SÉANCE DU 28 JANVIER 1932

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlles du Muraud, Théreil ; MM. Beluchon, le docteur Bordier, de Bourran, Champeymaud, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, Foucard, Gautheron, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Rimour, Sarrassat, Tugayé.

Excusés : MM. Gabriel Jamot, Lacombe, Lafay, Pasty.

M. le Président exprime les félicitations de la Société à M. Louis de Nussac, membre correspondant, à qui vient d'être décerné le prix Binoux par l'Académie des Sciences ; à MM. Bruzin et Chardeau, membres titulaires, nommés chevaliers de la Légion d'honneur ; à M. Jacques Levron, archiviste départemental, récemment nommé à Angers. Venu à Guéret en octobre 1929, M. Levron y avait acquis les sympathies de tous. Son activité s'était manifestée par de nombreuses communications à nos séances, sa collaboration aux excursions et par la publication de plusieurs études d'histoire locale. L'administration a montré en quelle estime elle le tenait, en le plaçant à la tête d'un poste très important.

Lecture est donnée des lettres de MM. Pâquet et Jean Verrier, remerciant de leur nomination de membres honoraires.

M. le Président signale une décision prise par le Syndicat d'initiative du Bourbonnais, sur la proposition de M. Génermont, architecte des M. H., pour la conservation des clichés photographiques. Le Syndicat constituera à son siège social « une documentation illustrée qui complétera utilement celle des journaux et revues ..... A titre rétrospectif, il essaiera de reconstituer l'histoire anecdotique de ces dernières années, grâce à l'abandon par leurs auteurs d'une épreuve de clichés se rapportant à des faits locaux passés ». Il serait à désirer que semblable collection fut établie pour la Creuse et que les personnes possédant des vues anciennes prises dans notre département (aspects des localités maintenant modifiées, édifices détruits, fêtes, réunions, événements divers) veuillent bien nous les communiquer. Il y aurait de même intérêt à assurer la conservation de tous les clichés représentant des faits locaux actuels (fêtes, cérémonies).

NÉCROLOGIE. — La Société s'associe au deuil causé par la mort prématurée de M. Henri Leclerc-Montmoyen. Licencié ès-sciences, il avait dirigé son activité d'ingénieur dans des entreprises d'éclairage électrique qu'il avait créées dans le Berry, en collaboration avec M. Arsène Parrain. Les trop rares occasions où il avait pu se mêler à la vie de notre Société avaient permis d'apprécier sa culture et son goût des études archéologiques. Il laisse de vifs regrets et sa perte sera ressentie particulièrement à Felletin où il passait ses vacances.

VŒU. — La Société donne son approbation de principe au vœu émis par la Société des lettres, sciences et arts de la Corrèze, dans sa 4me séance de 1931, ainsi conçu :
« Pour faciliter l'interpénétration régionaliste, il serait désirable que chaque Société locale puisse se faire représenter par un ou plusieurs de ses membres aux réunions périodiques des divers groupements régionaux. Après entente entre les bureaux des Sociétés, un sujet d'étude intéressant l'ensemble de la région, Limousin, Marche, Quercy, pourrait faire l'objet d'un débat particulier ».

La composition du groupement doit être réservée. Il devrait comprendre non seulement le Quercy mais d'autres régions limitrophes de la région limousine-marchoise, notamment le Berry et le Bourbonnais.

ÉLECTION. — M. Jean Dutheil est élu secrétaire en remplacement de M. Jacques Levron.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Roger Auclair, restaurateur à Guéret ; Brugier, ingénieur en chef des ponts et chaussées à Guéret ; Cotton, instituteur à Guéret ; Perruchon, représentant de commerce à Guéret ; Pinet, ingénieur honoraire du service vicinal à Guéret.

COMPTES ET BUDGET. — M. Laborde, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1931 :

Recettes
En caisse au 31 décembre 1930.......................... 1.215,45
Subvention du département............................. 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret....................... 2.500 »
Cotisations............................................ 10.240 »
Vente de volumes des Mémoires.......................... 411,75
Intérêts de rente 5 %.................................. 200 »
Total................................................... 16.067,20

Dépenses
Gardiens du Musée...................................... 1.800 »
Impression et brochage des Mémoires, clichés........... 8.701,55
Frais d'envoi des Mémoires et recouvrement des cotisations. 976 »
Frais de bureau........................................ 633 »
Musée.................................................. 2.691,30
Bibliothèque........................................... 340,75
Total................................................... 15.142,60
RECETTES................................................ 16.067,20
DÉPENSES................................................ 15.142,60
EXCÉDENT DE CAISSE au 31 décembre 1931.................. 924,60

Dans le compte ci-dessus n'est pas compris un rachat de cotisation effectué pendant l'année 1931 et versé au livret de Caisse d'épargne qui s'élève, au 31 décembre 1931, à 9.417 fr. 57. Le livret et les titres de rente représentent le fonds de réserve et le montant des cotisations rachetées.

Les comptes, vérifiés par MM. de Bourran et Champeymaud, sont reconnus exacts et approuvés. Des remerciements sont adressés à M. Laborde, trésorier.

Le budget de 1932, établi par le bureau, est adopté.

ARCHIVES. — Il a été donné : par M. l'abbé Peuch, une bulle du pape Innocent XII (5 janvier 1695) et divers documents du xviiie s. sur l'Hôtel-Dieu de Guéret (voir plus loin une communication sur ces derniers documents) ; par M. Lacoste, son rapport sur la Foire-Exposition de Guéret.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud relate la découverte ancienne d'une masse d'armes néolithique à Saint-Maurice-la-Souterraine. Il en présente le croquis.

Il présente également une monnaie dite « forto », de Charles Ier, cinquième duc de Savoie (1482-1490), trouvée à Aubusson par M. Tabard et donnée par lui au Musée.

Il décrit les vestiges du château de Montégudet, situé sur une éminence de la commune de Lépinas, et ceux du château de La Bastide, situé sur une éminence de la commune de Naillat. Le premier paraît avoir été construit au xiiie siècle ; le second présentait de grandes analogies avec le château de Montaigut-le-Blanc.

— M. Sarrassat présente l'herbier, qu'il a établi, des mousses du département.

— M. Mazure a envoyé le dessin d'une croix monolithe avec bénitier et socle, qui se trouve à Gioux. Cette croix paraît être de la fin du xve siècle.

— M. L. Doignon, rappelant l'étude sur la révolte paysanne en Auvergne à la fin du xive siècle, que sous le titre La Jacquerie des Tuchins, 1363-1384, Marcelin Boudet a publiée (Paris, Champion, 1895), fait remarquer que notre région, aux confins de l'Auvergne, en a supporté certainement les effets.

— M. Henri Hugon communique le dépouillement qu'il a fait, aux Archives départementales de la Haute-Vienne (L 1178), des documents relatifs aux envois à la Monnaie de Limoges, de métaux précieux provenant de saisies dans les églises et chez des émigrés de la Creuse en 1793 :

District de Boussac. — Argenterie de Pierre de Ligondès, ancien chevalier de Malte : 19 onces 6 gros.
District de Guéret. — Ostensoirs, calices et custodes provenant des religieuses hospitalières et des Sœurs de la Croix de Guéret : 10 marcs.
Argenterie et objets divers de Pierre Rebière de Naillac : 8 marcs, 9 onces d'argent, 8 onces 3 gros 1/2 d'or.
Argenterie de Silvain Coudert de Sardent : 2 marcs 6 onces 2 gros.
District de La Souterraine. — Quatorze calices, bénitier, ciboire : 17 marc 9 onces 7 gros.

Les pesées avaient été faites à Guéret, par Isoard, bijoutier, et Guyès, orfèvre. Le transport des objets de Guéret à Limoges avait été confié à un voiturier de Saint-Léger-le-Guérétois, Joseph Villard, dit le Grand.

— M. l'abbé Peuch a donné à la Société divers documents du xviiie siècle concernant l'Hôtel-Dieu de Guéret. Ce sont des projets de mémoires relatifs à de multiples difficultés concernant les fondations pieuses faites à cet établissement. Ils contiennent certains renseignements qui complètent, pour l'histoire assez obscure de ses bâtiments, ceux qu'a réunis le docteur Villard dans ses Notes sur Guéret (Mémoires de notre Société, t. XIII, p. 141 et s.). Les constructions élevées par les consuls vers 1675 avaient été augmentées par un bâtiment dû à la générosité d'un particulier, Seiglière de Cressat. En 1682, il le fit élever sur un terrain appartenant aux religieuses Augustines qui, depuis 1668, desservaient l'hôpital. Les religieuses abandonnèrent le terrain ; en échange, les administrateurs leur donnèrent « la salle où étoient les pauvres et la chapelle ». Le nouveau bâtiment devait contenir une buanderie et un bûcher pour elles. Il fut « réédifié » au xviiie s. à une date que ne précisent pas les documents.

— M. Maurice Dayras analyse le compte rendu au chapitre d'Aubusson par MM. Prugniet et Descoux, chanoines et syndics du dit chapitre, de leur gestion du 1er octobre 1749 au 1er octobre 1750. Ce document, qu'il a donné aux Archives départementales, présente un état complet de la situation matérielle du chapitre, sur laquelle C. Pérathon n'a inséré dans son Histoire d'Aubusson (p. 257 et 258) que des renseignements fragmentaires.

Le compte est divisé en deux parties : recettes et dépenses en grains (compte-matières), recettes et dépenses en argent.

Les recettes en grains comprennent : seigle, 97 septiers, 7 boisseaux, 2 coupes ; — froment, 7 boisseaux ; — blé noir, 6 boisseaux ; — avoine 12 boisseaux 3/4. Les dépenses indiquent l'emploi de la totalité des grains par vente ou remises à divers (curés pour dîmes novales, enfants de chœur, bedeau, etc.).

Les recettes en argent s'élèvent à 2.554 livres, 8 sols, 9 deniers, provenant de causes nombreuses, dîmes payées en argent, fermages, vente de grains, etc. Les dépenses sont de 2.493 livres, 5 sols, 9 deniers ; elles sont énumérées mois par mois ; y figurent, notamment, les pensions payées à divers curés et les indemnités versées aux membres du chapitre pour les offices religieux. Parmi ces indemnités il y a, en nombre variable chaque mois, celles des « messes des mages », à côté des sommes afférentes aux hebdomades et aux messes capitulaires. On relève aux articles de recette l'honoraire d'un office célébré pour la confrérie des Agonisants, confrérie que ne signale pas C. Pérathon.

Les grains avaient été vendus sur les prix suivants : seigle, 49 septiers 3 boisseaux 2 quarts pour 643 l. ; froment, 7 boisseaux, pour 13 l. ; blé noir, 6 boisseaux, pour 6 l. ; avoine, 12 boisseaux 3/4 pour 5 l. 8 s.

— M. Louis Lacrocq communique un court mémoire intitulé Observations pour Evaux, département de la Creuse, signé d'un habitant de cette ville, Garnier-Deschesnes, et imprimé à Paris chez Renaudière, rue de la Harpe (3 pages in-4°). Il n'est pas daté, mais sa rédaction précise l'époque où il a été fait : celle où on préparait la loi du 28 pluviôse an VIII qui devait supprimer la division des départements en districts établie en 1789 et la remplacer par la division en arrondissements. Ce mémoire revendique avec force les droits d'Evaux à être chef-lieu d'arrondissement, de préférence à Boussac.

Boussac, dit-il, est mal placé pour être le chef-lieu d'un groupement des cantons qu'on veut lui attribuer. Ceux de Châtelus-Malvaleix, Genouillat, Jarnages et Gouzon (dans la division en districts, Genouillat et Gouzon étaient chefs-lieux de canton) ont intérêt à être rattachés à Guéret. Un groupement autour d'Evaux est, au contraire, tout indiqué, comprenant Chambon, très éloigné de Boussac, et Auzances qui, pas plus qu'Evaux, ne doit être rattaché à Aubusson trop éloigné. Ainsi — et cette indication montre la persistance des anciennes divisions — on grouperait « tout l'ancien pays de Combraille » dont Evaux était la capitale. Le mémoire souligne l'importance d'Evaux, beaucoup plus peuplé que Boussac, ses ressources en bâtiments publics, grâce à « l'ancienne maison conventuelle » et à la « belle caserne » qu'on vient d'y construire pour loger 150 prisonniers de guerre.

La combinaison proposée devait sans doute, quoique le mémoire ne le dise pas, englober deux cantons de la division antérieure par districts, Lépaud et Mainsat (qui étaient du district d'Evaux). Elle ne s'explique pas non plus sur le sort qu'elle réservait à Boussac. Telle quelle, elle ne manquait pas de logique.

Deux indications relatives à l'état des routes peuvent être relevées dans cet écrit ; le bon état des chemins aboutissant à Evaux, le mauvais état de la route conduisant de Chambon à Gouzon, « chemin affreux où a souvent de l'eau jusqu'à mi-jambe ».

 

 

SÉANCE DU 25 FÉVRIER 1932

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlles du Muraud, Théreil, MM. le docteur Bordier, Champeymaud, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, René de Forges, Foucard, A. Frétet, Gautier, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Lafay, Lamatière, Pajot, Pasty, Rimour, Tugayé.

Excusés : MM. Cluzet, Valadeau.

M. le Président annonce qu'une statistique agricole sera établie pour la France entière en 1932. Il fait ressortir l'intérêt que présente une pareille publication en vue des recherches futures, et demande aux membres de la Société qui seraient appelés à collaborer à cette statistique, d'y donner tous leurs soins.

Des félicitations sont adressées à Mlle Morel, membre titulaire, qui a soutenu avec succès, pour sa sortie de l'Ecole des Chartes, une thèse sur la Combraille.

M. Cusinberche, membre titulaire, a fait parvenir la somme de mille francs, qui lui donne le titre de membre bienfaiteur. M. le Président lui exprime les remerciements de la Société.

NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de MM. Chambrouty et P. de Curel, membres titulaires, récemment décédés. M. le Président annonce le décès de M. Gabriel Jamot, survenu hier. Il rappelle les services rendus par celui-ci à la Société, dont il fut un administrateur dévoué. Une notice lui sera consacrée.

BIBLIOTHÈQUE. — Présentation est faite du récent ouvrage de notre collègue M. le docteur Albert Sallet : L'officine sino-annamite en Annam, tome 1er : Le médecin annamite et la préparation des remèdes, Paris, Imprimerie Nationale, 1931, dont l'auteur a bien voulu faire don à la bibliothèque.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mme Robert Quérez, née Janicaud ; MM. Charles Adenis, licencié ès-lettres à Saint-Vaury ; Jean Gauthier, archiviste départemental à Guéret ; J. Nouaillac, professeur agrégé d'histoire, à Neuilly (Seine) ; l'abbé Patier, curé de Bosroger ; Raymond Varlet, rédacteur au Courrier du Centre, à Guéret.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Eugène Alluaud signale, avec croquis à l'appui, la découverte récente de sépultures gallo-romaines en coffres de granit avec couvercles à La Journalière, commune de Crozant. Il a également envoyé le croquis d'une tour en ruines qu'on est en train de démolir au même village.

— M. Adrien Rivet communique un acte reçu par Trapet, notaire, à Pontcharraud, paroisse de Saint-Georges-Nigremont, le 2 février 1680, constatant le marché fait entre Antoine Ruyneau, sieur de Selonges [commune de Saint-Frion], greffier de Pontcharraud, et Pierre Perichon, « me étancher et charpantier », demeurant à Rouseilleix [aujourd'hui Rouzelier, commune de Saint-Georges-Nigremont], pour la construction d'une chaussée d'étang que Ruyneau veut faire élever « sur le chemin qui tand de St-George à Felletin, à l'endroit qui a été devisé et marqué par Jean Bellot, me étancher et masson, habitant du village de Vareilhas, paroisse [de] St-Avit-de-Tarde » : La chaussée « sera et doit être faite sur vingt-six pieds dans le pied et fondement, de longueur entour quarante-quatre toises qu'il y a de distance entre le tertre ou thouraud du côté de St-Antoine, et celui qui est dans la terre du côté de Selongetes, et de hauteur sept ou huit pieds à conter de la bonde » Périchon sera tenu « de faire les bonde, pâlons et palles, et autres bois nécessaires pour la perfection de ladite chaussée, laquelle il sera tenu de garantir an et jour à conter du jour de son accomplissement, perfection et plénitude, pour laquelle il sera aussi tenu de faire l'hérial, ou décharge du dit étang... ». Ce travail sera fait « moyennant la quantité de cinq septiers bled seigle et une esmine de poids et mesure de Felletin, et le prix et somme de quatre-vingt-dix livres... à la charge par le dit sieur Ruyneau de fournir les arbres et autres bois nécessaires pour être ouvrés et travaillés par le dit Périchon, et de faire mener et mètre en place et pied d'œuvre toute la pierre, terre et autres mathériaux nécessaires à la construction... »

L'acte est passé au bourg de Pontcharraud, dans la maison de Ruyneau, en présence de Jean Bellot, Pierre Périchon et Joseph Diverneresse, marchand.

— M. le baron de Chaumont communique une analyse du testament de François et Michel de Vauchaussade qu'il a prise au cours de recherches faites à la Bibliothèque Nationale. Fils de François de Vauchaussade, écuyer, seigneur de La Ribière, et de demoiselle Charlotte de Belvezeix, les deux frères, au moment de partir pour le service du roi (où ils moururent en 1657), testèrent en faveur de François du Monneix, époux de Madeleine de Vauchaussade, leur sœur, pardevant Simon Cartaud, notaire royal à Aubusson, le 4 septembre 1652, en présence de Gilbert Simon, maître tapissier, et de Léonard Valest, également tapissier. Les noms de ces deux tapissiers ne figurent pas sur la liste donnée par Pérathon, dans sa notice sur les manufactures de tapisserie d'Aubusson, Felletin et Bellegarde.

Il signale la mort récente du baron de Voelmont, ancien diplomate belge, auteur de Notices généalogiques sur la noblesse française (Paris, Champion, 1923-1930, 7 tomes). Parmi ces notices, quelques-unes concernent les familles marchoises de Foucauld, Mérigot de Sainte-Feyre (tome 1er), de Poute, d'Ussel (tome 2e), de Montrognon, Salvert, Veyny d'Arbouze (tome 3e), de Bridiers (tome 4e), de Villelume (tome 5e), de Chavanat, de Vauchaussade (tome 6e), de la Marche, du Peyroux (tome 7e).

Il donne des renseignements sur une brochure intitulée : Œuvres de Jannot, maçon de Bussière-Nouvelle (Creuse), sans lieu ni date d'impression, vraisemblablement parue entre 1850 et 1860. La brochure renferme huit pièces de vers dont voici les titres : Les maçons de la Creuse ; — Satire des femmes ; — Fable de l'huître ; — Epître sur l'amour de Dieu ; — Epitaphe sur le comte de Durat, vice-roi de Grenade ; — Epitaphe sur Mme la duchesse de Narbonne ; — Sonnet sur la mort de Mgr l'archevêque de Paris (1848) ; — Petit discours.

— Comme suite à la communication de M. Louis Lacrocq (Mém. p. xx au présent tome), sur les origines de Pierre de Villemerle, entrepreneur des fortifications du roi à Strasbourg, M. Larbaneix communique quelques renseignements trouvés par lui dans les registres paroissiaux de Thauron et de Pontarion :

Septembre 1698 : mariage de Léonard du Liège et de Jeanne de Villemerle ; mention de Pierre de Villemerle, entrepreneur aux fortifications de Landau. — 18 juillet 1707 : mention de demoiselle de Villemerle, femme de Léonard du Liège, procureur d'office à Pontarion. — « Le 27 mars 1708, a été ensevelie dame Magdelaine Reby, femme de M. de Villemerle, entrepreneur dans les fortifications de Landau ». — En 1688, un Pierre de Villemerle passe une transaction avec Denis Lacotte, devant un notaire de Bourganeuf. — Sur un acte notarié daté du 21 mai 1778, il est fait mention d'un autre Pierre de Villemerle, journalier à Pontarion.

Il semble bien résulter de ces divers renseignements qu'une famille de Villemerle a vécu à Pontarion aux xviie et xviiie siècles, à laquelle appartenait l'entrepreneur Pierre de Villemerle.

— M. Albert Lacrocq communique la copie qu'il a prise aux Archives départementales de la Haute-Vienne, dans le fonds Bosvieux, série M, carnet 23, de documents concernant La Souterraine qu'avait transcrits Bosvieux. Ces documents révèlent un fait qui, jusqu'à présent, paraît être resté ignoré : la cession par les religieux de la prévôté à Jehan de La Barre, vicomte de Bridiers, en 1530, de leur droit de justice et de droits divers.

Les renseignements fournis par ces documents se résument ainsi :

Après une « inquisition » que l'évêque de Limoges avait confiée à son vicaire général Pierre Benoit et qui avait abouti à un avis favorable, intervint, entre le seigneur de Bridiers, d'une part, Roland Barthon, abbé de Solignac et prévôt de La Souterraine, les neuf religieux composant la prévôté, d'autre part, une convention, qualifiée d'échange, dont l'objet principal était le droit de justice haute, moyenne et basse, avec tous ses accessoires, appartenant à la prévôté. Il était toutefois stipulé que le prévôt, les religieux, « leurs maisons et famille estans infra septa monasterii et claustri » seront « à perpétuel exempt de la d. juridiction par eulx delaissée », qu'il ne pourra être fait aucune perquisition chez eux, que l'acquéreur ne pourra « prejudicier à l'immunité de l'eglise, claustre, chambres, cellules et circuit du monastere ». De plus il était convenu que les religieux n'auraient rien à payer pour les causes les intéressant soumises à la juridiction dont le procureur devrait prendre leur fait et cause en même temps que celui du seigneur.

Cession est également faite du droit des « menus cens », du droit de lods et ventes et des droits de péage et laide, « réservé aud. prevost et religieux les pains qui se offrent le lendemain de Noel à l'eglise pour ceux qui cuisent pain en la ville et faulbourgs ».

En compensation, les religieux auront le droit d'ouvrir dans la muraille de ville une porte pour l'accès de leur champ appelé de la Font-aux-moynes, d'avoir dans le champ garenne et colombier « comme d'anciennete », de jouir, à charge d'en grillager les fenêtres, d'une tour située dans le jardin de la Font-aux-moynes et de la pêcherie attenante, enfin de fermer à clef la porte de Lavault et la Tournelle « qui regarde sur la Font-aux-moynes », sauf au cas de guerre. Enfin le seigneur de Bridiers leur paiera une rente annuelle de 200 livres tournois à prendre sur les tailles de la vicomté.

Les termes de l'acte, dont la date exacte paraît être le 9 août 1530, s'appliquent à une convention définitive. Il est cependant certain ou que les parties y renoncèrent ou qu'après un certain temps d'application elle fut résolue, car il résulte des nombreux renseignements réunis par M. Valadeau dans sa Notice historique sur la ville de La Souterraine, au sujet de la justice (Mém. Soc. Creuse, t. XIX, p. 184-195) qu'elle appartenait uniquement à la prévôté aux xviie et xviiie siècles.

— M. Loubaud signale l'existence, autrefois, dans le château de Chard, d'après les indications que lui a fournies son père, de tapisseries représentant l'Histoire de Judith et Holopherne.

M. Louis Lacrocq fournit sur ces tapisseries les renseignements suivants :
« Le souvenir indiqué par M. Loubaud est précisé par le carnet n° 26, pages 19-31, d'Auguste Bosvieux (Arch. départ. de la Haute-Vienne, fonds Bosvieux) qui contient une description détaillée du château de Chard et de son ameublement.
« Il y avait onze panneaux de tapisserie répartis dans trois pièces :
« Une pièce était décorée de quatre panneaux à sujets sans rapports entr'eux, mais constituant un ensemble, car ils avaient tous la même bordure ornée d'armoiries : 1. Jeanne d'Arc ; — 2. Suzanne au bain ; — 3. Mort de Cléopâtre. — 4. Mort d'un général hébreu. Ce dernier sujet, où l'on voyait une femme enfonçant un clou dans la tête d'un homme endormi, a été incomplètement identifié par Bosvieux : c'est le meurtre de Sisara par Jahel, raconté au Livre des Juges (IV, 17 et s.).
« Une autre pièce contenait trois verdures. Une troisième avait quatre panneaux dont l'un, au moins, représentait une scène de Judith et Holopherne. Leur bordure était semblable à celle du groupe de la première pièce.
« Bosvieux a attribué tous ces panneaux — probablement du xviie siècle — à un atelier de Felletin, ce qui cadre bien avec l'apparence d'un tissage assez grossier que se rappelle M. Loubaud père ».
« Les tapisseries et les meubles du château de Chard ont été dispersés il y a longtemps, ainsi que l'indique M. Loubaud. On trouve des renseignements sur cette dispersion dans l'Histoire illustrée des villes d'Auzances et de Crocq, par Tardieu et Boyer, ainsi que dans un article de Tardieu qu'avait publié La Gazette d'Auvergne et qu'a reproduit Le Courrier de la Creuse du 21 septembre 1888 ».

— M. Valadeau communique le cahier de doléances rédigé à La Souterraine en 1789. Ce cahier sera publié.

— M. Maurice Dayras communique divers documents électoraux concernant la période du 1er Empire et des Cent jours. Tous ces documents sont adressés à Hippolyte Grellet, substitut du procureur impérial et membre du collège électoral de l'arrondissement d'Aubusson. Ils comprennent :

1° Une lettre du préfet de la Creuse, avisant Grellet qu'il a été élu membre du collège électoral de l'arrondissement d'Aubusson et lui annonçant que sa carte d'électeur lui sera délivrée lorsqu'il aura prêté le serment de fidélité à l'Empereur et aux Constitutions de l'Empire (24 décembre 1811).

2° Une lettre du président du collège électoral d'Aubusson convoquant Grellet pour l'ouverture des séances du dit collège (5 février 1812).

3° Une circulaire impériale du 22 avril 1815 convoquant les électeurs en assemblée au Champ de Mai à Paris ; une note préfectorale du 28 avril commentant la circulaire impériale ; une nouvelle circulaire impériale du 30 avril, complétée par une note du sous-préfet, du 7 mai, supprimant l'assemblée du Champ de Mai, et la remplaçant par la réunion des collèges électoraux de département et d'arrondissement.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LE DOLMEN-CLUB DE BELLAC

En 1903, M. Calcat, magistrat à Bellac, créa dans cette ville une Société d'excursionnistes qui, à partir de 1906, se constitua en Dolmen-Club (Société archéologique de Bellac et de la Basse-Marche), et publia jusqu'en 1915 inclus un bulletin dont la collection forme vingt-deux fascicules de 30 à 60 pages l'un (1). La guerre, puis la mort de son président amenèrent ensuite sa disparition.

Elle avait eu parmi ses membres, depuis au moins 1909, notre regretté confrère M. Bellet, et, en 1912, une section du Dolmen-Club, devenue en 1913 une filiale, avait été créée à La Souterraine. M. André Montaudon en fut président. Le nombre des membres creusois du Dolmen-Club s'éleva entre 1912 et 1915, de 11 à 32, et depuis 1914, le Bulletin portait : Société archéologique de Bellac et des Deux Marches.

Bien qu'à la faveur de cette circonstance, le groupement ait étendu son activité sur le département de la Creuse, il n'y eut pas d'échange de publications entre lui et notre Société, et c'est combler une lacune que de mentionner ici les articles et travaux du Bulletin du Dolmen-Club concernant l'histoire et l'archéologie creusoises.

  1. 2e fascicule : Note de J. Bellet sur des coutumes de la fête de Saint-Jean observées à Saint-Maurice de La Souterraine (en patois local). — Excursion à Saint-Goussaud et au Puy-de-Jouer, compte-rendu par M. Camille Gabiat.

  2. Note sur la château de Montaigut-le-Blanc, par M. A. Lafay.

    1. Dévotion à saint Etienne en cas de convulsions des enfants, note de J. Bellet (en patois local). — Copie, par le même, d'une lettre relative aux élections des délégués du clergé poitevin aux Etats généraux de 1789.
    1. Biographie, par M. Mallebay-Vacqueur, de F. Rivaud du Vignaud, représentant du peuple, ambassadeur près la République cisalpine, colonel de gendarmerie, mort à Guéret, le 6 novembre 1836
    1. Excursion à La Souterraine, à Bridiers et au dolmen de La Chadrolle (Saint-Agnan-de-Versillat), compte-rendu par M. C. Gabiat ; allocution du même sur le passé de La Souterraine, hommage à Yves Fesneau. — Description, par MM. Bellet et André Montaudon, du dolmen de La Chadrolle (avec cliché défectueux). — Vestiges gallo-romains au Drut, commune de Saint-Priest-la-Feuille.
    1. Note de J. Bellet sur une croix du clocher de La Souterraine et sur les noms qui y sont inscrits (photographie).
    1. Description précise, par J. Bellet, du dolmen de Saint-Priest-la-Feuille, avec bonne photographie de G. Quellet.
    1. Excursion de la section au Moutier-d'Ahun et à La Chezotte, compte-rendu par J. Bellet.
    1. Transcription, par le même, de diverses mentions concernant la région de La Souterraine en 1720-1721, relevées dans un registre du contrôle de Bridiers.

Passim : Poésies par André Montaudon, de La Souterraine.

Henri Hugon.


(1) Cette collection est fort rare à l'état complet ; on la rencontre aux Archives départementales de la Haute-Vienne.

 

 

SÉANCE DU 28 AVRIL 1932

Présidence de M. Louis Lacrocq, président

Présents : Mlle Théreil ; MM. Barthon, le docteur Bordier, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, Filloux, R. de Forges, Jacob, le docteur Janicaud, Lafay, de Lajaumont, Sarrassat.

Excusé : M. Foucard.

M. le Président adresse les félicitations de la Société à M. le doyen Audollent, membre honoraire, élu membre libre de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres. Il félicite également les membres titulaires suivants : Mlle Morel, à qui a été décerné le prix Montégut, pour sa thèse de l'Ecole des Chartes sur la Combraille ; le docteur Bord, nommé chevalier de la Légion d'honneur ; M. Dartout, officier de l'Instruction publique ; M Marcel Brunet, officier d'Académie ; le docteur Janicaud, conservateur du Musée, dont les travaux sur la période gallo-romaine dans notre département ont fait l'objet d'une communication à l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres, par les soins de M. Adrien Blanchet.

Le Bureau a fixé au dimanche 3 juillet la cérémonie du centenaire de la fondation de notre Société.

NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de MM. Emile Chapal et Paul Sallandrouze, membres titulaires, récemment décédés. Ils occupaient, l'un et l'autre, une situation considérable dans l'industrie française.

M. Emile Chapal était un des chefs de la maison de pelleterie dont il nous a retracé l'historique dans une communication (Mémoires, t. XXIV, p. lx). Il passait une partie de son temps dans sa propriété de La Villeneuve-en-Marche et portait à la Creuse, particulièrement à la région de Crocq, le plus vif intérêt.

M. Paul Sallandrouze était, depuis sa jeunesse, un des dirigeants de la manufacture de tapis créée à Aubusson par sa famille. Membre du Conseil municipal d'Aubusson pendant longtemps, il était très attaché à cette ville.

Nous exprimons nos condoléances aux familles de ces collègues sympathiques et distingués.

ÉLECTION. — M. Desjobert de Prahas est élu administrateur en remplacement de M. Gabriel Jamot, décédé.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Hauptmann, secrétaire de la Chambre de commerce de la Creuse, à Guéret ; Hindermeyer, président de la Chambre de commerce de la Creuse, à Aubusson ; Soulmagnon, juge au tribunal d'Aubusson.

VŒU. — La Société émet le vœu que l'administration des Monuments historiques veuille bien continuer les réparations qu'elle a si utilement entreprises à l'abside de l'église d'Ahun, en faisant déblayer le sol de la crypte, opération indispensable pour restituer son véritable aspect à cette construction du xie siècle.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Moissenet, ingénieur en chef des Ponts-et-chaussées en retraite à Tours, qui a fait don au Musée d'une photographie sur émail représentant la mine de Montebras, commune de Soumans, en 1868 (voir Bulletin du Musée), a bien voulu joindre à cet envoi un exemplaire de la notice sur Léon Moissenet, son père, publiée par M. Jules Micaud dans les Annales des Mines (livraison de mai 1909), où est rappelé le rôle de M. Moissenet à Montebras. M. Louis Lacrocq analyse cette brochure :

Léon-Vivant Moissenet (1831-1906), ancien élève de l'Ecole polytechnique, ingénieur du corps des mines, était professeur à l'Ecole nationale des mines quand le hasard d'un voyage d'études l'amena à examiner Montebras. Spécialiste des gisements métalliques qu'il avait étudiés en Grande-Bretagne, il fut intéressé par la mine creusoise où l'étain avait été exploité autrefois. Il devint l'ingénieur-conseil de la Société, présidée par le baron Poisson, qui était alors propriétaire de Montebras. De 1864 à 1871, « il dirigea entièrement les études, les recherches et les travaux de la mine ». Il ne résigna ses fonctions que parce que, après la guerre de 1870-71, la Société se trouva hors d'état de continuer l'exploitation. La notice de M. Micaud contient (p. 10 et 11) des détails sur l'œuvre accomplie à Montebras par cet ingénieur très distingué.

— M. René Martin signale le dernier volume paru dans la collection littéraire des Feuilles du Bas-Berry, au Blanc : L'oncle François par M. Théodore Panis. Ce roman, qui a pour véritable sujet l'histoire d'un domaine situé en amont de Sainte-Sévère, dans la vallée de l'Indre, offre au lecteur creusois d'intéressants points de comparaison avec une région très voisine, de sol semblable, mais dont les habitants présentent déjà un caractère nettement berrichon.

— M. Jules Lagrange a envoyé un article paru dans la Semaine dentaire du 31 janvier 1932, sur La vie mystérieuse du dentiste Dubreuil, contempteur de Napoléon. François Darzier-Dubreuil serait né, d'après cette notice, à Lourdoueix-Saint-Pierre, vers 1744. Il exerça son métier de chirurgien-dentiste en Russie, puis revint en France au moment de la Révolution. Emprisonné en l'an IV, il perdit une partie de sa fortune. Plus tard il publia des écrits contre le Directoire, puis contre le 1er Consul et fut arrêté de nouveau ; on perd ensuite ses traces.

— M. Lucien Doignon a envoyé la copie d'un document du xive s. qui contient d'intéressants renseignements pour l'histoire de La Souterraine. Il l'a trouvé dans un ouvrage publié par l'abbé Masson, l'Histoire de Bobigny-lès-Paris, (Paris, Champion, 1887). Ce document est une information faite au Châtelet de Paris, extraite du Registre criminel de cette juridiction allant du 6 septembre 1389 au 18 mai 1392, (registre édité en 1861 par la Société des Bibliophiles français).

Le 2 octobre 1389, un garde de la justice de Bobigny [aujourd'hui chef-lieu de commune de la Seine] arrêtait un individu du nom de Jehan Le Brun qu'on reconnut vite être un dangereux malfaiteur. Remis à la justice royale, il fut incarcéré au Châtelet et fit sur ses nombreux crimes des aveux complets, en même temps qu'il racontait sa vie d'aventures dont une partie s'était écoulée à La Souterraine.

Né en Normandie d'un père homme d'armes, il avait été conduit tout enfant à Harfleur, y avait appris le métier de maréchal, puis était venu travailler de son état à Rouen. Là — « VIII ans a ou environ », c'est-à-dire vers 1381 — il avait été remarqué par un routier, Jaquet Le Bastard dit Damiens, âgé de 28 ans, qui se trouvait chez un parent. Ce routier lui proposa de « chevaucher » avec lui, disant « qu'il le monteroit bien et bel, le meneroit en la guerre au païs du Lymosin, au lieu de Sousterenne, duquel lieu et forteresse il estoit bandoyer et que s'il vouloit bien et loyalement servir, il le feroit riche homme ».

Le jeune homme accepta et partit pour La Souterraine avec Jaquet Le Bastard. Celui-ci qui devait être arbalétrier — c'est à cette fonction que semble correspondre le mot de bandoyer ou bandoulier, — en fit son « gros varlet ». A la suite du traité de Brétigny, La Souterraine appartenait alors aux Anglais. La garnison faisait de continuelles expéditions aux alentours qui n'étaient que du brigandage en règle. Cette situation a été signalée par Louis Guibert à propos des sacrifices faits par la ville de Limoges pour combattre les routiers (Chalucet, dans Bull. Soc. archéol. du Limousin, t. XXXIII, p. 193, texte et note 2) ; elle a été également mentionnée par M. Valadeau (Notice histor. sur la ville de La Souterraine dans nos Mémoires, t. XIII. p. 289). Le document communiqué la confirme avec des détails précis. Le célèbre capitaine des routiers « Pierre le Biarnois », dit aussi « Perrot le Béarnais », qui occupait le château de Chalucet près Limoges, venait parfois à La Souterraine ; Jehan Le Brun dit avoir coopéré à des sorties sous son commandement. Jacquet le Bastard faisait l'espion : « il estoit mouche des Anglois contre les François ». Les Français capturés étaient conduits à La Souterraine, d'où ils ne sortaient que contre rançon.

De La Souterraine, Jehan Le Brun alla faire la guerre en Normandie avec Jacquet Le Bastard, sous les ordres du capitaine Blanchebarbe, qui tenait la forteresse de Corbesin. Il servit pendant environ six ans, puis un beau jour, se trouvant insuffisamment payé, il prit le chemin de Paris. Après avoir dépensé ses maigres économies, il ne vécut plus que de vols accompagnés généralement d'assassinats et commis en compagnie d'autres bandits. Condamné à mort par les juges du Châtelet, Jehan Le Brun fut exécuté le 9 mars 1390 (n. s.).

— Lecture est faite d'une note de M. le baron de Chaumont qui a trouvé, dans les papiers de la famille d'Aon, des renseignements sur le 2e régiment de cavalerie de Saint-Germain-Beaupré dont Georges Berthomier a écrit l'historique, dans son étude sur Les régiments de Saint-Germain-Beaupré (Bull. Soc. archéol. du Limousin, t. LXII, pp. 82 et ss.). Louis XIV, au cours des négociations du début de 1709, avait fait revenir une partie des régiments qui combattaient en Espagne. Ces régiments passèrent les Landes au mois de juillet. Une lettre de M. de La Bourdonnaye, intendant de la généralité de Bordeaux, adressée au maire de la paroisse de Coudure [Landes] ordonne de fournir des fourrages à la compagnie de cavalerie de Saint-Germain-Beaupré, en quartier à Saint-Sever. Le séjour du régiment en Espagne n'est pas mentionné par Georges Berthomier.

— En consultant, à la bibliothèque municipale de Limoges, les registres de catholicité d'une ancienne paroisse de cette ville, Saint-Domnolet, M. Hugon a rencontré quelques mentions concernant la Marche : le 18 mars 1758 et le 28 juin 1752, baptême des enfants de Léonard Dureysseix, épouse d'Antoinette Brouillaud, qualifié de messager de Guéret ; le 1er mars 1773, transcription de l'acte de mariage célébré le 23 février sur la paroisse de Saint-Maurice, de Joseph Martial, vicomte de Brette, et Louise-Léonarde de La Celle dont le père était seigneur d'Ajain.

— M. Houques a bien voulu nous procurer pour nos Archives une copie du dossier administratif de la Préfecture de la Seine relatif à l'attribution du nom d'un Creusois à une rue de Paris.

En conformité d'une délibération du Conseil municipal de Paris en date du 24 décembre 1931, un arrêté de M. le Préfet de la Seine, en date du 11 février 1932, a donné le nom de rue Frédéric-Mourlon à une voie nouvelle du xixe arrondissement, ouverte sur l'ancienne enceinte fortifiée en prolongement de la rue du Pré-Saint-Gervais. Jurisconsulte distingué, Frédéric Mourlon, né à Chambon-sur-Voueize le 13 février 1811, est mort à Paris le 28 décembre 1866. (Voir sa bibliographie par M. le conseiller Fabreguettes dans nos Mémoires, t. XX, p. 265).

— M. le docteur Janicaud communique deux photographies qu'il a faites du pont de Bonlieu. Ce pont qui franchit la Tardes sur le chemin de grande communication n° 4, non loin de Peyrat-la-Nonière, est de la fin du moyen-âge ; il a deux arches en tracé brisé aigu et des avant-becs triangulaires. Il a été édifié par les soins de l'abbaye cistercienne de Bonlieu bâtie, un peu en aval, sur la même rivière.

— M. Maurice Dayras signale deux mentions du Rapport général sur l'Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris (1925) ayant trait à l'industrie de la tapisserie et du tapis à Aubusson ainsi qu'à l'Ecole nationale d'Art décoratif de cette ville.

La première de ces mentions se trouve à la rubrique : VI. Tissu et papier, classes 13 et 14. L'exposition faite par les ateliers indépendants d'Aubusson et de la région y est passée en revue, et les rapporteurs, après avoir énuméré les pièces les plus remarquables, expriment le vœu que soient abandonnées la méthode du pastiche de l'ancien et la technique en imitation de peinture, pour revenir aux traditions des grandes époques de la tapisserie. L'Ecole nationale d'Art décoratif n'exposait pas à cette classe, et, cependant, les rapporteurs, à cette même place de leur travail, font appel aux résultats obtenus à cette Ecole, « dont, disent-ils, le directeur Marius Martin a réussi à renouveler la basse-lisse ».

L'effort de l'Ecole est apprécié dans une deuxième mention du rapport à la rubrique : XII. Enseignement, classes 28 à 36. « Après des essais méthodiquement poursuivis, disent les rapporteurs, la technique en fac-simili de peinture, alors universellement employée aussi bien à Beauvais et aux Gobelins qu'à Aubusson, a été remplacée par une technique se rapprochant autant que possible de celle du moyen-âge et de la Renaissance... Il en est résulté un travail plus conforme aux lois de la matière employée, la limitation des teintes à 25 ou 30 nuances et, par suite, une réduction du temps nécessaire au tissage sans que la valeur du travail en souffre ». Ce passage du rapport se termine par des appréciations très élogieuses sur l'exposition de l'Ecole, tentures murales et mobiliers, d'après les compositions des meilleurs décorateurs modernes, Paul Vera, Zingg, Pierre Lahalle, Maurice Dufrêne, et cartes de peintures illustrant la méthode. Ces appréciations méritaient d'être rappelées au moment même où M. Marius Martin vient de prendre sa retraite et de passer la direction de l'Ecole à M. Maingonnat, qui continue l'œuvre de rénovation de la tapisserie entreprise par son prédécesseur. Elles font le plus grand honneur à la direction de l'Ecole d'Aubusson et à ses élèves et il n'est peut-être pas inutile de les relire au moment où l'art de la tapisserie tout entier subit une crise sans précédent.

— M. Foucard a envoyé la note reproduite ci-après.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA BANQUE DE FRANCE DANS LA CREUSE

La succursale de la Banque de France de Guéret a été ouverte le 2 novembre 1899.

Avant cette date, le département de la Creuse n'avait qu'une succursale à Aubusson. La création de cette dernière avait été décidée bien antérieurement, par la délibération du Conseil général de la Banque de France du 27 juin 1872 et autorisée par décret du 27 février 1873 ; elle était, d'une part, motivée par l'activité industrielle du centre Aubusson-Felletin, avec ses fabrications de tapisseries et tapis, d'autre part, facilitée par les relations personnelles qu'avaient, à cette époque, certains fabricants importants dans les milieux politiques et financiers.

Le Conseil d'administration d'Aubusson, qui comprenait douze administrateurs dont trois fabricants de tapis, s'est réuni pour la première fois le 13 novembre 1875, en vue de l'installation de la succursale. Un an après, à la séance du 12 juin 1876, le directeur annonçait au Conseil que la Banque avait accueilli favorablement sa proposition d'admettre à l'escompte de la succursale les banquiers et principaux négociants de Guéret. Dans les années qui suivirent, ceux-ci se mirent à user peu à peu de cette facilité. Ce sont là les premiers rapports suivis qui existèrent entre la population de Guéret et la Banque.

Les relations se développant, le Conseil d'Aubusson envisageait, le 11 décembre 1888, la possibilité de faire de Guéret une ville rattachée dépendant d'Aubusson ou même un bureau auxiliaire. Mais ce projet fut ajourné jusqu'après la discussion sur le renouvellement du privilège de la Banque qui expirait en 1897. La question ne devait être reprise que dix ans plus tard, en exécution de la loi du 17 novembre 1897, prorogeant jusqu'au 31 décembre 1920 le privilège d'émission concédé par la loi du 24 germinal an XI et renouvelé successivement par les lois du 22 avril 1806, 30 juin 1840 et 9 juin 1857. L'article II de cette loi spécifiait, en effet, que dans un délai de deux ans, il serait créé une succursale dans chacun des chefs-lieux de département qui n'en possédaient pas encore.

Des recherches furent donc entreprises en 1898 pour trouver un immeuble en vue de l'installation d'une succursale à Guéret. L'immeuble choisi fut la maison Genevoix, boulevard Carnot, appartenant à M. Louis Rousseau. Depuis l'achat fait le 25 août 1898, cet immeuble a subi d'importantes modifications. La réunion du premier Conseil d'administration, composé de 7 membres, eut lieu à Guéret le 6 novembre 1899.

A Aubusson, la Banque de France avait acheté, en 1873, la maison d'habitation de la famille Sallandrouze de Lamornaix, rue Saint-Jean.

G. Foucard.

 

 

SÉANCE DU 26 MAI 1932

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlles du Muraud, Théreil, MM. Barthon, le docteur Bordier, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, R. de Forges, Gauthier, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Lamatière, Sarrassat.

Excusés : MM. Lafay, Mozer, Rimour.

Des félicitations sont adressées à M. Gautheron, membre titulaire, nommé officier d'Académie.

ARCHIVES. — M. Veyronnet, ingénieur en chef du Service vicinal en retraite, a donné un acte notarié du 7 avril 1926, contenant vente d'une terre sise au village de Masvoudier, paroisse de Vallière. L'acte spécifie que cette terre est soumise au droit de « terrage », ce qui paraît avoir été assez rare dans notre région.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Jean Gourdon, directeur d'assurances à Guéret ; Piedvache, inspecteur d'Académie à Guéret.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Gauthier présente la copie d'une requête adressée, en 1277, par les religieux de la prévôté d'Evaux à l'archevêque de Bourges, pour lui demander de mettre à leur disposition un cens de vin à percevoir sur la paroisse de Domeyrat [aujourd'hui chef-lieu de commune de l'Allier]. L'original de ce document est aux Archives départementales du Cher.

— M. le docteur Janicaud communique un reçu de 52 livres, délivré par le directeur du bureau de poste de Limoges, à François Raynaud, pour avoir fait à pied le service de « la malle » de Limoges à Guéret, pendant le mois d'octobre 1744.

— M. Lucien Doignon a envoyé le relevé qu'il a fait dans l'Histoire de la ville et du canton de Saint-Gervais (Puy-de-Dôme) par A. Tardieu et Madebène, de renseignements relatifs à des seigneurs appartenant à des familles marchoises, notamment aux Montrognon de Salvert.

— M. Louis Lacrocq signale un manuscrit appartenant à M. Dumas, président honoraire du tribunal de Chambon, composé de deux cahiers petit in-4° cartonnés et écrit tout entier de la même main. L'objet du recueil est ainsi exposé par l'intitulé du premier cahier :

Inventaire général des principaux titres utiles de propriétés servant à établir les droits de la terre et seigneurie du Mas Auchapt ou de Lussat, paroisse de Lussat les Nones en Bourbonnois, à commencer depuis l'an 1419 et à continuer depuis cette époque jusqu'à nos jours, aux nombres desquels titres se trouveront aussi inventoriés nos titres de famille depuis l'an 1588 jusqu'à nous ainsi que ceux qui nous ont été transmis par la succession de defunte dame Marthe Deboulinard, notre ayeule paternelle, de même que ceux de la famille de dame Françoise Deboulinard, dame de Villeneuve, notre mère, sur les notes que nous avons prises et tirés desdessus les expéditions aux archives du château de Villeneuve le 20 avril 1789, le tout suivi : 1° de notre généalogie, 2° de celle de messieurs de Luchapt. 3° de celles de messieurs Dupeyroux, le tout fidèlement recueillies et transcrit au présent cayer par nous Jean Debrethon, chevalier, seigneur du Mas de Lussat, dans le cours des années 1788 et 1789 pour nous servir et valoir en nos affaires domestiques

1789.

Des blasons coloriés partis de la famille de Brethon ornent ce premier cahier qui contient :

1° Une chronologie des seigneurs du Mas (familles de l'Escluse, xive-xve s. ; — de Saint-Hirier, xvie s. ; — du Peyroux, xviie s. ; — de Brethon, xviiie s.) ;

2° l'inventaire des titres du Mas (256 analyses d'actes allant de 1419 à 1789) ;

3° la généalogie des de Brethon ;

4° la généalogie des de Luchapt ;

5° divers extraits ou copies.

Le second cahier est composé de copies d'actes, notamment de déclarations d'un terrier de la seigneurie du Mas, dressé en 1425-26, alors qu'elle appartenait à Regnauld et Prot de l'Escluse frères.

On pourrait extraire de ce manuscrit beaucoup de renseignements intéressants sur la seigneurie du Mas. L'auteur se trouve avoir établi incidemment une liste des seigneurs de Maurissard, fief de la paroisse de Chambon (Maurissard est maintenant la propriété de M. le président Dumas), qui était passé par un mariage aux Luchapt dans la première moitié du xive siècle. Ils le conservèrent jusqu'à la Révolution. Une branche de cette famille était dite de Maurissard ; elle garda le fief jusqu'à 1735, époque où elle s'éteignit en la personne de Joseph de Luchapt, qui avait été aide-de-camp du duc d'Orléans et grand bailli d'épée de Combraille. Maurissard passa alors à une autre branche de la famille, celle dite d'Orgnat [commune de Saint-Dizier-la-Tour]. Le dernier seigneur de Maurissard paraît avoir été Pierre de Luchapt, lieutenant de grenadiers au régiment de Bresse.

Rappelons que M. E. Brody de Lamothe a publié dans nos Mémoires (t. XIX. pp. 61-94) une notice généalogique sur les de Brethon.

— M. Louis Lacrocq signale une peinture, œuvre d'un artiste local, qui se trouve dans l'église de Fransèches, au-dessus de l'autel. Rongée par l'humidité, elle n'est plus qu'une masse de couleurs assez confuse, mais une note de Bosvieux (carnet n° 1, pp. 41-42) permet de distinguer son sujet et de l'identifier. Elle représente, à droite, saint Denis, portant sa tête mitrée, à gauche, saint Pierre, les clefs au bras et le coq derrière lui. Bosvieux avait lu la signature et la date : Henri Finet, peintre de la manufacture d'Aubusson, 1750 « Le dessin est loin d'être mauvais », ajoute-t-il. Une réserve doit être faite sur la lecture de la signature quant au prénom, car on ne connaît pas de peintre de la famille Finet appelé Henri ; il y a eu peut-être une confusion de Bosvieux avec un des François Finet cités par Pérathon (Cf. Mém., t. VI, pp. 164 et ss.).

— En rappelant les notes de MM. Emile Genevoix et Henri Jorrand sur le passage dans la Creuse, en 1930, des oiseaux dits Becs-croisés, (parues dans les Mémoires, t. XXV, pp. 41-44), il y a lieu de signaler que la même question vient de faire l'objet d'une étude publiée par M. l'abbé Léon Tolmer : Les Becs-croisés en Normandie (Caen, Jouan et Bigot, édit.). Cette étude a été analysée par M. Georges Bohn dans le Mercure de France, (livr. du 1er mai 1932, pp. 677-79).

— Lecture est donnée d'une note de M. Jacques Levron, reproduite ci-après.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LES TAPISSERIES D'AUBUSSON AU PALAIS DES MARCHANDS D'ANGERS

En 1622, les juges-consuls de la ville d'Angers, qui tenaient jusque-là leurs séances dans une des salles du couvent des Carmes, éprouvèrent le besoin « de se mettre dans leurs meubles » et achetèrent, tout près de la cathédrale Saint-Maurice, au coin de la vieille rue Baudrière et de la rue Saint-Laud, l'ancienne demeure du sieur de Puycharic, que l'on baptisa dorénavant du nom de « Palais des Marchands ».

Les consuls décidèrent, peu après, d'orner leur demeure et, pour ce, firent appel à deux tapissiers d'Aubusson, Hélye Bertrand et Jean Prunier, qui se trouvaient « de présent, en la ville d'Angers » logés à l'hôtel de l'Ecu de France, faubourg Bressigny. La commande fut passée le 4 août 1634 et, suivant l'usage, enregistrée devant un notaire royal d'Angers, Jacques Fronteau.

Ce contrat entre les tapissiers d'Aubusson et la juridiction consulaire d'Angers fut publié, en 1893, dans une intéressante notice intitulée Les artistes angevins au Palais des Marchands, par M. Adrien Planchenault, l'ancien député d'Angers. Nombreux furent les artistes qui contribuèrent à décorer la demeure des magistrats consulaires : peintres, sculpteurs. Tous furent angevins, à l'exception de ces deux tapissiers aubussonnais. Cette exception, flatteuse pour notre région, nous a paru digne d'être relevée. Elle confirme la réputation qu'avaient au xviie siècle les ateliers de la Haute-Marche.

Les tapisseries commandées à Hélye Bertrand et à Jean Prunier étaient destinées à décorer la chambre du Conseil et la salle d'audience. Elles consistaient en une série de six panneaux de haute lisse, à fond bleu, parsemés de fleurs de lys, portant au centre les armes de France et de Navarre, avec une bordure blanche à feuille de lauriers, de chênes ou de palmes. Ce modèle n'était pas nouveau. Déjà les tapisseries du Présidial de Tours présentaient un motif analogue. Les consuls d'Angers demandèrent même aux tapissiers d'Aubusson de s'efforcer de rendre les tapisseries commandées semblables à celles du Présidial.

Le prix convenu était de sept livres tournois par aune carrée, à l'ouvrage de Paris. A titre d'arrhes, soixante livres étaient avancées aux tapissiers. Ceux-ci s'engageaient à livrer la marchandise « dedans la fin du mois d'août ».

Cinq mois étaient laissés aux fabricants pour exécuter la commande. Le délai était suffisant. Effectivement, une note ajoutée à la suite du contrat porte que la marchandise, « de la qualité et condition y rapportée », a été livrée par Prunier, le 3 septembre, et que le tapissier a reçu 615 livres 10 sols « à quoi revient le surplus desdites tapisseries ».

Le prix global se montait donc à 675 livres 10 sols représentant, à raison de 7 livres l'aune, un peu plus de 96 aunes carrées.

Les tapisseries aubussonnaises décorèrent le Palais des Marchands pendant longtemps. Le manque d'entretien leur fut funeste. Au début du xviiie siècle, elles étaient complètement passées, le tour du haut « tout rongé et ruiné ». Les juges de la juridiction consulaire firent alors procéder à des réparations. Un tapissier local, Lacroix, se chargea de la besogne ; pour la somme de 38 livres, il savonna et éclaircit les tapisseries et les raccommoda à l'aiguille.

Il faut croire que cette restauration de fortune fut insuffisante. Péan de la Tuilerie qui visita Angers à la fin du xviiie siècle et a laissé une minutieuse description des œuvres d'art décorant alors le « Palais des Marchands » (1) ne mentionne pas les tapisseries d'Aubusson. Elles avaient certainement disparu à ce moment.

Jacques Levron.


(1) Péan de la Tuilerie, Description d'Angers, nouvelle édition publiée et annotée par C. Port (Angers, 1869).

 

 

SÉANCE DU 28 JUILLET 1932

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlles du Muraud et Théreil, MM. Barthon, Marc Bloch, de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Foucard, le docteur Janicaud, de Lajaumont, Lecante, Levron, Rimour, Rouet.

Excusés : MM. Antoine Thomas, président d'honneur, Aguillaume, le docteur Bordier, Dutheil, Varlet.

Des félicitations sont adressées aux membres titulaires qui viennent d'être l'objet de distinctions : M. le commandant Bareige, nommé officier de la Légion d'honneur, le docteur Sallet, commandeur du Dragon de l'Annam, Ferry et du Montant, officiers de l'Instruction publique, Dutheil et Rolinat, officiers d'Académie.

M. Charles Alluaud, membre honoraire, a représenté la Société au Centenaire de la Société entomologique de France, récemment célébré à Paris.

NÉCROLOGIE. — M. Adolphe Jorrand, chevalier de la Légion d'honneur, est décédé dans sa 94e année, à La Salesse, commune d'Alleyrat, le 18 juillet dernier. Né à Ahun le 5 mai 1839, il avait débuté au barreau d'Aubusson, puis il était entré dans l'industrie des tapisseries à la suite de son mariage avec Mlle Croc, et il a longtemps dirigé la manufacture Croc et Jorrand. Par son intelligence et ses hautes qualités de caractère, il a tenu à Aubusson une place très considérable ; il y était entouré de respect. Nous exprimons nos vives condoléances à ses fils, membres dévoués de notre Société.

Une mort prématurée a enlevé notre collègue M. Paul Bonneyrat, négociant à Aubusson, qui s'intéressait beaucoup à tout ce qui concernait le passé de sa ville. Nous nous associons à ce deuil.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Lucien Charles-Marlin, notaire à Crocq ; Léonce Dubujadoux, propriétaire à Sauzet, commune de Budelière ; l'abbé Duméry, curé de Glénic ; Paul Maitre, industriel à Aigurande (Indre).

ARCHIVES. — M. Antoine Jorrand a donné un lot de documents (xve-xviiie s.) dont la plupart sont relatifs à des immeubles situés au village des Chaises, commune de Champsanglard. Parmi les autres pièces, une fournit un renseignement se rattachant à l'émigration (voir communication plus loin).

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le professeur Marc Bloch signale deux mentions relevées dans les Tablettes de Renaud de Roye, caissier de l'Hôtel, publiées au Recueil des historiens de France, t. XXII, p. 557, E et H. Elles se réfèrent à la guérison des écrouelles que les malades demandaient au roi de France, sujet que M. Marc Bloch a étudié dans son livre sur Les rois thaumaturges (Strasbourg, 1925).

La première mention (E) est ainsi conçue : Petronilla de Subterrana paciens morbum regis Dominica sequenti ib. XX s. per F. de Carnoto. Elle nous apprend qu'une femme de La Souterraine, nommée Pétronille, souffrant « du mal que guérissait le roi », morbum regis, est venue se faire « toucher » et a reçu une aumône de 20 sous. Il était d'usage, en effet, de donner à certains malades indigents ou partis de lieux éloignés, une aumône de chiffre variable. Le contexte du compte permet de placer au 14 juillet de l'année 1308, la venue de cette femme à Poitiers, ville relativement proche de La Souterraine, où se trouvait alors le roi Philippe le Bel pour sa fameuse entrevue avec le pape Clément V, dans laquelle fut décidé le sort des Templiers et réglée l'épineuse question du procès de Boniface VIII.

Si cette première mention ne laisse aucun doute sur le lieu d'où venait la malade — la petite ville limousine de La Souterraine — un doute existe, au contraire, pour la patrie des deux moines objet de la deuxième mention (H) : Duos fratres minores de Marchia, pacientes morbum regis Veneris sequenti apud Balgenciacum XL s. per elemosinarium. Ces frères mineurs qui viennent voir le roi à son passage à Beaugency, près d'Orléans, pouvaient être de la Marche limousine, mais pouvaient être aussi des Italiens de la Marche d'Ancône. Le simple mot Marchia permet d'autant moins de choisir qu'il est certain que des malades nombreux d'Italie se rendaient auprès du roi de France.

— Lecture est donnée d'une note de M. P. Fournier, membre correspondant, reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. Henri Hugon fait savoir qu'au cours de l'excursion de la Société archéologique du Limousin du 19 juin 1932 dans la région de Saint-Sulpice-les-Feuilles, il a vu, en compagnie de M. Albert Lacrocq, parmi les belles collections de M. M. Martignon, au manoir de Lavau-Pot, un document qui se rattache à l'histoire creusoise. C'est un sabre de l'époque révolutionnaire sur le fourreau duquel est collée une mention imprimée, paraissant provenir d'un catalogue de vente ou plutôt d'exposition, et ainsi conçue :
« Sabre de Huguet, représentant du peuple, donné à M. de Rigour, président du tribunal de Bourganeuf. On lit sur la lame : Vaincre ou mourir — A M. Frédéric Raynal, à Clermont ».

Il s'agit de l'évêque constitutionnel de la Creuse, Marc-Antoine Huguet, député à la Législative puis à la Convention, fusillé comme conspirateur en l'an V.

— M. Hugon a envoyé la note suivante :
« Une mention rencontrée dans le Bulletin de la Société d'Emulation du Bourbonnais de 1931 a mis sur la trace de renseignements qui intéressent notre Société et notre Musée.
« Le 22 octobre 1834, Emile-Auguste Doumet, capitaine d'état-major, âgé de 38 ans, habitant Grande-Rue, à Guéret, aide-de-camp du maréchal de camp Traspier de Malcolm, déclarait la naissance d'un fils, Paul-Napoléon, né le même jour, de son épouse, Félicité-Eugénie Jubé de la Pérelle.
« Cet officier était fils de J.-B. Doumet et d'Aglaé-Catherine Adanson, femme de lettres distinguée, fille elle-même de Michel Adanson (1727-1806) célèbre naturaliste. Les familles Adanson et Doumet étaient de Sète en Languedoc ; mais dès avant 1806, Madame Aglaé Doumet s'était fixée dans l'Allier, au château de Baleine.
« Dans un procès-verbal manuscrit de notre Société, alors à ses débuts, le 17 mars 1834, on lit que le capitaine Doumet s'était acquis la gratitude de nos devanciers pour leur avoir procuré « l'acquisition, à des conditions très avantageuses, de nombreux spécimens conchyliologiques, en avoir donné d'autres gratuitement, et avoir prêté le concours de ses vastes connaissances pour le classement d'une collection de coquillages du plus haut intérêt ». Après avoir quitté l'armée, cet officier qui avait ajouté à son nom celui d'Adanson, fut longtemps député de l'Hérault. Il mourut en 1869.
« L'enfant né à Guéret, Paul-Napoléon Doumet-Adanson, fut propriétaire de la terre de Baleine. Il fut membre de plusieurs sociétés et commissions scientifiques ; il présidait depuis quatre ans la Société d'Emulation du Bourbonnais quand il mourut le 31 mai 1897 ».

— M. de Fournoue indique que des renseignements qu'il a recueillis dans la localité de la commune d'Issoudun appelée tantôt Saint-Gouland, tantôt Les Trieix, confirment ce qu'a dit M. Louis Lacrocq (Mémoires, ci-dessus, p. ix) de l'origine du groupement actuel. Le propriétaire d'une auberge a dit que son immeuble avait été construit, pour cette destination, tout au début du xixe siècle et que là était autrefois le relai du courrier de Tulle à La Châtre. M. de Fournoue a constaté que la disposition de la maison, de la cour et des écuries s'accorde bien à cette tradition.

— M. de Fournoue nous a envoyé la copie figurée d'une brochure lui appartenant, dont aucun exemplaire n'avait encore été signalé, intitulée Réponse de MM. les curés catholiques du département de la Creuse à la lettre soi-disant pastorale du sieur Huguet, évêque constitutionnel du même département. — A Paris, de l'imprimerie de Crapart, place Saint-Michel, n° 29.

M. Jacques Levron, qui a publié un article sur la lettre pastorale de Huguet (Mémoires, au présent tome, p. 48) présente et commente cette brochure.

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante relative à l'émigration :
« Parmi les documents donnés par M. Antoine Jorrand, se trouve un règlement de famille passé devant Blandon, notaire royal à Jarnages, le 24 janvier 1676, où figure Pierre Bergeron, me entrepreneur des bastiments du roy, demeurant à present au lieu des Forgettes, paroisse de Pionnat, avec son frère, François Bergeron, marchand au même village, sa sœur Jeanne Bergeron et le mari de celle-ci, Martin Auvert, « huissier en la connestablie de France », à Pionnat. Le règlement est relatif au paiement de la dot qui avait été constituée à Jeanne Bergeron par ses frères. La composition de cette dot (360 livres, 2 robes neuves, un lit garni, 6 draps, un coffre, une vache et 12 brebis) montre que la situation de la famille Bergeron était assez modeste et le titre de Pierre Bergeron révèle la réussite au loin, comme entrepreneur, de ce Marchois émigrant du xviie siècle. Son nom est à rapprocher de celui de son contemporain Pierre de Villemerle, entrepreneur des fortifications du roi à Strasbourg et à Landau (Cf. Mémoires, au présent tome, pp. xx et xxxi).
« Les Archives communales de Saint-Sulpice-le-Dunois contiennent un registre sur lequel ont été mentionnées les délivrances de passeports aux ouvriers émigrants de la commune. Il va de l'an IX à 1806 et présente environ 300 mentions dont un tiers pour cette dernière année, sans qu'on puisse dire si, pour les autres années, le chiffre est inférieur parce que l'émigration était ralentie ou parce que le registre a été mal tenu. Tel quel, il renseigne au moins nettement sur un point : les régions où se rendaient les ouvriers.
« On constate deux courants :
« L'un aboutit à Paris et Nemours (Seine-et-Marne) ; cette dernière localité devait être un centre d'embauchage. Il laisse au passage un assez fort contingent d'ouvriers dans le Loiret et en détache quelques-uns dans l'Indre-et-Loire.
« L'autre courant se dirige vers la Bourgogne, s'arrêtant dans l'Yonne, à Sens, Joigny, Saint-Fargeau principalement, après avoir laissé des groupes au long de la Loire, dans le Cher (Sancerre et environs) et dans la Nièvre (La Charité, Cosne, Neuvy-sur-Loire).
« Ce sont exactement les mêmes courants que ceux de l'émigration de la commune limitrophe de La Celle-Dunoise (cf. Mémoires, t. XXII, p. 224). Ils s'accordent également à quelques renseignements fragmentaires pour la période antérieure à la Révolution, relevés dans nos Mémoires (t. XXIV, pp. viii, xix, lxxxxviii).
« En ce qui concerne le rapport du chiffre des émigrants à celui de la population de la commune, il n'y a pas de précision possible à défaut de recensement connu pour cette période à Saint-Sulpice-le-Dunois. Notons seulement que vers la fin du xviiie siècle, les indications du Pouillé de Nadaud sur le chiffre des communiants permettent d'attribuer à la paroisse près de 1900 habitants. Très approximativement les 101 passe-ports délivrés du 17 janvier au 20 avril 1806 peuvent donc donner à l'émigration un pourcentage entre 5 et 10 % de la population ».

— Lecture est donnée de la communication de M. Joseph Boulaud sur le tabernacle de Pionnat, reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. Maurice Dayras présente l'expédition d'un acte reçu par Finet, notaire royal à Aubusson, le 8 mars 1694, par lequel Léonard Garreau, sr de La Vedraine, prêtre chanoine de N.-D. du Mont d'Aubusson, faisait donation aux Dames de charité de cette ville, dame Anne Garreau, épouse de M. le président châtelain, leur supérieure présente et acceptante, d'une maison avec jardin et basse-cour, située au quartier du château, en dessous du « bouleval », joignant les masures de l'ancien château. L'acte comporte une réserve d'usufruit et la charge de payer par les dites Dames au curé et prêtres communalistes d'Aubusson la somme annuelle de cinq livres pour dire deux grand'messes. Cette donation, évaluée environ 800 livres, montre l'importance de l'institution des Dames de charité à Aubusson à la fin du xviie siècle.

— M. Maurice Dayras analyse un article de notre collègue M. François Tabard, intitulé La situation dans l'industrie des tapis et tapisseries d'art d'Aubusson, qu'a publié la Revue de l'Ameublement, n° de mai 1932, pp. 265-266. Cet article souligne l'intérêt qu'aurait l'industrie aubussonnaise à appliquer son excellente technique aux conceptions de l'art décoratif moderne.

— M. le docteur Janicaud signale une découverte archéologique faite à Guéret : en creusant les fondations du bâtiment que fait construire M. Lecante, imprimeur, sur une portion de l'ancien jardin du Café Continental, un souterrain a été mis à jour. Il est vouté en berceau brisé et remonte à la fin du moyen-âge. Il allait dans la direction de la porte de ville dite du Chancelier et débouchait probablement dans les caves de cette porte.

— M. le docteur Janicaud présente des monnaies romaines provenant du trésor découvert, en 1900, à Gacheny, commune de Saint-Maurice près La Souterraine.

Il décrit un tumulus du village des Mottes, commune de Saint-Oradoux-de-Chirouze, fouillé récemment.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – SUR LE NOM D'UN SCULPTEUR

Dans l'acte du 29 janvier 1673 relatif aux boiseries de l'église du Moutier-d'Ahun, tel qu'il a été publié par F. Autorde (Mémoires, t. VIII, 1893, p. 220), l'artiste qui se charge du travail est désigné ainsi : « Simon Bouer, sculpteur, demeurant au bourg de Menat, paroisse de Neuf Eglise en Auvergne ». Dans divers ouvrages antérieurs (Ambr. Tardieu, Grand dictionnaire biographique des personnages historiques ou dignes de mémoire nés dans le département du Puy-de-Dôme, 1878, p. 15) ou postérieurs (Dr Léon de Rechapt, Histoire de Menat, Clermont, 1928, pp. 134-135) à la publication d'Autorde, ce nom est transcrit Bauer. De là l'hypothèse a dû dériver, qui attribue à ce sculpteur une origine germanique et qu'on trouve formulée dans l'article de Mme Banchereau sur Les boiseries du Moutier-d'Ahun (Congrès archéologique de Limoges, 1921, p. 142).

J'ai recherché aux Archives départementales du Puy-de-Dôme et aux Archives communales de Menat s'il était possible de retrouver quelques autres traces de ce Bouer ainsi que de sa famille.

Menat faisait partie autrefois de la paroisse de Neuf-Eglise. De l'ancien état-civil de cette paroisse il ne s'est conservé que ce qui suit : aux Archives départementales, des cahiers entre 1599 et 1607 et de 1632-1633, les années 1686, 1693 à 1708 et de 1737 à la fin du siècle ; aux Archives de Menat, les années de 1722 à 1731 et de 1734 à la fin du siècle. J'ai procédé à un dépouillement complet jusqu'en 1731 et seulement à des sondages en deçà. Le nom de famille Bouer n'a été rencontré que deux fois ; et, les deux fois, c'est du sculpteur lui-même qu'il s'agit :

29 juillet 1697, baptême de Ménélée Boullais, fils de Guillaume et de Marguerite Parpaleix, né le même jour. « Parrin : Me Simon Boüer ».

12 juin 1707, enterrement de Me Gilbert Rouchon, 59 ans, vivant notaire et greffier de Menat et consort de Geneviève Boullais. Parmi les témoins figure « Me Simon Boüer, soussigné à la minute ».

Il paraît résulter de là qu'il existait des liens, peut-être de parenté, entre Simon Bouer et la famille Boullais.

Soit dit en passant, les deux fois le nom Bouer est écrit avec un tréma sur u ; et ce n'est point par hasard. Le copiste des cahiers de l'état-civil de Neuf-Eglise à cette époque emploie régulièrement le tréma sur u pour signifier que la lettre n'a la valeur ni d'une consonne ni d'une semi-consonne ; il écrit par exemple, Loüis, düement, avec tréma, et, au contraire, janvier, enseuely, Neufuille, huict, sans tréma.

Le fonds de l'abbaye de Menat, dans la série H des Archives départementales du Puy-de-Dôme, dépouillé pièce à pièce (et reclassé à cette occasion), n'a fourni aucune mention du nom Bouer.

Bouer (dérivé de boarius, bouvier) n'est pas une forme étrangère dans cette région du centre de la France (voir Godefroy, Dict., au mot boier ; Wartburg, Franz. etym. Wörterbuch, I, 416). Ce nom et ses variantes (notamment Boyer ou Bouier, qui se trouvent, elles, plusieurs fois dans l'état-civil de Neuf-Eglise : 15 septembre 1694, 15 juin, 25 août et 29 octobre 1697, 16 mars 1700, 15 mai 1704, 25 janvier 1725) ont servi à former nombre de noms de famille français.

Sous la réserve de la preuve du contraire, il semble que Bouer, qui s'appuie sur l'acte de 1673 et sur les deux mentions de 1697 et de 1707, doive être la bonne forme du nom du sculpteur, tandis que Bauer, au contraire, pourrait être une forme altérée par la contamination de l'allemand bauer.

Enfin, en ce qui touche Simon Bouer lui-même, sans s'arrêter aux assertions de Tardieu (loc. cit.), qui, avec la belle assurance qu'on lui connaît, mais sans la moindre référence, prétend que l'artiste est « né à Menat, vers 1635 » et aussi qu'il « travailla pour diverses (sic) églises et châteaux de l'Auvergne, du Bourbonnais, de la Marche », il y a à retenir les renseignements fournis par le Dr de Rechapt (loc. cit.) : « Nous avons, écrit-il, retrouvé ses traces (du sculpteur) à Pouzol, où il signe le 10 avril 1692, l'acte de décès de Benoîte Fourtin, et à Saint-Gal, où il traite, en 1675, avec Charles de Chauvigny, pour exécuter trois retables destinés à l'église et des boiseries pour le château du Vivier ». Le Vivier est situé dans la commune de Saint-Gal. Le Dr Rechapt ajoutait ici : « Nous publierons ce traité dans le chapitre consacré à la commune de Saint-Gal ». Malheureusement, ce chapitre devait faire partie d'un second volume subséquent que l'auteur est mort sans avoir publié.

P. Fournier.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LE TABERNACLE DE PIONNAT

Dans les minutes de Me Raby, notaire royal à Limoges, déposées aux Archives départementales de la Haute-Vienne, j'ai trouvé le marché ci-après analysé :
« A Limoges, le dix neufviesme jour du mois d'octobre mil six cent quatre vingt quatre..., pardevant le notaire royal soussigné.., fut présent Claude Le Laurin (1), maître esculteur, habitant de la présente ville. Lequel a faict marché, promis et promet de faire bien et dhuement comme il appartient, à dire de maîtres esculteurs et gens à ce connaissant, à Me Estienne Tixier, prêtre curé de Pionnat en la Haute-Marche, de présent en cette ville, à ce présent et acceptant, tous les ouvrages requis et nécessaires pour la construction d'un tabernacle pour le grand autel de la dite esglise de Pionnat, suivant et conformément au dessin qui en a esté faict qui demeure attaché aux présentes, signé des dites parties ne varietur, et de fournir par ledit Laurin tout le bois requis et necessaire pour cet esfaict, ycelluy dorer et pauzer, en ce que le dit sieur curé sera tenu de faire les frais de la conduite du dit tabernacle et de le nourrir dans le temps qu'il le fera conduire ou qu'il le pauzera ; rendra le dit Laurin le dit tabernacle faict et parfaict dans trois mois prochains venant, à peine de tous despens, dommages et intérêts. Ce marché ainsy faict du sus dit tabernacle pour et moyennant le prix et somme de six vingt livres... »

Ces 120 livres étaient payables : 30 livres comptant, 30 livres « dans le temps que le dit tabernacle sera en estat d'estre doré, et les soixante livres restant après que le dit tabernacle sera pauzé ».

Le marché fut établi en présence de Marie Brugière, veuve de Jean de Maledent, sieur de Fontjaudran, bourgeois et marchand de Limoges, et Joseph de Maledent, sieur du Genéty, bourgeois de la ville, qui étaient héritiers de feu vénérable Martial de Maledent, bachelier en droit canon, prêtre curé de Pionnat. Ce dernier, par son testament du 4 février 1677, avait chargé ses héritiers d'employer cette somme à la confection d'un retable pour l'église de Pionnat, mais il fut jugé ensuite qu'un tabernacle serait plus à propos d'autant plus « que pour faire un retable il en coûterait beaucoup au-delà, la paroisse n'y ayant pas voulu contribuer, ce qui a donné lieu à faire faire le seul dit tabernacle ».

Le 3 mai 1685, près de sept mois après le marché, le travail était terminé et M. Tixier, curé de Pionnat, se trouvant alors à Limoges « à cause du sinode » donna procuration à Antoine Tixier, son frère, « escolier estudiant en théologie », pour retirer des mains du sculpteur Le Lorrain ce tabernacle destiné à l'église de Pionnat après avoir eu « la bonté de vérifier les ouvrages s'ils sont conformes au dessin ».

Joseph Boulaud.


(1) L'artiste a signé l'acte et le dessin annexé comme suit : Claude Le Lorrain. Son nom ne figure pas au Catalogue des artistes limousins, de Louis Guibert, paru au tome LVIII du Bull. de la Soc. archéol. du Limousin.

 

 

SÉANCE DU 15 SEPTEMBRE 1932

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle Théreil, MM. le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Foucart, Frétet, Guinet, Hugon, le docteur Janicaud, Laborde, René Martin, André Mozer, l'abbé Pénicaud, Polier, le docteur Queyrat, Rouet, Henry Sallandrouze.

Excusés : MM. Antoine Thomas, président d'honneur, Marc Bloch, Dutheil, Mazet, Valadeau.

MM. Maurice Leloir, membre honoraire, et André Martin, conservateur de la Bibliothèque nationale, assistent à la séance. M. le président leur souhaite la bienvenue.

Des félicitations sont adressées à M. Limouzin-Lamothe, membre titulaire, qui vient d'obtenir brillamment le titre de docteur ès-lettres devant la Faculté de Toulouse.

La Société s'associe au deuil causé par la mort de M. Masfranc, président fondateur de la Société archéologique de Rochechouart.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : MM. Emile Cluzet, négociant à Guéret ; Louis Hastier, conservateur des hypothèques à Saint-Amand-Montrond (Cher) ; B. Tedjini, professeur agrégé au Lycée, et Kaddour-Ferah, interprète civil, à Casablanca (Maroc) ; le lieutenant-colonel Mercier, à Paris.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée de la note de M. Antoine Thomas reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. Henri Hugon présente les dessins, qu'il a faits et donné au Musée, des armoiries accordées par le Premier Empire aux personnages creusois qui reçurent alors des titres nobiliaires. Il lit la note suivante :
« Dix-neuf noms représentent, à notre connaissance, dans l'Armorial du Premier Empire, le département de la Creuse ; ils se répartissent ainsi :
« Deux comtes : le sénateur Joseph Cornudet des Chomettes, de Crocq ; l'ambassadeur et chambellan Hector d'Aubusson de La Feuillade qui, bien que né à Castelnovel, appartient à la Marche comme dernier représentant mâle de l'antique lignée des d'Aubusson.
« Six barons : les généraux Jean Le Camus, d'Aubusson, René Dupeyroux, de Villemonteix (Saint-Pardoux-les-Cars) et Gilbert de Nalèche, de Felletin ; le préfet de la Creuse Camus du Martroy ; le maire de Guéret Gabriel Couturier de Fournoue, enfin Pierre Péronneau, aussi de Guéret, membre du collège électoral.
« Onze chevaliers : Annet Augier, d'Evaux, procureur près la Cour criminelle ; Jean Ballet, d'Evaux, procureur général à Limoges ; Pierre Barailon, de Chambon, procureur impérial ; Guillaume Boéry, de Chénérailles, membre du collège électoral de l'Indre ; Etienne Dumarest, de Guéret, adjudant général ; Antoine Galland, de Chéniers, chef de bataillon ; J.-B. Grellet, de Néoux, député ; Joseph Picot, de Boussac, fourrier du palais ; Pierre Pignet, de La Souterraine, major d'infanterie ; J.-B.-André Purat, de Guéret, président de la Cour criminelle de la Creuse ; J.-B. Voysin de Gartempe, de Guéret, premier président de la Cour de Metz.
« Les documents d'archives consultés permettront de consacrer, en leur temps, des notices à certains de ces personnages ».

— M. Henri Hugon lit une étude sur La légion départementale de la Creuse, régiment d'infanterie de l'époque de la Restauration (1816-1820) constituée à Guéret avec des effectifs creusois en grande majorité. Après avoir tenu garnison à Cherbourg, à Belle-Isle-en-Mer, à Périgueux et au fort de Bellegarde (Pyrénées-Orientales), elle devint, en 1820, le 6e régiment d'infanterie légère.

— M. P. Charreyron, membre correspondant, a communiqué l'expédition d'un Etat des biens des émigrés résidents habituellement dans le district de Felletin, daté du 24 juin 1792, contenant, avec le nom des émigrés, une énumération sommaire des biens séquestrés. Les désignations de personnes sont groupées parfois sous un nom de famille ; il y en a 10 en tout. Les familles représentées sont les suivantes : Ruineau, — Morin (d'Arfeuille), — de Courthille, — de La Pivardière, — d'Ussel, — de Miomandre, — de Brachet, — Garat de Nedde ; deux noms, par suite de déchirures du papier, sont illisibles.

— M. G. de Fournoue, rappelant que dans son étude sur La paroisse et commune de Saint-Maurice-près-Crocq, parue dans nos Mémoires (t. XVIII, p. 141 et s.) il a parlé d'un prêtre insermenté, l'abbé Jean Chersoubre, originaire de cette paroisse, signale à son sujet le détail complémentaire suivant : la lettre de dénonciation contre ce prêtre, envoyée aux autorités locales, que M. de Fournoue a reproduite (p. 145-147) et qui se trouve aux Archives départementales de la Creuse, avait été également envoyée au ministère de l'Intérieur. Son texte a été trouvé aux Archives nationales (F 19, 1007) par M. Jacques Hérissay qui l'a publié partiellement dans un article paru dans le Supplément du journal La Croix, n° du 30 mars 1932. L'exemplaire des Archives nationales, comme celui des Archives départementales de la Creuse, ne porte pas de date, mais M. Hérissay a fait savoir à M. de Fournoue qu'une instruction adressée par le ministre de l'Intérieur au directoire de la Creuse, le 25 prairial an IV, semblait placer cette lettre au début de juin 1796.

— M. Louis Lacrocq analyse et commente un procès-verbal d'arpentement du village de Chabanne, paroisse de Saint-Sulpice-le-Dunois, dressé en 1724 par Mondelet, arpenteur royal au Dorat. Ce document lui a été communiqué par notre collègue M. Pimpaneau. La réquisition des tenanciers explique le but de l'opération identique à d'autres déjà signalées par M. Lacrocq (Cf. Mémoires, ci-dessus, p. xiv) :

Il y est expliqué que « le village de Chabannes étoit anciennement composé de plusieurs tenues desquelles les comparans n'ont pu faire au juste la distinction à cause de l'ancienneté des tiltres et des changemens de noms des propriétaires et domaines qui les composent ». L'arpenteur est invité à « en faire chascun une tenue particulière sans solidarité » et à « régaler » les redevances dues à la seigneurie de Dun dont dépendait le village. La contenance totale du tènement était de 180 seterées, 3 boisselées et 2/3 de boisselée. L'arpenteur précise ainsi les mesures qu'il applique : la seterée est faite de 400 carreaux ou 100 perches, la perche de 22 pieds de roy en carré.

— Lecture est donnée d'un article de M. H. de Berranger, établi sur des documents trouvés aux Archives départementales de la Dordogne, concernant une intervention de la famille Taillefer dans le conflit que les chanoines de Guéret, au xviiie siècle, avaient avec leur doyen, au sujet du tombeau du cardinal de la Chapelle-Taillefer.

— M. Doignon signale des indications intéressant la Creuse pour la formation du département que réclamaient les habitants de Montluçon, lors de la nouvelle division du territoire en janvier 1790, et dont leur ville eut été chef-lieu ; ils demandaient que la Combraille et le Franc-Alleu en fissent partie. Ces indications se trouvent dans l'Histoire de Montluçon, par Edouard Janin (Paris, 1904).

— M. le docteur Janicaud décrit des restes de villa gallo-romaine à Pintapareix, commune de Saint-Agnant-près-Crocq, et un bénitier orné d'un décor qui paraît carolingien, à l'église de Croze.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA VRAIE DATE DE LA CONSÉCRATION DU MAITRE AUTEL DE L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE MOUTIER-ROZEILLE PAR L'ARCHEVÊQUE DE BOURGES (2 MAI 1279)

Notre confrère M. Jean de Cessac n'a consacré que les trois phrases suivantes au sujet envisagé dans le titre qui précède :

Le maître autel fut consacré par Guy de Sully, archevêque de Bourges, en cours de visites dans le diocèse de Limoges. La charte porte qu'il le fit à la demande des chanoines et qu'il le dédia à Dieu et à saint Martin. La charte est datée d'Ambazac (Haute-Vienne) apud Ambazonum primo Kalendas junii anno MCCLXXIX (1).

L'auteur se réfère au chapitre 26 du livre deux du volumineux ouvrage du chanoine Raoul Monsnyer intitulé : Celeberrimæ Sti Martini Turonensis Ecclesiæ... Historia generalis, ouvrage resté inachevé, dont on ne possède que les 206 premières pages, imprimées (sans indication de lieu ni de date sur le titre) à Tours, en 1666 (2), et dont le chapitre en question, s'étendant de la page 97 à la page 109, concerne l'église collégiale de Moutier-Rozeille. La charte y est publiée in extenso à la page 101, d'après l'original, puisque le texte est suivi de cette mention : sigillatum sigillo ceræ albæ dicti D. Archiepiscopi in cauda pergameni. Dans l'énoncé de la date, le texte de Monsnyer porte septimo (et non primo comme celui de M. de Cessac, où cette leçon n'est probablement qu'une faute typographique) : donc il s'agit du 25 mai 1279.

Mais entendons-nous.

La charte en question est qualifiée à tort par Monsnyer de dedicationis littera.

Voici la cote analytique qui lui convient :

Frère Gui, archevêque de Bourges, après avoir rappelé que, au cours de sa visite du diocèse de Limoges, il est arrivé à Moutier-Rozeille le lundi, fête des apôtres Philippe et Jacques, et que le lendemain, à la requête des chanoines, il a consacré à Dieu et à saint Martin le maître autel de leur église, octroie une indulgence au peuple qui assistait à la cérémonie, accorde une indulgence de vingt jours à tous les vrais pénitents qui, après s'être confessés, visiteront à l'avenir cette église le jour de la fête de saint Martin.

La consécration a donc eu lieu exactement le mardi 2 mai 1279, la fête des saints Philippe et Jacques, célébrée le 1er mai, tombant précisément un lundi cette année là.

C'est avec une grande surprise que nous avons constaté que l'acte que nous venons de faire mieux connaître a été catalogué par M. Gandilhon, archiviste du Cher, dans son récent volume intitulé : Catalogue des actes des archevêques de Bourges antérieurs à l'an 1200 (Bourges et Paris, 1927), sous le n° 48, daté du 26 mai 1079 et attribué à l'archevêque Richard II. Voici l'article tout entier (p. 33) :

  1. — 1079, 26 mai, Ambazac. — Apud Ambazac, 7 kal. iunii, a. 1079. — Richard II, après avoir célébré la dédicace du (sic) Moutier-Rozeille, accorde vingt jours d'indulgence à ceux qui, à l'avenir, en visiteront l'église le jour de la Saint-Martin.
    A. Orig. perdu.
    B. Cop. de Baluze, d'après A., B. N., coll. Baluze, ms. 76, f. 237 (anct 234)
    IND. : E. Mabille, La Pancarte noire de Saint-Martin de Tours, p. 194, n° 179.
    (En note) : La copie de Baluze porte : « Frater Guido... Bituricensis archiepiscopus ». C'est, évidemment, une erreur de copiste, car il n'a jamais existé d'archevêque de Bourges du nom de Guy. Baluze a certainement confondu le nom du titulaire de Bourges avec celui de l'évêque de Limoges, Guy de Laron (1073-1086).

On voit que M. Gandilhon ne connaît pas l'édition de Monsnyer et qu'il se fonde uniquement sur l'analyse donnée par Emile Mabille, en 1866, d'après la copie faite par Baluze du texte de la Pancarte noire. Cette analyse est ainsi conçue :

  1. — 26 mai 1079. — Acte par lequel Gui, archevêque de Bourges, certifie qu'il a consacré le grand autel de Moustier-Roseille le jour de la fête des saints Philippe et Jacques.
    Datum apud Ambaz (sic) dictæ diecesis (sic), VII kal. junii, anno Domini MLXXIX.
    Arm. de Baluze, t. 76, f° 234.

J'ai vu, à la Bibliothèque nationale, la copie faite par Baluze lui-même. La date finale est ainsi transcrite : « Datum apud Ambazaz (sic) dictæ diocesis VII kal. junii anno Domini millesimo LXX nono ».

Est-ce Baluze, est-ce le copiste de la Pancarte noire qui a omis les deux C qui, placés entre M et LXXIX, désignent, dans l'édition de Monsnyer, l'année 1279 ? On ne peut le savoir. Toujours est-il qu'il suffit de comparer le calendrier de l'année 1279 à celui de 1079 pour constater que le 1er mai tombe un lundi en 1279, comme le dit formellement l'acte, tandis qu'en 1079 il tombe un mercredi. C'est donc bien à tort que M. Gandilhon a cru prendre Baluze en faute.

Antoine Thomas.

 

 

SÉANCE DU 20 OCTOBRE 1932

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle du Muraud, MM. de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, de Forges, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Lanet, le docteur Larché, René Martin, Pajot, l'abbé Pénicaud.

Excusés : MM. Mozer, Pasty, Valadeau.

M. le Président annonce que la Société historique et archéologique de l'Orne a célébré, le 29 septembre 1932, le cinquantenaire de sa fondation. Il a répondu à sa lettre d'invitation en lui envoyant les félicitations de notre Société et en lui rappelant qu'un trait d'union entre les deux compagnies est le souvenir de Louis Duval, l'un des fondateurs de la Société historique et archéologique de l'Orne, qui fut archiviste départemental de la Creuse de 1868 à 1879 (cf. Mémoires, t. XXI, p. 169).

NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de trois membres titulaires :

M. Eugène Champeymaud, instituteur honoraire, officier de l'Instruction publique, décédé le 24 septembre dernier, à Saint-Hilaire-le-Château, avait exercé pendant de longues années ses fonctions à Saint-Sulpice-le-Guérétois où il jouissait de la considération générale.

M. Christaufflour, beau-frère de notre collègue le peintre Fernand Maillaud, avait, à diverses reprises, témoigné de son intérêt pour le Musée.

M. Gabriel Gonot, officier de la Légion d'honneur, décédé le 9 octobre dernier, dans sa propriété de La Bussière, commune de Fresselines, avait occupé une situation importante à Paris, dans les entreprises du bâtiment. Il était membre du Conseil d'administration de la Société des Amis du Musée de Guéret.

Nous exprimons nos condoléances aux familles de ces collègues sympathiques et estimés.

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mme Leconte, née Toumieux, à La Ribière, commune d'Alleyrat ; Mlle Lallement, professeur de philosophie au Lycée de jeunes filles de Guéret ; Mlle Renée Vouzelle, à Limoges ; MM. René Botte, à Paris ; Bourbon, pharmacien à Boussac ; Raymond Desthieux, lieutenant de vaisseau à Toulon ; Elie Maingonnat, directeur de l'Ecole nationale des arts décoratifs, à Aubusson ; Eugène Reynier, directeur de la Sécurité du Centre, à Lyon ; l'intendant militaire Léon Souchal, à Guéret ; le capitaine Louis Viard, à La Souterraine.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — M. Antoine Thomas signale un livre de notre regretté collègue Marc Lepetit mort en 1931. Sous le pseudonyme de M. Montgely, il avait publié en 1912 des Silhouettes théâtrales avec illustrations de Jo. Magnien (Paris, Jouve et Cie).

— M. Génermont, architecte des Monuments historiques, a envoyé une note sur la sépulture de l'architecte parisien George, qui se trouve au cimetière de Banize. L. George, décédé le 14 juin 1930, était le fondateur et le président de la Confraternelle, société d'assistance des architectes ; il jouissait d'une grande situation parmi ses collègues.

— M. Albert Lacrocq signale un four ancien construit à l'intérieur d'une maison à St-Sulpice-le-Dunois, appartenant à M. Pimpaneau. Sa note est accompagnée d'une photographie prise par M. Octave Baraille.

M. de Lajaumont signale un four identique au château du Cros, commune de Saint-Laurent.

— M. le docteur Larché donne lecture d'une notice biographique sur Joachim Vilate, juré du Tribunal révolutionnaire de Paris. Vilate était originaire d'Ahun ; il fut guillotiné en 1795.

— M. l'abbé Pénicaud, qui prépare une monographie du canton de Châtelus-Malvaleix, lit le chapitre de son travail consacré à la préhistoire.

— M. le docteur Janicaud présente des photographies de curieuses bouches canonnières avec obturateurs mobiles, qu'il a observées au château de La Villatte-Billon, commune de Saint-Victor, et les décrit.

Il lit la note sur La Tasse de Gargantua, reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. Valadeau a envoyé une carte postale, récemment éditée, qui représente la chapelle nord de l'église de Saint-Sylvain-Montaigut. Cette chapelle date du xve siècle.

— M. Dutheil lit une note concernant l'organisation de l'enseignement primaire dans la Creuse en l'an IV.

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :
« Parmi des papiers que m'a communiqués notre collègue M. Pimpaneau, j'ai trouvé un certain nombre de feuillets d'un aveu rendu par Doublet de Persan pour la seigneurie de Saint-Germain-Beaupré et le comté de Dun. Cette pièce n'est pas datée, mais diverses indications permettent de la placer aux dernières années de l'Ancien régime. Elle contient plusieurs mentions qui méritent d'être relevées :
« 1° Celles ci-après, reproduites textuellement, sur les marchés, foires et péages de la seigneurie (sur la halle de Saint-Germain-Beaupré, cf. Mémoires, t. XXII, p. 515, et dessin de M. René Berthomier, p. 519) :
[3]. — Item j'ay droit d'avoir marché tous les samedy, dans mondit bourg de Saint-Germain, et trois foires dans l'année qui se tiennent scavoir la première le 22 janvier, jour de saint Vincent, la seconde le 23 avril, jour de saint Georges, et la dernière le 29 septembre, jour de saint Michel, lesdittes foires et marchés établis en vertu de lettres patentes données par Henry IV au mois de février mil cinq cent quatre-vingt-quinze (1595)... en vertu desquelles foires et marchés j'ay droit de plassages et louages de bans dans ladite hâle et droit de vigerie pour les marques des boisseaux, aunes, vaisseaux pour débiter le vin.

[4]. — Item j'ay droit de péages à percevoir sur tous les objets passants dans l'étendue de ladite terre, consistants dans chaque bête chargée de sel, de vin, de bois et de poissons, 4 deniers.
Sur chaque charette chargée de marchandises, telle qu'elle soit, 4 deniers.
par chaque cochon passant et repassant par madite terre, 1 denier.
par chaque cent de brebis ou de moutons, 2 sols 6 deniers, l'équivalent ou plus ou moins dudit nombre.
par chaque cheval passant et repassant, 2 deniers.
par chaque jument, 1 denier.
par chaque chèvre passant et repassant, 4 deniers s'il n'y a pas de bouc et s'il y a un bouc il paye 4 deniers et affranchit les chèvres qui ne doivent rien quand le bouc est avec elles.
Lequel droit de péage se levoit anciennement :
près de la maison de la Péagerie sur le grand chemin de La Souterraine à Vareilles ;
au bourg de Vercillac joignant les maisons de la Marche ;
au bourg de Vercillac à Dun au village du Puyferrier et une pièce de terre appellée de la Péagerie ;
sur le grand chemin de Naillac à La Souterraine, au village du Moulin du Bois et au village de La Réjade ;
sur le grand chemin de La Chapelle Barioux à Collondannes.
Lesquels droits vallaient, suivant les anciens aveux, ...25 livres par chascun an mais ne se perçoivent plus aujourd'huy, vu leur modicité.

« 2° Une délimitation très minutieuse des limites de la justice de Saint-Germain présente quelques détails curieux :
« Les nombreux terrains communaux qui y figurent sont presque toujours appelés la commune de..., ce qui est de terme courant dans certaines régions, mais exceptionnel chez nous.
« Il existait un pont dit Pont-au-Mercier sur la Sédelle, non loin du village du Couret-Jinjaud [commune de Saint-Agnan-de-Versillat].
« Près du village des Sauvages [même commune] il y avait « une borne qui se trouve être dans le milieu d'un pré qui fait séparation des provinces de Marche et de Poitou et des justices de Saint-Germain et de Bridiers ».
« A La Ribeyrolle [même commune] il devait être placé « un poteau aux armes dudit seigneur marquis de Persan, avec carcan, pour démontrer les limites de ladite justice ».
« En divers endroits se trouve l'expression rétedis, pour désigner certains terrains. Le sens de cette expression est à rechercher.
« 3° L'aveu se termine par la liste des arrière-fiefs du comté de Dun, classés par paroisses ».

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA TASSE DE GARGANTUA

Sur une petite place de Peyrat-la-Nonière, près d'un puits à curieuse margelle monolithe, se voit une sorte de vasque, également très curieuse. Elle est taillée dans un seul bloc de granit, en forme de coupe ronde et très évasée, avec un petit pied à bourrelet saillant. Son diamètre est de 2m,10 et sa hauteur de 0m,60 ; le pied a 0m,08 de haut sur 0m,80 de large ; l'épaisseur des parois est d'environ 0m,15. Au centre, un canal vertical (aujourd'hui bouché) perfore le pied de part en part. Le rebord, circulaire et à profil arrondi, est un peu irrégulier.

Un objet analogue, aujourd'hui détruit, existait, paraît-il, dans le bourg voisin de Saint-Julien-le-Châtel.

Qu'était cet objet et d'où vient-il ? Etait-il une cuve baptismale, ou une simple vasque de fontaine de la proche abbaye de Bonlieu ? On n'en sait rien. Mais l'imagination populaire eut vite fait de trouver cette explication qui nous échappe : on l'appelle la Tasse de Gargantua, et sur elle s'était créée une légende qui est à peu près oubliée aujourd'hui. Un vieux paysan me l'avait contée, vers 1907, en son savoureux patois, avec le sourire narquois particulier au Creusois sceptique. Pour la bien rendre en français, il faudrait posséder la verve et le langage truculents de Rabelais...

Par une brûlante après-midi d'août, le bon géant, fils de Grandgousier, se trouvait donc passer par là. Il montait la jument fameuse « grosse comme six oriflans » qu'il devait à la générosité de « Fayoles, quart roi de Numidie ». Il venait de Bonlieu où les bons pères lui avaient servi un copieux déjeuner abondamment arrosé des meilleurs vins de leurs caves. La sueur ruisselait sur sa large face enluminée par le soleil et la purée septembrale. Il portait en croupe une tonne pleine de sa boisson favorite, le « vin pineau de la Devinière, en la plante du grand cormier, au-dessus du noyer grollier », ce joli vin de Touraine pétillant et doré, qui rit aux yeux, chante aux oreilles et met la joie au cœur. Or, pour avoir un peu trop « humé le piot », Gargantua avait le chef quelque peu branlant et la main tremblante. Après l'avoir vidée une dernière fois, il laissa choir sa coupe, qui tomba en ce lieu ; elle y est toujours...

On sait aujourd'hui que Rabelais n'a pas inventé le personnage de Gargantua, mais qu'il l'a pris dans le folklore français. Ce bon géant légendaire était connu de toute la France, et il a laissé des traces de son passage non seulement sur les bords de la Loire, mais un peu partout. A Pierrelatte (Drôme), le « Caillou de Gargantua », qu'il aurait fait tomber de son soulier, porte un château féodal. A Figeac (Lot), une colline conique porte le nom rabelaisien d'« estroun » de Gargantua, etc., et la Creuse peut montrer le « Pied de Gargantua », sur une roche de Saint-Priest-la-Plaine, le « Roc de Gargantua » à Dontreix que nous signalait naguère notre ami Maurice Dayras (Mémoires, t. XXIV, p. lxii) et enfin la « tasse » décrite ci-dessus.

Notre savant compatriote M. Antoine Thomas, de l'Institut, a signalé dans un curieux travail (Gargantua en Limousin avant Rabelais, Paris, Champion, 1906), une note du Registre des comptes du receveur de l'évêque de Limoges à Saint-Léonard, 1467-1475, ainsi conçue :
« Item, le IIIIe de février (1470), vint Gargantuas lotger en la sala, et pour deux jours, tant de son cheval que despance par luy feite, V. s. ». C'était sans doute un familier de l'évêque à qui on avait infligé ce sobriquet.

On a beaucoup discuté, sans résultat, sur l'étymologie du nom de Gargantua et l'origine de sa légende. A noter le fait curieux que dans la région de Chénérailles, on donne couramment le nom de « gargans » aux bohémiens ou aux chemineaux. Le Glossaire du Centre de la France, de Jaubert (Paris, 1855) donne le mot Gargandin comme signifiant « garnement, mauvais garçon ».

Dr G. Janicaud.

 

 

SÉANCE DU 24 NOVEMBRE 1932

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlles Bellegy, du Muraud, Théreil, MM. Barthon, le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, de Forges, Gauthier, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Lanet, Pasty, Rimour, Sarrassat.

Excusés : MM. Foucart, Mozer, Pajot.

M. le Président communique une lettre, en date du 15 novembre 1932, adressée par la Société des Antiquaires du Centre, qui expose le projet d'un groupement régional devant comprendre les sociétés savantes des départements suivants : Allier, Cher, Creuse, Indre, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Loiret, Nièvre, Vienne, Haute-Vienne. Il signale les avantages que présenterait un semblable groupement : collaborations profitables au point de vue intellectuel, éditions d'ouvrages régionaux, démarches collectives plus efficaces auprès des autorités, etc.

Après un échange de vues entre les sociétaires, la décision suivante est prise :

La Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse félicite la Société des Antiquaires du Centre de son heureuse initiative. Elle considère que le groupement projeté apporterait un appui précieux aux études locales et régionales. Elle y donne son adhésion. Le bureau désignera les délégués devant participer à l'établissement des statuts.

M. le Président transmet le désir de notre collègue, le docteur Sallet, d'avoir des renseignements sur les usages creusois relatifs à l'emploi des plantes dans la médecine populaire. Il prie les membres de la Société de lui faciliter cette enquête de folklore.

Des félicitations sont adressées à M. J. Pasty, membre titulaire, qui vient d'être décoré de la médaille militaire.

ARCHIVES. — Il a été fait don par la Société archéologique et historique du Limousin, sur la proposition de notre collègue M. Henri Hugon, d'un plan du Puy-de-Gaudy, dressé par J.-B. Thuot, vers 1875. Des remerciements sont exprimés.

CLASSEMENTS. — Par arrêté du 21 octobre 1932 de M. le Sous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts, ont été inscrits sur l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques : 1° le château d'Etansannes (commune de Saint-Chabrais) ; 2° le château de Villemonteix avec le puits de la cour (commune de Saint-Pardoux-les-Cards) ; 3° le donjon et les deux échauguettes du château du Chiroux, le château du Mazeau (commune de Peyrat-la-Nonière) ; 4° la chapelle du Mas-Laurent (commune de Croze) ; 5° les restes du manoir de Montebeau (commune de Vareilles).

ADMISSIONS. — Sont admis comme membres titulaires : Mme veuve Chorat, née Finet, à Paris ; Mlles Beyrand, à Vincennes, Deprié, à Chénérailles ; MM. Chometon, ingénieur à Chénérailles ; le docteur Hippolyte Dumont, chirurgien-dentiste, à Paris ; Faure, receveur des finances à Aubusson ; Perrier, contrôleur des Contributions directes à Aubusson ; Marc Pinchon, ingénieur principal du Service vicinal à Guéret ; Louis Segrette, entrepreneur de travaux publics à Toulouse.

LECTURES & COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'extraits du dépouillement des registres paroissiaux d'Evaux, fait par M. de Berranger.

— M. l'abbé Lamonnerie a envoyé copie de la mention suivante, relevée sur les registres paroissiaux de la commune de Saint-Sornin, supprimée et réunie à celle de Chambon-sur-Voueize, en 1834, registres qui se trouvent aux Archives communales de Chambon-sur-Voueize :
« Le cinquième jour d'avril mil six cent seize, le mardi de Pasques, a été baptizée la grande cloche de Saint-Sornin par Révérend Père en Dieu noble François de Montaignast, prévost de la prévosté de Chambon. A été parrin Antoyne de Luchat, escuyer, sieur de Morissar, et marrine dame Dyane de Bernay femme de Gaspart de Montaignat, escuyer, sieur de Larfouillière, de la Cousture et de Beaulieu, et fut le nom de la dicte cloche Antoyne prénom, lequel fut imposé par les dictz parrin et marrine en présence du dict Gaspart de Montaignat, escuyer, sieur des lieux susnommez, de Jacques de Montaignat, escuyer, sieur d'Orgnat, de noble femme Claude de Montaignat et de Charles de Montaignat, chevalier de Malte, de noble François Seguin, sieur de Laulière, de frère Jehan Rellier, licencié en saincte théologie et curé de Evahon, de noble Estienne du Puys, sieur de Thory, de messire Anthoyne la Brune et Jehan Cluzeau, prebtres, demeurant au dict lieu de Chambon. Ainsui par moi asseuré messire Jehan Bouffart, prebtre et curé du dict lieu de S Sornin, qui ay ce jour susnommé faict signer le présent certificat et l'ay asseuré de mon seing manuel, même an que dessus.
[Suivent les signatures].

— M. René Martin a envoyé des renseignements sur « le château du Monteix », commune de Chéniers, qui figure, avec cette appellation, à la carte de l'Etat-major. Il y a eu là, effectivement, un château ayant appartenu aux frères de La Bastide, disparus pendant la Révolution. Leur sœur, Mme du Château, venue pour recueillir leurs successions, trouva le logis en trop mauvais état et fit construire la maison qui existe actuellement. Elle la vendit à la famille Mingasson qui en a été propriétaire de 1804 jusqu'en 1880 environ.

— M. Lucien Doignon a envoyé des renseignements sur le manoir de Châteaubodeau, commune de Rougnat. Possession de la famille de Châteaubodeau, il passa pour partie aux de Ligondès en 1534. Le dernier seigneur de Ligondès, François, resta dans la paroisse de Rougnat pendant la période révolutionnaire, ainsi que l'atteste un certificat délivré par les membres du Conseil général de la commune.

— M. Emile Genevoix a communiqué un extrait du Mercure de France de juin 1750, relatant un discours prononcé par M. l'abbé de Pomponne, lors de la réception du comte de la Marche en qualité de chevalier des ordres du roi.

Il a remis également une note sur des déclarations de grossesse faites en exécution de l'édit de Henri II (1556), à la municipalité de Dun-le-Palleteau en l'an IV, l'an V, l'an VI, l'an VIII, l'an IX et l'an X. La constitution n'avait donc pas abrogé officiellement l'édit royal. Les déclarations de l'an IV et de l'an V avaient été faites « sous serment », les autres sont déclarées « sincères » et les dernières n'ont aucune mention. Après l'an X, M. Genevoix n'a pas retrouvé de déclarations officielles. Cependant, un registre des délibérations municipales porte une déclaration enregistrée par le maire le 17 janvier 1837.

— M. Pajot a précisé dans une note, les raisons pour lesquelles l'architecte Georges est inhumé à Banize (v. ci-dessus p. lxxii). Il avait épousé une demoiselle Dechampeime, originaire de la Valade, commune de Banize.

— M. Maurice Dayras communique le Testament d'un vieux médecin en faveur de l'humanité, rédigé par le docteur de Laporte et imprimé à Aubusson chez Bouyet en 1824.

Il présente également un numéro du Journal de la Creuse du 4 avril 1812, renfermant une curieuse recette de soupes économiques dites « à la Rumfort ».

— M. le Docteur Janicaud présente et explique le plan du Puy-de-Gaudy mentionné plus haut.

Il décrit un fût de colonne imbriquée et un couvercle de sépulture (période gallo-romaine) qu'il a examinés à Peyroux-Château, commune de Saint-Chabrais. Il présente des observations sur une pierre à inscription placée à côté de l'église de Gouzougnat.

— M. Louis Lacrocq analyse des documents communiqués par M. Célestin Galloux, de La Villatte-Billon, commune de Saint-Victor. Ils concernent la seigneurie de La Villatte-Billon. L'un donne l'état des « préclôtures », c'est-à-dire de l'enclos ayant le château pour centre, dans la seconde moitié du xviiie siècle ; il se trouve dans une procédure relative aux impôts de ces immeubles suivie devant l'Election de Guéret en 1760, par Gervais Guillon de La Villatte-Billon, lieutenant général au présidial de Guéret, à qui appartenait alors la seigneurie. Les préclôtures comprenaient « château et granges », quatre prés faisant 12 « charrois » et demi, un jardin de 7 boisselées, une terre de 14 boisselées, une chenevière de 2 boisselées, une pépinière de 6 boisselées et un bois de haute futaie dont la contenance n'est pas indiquée. Les boisselées étaient à la mesure de Drouille.

— M. l'abbé Touraille communique divers documents comprenant : 1° une série de 15 testaments reçus de 1727 à 1736 par Jean-Baptiste Michon, vicaire à Flayat (cf. sur ce prêtre, qui fut ensuite curé de La Courtine et reconstruisit l'église de cette localité, le Dictionnaire de la Creuse de l'abbé Lecler, p. 207, 208, 270 et 274) ; 2° des cahiers de notes d'affaires et de projets d'actes rédigés par le même prêtre ; 3° des actes relatifs à la résignation de la cure de Flayat en 1725 par Annet Pebot dont le nom ne figure pas dans la liste des curés de Flayat au Dictionnaire et qui eut pour successeur Gilbert Michon, frère de Jean-Baptiste.

— M. Louis Lacrocq signale une note toponymique de M. Géraud Lavergne, archiviste départemental de la Dordogne, parue dans le dernier Bulletin de la Société archéologique du Périgord (1933, 5e livr. p. 233, 235), sur les noms de Bourdeix, commune du canton de Nontron, et de Badeix, hameau de la commune de Saint-Estèphe, même canton. Les formes anciennes montrent que ces noms sont composés de deux termes : le premier est Burgum dans Bourdeix, Boscum dans Badeix ; le deuxième, dans les deux noms, est Ageduni, génitif d'Agedunum, qui a abouti à une forme syncopée, analogue à celle de notre Ahun qui est aussi un Agedunum. Il y a donc là une intéressante homonymie que M. Géraud Lavergne n'a pas manqué de relever (p. 233, note 1).

— M. Henri Hugon a noté l'existence, dans une vitrine du riche Musée de Périgueux, de trois sceaux intéressant la Creuse, sceaux en cuivre pour empreinte sur cire : l'un intitulé, d'après l'étiquette, sceau royal de Bourganeuf, orné d'une fleur de lis paraissant accuser le xvie siècle ; un du notaire Grellet, d'Aubusson, au type de la Monarchie de Juillet (table de la Loi) ; et un cachet rond d'environ 22 millimètres de diamètre au nom de Martinet à Guéret, avec, au centre, un niveau de maçon.