intelligent et laborieux. Cougny le prit comme associé au bout de deux ans, puis se retira, lui laissant l'affaire qui ne cessait de prospérer, si bien que, vers 1845, Marien Chapal quitta le local trop exigu de la rue de la Roquette et acheta une usine à Montreuil (Seine).

Ainsi que l'avait fait son oncle, Marien Chapal choisit comme contre-maîtres et ouvriers des parents et amis creusois, parmi lesquels ses cousins appartenant à une famille de neuf enfants : Léonard, Antoine, Annet et Jean Chapal. L'un deux, Léonard Chapal, entra, vers 1850, avec l'assentiment de son cousin Marien, chez un pelletier, M. Bussière, rue des Rosiers, à Paris, où il était chargé du classement des fourrures. C'est là qu'il eut l'idée de faire pour les lapins, qui n'arrivaient alors qu'en petite quantité et en vrac, un classement comme pour les autres fourrures. Le résultat fut excellent.

En 1857, Léonard Chapal s'établit comme pelletier avenue de la Roquette et prit avec lui ses trois frères qui avaient quitté la teinturerie pour apprendre le métier d'apprêteur. Comme Cougny, comme Marien Chapal, il s'entoura de Creusois. Il prit ses frères pour associés en 1859. L'affaire eut un développement très rapide. A côté d'elle, se créèrent d'autres maisons de pelleterie, dont les fondateurs sortaient de la maison Chapal, notamment les maisons Lafrique, Pinton, Dolat, Fournier, Villatel, Queyrut, Ganne, Bernard.

La maison de teinturerie des peaux, créée par Cougny, avait fait elle aussi de bons élèves, tous Creusois, qui s'établirent et fondèrent les maisons Girodias, Billaud, Fillias, Mayadon, Foureau, Parisse, Legros.

C'est donc à des Creusois qu'est dû le développement de ces industries en France, où elles ne comptaient pour ainsi dire pas au milieu du XIXe siècle et où elles représentent maintenant un chiffre annuel d'affaires de 450 millions, principalement en apprêt et teinture, dont 90 % environ aux mains de Creusois, avec un personnel de plus de 4.000 ouvriers et employés.

Cougny et Marien Chapal pour la teinturerie, Léonard Chapal pour l'industrie du lapin teint ont été des novateurs et l'on peut dire les fondateurs d'une branche d'activité nationale. La maison de teinturerie Cougny-Marien Chapal a été réunie à la maison d'apprêt Léonard Chapal qui, dirigée par les fils et neveux de celui-ci, est devenue la Société des Etablissements Chapal possédant 7 usines en France, 2 aux Etats-Unis et employant un personnel de 2.500 ouvriers.

— M. René Martin communique les renseignements suivants sur des documents dont il vient de faire don aux Archives départementales de la Creuse :

1° Plumitif d'audience de la justice seigneuriale du Bouchet (commune de Méasnes) fragments se rapportant aux années 1717, 1719, 1720. — L'intitulé de chaque audience porte le plus souvent le titre « Assize du Bouchet » ; le magistrat, Léonard Vallantin, se qualifie « juge » ou « juge ordinaire » du Bouchet ; les audiences étaient assez espacées : ainsi pour 1717, il en a été tenu le 15 et 22 mars, 6, 27 avril, 3 juin, 27 juillet, 9 août ; il y a des mentions de contrôle à Aigurande.

2° « Roole et departement de la taille impozée l'année 1684 sur tous les habittans et contribuables de la collecte de Lineoux [Lignaud] et d'Agude [Aigude] en la paroisse de Lourdoueix-Saint-Pierre ». — Le total du rôle s'élève à 823 livres, plus 20 livres 12 sols « pour les six deniers » ; le village de Lignaud a 48 cotes, celui d'Aigude en a 6.

— M. Louis Lacrocq signale la découverte à Crozant, par M. Auroy, entrepreneur, dans un terrain lui appartenant, près de l'église, au Sud-Est du chevet, d'une sépulture du moyen âge, qui contenait le squelette d'un homme de haute taille. Le corps était allongé dans une tombe, marquant la forme de la tête, creusée dans le tuf ; un moellon de granit était placé sous la tête du mort. Des retraits, ménagés dans le tuf, supportaient une dalle en granit qui mesure 1m,78 de longueur, 0m,65 de largeur aux pieds ; elle est ornée d'une croix à bandes en faible saillie. A côté du squelette, près de l'épaule gauche, il y avait une petite hache en pierre polie, apparemment placée là comme objet de conjuration. Autour de cette sépulture ont été trouvés des squelettes dans le tuf. Il y a une trentaine d'années, un couvercle de tombe, orné d'une croix à trois traverses, a été découvert, à une centaine de mètres du terrain de M. Auroy, dans le jardin de M. Eugène Alluaud, où il est conservé.

— M. Louis Lacrocq communique la photographie d'une tapisserie, tissée à Aubusson ou à Felletin, qui se trouve dans le vestibule de la chapelle du château de Chantilly (Oise) figurant saint Paul et saint Jacques le Majeur avec l'écusson royal entr'eux et, au-dessous, l'inscription : VILLE DAUZANCE. Cette pièce dont l'existence à Chantilly avait été signalée à M. Louis Lacrocq par M. Louis Braquenié, parait être du XVIIIe siècle ; c'était certainement un cadeau fait à un des princes d'Orléans par la ville d'Auzances dont cette famille possédait la seigneurie.

— M. Louis de Nussac a annoncé l'envoi d'un article sur le Jardin botanique que le docteur Cassius, professeur à l'Ecole centrale d'Aubusson, avait organisé dans cette ville à la fin de la période révolutionnaire. Il a déjà publié une note sur ce Jardin et celui de l'Ecole centrale de Tulle dans la Revue scientifique du Limousin (juillet-août 1929), dont lecture est donnée.

— M. Maurice Dayras signale, dans une annonce judiciaire publiée par le Mémorial de la Creuse (n° du 11 août 1929), la mention d' « un bois-taillis appelé Roc de Gargantua, situé sur le territoire de la commune de Dontreix, ... n°s 276 et 288 de la section H du plan cadastral ».

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA PRÉTENDUE « CHARTE DE 1157 » DE MOUTIER-ROZEILLE

L'intéressante notice de M. Louis Lacrocq sur Saint-Quentin, publiée dans le tome XXIV des Mémoires de notre Société, p. 171-182, débute par cette phrase : « Une charte du monastère de Moutier-Rozeille de 1157 mentionne parrochia sancti Quintini... » ; suit un renvoi au Dictionnaire de l'abbé Lecler, art. Saint-Quentin.

Le document visé n'est pas une charte. Il est emprunté à un cahier de papier de 16 feuillets, dont les deux derniers sont en blanc, cahier conservé dans un carton provisoirement numéroté 25, dans le fonds de Moutier-Rozeille, série G des Archives départementales de la Creuse (1). Bosvieux a écrit sur la chemise qui lui sert de couverture : « Copie de la liève des revenus du chapitre de Moutier-Rozeille tirée d'un ancien registre écrit le 9 septembre 1157 par Jean Tinenc, clerc, notaire public et bachelier de ladite église ; copie du XVIIIe siècle. Très curieux pour les noms de lieux surtout ».

Voici le titre de la liève d'après la copie :

Sequitur transcriptu[m] reditu[u]m secularis ecclesiae Monasterii Rausoliensis, extractum a quodam alio registro antiquo die IX mensis septembris per Joannem Tinenc, clericum ac notarium publicum et ipsius ecclesiae bacalaureum, anno Domini millesimo centesimo quinquagesimo septimo.

Il est certain que le scribe du XVIIIe siècle a mal lu la date de l'année indiquée par le notaire Tinenc comme celle où il a exécuté sa transcription et qu'il faut corriger centesimo en trecentesimo, soit 1357 au lieu de 1157, car nous sommes renseignés par ailleurs sur ce notaire et nous savons qu'il vivait au milieu du quatorzième siècle et non au douzième.

Nous possédons, en effet, un mandement original en français du chancelier de la Marche Jacme Mourin, donné sous le sceau de la chancellerie « le jeudy veille de la feste S. Croez de septembre l'an MCCCLVIII [= 13 septembre 1358] », certifiant que ledit jour il a été présenté à la chancellerie un vidimus de certaines clauses du testament de Durand de Manhac, portant donation au monastère de Moutier-Rozeille, vidimus délivré le 27 août 1347, par les deux notaires Pierre Chavanac et Jean Tinenc (1).

Aucune des mentions de la liève en question ne portant de date, on peut seulement affirmer que toutes sont antérieures à 1357.

Nous savons que le notaire Chavanac, qui était prêtre, était mort avant le 28 mars 1349 (2). Quant à Tinenc, il ne faut pas hésiter à l'identifier avec le personnage dont il est question comme étant décédé dans une quittance originale délivrée, le 24 novembre 1365, par le trésorier de la Marche Monin Godin, alors en exercice au chapitre de Moutier-Rozeille, d'une somme de 35 livres tournois « pour cause de ce que lesdiz religieux estoient tenuz envers Monsr le comte de la Marche Jean pour ce que pris avoient et converti en leur profit plusieurs biens meubles de fu Johan Tinenc qui, au temps qu'il vivoit, avoit pris et receu la bailie de Felletin en certaines annees passees et avoit pris et levé certaine quantité d'or pour la finance du bourc de Buch qui fu prisoners, en la terre de Monsr en Dompnhones et lequel fu Johan Tinenc estoit tenuz et obligez envers Monsr en plusieurs autres choses (3) ».

Conclusion : dans les nombreuses citations que l'abbé Lecler a faites, dans son Dictionnaire, de la « charte de 1157 », et qui proviennent toutes des extraits insérés par Bosvieux dans le dictionnaire qu'il préparait et qui est resté inachevé et inédit, il faut substituer la date de 1357 à celle de 1157.

Il est bon d'ajouter que dans la même liasse 6 G 42, se trouve une copie sur papier (XVIe XVIIe s.) d'une liève analogue, mais moins complète, dont le titre est le suivant : Anno Domini millesimo trecentesimo quadragesimo nono, die mercurii ante festum Paschae (4), ego Petrus de Nobilia (5), clericus, scripsi reditus ecleziæ Rausiliensis qui inferius continentur.

Les noms de lieu se présentent souvent sous des formes assez différentes dans ces deux listes.
Antoine Thomas.

(1) Aujourd'hui coté 6 G 42.
(1) Archives départementales de la Creuse, fonds de Moutier-Rozeille.
(2) Ibid.
(3) Ibid. — Cet acte, aujourd'hui coté 6 G 64, a été signalé, mais mal interprété par M. H. de Berranger dans la séance de notre Société du 2 juin 1927 ; voir Mémoires, t. XXIII, p. cxxvii, où Fineur doit être une faute typographique pour Tinenc.
(4) Donc le mercredi 8 avril 1349, ou le mercredi 24 mars 1350.
(5) La Nouaille, canton de Gentioux.

 

 

SÉANCE DU 24 OCTOBRE 1929

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle du Muraud, MM. le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Ferrier, Guillon, Jamot, le docteur Janicaud, Lafay, de Lajaumont, Lanet, Levron, Mazet, André Mozer, Polier, Sarrassat.

Excusés : MM. Paul Mozer, Albert Lacrocq.

NÉCROLOGIE. — M. le Président adresse l'hommage respectueux de la Société à la mémoire de Madame de Fournoux, membre titulaire depuis 1904, décédée à Riom (Puy-de-Dôme) le 29 septembre dernier. Il exprime nos condoléances à son fils qui veut bien prendre sa place parmi nous.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlle Renée Chamaly, à Aubusson ; MM. Lucien Doignon, dessinateur à Bondy (Seine) ; G. de Fournoux La Chaze, à Saint-Maurice-près-Crocq ; Jacques Levron, archiviste départemental à Guéret ; René Nougués, avocat à Guéret ; Eugène Roquepio, rédacteur au contentieux des chemins de fer du Midi, à Paris ; Schapira, chirurgien-dentiste à Guéret.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. René Martin communique un dessin et trois photographies d'une grange de son domaine de La Braudière, commune de Lourdoueix-Saint-Pierre, qui présente un dispositif usité en Berry. Deux murs, perpendiculaires à l'axe du bâtiment, encadrent la porte charretière ; sur ces murs repose un toit à deux eaux ; on a ainsi un porche couvert, en forte saillie sur la façade, qui peut abriter une voiture. C'est du Berry, où il est très fréquent, que ce dispositif a pénétré dans le Nord de la Creuse. M. Martin en signale d'autres exemplaires à Praveix, même commune de Lourdoueix-Saint-Pierre, à Lavaud et au Plaix-Goliard, commune de Méasnes.

— M. Schapira communique : 1° une lettre, en date du 11 décembre 1816, écrite par le maire de Bonnat à Sylvain Renty, instituteur à Mortroux, l'invitant à se présenter le 16 du même mois, à Bonnat, au presbytère, devant le comité cantonal, présidé par le curé de cette localité, chargé d' « examiner les instituteurs du canton » ; il l'invite également à se munir d'un certificat de moralité délivré par le curé de sa commune ; — 2° le « Brevet de capacité pour l'enseignement primaire, troisième degré », délivré, le 13 janvier 1817, à Sylvain Renty, par le recteur de l'Académie de Limoges.

— M. Louis de Nussac signale dans un recueil, récemment publié sous le titre Mgr Formose, d'œuvres inédites du romancier rouerguais Ferdinand Fabre (1830-1898), une de ces œuvres, Le Bercail, où il est parlé de l'écrivain creusois Jules Sandeau.

— M. le docteur Janicaud décrit un souterrain-refuge à Lavaud, commune de La Celle-Dunoise, qu'il a exploré avec M. Albert Lacrocq.

Il signale la découverte qu'il a faite d'un autel gallo-romain dans l'église de Toulx-Sainte-Croix.

— Présentation est faite de deux brochures in-4°, imprimées à Guéret, chez P. Betoulle, intitulées Programme des exercices publics littéraires du collège de Felletin, département de la Creuse, établies l'une pour la distribution des prix de 1810, l'autre pour celle de 1812. La première a été donnée par M. le docteur Janicaud, la deuxième par M. Albert Lacrocq. Ces documents contiennent des renseignements intéressants pour l'histoire de l'enseignement secondaire (cf. Mémoires, t. XXII, p. II).

— M. Louis Lacrocq signale l'existence d'un document concernant la seigneurie de La Tour-Saint-Austrille (cne de Saint-Dizier-la-Tour) :

En 1913, M. Ernest Corbineau, habitant Libourne (Gironde), avait informé notre Société qu'un de ses amis, dont il ne donnait pas le nom, possédait et désirait vendre un terrier de 1458, de 84 feuilles in-4°, parchemin, couvert d'une reliure de bois et cuir. Il indiquait que l'intitulé de ce terrier mentionnait qu'il était établi « à la requeste et au profit de Louis du Puy, chevalier, seigneur du Couldray, de Bellefaye, de La Tour-Saint-Austrille et de Chantemille », pour constater les droits lui appartenant « à cause de sa ditte seigneurie de La Tour-Saint-Austrille scituée sur le comtée de la Marche ».

A raison du prix élevé qui était demandé, ce document ne put être acquis et nous ne savons ce qu'il est devenu. On trouve quelques détails sur Louis du Puy, personnage considérable qui fut, notamment, sénéchal de la Marche, dans un article de Pierre de Cessac (La Tour-Saint-Austrille, Mémoires, t. II, p. 409). Il y a aux Archives de la Creuse un terrier de la seigneurie de La Tour-Saint-Austrille incomplet, de 1520 (E 22).

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :

« J'ai relevé dans des documents limousins des indications concernant les relations commerciales de la Marche avec Limoges au XVIIIe siècle.

« Le Règlement général de la police de Limoges du 12 août 1723, dont le texte a été publié par Louis Guibert (Registres consulaires, t. IV, p. 305 et s. en note) contient (article xv) la prescription suivante :

« Ordonnons que tous les veaux de Guéret et lieux circonvoisins seront menés à la place des Bans pour y estre exposez en vente avec deffenses à tous bouchers et autres d'aller au devant d'iceux et de les acheter autre part qu'audit marché, à peine, etc.

« Une partie de l'alimentation de Limoges en viande de boucherie venait donc de la région guérétoise ; le fait qu'une réglementation spéciale la vise, montre son importance et sa régularité.

« Un autre produit des campagnes marchoises arrivait à Limoges : le beurre. Aux Archives départementales de la Haute-Vienne se trouve (C 474 ; Invent. sommaire, p. 94) une ordonnance du lieutenant de police de 1734 expliquant que « depuis longtemps et surtout depuis le commencement du carême il n'a paru en cette ville et au poids du Roy d'icelle qu'une très petite quantité de beurre qu'on a coutume d'y transporter des villes de Guéret, Ahun et lieux circonvoisins et que depuis quinze jours en ça il n'y en a du tout point été transporté, ce qui a causé au grand nombre des habitants de cette ville beaucoup d'incommodité ». Cette situation est due aux procédés des revendeuses de beurre qui vont au devant des voituriers, achètent le beurre, le cachent et le revendent en cachette à un prix supérieur à la taxe.

« Le 5 mars 1736, une assemblée de ville (Registres consulaires, t. IV, p. 417) décide l'ouverture d'une porte dans les fortifications sur l'emplacement de l'ancienne porte Mirebœuf, afin de rendre l'accès de Limoges plus aisé aux personnes arrivant par « la grande route de Lion, de l'Auvergne, du Berry et de la Marche ». Parmi les raisons qui justifient le travail projeté, se trouve celle-ci : « Le beurre qui vient de Guéret seroit tout transporté au poids du Roy, au lieu qu'estant obligé de faire un long circuy pour arriver dans la ville, les marchands qui le conduisent n'en aportent que pour la subsistance de la ville et qu'une très petite portion ».

« Les deux documents qui viennent d'être relatés attestent la faveur dont jouissait à Limoges « le beurre de Guéret » dont les arrivages étaient réguliers. Ce commerce se faisait déjà au XVIIe siècle : dans les Mémoires du président Chorillon (publiés par F. Autorde, Guéret, 1886) il est dit (p. 138) qu'au cours du rigoureux hiver de 1678-79, « les beurriers de Saint-Léger-[le-Guérétois] et autres voyturiers allant ordinairement à Lymoges n'oserent y aller et se mettre en chemin pendant toutes ces neiges... »

— Lecture est donnée d'une note de M. Albert de Laborderie décrivant les tapisseries qui ornent l'église Saint-Amans à Rodez (Aveyron). Ces tapisseries (7 panneaux) qui représentent des scènes de la vie de saint Amans, paraissent être d'Aubusson.

— M. le docteur Bordier communique deux photographies, offertes par Mlle Lepage, de la cérémonie d'inauguration, à Evaux-les-Bains, le 14 juillet dernier, de la plaque commémorative apposée sur la maison natale du docteur Bona.

— M. Maurice Dayras communique un document qu'il donne aux Archives de la Société ; c'est une liève de la terre de La Bussière, paroisse de Saint-Sulpice-les-Champs, dressée conformément au terrier reçu par Chassot et Mesmicon, notaires royaux, le 4 mai 1629 et jours suivants. Cette terre appartenait alors à Joseph Degas, seigneur de La Villausse, paroisse de Saint-Frion, lieutenant civil et criminel en la châtellenie royale de Felletin.

— Il présente une déclaration en date du 12 octobre 1770, qu'il donne également aux Archives de la Société, faite par des métayers des domaines de Chez-Redon et du Barnicaux, paroisse des Mars, devant Michel Maumat, seigneur de La Faye, conseiller du roi en l'élection d'Evaux, au sujet des pertes considérables éprouvées par eux tant sur leur bétail à raison de « la maladie appelée le charbon » que sur leur récolte qui avait été « submergée par les eaux », ce qui les mettait dans l'impossibilité de payer les tailles auxquelles ils étaient imposés.

 

 

SÉANCE DU 21 NOVEMBRE 1929

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : MM. le docteur Bordier, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Ferrier, René de Forges, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Levron, André Mozer, Pasty, Polier, Rimour.

Excusés : MM. de Bourran, Paul Mozer.

M. le Président communique la circulaire relative à une enquête sur l'habitat rural, envoyée par M. Demangeon, président de la Commission d'étude de cette question qui sera examinée au Congrès international de géographie à Paris, en 1931.

NÉCROLOGIE. — M. Pierre Boujasson et M. Léonard Darraud, membres titulaires, sont récemment décédés. La Société prend une vive part à ces deuils et exprime ses condoléances aux familles de nos collègues. M. le Président rappelle la sympathie que M. Léonard Darraud témoignait au Musée et les dons qu'il lui a faits.

M. le docteur Grillière, président d'honneur de la Société archéologique de la Corrèze, est décédé à Brive. Notre Société s'associe aux regrets qu'a laissés cet érudit distingué et envoie à nos collègues de Brive sa sympathie.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mesdames Calmel-Lecante, à Guéret ; Larigauderie, à La Forêt-du-Temple ; Mlle Suzanne Vitte, archiviste paléographe, membre de l'Ecole française de Rome ; MM. Dusser, substitut à Guéret ; Picard, notaire à Evaux ; l'abbé Trigaud, curé-doyen d'Evaux.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'une note de M. G. de Fournoux La Chaze accompagnée d'un dessin, relative à une pierre ancienne qui se trouve dans l'enclos de son habitation à Saint-Maurice-près-Crocq.

Cette pierre, d'après une tradition familiale, faisait partie du manteau d'une cheminée dans une maison qui appartint à la famille de notre collègue et fut incendiée au XVIIe siècle. Légèrement sectionnée dans sa base, à gauche, elle mesure 0m,70 de hauteur sur 0m,85 de largeur ; elle porte, en relief, un écu (largeur en chef, 0m,305, hauteur du chef à la pointe, 0m,330) qui présente une croix ancrée avec un lambel à trois pendants.

M. de Fournoux La Chaze indique que ces armes paraissent être celles d'une branche cadette de la famille d'Aubusson, peut-être celle des seigneurs de Poux. Cependant il fait observer que d'après la généalogie de la famille de La Roche-Aymon, établie par l'abbé d'Estrées (citée par Pérathon, Histoire d'Aubusson, p. 376), cette famille a porté primitivement les armes des Aubusson ; leur écu n'en différait que par la brisure d'un lambel, mais celui-ci était à cinq pendants. Renvoyant à son étude sur la paroisse de Saint-Maurice-près-Crocq, parue dans nos Mémoires (t. XVII), M. de Fournoux La Chaze fait observer qu'il n'est pas surprenant de rencontrer dans cette localité les armoiries soit des Aubusson, soit des La Roche-Aymon. Une partie de la paroisse, qui était en Marche, relevait de la justice d'Aubusson et la branche des seigneurs de Poux a eu des droits dans le bourg aux XVIe et XVIIe siècle. D'autre part, la seigneurie de Saint-Maurice proprement dite appartint pendant 40 ans, à partir de 1607, à Gilberte de La Roche-Aymon.

M. Maurice Dayras fait remarquer que les armoiries de la pierre décrite sont semblables à celles qu'on voit au tympan, partie gauche, d'une porte de l'ancien monastère de Blessac (reproduite dans nos Mémoires, t. XXII, hors-texte, entre les pages 288 et 289) ; les armes figurées à Blessac sont certainement celles d'une branche cadette des Aubusson, les barons de La Borne.

— M. Louis Lacrocq décrit une marque industrielle du XVIIIe siècle, dont il a trouvé un dessin aux Archives départementales du Cher, au dos d'une note qui parait dater de 1744 environ et se rapporte à un plan de l'étang desséché de Maude, paroisse de Faux-la-Montagne (B 2403).

Cette marque est constituée par deux cercles concentriques que sépare un intervalle de 0m,010, entre lesquels il y a l'inscription en capitales : FER DES FORGES DE LA FEUILLADE. T D. Ces deux dernières lettres sont placées en sens inverse du surplus de l'inscription ; celle-ci est tournée vers l'intérieur, tandis que les deux lettres sont tournées vers l'extérieur. Au milieu de la marque est figurée la croix ancrée des Aubusson, à qui appartenait La Feuillade. Le diamètre total de la marque mesure 0m,055.

On ne sait que fort peu de choses des forges qui ont existé, au XVIIIe siècle, dans la vaste forêt de La Feuillade, cne de Faux-la-Montagne. Des renseignements fragmentaires ont été consignés par Z. Toumieux dans son étude sur Le Comté de La Feuillade qu'ont publiée nos Mémoires (tomes XIII et XIV ; voir à ce dernier tome, pages 54 et 55), et par M. Octave d'Abzac dans un court article, La forêt de La Feuillade (Annuaire de la Creuse, Ducourtieux, 1897, p. 210-211). D'après M. d'Abzac, ces forges auraient été détruites, en 1770, par la rupture de deux chaussées d'étangs. Des recherches plus poussées sur cette industrie, exceptionnelle dans la région creusoise, seraient intéressantes.

— M. Levron lit une note sur Les alliances du comte de la Marche et du duc de Bretagne pendant la première moitié du XIIIe siècle.

— M. Pasty présente des gravures, dessins et bois sculptés de son oncle Martial Pasty (1856-1903) dont d'autres gravures ont été récemment acquises par le Musée. M. Louis Lacrocq donne des indications sur la carrière de Martial Pasty.

— M. le docteur Janicaud décrit les restes anciens trouvés dans le jardin dépendant de la maison de M. Goumy, sacristain, faubourg Montpellier, à Guéret (ancienne maison Coudert-Lavillatte) : un remplage de fenêtre flamboyant, que ses propriétaires ont donné au Musée, et une Vierge de Pitié en pierre du XVIe siècle, que M. Goumy a conservé dans son jardin.

Remplage et statue ne peuvent venir que d'un édifice religieux. Ce sont peut-être des débris de l'église Saint-Pardoux, écroulée en 1827, qui s'élevait à côté de l'église paroissiale, peut-être des débris d'une chapelle, dont il n'est pas resté d'autre trace. Pour cette dernière hypothèse, M. Louis Lacrocq fait remarquer qu'en dépouillant aux Archives départementales de la Haute-Vienne des dossiers relatifs aux chapelles rurales et domestiques de la Creuse, il a trouvé (G 751) des renseignements sur une chapelle ancienne dépendant de la maison que possédait à Guéret, Denis Gédoin, seigneur du Monteil-au-Vicomte, au XVIIe siècle. D'après un procès-verbal du 24 novembre 1691, une fenêtre de cette chapelle « était d'une jolie architecture à l'antique », une crédence « en arcade d'une voute de pierre à l'antique » y était creusée. L'emplacement de la maison de Gédoin n'étant pas connu, on ne peut évidemment que faire un rapprochement avec les restes du jardin de M. Goumy sans en tirer une conséquence.

— M. le docteur Bordier présente un document relatif aux collections du Musée portant les signatures de ses fondateurs.

— M. Maurice Dayras communique le programme imprimé d'une représentation donnée le 7 février 1806, par la troupe Ravel, composée d' « artistes sur la corde tendue », venant d'Espagne et allant à Paris. Ce programme, trouvé à Aubusson, ne porte pas le nom d'imprimeur et n'indique pas dans quelle localité la représentation avait lieu.

— Lecture est donnée de la note suivante, envoyée par M. Henri Hugon :

« Lors des publications faites pour le mariage d'Etienne-Léonard Negrier de Trichard, bourgeois de Saint-Victurnien en Poitou, avec sa cousine Anne, fille de Pierre Gondinet de Forges, échevin de la ville de Saint-Yrieix, une demoiselle Elisabeth de Verdilhac avait fait opposition, le 15 juin 1778, par ministère d'huissier, devant le curé de Saint-Victurnien. L'acte de mariage rédigé le 23 du même mois par le curé du Moûtier, à Saint-Yrieix, fait état de la dispense de consanguinité accordée par l'Evêché et du débouté de l'opposition Verdilhac « suivant sentance rendue en l'Officialité de Guéret, ainsi signée : Besse, official, Tourniol, vice-promoteur, et Lemoine, commis-greffier, qui est restée entre nos mains ».

« Ce lien, inattendu à première vue, entre la capitale marchoise et une paroisse éloignée du bailliage poitevin de Montmorillon nous est expliqué par le Pouillé historique du diocèse de Limoges, de l'abbé Nadaud, p. 23, et par l'étude du docteur Villard sur Guéret au XVIIIe siècle, (Mém. Soc. Sc. Creuse, t. XII, p. 223). Il tient à la situation du diocèse de Limoges à cheval sur deux ressorts de parlements : Bordeaux et Paris. En dehors des affaires de droit canonique, les officialités pouvaient connaître de litiges civils et criminels, sauf appel au parlement du ressort. De là le désir de conformer leurs circonscriptions aux limites des parlements, et la décision que prit l'évêque de Limoges de créer à Guéret une officialité pour toutes les parties du diocèse que leurs coutumes rattachaient au parlement de Paris. Le cas devait être assez rare pour être cité en exemple, car c'est la seule particularité que mentionne, à propos de Guéret, la Géographie moderne de l'abbé Nicolle de la Croix (Londres, Dodsley, 1777) : « Cette ville étant du parlement de Paris et du diocèse de Limoges, on a obligé l'évêque à y établir un official ». Du jour où le vice-gérant que l'official de Guéret s'était adjoint à Chénérailles s'émancipa à son tour, le ressort de Guéret s'arrêta à deux lieues à l'Est, tandis qu'il s'étendait avec les deux cent quarante-sept paroisses de ses quatre archiprêtrés : Anzème, Bénévent, Rancon et Saint-Junien, à cent kilomètres vers l'Ouest, débordant sur les départements actuels de la Vienne et de la Charente.

« A cette époque où les routes faisaient défaut, les relations entre Guéret et ses lointaines paroisses de la Basse-Marche et du Poitou devaient être lentes et précaires, et la célérité de la procédure n'est pas ici la moindre curiosité : en moins de huit jours, l'opposition avait été signifiée à Saint-Victurnien, jugée, envoyée et reçue à Saint-Yrieix avec la sentence régulièrement insinuée ! »

— M. Contat a envoyé la photographie de trois tapisseries d'Aubusson, du XVIIIe siècle, qui se trouvent dans l'église de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et ont pour sujets La Transfiguration, Le Triomphe de la Religion et Le Martyre de saint Gaudens. Cette dernière porte la signature : M. R. D. Guillomichon.