SÉANCE DU 23 JANVIER 1930

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle du Muraud, MM. le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, de Forges, Jamot, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Lecante, Levron, Pasty, Polier, Rimour, Sarciron.

Excusés : MM. Paul et André Mozer, l'abbé Pénicaud, Valadeau.

NÉCROLOGIE. — M. le Président adresse l'hommage de la Société à la mémoire de MM. le baron Thibaut de Baillet, Jean Périchon-Bey, membres titulaires, et Quinquaud, gardien auxiliaire du Musée, récemment décédés.

VŒUX. — Il donne lecture d'une lettre de notre compatriote M. P.-L. Grenier, conservateur-adjoint à la Bibliothèque nationale, rappelant, à l'occasion du centenaire du romantisme, qu'un hommage mériterait d'être rendu, en donnant son nom à une rue d'Aubusson, à Alfred Rousseau, né dans cette ville le 20 décembre 1810, qui publia en 1836 le charmant recueil intitulé Un an de poésie. Un exemplaire de ce recueil figure en ce moment à l'Exposition du romantisme ouverte à la Bibliothèque nationale.

La Société approuve l'heureuse suggestion de M. P.-L. Grenier et émet le vœu que la municipalité d'Aubusson donne à une rue le nom d'Alfred Rousseau.

— Elle émet également le vœu qu'une autre rue d'Aubusson reçoive le nom du romancier Alfred Assollant, né dans cette ville le 20 mars 1827.

— A raison de la vente judiciaire des ruines de Crozant qui est annoncée, un vœu est émis pour que l'administration des Beaux-Arts veuille bien assurer par le classement la protection des ruines et du site.

ÉLECTION. — M. le commandant Bareige a demandé à être remplacé dans les fonctions de secrétaire que ses occupations ne lui permettent plus de remplir. M. le Président lui exprime les regrets et les remerciements de la Société pour sa collaboration.

M. Levron est désigné pour assurer le secrétariat avec M. Maurice Dayras.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Octave Baraille, à La Celle-Dunoise ; Barranger, directeur de l'Enregistrement à Guéret ; Ducourtioux, aux Terrades, par Evaux ; Lemoine, avocat à Guéret ; Pouron, directeur de l'Ecole normale à Guéret.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas a envoyé de la part de M. C. Couderc, conservateur à la Bibliothèque nationale, un numéro du Journal de l'Aveyron du 20 octobre 1929 contenant l'étude que M. Couderc a consacrée à Etienne Barton, abbé de Conques. Etienne Barton, de famille marchoise, était un des fils de Jean Barton de Montbas qui fut premier président du Parlement de Bordeaux et chancelier de la Marche. Elu une première fois abbé de Conques, vers 1450, il ne put faire confirmer son élection malgré les démarches de ses protecteurs, au nombre desquels était Jacques Cœur. Il réussit à se faire élire en 1456 à une autre vacance du siège abbatial. Il mourut en 1471.

— Lecture est donnée d'un article de MM. André Guillaumin et Louis de Nussac sur Le professeur Cassius et le Jardin botanique d'Aubusson (1798-1805).

— M. Louis de Nussac signale, au sujet du culte de saint Pardoux, patron de Guéret, dans la Corrèze : 1° à Saint-Pardoux-le-Vieux, une statue du saint, ancienne ; 2° à Saint-Pardoux-l'Ortigier, son buste « en pierre et bois, qui peut remonter au xive siècle et n'est pas sans valeur », d'après l'abbé Poulbrière ; 3° à Saint-Pardoux-la Croizille, une cloche ancienne sous son invocation et une fontaine, au bord du Doustre, portant son nom ; 4° à Saint-Pardoux-Corbier, une cloche ancienne sous son invocation. (Cf. Poulbrière, Dictionnaire..... des paroisses du diocèse de Tulle, t. III, p. 280 et s. et nos Mémoires au présent tome, p. xiv.)

M. Louis Lacrocq indique que dans la récente étude de notre collègue M. Albert de Laborderie sur l'église d'Arnac-Pompadour (Corrèze) parue dans le Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze (1929, p. 129 et suivantes) est signalée une statue de saint Pardoux placée dans l'une des arcades qui surmontent le portail de cette église.

— Lecture est donnée d'une note de M. Hugon sur La garnison de Guéret en 1801, note publiée à la fin du présent procès-verbal.

— M. Jacques Levron présente un fragment d'antiphonaire manuscrit du xive siècle qu'il a trouvé à Chambon-sur-Voueize où il servait de couverture à un registre paroissial. Les offices de ce fragment sont ceux des dimanches après la Pentecôte.

Il analyse un registre de comptes trouvé par lui aux Archives départementales de la Creuse, série G, cure de Saint-Maurice-près-Crocq, contenant la liste des réparations faites à l'église et au cimetière de cette paroisse en 1703.

— M. Louis Lacrocq signale que M. Larchevêque, de Mehun-sur-Yèvre (Cher), lui a fourni une indication intéressante pour l'émigration ancienne des ouvriers marchois :

Sur le territoire de la commune de Lazenay, canton de Lury (Cher), un sentier qui suit, sur la rive droite, le cours de l'Arnon, affluent du Cher, est appelé Chemin des Marchois ou Chemin des Maçons (la première de ces désignations étant plus usitée que la seconde). M. Larchevêque connaît ce sentier sur 8 kilomètres environ, de la limite Sud de la commune de Lazenay jusqu'aux abords de Lury ; il n'est plus fréquenté que par des pêcheurs et tend à disparaître. La tradition locale a gardé le souvenir des ouvriers qui le suivaient, leur « baluchon » aux épaules, allant à Paris ou en revenant.

Dans les Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon (Bourganeuf, 1895), Martin Nadaud a consigné de curieux détails sur les voyages à pied de nos émigrants vers 1830, qu'il avait faits dès son enfance comme apprenti, se rendant de son village natal, La Martinèche, commune de Soubrebost, à Paris. Il ne parle pas du sentier au long de l'Arnon, mais l'itinéraire qu'il précise s'accorde parfaitement avec l'utilisation de ce sentier. Les groupes d'ouvriers des arrondissements de Guéret, Bourganeuf, Boussac, se rejoignaient vers Genouillat, puis gagnaient le Berry. Ils quittaient la grande route à Nohant (Indre) et abordaient, « dans les plaines de Saint-Chartier » les « bien mauvais chemins » de la Champagne berrichonne, pour gagner Issoudun. Le chemin de grande communication n° 4 de l'Indre n'existant pas alors, le trajet direct, pour atteindre Vierzon, était la vallée de la Théole, affluent de l'Arnon, puis le chemin des Marchois, côtoyant cette dernière rivière.

— M. Rivet a envoyé un extrait du registre des délibérations du Conseil général de la commune de Crocq, séance du 14 juillet 1790 (fête de la Fédération).

— Présentation est faite d'un document donné par M. Moreigne. C'est une curieuse circulaire électorale du docteur Jean Moreau, de Guéret (1801-1889), non datée, qui paraît se placer aux environs de 1848 ; elle a trait aux manœuvres de subornation qui auraient alors été tentées sur les électeurs et se termine par ces mots qui firent fortune à l'époque : « Si quelques individus tentent de vous « suborner... prenez leur argent, buvez leur vin, votez contre eux ».

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA GARNISON DE GUÉRET EN 1801

Gilbert-Jacques Bandy de Nalèche (1), né en 1756 à Felletin, ancien lieutenant à Damas-Cavalerie, commandant en 1789 de la garde nationale de Felletin, partit comme capitaine de grenadiers du 1er bataillon de la Creuse le 22 septembre 1791 et se distingua si brillamment aux armées des Ardennes et de Sambre-et-Meuse qu'après vingt-six mois de service il fut fait général de brigade à titre provisoire par les représentants du peuple, et confirmé dans ce grade le 13 juin 1794. Mais, le 26 mars 1795, un certificat élogieux de Marceau, daté de Trèves, constatait qu'il était malade depuis plus d'un an et hors d'état de continuer la campagne. Il revenait à Guéret et à Felletin, et le 12 juin 1796 nous le retrouvons inspecteur de gendarmerie, chef de la 13e division (Moulins) qui comprenait notamment la Creuse. Mis à l'écart lors de la réorganisation de la gendarmerie en octobre 1800, sur des dénonciations politiques venues de Nevers, si l'on en croit son ami le général Bisson, il fut réformé comme général de brigade le 22 janvier 1802. La mauvaise chance s'attachait à lui, il ne reprit qu'entre 1809 et 1814, dans les places de l'Escaut, un service très intermittent contrarié par la maladie. Fait tardivement chevalier de la Légion d'Honneur en avril 1813 grâce aux réclamations de son chef Gilly, il prend place également, dans l'Almanach impérial de cette année, parmi les barons de l'Empire, sans que nous connaissions son décret de nomination. L'année suivante sa vie militaire était finie. La Restauration lui donna la croix de Saint-Louis ; après avoir été député de la Creuse, il mourut à Felletin en 1820.

De quelques débris de sa correspondance officielle, communiqués par M. le docteur Janicaud, il ressort qu'en l'an IX (1801), durant son passage à la 13e division de gendarmerie, il habitait le plus souvent Guéret et surtout Felletin où ses subordonnés lui adressaient leurs lettres et où lui étaient renvoyées celles du ministère parvenues à Moulins. A ses fonctions dans la gendarmerie qui l'obligeaient avant tout à la surveillance des réfractaires et des émigrés rentrés clandestinement, il joignait le titre de « Commandant de la force armée dans le département de la Creuse » et c'est à cette particularité que nous devons les quelques détails qui suivent :

En dehors des brigades de gendarmerie, cette force armée était représentée uniquement, dans la Creuse, par la garnison de Guéret, au sujet de laquelle le commissaire des guerres de cette place, Teste, adressait chaque décade un état de situation au « citoyen Nalesche ». Elle se composait de la 4e compagnie du 3e bataillon de la 2e demi-brigade de vétérans, à l'effectif de 4 officiers et 57 sous-officiers et soldats, sous le commandement du capitaine Béranger qui en louait sans réserve l'ordre et la discipline. Trois pièces de canon, « dont une mauvaise » en formaient l'artillerie. La compagnie occupait la caserne (l'ancien couvent des Augustines) qui manquait de vitres et présentait des brèches aux murs de son jardin ; elle desservait aussi un corps de garde, sans doute au siège des autorités civiles. Sa solde était exactement payée, ses fournitures livrées sans retard par le garde-magasin Marsais ; les retraités commençaient à toucher des acomptes sur les pensions suspendues en l'an VIII faute de fonds.

La garnison surveillait un dépôt de prisonniers de guerre autrichiens : 220 hommes et une femme en mars, 216 hommes et une femme en mai ; ils devaient payer leur bois de chauffage quand ils auraient reçu l'indemnité de 2 centimes 8/10es fixée par le Ministre ; l'emplacement du dépôt dans la ville n'est pas désigné.

Des passages de troupes, peu importants, vu la direction des routes traversant le département, et qui étaient habituellement l'occasion de revues faites par de Nalèche, égayaient seuls la monotonie de la garnison. Le 12 mars 1801, c'était le fourgon du général Saint-Cyr allant à Bordeaux ; le 19, 26 officiers dont 8 capitaines et 545 hommes de la 105e demi-brigade dont l'itinéraire n'est pas indiqué (chef de bataillon Lafosse, quartier-maître commandant Chapuy) ; le 20 avril, un détachement de la 83e demi-brigade d'infanterie allant de Gray à Bayonne ; le 7 mai, 3 officiers, 14 sous-officiers et 99 hommes de 3 compagnies de la 96me, allant de Clermont à Bordeaux, entrés dans le département, par Crocq, le 27 avril. Au passage à Chénérailles, la citoyenne Augermain « se disant femme d'un capitaine » avait réquisitionné pour les malades et les bagages une voiture que le maire Faure avait accordée. Mais l'abus de pouvoir de cette Madame Sans-Gêne n'échappa pas au commissaire des guerres qui refusa le paiement ; sur la réclamation du maire et l'intervention du général, il trouva d'ailleurs le moyen de régler l'incident sans dommages.

(1) L'un des trois généraux creusois du Premier Empire. Sur les deux autres, Jean Le Camus et René Dupeyroux, cités par le commandant Bareige dans nos Mémoires, t. XXIV, p. 106, des recherches, faites notamment aux Archives de la Guerre, me permettront de donner ultérieurement des précisions inédites.

Henri Hugon.

 

 

SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1930

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : MM. Barranger, Barthon, le docteur Bordier, de Bourran, Champeymaud, Filloux, Jamot, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Paul Mozer, Pajot, Pasty, Polier, Rimour.

Excusés : MM. Maurice Dayras, Faure, Hugon, Albert Lacrocq, Levron.

NÉCROLOGIE. — M. le Président adresse l'hommage de la Société à la mémoire de M. Ernest Ferrier, bibliothécaire, décédé récemment. Il rappelle les services rendus avec compétence et dévouement par M. Ferrier qui remplissait cette fonction depuis quatorze ans. Une notice nécrologique lui sera consacrée.

COMPTES & BUDGETS. — M. Paul Mozer, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1929 :

Recettes

En caisse au 31 décembre 1928 . . . . . . . . . 1.092,80
Subvention du département. . . . . . . . . . . 1.500
Subvention de la ville de Guéret . . . . . . . . 2.500
Cotisations . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10.025
Vente de volumes des Mémoires. . . . . . . . . . 1.222,65
Don. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
Intérêts de rente 5 %. . . . . . . . . . . . . . 200
16.580,45

Dépenses

Gardiens du Musée. . . . . . . . . . . . . . . 2.104
Impression et brochage des Mémoires. . . . . . 10.095
Frais de poste. . . . . . . . . . . . . . . . 715,95
Recouvrement des cotisations. . . . . . . . . 145,75
Frais de bureau. . . . . . . . . . . . . . . . 456,85
Musée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1.564,95
Bibliothèque. . . . . . . . . . . . . . . . . 225
Chauffage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94,50
Dépenses diverses. . . . . . . . . . . . . . . 215,50
15.617,50

Recettes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16.580,45
Dépenses. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15.617,50
Excédent de caisse au 31 décembre 1929. . . . 962,95

Dans le compte ci-dessus ne sont pas compris les rachats de cotisations effectués pendant l'année 1929.

Le livret de Caisse d'épargne s'élève, au 31 décembre 1929, à 7.797 fr. 06 ; avec les titres de rente, il représente le fonds de réserve et le montant des cotisations rachetées.

Les comptes, vérifiés par MM. de Lajaumont et Pajot, sont reconnus exacts et approuvés.

Le budget de 1930, établi par le Bureau, est approuvé.

ÉLECTIONS. — M. Paul Mozer demande à être remplacé dans les fonctions de trésorier que ses occupations ne lui permettent plus de remplir. M. le Président lui exprime les regrets et les remerciements de la Société pour sa collaboration. M. Laborde est désigné pour lui succéder.

Mlle du Muraud est désignée comme bibliothécaire en remplacement de M. Ferrier.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mme Bazelard à Châteauvieux. commune de Guéret ; MM. Bascoulergue, négociant à Aubusson ; Foucard, directeur de la Banque de France, à Guéret ; Suchaud, serrurier à Guéret.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Pasty communique un bail à ferme reçu par Loriol, notaire à Saint-Vaury ,le 20 juin 1751 relatif au domaine de Frémont, paroisse de St-Sulpice-le-Guérétois, au labourage de deux bœufs, appartenant à Joseph Goumet, [...] taires sur la papeterie assez importante qui a existé à Felletin au xviiie siècle, a repris son activité après la Révolution et d'après l'abbé Pataux, (Felletin, XVIIe et XVIIIe siècles, Limoges, 1880, p. 94 et 95), a disparu en 1834 ou 1835. La question mériterait une étude. J'ai trouvé deux documents permettant, d'ores et déjà, de rectifier une indication donnée par l'abbé Pataux, reproduite par Duval (Papeteries et imprimeries de la Creuse, Mém. Soc. sciences Creuse, t. XI, 1898, p. 50 et s.) et Paul Ducourtieux (Fabricants de papier, imprimeurs et libraires du département de la Creuse, extr. du Bibliophile limousin, Limoges ,1901, p. 11 et s.).

« D'après ces auteurs, Pierre-Joseph de Miomandre, qui avait créé la papeterie ou en serait devenu propriétaire vers 1789, aurait racheté la fabrique, à son retour de l'émigration, et aurait pris pour associé Ruyneau de Saint-Georges. Cette indication n'est pas complètement exacte.

« Un mémoire judiciaire, conservé à la Bibliothèque communale de Limoges (fonds limousin, recueil factice 7.215), rédigé dans un procès que soutenait, en 1812, Pierre-Joseph de Miomandre, alors conseiller à la cour d'appel d'Angers, contre les frères Meymat, négociants à Aubusson, devant la cour d'appel de Limoges, explique que de Miomandre, à cause de sa qualité d'ancien émigré « non amnistié », n'avait pas pu, au contraire, racheter sa fabrique. Il avait eu recours à un prête-nom, André-Ferréol-Amédée Faure. Mais celui-ci n'avait acquis que la moitié de la papeterie ; l'autre moitié, dit le mémoire, appartenait à « Ruyneau-Laroche ». Avec une procuration de Faure, de Miomandre exploitait seul la papeterie. Il avait des dettes et emprunta des fonds aux frères Meymat qui, comme garantie, exigèrent une vente fictive de la moitié de la papeterie. Cette vente fut réalisée, de Miomandre y figurant comme mandataire de Faure, alors vérificateur de l'enregistrement à Lyon, par acte devant Barraband, notaire à Aubusson, du 2 mars 1809. Une copie de cet acte m'a été obligeamment communiquée par Me Rousseau, détenteur des minutes de l'étude Barraband ; le prix était de 6.000 francs, avec paiement comptant évidemment fictif. Au lendemain, par acte du 5 mars 1809, une société était créée entre de Miomandre et les frères Meymat pour l'exploitation de la papeterie, société devant prendre fin le 1er avril 1812. Le règlement des comptes amena un procès et il semble résulter du mémoire que les frères Meymat revendirent ensuite leur part à de Miomandre.

« L'acte du 2 mars 1809 indique la date de l'adjudication de la papeterie à Faure : 25 floréal an X. Le prête-nom n'avait trompé personne et, en fait, le public, comme l'administration, considéraient de Miomandre comme propriétaire avec Ruyneau de Saint-Georges qui est, sans doute, le Ruyneau-Laroche mentionné dans l'acte de 1809.

« Le Calendrier du Département de la Creuse pour 1807 dit qu'il s'est récemment introduit à Felletin un commerce de fabrication de papiers « et que la papeterie est dirigée par les soins de MM. Demiomandre et Saint-George ». Le Mémoire statistique sur l'arrondissement d'Aubusson rédigé par le sous-préfet Rémy en l'an XIII (Mémoires Soc. sciences Creuse, t. XXI, p. 204) dit que la papeterie est « exploitée par les sieurs Ruyneau et Miomandre ».

 

 

SÉANCE DU 27 MARS 1930

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle du Muraud, MM. de Bourran, Maurice Dayras, le docteur Daubigny, Dumont, Desjobert de Prahas. René de Forges, Foucard, Jacob, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Lanet, André Mozer, Parot, Pasty, Polier.

Excusés : MM. Beluchon, Cluzet, Filloux, Lacombe, Levron, Paul Mozer, l'abbé Pénicaud.

M. le Président annonce la réorganisation, par arrêté de M. le Préfet en date du 24 février 1930, de la Commission météorologique de la Creuse.

Lecture est donnée de la lettre de M. le Préfet remerciant la Société de la souscription en faveur des inondés du Midi que lui a fait parvenir le Bureau.

Des félicitations sont adressées à M. Emile Chapal, nommé commandeur de la Légion d'honneur.

NECROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de M. Amédée Montaudon, un de ses plus anciens membres titulaires, récemment décédé.

ADMISSION. — Est admis comme membre titulaire : M. Marc Bloch, professeur d'histoire à la Faculté des lettres de Strasbourg.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas signale dans le cartulaire de l'abbaye des Noyers (Indre-et-Loire), publié par l'abbé C. Chevalier (Mém. de la Soc. archéol. de Touraine, t. XXII, 1872), une mention concernant Saint-Vaury. Il y est dit (doc. n° LXIX) qu'en 1075 l'abbé Reginerius, étant venu en Limousin chercher des secours pour la restauration du monastère, passa par Saint-Vaury (Sanctum Valericum), où il trouva un homme du nom de Maingodus, originaire de Touraine (de Turonico pago) qui lui fit, pour l'abbaye des Noyers, un don de redevances lui appartenant dans son pays d'origine.

M. Antoine Thomas signale la mention, dans la Correspondance historique et archéologique de F. Bournon, année 1907, au cours d'un article de feu F. Chambon, intitulé Notes et documents sur la famille de Montboissier-Beaufort-Canillac, p. 143, note 1 et 2, de deux oraisons funèbres concernant des membres de cette famille :

1° L'oraison funèbre de Geneviève de Gédoyn, épouse de Guillaume-Michel de Montboissier-Beaufort-Canillac, prononcée dans l'église des Pères Récollets de Guéret, par le P. Florent La Serre, (Clermont, F. Boutandon, 1699, pet. in-8°. [Catal. Desbouis, n° 451]). L'acte de décès de Geneviève de Gédouyn ne se trouve pas.

Une copie manuscrite de cette oraison funèbre est à la Bibliothèque nationale ; elle a été signalée dans nos Mémoires (t. XX, p. 247) ;

2° L'Oraison funèbre de demoiselle Marguerite de Canillac [veuve de Denys de Gédoyn], fille de M. le marquis de Pont-du-Château, grand sénéchal d'Auvergne, prononcée dans l'église des Récollets de Guéret, le 24 janvier 1708, par le P. Justin Bergue, prédicateur du roi d'Espagne. (Limoges, Barbou, 1708. in-12). Indiqué dans le P. Lelong, IV, 209 ; la Bibliothèque nationale en possède un exemplaire.

On peut consulter sur ces deux personnages les notices de Z. Toumieux dans La vicomté du Monteil (Mémoires, t. IX, p. 138 et 139). Toumieux donne comme date de la mort de Marguerite de Canillac le 7 janvier 1714, ce qui est évidemment une erreur. Elle fut enterrée dans l'église des Récollets où reposait sa fille Geneviève de Gédoyn, d'après l'oraison funèbre de celle-ci.

— Lecture est donnée d'un article écrit pour nos Mémoires par M. le conseiller Bouchardon retraçant la carrière de cinq magistrats, nés dans la Creuse, qui ont appartenu à la Cour de cassation : J.-B. Bazenerye, J.-B. Voysin de Gartempe, Hippolyte Voysin de Gartempe, Jacques Métadier et Léon Larombière.

— Communication est donnée du dépouillement des registres paroissiaux de Sagnat et Dun-le-Palleteau faits par M. l'abbé Mazeret.

— M. Henri Hugon communique une lettre du 19 novembre 1791, adressée à l'administration par l'abbé Devaureix, curé de Malleret, canton de Boussac, qu'il a trouvée aux Archives nationales, dans les dossiers des divisions de paroisses 1791-92 (D IV, 95, Creuse).

L'abbé Devaureix formule une plainte : « Le district de Boussac vient de supprimer la paroisse de Champeix dont le clocher est distant d'une lieue du mien ; il a réuni le bourg de Champeix à Boussac et m'a donné plusieurs endroits de la paroisse de Champeix assez éloignés. Il n'y a donc aucun intermédiaire entre le clocher de Toul et le mien, quoiqu'il y ait deux fortes lieues d'un clocher à l'autre. Les enfants ne pourront aller au catéchisme, les grandes personnes ne pourront aller aux offices sans risquer de perdre la vie. D'où la nécessité de conserver Champeix qui pourvoira non seulement pour ses propres paroissiens, mais aussi dans les crues d'eau aux habitants des paroisses qui sont au delà des rivières de son côté (?) ».

La solution donnée à cette question de division territoriale fut conforme au désir du curé de Malleret, puisque Champeix devint et resta commune jusqu'au 1er avril 1830, date où une ordonnance royale la supprima et la réunit à celle de Malleret. (Cf. Lecler, Dictionnaire de la Creuse, v° Champeix).

— M. Chamberaud a envoyé des notes sur la commanderie de l'Ordre de Malte qui existait au chef-lieu de la paroisse de Chamberaud. Une partie de ces notes a été relevée par lui dans un terrier de 1683 que lui avait communiqué M. Hippolyte Mérigot à qui il appartenait. Elles complètent les indications sur la commanderie, qu'a publiées A. Vayssière (L'Ordre de... Malte en Limousin..., Tulle-Limoges, 1884, p. 90 et s.), notamment en donnant, de façon détaillée, la délimitation de la dîmerie de la commanderie, marquée par de nombreuses bornes dont plusieurs étaient des « pierres creusées ».

Le surplus des notes est la copie d'un mémoire judiciaire incomplet, peu antérieur à la Révolution, produit par les habitants de Chamberaud dans un procès devant le Conseil, qu'ils soutenaient contre le commandeur. Ce procès était relatif à « une aumône générale de 104 septiers de seigle, mesure d'Ahun, à tous les allants et venants de la paroisse de Chamberaud », due par le commandeur ; Vayssière (loc. cit. p. 92) l'a signalée brièvement ; mais il résulte du mémoire que le commandeur avait une autre charge charitable : il devait donner « une livre et demie de pain par chaque personne, tous les dimanches, à l'issue de la messe paroissiale ». Par contre, il percevait la dîme du seigle sur une quotité exceptionnelle : une gerbe sur cinq. Ces droits et obligations avaient amené, depuis le xvie siècle, une série de difficultés et des solutions transactionnelles par la réduction de la dîme à une proportion d'usage courant, une gerbe sur onze, contre abandon de l'aumône générale de seigle par les habitants. Le procès prouve que la discussion n'avait jamais été close définitivement. Il y a également à noter un « affranchissement du droit de forge », consenti par une transaction de 1600.

— M. le docteur Janicaud rend compte de la recherche qu'il a faite avec MM. Frank Delage, vice-président de la Société archéologique du Limousin, Dartout, Louis et Albert Lacrocq, aux abords du Nouhaud, commune de Saint-Amand-Jartoudeix, pour retrouver un milliaire de la voie romaine de Clermont à Saintes. Ce milliaire a été rencontré dans un bois dépendant de la Creuse, tout près de la limite de la Haute-Vienne.

— Lecture est donnée de deux délibérations du Conseil général de la commune de Crocq, envoyées par M. Adrien Rivet, l'une datée inexactement du 7 nivôse et qui est du 7 pluviôse an II, l'autre du 10 pluviôse, relatives à la fête célébrée dans cette ville en l'honneur de la prise de Toulon. Un feu de joie fut allumé « derrière la citadelle » (les ruines du château) ; on chanta des hymnes patriotiques « en dansant la farandole autour dudit feu », puis on se transporta « au pied de l'arbre de la Raison pour rendre hommage à cette « divinité sous les auspices de laquelle la commune s'est mise depuis longtemps », et la farandole fut encore dansée. Un « repas civique accompagné de danses » termina la journée.

— M. Louis Lacrocq lit la note sur la famille Piédieu, reproduite ci-dessous.

Avant la séance dont le procès-verbal précède, a eu lieu l'Assemblée générale qui a effectué la révision des Statuts. (Voir aux Mémoires, page 481).

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA FAMILLE PIÉDIEU DE SAINTE-FEYRE

La seigneurie de Sainte-Feyre, près Guéret, a appartenu, jusqu'au début du xviie siècle, à une famille Piédieu, probablement originaire de ce bourg, dont la fortune fut faite au xve siècle, par Guillaume Piédieu, notaire-juré de la chancellerie de la Marche. M. Antoine Thomas a écrit, il y a longtemps, une substantielle note biographique sur ce personnage qui sut se pousser au premier rang des fonctionnaires du comté de la Marche (1) Les descendants de Guillaume Piédieu, ayant abandonné leur nom patronymique pour prendre celui de Sainte-Feyre, furent gentilshommes, et l'un d'eux, Pierre, qui alla en Italie avec le duc de Nemours, nous est très bien connu par un document des plus curieux, son registre domestique, tenu de 1497 à 1533 (2). Un autre registre domestique, celui d'Antoine de Sainte-Feyre, va de 1570 à 1577 (3). Vers cette époque les Sainte-Feyre paraissent avoir quitté la Marche, gardant cependant la seigneurie jusqu'en 1609. Je connaissais l'acte de vente (4). Cette pièce, des indications que contient le registre de Pierre Piédieu, une mention du Nobiliaire de Nadaud et des renseignements fournis par des ouvrages berrichons, m'ont permis d'éclaircir quelque peu la fin des Piédieu.

A l'année 1520, Pierre de Sainte-Feyre raconte qu' « après plusieurs « parlemens du mariage de Fransois [son fils ainé] avec la fille de » Mons. de Blanquafort », il partit pour Blanquafort où le mariage fut décidé et le contrat passé par le « procureur dudict Blanquafort « demeurant à Aubigny ». L'éditeur du registre, Alfred Leroux, n'a pas identifié les localités mentionnées par Pierre de Sainte-Feyre ; elles étaient en Haut-Berry : Aubigny, petite ville du Sud de la Sologne, Blancafort, chef-lieu de paroisse dans la vallée de la Sauldre [l'une et l'autre aujourd'hui département du Cher]. Le mariage ne fut célébré qu'en février 1521 à Blancafort et Pierre de Sainte-Feyre, qui y assista, le relate avec quelques détails.

La très brève notice sur les Piédieu que contient le Nobiliaire de Nadaud (5) dit que « François de Sainte-Fère... épousa Jeanne de « Boucard (ou peut-être mieux de Bernard) ». Ce nom différent donné à la jeune femme par Nadaud ne crée pas d'obscurité ; il s'applique bien à la même personne, dont Nadaud nous fournit le prénom ,et la rectification proposée dubitativement de Boucard en Bernard est inexacte.

Boucard était une seigneurie de la paroisse du Noyer (Cher), proche de Blancafort ; son château existe toujours, charmant édifice de la Renaissance. La famille de Boucard, originaire de la Gascogne, d'après La Thaumassière, s'était fixée en Berry au début du xive siècle et une alliance avait fait les Boucard seigneurs de Blancafort. Les désignations « de Boucard » et « de Blancafort » ou « Blanquafort » s'appliquent donc à la même famille. Jeanne de Boucard ou de Blancafort, qui épousa François de Sainte-Feyre, était fille de François de Boucard et de Marguerite de Cugnac (6).

Comment ce Marchois était-il allé chercher sa femme en Haut-Berry ? L'explication est probablement dans des alliances qu'avaient les Sainte-Feyre en cette province. Une Jacquette de Sainte-Feyre avait épousé, en 1486, François Loubes, seigneur de La Gastevine ; à une date non précisée, une autre de Sainte-Feyre avait épousé un Le Bouc, seigneur de La Bourdinière, près de Concorsault (7).

Le jeune ménage vint s'installer à Sainte-Feyre le 1er mars 1521 (1522 n. s.). Nous ne savons s'il alla ensuite habiter le Berry, mais ce n'est pas à Jeanne qu'échut la seigneurie de Blancafort. Elle passa à son frère Pierre qui n'eut qu'une fille, Françoise, mariée à Jacques d'Etampes en premières noces, à Jacques de Courcelles en deuxièmes noces. Le fils unique de Françoise, Honoré de Courcelles, mourut sans enfants. Amable et Hélie de Sainte-Feyre, ses cousins issus de germains, recueillirent dans sa succession la seigneurie de Blancafort (8).

Sans que nous connaissions les mutations de la seigneurie de Sainte-Feyre après Pierre de Sainte-Feyre, l'arrière-grand-père d'Amable et d'Hélie, nous la trouvons en 1609 aux mains d'Hélie, « gentilhomme ordinaire du roy et demeurant au lieu de Blanquafort ». Par acte du 23 octobre de cette année, passé devant un notaire de Lignières [Cher], il la vendit à « noble homme Mathurin Mérigot, « sieur de La Tour, conseiller du roi, juge civil et criminel pour « S. M. de la ville et chatellenie d'Ahun, pays de la Haute-Marche, « demeurant audit lieu ». Mérigot la payait 11.000 livres tournois versés antérieurement à l'acte qui contient cette clause : « Pour plus « grande sureté dud. acquereur a le vendeur a consenty que « icelluy acquereur se puisse faire adjuger lad. terre par decret « judiciaire pour lad. somme de 11.000 livres... » ; si l'enchère, sur le décret, la lui fait payer plus de 11.000 livres, Hélie de Sainte-Feyre doit lui tenir compte de l'excédent, quelqu'il soit, et faire lever « toutes oppositions sur la seigneurie pour hypotheques ou autres causes ». C'était une précaution prise par l'homme de loi prudent qu'était certainement Mathurin Mérigot ; elle est révélatrice de la situation embarrassée où se trouvait le vendeur. Il avait des créanciers : Mérigot payait sans doute la terre bon marché, mais il avait à craindre le recours des créanciers et l'action hypothécaire. Une vente judiciaire par « décret volontaire » purgerait les hypothèques.

S'il était avisé en affaires, Mérigot était aussi expéditif. Il s'était rencontré avec Hélie de Sainte-Feyre à peu près à mi-chemin de Sainte-Feyre et de Blancafort, dans la petite ville berrichonne de Lignières (9). L'acte avait été signé « entour les huit heures du matin, à l'hôtel où pend pour enseigne Le Petit Ecu ». Mérigot avait emmené avec lui Guillaume Coulaud, prêtre de Sainte-Feyre. Le lendemain 24, les deux amis étaient de retour à Sainte-Feyre. Guillaume Coulaud, qui avait les clefs du château, en ouvrait les portes à Mérigot et celui-ci accomplissait les gestes rituels de la prise de possession dont le notaire Rousseau dressait procès-verbal « dans l'une des chambres appelée la chambre de Nesmour ».

C'est bien parce qu'il était ruiné que Hélie de Sainte-Feyre avait vendu la terre marchoise de ses ancêtres. Il ne garda pas longtemps la seigneurie berrichonne qui lui restait. Blancafort fut saisi et vendu par décret en 1619 (10). Nous n'avons aucun renseignement sur le sort d'Hélie de Sainte-Feyre après cette chute de la famille, sur celui de son frère Amable et de sa sœur Anne de Sainte-Feyre dont il promettait de rapporter le consentement à la vente de sa seigneurie, aux termes de l'acte du 23 octobre 1609.

Blancafort a toujours un beau château, dominant la rivière, mais rien n'y paraît évoquer le souvenir des Sainte-Feyre : le pavillon Louis XIII de l'entrée a dû être élevé par leur successeur Claude de Faucon. Aucune pierre ne rappelle non plus ce souvenir dans la Marche : il ne reste rien à Sainte-Feyre du château où Guillaume Piédieu reçut Louis XI, alors dauphin, en 1439 (11). Le château actuel, à l'ordonnance imposante, a été bâti au xviie siècle par un Mérigot, car les Mérigot, d'origine modeste, — en dépit du « noble homme » dont Mathurin se pare au contrat de 1609 — comme les Piédieu, eurent à leur tour une ascension brillante. Le 23 mars 1789, l'assemblée de la noblesse tenue à Guéret pour les élections aux Etats généraux était présidée par « Alexandre-Philippe-François Mérigot, marquis de Sainte-Feyre, sénéchal et grand bailli d'épée de la Haute-Marche ». Cette succession dans une seigneurie, en 1609, à une famille que près de deux siècles ont usée, d'une famille qui s'y maintiendra pendant près de deux siècles, est un aspect d'histoire sociale assez saisissant.

Louis Lacrocq.

(1) Antoine Thomas, Les Etats provinciaux de la France centrale sous Charles VII, Paris. 1879, t. I, p. 348.
(2) Publié par Alfred Leroux dans Nouveau recueil de registres domestiques limousins et marchois (sous la direction de Louis Guibert), Paris-Limoges, 1895, t. I, p. 155.
(3) Id. p. 303.
(4) Archives départem. de la Creuse, E 638.
(5) Tome II, p. 119.
(6) La Thaumassière, Histoire de Berry (réédition), t. IV, p. 50.
(7) La Thaumassière, loc. cit., p. 175 et 292. — Concorsault, aujourd'hui Concressault, chef-lieu de commune du Cher.
(8) La Thaumassière, loc. cit. p. 51.
(9) Je note une coïncidence : à Lignières il y avait une famille Mérigot au début du xviie siècle (Arch. départ. du Cher, Inv. somm. Série E).
(10) Buhot de Kersers, Statistique monumentale... du Cher, t. I, p. 94.
(11) Antoine Thomas, loc. cit. p. 351.

 

 

SÉANCE DU 15 MAI 1930

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle du Muraud, MM. le docteur Bordier, Chapronier, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, René de Forges, Foucard, Louis Frétet, Jacob, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, le docteur Larché, Levron, l'abbé Pénicaud, le docteur Rochat, Rousseau, Sarciron.

Excusés : MM. Filloux, Lacombe, Polier.

Des félicitations sont adressées à M. Germouty, membre titulaire, nommé chevalier de la Légion d'honneur.

NÉCROLOGIE. — M. Paul Mozer est récemment décédé. M. le Président, qui a pris la parole à ses obsèques au nom de la Société, rappelle son attachement à notre œuvre, les services qu'il a rendus comme membre du bureau et trésorier. Une notice nécrologique lui sera consacrée.

COMITÉ DE PUBLICATION. — Sont désignés pour en faire partie : M. le Président, MM. Dayras et Levron, secrétaires, Mlle du Muraud, bibliothécaire, MM. le docteur Janicaud et Lafay.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mme Raymond Desjobert de Prahas, à Châteauroux ; M. le général Somon, à Versailles.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Joseph Boulaud a envoyé une étude sur le fief incorporel dit de Nouâtre qui paraît avoir été créé, dans la première moitié du xve siècle, par Guy de La Rochefoucauld, seigneur de Nouâtre [Indre-et-Loire, arrond. de Chinon], pour constituer un douaire à sa femme ou à sa fille, par démembrement de seigneuries limousines lui appartenant ; il comprenait des droits sur les paroisses de Saint-Etienne-de-Fursac, Arrênes, Saint-Sulpice-Laurière et Folles.

— M. l'abbé de Laugardière, président de la Société des Antiquaires du Centre, a envoyé deux notes :

L'une relate une mention, intéressante pour l'émigration marchoise, qu'il a trouvée au cours de recherches dans les registres de l'état-civil de Lunel (Hérault) : le 8 novembre 1790, Etienne Redon, compagnon tailleur de pierres, habitant Lunel depuis deux ans, fils majeur d'Annet Redon et de Françoise Rivet, du village du Chérat [ou Chirat], paroisse de Néoux, épousa Marie Ensuque, de Lunel-Viel.

L'autre note contient des renseignements extraits du seul document connu sur la Faculté de théologie de Bourges au xviiie siècle, le registre ouvert le 26 novembre 1710 pour recevoir le serment écrit d'adhésion à la condamnation des propositions jansénistes, que la Faculté exigeait de tous les candidats séculiers et réguliers se présentant devant elle pour recevoir des grades. M. l'abbé de Laugardière a relevé les noms des candidats originaires du diocèse de Limoges : 29 sur un total de 649, s'espaçant du 29 avril 1714 au 1er février 1787. Plusieurs de ces noms appartiennent à la Marche : Jean Couturier de Fournoue, acolyte, docteur (1712), Joachim Beraud, prêtre, docteur (1714), Alexandre de Flayat de Saint-Julien, prêtre, docteur (1715), François Foureton de Combort, clerc, docteur (1719), Bernard-François Marchandon de La Faye, prêtre, docteur (1721), Gilbert Foureton de Margeleix, prêtre, bachelier (1722), Benoît de Landrieve du Chiron, prêtre, docteur (1723), Pierre Cartaud, prêtre, bachelier (1723), Joseph Couturier de Fournoue, diacre, docteur (1724), Jean-Silvain de La Celle de Bouery, prêtre, docteur (1745), Guillaume Bessé-Dumas, diacre, chanoine de Notre-Dame de La Chapelle-Taillefer, bachelier (1747) docteur (1763), Pierre de Chaumont de Vauchaussade, clerc, bachelier (1753).

— Lecture est donnée d'une note de M. Henri Hugon sur des bronzes romains trouvés dans la Creuse et conservés au Musée national Adrien-Dubouché à Limoges.

— M. le docteur Rochat lit la note suivante sur une sépulture qu'il a étudiée avec M. l'abbé Pénicaud :

« Le 12 mai 1930 en creusant, dans mon jardin, à Clugnat, une tranchée, l'ouvrier, ayant soulevé une pierre, mit en évidence un crâne. Appelé près de lui, nous avons continué la fouille, ce qui nous a permis de mettre en évidence un cadavre enterré à 0m,80 environ.
« La tombe en direction d'Ouest-Est, légèrement inclinée vers les pieds, a une longueur de 1m,90 sur 0m,60 de largeur à la tête et de 0m,40 aux pieds. Elle est formée de moellons divers — mi-dioritiques, mi-granitiques ; — son fond est un pavage fait de petits morceaux de diorite ; le dessus est composé de tablettes granitiques en forme de voûte surbaissée. Dans les terres qui l'entouraient nous avons trouvé d'assez nombreux morceaux de briques qui nous paraissent provenir d'imbrices et de tegulae.
« A l'intérieur, enveloppant, pour ainsi dire, le cadavre, on trouvait une grande quantité de sable lavé formé d'assez gros morceaux de feldspath orthose et d'amphibole noire et verte dont quelques-uns atteignent la grosseur d'un petit pois.
« Le corps étendu sur le dos, la tête légèrement relevée par une pierre, les bras étendus de chaque côté, était à peu près complet, manquant à peine de quelques ossements dont une partie du bassin et les omoplates.
« D'après les mensurations, nous avons à faire à un sujet de 1m,63 à 1m,65 ; l'indice de platienémie est de 65,3 à la hauteur du trou nourricier du tibia, alors que sur les squelettes du Cro-Magnon il est de 63, sur les squelettes néolithiques il est de 64 et qu'il est de 70 à 80 sur les Parisiens actuels.
« Nous sommes en présence d'un homme adulte, car la dentition est parfaite, comportant les dents de sagesse (25 à 35 ans). Il est à remarquer que les métatarsiens et les métacarpiens ont un développement plus grand que les autres os.
« Dans la main gauche, le cadavre tenait une défense inférieure droite de sanglier. A ses pieds, nous avons trouvé un tibia et un osselet de gros animal (cheval probablement). A ses côtés il y avait quelques débris d'une poterie d'un grès grisâtre qui malheureusement ne permettent aucun essai de reconstitution.
« L'endroit où nous avons découvert cette sépulture est tout proche de l'ancien cimetière Saint-Jean dans la partie de Clugnat qui dépendait autrefois de la province du Berry.
« C'est à environ 80 mètres de la place où était mise à jour, il y a 8 ans, une sépulture qui a fait l'objet de ma communication rapportée aux Mémoires de notre Société, t. XXII, p. xxxxii. C'est également à 6 mètres environ que le vieil ouvrier que j'employais a mis à jour, en 1869, plusieurs tombes identiques à celle que nous venons de décrire, mais non séparées les unes des autres. Comme j'ai trouvé aussi dans mon jardin une assez grande dalle enfouie à la même profondeur approximativement, il y a lieu de penser que cette tombe n'est pas complètement isolée. D'ailleurs, on en a rencontré dans les mêmes conditions qui sont éparses sur un territoire d'environ 6 hectares ».

— Lecture est donnée d'une note de M. Albert Lacrocq sur des peintures qui décoraient autrefois le chœur de l'église de Saint-Pierre-de-Fursac et le vitrail de la même église.

— M. Jacques Levron signale la mise à jour et le replacement dans la salle des Archives départementales de la Creuse, à l'Hôtel des Moneyroux, de la plaque de cheminée qu'avait décrite A. Bosvieux (Compte-rendu du Congrès archéologique de Guéret de 1865, p. 65). Cette plaque porte les armes de deux familles de magistrats guérétois, les Bonnet et les Nesmoud. On ne connaît pas la date d'alliance de ces deux familles qui indiquerait approximativement à quelle époque la plaque a été fondue. Des documents des Archives permettent d'expliquer sa présence à l'Hôtel des Moneyroux qui appartenait, depuis 1642, à la famille Tournyol : Jean-Silvain Bonnet, président au présidial de la Marche, avait épousé Gabrielle Tournyol ; à la mort de celle-ci, un partage eut lieu entre Bonnet et son beau-frère Antoine Tournyol en 1738 ; la plaque dut être laissée à ce dernier.

— M. Jacques Levron, énumérant les enrichissements des Archives départementales de la Creuse pendant ces trois derniers mois, signale spécialement le don important par Madame la comtesse de Paggis, de Bourges, d'une centaine de documents qui permettent de reconstituer l'histoire du domaine de Chabannes-Bertrand, commune de Saint-Maurice, près La Souterraine. (Cf. Lecler, Dictionn. de la Creuse, v° Saint-Maurice).

Ce domaine fut baillé, le 23 février 1419, par Jeanne de Horne, dame du Bois et veuve d'Adam de Viville, à Pierre de la Roche, habitant la paroisse de Colondannes. Ce Pierre de la Roche ne le garda pas longtemps. En effet, dès 1435, on le trouve entre les mains de Jehan de Brosses, seigneur de Ste-Sévère, châtelain de Boussac et chambellan du roi.

A son tour, celui-ci le donna, le 15 juin 1438, à André Conraudin, alias Ménage, son serviteur, en raison des « grands, bons et agreables services à nous faits par le temps passé et esperons que fera par le temps advenir ». Cet acte de donation fut approuvé par le tuteur de Jehan de Brosses, son oncle Jehan de Bretagne.

Par la suite, le domaine de Chabannes-Bertrand entra dans la famille de Savignac, qui s'intitula depuis lors Savignac de Chabannes-Bertrand. Les actes se rapportant à cette famille et qui viennent d'entrer aux Archives s'étendent de 1522 à 1692.

A la fin du xviie siècle, par une alliance, le domaine passa aux Mondin de Montostre qui le gardèrent jusqu'à la veille de la Révolution. C'est au cours de cette période qu'il fut débaptisé et prit le nom de La Maison Rouge, sous lequel on le connaît encore aujourd'hui.

Le mariage de Louis-Armand de Seiglière avec Sylvie Mondin de Montostre donna l'ancien domaine des Savignac à la famille des Seiglière de Bouéry, que M. Lacrocq a étudiée dans sa Monographie de La Celle-Dunoise (Cf. Mémoires, t. XXIII, p. 65, 237 et passim). Grâce à la donation de Mme la comtesse de Paggis, on peut suivre les vicissitudes subies par le domaine pendant la Révolution et les démêlés auxquels donnèrent lieu la succession de Louis-Armand de Seiglière qui avait émigré. Ces démêlés ne prirent fin qu'en 1840.

Parmi les autres pièces entrées avec le même versement, on peut signaler de nombreux documents des xvie, xviie et xviiie siècles, relatifs aux familles Bonnet, de Gartempe, Volondat, Morat de Chamborand etc... Ces familles sont, en général, originaires de La Souterraine. La donation intéresse donc principalement l'histoire de cette localité. C'est ainsi que l'on peut citer : en 1510, la présentation d'un vicaire à la vicairie de St-Vincent paroisse de La Souterraine, par Jean de Savignac, fondateur de la vicairie ; en 1697, le testament de François Guillemet, notaire royal et procureur fiscal de La Souterraine ; plusieurs procès de dates diverses entre des habitants de la ville, etc...

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :

« Dans des papiers de famille que m'ont communiqués MM. Puynesge de Saint-Priest, j'ai rencontré un aveu de fiefs rendu devant Goguier, notaire à Dun-le-Palleteau, le 5 juin 1787, au marquis Doublet de Persant, comte de Dun, par les frères Merle de La Brugière qui a le double intérêt de présenter le tableau d'une fortune immobilière et de fournir quelques détails économiques pour la période ayant immédiatement précédé la Révolution.
« Représentants d'une famille bourgeoise fixée dans la région de Dun, où elle avait acquis des fiefs, les trois frères Merle de La Brugière avaient gardé leur patrimoine à l'état d'indivision. Deux étaient ecclésiastiques : Léonard-Léon, archiprêtre de Bénévent, curé de Saint-Sulpice-le-Dunois, Silvain, secrétaire de l'archevêque de Bourges et de l'administration provinciale du Berry, (Cf. sur celui-ci nos Mémoires, t. XX, p. LXVII). Le troisième, marié, habitait le bourg de Saint-Sulpice-le-Dunois.
« Ce patrimoine comprenait quatre fiefs dans la mouvance du comté de Dun :
« 1° Le fief de La Barde, paroisse de Saint-Sulpice-le-Dunois. — C'était le seul qui eut un logis seigneurial, encore ce logis apparaît-il modeste : « Un pavillon appelé le château de La Barde, consistant « en une chambre basse, une cuisine à côté, une cave au-dessous de « ladite chambre, deux chambres hautes et un cabinet avec grenier « par le dessus, couvert à tuiles, une écurie et une grange à côté ».
« Autour du « château » se groupaient une métairie, un bois de haute futaie de 5 septerées, un moulin à blé et à draps sur la Creuse.
« Du fief dépendaient un droit de banc dans l'église de Saint-Sulpice-le-Dunois, une métairie à Lâge, des cens et rentes, le tout dans la paroisse.
« 2° Le fief de Montchaudrier, même paroisse. — Il comprenait une métairie à Montchaudrier, un domaine au village voisin des Termes, le moulin des Villards sur le ruisseau d'Isle, avec moulin à huile et enclos, des cens et rentes sur divers villages des paroisses de Bussière-Dunoise, Saint-Sulpice-le-Dunois, La Celle-Dunoise et Villard, enfin des droits de dîme et des redevances ainsi décrits : « le treizin, c'est-à-dire de treize boisseaux un sur touttes les dixmes « de Saint-Sulpice, à l'exception de celle du bourg et de celle de La « Brugière et de l'Age-Morin, plus une redevance d'un septier de « bled seigle dû par M. l'archiprêtre de Saint-Sulpice, plus la dixme « de laine sur le village de Courtioux, en ladite paroisse de Saint- « Sulpice, qui est de douze poignées une. un fromage et une douzaine « d'œufs par chasque feu ainsi que sur ledit domaine de Mont- « chaudrier ».
« 3° Le fief de La Brugière, Lavaucoupet et Glateret, même paroisse. — Il comprenait un domaine à La Brugière, un domaine tenu en emphythéose à Lavaucoupet, des cens et rentes sur ces deux villages, enfin le moulin de Glateret, sur le ruisseau d'Isle, dont il est seulement dit qu'il a trois bondes, une servant « pour pescher au gré du seigneur ».
« 4° Le fief de La Celle ou partie de La Villatte, paroisse de La Celle-Dunoise. — Il comprenait une chapelle dans l'église de La Celle-Dunoise, des fractions de dimes et des cens et rentes. Démembrement de fiefs importants, il n'avait pas d'immeubles — mise à part la chapelle — et peut être considéré comme un fief incorporel, c'est-à-dire ne portant que sur des droits ».

— M. le docteur Janicaud décrit une sépulture gallo-romaine à incinération en coffre de granit avec urne de verre, trouvée à Ribe, commune du Grand-Bourg, par M. Raymond Moreau.

 

 

SÉANCE DU 24 JUILLET 1930

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Bazelard, Mlle du Muraud, MM. Antoine Thomas, président d'honneur, Marc Bloch, de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Faure, Foucard, le docteur Janicaud, Laborde, Levron, Mazet, Mazure, l'abbé Pénicaud, Rouet, Sarciron.

M. le Président communique le programme du Congrès des Sociétés savantes qui se tiendra à Clermont-Ferrand du 7 au 11 avril 1931.

— Il signale trois récentes manifestations artistiques: l'Exposition des Peintres de la vallée de la Creuse, ouverte le 23 mai à Paris, salle des Champs-Elysées ; — l'inauguration d'une plaque à la mémoire de Frédéric Mistral, par les félibres du Limousin, à Blond (Haute-Vienne), localité qui se trouve en Basse-Marche, sur la limite des langues d'oïl et d'oc (9 juin) ; — l'inauguration à Crozant, le 29 juin, d'un buste du peintre Armand Guillaumin.

— Il exprime les félicitations de la Société à M. le professeur Glangeaud, membre titulaire, professeur à l'Université de Clermont-Ferrand, à qui l'Académie de cette ville a décerné, pour l'ensemble de ses travaux géologiques, le prix Fernand Mège.

NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de M. Théophile Mallet, ancien pharmacien à Guéret, doyen d'âge des membres titulaires, et de M. Bussière, receveur des postes en retraite à Aubusson, membre titulaire.

CLASSEMENT. — Par arrêté du 23 mai dernier, l'église de Chéniers a été classée comme monument historique.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlle Mallen, institutrice à Saint-Moreil ; MM. Louis Auclair, adjoint au maire, à Guéret ; le docteur Berthelon, médecin-chef du Sanatorium de Sainte-Feyre ; Pierre Blanchon, à La Rochette ; Emile Chapal, à Paris ; Lachot, proviseur du Lycée de Guéret ; le docteur Machavoine, à Aubusson ; Machelard, ingénieur à Paris ; Mayade, secrétaire général de la préfecture, à Guéret ; le comte de Nedde, au château de La Dauge, commune de Ladapeyre; Martinus Nijhoffis, libraire à La Haye (Hollande) ; Pierre Poittevin, rédacteur au Courrier du Centre, à Guéret.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. l'abbé de Laugardière, président de la Société des Antiquaires du Centre, à Bourges, signale la mention d'un maçon marchois, qu'il a relevée dans les registres paroissiaux des Aix-d'Angillon (Cher) à la date du 21 décembre 1694. C'est la sépulture du « nommé Léonard, dont, dit le curé, je n'ai pu apprendre le surnom, du pays de la Marche », âgé de 24 ou 25 ans.

— M. le baron de Chaumont communique l'analyse d'une transaction du 22 mai 1757, conservée dans les archives du château de Brousse, dont il a à peu près terminé l'inventaire analytique et qui comprennent environ 1.100 pièces. Cette transaction (carton 31, pièce n° 8, 36 feuilles in-8°) était intervenue entre Claude de Vauchaussade, seigneur de Brousse, et les habitants de divers villages pour la délimitation de ténements communaux ; elle mettait fin à un procès pendant devant le bailli de Montpensier. Les parties convinrent de faire délimiter par experts et en présence de tous les habitants, les communaux en litige. Les experts choisis furent pour le seigneur de Brousse, Etienne Viallette, notaire royal arpenteur, habitant au Chazal, paroisse de Gouttières [Puy-de-Dôme], et pour les habitants Jacques Bonarme, notaire royal feudiste, de Clermont, qui prêtèrent serment entre les mains de M. de Momet, châtelain d'Auzances. Au Puy de Chez-Pichot « appelé de Marabouty », ils plantèrent 27 bornes. Plusieurs de ces bornes portaient des signes distinctifs : « une croix dont l'arbre aligne de nuit à orient et le crouzillon de mydy à bise ». Au communal du Peux, furent posées 18 bornes, « se servant pour cela des rochers » ; au communal de la Combe, 21. Au Puy de la Lande, les experts trouvèrent une grande borne en pierre de taille « couchée », avec un écusson « aux armes de S. A. S. Mgr le duc d'Orléans », qui faisait séparation des justices et paroisses de Sermur et de Brousse ; au midi de celle-ci, en fut découverte une autre, également couchée, avec écusson aux armes du seigneur de Brousse ; 15 bornes nouvelles furent posées ; 8 autres furent placées dans le communal des Beaux, ainsi que 10 autres dans le communal de La Chabanne et 4 dans le patural de la Gane du Bot.

— M. le baron de Chaumont présente deux observations : 1° Communication de M. Maurice Dayras au présent tome, p. lxviii ; la déclaration en date du 12 octobre 1770, faite par les métayers des domaines de Chez-Redon et du Barnicaux, paroisse des Mars, fut reçue par Michel Momet, sr de la Faye, et non Maumat. Michel Momet appartenait à une famille ancienne d'Auzances.

2° Article de M. Antoine Thomas sur Gaspar le Loup, au présent tome, p. 369 ; « Anthoine, bastard de Noyzat », appartenait à la famille de ce nom, originaire d'Herment, possédant la seigneurie de Noysat, paroisse de Giat ; il pouvait être fils de Jean de Noysat, écuyer, qui, en 1572, était enseigne de la compagnie de M. de La Fayette. Une dizaine de pièces concernant cette famille sont conservées aux archives du château de Brousse.

— Lecture est donnée d'une note de M. Henri Hugon sur les médailles et insignes qu'il a relevés se rapportant à des organismes, des évènements ou des personnages creusois. Leur nombre est assez restreint ; une partie se trouve au Musée de Guéret. Des recherches paraissent susceptibles d'accroître ce répertoire.

— M. Henri Hugon communique et donne à la bibliothèque de la Société le programme, imprimé chez Hippolyte Richet, d'un Concert de charité qui eut lieu au théâtre de Guéret le 23 avril 1879 sous la direction de Gabriel Desmoulins, professeur de musique. Les exécutants étaient des amateurs de la ville. Ce programme contenait des morceaux de Beethoven, de Mendelsohn, de Saint-Saëns, de Brahms, etc. Une pièce de poésie de circonstance, Pour les pauvres, s'il vous plait ! signée des initiales M. B. (Mélanie Bourotte), suit l'énoncé du programme.

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :

« Le bourg de Chéniers a eu autrefois deux églises, l'une sous le vocable de l'Assomption, l'autre sous le vocable de Saint-Martin de Tours. La première subsiste ; elle est l'église paroissiale actuelle ; l'autre a disparu il y a longtemps. Les documents cadastraux et des renseignements fournis par M. l'abbé Lissac, curé de Chéniers, m'ont permis de retrouver l'emplacement de l'église Saint-Martin et les quelques débris qui paraissent en subsister.
« Les parcelles nos 723, 724 et 732 bis, section G, à l'état de jardins, portent le nom de Saint-Martin ; elles se trouvent en bordure du chemin d'intérêt commun n° 19, à gauche en arrivant à Chéniers par le Sud. Le n° 732 bis (jardin de M. Parnois) était le cimetière attenant à l'église ; on y a trouvé souvent des ossements.
« Tout près de ces parcelles, une grange appartenant à M. Fernand Chapon présente, employés dans son mur de façade, deux chapiteaux de colonnettes en granit qui, selon toute probabilité, proviennent de l'église. L'une figure un buste d'homme, les bras levés, les mains appuyées sur sa tête ; le tailloir rectangulaire est mince et peu saillant ; aux angles de la corbeille il y a des crochets ; cette sculpture est expressive. L'autre chapiteau, médiocre, a une tête humaine aplatie à son angle gauche et sur sa face antérieure trois bandeaux séparés par de petites gorges. Ces chapiteaux semblent être du xiiie siècle.
« A côté, dans la maison de M. Chapon, pignon Nord, une petite baie plein cintre, dont l'arête de l'archivolte est abattue par une moulure concave, provient peut-être aussi de l'église.
« D'après le Pouillé de Nadaud (p. 541), l'église Saint-Martin a été l'église paroissiale de Chéniers jusqu'au xviiie siècle et l'église actuelle était son annexe. A une date non précisée, elle est devenue annexe de l'église actuelle promue église paroissiale. Son délabrement a dû être la cause de cette modification. Plusieurs centaines de mètres séparaient les deux édifices. L'importance de l'église qui a survécu, (récemment classée comme monument historique) donne à penser qu'elle avait été construite par un établissement monastique, car il n'y a pas trace de l'existence ancienne, à Chéniers, de deux paroisses contiguës ».

— M. Limousin-Lamothe a envoyé une notice sur Dom André Bétolaud, qui est reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. Adrien Rivet communique des documents administratifs sur la construction de l'église actuelle de Crocq, rendue nécessaire vers 1840. L'église paroissiale de Crocq, située sur la butte, à côté du château, était alors dans un tel état de délabrement qu'il fallut l'interdire ; on célébrait les offices dans la chapelle de la Visitation et peut-être dans l'église du Monteil-Guillaume (ancienne commune réunie à Crocq en 1836).

Une restauration fut projetée et un plan dressé par Fabre, architecte du département. Mais le préfet Delamarre suggéra avec insistance une autre solution : reconstruction dans un autre emplacement, au milieu de la ville, mieux à portée du public.

Le Conseil municipal n'accepta pas cette solution, la considérant comme trop dispendieuse et de nature à nuire à un quartier en en gênant un autre, parce qu'il faudrait réduire la dimension du foirail pour trouver un emplacement convenable.

Une nouvelle insistance du préfet, le jour du Conseil de révision, 16 mai 1843, amena un nouveau refus du Conseil municipal. Finalement un accord intervint pour la construction d'un autre édifice au Nord de l'ancienne église, sur un emplacement peu éloigné. Les plans furent dressés par Fabre ; le 12 octobre 1845 eut lieu l'adjudication des travaux au profit de Léonard Lenoir, Jean Bussière et Jacques Gilbert, entrepreneurs à Crocq et Bellegarde ; le décompte des travaux fut réglé à 37.801 francs ; le terrain avait coûté 685 francs ; l'église fut consacrée le 19 août 1852 par Mgr Buissas, évêque de Limoges.

— M. Jacques Levron lit une note sur Les ateliers de charité dont le résumé est publié à la fin du présent procès-verbal.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – NOTICE SUR DOM ANDRÉ BÉTOLAUD, RELIGIEUX BÉNÉDICTIN DE LA CONGRÉGATION DE SAINT-MAUR († 1638)

L'Histoire de la Congrégation de Saint-Maur de Dom Martène, restée manuscrite jusqu'à nos jours et actuellement en cours de publication (1), nous apporte, entre autres choses, quelques renseignements intéressants sur deux éminents religieux du xviie siècle, Dom Jean Regnault et Dom André Bétolaud, originaires l'un et l'autre de La Souterraine. J'ai eu l'occasion déjà de signaler le rôle de tout premier plan joué par Dom Regnault dans la fondation de la Congrégation de Saint-Maur (2). Je voudrais ici relever les quelques indications, trop brèves à mon gré, que fournit Dom Martène au sujet de Dom Bétolaud (3).

Dom Roland-André Bétolaud (4) naquit à La Souterraine à une date indéterminée, probablement dans les dernières années du xvie siècle. Devenu religieux à l'abbaye Saint-Augustin de Limoges, il y fit profession le 1er décembre 1620. Maître des novices à l'abbaye de Nouaillé en Poitou, en 1622, puis prieur de la même abbaye de 1624 à 1627, il fit restaurer les bâtiments claustraux. En même temps, chargé de la direction des religieuses de l'abbaye de la Trinité à Poitiers, il aida beaucoup l'abbesse de ce monastère, Jeanne Guichard de Bourbon, à faire une réforme et à établir des constitutions nouvelles (II, 82). Il devait plus tard, en 1635, y revenir pour présider, avec deux autres supérieurs de sa congrégation, à l'union de l'abbaye de la Trinité avec la congrégation bénédictine du Calvaire que venait de fonder le P. Joseph, confident de Richelieu (5).

Dès 1627, son influence était déjà suffisante pour qu'il fût choisi comme secrétaire par le chapitre général de la Congrégation de Saint-Maur, tenu à l'abbaye de la Trinité de Vendôme (I, 216). En 1628, il est désigné pour la charge de visiteur d'Aquitaine. De 1628 à 1630, il devient prieur de Saint-Jean-d'Angély (II, 82). C'est pendant qu'il occupe cette charge qu'on lui confie, au chapitre général de 1629 tenu à Nouaillé, la tâche de rédiger avec deux de ses confrères, Dom Maur du Pont et Dom Cyprien le Clerc, les constitutions nouvelles de la Congrégation. « Ces trois supérieurs, écrit Dom Martène, aussi distingués par leur piété que par leur expérience, après avoir consulté les plus habiles docteurs en droit canon tant à Rome qu'à Paris et presque tous les supérieurs des autres ordres religieux, et après avoir imploré l'assistance du Saint-Esprit et fait faire pour cela des prières dans tous les monastères, dressèrent les constitutions telles qu'elles sont aujourd'hui : ils en firent faire des copies qu'ils envoièrent dans toutes les maisons pour y être lües en communauté et approuvées de tous les religieux et, après les avoir corrigées selon les divers avis qu'ils recurent des particuliers, ils les présentèrent au chapitre général tenu à Vendosme, le 22 avril 1630, pour y être approuvées » (II, 1-2). Ces constitutions devaient rester en vigueur dans la congrégation jusqu'en 1776. On voit en quelle estime était tenu Dom Bétolaud ; c'est là, évidemment, son œuvre la plus marquante.

En 1633, Dom André Bétolaud devint prieur des Blancs-Manteaux à Paris, abbaye qui comptait parmi les plus importantes maisons de la Congrégation et qui avait même été la résidence du supérieur général jusqu'en 1631 (II, 82). Il devait y rester jusqu'en 1636 et il eut, pendant ces trois ans, à négocier l'entrée dans la Congrégation de deux monastères isolés : Saint-Nicaise de Reims en 1635 (II, 82) et Saint-Médard de Soissons en 1636 (II, 149). Entre temps, il avait pris part en 1634, à Saint-Benoist-sur-Loire, à une Assemblée extraordinaire des supérieurs de la Congrégation (II, 75) et en 1636, à Cluny, à un chapitre général (II, 132) pour préparer, puis pour ratifier l'union de la Congrégation de Saint-Maur avec l'Ordre de Cluny, union qui ne dura d'ailleurs que jusqu'en 1644.

Par la suite, nous savons seulement que Dom André Bétolaud devint en 1636 prieur de Saint-Rémy de Reims — « le célèbre archimonastère..., dépositaire du corps saint de cet illustre apôtre de la France et de l'huile sacrée qui sert à l'onction de nos rois » (I, 201) — abbaye où il mourut, jeune encore sans aucun doute, le 1er octobre 1638 (II, 82) et où il fut probablement inhumé.

Des recherches plus poussées pourraient sans doute nous fournir de nouveaux détails sur la vie de ce religieux et sur le rôle important qu'il a joué. Il m'a semblé qu'il méritait, en attendant, une brève notice dans nos Mémoires.

(1) Par Dom G. Charvin, abbaye Saint-Martin de Ligugé (Vienne) et A. Picard, éditeur, Paris ; trois volumes parus.
(2) Cf. Revue générale du Centre-Ouest de la France, mars 1930, p. 21-29.
(3) Les chiffres entre parenthèses renvoient aux tomes et pages de l'édition de Dom Martène.
(4) On trouve au xviie siècle, les formes Bétholaud, Bétolaud, Bétolost, Bétoulaud et Béthoulaud. La forme Bétolaud est celle qui a prévalu jusqu'à nos jours.
(5) Cf. Eloges de plusieurs personnes illustres en piété de l'ordre de Saint-Benoist décédées en ces derniers siècles, par la Mère de Blémur, Saint-Martin de Ligugé, 1927, tome I, p. 147 et 174.

R. Limousin-Lamothe.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LES ATELIERS DE CHARITÉ

Cette institution des ateliers de charité, destinée à fournir à l'administration des Ponts-et-chaussées une main-d'œuvre qui lui faisait défaut répondait à un autre besoin, non moins pressant : diminuer le chômage qui menaçait les populations industrielles. Elle rendit à ce point de vue, de réels services dans la région d'Aubusson, où la crise manufacturière, qui atteignait l'industrie de la tapisserie, fut particulièrement aigue entre 1770 et 1790.

Les ateliers de charité, alimentés par des fonds spéciaux envoyés par les intendants, fonctionnèrent pendant vingt ans.

On en trouve sur la plupart des routes en construction.

Dans la généralité du Bourbonnais, la subdélégation d'Aubusson en profita surtout, grâce à l'activité du subdélégué, M. de Château-favier. Les ateliers furent ouverts sur la route de Chénérailles, amorce de la route de Paris, que l'on projetait alors. Deux cent cinquante ouvriers et ouvrières y travaillèrent. L'Election d'Evaux et la Combraille participèrent, de moindre façon, à la distribution des fonds. Quelques ateliers seulement furent établis sur les chemins conduisant vers Montluçon.

L'institution, dans la généralité du Bourbonnais, resta toujours empirique. Dans la généralité de Limoges, au contraire, grâce à la vigoureuse impulsion de Turgot, dont l'influence se fit sentir longtemps après son départ, les ateliers de charité fonctionnèrent avec plus de régularité. On les trouve principalement sur la route de Bourganeuf à Eymoutiers et sur celle de La Souterraine à Guéret. Les fonds qui y furent portés sont moindres que dans la généralité voisine, mais il semble que leur emploi ait été plus judicieux (1).

(1) Pour les Sources et la Bibliographie de cette question, Cf. J. Levron, Les routes de la Haute-Marche et des pays circonvoisins au XVIIIe siècle (Guéret, 1930).

Jacques Levron.

 

 

 

SÉANCE DU 18 SEPTEMBRE 1930

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Madame Edouard Chapal, MM. Marc Bloch, Edouard Chapal, Clément, Desjobert de Prahas, A. Frétet, Foucard, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Levron, Mourichon, Phérivong, Poujaud, Poittevin, Rabuteaux, Rousseau, Sarciron, Valadeau.

Excusés : MM. Antoine Thomas, président d'honneur, le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras.

NÉCROLOGIE. — M. le Président exprime la part que prend la Société au deuil causé par la mort récente de MM. Léon Chagnaud et Philippe Glangeaud, membres titulaires. Il rappelle leurs carrières.

M. Chagnaud, né au Bourg-d'Hem (Creuse) le 12 mars 1866, décédé au château de Lasvis, commune de Champsanglard, le 31 juillet 1930, a eu une situation exceptionnellement importante comme entrepreneur de travaux publics; il a été président du Syndicat des entrepreneurs de France et de la Société des Ingénieurs, sénateur de la Creuse et président du Conseil général.

M. Glangeaud, professeur à l'Université de Clermont-Ferrand, a été un géologue éminent. Une notice nécrologique lui sera consacrée.

M. le Président signale le décès, au mois d'août dernier, à Melun (Seine-et-Marne) d'un Creusois distingué, le docteur Lucien Masbrenier, originaire de Guéret, fils d'Adolphe Masbrenier, architecte du département (1814-1900). Fixé à Melun ses études terminées, le docteur Masbrenier y devint médecin en chef de l'hôpital et de la Maison centrale ; il était très estimé.

CLASSEMENTS. — Ont été classés comme monuments historiques : le château de Boussac (arrêté du 25 juillet 1930), l'église de Nouziers (arrêté du 4 août) et l'église de Notre-Dame-du-Château à Felletin (arrêté du 9 août).

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Madame Edouard Chapal à Paris ; MM. Victor Loup, entrepreneur à Paris et au Donzeil ; Emile Malgat, ingénieur à Asnières (Seine) ; Jacques Mourichon, industriel à Paris ; Charles Patureau-Mirand, directeur de la Mutuelle de l'Indre, à Châteauroux.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Adrien Blanchet, membre honoraire, a envoyé la note suivante :

« A ma connaissance, on n'a pas encore étudié beaucoup les marques apposées sur les cuirs pour en garantir la bonne fabrication, à l'instar des marques diverses, apposées sur les draps et les étoffes.
« Précisément, dans ses collections déjà riches, le Musée de Guéret possède une pièce de cuir qui est timbrée de deux cachets circulaires de 0m,03 de diamètre environ. L'un porte : peaux, un lis, et daubusson en trois lignes; sur le côté, mde. L'autre cachet porte dp gueret, un lis, cuirs entre deux étoiles, et au-dessous formant une quatrième ligne: g. m. o. Le Musée possède également la matrice de cette dernière marque.
« Les trois dernières lettres du premier timbre sont-elles une marque d'un négociant ou une abréviation du mot Marchandise ? Les trois dernières lettres du second cachet indiquent-elles une marque officielle, dont l'interprétation pourrait avoir quelque chose de militaire ?
« La présence d'un lis, au milieu des deux cachets, nous ferait volontiers penser que ces marques appartiennent à une période de l'ancien régime ou de la Restauration. Nous allons voir que ce raisonnement logique peut être faux. En effet, le Musée de Châteauroux conserve un plomb (environ 0m,035 de diamètre), qui porte : "la chatre", un lis au centre; au-dessous, cuirs et au-dessous encore 1810 (signalé sans commentaire et brièvement par J. Beulay, Catal. du Musée de Châteauroux, 1910, p. 208, n° 1147). Les lettres sont en creux. Ainsi, nous avons une marque de cuir, très proche parente de celles d'Aubusson et de Guéret, et, malgré la présence du lis, elle n'est pas d'une période royaliste, puisqu'elle est datée de 1810.
« C'est sous Henri III que furent créés les contrôleurs et visiteurs chargés de marquer les cuirs mis en vente sur les marchés de France. Henri IV, dans un édit de janvier 1596, prévoyait que les gardiens des marteaux apposeraient la marque avant que les cuirs fussent exposés pour la vente et ce texte nous donne l'explication de la présence du lis, conservé par tradition, car il dit: « la marque « ou scel auquel sera gravé l'écusson ou fleur de lis...
« On a publié une autre marque de cuir qui porte en outre la mention du droit perçu : 2. S (ols) et droits du roi avec etampes (P. Bordeaux, dans les Procès-verb. de la Soc. franç. de Numismatique, 1910, p. LXI ; in Rev. Numism.).
« Mes confrères de la Société des Sciences trouveront probablement, dans les Archives départementales ou dans des publications locales anciennes, l'explication des lettres que je n'ai guère cherché à interpréter, car le champ des hypothèses était trop vaste ».

M. le Président exprime les remerciements de la Société à M. Adrien Blanchet pour sa communication ; il indique que M. Gabriel Jamot, notre confrère, a fait une communication sur les marques de cuir dont vient de parler M. Blanchet à la séance du 20 juillet 1916 (Mémoires, t. XX, p. XLIII, avec reproduction de la marque de Guéret) ; il signale une communication du même genre par M. Courtot à la Société archéologique du Limousin (Bulletin de cette Société, t. LXX, p. 214).

— M. Antoine Thomas signale la communication que lui a faite M. Pierre Fournier, archiviste du Puy-de-Dôme, membre correspondant, d'une note non datée, conservée à la Bibliothèque nationale, énumérant des localités de la Combraille retenues par le seigneur de Bourbon, note antérieure à l'accord intervenu entre celui-ci et Alphonse de Poitiers (mars 1248) au sujet de l'Auvergne.

Il communique divers documents concernant le Franc-Alleu.

— M. Pierre Fournier a envoyé copie des documents suivants, qu'il a trouvés aux Archives communales de Thiers (GG 68, n° 50), concernant un marché de tapisseries pour la chapelle des Pénitents de cette ville en 1697 :

Nous soubsignés, officiers et confreres de la confrerie du très S. Sacrement de l'hotel (sic) erigée en cette ville, d'unne part, et sieur Jean Lavandré, marchand tapissier de Felletin, sommes convenus du marché qui s'ensuit, sçavoir que moy Lavandrie promet de faire faire et fournir à mess. les penitans de lad. chapelle soubsigné une ou plusieurs tantures de tapisserie, pour le cœur de leurd. chapelle, de trante six aunes en carré ou antour, en verdure, fil simple, bonne et marchande, moyenent le pris qui m'en sera payé par lesd. sieurs à la livraizon, que je promet faire dans quatre moys, au prix de huict livres quinze solz de l'aune en carré. Faict double à Thiers, ce 8e may 1697.
Signé : Baisle, vice recteur. Brugiere, me de ceremonie. Jollivet.
Riberolles. Lachaux. Lachaux, prezident. Dufour.

(De l'écriture de Lavandrie) : Je me despars du presant marchet et je consan que Monsieur Bellat, mon oncles, marchand d'Aubusson, fasse faires les dicte tapissires et suivant les mesures et le marchet fait de l'autres pars, et qu'il se fasse payiés du montans de la dicte tapissires dans le tamps de la dellivranse, comme sy m'estés moy mesme. Faict à Clermont, ce dix may 1697.
Signé : J. Lavandries.

(De l'écriture de Bellat) : Je requonés avoeir reçus de Messieurs les offissiés des penitans de la congregation de la ville de Tiers la somme de troies cent septante six livres cinq solz, à quoies ce montes les tapissires que je leurs et dellivrés pour leur chapelle, suivant le marchet de l'autre pars, don quittes. Faict à Tiers, ce vingt un du mois d'aoust 1697.
Signé : Bellat, marchand de la ville d'Aubusson.

Des remerciements sont adressés à M. Fournier.

— M. le docteur Janicaud décrit une statue de Mercure, de la période gallo-romaine, qui se trouve au village de Champs, commune de Fransèches.

Il décrit également une pierre cylindrique creusée, placée près du portail de l'église de Bonnat, à l'extérieur, qu'il a examinée avec M. Louis Lacrocq.

Il donne des explications sur un trésor de monnaies du moyen âge découvert par M. Sourioux, au Puy-de-Brousse, commune de Brousse.

— M. Valadeau lit une étude où il a relevé les appréciations que fournissent divers écrits du xviie et du xviiie siècle sur les Limousins et les Marchois, soulignant ou raillant la rudesse de leur vie et de leurs habitudes.

— M. Louis Lacrocq présente une série de lithographies que M. Albert Mazet vient de donner au Musée et lit la note suivante :

« Le don de M. Mazet comprend 16 pièces dont 7 portraits. Elles sortent toutes de l'atelier de Fauchier et Dugenest, annexe d'une des imprimeries de Guéret sur laquelle les études de Louis Duval et de Paul Ducourtieux (citées ci-dessus, p. lxxxii) ont réuni des renseignements assez complets. Cette imprimerie était passée en 1817 à Alphonse Fauchier, petit-fils de l'un des fondateurs, qui prit pour associé son ouvrier Joseph Dugenest, originaire de Limoges.
» A quel moment Fauchier et Dugenest ont-ils créé leur atelier de lithographie ? Ce point n'a pu être éclairci, car les recherches qu'a faites, à ma demande, le docteur Janicaud dans la série T aux Archives départementales de la Creuse n'ont pas retrouvé le brevet que, selon les règlements, ils avaient forcément obtenu. Comme plusieurs des pièces sont datées de 1821, c'est aux environs de 1820 que doit se placer cette création.
« Toutes les lithographies réunies par M. Mazet ne portent pas la marque de l'atelier qui se présente sous des formes diverses : Lithographie de Guéret ; — Lith. ou Lithogr. Guéret ; — Lith. Fauchier et Dugenest, Guéret. Mais la ressemblance de celles qui n'ont pas la marque avec celles qui l'ont ne laisse aucun doute sur la provenance.
« Aucun des portraits ne peut être identifié. A l'exception d'un qui paraît représenter Louis XVIII, ce sont, selon toute apparence, des personnages locaux. Un est signé : D. par Prosper Garcin. M. Jacques Levron m'a indiqué, d'après des renseignements qu'il a trouvés aux Archives départementales, que Garcin était un acteur faisant partie d'une troupe qui jouait à Guéret. L'analogie de facture entre cette pièce et une autre portant la mention: Dessiné par lui-même donne à supposer que cette dernière est le portrait de Garcin. Une pièce porte comme remarque un champignon.
« Quatre lithographies représentant des monuments portent les titres suivants : Château de Saint-Jean à Aubusson, vue prise du côté de la Croix-Blanche ; — Vue du château de Boussac ; — 2e vue du château de La Chezotte ; — Vue de l'abbaye du Moutier-d'Ahun. Une vue sans titre figure le château de Jouillat. Une autre a pour titre : Moulin de Bordessoule près Saint-Laurent. Une représente un moulin, une ruine et un pigeonnier, une autre une fabrique bizarrement encadrée de deux glaives. Il y a enfin une planche de poteries anciennes.
« Quatre des pièces qui viennent d'être énumérées sont signées : trois (le Moutier-d'Ahun, Boussac, la planche de poteries) : Fabre (dont une avec paraphe), une (la fabrique), des lettres A F entrelacées. Signatures et monogramme doivent être d'Alexis Fabre, architecte à Guéret (1785-1862).
« Les vues de monuments étaient certainement destinées à illustrer une publication, revue ou journal, que projetait l'imprimerie Fauchier et Dugenest et qui, semble-t-il, n'a jamais vu le jour. Elle devait avoir pour titre : L'Observateur de la Creuse. Son annonce a paru en 1822. A. Bosvieux a signalé cette annonce dans sa Bibliothèque de la Creuse (Congrès de Guéret, 1865), en mentionnant comme vues qu'elle indiquait : le château de La Chezotte (deux vues), celui de Jouillat et celui de Saint-Jean.
« Ces lithographies sont d'une valeur inégale, d'un dessin médiocre généralement, exception faite pour l'un des portraits (buste d'homme non signé) qui ne manque pas de vigueur. L'encrage pâle marque l'inexpérience. Elles n'en ont pas moins un vif intérêt local et nous savons beaucoup de gré à M. Albert Mazet de cet enrichissement de notre série iconographique. Son don nous a apporté des renseignements précis sur l'atelier guérétois qui a fait honneur à l'initiative de Fauchier et Dugenest, empressés à utiliser une invention relativement récente. Après que Joseph Dugenest fut devenu seul propriétaire de l'imprimerie en 1826, il obtint un brevet personnel de lithographe en 1828, dont les Archives départementales de la Creuse contiennent mention. Il a fourni des illustrations lithographiques à nos Mémoires qu'il imprimait depuis la fondation de la Société en 1832. Paul Ducourtieux a dit (loc. cit.) qu'il avait adjoint un atelier lithographique à son imprimerie en 1868 ; cette indication, on le voit, est erronée ; à cette époque, l'atelier existait depuis près de cinquante ans ».

— M. Louis Lacrocq signale une communication faite par M. Antoine Thomas à l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres le mois dernier, sur Gui de la Marche, frère mineur, poète latin de la fin du xiiie siècle. M. Thomas a établi que Gui de la Marche était fils du comte Hugues X, mort à Damiette en 1249.

— M. Maurice Dayras décrit des bornes et un plan de la seigneurie de La Villeneuve, qui existent au château de ce nom, commune de Vallière, appartenant à Mme Legrand.

Ces bornes de granit, éparses dans le parc, sont octogonales, hautes de 0m,80 à 1m. Sur cinq de leurs faces, elles portent la marque + B C N + sans armoiries. Trois pierres cylindriques, sans inscriptions, de même hauteur que ces bornes, et qui servent actuellement de support à une vasque, peuvent être aussi des bornes seigneuriales.

Le plan a 1m,10 sur 0m,80. Ce n'est pas un plan parcellaire ; il figure seulement les limites de la seigneurie par les héritages compris et ceux non compris dans celle-ci, indiqués les uns par des numéros, les autres par des lettres. Le dessinateur a figuré en vue cavalière les domaines, les villages, le château et aussi des personnages à cheval : M. le Comte, le garde-chasse sonnant de la trompe, un carrosse attelé, des chiens, etc. Le plan est teinté en vert et jaune foncé. Il indique que les bornes sont au nombre de 60 et la superficie de la seigneurie de 8.857 toises courantes.

A la suite d'une longue « Observation » résumée dans les indications ci-dessus, se lit la mention suivante :

Le présent plan levé, fait, clos et arrêté par nous François Placide Jammet du Villars, arpenteur juré et géometre, demeurant en la ville de Felletin soussigné, pour servir et valloir au seigneur de la Villeneuve ce que de rayson, la table d'icelui étant jointe au présent ; à Vallière le 5 Xbre 1785, certifié exact, (signé) Jammet du Villars.

 

 

SÉANCE DU 30 OCTOBRE 1930

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle du Muraud, MM. de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, Foucard, Jamot, le docteur Janicaud, de Lajaumont, le docteur Larché, Levron, Poittevin, Polier, Rousseau, Sarciron, Tugayé, Valadeau.

Excusés : MM. le docteur Bordier, Laborde, Mazet.

— M. le Président, se faisant l'interprète de ses collègues, adresse d'amicales félicitations au docteur Janicaud qui vient d'être nommé chevalier de la Légion d'honneur. Si cette distinction, que le docteur Janicaud a reçue au titre militaire, est la marque de la façon courageuse et brillante dont il a fait la guerre, elle va aussi, pour ses amis, qui s'en réjouissent, au médecin et à l'érudit.

— M. François Deshoulières, directeur-adjoint de la Société française d'Archéologie, à Paris, est nommé membre honoraire. M. l'abbé de Laugardière, président de la Société des Antiquaires du Centre, à Bourges, est nommé membre correspondant.

— M. le Président annonce la réorganisation de la Commission départementale des monuments naturels et des sites, en exécution de la loi du 2 mai 1930. Ont été désignés comme délégués de la Société à cette commission MM. Janicaud, Maillaud, Albert Mazet et Maurice Dayras. M. Louis Lacrocq a été désigné par M. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts comme délégué de cette administration à la même commission, dont il sera le vice-président.

— La Société des Amis de Saint-Yrieix (Haute-Vienne) a décidé, sur la proposition du Bureau de notre Société, à l'occasion du centenaire d'Auguste Bosvieux, archiviste de la Creuse de 1851 à 1864, d'apposer une plaque commémorative sur sa maison natale à Saint-Yrieix dans le courant de 1931. La Société participera à cette manifestation.

NÉCROLOGIE. — L'hommage respectueux de la Société est adressé à la mémoire de M. Maurice Prou, directeur de l'Ecole des Chartes. M. Maurice Prou, ami de notre président d'honneur, M. Antoine Thomas, avait bien voulu s'intéresser à nos travaux et nous avait envoyé, en janvier 1929, la copie d'un acte concernant un Marchois, relevé sur un registre paroissial de Néris, à l'année 1645. Il avait aimablement accepté le titre de membre honoraire depuis le 7 mars 1929.

La Société s'associe au deuil causé par la mort récente de MM. Alfred Dumont et Alexandre Bleuf, membres titulaires.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Eugène Bussière, commis des P. T. T. à Aubusson ; Bouchon, propriétaire à La Villeneuve.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Eugène Hubert, archiviste de l'Indre, membre correspondant, a envoyé l'une des bonnes feuilles d'un ouvrage qu'il va publier, le Cartulaire des seigneurs de Châteauroux, dans laquelle se trouve un aveu rendu à Jean de Bourbon, comte de la Marche, le 18 décembre 1373, par Guy de Chauvigny, seigneur de Châteauroux, vicomte de Brosse et seigneur de Dun-le-Palleteau. Cet intéressant document, qu'analyse M. le Président, a déjà été publié par notre collègue, M. Albert Mazet, parmi les pièces justificatives de son étude sur Crozant (Bull. Soc. arch. et hist. du Limousin, t. XLIII, p. 65).

— M. Jean Dutheil lit un article sur la fondation et les débuts du prieuré des Ternes, commune de Pionnat.

— M. le docteur Larché communique un traité d'assurance militaire concernant un conscrit creusois de la classe 1842, par lequel la maison Pierre Lévy et Cie, de Nancy, s'obligeait à lui procurer un remplaçant moyennant la somme de 1.100 francs.

— M. Valadeau communique un exemplaire des Légendes marchoises de l'abbé Ratier (Roanne, 1870) semblable à celui qu'il a déjà présenté (Cf. Mémoires, t. XXIII, p. CXI), mais avec une dédicace imprimée différente. A la dédicace originaire faite à Mlle d'Honorati, que portait ce dernier exemplaire, s'en trouve substituée une nouvelle à notre collègue M. Georges Berthomier. La substitution a été faite par un changement de carton de 4 pages.

Il communique également l'encadrement d'un menu lithographié signé Louis Tauzin, 1888, figurant l'hôtel des Moneyroux et un dolmen.

Il relate la découverte faite à La Souterraine par les agents salpétriers, en messidor an II, d'un trésor caché dans la maison Bonnet de Saint-Priest ; ce trésor contenait notamment des monnaies d'or et d'argent, des titres féodaux et une certaine quantité d'argenterie.

— M. Poittevin communique un annuaire-almanach de la Creuse pour l'année 1813 (imprimé à Guéret, chez Betoulle).

— M. Louis Lacrocq signale un mortier en bronze que lui a montré notre collègue M. Dupuis, à Dun-le-Palleteau. Ce mortier, provenant de la maison Malidor, porte, en relief, l'inscription L. Richard CC 1625. et des fleurs de lys. Il est à rapprocher du mortier du Musée de Guéret, décrit aux Mémoires, t. XXI, p. XXIII.

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :

« Dans son étude sur Les maîtres du paysage limousin (Brive, 1908), Johannès Plantadis a écrit (p. 8) : « Théodore Rousseau se rendit dans le Berry, aborda la vallée inférieure de la Creuse, mais ne poussa pas plus loin ». Cette indication n'est pas tout-à-fait exacte : à deux reprises, pendant des séjours en Berry, le grand paysagiste a travaillé dans notre département.
« En 1842, il s'était installé au hameau du Fay, relai de poste sur la route nationale n° 20 de Paris à Toulouse, non loin de Saint-Benoit-du-Sault (Indre) ; il a également séjourné au cours de ce même voyage, à Argenton (Indre) et aux environs de cette ville. Il a fait, autour de ces centres, de nombreuses études, surtout au crayon noir rehaussé de blanc et sur papier teinté. Au Fay, il n'était pas loin de la Creuse et il a poussé quelques pointes dans la région de La Souterraine. Le Catalogue de la vente de son atelier, après son décès (Hôtel Drouot, Paris, 1868) mentionne trois dessins exécutés dans cette région :
N° 160. Landes près La Souterraine, dessin à la plume daté de 1842 (H. 10 c. ; L. 18 c.).
N° 174. Marais dans la plaine de La Souterraine, dessin rehaussé (H. 26 c. 1/2 ; L. 43 c.).
N° 182. Pacage et marais à La Souterraine, dessin rehaussé (H. 14 c. ; L. 27 c.).
« On trouve quelques indications sur ce séjour de Rousseau en Berry, alors qu'il était encore incompris et sans ressources, dans la préface du Catalogue, rédigée par Théophile Silvestre, et dans G. Lanoé et Tristan Brice, Histoire de l'Ecole française du paysage depuis Le Poussin jusqu'à Millet (Paris, 1901).
« En 1864, l'artiste, alors en pleine renommée, revint dans le Berry, nous ne savons exactement où. Il a alors visité une région de la Creuse, car le Catalogue contient, sans autre précision, sous le n° 200, une Vue prise dans la Creuse, dessin à la plume rehaussé d'aquarelle, daté de 1864 (dimensions non indiquées) ».

— M. Jacques Levron signale les enrichissements des Archives départementales au cours des trois derniers mois.

— M. le docteur Janicaud décrit le petit château de Murat, commune de Saint-Médard, qui garde quelques restes intéressants du xviie siècle, une porte sculptée et un curieux bénitier.

Il signale la découverte qu'il a faite de deux petits autels gallo-romains utilisés comme bénitiers, l'un à Nouhant, l'autre dans l'église de Bellefaye, commune de Soumans, et d'un cippe funéraire anépigraphe à Maison-Feyne. Il décrit une pierre de mesure double à tourillons, provenant du château de Bellefaye et qui se trouve actuellement chez Madame Servant, à La Chaussade-Blanche, commune de Verneige. Enfin il complète les renseignements donnés à la dernière réunion sur le trésor de Brousse.

— M. Maurice Dayras analyse une transaction intervenue le 13 juin 1610 au parloir du couvent de Blessac, pardevant Me Sulpice Meaume, notaire royal à Aubusson, entre les religieuses de Blessac et les consuls et habitants de La Borne. Cette pièce lui a été communiquée par Mlle Moity. La transaction mettait fin à deux procès pendants au Parlement de Paris. Le premier différend était né sur une demande des habitants de Sagnas-Soubrenas, commune de Blessac, qui prétendaient être maintenus, contre la volonté de ceux de La Borne, dans leurs droits d'usage sur le bois de Boscaud ; les religieuses, dont les habitants de Sagnas-Soubrenas étaient sujets, intervinrent à ce procès et firent valoir leurs privilèges et droits d'usage sur Boscaud pour le chauffage, les clôtures et le pacage. Le deuxième procès avait été introduit par les religieuses sous forme de complainte, pour le trouble que leur apportaient les habitants de La Borne dans la jouissance de leur tènement de Las Valas. Par la transaction, il fut décidé de planter des bornes délimitant le tènement de Boscaud, le droit d'usage étant reconnu aux religieuses ainsi qu'aux habitants de Blessac, Sagnas-Soubrenas et La Gasne ; d'autre part, les habitants de La Borne délaissaient le labourage qu'ils avaient fait dans le tènement de Las Valas, se réservant seulement la récolte qui y était ensemencée. La prieure de Blessac était alors Anthoinette de Saint-Julien. Les témoins de l'acte furent noble Alexandre de Saint-Julien, seigneur de Saint-Marc-à-Frongier, et Léonard du Breuil, sieur dudit lieu et de Védignat [commune d'Ars].

— Lecture est donnée d'une note de M. Louis de Nussac sur les ostensions d'Arnac-Pompadour, en 1659, reproduite à la suite du présent procès-verbal.

Au sujet du culte populaire de ce saint en Quercy, M. de Nussac a communiqué un conte de M. Léon Lafage, paru dans le journal Le Massif central, n° du 1er novembre 1930, qui en décrit des aspects pittoresques.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU CULTE DE SAINT PARDOUX DE GUÉRET

LES OSTENSIONS D'ARNAC-POMPADOUR EN 1659

Dans son excellente description de l'église d'Arnac-Pompadour (Corrèze), M. Albert de Laborderie signale la belle statue de pierre de saint Pardoux, abbé de Guéret, un des patrons du sanctuaire, qui figure, en compagnie de saint Martial et de la Vierge-mère, sur l'élégante façade, au-dessus du portail d'entrée. Dans le mobilier, il mentionne aussi une châsse en bois peint assez médiocre, contenant les reliques du saint avec celles des premiers évêques de Limoges ; il relate, d'après le chroniqueur Geoffroy de Vigeois, que celles de l'abbé de Guéret furent apportées en 1028 par un prêtre de Sarlat, mais qu'elles ne consistaient sans doute qu'en un os du crâne, selon un inventaire dressé en 1764 pour son transfert, avec un bras de saint Martial, d'une châsse dans une autre (1).

(1) Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze (Brive), tome 51, 1929, p. 129, et tirage à part, p. 7. Mention, en note, des Archives de la Haute-Vienne (G 327) où se trouve l'inventaire cité.

Le reliquaire qui, dès l'origine, toujours selon le même chroniqueur, avait été placé sur l'autel de l'église d'Arnac (2), a été l'objet d'ostension, c'est-à-dire d'ouverture solennelle pour offrir les reliques à la vue et à la piété des fidèles.

Saint Pardoux avait notamment le pouvoir de rendre la vue aux aveugles (3), l'abbé l'ayant été, et ses restes, transportés à Limoges pour des ostensions et déposés aux portes de la ville en 1094 ayant opéré alors pareil miracle, comme le rapporte aussi Geoffroy de Vigeois.

(2) Traduction Bonnélye, p. 22.
(3) Las founs de sent Perdous — (Perdous, forme romane d'oc de Pardoux) d'Affieux, connues déjà en 1565, et de Bugeat (Corrèze), guérissent encore des maux d'yeux, mais nous n'avons pu savoir les vertus curatives de la Font de la Mule de saint Pardoux à Arnac même, avec, auprès, l'empreinte sur un rocher d'un pied de la mule qui apporta les reliques du saint à l'église voisine. Cf. L. de Nussac, Les Fontaines en Limousin, culte, pratiques et légendes (Bulletin archéologique, 1897, p. 16.)

Ainsi n'est-il pas étonnant qu'en 1659, nous voyons encore mentionné le grand concours de pélerins qui accourent aux ostensions durant sept à huit semaines. Le procès-verbal que nous publions ci-dessous enrégistre la venue de nombreuses paroisses de la région : huit du canton actuel où se trouve Arnac-Pompadour : Lubersac (le chef-lieu), Beyssac, Beyssenac, Saint-Eloi, Saint-Sornin [la Volps], Saint-Pardoux et Corbier [qui n'en forment plus qu'une : Saint-Pardoux-Corbier], Saint-Martin [-Spert] ; cinq du canton de Juillac [écrit Lhuilac, lh, forme limousine], Concèze, Lascaux [Lascoulx], Vignols [Vignoulx], Vontezac, Saint-Cyr-la-Roche [Saint-Cire-Laroche], Saint-Bonnet-la-Rivière ; deux du canton d'Uzerche : Uzerche et Saint-Ybard [St-Tybart] ; une seule, Orgnac, du canton de Vigeois [phonétiquement graphié Vigeouas]. Le canton de Lanouaille, maintenant du diocèse de Périgueux (Dordogne) et celui d'Hautefort, même diocèse et département — alors du diocèse de Limoges — y envoient, l'un les paroissiens de Savignac, de Saint-Cyr-les-Champagne [écrit St-Cyre-les-Champaignes], peut-être une troisième dont le nom est indistinct étant mutilé par la déchirure du papier (1) et le second enfin, la paroisse de Saint-Maximin [Saint-Mesmin, actuellement].

Remarquons aussi les Récollets de la ville de Saint-Yrieix (Haute-Vienne), où le culte du saint a été beaucoup en faveur, témoin le prénom Pardoux fréquemment porté : Pardoux Gondinet, Pardoux Bordas, etc., pour ne citer que les plus notoires personnages.

En somme, c'est dans un rayon de 25 à 30 kilomètres — le temps d'aller et de revenir dans une même journée d'été — que les pélerins se rendent en corps paroissial à Arnac.

Les personnes qui attestent ces pélerinages et les ostensions dans le procès-verbal, comprennent les prêtres attachés à l'église même, — qui, au lieu de moines, ne sont plus que des filleuls, c'est-à-dire fils spirituels de la paroisse — et celui des environs, les officiers du marquisat, c'est-à-dire de la judicature locale, lieutenant, juge et sergent de Pompadour, y compris le lieutenant de la baronnie de Bré [écrit Bret] dont le siège seigneurial était dans la paroisse de Lubersac. Les familles notables de l'époque à Arnac-Pompadour, se trouvent aussi représentées parmi les signataires.

La rareté des documents de cette nature, croyons-nous, fait l'intérêt particulier de celui-ci pour le Bas-Limousin et le culte de saint Pardoux. Ajoutons qu'il est assez curieusement écrit d'une plume archaïque, en style de notaire, et avec bien peu de fixité dans les formes graphiques des mots assez souvent patoisés, surtout dans les noms propres.

(1) Les trous provenant des déchirures du papier sont dans le texte ci-dessous mis entre crochets et remplacés par les restitutions de syllabes et de lettres que nous croyons devoir faire.

Louis de Nussac.

Au nom de Dieu, amen. Nous Guillaume Gautier prêtre p[rieur] curé de l'église et paroisse d'Arnac, diocèse de Limoges, assisté de Messires Jean Donnet, prêtre, curé de la paroisse de Beyssac, Jean Feydict, Léonard et autre Léonard Pepy, pretres et filleuls de lad. église, Antoine Vialle prêtre et vicaire au dict Beyssac, et Pierre Valade, aussi prêtre de la paroisse de Vigeouas ; par la permission à nous donnée par l'illustrissime et reverendissime Messire François de La Fayette, par la grâce de Dieu et du Saint Siège apostolique, evesque du dict Limoges, en la dicte église du dit Arnac le quinzieme avril mardi de Pâques mil six cents cinquante et neuf ; au dict an et jour, avons faict l'ouverture de la chasse et coffret étant dans icelle fermant à clef, et ostensions des saintes reliques du glorieux sainct Pardoux abbé et titulaire de la dicte église ; et bras du glorieux saint Martial apostre de la Guyenne, posée sur le grand autel de la dicte église, et par l'espace de sept à huit septmaines, savoir le dict jour de l'ostension par la procession de la paroisse du dit Beyssac ; plus le vingt septième dud. mois jour de dimanche par les processions des paroisses de Sainct-Pardoux, Concèze, Lascoulx et Vignoulx ; plus le vingt huistiesme par la procession de la paroisse de Saint-Cyre-les-Champaignes, plus le premier jour du mois de maiz au dit an, feste des glorieux saint Jacques et saint Philippe, par la procession de la paroisse de Lhuilac ; plus le troisième jour du mois feste de l'invention de la Sainte Croix, par les processions des paroisses de Lubersac, Bey[ssen]ce ; plus le quatriesme jour dud. mois, jour de dimanche, par les processions des paroisses de C[.....]iac, Saint-Maximin et Savignac; plus le unzième aussi jour de dimanche par les pa[roissiens des] paroisses de Saint Sornin et Uzerches, plus le vingt deuxième, jour de la glor[ieuse As]cension de Notre-Seigneur, par les processions des paroisses de Saint Cire-Laroche, et Saint [Bonn]et-la-Rivière, plus le vingt-cinquiesme, jour de dimanche, par les paroisses de Vontezac, Orgniac et sainct Tybart ; plus le vingt sixiesme par la procession des Révérens pères recoletz de la ville de Saint Yrieis ; plus le second jour du mois de juin, au dit Arnac, le lendemain de la Pentecoste, par les processions des paroisses de Saint Martin et Corbier ; plus le lendemain, jour de mardi de la Pentecoste, par la procession de la paroisse de Saint Eloy ; outre les visites particulières qui ont été faites par plusieurs fidèles de divers lieux et provinces ; laquelle a été fermée ensemble led. coffret et remise dans icelle par nous curé susdit et assisté des susnommés, et remise sur le grand autel de lad. église, où elle avait accoustumée de reposer le huictiesme jour dud. mois de juin an susd. mil six cent cinquante neuf, le tout faict en présence des soubz signés et grand nombre de peuple, Messieurs les officiers du présent marquizat et autres notables habitants lad. présente paroisse.
N. Peyromaure pnt (1). — J. Donnet ptre, curé de Beyssac, Vialle vicaire de Beyssac. — Valade pnt. — Pepy prêtre d'Arnac. — Donnet pnt. — J. Bonnard pnt. — Huguet A Rol, juge de Pompadour. — Pancrace Roux, sergent. — Teillet. — Combredet. — Mazelle Bassaire, lieutenant de Bret. — Donnet, lieutenant de Pompadour. — Lanouaille pnt. — Ouffaure, — Reignier. A. Ouffaure. — Desavoye. — Vouzon pnt. — A. Teillet pnt. — B. Fouzon, pnt, appoticaire. — Z. Bernard pnt. — Dufaure. — L'Age de Triviaux, pnt. — Raynaud pnt. — Gaultier, curé dud. Arnac.
(Feuille simple de papier, carré long, petit in-4°).

(1) Pnt = présent.

 

 

SÉANCE DU 27 NOVEMBRE 1930

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle du Muraud, MM. Barthon, Champeymaud, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, le docteur Dumont, Dutheil, de Forges, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Levron, Pasty, Rimour.

Excusés : MM. Lacombe, de Lajaumont.

M. le Président communique les réponses de MM. Deshoulières et de M. l'abbé de Laugardière, remerciant de leur nomination de membre honoraire et de membre correspondant.

CLASSEMENT. — Les églises de Boussac-Bourg, Jarnages et Saint-Hilaire-la-Plaine ont été classées comme monuments historiques par arrêté du 12 novembre 1930. La croix de Lardillier, commune de La Chapelle-Taillefer, a été inscrite à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques par arrêté du 11 octobre 1930.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mme veuve Mozer, à Guéret ; MM. Chazareix, directeur d'école à Felletin ; Garcia, menuisier à Guéret ; Marcel Jouhandeau, à Paris ; Alfred Lamatière, instituteur au Grand-Bourg ; Gabriel Rendu, à Paris.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Germouty fournit des renseignements sur les souvenirs de Martin Nadaud comme préfet de la Creuse, fonction à laquelle il avait été nommé dès après le 4 septembre 1870. Ces souvenirs, auxquels il a donné le titre de Six mois de préfecture, paraissent avoir été d'abord publiés en brochure à Guéret. Ils doivent constituer une des parties d'un volume in-8° de 500 pages, imprimé à Guéret en 1889, chez Mme veuve Betoulle, qui porte le titre Discours et conférences de Martin Nadaud. Le premier sous-titre de ce volume est, en effet, ainsi libellé : Six mois de préfecture et comment j'ai connu Gambetta. Le volume a la mention: tome II. Le tome I de la publication doit être un in-8° de 492 pages imprimé à Paris en 1884, par la « Coopération typographique (association ouvrière), 28, rue Saint-Lazare, Charles Dumont, directeur », qui a pour titre : Discours de Martin Nadaud à l'Assemblée législative (1849-1851). Questions ouvrières en Angleterre et en France.

M. Germouty a recherché s'il y avait traces dans Six mois de préfecture de la collaboration que donna à Martin-Nadaud son jeune secrétaire M. Camille Barrère, qui devait faire une brillante carrière dans la diplomatie et devenir ambassadeur de France à Rome. Cette collaboration a été signalée par M. Louis Lacrocq dans son article M. Camille Barrère à Guéret (Courrier du Centre, édition de la Creuse, n° du 2 décembre 1924, reproduit dans A travers nos provinces, Limoges, 1929, p. 105). M. Germouty n'a trouvé que deux brèves mentions sans détails du « jeune secrétaire ». La forme de certains discours de Nadaud, soignés et mesurés, reproduits dans Six mois de préfecture, contrastant avec son ton habituel, donne à penser qu'ils peuvent avoir le secrétaire pour auteur.

— M. Henri Hugon a relevé sur les registres de l'état-civil de Limoges, à la date du 26 mai 1841, le décès de Jean Bétolaud-Ducolombier, ancien gendarme de la garde, âgé de 65 ans, né à La Souterraine et y demeurant, époux d'Elisabeth Ribière de Naillac, fils de Jacques Bétolaud de Lascoux et de Marguerite Gravelat ; Jean Bétolaud-Ducolombier appartenait à la famille qui a donné son nom à une maison ancienne de Guéret, rue du Sénéchal.

— M. Doignon signale une maison d'Auzances, située près de l'église, où se trouvent quelques tableaux et panneaux décoratifs, encadrés de belles boiseries à coquilles et guirlandes, ornés des armes des Bourbons et des Montpensier.

— M. Jacques Levron lit une note sur les deux plus anciennes chartes conservées aux Archives départementales de la Creuse. Ces chartes dont nous ne possédons que de mauvaises copies de la fin du xviie siècle, datent l'une de 1055, l'autre de 1069. La première, qui n'a jamais été publiée, est une donation faite par Ebraud de Saint-Amand au monastère du Moutier-d'Ahun de l'église de Drevant (Cher) ; en échange, les moines lui concédaient pour sa vie une maison d'habitation. Cet acte est surtout intéressant par son préambule, qui dénote l'intention cachée du donateur de se débarrasser d'une possession jugée illicite, en obtenant pour lui-même la possession et l'immunité de biens ecclésiastiques. La seconde charte, qui a été publiée par Baluze et par l'abbé Roy de Pierrefitte, est l'acte de reconstitution du monastère de Moutier-Rozeille, détruit par les Normands entre 846 et 848, et restauré en 1069 par Rainaud II, vicomte d'Aubusson.

— M. Jacques Levron lit également une note sur une enquête juridique prescrite en 1441 par Jean II de Brosse, seigneur de Boussac, aux fins de recouvrer le comté de Penthièvre en Bretagne.

— M. Louis Lacrocq présente la photographie, faite par M. le docteur Janicaud, d'un chapiteau roman qui sert de socle à une croix moderne, sur la place de l'église à Issoudun (canton de Chénérailles). Sa décoration, d'une facture archaïque, se compose de stries qui partant, à gauche et à droite, de la ligne médiane s'incurvent sur les angles ; au milieu, deux crosses adossées, verticales, partent des stries supérieures. Si simplifié et rudimentaire que soit ce décor qui figure des feuilles, il faut y voir une dégénérescence du chapiteau corinthien sous le ciseau inhabile d'un sculpteur, du xie siècle probablement. L'église d'Issoudun est du xiiie siècle ; ce chapiteau doit donc provenir d'un édifice antérieur. On peut le rapprocher de chapiteaux du xie siècle de la région de l'Ile-de-France décrits par de Lasteyrie (L'Architecture religieuse en France à l'époque romane, 1re éd. Paris, 1912, p. 609, 610, fig. 606, 607). Si la composition est différente, le procédé d'ornementation est le même. A. Bosvieux a noté le chapiteau d'Issoudun, avec dessin, dans un de ses carnets.

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :

« Dans la notice sur Le vieux Bénévent (Mém. t. XXIV, p. 437) j'ai dit que la fontaine qui se trouve dans cette ville, place du Marché, paraît provenir de l'abbaye. Des documents des archives communales de Bénévent que m'ont signalés notre collègue M. Paul Quéroy, maire de cette ville, et M. Bonnaud, secrétaire de la mairie, fournissent d'intéressantes précisions sur la fontaine.
« En 1792, l'eau qui alimentait la fontaine de l'abbaye fut amenée à l'endroit où elle jaillit maintenant qui était un « ancien cimetière ». Plantadis, conducteur des travaux publics, fut chargé d'établir les plans de la fontaine à construire, dont les travaux étaient adjugés en juin.
« En 1830, les deux bacs de cette fontaine étaient cassés. Le conseil municipal (délibération du 7 mai) décida leur remplacement par « celui qui existe dans la cour de l'abbaye », mais la décision définitive sur ce travail ne fut prise que l'année suivante. Une délibération du 14 mars 1831 prescrivit le transfert du bac de la cour de l'abbaye appartenant à la ville sur l'emplacement de la fontaine « pour y tenir lieu du monument actuel qui sera supprimé ; au milieu dudit bac une colonne en pierre s'élèvera sur un diamètre de 10 à 12 pouces ». Le nouvel aménagement fut exécuté et reçu en août 1832. Depuis il n'a pas été modifié.
« Il n'y a donc aucun doute que le bac de la fontaine de Bénévent vient de l'abbaye. C'est ce qu'avait exactement supposé C. Enlart qui a décrit cette fontaine dans son Manuel d'archéologie française (Architecture civile... éd. 1904, p. 286), mais il y a toute apparence que la colonne n'a été taillée qu'en 1831-32 — à moins qu'il n'y ait eu un réemploi, ce que paraît contredire le texte des délibérations — et qu'il faut écarter l'appréciation d'Enlart que cette colonne « semble dater de la fin du xiie siècle ». La partie ancienne de la fontaine est le bas seulement. Enlart n'a pas, explicitement du moins, assigné de date à ce bac et cette réserve paraît prudente, le bac ne présentant aucun ornement caractéristique. L'ensemble est inscrit à l'Inventaire supplémentaire.

M. Maurice Dayras fait remarquer que le bac de la fontaine située place Espagne à Aubusson provient, comme celui de Bénévent, d'un monastère (Moutier-Rozeille).

— M. Chamberaud signale l'existence du petit fief des Champs, actuellement commune de Bonnat, attestée par une quittance de rente délivrée par Bertrand Poyssonnier, qui en était seigneur, à Silvain Gilbert, son tenancier, à la date du 15 février 1756. Ce document lui a été communiqué par M. Périne.

— M. le docteur Dumont communique une lettre écrite le 10 novembre 1793, au camp de la Montagne de la Convention, près Toulon, par un officier creusois, le capitaine Baraige, et adressée à son père. Cette lettre, que M. le docteur Dumont donne à la Société, fournit d'intéressants détails sur les difficultés du siège.

— M. le docteur Janicaud décrit une stèle funéraire gallo-romaine qui se trouve à La Couchezotte, commune de Saint-Martial-le-Mont, et le fût de colonne, orné de feuilles imbriquées, qui décore la place publique du chef-lieu de cette commune.

Il signale une base de colonne de style toscan au château d'Hautefaye, commune d'Issoudun, et une base d'autel, au Mas, même commune.

Il décrit le château d'Hautefaye, même commune, et étudie plus particulièrement les curieuses bouches canonnières de l'une de ses tours, pourvues d'un obturateur sphérique en granit, monté sur pivot.

— M. Albert Lacrocq signale au joli portail de l'église de Villard, qui est du xiie siècle, une figure prophylactique du type qu'il a déjà étudié (Voir ci-dessus p. LVI) ; c'est un des chapiteaux des colonnettes de gauche. Il figure un homme les jambes relevées montrant de la façon la plus naturaliste, à nu, la partie basse arrière de son corps et son sexe. Le portail, percé dans la façade Sud, ouvrait sur le cimetière.

— M. Maurice Dayras et Mlle du Muraud lisent les notes reproduites à la fin du présent procès-verbal où nous publions également une note de M. Albert Lacrocq communiquée à la séance du 15 mai dernier.

— M. Joseph Boulaud communique un traité passé devant Me Doyneys, notaire à Limoges, le 4 août 1682, entre « Bertrand Buxeraud, maître sculpteur des faubourgs de Manigne, de Limoges, et vénérable Me Jean Delafont, prêtre, prieur de Villard et curé de Vareilles ».

Aux termes de cet acte, le sculpteur Buxeraud « a promis et s'est obligé..... de faire un tabernacle pour l'église paroissiale de Vareilles en Poitou, de la longueur de sept pieds moins deux pouces, bien haullt et suivant le patron et modèle que ledit Buxeraud a envoyé au dit sieur curé de Vareilles, et y mettre les figures, scavoir à la porte du tabernacle, un crucifix doré, aux deux costés de la porte St Pierre et St Paul, proche les deux apostres et aux deux costés la Flagellation d'un costé et le Portement de la croix de l'autre, ou bien la Cène et le Lavement des pieds à la place des deux figures cy dessus, ainsy que le dit Buxeraud trouvera le mieux à propos, et y mettre ensuite par les deux bouts du dict tabernacle, scavoir du costé de l'évangile St Pardoux abbé, patron de l'esglise, et du costé de l'épitre St Denis, évêque et martyr, aussi patron de la dicte église, et par le bouct du tabernacle où est la niche pour exposer le Saint Sacrement, y fera le dict Buxeraud l'image de Notre Dame bien dorée, pour y mettre et aux deux costés et sur les deux corniches, scavoir du costé de l'évangile St Jean Baptiste et du costé de l'espitre St Ubert, confesseur, et au plus haullt du tabernacle la Résurrection ; et oultre ce que dessus fera le dict maistre un image en sculpture de St Pardoux doré, de la haulteur d'un pied et demy, séparé pour mettre sur l'autel, et fera faire une serrure fermant à clef les barres de fer pour mettre les rideaux pour couvrir le dict tabernacle avecq les anneaux à ce nécessaires, et pour ce qui est de la garniture d'estoffe de soye le dit sieur curé la fournira, et lequel tabernacle dans les formes cy dessus le dict Buxeraud a promis et s'est obligé de conduire dans la dicte église de Vareilles et y placer le tout au jour et feste de Notre Dame de septembre prochainement venant, bien faict et conditionné.., et ce moyennant le prix et somme de cent livres ». (Archives départementales de la Haute-Vienne. Fonds des notaires).

M. Louis Lacrocq rappelle qu'il y a quelques renseignements sur le sculpteur Bertrand Buxeraud dans le Catalogue des artistes limousins de Louis Guibert (Bull. Soc. archéol. du Limousin, t. LVIII, p. 129). Il paraît avoir eu une certaine réputation ; il avait exécuté un rétable dans l'église Saint-Maurice-de-la-Cité à Limoges (Guibert) et d'après une note manuscrite de Roger Drouault il avait entrepris, avec un autre sculpteur, Jacques Mairet, un tabernacle au Séminaire de Limoges en 1682.

— M. Mazure avait été prié par M. le Président de rechercher, au cours des déplacements qu'il fait dans sa profession d'architecte, si le type de construction dit grange auvergnate ou grange à tirant, qu'on ne voyait autrefois que dans le Sud de la Creuse, n'est pas employé maintenant un peu partout dans le département. Le dispositif consiste à placer la grange au 1er étage, au-dessus des écuries, et à lui donner accès par un plan incliné.

Les observations de M. Mazure apportent une réponse affirmative. Un peu partout (Augères, Bussière-Dunoise, environs de Guéret, Lizières, Naillat, St-Germain-Beaupré) on trouve des « granges à tirant » construites au cours des 30 dernières années.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – A PROPOS DE L'ÉGLISE DE SAINT-PIERRE-DE-FURSAC

Deux mentions relevées, l'une dans un ouvrage de l'abbé Texier, l'autre dans un carnet de notes d'Auguste Bosvieux, me permettent de compléter la description de l'église de Saint-Pierre-de-Fursac que j'ai publiée dans le compte-rendu de l'excursion de la Société de 1928 (t. XXIV, p. 470).

Dans son Essai sur les Argentiers et les Emailleurs de Limoges, (Poitiers, 1843), l'abbé Texier a consacré à la « durée du style byzantin » dans l'art limousin un chapitre où il cite divers exemples de la persistance de ce style (1) après 1200. L'un de ces exemples est pris à l'église de Saint-Pierre-de-Fursac :

« Le chœur de l'église de Saint-Pierre-de-Fursac est certainement « du treizième siècle au plus tôt. Sur la voûte est peinte une fresque « ancienne. Cette peinture, malheureusement endommagée à la fin « du siècle dernier par un zèle peu éclairé, représente, sur un fond « bleu semé d'étoiles, Jésus-Christ, le juge de l'Apocalypse, assis sur « l'arc-en-ciel que terminent le soleil et la lune. Le glaive à deux tran- « chants sort de sa bouche. Ses bras élevés montrent les plaies de ses « mains. Entre ses pieds nus s'élève la croix, et les symboles ailés et « nimbés des Evangélistes déroulent des phylactères à ses côtés. « Malgré les retouches modernes d'un pinceau barbare, cette peinture « a conservé la gravité solennelle des types byzantins, et cependant « il est assez probable qu'elle est du commencement du quatorzième « siècle ; très certainement elle n'est pas antérieure au treizième « siècle (1) ».

L'abbé Texier ajoute en note : « Sur les affirmations d'un novice « archéologue, cette peinture précieuse allait être effacée ; ce n'était, « disait-on, qu'un barbouillage ridicule et inintelligible. La fabrique, « mieux renseignée, la conservera désormais avec soin ».

Il n'en a malheureusement rien été et la disparition de cette peinture est d'autant plus regrettable que les figurations inspirées par l'Apocalypse ne paraissent pas fréquentes au xive siècle.

En signalant la verrière dont les débris ornent la fenêtre de la chapelle de Chabannes, j'ai émis l'hypothèse que ce vitrail de l'extrême fin du xive ou plus probablement du début du xve siècle avait été commandé par Jean de la Roche-Aymon, seigneur de Chabannes, qui fut un personnage important.

Une note d'Auguste Bosvieux (2), vient à l'appui de cette supposition. Analysant les « titres de M. Montaudon » l'ancien archiviste de la Creuse a noté :

« 3 octobre 1716. — Visite de la chapelle située dans le lieu de « Chabanne en Poitou ....; au dessus de la grille qui ferme le « sanctuaire est l'épitaphe de feu M. de la Roche Aymond et au bas « de l'écusson un lion rampant sur un fonds semé de trèfles et led. « Sgr de St-Maixent de la R. Aym. est inhumé à ce qu'on nous a dit « dans lad. chapelle.... lequel écusson avec les armes nous avons « observé au bas du vitrage de la chapelle de St Pierre de Fursac ».

Cet acte, rapproché de l'indication fournie par le Nobiliaire de Nadaud (t. III, p. 333 et t. IV, p. 35) que Jean fut le dernier des de La Roche-Aymon, seigneur de Chabannes et que cette seigneurie passa par le mariage de sa fille aux de Pierrebuffière, confirme l'hypothèse.

(1) Dans la plupart des cas nous dénommerions aujourd'hui style roman ce que l'abbé Texier appelait en 1843 style byzantin.
(2) Arch. départ. de la Haute-Vienne, Fonds Bosvieux, M, carnet 23.

Albert Lacrocq

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA COMMUNAUTÉ DES HABITANTS DE CHÉNÉRAILLES EN 1790

Une pièce qui a été communiquée à notre Société par M. Decouchon, instituteur honoraire, au Couret, commune d'Issoudun, vient apporter une série de renseignements intéressants sur la petite ville de Chénérailles en 1790. C'est l'Etat des fonds, revenus et charges de la communauté de la ville de Chénérailles, dressé le 17 septembre 1790 par les officiers municipaux.

Cette pièce énumère en une première partie, les fonds et revenus de la communauté. Ce sont d'abord les communaux, d'une superficie de 100 septerées, dont jouissaient seulement les particuliers qui avaient domicile et possédaient des biens dans l'étendue de la censive et franchise, et aussi quelques riverains, payant, pour l'usage des communaux, un abonnement annuel de 12 livres 12 sols qui figure en recettes. C'est ensuite la forêt de Chénérailles, contenant 87 arpents, qui avait été donnée aux habitants de cette ville par Jacques d'Armagnac, comte de la Marche, le 15 janvier 1424 v. s. (1) ; le revenu de cette forêt, déduction faite de la valeur du bois nécessaire à l'entretien du four banal, est évalué 42 livres. Un autre revenu consistait dans les droits perçus sur « certaines denrées de consommation », suivant un tarif joint à l'état, où voisinent le vin, les roues de voitures, les pots de faïence, l'huile, le suif, le poisson, « morue, harengs et anguillettes », les « vieux drapeaux » (chiffons) etc... Ces droits étaient perçus suivant les prescriptions de la charte de franchise « donnée en 1221 par Hugues « de Lusignan et par Hugues le Brun son fils, comte de la Marche, « en 1266, confirmée en 1279 » (2) ; l'état signale, en outre, que les titres plus récents ne peuvent être représentés, parce que la ville « a essuyé différents sièges » et même des « pillages par deux « incursions des troupes suisses en 1573 et 1592 » (3).

Le chapitre des revenus de la communauté se termine par la mention « pour mémoire » d'une rente annuelle sur les tailles de 13 l. 10 s., « dont le paiement est suspendu depuis plusieurs années ».

La deuxième partie du travail énumère les dépenses de la communauté, les vingtièmes, la taille franche, les cens et rentes pour la forêt, quarante livres au curé « à défaut de presbytère », les traitements du préposé à l'horloge publique, du garde de la forêt, du « grammairien et maître d'école » et du tambour de la garde nationale, qui, soit dit en passant, étaient les mêmes, 36 livres ; enfin les dépenses extraordinaires, entretien de la tour de l'horloge, feu de joie, fontaines, etc.

Le budget de la communauté était considérablement en déficit ; les recettes annuelles, en effet, s'élevaient au total de 142 l. 12 s., alors que les dépenses atteignaient 314 l. 14 s., d'où un déficit de 172 l. 2 s. ; bien plus, il fallait y ajouter des dettes : avances au secrétaire receveur faites pendant le cours de l'administration des anciens officiers municipaux, déficit par suite d'achats de grains pour les indigents en 1789-90, retard de plusieurs années dans le paiement des arrérages dûs au curé, dans ceux de la taille franche et du cens de la forêt et, enfin, fournitures de poudre, plombs et denrées « faites lors de l'alerte du mois de juillet 1789 » (la Grande peur), au total 1592 l. 8 s. 6 d.

Un seul enfant trouvé est signalé dans la franchise ; il n'était pas d'une grande charge pour la communauté puisque le procureur du Roi l'avait placé en nourrice moyennant la modique somme de 4 livres par mois, qu'il répétait sur le domaine royal.

A la fin de l'acte se trouvent les signatures des officiers municipaux : le maire, Pierre Delaboureys (d'une très ancienne famille du pays), G.-E. Gerbaud, trésorier de la communauté, Robert, Martin, Pellissier et Pillard.

On voit que la pièce communiquée apporte quelques éclaircissements sur la vie économique et administrative de la petite ville au début de la Révolution ; malgré les temps troublés, on n'y oubliait pas l'époque lointaine de l'affranchissement.

(1) Voir le texte dans Duval, Chartes communales, (Mém. Soc. Sc. Creuse, t. IV, p. 20).
(2) Duval, loc. cit., charte de février 1265 (v. s.) confirmée par Hugues XIII de Lusignan le 2 juillet 1279, art. 34 et ss.
(3) Cf. H. Hugon, Chénérailles (Mém. Soc. Sc. Creuse, t. XXIII, p. 359).

Maurice Dayras.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LES FRAIS D'UNE NOCE EN 1838

Le 18 juin 1814, François-Dorothée-Auguste de Beaufranchet, lieutenant au 21e régiment d'infanterie légère, « rentrait des prisons de l'ennemi » et un congé de trois mois lui était accordé « pour se reposer et régler ses affaires de famille ». La première, qui fut d'importance, ne survint que deux ans plus tard : la « permission de mariage » l'autorisant à épouser sa cousine Sylvie-Hortense de Beaufranchet est datée de 1816. Il était alors âgé de 28 ans et en non activité.

Le jeune ménage s'installa dans une demeure des plus modestes sur une terre de la jeune femme dans la commune de La Cellette (Creuse) et y vécut dorénavant du revenu de trois domaines, auquel s'ajouta, pendant sept ans, le traitement de réforme auquel donnaient droit 15 ans de service ; une somme annuelle de 450 francs. C'était assez pour mener une vie ne comportant aucun train, mais sans ladrerie, car si une exacte économie réglait les dépenses du ménage, elle n'allait point jusqu'aux privations. Les livres de compte de la maison et des domaines, minutieusement tenus, le détail des achats et des ventes aux foires de la Creuse et de l'Indre en font foi.

Les grandes circonstances de la vie ne changeaient point ces habitudes de confortable simplicité. On en peut juger, en consultant le registre de M. de Beaufranchet à l'année où sa fille unique Marguerite-Aimée fut fiancée au baron Pierre de Pichard de Saint Julien, lui aussi Creusois, agriculteur, et dans une situation de fortune équivalente.

Le 12 avril 1838, le père écrivit : « Etat des différentes sommes « que j'ai déboursées, tant pour le trousseau de la petite, que pour « les dépenses occasionnées par le mariage ».

Bien entendu, selon la coutume de l'époque, ce trousseau fut confectionné à la maison. En conséquence on commença par acheter « douze poignées de fil d'Ecosse » à 5 francs ; 36 aunes de « kalicos » et des mousselines, dentelles et autres objets tels que « madapolam » chez Mlle Kurzenne à Boussac.

La main-d'œuvre ne manquait pas : une lingère, « la petite Métrot », fut payée 19 francs, et 15 francs « la petite Marie », couturière. Toutes deux ne devaient d'ailleurs être que des sous-ordre, car une certaine Mme Combanere, fort cher payée pour l'époque, est inscrite comme ayant d'abord « reçu 20 francs pour ares sur les journées qu'elle fera à raison de 10 francs par jour ».

Enfin une couturière de Guéret compte 33 francs la façon de deux toilettes.

La fiancée avait choisi à Boussac deux paires de bas à jours et six mouchoirs de toile. Mais en bas et mouchoirs, (il semble que ce fut là le luxe de l'époque) des pièces plus élégantes furent commandées à Paris et coûtèrent 166 francs.

La modiste de Guéret coiffa la mère de la mariée : « deux chapeaux pour Hortense » sont mentionnés. Quant au père sa redingote fut apparemment jugée suffisante : ses dépenses personnelles se bornent à la « façon d'un pantalon et d'un gilet : 10 francs » et à une paire de bottes de 17 francs. On n'oublia amis et serviteurs, ils reçurent des présents à l'occasion de la noce : « Payé à Guéret pour 142 francs de cadeaux ».

Viennent enfin les frais de repas. Ils semblent indiquer qu'il y eut deux tables, selon l'habitude, qui s'est conservée à la campagne, de faire festoyer aussi les métayers, journaliers et autres familiers de la maison.

Demeurant à mi-chemin entre Guéret et La Châtre, M. de Beaufranchet partagea nombre d'achats entre ces deux villes. Le Berry, plus chaud que la Creuse, fournit les primeurs, artichauts, légumes divers, ainsi que les gibiers et fromages, puis aussi « les croquets et macarons », peut-être une spécialité de La Châtre, puisque « les autres desserts », sont portés comme ayant été payés 53 francs « à Guéret, chez M. Reine ».

Au reste, les dépenses se répartissent dans tout le voisinage : 95 livres de pain, le poisson, la viande de boucherie, furent pris à Genouillat ; un « cochon gras » à Aigurande, une trentaine de poulets et pour 38 francs de beurre aux proches alentours. Mais Guéret eut le monopole des vins et liqueurs: la maison Jarrijon — elle existe encore entre la rue de l'Ascension et la rue de la Rampe — fournit 20 bouteilles de vin de Saint-Georges, 2 bouteilles d'eau-de-vie, une de kirsch, une de marasquin, et un certain M. Lique, 12 bouteilles de champagne pour 39 francs.

Il y eut encore quelques menus frais. Le dernier inscrit sur le gros registre achève de fixer le caractère de la noce de cette fille de gentilhomme campagnard : « Payé à Rageot, le joueur de musette : 10 francs ».

Marie-Marguerite du Muraud.