SÉANCE DU 29 JANVIER 1931
Présidence de M. Louis Lacrocq, president.
Présents : Mlle du Muraud, MM. Beluchon, le docteur Bordier, de Bourran, Champeymaud, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, Foucard, Jamot, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Pasty, Rimour, Sarciron, Tugayé.
Excusés : MM. Filloux, Lacombe, Levron, Mazet, Poitevin, Valadeau.
Des félicitations sont adressées à M. Cluzet, membre titulaire, nommé chevalier de la Légion d'honneur.
CLASSEMENTS. — M. le Président annonce le classement de l'église d'Ajain comme monument historique, par arrêté ministériel du 26 décembre 1930, et le classement comme site pittoresque du promontoire de Crozant, par arrêté ministériel du 19 janvier 1931.
NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de MM. François Binet, Marc Lepetit et Pissavy-Yvernault, membres titulaires, ainsi qu'à celle du peintre guérétois Grateyrolle, récemment décédés.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mme Henry Fougère, à Paris ; Mlle Ducouret, à Guéret ; MM. P. Bonnaud, secrétaire de la Mairie, à Bénévent-l'Abbaye ; Pau Demartial, président du tribunal d'Aubusson ; Gligney, commis du trésor à Saint-Vaury ; Judet de La Combe, juge à Aubusson ; François Maumy, avocat à Paris ; Gabriel Maumy, au château d'Hautefaye, par Issoudun.
COMPTES ET BUDGET. — M. Laborde, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1930 :
Recettes
En caisse au 31 décembre 1929... 962,95
Subvention du département... 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret... 2.000 »
Cotisations... 9.940 «
Vente de volumes des Mémoires... 1.241,70
Contribution des Amis du Musée pour l'impression des Mémoires... 475 »
Intérêts de rente 5 %... 200 »
16.319,65
Dépenses
Gardiens du Musée... 1.800 »
Employé de la Société... 600 «
Impression et brochage des Mémoires, clichés (à-compte)... 6.606,36
Frais d'envoi des Mémoires... 888,05
Frais de bureau ; impressions diverses ; chauffage... 986,50
Musée... 3.711,55
Bibliothèque... 281,75
Dépenses diverses... 230 «
15.104,20
RECETTES... 16.319,64
DÉPENSES... 15.104,20
EXCÉDENT DE CAISSE au 31 décembre 1930... 1.215,45
Dans le compte ci-dessus ne sont pas compris les rachats de cotisations effectuées pendant l'année 1930.
Le livret de Caisse d'épargne s'élève, au 31 décembre 1930, à 8.557 fr. 44 ; avec les titres de rente, il représente le fonds de réserve et le montant des cotisations rachetées.
Les comptes, vérifiés par MM. Beluchon et Desjobert de Prahas, sont reconnus exacts et approuvés. Des remerciements sont adressés à M. Laborde, trésorier.
Le budget de 1931, établi par le bureau, est approuvé.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Louis Lacrocq analyse une biographie du général Duphot (Le général Duphot, Paris, Plon éd.), glorieux soldat de la Révolution (1770-1798), publiée par M. G. Boulot, avocat honoraire à Paris, dont l'auteur a bien voulu nous faire hommage, à la sollicitation de M. Antoine Thomas, président d'honneur. Le général Duphot était le fils d'un maître-maçon originaire de Soubrebost (Creuse), établi à Lyon. M. Antoine Thomas a rappelé, à cette occasion, la place qu'a la commune de Soubrebost dans l'émigration creusoise. Roger Drouault a signalé (Bull. Soc. archéol. du Limousin, t. LVII, p. 209) la présence d'une troupe de maçons originaires de Soubrebost, à Sarrelouis, en Lorraine, où ils travaillaient à la construction de fortifications en 1682, et Martin-Nadaud, qui débuta comme ouvrier maçon, était originaire de cette commune.
— Lecture est donnée d'une note de M. le chanoine Parinet sur Les enfants trouvés à Bourganeuf, avant la Révolution.
— M. Dutheil analyse un inventaire des biens du prieuré des Ternes dressé en juillet-août 1771 par Couturier de Fournoue, procureur du roi au présidial de la Marche, subdélégué de l'Intendant, et Charles-Martin Moncorrier, prieur-curé de Chénérailles, official de Combraille, en exécution des arrêts royaux concernant l'ordre des Célestins.
— M. le docteur Janicaud présente la photographie d'une statuette de la Vierge en bois sculpté, doré et peint, de la collection Dugenest, ayant figuré à l'Exposition de Guéret de 1879, salle n° 2, Moyen âge, sous la mention suivante : « N° 26 : Vierge en bois sculpté, doré et peint, XVIIe siècle. A. M. Dugenest ».
Cette statuette a été acquise depuis par un collectionneur parisien.
— M. E. Genevoix a envoyé une note sur le passage en Creuse, observé par lui, cette année, d'un oiseau assez rare dans nos régions, le Bec-croisé des pins (Loxia curvirostra Lin.), entre la mi-octobre et la fin novembre, dans la région de Dun-le-Palleteau. M. Maurice Dayras indique que ces oiseaux ont été également observés, mais en petit nombre, dans la région d'Aubusson par M. Henri Jorrand.
— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :
« Des notes inédites de Z. Toumieux, qui se trouvent aux archives de la Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, contiennent des renseignements sur un sujet qu'a traité Paul Ducourtieux dans son étude sur La Poste en Limousin : les maîtres de poste aux XVIIe et XVIIIe siècles (Cf. Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, t. LXII, p. 263-264). Comme il l'a dit, les documents sur ce sujet paraissent rares ; il y a utilité à signaler les principales indications que l'excellent travailleur qu'était Z. Toumieux avait rencontrées dans des papiers de plusieurs familles de la petite localité du Compeix, paroisse sous l'Ancien régime, chef-lieu de commune de la Révolution au 30 septembre 1829, date à laquelle une ordonnance royale la réunit à celle de Saint-Pierre-le-Bost (canton de Royère).
« Le Compeix était un des relais de poste sur la route de Bordeaux à Lyon. La liste de ses maîtres de poste a pu être reconstituée par Z. Toumieux, à peu près sans lacunes, de 1595 à 1793 ; elle comprend douze personnes dont deux notaires royaux et plusieurs femmes ; depuis Antoine Marchays, titulaire en 1621, la charge est restée dans la même famille et dans la famille Moreaux qui lui était alliée. Au XVIIe siècle, le maître de poste était souvent qualifié dans les actes de « chevaucheur ».
« Les gages qui s'élevaient à 180 livres par an en 1690 étaient du même chiffre en 1723. Pendant longtemps ils furent payables, au moyen de lettres de change, sur les contrôleurs des actes des notaires d'Auvergne.
« Le service paraît avoir été fait d'une façon souvent défectueuse. L'autorité devait intervenir pour inviter les maîtres de poste à remplir les obligations de leur charge : une ordonnance du surintendant général des postes du 1er août 1669 rappelle qu'aux termes de l'édit de mai 1630 tous les maîtres de poste du royaume sont tenus de fournir gratuitement des chevaux, jour et nuit, aux courriers ordinaires, mais que ceux « des routes despuis Yrun jusques à Bourdeaux et de Bourdeaux jusques à Lyon et Pont-de-Beauvoisin par la traverse de Limoges n'en fournissent à aucuns courriers ». L'ordonnance — dont le maître de poste du Compeix avait reçu copie — les menace de révocation s'ils continuent cette pratique.
« Les maîtres de poste avaient entr'eux de fréquentes querelles. Celui du Compeix se disputait avec celui de Felletin qui tenait, en même temps que le relai de cette localité, le relai intermédiaire de Vallière ; il ne garnissait pas celui-ci de chevaux, en sorte que les chevaux du Compeix devaient faire deux postes et aller jusqu'à Felletin. Par une transaction du 8 novembre 1666, on fit la combinaison suivante : le maître de la poste de Felletin, pendant qu'il « sera propriétaire par luy ou personne interposée de la poste de Vallière », paiera à celui du Compeix 60 livres par an, faisant « le tiers des gages attribués à icelle » et ne sera plus obligé d'avoir des chevaux à Vallière. Un règlement du même genre eut lieu le 24 septembre 1681. En 1727, la dispute amena un changement d'itinéraire faisant passer les courriers par Le Monteil-au-Vicomte, où on créa un nouveau relai, et évitant Vallière. Cette modification ne fut peut-être que momentanée, car la carte de Cassini donne toujours l'itinéraire par Vallière ». »
— M. Louis Lacrocq décrit le petit pont en pierre qui, donnant passage actuellement à un chemin vicinal, franchit la rivière la Mourne, affluent du Taurion, au-dessus de son confluent avec le ruisseau du Verger, à côté de Bourganeuf, au lieu dit La Roche, dont le pont a pris le nom, comme la chapelle disparue qui s'élevait, près de là, sur la rive gauche de la rivière (voir sur cette chapelle la note de M. le chanoine Parinet, Mémoires, t. XXIII, p. LXXXI).
Le « pont de La Roche » est de la fin du moyen âge. Il n'est pas penté ; la largeur de sa voie est de 3m,60. Il a deux arches : celle de la rive droite est en tracé brisé aigu ; celle de la rive gauche a été refaite avec un tracé plein cintre. Entre les deux arches, côté amont, il y a un avant-bec triangulaire formant refuge. Une croix, dont il reste le socle hexagonal, s'élevait au sommet de l'angle du refuge.
M. Louis Lacrocq rappelle qu'il y a, dans la Creuse, un certain nombre de ponts anciens en bon état, toujours utilisés, dont voici la liste :
- Sur la Grande Creuse : Pont-Roby à Felletin, pont de La Terrade à Aubusson, pont du Moutier-d'Ahun, Pont-à-l'Evêque, pont d'Anzême, pont de La Celle-Dunoise.
- Sur la Petite Creuse : pont de Chéniers.
- Sur la Sédelle : Pont-Charraud.
- Sur la Tarde : pont de Bonlieu.
- Sur la Voueize : pont de Chambon.
- Sur le Taurion : pont de Châtelus-le-Marcheix.
- Sur la Gartempe : pont de Saint-Etienne-de-Fursac.
En tout, le pont de La Roche sur la Mourne ajouté, 13, dont 2 du XVIIe siècle (Pont de La Terrade et Pont-Charraud) et les autres, soit 11, du moyen âge, généralement avec réfections partielles.
Ont été décrits dans nos Mémoires : le Pont-Roby (t. XXIV, p. 160), le Pont-à-l'Evêque (t. XXIV, p. VII), le pont de La Celle-Dunoise (t. XXII, p. 393), le pont de Chambon (t. XXIII, p. 357), le pont de Châtelus-le-Marcheix (t. XXIV, p. 443), le pont de Saint-Etienne-de-Fursac (t. XXIV, p. 407).
SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1931
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : Mlle du Muraud, MM. le colonel Arnaud, le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, de Forges, Foucard, Frétet, le docteur Janicaud, Lafay, Levron, Rimour, Tugayé.
Excusés : MM. Desjobert de Prahas, Valadeau.
M. le Président annonce l'inscription à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques, par arrêté du 12 janvier 1931, de la fontaine du XVIe siècle, qui se trouve dans la cour du château du Théret, commune de La Saunière, ainsi que du pavillon d'entrée du château de La Dauge, commune de Ladapeyre.
Il signale le rétablissement, dans d'excellentes conditions, par les soins de M. Dufaud, à La Correspondance, commune de La Saunière, des restes de la croix de La Mazeire, qui ont été placés en bordure de la route nationale.
Des félicitations sont exprimées à M. Jacques Levron, archiviste, à qui a été décerné le prix Montaigut.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mme Roger Grignon, à Guéret ; MM. Boudard, professeur à l'école Notre-Dame, à Guéret ; Elie Chavepeyre, contrôleur des contributions indirectes, à Montluçon ; Jean Rousseau, agent d'assurances à Dun-le-Palleteau.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Présentation est faite d'un travail de M. Henri Hugon, contenant, pour tout le territoire du département de la Creuse, le dépouillement de l'Armorial de d'Hozier établi en exécution de l'édit de 1696. Des tables détaillées accompagnent ce travail, qui sera déposé aux Archives et rendra à nos études de précieux services. M. le Président adresse des félicitations à M. Hugon.
— M. Garcia a donné à nos Archives un mandement du lieutenant général civil de Montmorillon, pour contraindre Léonard Darfeuille, praticien, à payer à de Fricon, chevalier, seigneur de Parsac, baron de Gouzon, la somme de 46 livres 5 sols pour dépens, en exécution d'un jugement du 17 mai 1781.
— M. Louis Lacrocq indique l'existence dans l'église de Baugy (Cher), d'une pierre tombale portant l'épitaphe de « damoyselle Katerine de la Marche, fille de feu Fran... 1538 » ; cette épitaphe a été signalée par Buhot de Kersers (Statistique monumentale du Cher, t. I) ; il n'est pas possible de déterminer avec précision à qui elle se rapporte.
— M. Pasty communique une édition des Fables de La Fontaine accompagnée d'un commentaire par M. Coste, imprimée à Guéret, chez P. Betoulle, en 1819, omise dans le relevé établi par A. Aubaile, (Mém., t. XI, p. 75), mais signalée par Paul Ducourtieux dans son travail sur les Fabricants de papier, imprimeurs... de la Creuse, (Limoges, 1901). A la mention contenue dans ce dernier travail, il faut ajouter que l'édition se compose de deux parties ayant chacune leur titre, mais une pagination unique. Elle est du format in-12 et très soignée. Les Fables sont suivies de la pièce Philémon et Baucis et de quelques autres. Le commentateur, Coste, nous est inconnu.
— M. Adrien Rivet communique les actes ci-après analysés :
1° Deux procès-verbaux d'assemblées de paroisse, dressés par Pierre Lacoux, notaire royal à Mérinchal, l'un le 12 mars, l'autre le 10 septembre 1758, le premier concernant la paroisse de Sermur, le second la paroisse de Chard, tous deux constatant la nomination des consuls pour plusieurs années (Sermur de 1759 à 1776, Chard de 1759 à 1764), les noms changeant chaque année (4 à Sermur, 2 à Chard).
Il ne semble pas que le titre donné à ces élus s'applique à une véritable organisation communale. On doit plutôt voir dans ces désignations le « tableau », tel qu'on l'établissait partout, des collecteurs chargés de percevoir les impôts. Ce mot « tableau » figure dans les procès-verbaux, précisant la nature de l'acte surtout si on le rapproche du qualificatif de « sindic et collecteur » qui suit le nom du « premier consul » à la requête de qui le procès-verbal est établi. Mais on peut conjecturer que si le mot « consul » était toujours employé dans ces petits groupements ruraux, c'était par une tradition venue du temps où ils avaient véritablement une municipalité les administrant, ce qu'on sait pour Sermur (V. A. Lecler, Dictionn. de la Creuse) et ce qui est possible pour Chard.
2° Un procès-verbal dressé par Defournoux, notaire royal à Saint-Maurice, le 21 novembre 1787, à la requête du marquis et du comte de Lestrange, père et fils, barons de Magnat, pour constater des dégradations et anticipations commises dans les forêts de Magnat et Montvert leur appartenant par les habitants du village de Nouaillac, paroisse de Magnat. Il résulte des constatations faites sur le terrain par le notaire que ces habitants avaient défriché des morceaux de forêts en lisière et brûlé les arbres dont il restait des troncs calcinés. Plusieurs de ces habitants, présents, affirmèrent avoir agi de bonne foi et offrirent de restituer les terrains pris.
— M. Jacques Levron présente un mandement du roi Louis XI, daté du 25 mars 1474, vieux style, adressé au sénéchal du Limousin, autorisant le comte de Penthièvre, Jean de Brosse, seigneur de Boussac, fils du fameux maréchal de Boussac, à rechercher, dans la sénéchaussée, les mines d'or et d'argent. Cette faveur lui était accordée pour prix de son refus de suivre, en 1471, les seigneurs révoltés dans la guerre du Bien Public. L'acte est malheureusement muet sur l'emplacement des mines.
— M. Maurice Dayras analyse : 1° un procès-verbal de visite des 22-23 octobre 1761, par Jean-Baptiste Tournyol, seigneur de la Rode et de Jouhet, maître des eaux et forêts de la Marche, assisté de Philippe Tournyol de Bournazeau, procureur du roi en la maîtrise, constatant la visite de deux bois dépendant de la cure de Dun (situation non précisée), le « Bois Giraud ou des Pauvres », 15 arpents (7 hect. 75), chênes et hêtres d'environ 80 ans, et le « Bois de Bonnefond », 3 arpents (1 hect. 55), hêtres, chênes, vieux châtaigniers et quelques hêtres de 150 ans. Un arrêt du Conseil du 11 novembre 1760 et une ordonnance du Grand maître du 20 juillet 1761 avaient réglementé l'exploitation de ces bois en vue de leur utilisation pour réparer le presbytère de Dun ; les officiers, au cours de leur visite, marquaient du marteau du roi les arbres à abattre.
2° Un brouillon de requête non daté, par Léon-Léonard Merle de La Brugière, curé de Saint-Sulpice-le-Dunois, qui explique que, quand il était curé de Dun, il a fait exploiter le taillis de Bonnefond en 1781, celui de Giraud en 1783 et 1784 et que les gardes lui ont fait à tort des procès-verbaux pour ne pas avoir relevé les fossés.
— Lecture est donnée de la note de M. Albert Lacrocq reproduite ci-après.
— M. Louis Lacrocq signale la particularité que présente un village de la commune d'Issoudun : il a deux noms, tous deux employés concurremment, Saint-Gouland et Les Trieix. Ce village possède une école de hameau que l'administration académique n'appelle jamais que l'« Ecole de Saint-Gouland » (Cf. nos Mémoires, t. XXIV, p. 447). Sur des bornes de route, le Service vicinal a écrit Saint-Gouland. Le Dictionnaire de la Creuse de l'abbé Lecler (1902) donne Saint-Gouland — qu'il altère en Saint-Goulaud — à sa place alphabétique sans cependant le faire figurer dans la liste des villages de la commune d'Issoudun, où il porte Les Trieix. Mais des documents modernes nombreux aux Archives départementales et aux bureaux de la Préfecture, notamment des délibérations du conseil municipal d'Issoudun, emploient tantôt Saint-Gouland, tantôt Les Trieix ; ce dernier nom figure au tableau du recensement de 1926. La carte de l'Etat-major écrit Létrieix et le plan cadastral de 1813 L'Etrieix. A ce plan le groupement est figuré par deux bâtiments en bordure de la route de Chénérailles à Aubusson et ces bâtiments devaient être de construction assez récente quand le plan a été dressé. En effet, ni aux rôles de la taille avant la Révolution, ni à la carte de Cassini, on ne trouve Les Trieix et la tradition locale s'accorde à cette situation. Elle dit que ce petit groupement doit son origine, au début du XIXe siècle, à une auberge qu'on appelait l'Etrier (peut-être par un jeu de mots sur le nom du lieu-dit où s'élevait l'auberge, si, ce qu'on ne peut affirmer, la forme actuelle Les Trieix correspond à une ancienne appellation du terrain). La verve populaire l'a baptisée ensuite d'un nom de saint fantaisiste et railleur. Peu à peu, ce nom est passé dans le langage courant et le voici maintenant consacré officiellement et enregistré par le plus récent Dictionnaire de la Creuse, alors qu'il était absent et du Dictionnaire de Langlade (1842), qui mentionne Les Treix, et de celui de notre collègue Valadeau (1892), qui porte Les Trieix. Il faut ajouter que, toujours d'après la tradition locale, l'endroit où s'éleva l'auberge s'appelait aussi autrefois La Maison-brûlée, nom impliquant une habitation ancienne, et que L'Etrier pourrait être une déformation populaire du nom de lieu Estrée, dérivé du latin strata, attestant l'existence d'une voie romaine (Cf. A. Grenier, Les voies romaines en Gaule, Revue des cours et conférences, 1931, p. 709, tir. à part, p. 24).
NOTE LUE EN SÉANCE – LA CHÂSSE DE CHAMPAGNAT
Une étude que nous avons entreprise sur les émaux champlevés conservés ou ayant existé dans notre département nous a amené à relever dans les carnets de Bosvieux la description des objets de cette nature observés par l'ancien archiviste de la Creuse.
Bosvieux a notamment examiné à Champagnat (1) une châsse qu'il décrit en ces termes : « Très beau reliquaire du XIVe en dos d'âne. Cuivre uni sans guillochures, sur lequel sont incrustés à la face 3 personnages à mi-corps : Dieu le Père bénissant de la droite, la main gauche sur la boule du monde ; à sa droite sainte Marie MARIA ; à sa gauche MARCIALIS. Dieu entre l'Alpha et l'Oméga. Sur la toiture la main bénissante, entre deux anges à genoux qui l'encensent.
« Toutes les 5 figures sont en émail blanc, le nimbe bleu clair, la tunique de dessous verte, le manteau bleu foncé, le tout rehaussé de quelques ornements en émail rouge. La Sainte Vierge tient, de la gauche, une palme et de la droite un cœur en émail rouge.
« Sur le panneau du pignon saint Martial bénissant — mêmes émaux, dans les mêmes conditions.
« Revers — Des arabesques très délicates en émail bleu très foncé, s'épanouissant en rinceaux et feuillages verts et bleus, entre deux bêtes de l'Apocalypse, tenant les pieds sur le Livre. L'une a des pattes de griffon, l'autre des pieds de bouc, des cornes et une queue rouge. Cette partie est placée au bas sur le pan droit. Sur la toiture, arabesques à peu près semblables entre l'ange à genoux et l'aigle... émaux verts, bleu clair, bleu foncé (rouge très peu par petites parties) ; figure de l'ange blanche ; bleue et rouge celle des bêtes ».
La technique révélée par la description de cette châsse, où les figures émaillées se détachent sur fond réservé, montre que cette pièce se rangeait, comme celle de Malval — mais sous réserve de quelques détails notamment le fond vermiculé dans celle-ci — dans la plus ancienne et la plus belle catégorie des émaux limousins remontant dans son ensemble à la seconde moitié du XIIe siècle, et non au XIVe comme le pensait Bosvieux (2).
Cette très belle pièce, intéressante par sa technique et par son sujet principal se rattachant pour un personnage à l'iconographie locale, a disparu depuis longtemps de l'église de Champagnat (3).
Nous ignorions ce qu'elle était devenue lorsque, ces temps derniers, un jeune érudit américain de l'Université d'Harvard, M. Marvine Ross, qui prépare une étude sur les émaux champlevés et à qui nous avions communiqué nos notes, a pu, nous semble-t-il, en retrouver les fragments et reconstituer en partie leur histoire.
Le Metropolitain Museum de New-York possède quatre plaques champlevées, provenant de la collection Morgan, qui ont figuré à l'Exposition universelle de 1900, au temps où elles faisaient partie de la collection Sigismond Bardac avant d'être acquises par le riche amateur américain.
Le catalogue (4) de cette exposition contient (p. 77) une reproduction de ces plaques qui avaient alors attiré l'attention de Louis Guibert. Sauf sur quelques points de détail la description de Bosvieux correspond à cette reproduction avec une telle précision que l'identité ne paraît pas douteuse.
Nous espérons recevoir de M. Marvine Ross, dès son retour aux Etats-Unis, des photographies et des précisions sur les couleurs des émaux qui nous permettront une comparaison minutieuse. Nous aurons vraisemblablement la certitude qu'il y a identité entre la châsse décrite par Bosvieux et les plaques du Metropolitain Museum, mais nous ignorerons sans doute toujours par suite de quel marché regrettable une telle œuvre d'art disparut autrefois — comme tant d'autres — d'une humble église marchoise au profit d'un collectionneur.
(1) Arch. départ. de la Haute-Vienne, fonds Bosvieux, M 23 (carnet 13, pp. 78-80).
(2) Le fait que les figures sont émaillées de blanc permet de dater cette châsse de l'extrême fin du XIIe ou du début du XIIIe siècle.
(3) M. l'abbé Faugeron, qui a occupé pendant 18 ans la cure de Champagnat, nous a déclaré, en septembre 1929, qu'il n'avait jamais vu cette châsse et qu'il ignorait même qu'elle eût existé.
(4) Catalogue illustré officiel de l'Exposition rétrospective de l'art français des origines à 1800. Paris, Lemercier, imprimeur, Baschet, édit.
Bull. Soc. archéol. Limousin, t. XLIX, p. 635 et Les vieux émaux de Limoges à l'Exposition de 1900 (Limoges, Vve Ducourtieux) avec dessin de la plaque principale.
Albert Lacrocq.
SÉANCE DU 26 MARS 1931
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : Mlle du Muraud, MM. Barton, le docteur Bordier, Champeymaud, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, René de Forges, Foucard, le docteur Janicaud, Laborde, Lanet, le docteur Larché, Loubaud, Rimour, Sarrassat.
Excusés : MM. Dutheil, Gabriel Jamot.
NÉCROLOGIE. — M. le Président annonce le récent décès de M. Albert Mayeux, architecte en chef des Monuments historiques, membre honoraire, de M. André Porthault, qui a fait au Musée un legs généreux, et de M. Jacquet, membre titulaire. Il associe la Société au deuil que ces pertes ont causé.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Charles Chagnaud, ingénieur à Paris ; Pierre Jacquet, architecte à Paris ; Louis Vergne, capitaine à l'Ecole supérieure d'Intendance, à Paris.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. J. de Font-Réaulx, membre correspondant, transmet des indications qu'il a relevées dans l'ouvrage de Mollat, Lettres communes de Jean XXII, sur un abbé du Moutier-d'Ahun, Guillaume [de Saint-Domet]. Cet abbé figure dans la liste de Delannoy (Mémoires, t. XIII, p. 351) et antérieurement M. Antoine Thomas avait publié l'analyse de documents le concernant (Bull. Soc. archéol. du Limousin, t. XXX, p. 60). Aux renseignements déjà recueillis ainsi sur lui, la communication de M. de Font-Réaulx ajoute ce détail : moine profès du monastère et prieur d'Ahun, il avait été élu par les religieux pour remplacer l'abbé Jean, mort en 1330, mais l'élection fut considérée comme nulle parce qu'on n'avait pas convoqué l'abbé d'Uzerches. Guillaume dut résigner et n'obtint définitivement la dignité que par bulle du pape Jean XXII, en date du 30 janvier 1331.
— M. Louis de Nussac, membre correspondant, signale une tenture d'Aubusson figurant en ce moment à l'Exposition de « Quatre siècles de colonisation française » ouverte à Paris, à la Bibliothèque nationale et que le Catalogue décrit ainsi :
N° 445. — Tenture comprenant une grande pièce, Le Commerce colonial (2m,40 x 4m,20), et quatre petites, La Pêche, Conversation au bord de la mer, Coin de port, Scène orientale (2m,40 x 1m,05 et 1m,25) encadrement de colonnes ; trophées au-dessus de chaque composition. AUBUSSON, première moitié du XVIIIe siècle. — A Mme Pichard.
Cette tenture exécutée pour un armateur de Marseille, qui trafiquait avec les pays d'outre-mer, comprend encore deux bandes plus étroites que les quatre décrites ci-dessus, et qui ne sont pas exposées.
M. de Nussac ajoute que le même Catalogue mentionne (n°s 272 et 273) un sequin et une pièce d'argent du Grand maître des Hospitaliers, Pierre d'Aubusson, qui font partie du Cabinet des médailles.
— M. Henri Hugon a envoyé la note suivante :
« J'ai trouvé, dans des papiers de famille, deux imprimés du collège ecclésiastique de Montmorillon, établissement fort renommé sous la Restauration, et qui recevait de nombreux pensionnaires de la région de l'Ouest. On y relève, avec les noms limousins, les noms creusois suivants :
Palmarès de 1818. Classe de 3e. Charles-François Pergaud, de Guéret : accessit.
id. id. 7e. Jean-Hyacinthe Pergaud, de Guéret : 5 mentions dont un 1er prix d'excellence.
id. id. Joseph-Frédéric de Coustin, de Sazeirat : accessit.
Programme des exercices publics de 1824. Classe de 4e : Emmanuel Aubusson, de Bourganeuf.
« Les noms des de Coustin du Masnadaud et des Aubusson de Soubrebost nous sont familiers. Le père des jeunes Pergaud, avoué à Guéret, appartenait à une famille de Saint-Priest-la-Plaine et du Grand-Bourg : les Pergaud, sieurs du Rioux, étaient juges du bourg de Salagnac dès le XVIIe siècle (d'Hozier). Je me permets de noter la persistance de ce nom dans une famille de Franche-Comté, celle d'un mort de la dernière guerre, le poète et romancier Louis Pergaud, fils d'instituteur et neveu d'entrepreneur. Ses proches se considèrent comme de souche franc-comtoise, mais le nom, tout à fait isolé dans cette région, et certains autres indices permettent de se demander s'il ne s'agirait pas de la descendance d'un maçon creusois anciennement émigré dans l'Est, comme M. Max Prinet et moi-même en avons déjà cité des exemples. Quelques difficultés d'étude que puisse présenter la question, elle mérite peut-être d'être signalée, au moment où le monde littéraire se propose d'élever un monument à la mémoire de Louis Pergaud ».
M. Hugon a également adressé :
1° Des dessins aquarellés qu'il a faits, représentant des carreaux de pavage du XIIIe s., trouvés à l'abbaye de Bonlieu et conservés dans des collections particulières à Limoges (Cf. Mémoires, t. XXIV, p. 329) ;
2° De la part de notre collègue M. le président Raymond, quatre empreintes de cachets armoriés, du XVIIIe s., provenant de la famille Coudert de Sardent, dont descend M. Raymond. L'un des cachets porte les armes accolées des Coudert de Sardent et des Bourgeois de Longeville, peu différentes de celles que décrit l'Armorial général de l'édit de 1606 ; un second porte dans un cartouche, sous une couronne à cinq perles, les majuscules M. B., initiales des Martin des Borderies ; un troisième présente, dans un écu rond, sous une couronne royale, trois étoiles posées 2 et 1 sur champ de... (?) ; il paraît se référer aux fonctions de lieutenant général civil de la sénéchaussée de Guéret occupées par François Coudert de Sardent jusqu'à la Révolution. Le dernier cachet : écartelé aux 1 et 4 : d'azur à un besant d'or, aux 2 et 3 : coupé d'or et de gueules, sommé d'une couronne de comte, n'a pas été identifié.
— M. Louis Lacrocq analyse deux procès-verbaux d'arpentement dont il a récemment fait don aux Archives départementales de la Creuse, relatifs à Clairavaux et établis à la requête des habitants de ce bourg.
L'un a été dressé en forme authentique, sur la déclaration faite aux notaires Courcellas et Cornudet, à Magnat, par l'arpenteur juré Antoine Montculier, demeurant dans la paroisse de Poussanges, le 14 octobre 1755. L'autre a été établi en novembre 1758 par les arpenteurs eux-mêmes ; ils étaient trois : Joseph Jammet, autre Joseph et François-Placide Jammet, qui se qualifient arpenteurs royaux jurés et habitant la Basse-Marche.
Les deux opérations ont porté sur le même territoire : « bourg, mas et ténement de Clairavaux », dit l'arpentement de 1755, « bourg de Clairavaux », dit plus brièvement celui de 1758. Aucune indication dans le deuxième ne permet de savoir pourquoi l'opération a été recommencée à trois années de distance. Ce qui est certain c'est qu'elles avaient le même but, d'ordre privé, clairement exprimé par le procès-verbal de 1755 : répartir aussi exactement que possible entre les tenanciers les redevances globales, en argent et en grains, que le bourg devait au seigneur de Clairavaux.
Rien ne fait supposer que les arpentements aient été accompagnés de levée de plans. Les arpenteurs se sont bornés à mesurer les surfaces et à relever les confronts, puis ils ont groupé, sous le nom de chaque tenancier, les immeubles possédés par lui et ont calculé sa quote-part des redevances. Mais le total des redevances à répartir n'est pas le même dans les deux opérations. L'explication de cette différence est peut-être dans le fait qu'une partie des redevances se rattachait à l'affranchissement très ancien (1270) de Clairavaux (Cf. Duval, Chartes communales, p. 37) et que cette partie a été exclue de la seconde répartition, alors qu'elle paraît avoir figuré dans la première où on lit « ... argent... compris le consulat... ».
Les deux documents sont utiles pour l'histoire économique puisqu'ils fournissent une répartition détaillée, faite sous les yeux des intéressés et, par suite, certainement exacte, de la propriété immobilière dans une agglomération. On y peut glaner aussi quelques indications de détail. D'abord l'emploi simultané de deux mesures pour le calcul des redevances : le froment et une partie de l'avoine étaient comptés à la « mesure ancienne de Felletin », le seigle et le surplus de l'avoine à la mesure de Clairavaux. Il est aussi question de redevances complémentaires, que l'arpentement de 1758 appelle « taille franche », pour des droit de pacage et d'usage dans des bois, dont l'un dit « bois du Consulat ».
M. Louis Lacrocq signale un arpentement du même type, établi en vue d'une répartition de redevances seigneuriales, fait en mars 1753, au village de Villejaquet, paroisse de Marsac, qui se trouve aux Archives départementales de la Creuse dans le fonds de l'hôpital de Bénévent (H suppl. 31, B 11). Cette opération, qui devait être de pratique courante, devenait évidemment utile ou même nécessaire pour mettre au net une répartition obscurcie et compliquée par des séries de mutations de propriété entre les tenanciers.
— M. Louis Lacrocq communique l'expédition sur parchemin d'une sentence rendue, le 12 février 1715, par le juge châtelain d'Aubusson, qui ajoute quelques précisions aux renseignements sur la famille aubussonnaise Foureton contenus dans l'article de C. Pérathon sur Le Puy-Malsignat (Mémoires, t. V, p. 216) :
Cette sentence est relative à une poursuite de vente par licitation à la requête de Jean-Gilbert Perrot, sieur d'Estivareilles, lieutenant en l'élection de Montluçon, agissant comme mari d'Anne Fouretton, héritière pour partie de Laurent Fouretton, écuyer, sieur du Margellaix, « gentilhomme de la venerye du roy », des immeubles dépendant des successions vacantes des époux Léonard Fouretton et Isabeau Bellat et d'Etienne Fouretton, leur fils, situés au Fot, paroisse de Saint-Amand. Le curateur à ces successions était Jean Auditlieu, maître tapissier à Aubusson.
C. Pérathon n'a mentionné ni Laurent Fouretton, ni sa fille mariée à Perrot.
— M. Adrien Rivet communique les documents suivants :
1° Un acte du 24 mai 1765, reçu par Lacoux, notaire à Mérinchal, constatant la désignation de Jean-Baptiste-Marie de Fournoux, praticien à Crocq, comme maître de l'école qu'avait fondée à Mérinchal Joseph Bughon, curé de cette paroisse ; cette désignation est faite par Jacques Brette, en qualité de mari de Françoise Bughon, héritière du fondateur ; il spécifie qu'elle a lieu en attendant « le retour de son beau-frère ou qu'il se trouvera un autre sujet dans leur famille pour cet effet ».
2° Deux procès-verbaux d'assemblées de paroisses de La Mazière-aux-Bonshommes (24 décembre 1769) et Mérinchal (26 décembre 1769) dressés par le même notaire, constatant la décision prise par les habitants pour le rachat en argent de la corvée sur « le grand chemin de Clermont à Limoges » que leur proposait l'Intendant de Moulins ; une partie des habitants de La Mazière opta pour le rachat, une autre pour l'exécution en nature ; à Mérinchal tous les habitants optèrent pour l'exécution en nature, « eu égard à l'indigence des temps et aux grosses impositions dont ils sont surchargés ».
SÉANCE DU 21 MAI 1931
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : Mlle du Muraud, MM. de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, Foucard, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Levron, Polier.
Excusés : MM. Lafay, Mazet.
M. le Président communique l'invitation adressée par la Société archéologique du Midi de la France aux fêtes de son centenaire qui seront célébrées à Toulouse, les 14, 15 et 16 juin prochain.
La Société adresse à la Société archéologique du Midi de la France les vœux qu'elle forme pour sa prospérité et l'expression de la haute estime où elle tient ses savants travaux.
M. le Président demandera à notre collègue M. Paul Contat, qui habite Saint-Gaudens, d'aller présenter notre salut confraternel à la Société le jour où elle fera, au cours des fêtes du centenaire, une excursion à Saint-Bertrand-de-Comminges.
M. le Président communique une circulaire de la Fédération morvandelle du Tourisme demandant l'adhésion de notre Société au vœu qu'elle a émis pour que des notions élémentaires d'histoire et d'archéologie locales soient enseignées aux enfants dans les écoles publiques. Ce vœu doit être transmis à M. le Ministre de l'Instruction publique. La Société y donne son adhésion.
A l'occasion du 64e Congrès des Sociétés savantes qui s'est tenu à Clermont-Ferrand en avril dernier, notre collègue M. le chanoine Parinet a été nommé officier de l'Instruction publique. La Société lui exprime ses respectueuses félicitations pour cette distinction si méritée par l'érudite participation qu'il a donnée à l'histoire locale.
NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de MM. Antoine Bernard et Mangerel, membres titulaires récemment décédés. M. le Président rappelle que M. Mangerel, qui habitait Pionsat (Puy-de-Dôme), avait avec la Creuse des liens étroits de famille. Il a publié Le capitaine Gerbaud, 1773-1799 (Paris, Plon, 1910), biographie d'un soldat creusois de la Révolution.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlle Yetta Morel, élève à l'Ecole des Chartes, à Joinville-le-Pont (Seine) ; M. Cusinberche, industriel à Clichy (Seine) et à Evaux-les-Bains.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas communique la copie d'un document qu'il a trouvé dans un formulaire de la fin du XVe s. à la Bibliothèque nationale, ms franç. 5909, fol. VIIxx XIII. Ce document, qui se place entre 1461 et 1483, est un « congé de marchander » accordé par le roi à Gilbert Merlin, écuyer, receveur des tailles au pays de Franc-Alleu, fils aîné de Jehan Merlin, aussi écuyer, et de Gabrielle Desuas, demeurant à Barmont (commune de Mautes). Il explique que Gilbert Merlin a épousé Phelipes Belletelle, veuve de Jacquet Beauvalet, en son vivant marchand de draps à Tours, que celle-ci a continué et désire continuer le commerce de son premier mari, mais que Gilbert Merlin craint que cette entreprise commerciale n'entraîne dérogation à sa noblesse. Il demande donc la permission royale qui lui est accordée.
— M. Henri Hugon signale dans L'Intermédiaire des Chercheurs du 10 avril 1914, une lettre adressée au tsar Paul 1er par un émigré marchois, « le marquis de Saint-Mexant, maréchal des camps et armées de S. M. le roi de France ». L'auteur, qui avait accompagné le comte de Provence à Mittau, s'était vu assigner la résidence de Riga. Le 20 décembre 1798, il demande l'autorisation de quitter cette ville et de choisir une autre localité en Lithuanie ou en Russie blanche. Il invoque ses soixante-douze ans, la charge de parents pauvres, la cherté de la vie à Riga et le climat trop vif, enfin ses bonnes notes auprès des comtes Pahlen et Beckendorff.
Cette lettre doit s'ajouter à la documentation qu'a donnée Hippolyte Grellet, dans l'Album de la Creuse de 1847, sur ce dernier représentant mâle des La Roche-Aymon de Saint-Maixant.
— M. Adrien Rivet communique la délibération prise, le 9 décembre 1789, par les officiers municipaux et les notables de Crocq, sous la présidence de Joseph Cornudet des Chommettes, au sujet de la nouvelle division du royaume en départements. « Il a été reconnu unanimement que l'infertilité du sol de la ville et paroisse [de Crocq], son terrain montaignieux se rapproche davantage de celuy de la Marche ; que la ville et paroisse doit souhaiter de voir ses intérêts continuer de se discuter avec ceux de cette province. En conséquence il a été votté unanimement de manifester son suffrage pour la ville de Guéret dont la distance est bien moindre de cette ville que celle des villes principales des autres provinces pour le siège de son département ».
Cette adhésion de Crocq au projet qui faisait de Guéret le chef-lieu de la Creuse n'était pas connue [Cf. Dr Villard, Guéret en 1789, (Guéret, 1889), où la formation du département est étudiée p. 68 et s.].
— Lecture est donnée d'une note de M. le chanoine Parinet sur divers documents concernant la vie religieuse avant la Révolution : constitution de « titres cléricaux » à des séminaristes, prise de possession de la cure de Bourganeuf (1752) et de celle de Saint-Dizier-Leyrenne (1786).
— M. le docteur Janicaud signale la découverte par M. Moreau d'un cippe gallo-romain à Chantemille, commune d'Ahun.
— M. Louis Lacrocq indique, à propos d'une étude de géographie linguistique de M. Albert Dauzat (Revue des langues romanes, janvier-octobre 1929), les noms de lieux de la Creuse de la série tuc-suc, signifiant hauteur, montagne (Le Trucq, le bois du Suc, commune du Trucq, Suchet ou Souchet, commune de Bussière-Saint-Georges, Le Tutet, rocher à La Celle-Dunoise, Tuquet, nom de sommets dans la forêt de La Feuillade).
— M. Maurice Dayras décrit le château de Vauchaussade ou Lavaud-Chaussade, commune du Compas, édifice du XVIe siècle, construit sur l'emplacement d'un château antérieur. Il comprend un grand corps de logis rectangulaire flanqué en façade d'une tour ronde et à l'arrière, en retour d'équerre, d'un bâtiment avec pignon amorti en gradins. Une terrasse s'étend devant le château. Son mur a des créneaux paraissant modernes, mais aux extrémités s'élèvent des pavillons anciens, un rond, un rectangulaire. Le château appartient à M. le comte de Bonnevie de Pogniat, descendant de la famille de Durat.
— M. Jacques Levron indique que le classement du fonds de Boussac, contenant des papiers de la famille Aubusson de Beauregard, lui a permis d'identifier le prieuré de Follié qu'avait mentionné M. Maurice Dayras dans son étude sur Saint-Maixant (Mém., t. XXIV, p. 496 note) : c'est Fouleix, commune du canton de Verne, arrondissement de Périgueux (Dordogne), où cette famille avait des possessions.
SÉANCE DU 23 JUILLET 1931
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : M. Antoine Thomas, président d'honneur ; Mlle Théreil, MM. Barthon, le docteur Bordier, de Bourran, le docteur Bussière, Albert Bussière, Clément, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, R. de Forges, Frétet, le docteur Janicaud, Albert Mazet, Paufique, Rouet.
Excusée : Mlle du Muraud.
M. le Président signale divers travaux d'études locales ayant figuré à l'Exposition scolaire organisée à Guéret, en juin dernier, à l'occasion du centenaire de l'Ecole laïque : herbier des plantes de la forêt de Chabrières, établi à l'Ecole normale d'instituteurs, notices sur des sujets creusois par les élèves de cette Ecole et celles de l'Ecole normale d'institutrices, leçons d'histoire locale rédigées par M. Aureix, directeur de l'Ecole de Bénévent-l'Abbaye ; l'Ecole maternelle de Guéret, celle de la place Villeneuve à Aubusson et celle de Magnat-l'Etrange avaient exposé des poupées en costumes anciens de paysans et paysannes creusois.
Il signale le don à la bibliothèque par M. Truffy d'un exemplaire du Commentaire de la Coutume de la Marche par B. Jabely...
NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de M. Georges Berthomier, membre titulaire. M. le Président rappelle son dévouement à la Société et ses travaux. Une notice nécrologique lui sera consacrée.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Félix Aumétayer, entrepreneur à Paris ; Aureix, directeur de l'Ecole de Bénévent-l'Abbaye ; Albert Bussière, administrateur des services civils d'Indo-Chine en congé, à La Moëche, par Les Mars ; Croisille, directeur d'assurances à Guéret ; le docteur Delbecq, directeur-adjoint du Sanatorium de Sainte-Feyre ; le docteur Garnier, médecin-adjoint au même Sanatorium ; Henri Goudard, étudiant en médecine à Bénévent-l'Abbaye ; Louis Lecler du Clos, à La Tour-Saint-Austrille ; Johannès Paufique, ancien entrepreneur à Lyon.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — Une note de M. Henri Hugon présente la biographie de François Rivaud du Vignaud, né à Bellac le 6 août 1754, militaire et homme politique. Il fut député à la Convention, puis aux Cinq-cents et aux Anciens, enfin ambassadeur à Milan. Retraité comme colonel de gendarmerie, il vint habiter Guéret, où son fils était capitaine dans la même arme, et y mourut le 6 novembre 1836.
— M. Henri Hugon a envoyé la description et le dessin d'une pièce d'artillerie du type bombarde (XVe s.), conservée dans la grande cour des Invalides à Paris qui porte gravés les armes de Rhodes écartelées de celles des d'Aubusson et le nom du grand maître : Petrus d'Aubusson. Mag. Hospitalis Her.
— Présentation est faite, au nom de M. Loubaud, de documents anciens concernant la région de Chard.
— M. Louis Lacrocq signale un tableau figurant l'Adoration des Bergers, conservé dans l'église de Clugnat, qui porte en bas la signature : Peint par de La Seiglière. A Aubusson en 1744. L'artiste était un peintre de tapisseries de la manufacture d'Aubusson, Jean ou Etienne (Cf. Mém. t. VI, p. 239). La peinture est honorable ; elle a un beau cadre ancien en bois.
Il signale également une mention qui peut avoir un intérêt pour l'émigration marchoise dans la Notice historique de la famille du Liège, par Borel d'Hauterive (Paris, 1876, p. 16) : un membre de cette famille, qui tirait son nom du fief du Liège, paroisse de Saint-Hilaire-le-Château, épousa, en 1698, la fille de Pierre de Villemerle, entrepreneur des fortifications du roi à Strasbourg ; les époux étaient cousins. Il est possible que Pierre de Villemerle ait été originaire de la Marche où Villemerle est le nom de deux villages (communes de Jouillat et du Moutier-d'Ahun) et a été relevé plusieurs fois comme nom patronymique (Cf. Mém. t. VIII, p. 418 et t. XXII, p. 41).
— Le récent triage des dossiers de la série T aux Archives départementales de la Creuse, opéré par M. Levron, lui a fourni des renseignements sur l'atelier de lithographie de Fauchier et Dugenest à Guéret (Cf. Mém. t. XXIV, p. CVIII) :
L'association de Fauchier et Dugenest ne fut qu'une association de fait, non reconnue par l'administration qui n'accordait pas de brevet collectif. Leur atelier de lithographie a donc fonctionné dans des conditions irrégulières et c'est seulement le 7 mai 1828 que le brevet d'imprimeur lithographe — le premier octroyé dans la Creuse — fut délivré à Dugenest à qui avait déjà été passé (29 juin 1826) le brevet d'imprimeur « en lettres » de Fauchier.
— M. Lacombe communique une Note sur quatre tapisseries de Felletin... conservées à l'église de Conques (Aveyron) que M. de Gaulejac, archiviste départemental à Rodez, a publiée dans le Journal de l'Aveyron du 1er mars 1931. Ces tapisseries, représentant Le Martyre de sainte Foy ont été exécutées par Georges et Antoine Diverneresse, maîtres tapissiers à Felletin ; le marché avait été passé à Conques le 2 janvier 1632.
— M. le docteur Janicaud présente une monnaie gauloise donnée par M. l'abbé Peuch et des débris de vases gallo-romains donnés par Mme Treille.
SÉANCE DU 17 SEPTEMBRE 1931
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : M. Antoine Thomas, président d'honneur, Mlle Théreil, MM. Marc Bloch, le docteur Bordier, Bouchon, de Bourran, Edouard Chapal, Desjobert de Prahas, A. Frétet, Gautheron, Henri Hugon, le docteur Janicaud, Laborde, Loubaud, le chanoine Parinet, Pasty, le docteur Queyrat, Rouet.
Excusés : MM. Maurice Dayras, Albert Lacrocq, Levron, Mazet, A. Mozer, Phérivong.
M. le Président rend compte de la cérémonie d'inauguration d'une plaque apposée sur la maison d'Auguste Bosvieux, archiviste de la Creuse de 1851 à 1864, cérémonie qui a eu lieu à Saint-Yrieix (Haute-Vienne) le 6 septembre dernier, sous la présidence de M. Michel Gondinet, président des Amis de Saint-Yrieix. Notre Société y a été représentée par notre collègue M. Henri Hugon qui a prononcé un discours rappelant les services rendus à l'histoire et à l'archéologie de la Creuse par Auguste Bosvieux.
Notre collègue M. Paul Contat nous a représentés aux fêtes du centenaire de la Société archéologique du Midi et a transmis nos vœux à la réunion qu'a tenue la Société à Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne) le 17 août dernier.
Des remerciements sont adressés à MM. Hugon et Contat.
NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de MM. Gabriel Carteron et Ravoux, membres titulaires, dont nous avons récemment appris le décès.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mme Saint-Martin, libraire à Guéret ; MM. Brunet, ingénieur du service vicinal à Guéret ; Emile Gautheron, juge au tribunal de Bourganeuf, conservateur du musée du Puy (Haute-Loire) ; Alfred Guinet, professeur au Lycée de Tulle ; l'abbé Lenoble, économe de l'Ecole Notre-Dame, à Guéret ; le général Pénelon, à Paris ; Roby, proviseur du Lycée de Casablanca (Maroc).
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas donne lecture du texte inédit (à lui signalé, dès mars 1910, par M. Ch. Samaran) d'une lettre de rémission accordée par Charles VIII (Marolles, septembre 1490) à « Pierre Robert, tinturier, jeune compagnon à marier, aigé de vingt-six ans ou environ du lieu de Felletin en la Marche », pour le meurtre commis à son corps défendant, de « Lyonnart Raillart, du dit lieu de Felletin ». L'intérêt principal de ce document, fort curieux d'ailleurs, réside peut-être en ce qu'on y trouve mention de « la feste et solennité de saint Barbari », célébrée à Moutier-Rozeille, « ainsi qu'il est accoustumé de fere par chascun an », deux mois avant la date de la rémission, car on chercherait vainement, dans les documents actuellement connus, des traces soit du culte, soit simplement du nom de l'abbé légendaire de Moutier-Rozeille, Barbaire (ou Barbari, avec l'accent tonique sur la deuxième syllabe, comme prononce le patois local) à une date aussi ancienne.
— M. le chanoine Parinet analyse trois documents qu'il a trouvés dans l'étude de Me Tamisier, notaire à Ahun, et que celui-ci donne à la Société. Ces documents sont relatifs au village de Satagnac, commune de La Rochette :
1° — 1364, juin 13. Vente par Guillaume de Phélines à Jourdain de Croze, chapelain de la cour épiscopale de Limoges, moyennant 350 livres, du lieu de Satagnat, comprenant tous les cens, rentes, devoirs, tailles, etc., qui appartiennent au vendeur, comme héritier de son père, et les tenanciers du « mas », lequel relève du comte de la Marche et rapporte 12 livres 10 sols de « rente renduelle » ; l'acte est dressé par Pierre Robert, juré et commissaire de l'official de Limoges (original sur parchemin avec transcription du XVIIIe siècle).
2° — 1373, juillet 1er. Mandement de Jehan Lambert, trésorier de la Marche, à Mathieu Blanchart, sergent, pour qu'il mette Parinus Potet, seigneur d'Etangsannes, écuyer, en possession du village de Satagnac que Potet a acquis des héritiers de Jourdain de Croze, moyennant 200 livres ; le sergent devra apposer au village « le brandon de Monseigneur » pour la conservation des droits de l'acquéreur (original sur parchemin avec transcription du XVIIIe s.).
3° — 1381, juillet 8. Donation par le même Parinus Potet, à Pierre Mitriaud, « lettré », du Mandet (Marzet, commune de Peyrat-la-Nonière), du village de Satagnat, avec les gens de serve condition, à l'exception d'un, y habitant, d'une métairie ou « bouyerie » dans le territoire de Satagnat et de la dîmerie appelée de Romaget (transcription du XVIIIe s.).
— M. le docteur Queyrat signale, à La Pouge, une trace des possessions de l'ordre de Malte : une maison dite la Commanderie, porte, gravée en creux, la croix de l'ordre.
— M. H. de Berranger communique le texte de deux cahiers de doléances rédigés pour les Etats généraux de 1789 : celui de « la ville et paroisse de Bourganeuf » et celui des « gardes-jurés, marchands, fabricants et maîtres ouvriers des manufactures de tapisseries d'Aubusson ». Le premier avait été copié par F. Autorde, alors qu'il était archiviste, sur un exemplaire que contient la série C des Archives de la Creuse, liasse 12 ; le second a été découvert par M. de Berranger dans le fonds du Grand prieuré d'Auvergne aux mêmes Archives.
M. Louis Lacrocq fait observer que si le cahier de doléances de Bourganeuf est inédit et doit être publié, celui d'Aubusson ne l'est pas, contrairement à ce que croyait F. Autorde ; il a été publié par Léopold Gravier en annexe à son étude sur La tapisserie d'Aubusson (Réunion des Soc. des Beaux-arts des départements, 1886, p. 200-206).
— M. Henri Hugon, pour compléter les indications déjà relevées dans nos Mémoires sur le nom de lieu Chambon, signale les 18 exemplaires qu'on en trouve dans la Corrèze, d'après le Dictionnaire des paroisses... de ce département par l'abbé Poulbrière. Ils correspondent presque tous à la signification admise (courbe de cours d'eau). M. Hugon commente l'explication qu'en a donnée Champeval dans son étude du Cartulaire d'Uzerches, en note au n° 115.
— M. Doignon signale la découverte, à la limite des départements de la Creuse et du Puy-de-Dôme, dans celui-ci, aux Gazes, commune de Pionsat, de sépultures gallo-romaines du type de celles de la Creuse : boîtes de pierre et urnes en verre.
— M. Louis Lacrocq lit un passage des Mémoires de Fléchier sur les Grands jours d'Auvergne en 1665 (éd. de la librairie Jonquière, Paris, 1930, p. 97) qui paraît n'avoir jamais encore été signalé, relatif au servage en Combraille. Fléchier donne des détails sur un procès soumis aux Grands jours par des serfs des religieux d'Evaux pour faire écarter le droit successoral revendiqué par ces derniers.
— M. le docteur Janicaud présente un silex paléolithique trouvé par Mme Pasty à Clavérolles, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois, et signale la découverte par Mlle Théreil, à Saint-Eloi, d'un cippe gallo-romain avec inscription.
— Lecture est donnée d'une note de M. Jacques Levron sur une importante donation de documents anciens faite récemment aux Archives départementales de la Creuse par la famille Jorrand. Elle comprend notamment le plumitif d'audience de la châtellenie d'Ahun pour 1581, un protocole du notaire Evrard du XVIe siècle et de nombreuses minutes du notaire Renon (1680-1734).
Une autre note de M. Levron analyse un acte du 18 février 1410, donné par M. l'abbé Peuch, contenant vente par les exécuteurs testamentaires de Guitton de Magnac, de Felletin, à Guillaume Pasquinet, d'une rente annuelle de 5 septiers de seigle pour le prix de 20 écus d'or.
SÉANCE DU 29 OCTOBRE 1931
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : Mlle du Muraud, MM. de Bourran, Dutheil, René de Forges, Foucard, Gabriel Jamot, le docteur Janicaud, le comte de Kernier, Laborde, de Lajaumont, Lamatière, Levron, Rimour, Rouet, Tugayé.
Excusés : MM. Maurice Dayras, Lafay, Mazet, le chanoine Parinet, Sarrassat, Valadeau.
NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de M. Boissin, membre titulaire, et de M. Jules Rouffet, artiste peintre, récemment décédés. M. le Président rappelle que M. Boissin nous avait signalé des découvertes archéologiques dans la région de Bénévent-l'Abbaye, où il était notaire, et que M. Rouffet a donné plusieurs de ses œuvres au Musée.
ADMISSIONS. — Mme Th. Gagnière, à Pionsat (Puy-de-Dôme), est admise comme membre titulaire.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. le chanoine Parinet a envoyé la copie, prise par lui sur l'original que lui avait communiqué M. Delcaire, d'un monitoire du 5 février 1724, adressé par l'official de Guéret au curé de Bourganeuf, relatif à des vols commis au préjudice de Guillaume Aubusson, sieur du Mas-Neuf, lieutenant en l'élection, et de sa succession. Le monitoire avait été sollicité par ses deux frères héritiers. L'un, Jacques, prêtre communaliste de Bourganeuf et chapelain de l'hôpital, était un personnage original, mort en 1749, sur lequel M. le chanoine Parinet fournit les indications suivantes : « Il est l'auteur d'un testament étrange (conservé dans les archives de M. Godart, propriétaire du château du Monteil, commune de Saint-Martin-Château) par lequel il demandait que son corps fut « écartelé » après sa mort ; la tête devait être ensevelie sous le portail de l'église Saint-Jean, sa main droite sous l'escalier de la chapelle de N.-D. du Puy, sa main gauche dans la chapelle des Pénitents bleus, etc., le tout dans un sentiment d'« extrême humilité ». Par le même acte, il léguait 5.000 livres à l'hôpital et faisait don de 3.000 livres, ainsi que de son mobilier, pour l'établissement d'un régent qui devait instruire la jeunesse de Bourganeuf ».
— Une note de M. René Martin donne des détails sur les « pierres des morts » d'Aigurande (Indre). La levée des corps, pour les cortèges funèbres venant des villages au Nord-Ouest de la ville, se fait à la pierre des morts de la place du Champ-de-foire, pour ceux venant des villages au Nord-Est à la pierre des morts située sur l'ancienne « Grand'place ». Il y a une troisième pierre des morts devant l'église qui sert pour les enterrements dont la classe ne comporte pas la venue du clergé à la maison mortuaire.
Il signale aussi la curieuse pierre des morts qui se trouve à côté de l'église de Méasnes, constituée par une belle dalle funéraire armoriée. Présentation est faite des photographies de cette pierre qu'a prises Mme René Martin.
— M. Henri Hugon a envoyé l'analyse du dossier F7 3591 aux Archives nationales relatif à la conscription dans la Creuse sous Napoléon 1er (an XIII-1814).
— M. Dutheil lit une étude sur le prix des denrées dans la région de Pionnat, entre 1760 et 1780, d'après les registres de comptes du prieuré des Ternes.
— M. Maurice Dayras a envoyé une copie du travail que M. Longnon, maître d'internat au collège d'Aubusson, a rédigé pour l'obtention d'un diplôme d'études supérieures d'histoire, travail décrivant l'organisation actuelle d'un atelier familial de tapisserie et de teinture à Aubusson.
— M. Pissaloux communique trois documents lui appartenant : deux lettres adressées, au cours de la guerre d'Espagne (1808) à ses parents par Jacques Grovalet, jeune soldat originaire de Champsanglard, et un inventaire de meubles dressé, le 19 février 1783, chez un couvreur de Villegondry, commune de Glénic.
Il communique le dessin d'une croix ancienne en pierre qui se trouve au village du Mas, commune de Champsanglard.
— M. le docteur Janicaud décrit une hache en cuivre découverte à Fréteix, commune de Naillat.
Il donne lecture d'un article intitulé Le sergent Jamet, signé « Un vieux grognard », paru dans l'Abeille littéraire, revue qui se publiait à Paris (n° de janvier 1848, p. 72). C'est une courte biographie d'un soldat, fils d'un paysan de la Creuse, volontaire de 1792, puis entré dans la garde impériale. Sergent de sapeurs, Jamet « était un des plus beaux hommes de l'armée ». Il s'était distingué à la défense de l'église d'Eylau et Napoléon ne l'avait pas oublié. Après avoir pris part à toutes les campagnes de l'Empire, blessé maintes fois, décoré de la Légion d'honneur, Jamet qui, n'ayant aucune instruction, n'avait pu devenir officier, mourut aux Invalides. L'article n'indique pas de quelle localité de la Creuse il était originaire, mais il rappelle qu'un poète creusois, André Thévenot (Cf. sur celui-ci Mém. t. XVII, p. 271) lui « a consacré un chant lyrique dans l'Apothéose de Napoléon ».
— M. Louis Lacrocq communique un mémoire imprimé (s. l. n. d. in-4°, 15 p., 1769) intitulé Recueil pour les avocats en la sénéchaussée et au siège présidial de la Marche à Guéret, ressort du Parlement de Paris, contenant le récit de divers incidents judiciaires locaux d'un médiocre intérêt, mais qui renseigne sur l'organisation du « collège » des avocats guérétois. Il avait à sa tête un bâtonnier « élu de 3 en 3 ans à la St-Yves » et qui ne pouvait être choisi que parmi les confrères ayant au moins 20 ans d'exercice. L'admission au stage était prononcée par l'assemblée des avocats. Le stagiaire était présenté ensuite à une séance où un avocat désigné et lui prononçaient chacun un discours.
— M. Jacques Levron lit un article sur François Trapet, prêtre insermenté de Saint-Georges-Nigremont.
— M. Desjobert de Prahas lit la note reproduite ci-dessous.
NOTE LUE EN SÉANCE – DEUX CHAPELLES DISPARUES
Villandry. — Il ne reste rien de la chapelle de ce village (commune d'Ajain), qui était dédiée à sainte Madeleine, mais l'emplacement en est connu : c'est celui occupé aujourd'hui par la maison Boiron. Elle était entourée d'un cimetière ; on retrouve souvent des ossements dans le jardin Boiron.
Les pierres de la chapelle ont été disséminées et quelques-unes, linteaux, encoignures, sont employées dans des maisons du village. La porte a été reconstruite en entier dans la maison Berger ; elle est en plein cintre ; son claveau central porte une inscription qui semble pouvoir se lire : M. R. I. C. et au-dessous, plus lisible, I B 1727. Cette date pourrait être celle du remploi, donc postérieure à la démolition de la chapelle.
Plusieurs objets mobiliers provenant de la chapelle avaient été conservés dans des maisons du village. Il reste, paraît-il, dans la maison Nicolas une statue en pierre de sainte Madeleine.
La dévotion, dont la tradition est encore très vivante, se faisait à la fontaine Sainte-Madeleine où l'on venait en pèlerinage le 22 juillet. Elle guérissait les maladies des femmes. Il y a peu d'années, on voyait souvent des sous jetés dans le fond de la fontaine aujourd'hui tarie.
Villebige. — La chapelle de Villebige, dédiée à saint Jean-Baptiste, était située à l'entrée du village (commune de Pionnat), dans un pré qui porte encore le nom de « Pré de la Chapelle » alors que les champs des alentours s'appellent « Las Quéras de Saint-Jean ». Les dernières pierres qui subsistaient ont été prises, il y a quelques années, pour la construction d'un bâtiment ; les fondations mêmes ont été détruites. Deux petits bénitiers en granit, ronds à l'intérieur, hexagonaux à l'extérieur, ont été utilisés comme abreuvoirs.
M. Gardavaud m'a raconté que, ces dernières années, en creusant les fondations d'une grange, il avait mis à jour et détruit un pavé de briques en bon état.
M. Gardavaud possède une petite statue en bois de saint Jean-Baptiste.
Près de l'emplacement de la chapelle subsiste une très vieille maison à auvent et cheminées de pierre ; la charpente ancienne est très lourde et rustique. D'après la tradition, c'est « la maison des prêtres ».
La dévotion à saint Jean se faisait à une fontaine qui est encore la fontaine du village. On y venait en pèlerinage et on y amenait des moutons.
Jean Desjobert de Prahas.
SÉANCE DU 26 NOVEMBRE 1931
Présidence de M. Louis Lacrocq, président
Présents : Mlles Bellegy, du Muraud et Théreil ; MM. le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, le docteur Déguison, Desjobert de Prahas, Dutheil, René de Forges, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Levron, Rimour, Pasty, Sarrassat.
Excusés : MM. Foucard et l'abbé Savoyant.
M. le Président signale une récente manifestation artistique, l'Exposition « Le Limousin vu par les artistes » (galerie du Bûcheron à Paris, 6 novembre-31 décembre 1931), où figuraient de nombreuses peintures de la Creuse.
Sont nommés membres honoraires : MM. Jean Verrier et Pâquet, inspecteurs généraux des Monuments historiques.
NÉCROLOGIE. — M. le Président exprime la part que prend la Société au deuil causé par la mort de M. Louis Auclair, membre titulaire depuis 1904. Correspondant du Courrier du Centre à Guéret, pendant très longtemps, il avait toujours montré la plus parfaite obligeance à servir notre Société et les études locales.
ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mlle Jeanne Chapy, à Chénérailles ; MM. Burgaud, trésorier-payeur général, à Guéret ; le docteur Deguillaume, à Ahun ; Henri Floury, éditeur à Paris ; le comte de Lavaucoupet, au Mans ; Roche-Fougerolle, ingénieur à Paris.
LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Henri Hugon donne des indications sur l'ordre des Trois Toisons d'or institué par Napoléon 1er en 1809, et réuni à la Légion d'honneur en 1813. Trois blessures au moins et des services exceptionnels étaient exigés. Parmi les militaires proposés pour cette distinction, figurèrent quatre Creusois : André Jouanique, sergent-major au 21e léger, né à Saint-Julien-la-Genête ; François Vérinat, 3me porte-aigle au 48e de ligne, né à Mortroux ; Georges Desbarbats, sergent de grenadiers au 52e de ligne, né à Lourdoueix-Saint-Pierre ; Silvain Rateau, soldat au 3e d'infanterie légère, né à Chambon-Sainte-Croix.
Les dossiers des propositions sont aux Archives de la Légion d'honneur et ont fait l'objet d'une publication du commandant Taurignac (Paris, Leroy, 1907).
Aux mêmes Archives se trouve un dossier individuel pour André Jouanique fait chevalier de la Légion d'honneur en 1807. Engagé en 1791, retraité comme sergent-major en 1810, il se rengagea en 1813 au 4e régiment des Gardes d'honneur et passa en 1814 au 3e chevau-légers lanciers de la Garde pour être retraité définitivement la même année après avoir été, une fois de plus, grièvement blessé à Brienne.
— M. le docteur Janicaud décrit une inscription du XIe siècle qui existait dans l'église de Chamborand et qui est disparue depuis longtemps.
— Il signale, en outre, une communication mentionnée au dernier Bulletin de la Société des Antiquaires du Centre, relative à la découverte, à Saint-Priest-la-Marche (Cher), d'une sépulture gallo-romaine à incinération à boite de granit, du même type que les sépultures de notre département.
— M. Sarrassat décrit une mousse qu'on ne trouve ordinairement qu'en Provence et en Normandie, et qu'il a observée sur les arbres de la cour de la caserne des Augustines, à Guéret. Il décrit également les diverses espèces de plantes qu'il a relevées dans une lande inculte entre Ajain et Feuyas.
— M. Boulaud communique un congé provisoire, délivré « de par le roi, en vertu de l'arrêté du Gouvernement provisoire du 13 avril 1814, par ordre de M. le Maréchal Suchet, duc d'Albuféra », à Jean Fayolle, voltigeur au 10e régiment de ligne pour se rendre à Saint-Pierre-Chérignat.
— M. Jacques Levron analyse une liasse de documents donnés aux Archives départementales par M. Renard. Il lit une note sur le terrier de La Pouge, donné aux Archives de la Société par M. Mazet ; ce terrier, dressé en 1751, fournit d'intéressantes indications sur la géographie historique de cette région, située aux confins de la Marche et du Poitou, et contient nombre de précieux renseignements.
— M. Adrien Rivet communique un acte reçu par Trapet, notaire à Pontcharraud, le 25 septembre 1772, constatant un bornage entre François Ruyneau de Saint-Georges, seigneur de Saint-Georges-Nigremont, et les habitants de Pigerolles, en cette même paroisse, relatif au ténement de Lavaud. Cet acte relate l'existence d'une borne ancienne aux armes des d'Orléans-Montpensier et indique que trois autres bornes, portant les armes de la famille Ruyneau, avaient été plantées en 1673. (Sur les bornes armoriées cf. Mém. t. XXIV, p. LV, LXX, LXXXXVIII).
— M. Maurice Dayras communique un « passe-debout » imprimé, non rempli, daté : Aubusson le... 178... émanant du Dépôt de sel de cette ville, indiquant que les « balles » sont « bien conditionnées, marquées comme ci-contre » et qu'en cas de dépassement du délai de conduite, il y aura saisie d'un tiers de la voiture. L'adresse, au bas, en blanc, porte Clermont-Ferrand.
— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :
« La couverture de la notice de Yves Fesneau sur l'église de La Souterraine parue à Limoges, chez Tripon, en 1839, indique une « nouvelle souscription » pour l'Album de la vicomté de Bridiers, au prix de 5 fr. ; cette publication devait contenir dix lithographies :
1° Vue de la tour de Brédas (sic).
2° Salle de Gérald.
3° Vue de Crozant.
4° Forteresse de Hugues (prison de La Souterraine).
5° Chœur de l'église de La Souterraine.
6° Eglise souterraine.
7° Vue du clocher de La Souterraine,
8° Fragments de l'ancien temple payen de Subterranea.
9° Tumuli gaulois.
10° Fanal du temple de Pluton à Versillac.
Pour la souscription, on devait s'adresser à Limoges, chez MM. Tripon et Clément ; à La Souterraine, chez Petit, libraire ; à Guéret, chez Dugenest, libraire. Cet Album, aux légendes fantaisistes, semble être resté à l'état de projet. »
— M. Dutheil lit la note reproduite ci-dessous.
NOTE LUE EN SÉANCE – L'ARRESTATION D'UN PRÊTRE RÉFRACTAIRE EN 1793
Le 30 avril 1793, à 6 heures du soir, comme le directoire du district de Felletin était en séance, deux citoyens de Saint-Denis-la-Courtine, Barthélemy Coudert et Léonard Gouny, demandèrent à être admis, sur le champ, dans la salle des délibérations, ayant à révéler des faits de la plus haute gravité. Le procès-verbal de la séance nous a conservé l'essentiel de leur déclaration (1).
Ayant entendu dire que des prêtres insermentés se retiraient parfois au village du Gratadoux et dans les agglomérations voisines, Barthélemy Coudert et Léonard Gouny décidèrent de faire une perquisition. Vers une heure de l'après-midi, comme ils pénétraient dans un pré proche de l'étang de Gratadoux, ils aperçurent « un particulier » qui se dissimulait dans les broussailles. Barthélemy Coudert s'étant approché, reconnut Pierre Coudert, natif de Gratadoux, ex-vicaire de Sornac, district d'Ussel, qui lui murmura : « Ne dis point à personne que tu m'as trouvé ».
De suite le comparant s'éloigna à une demie portée de fusil pour chercher main-forte. Il dit à des personnes, qui se trouvaient là, qu'il avait vu l'abbé Coudert et les pria de l'aider à le saisir pour le conduire au district. Laurent Fleurand, beau-frère du prêtre réfractaire, essaya de faire pression sur Barthélemy Coudert : « Ne dis point la chose aux autres. Mon beau-frère est malade, je crains qu'il ne meure ». Pierre Blaziot, maire, J.-B. Garaude, greffier de la justice de paix, dirent alors à Fleurand : « Nous voyons que ton beau-frère est pris. Nous ne pouvons nous empêcher de le faire conduire, car nous ne voulons pas nous mettre dans les embarras pour lui ». Fleurand répliqua que son beau-frère était hors d'état de voyager, et qu'il en répondait. Blaziot dit alors : « Puisqu'il en est ainsi, je le regarde comme saisi et vais en dresser procès-verbal ».
Les comparants n'ayant pas trouvé « régulière » cette manière de procéder, pensèrent qu'il était de leur devoir de venir en aviser le directoire.
Le directoire prit aussitôt un arrêté prescrivant l'arrestation de Coudert et dans le cas où les gendarmes ne pourraient le saisir, ils conduiraient, à Felletin, Fleurand et Blaziot. L'arrêté porte les signatures des citoyens Diverneresse, Decourteix, Dumas et Guillon.
Les gendarmes ne trouvèrent pas Coudert ; ils arrêtèrent Fleurand et Blaziot. A l'interrogatoire, Blaziot déclara qu'il n'avait pas vu Pierre Coudert, que Fleurand en avait répondu et que seule l'absence des témoins du fait avait empêché de dresser procès-verbal régulier à La Courtine. Fleurand nia tout : il n'avait pas vu son beau-frère depuis plus de deux mois et n'avait pas répondu de sa personne.
Le 3 mai, Pierre Coudert, accompagné de Blaziot et de plusieurs personnes, se présentait aux membres du directoire de Felletin. Bien que malade, ayant appris qu'on voulait le faire arrêter, il s'était fait conduire en charrette, pour se soumettre à la loi. Le directoire, après l'avoir décrété d'arrestation, lui permit de se loger chez l'aubergiste Moussard où se trouvaient plusieurs prêtres dans les mêmes conditions. Les dénonciateurs reçurent la prime de cent livres qu'il était d'usage de donner en pareil cas. On ne sait ce qu'il advint ensuite de P. Coudert. Les Archives sont muettes à son sujet.
(1) Arch. départ. de la Creuse, L 264.
Jean Dutheil.