SÉANCE DU 25 JANVIER 1934

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit, Mlles Bellegy, du Muraud, Théreil ; MM. Adenis, Beluchon, Blanchet, le docteur Bordier, de Bourran, Chatreix, Cluzet, le docteur Déguison, Desjobert de Prahas, Dutheil, Filloux, Foucart, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Lamatière, Pajot.

Excusés : MM. Maurice Dayras, Pasty, Valadeau.

M. le Président communique les lettres de remerciements de MM. Harot, Génermont et Grelier, élus membres correspondants de la Société.

La Fédération des Sociétés savantes du Centre de la France, à laquelle notre Société a donné son adhésion, tiendra un congrès à Bourges, les 3 et 4 juin prochain. Le congrès comportera deux séances d'étude le 3 juin, et une excursion le 4. Lecture est donnée d'une liste de questions qui y seront présentées et discutées.

La Société d'histoire ecclésiastique de la France nous a envoyé le programme du congrès qu'elle organise à Paris, du mardi 22 au jeudi 24 mai, spécialement pour l'étude du sujet suivant : « La vie religieuse dans les campagnes, au dernier siècle de l'ancien régime, organisation paroissiale, culte, coutumes, traditions et mœurs ».

Le Comité départemental d'histoire économique de la Révolution a été reconstitué récemment. Il a tenu sa première séance le jeudi 14 décembre 1933, sous la présidence de M. l'Inspecteur d'Académie.

NÉCROLOGIE. — M. Charles Sallandrouze appartenait à notre Société depuis 1924. Son intelligence, son expérience des affaires faisaient de lui un chef d'industrie remarquable. Il a dirigé, avec son frère M. Paul Sallandrouze, décédé en 1932, et son cousin M. Henry Sallandrouze, leur usine de tapis. Il a pris une part très importante, par la création de la Société des Forces motrices de la Haute-Creuse, dont il était président, au développement de l'industrie électrique dans notre département. En saluant sa mémoire, nous exprimons nos condoléances à nos collègues M. le baron de Castelnau, son gendre, M. Henry Sallandrouze, et à tous les siens.

COMPTES ET BUDGET. — M. Laborde, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1933 :

Recettes
En caisse au 31 décembre 1932 . . . . . . . . . 441,70
Subvention du département. . . . . . . . . . . 1.500 »
Subvention de la ville de Guéret . . . . . . . . 2.500 »
Contribution de la Société des Amis du Musée pour l'impression de son Bulletin . . . . . . . 700 »
Contribution d'auteur. . . . . . . . . . . . 120 »
Cotisations . . . . . . . . . . . . . . . . . 10.300 »
Vente de volumes des Mémoires . . . . . . . . . 699 »
Intérêts de rente . . . . . . . . . . . . . . 135 »
16.395,70

Dépenses
Gardiens du Musée. . . . . . . . . . . . . . . 1.800 »
Impression, brochage et clichés des Mémoires . . . . 9.368,45
Frais d'envoi des Mémoires et recouvrement des cotisations 726,05
Frais de bureau. . . . . . . . . . . . . . . 473,15
Musée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 854 »
Bibliothèque. . . . . . . . . . . . . . . . 369,80
13.591,45

RECETTES . . . . . . . . . . . . . . . . . 16.395,70
DÉPENSES . . . . . . . . . . . . . . . . . 13.591,45
EXCÉDENT DE CAISSE au 31 décembre 1933 . . . . 2.804,25

Cet excédent est grevé de dépenses pour l'impression des Mémoires qui n'ont pas pu être réglées avant la fin de l'année.

Dans le compte ci-dessus ne sont pas compris sept rachats de cotisation effectués pendant l'année 1933 et versés au livret de Caisse d'Epargne qui s'élève, au 31 décembre 1933, à 11.659,07. Le livret et les titres de rente représentent le fonds de réserve et le montant des cotisations rachetées.

Les comptes, vérifiés par MM. de Bourran et Pajot, sont reconnus exacts et approuvés. Des remerciements sont adressés à M. Laborde, trésorier.

Le budget de 1934, établi par le bureau, est approuvé.

ADMISSIONS. — MM. Robert Bouligeon, relieur à Guéret ; Lucien Lefort, instituteur à Magnat-l'Etrange ; Guy de Ligondès, inspecteur d'assurances à Clermont-Ferrand ; J. Rouet, conservateur du musée de la Société des Sciences de Seine-et-Oise, à Versailles.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Albert Lacrocq a transmis une note et des photographies envoyées par M. Marvin Chauncey Ross, de l'Université de Harvard (Etats-Unis), donnant la description et la reproduction d'une châsse en os du xiiie siècle, ornée de figures d'apôtres et de prophètes. Cette châsse, maintenant au Musée de l'Ermitage à Léningrad, se trouvait autrefois dans l'église d'Auzances.

— M. Adrien Rivet a envoyé le dénombrement des ventes, dîmes et autres droits seigneuriaux que l'abbaye cistercienne de Bonnaigue [commune de Saint-Fréjoux, canton d'Ussel, Corrèze] possédait dans la Marche. Ces droits s'étendaient sur les paroisses de Saint-Merd-la-Breuille, Flayat, Saint-Oradoux-de-Chirouze et Eygurande. Une partie de la paroisse d'Eygurande, aujourd'hui commune de La Corrèze, se trouvait alors en Marche. M. Rivet a également envoyé un extrait de la pancarte tenue en la ville d'Herment en Auvergne [aujourd'hui chef-lieu de canton du Puy-de-Dôme] donnant les prix des grains pour les années 1687 à 1690 ; on y constate des variations allant de 3 livres 10 sols le septier en 1687, à 8 livres 15 sols en juin 1690.

— M. Henri Hugon a remis la copie, prise aux Archives de la Guerre, de l'état des officiers composant, au 1er juin 1751, le régiment d'infanterie de Larocheaymon, qui devint ensuite Hainaut, et qui fut l'ancêtre du 50e de ligne.

En dehors du comte Antoine de Larocheaymon, colonel et propriétaire du régiment, les autres officiers originaires de la Marche et du Limousin ne formaient qu'une petite minorité. Ce sont :

Jean Louis de Malleret de Saint-Mexant, né à Saint-Mexant (Haute-Marche) le 27 décembre 1727, capitaine du 14 mai 1747 ;

François Augier, né à Evaux, en Combraille, le 15 octobre 1723, aide-major le 14 mai 1747 ;

Charles Guillaume Arnaud, né à Auzances, en Combraille, le 30 juillet 1732, enseigne le 21 novembre 1750 ;

Georges Descorail, né à La Viala, paroisse de La Celle en Limousin, en juin 1725, enseigne le 20 mars 1749, en réforme.

Le régiment avait combattu notamment en Bohême, en Lombardie et dans le comté de Nice. Il fit ensuite la campagne de 1757 en Allemagne et celles de 1758, 1759, 1760 sur les Côtes de Provence, le tout sous le nom de Larocheaymon.

L'historique du 50e de ligne, publié à Périgueux en 1896, mentionne que le régiment, primitivement Vendôme en 1651, fut Larocheaymon de 1745 à 1762 avant de devenir Hainaut, nom qu'il porta jusqu'en 1791.

Le 50e de ligne a été dissous après la guerre de 1914-1918 ; ses archives ont été versées au 107e d'infanterie.

— M. Henri Hugon signale dans les registres paroissiaux d'Aixe-sur-Vienne (Haute-Vienne), à la date du 23 mai 1781, l'inhumation de Pierre Combralier, scieur de long, âgé de 26 ans, fils « des feus François et Marguerite Bardole, de la paroisse de Crozat dans la Haute-Marche ; Antoine et François Combrallier (sic), frère et cousin, ont assisté à l'inhumation ». Crozat semble devoir correspondre à Croze, de préférence à Crozant.

— M. Jacques Levron a relevé dans les registres paroissiaux de Passavant et de Nueil-sous-Passavant [aujourd'hui communes du canton de Vihiers, arrondissement de Saumur, Maine-et-Loire], plusieurs mentions relatives à des ouvriers émigrants marchois. Dans un acte de baptême à Nueil-sous-Passavant du 2 janvier 1764, le parrain est Clair Rabet, de la paroisse de Banize. Le 22 avril 1790, à Passavant, François Pinet, scieur de long, âgé d'environ 24 ans, originaire de la paroisse de Boucheresse « diocèse de Limoges » [aujourd'hui commune de Clairavaux] épouse une angevine ; Jean et Marin Pinet, ses frères, assistent au mariage. François Pinet paraît s'être fixé à Passavant où M. Levron a trouvé des actes de naissance de ses enfants.

— M. Dutheil a commencé le dépouillement des registres de délibérations du directoire et du conseil général de la Creuse. Il lit les premiers résultats de ce dépouillement (juillet-novembre 1790), qui révèlent nombre de faits curieux.

— M. Chatreix communique un extrait d'une Histoire de la ville de Châlons-sur-Marne par E. Barbat (Châlons-sur-Marne, imprimerie Martin, 1855), contenant de nombreux détails sur le séjour que firent, à Châlons-sur-Marne, un bataillon de volontaires de la Creuse et un bataillon de volontaires de l'Indre. Des scènes de violences marquèrent ce séjour (décembre 1791-avril 1792). Les Creusois ne voulurent pas coucher dans les cantonnements qui leur avaient été préparés dans l'ancien couvent des Ursulines. Ils menacèrent la municipalité, insultèrent les citoyens dans les rues. Le 1er janvier 1792, survint une rixe grave entre les volontaires de la Creuse et ceux de l'Indre. Cette rixe apaisée à grand peine fut suivie d'une réconciliation générale le lendemain. De nouveaux désordres furent commis par les Creusois le 29 mars et ils se prirent encore de querelle avec les soldats de l'Indre. A nouveau fraternellement unis, les deux bataillons plantèrent un arbre de la Liberté le 16 avril. Le bataillon de la Creuse quitta Châlons-sur-Marne le 19 avril 1792.

— M. Hugon signale dans le Bulletin de l'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, 1932, l'éloge par M. Granel des travaux agronomiques et météorologiques d'un académicien décédé, J. B. Gèze, né à Toulouse en 1870. Celui-ci avait débuté comme professeur spécial d'agriculture à Aubusson vers 1891.

— M. Louis Lacrocq a eu communication par M. l'abbé de Laugardière, président des Antiquaires du Centre, d'une notice biographique anonyme (Le Mans, imp. Monnoyer, 1926) sur Adhémar-Jean-Claude comte Barré de Saint-Venant (1797-1886) inspecteur général des Ponts-et-Chaussées, membre de l'Institut, qui fut un savant remarquable. D'après cette notice, il fut envoyé à Guéret comme ingénieur peu après sa sortie de l'Ecole polytechnique, vers 1826, et construisit un pont en charpente sur la Creuse où il appliquait, pour la première fois, les théories qu'il devait développer plus tard.

— M. Desjobert de Prahas lit une note sur l'origine et l'histoire des instruments de labour. Il étudie ceux en usage dans notre région et spécialement un modèle de charrue, dit « tourne-oreille », dont M. Jollivet, cultivateur à Villabrier, commune de Saint-Laurent, a remis récemment un exemplaire au Musée.

— M. Pasty décrit dans une note un four construit à l'intérieur de sa vieille maison familiale à Claverolles, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois.

 

 

SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1934

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit, Mlles du Muraud, Théreil ; MM. Adenis, Aureix, Blanchet, le docteur Bordier, de Bourran, Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, de Forges, Foucart, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Lamatière, Lanet, Quellet, Sarrassat, Viart.

Excusés : MM. Cluzet père, Pajot, Valadeau.

M. le Président rend compte de la réunion organisée à Limoges le 9 février dernier, par la Société archéologique et historique du Limousin, pour la remise d'un souvenir à M. Auguste Petit, archiviste départemental honoraire de la Haute-Vienne, en témoignage de l'amitié de ses collègues et de gratitude pour les services qu'il a rendus aux études régionales pendant les longues années où il a occupé ce poste. M. Demartial, président de la Société archéologique et historique du Limousin, a bien voulu se charger d'être notre interprète auprès de M. Petit, notre membre correspondant, pour lui dire que nous étions heureux de nous associer à la marque de haute estime et de sympathie qui lui était donnée.

Des félicitations sont adressées à nos collègues MM. Eugène Alluaud, nommé membre du Conseil supérieur des Beaux-Arts, Marcel Brunet, nommé chevalier de la Légion d'honneur, Jardry, nommé officier de l'Instruction publique.

Notre collègue M. Edouard Degaine a organisé une exposition de ses tableaux et dessins à Paris, galerie Druet, du 5 au 14 février, qui a été fort élogieusement appréciée.

ADMISSIONS. — Mme veuve Larbaneix, à Bourganeuf ; MM. Gilbert Alamasset, directeur d'école à Crozant ; Dizier, ingénieur à Clermont-Ferrand ; Henri Hème de Lacotte, ingénieur à Guéret ; Marion, garagiste à Guéret.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Génermont, un exemplaire de son ouvrage Jacquemart bourgeois de Moulins (collection bourbonnaise d'albums pour la jeunesse, éditée par le Syndicat d'initiative du Bourbonnais) ; de l'éditeur Duchartre de Paris, un ouvrage de M. R. Le Cerf, Cent champignons reproduits en couleur.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Le docteur G. Janicaud signale la découverte à Lacaux, commune de Saint-Vaury, par M. Marsillat, d'un trésor d'une quarantaine de deniers et oboles des vicomtes de Limoges de la fin du xie siècle. 19 de ces pièces ont pu être achetées pour le Musée par l'intermédiaire de M. Adenis qui nous a fait connaître cette trouvaille.

— M. Quellet présente une photographie qu'il a faite de la porte Saint-Jean à La Souterraine, il y a quelques années, alors que la démolition d'une maison contiguë avait mis à nu une partie de la courtine joignant la porte. M. Quellet fait don de cette photographie qui constitue un excellent document pour notre iconographie locale.

— Lecture est donnée d'une note de M. Léon Levillain, professeur à l'Ecole des Chartes, rédigée pour nos Mémoires, à la demande de M. Antoine Thomas, notre président d'honneur, et relative à des actes du xie siècle, concernant l'église d'Anzême.

Nous exprimons nos remerciements à M. Levillain.

— M. Desjobert de Prahas communique un document faisant partie des archives du château de Bogenet, qui apporte de nombreuses précisions sur la famille des Bergeron, entrepreneurs et architectes, originaires de Pionnat, qui avaient acquis une situation très considérable à Paris. Cet acte, en date du 8 décembre 1686, passé devant des notaires du Châtelet de Paris, est relatif à la cession de leurs droits dans le fief des Forgettes, paroisse de Pionnat, par Marguerite Villedot, veuve d'Antoine Bergeron, « maître général des œuvres du pavé du roi, ponts et chaussées de France » et par des neveux et petits-neveux de celui-ci, à Pierre Bergeron, architecte et entrepreneur des bâtiments du roi, à Paris.

— M. Adrien Rivet communique la copie d'un procès-verbal dressé, le 16 juillet 1732, par Chermartin, notaire royal à Crocq, et Alleyrat, notaire royal à Giat [Puy-de-Dôme], par lequel Jean Bessède, marchand au Cher, paroisse de Saint-Alvard, prend en emphythéose, moyennant une rente de dix livres, le moulin du Cher, appartenant aux héritiers du marquis de Salvert et laissé en ruine par le précédent fermier, à charge de le reconstruire à neuf, le bois nécessaire étant fourni par les propriétaires.

— M. Louis Lacrocq communique l'expédition d'un acte reçu par Richon, notaire royal à Aubusson, le 7 octobre 1746, dans des circonstances assez particulières.

L'acte est passé, en présence de Jacques Le Faure, maître tapissier, et d'Annet Maroille, maître maçon, demeurant à Aubusson, dans la prison de cette ville, « entre deux guichets », et celui qui avait nécessité ce transport était un personnage de qualité : « messire Jacques du Pouget, écuyer, seigneur de Vaux, demeurant ordinairement au lieu du Bouchet, paroisse de Vallière, étant actuellement prisonnier pour dettes civiles ». Pour ces dettes, l'ancien droit admettait, en certains cas, la contrainte par corps du débiteur à la requête du créancier et c'était Léonard Garraud, conseiller du roi, président au dépôt de sels d'Aubusson, qui, ayant obtenu condamnation, par diverses décisions judiciaires énoncées à l'acte, contre Jacques du Pouget, l'avait fait incarcérer.

En la présence de ce créancier impitoyable, Jacques du Pouget vend, pour 485 livres, à Claude Bozon, marchand à Aubusson, et Jean Morin, maître fendeur, demeurant à La Vallade, paroisse de Banize, 412 pieds d'arbres de haute futaie, chênes et hêtres, à prendre dans son bois dit de Moles, situé paroisse de Vallière. Ce prix, payé comptant, est versé en à compte à Léonard Garreau qui donne main-levée de l'emprisonnement de Jacques du Pouget, « consentant que le geôlier le laisse sortir et que son écrou soit biffé et rayé des registres ».

— M. Aureix communique la note suivante, signée du prieur Nicolas, qu'il a trouvée sur les registres paroissiaux de Marsac à l'année 1751 :
La récolte a été pauvre à cause des pluies continuelles jusqu'à la Saint-Jean.....
J'ai traité avec M. Boutelas, fermier de l'abbaye de Bénévent pour 8 ans et lui ai laissé ma redevance de 30 settiers seigle et 15 settiers froment, toutes mes novales et le dime entier des Moulins et encore mon quart dans les villages de Sousfransoux et du Ret, moyennant qu'il m'a cédé les 3/4 du grand dime appartenant à l'abbaye dans les villages de Lagémar, les Souliers, l'Age, le Breuil, le Boisneuf, le Triat, le Mont, Villejague, le Clos, les Gaudrons, Lavaud et ce qui appartient au seigneur dans Aigueperse, les Galateaux. Nous nous sommes ainsi cantonnés en sorte que le sieur Boutelas jouit en entier tout Ransonnet, Villechenour, les Rorgues, Sousfransoux, le Ret et les Moulins à moy appartenant ; cette année qui a été de disette j'ai été la dupe du traité, à un autre bail le fermier sera heureux si je me contente de la dime des Moulins le reste tenant, où je léverai mes novales qui sont très considérables et augmentent tous les jours puisque cet hiver même on a défriché dans et au milieu de ces belles coutures qui sont au delà des Moulins de la Brousse appartenant à ceux du Mont à la Forgeas.

— M. Hugon a communiqué la note suivante, relevée par lui sur les registres paroissiaux d'Aixe sur Vienne :
Le 19 janvier 1752, a été enterré dans le cimetière de Tarn, un garçon âgé de 19 ou 20 ans, scieur de long, appelé Léonard Jeaulle, natif du village de Chauron, paroisse d'Autru en la province de la Marche, conformément à ce que me dit Annet Froment, scieur de long, maître du dit feu Léonard Jeaulle, lequel est décédé hier en cette ville, après avoir reçu les sacrements de l'église. Annet et Raymond Froment ont dit ne pas connaître le nom et surnom de ses père et mère.

Le village dont il est fait mention dans cet acte de décès est celui d'Echoron, commune du Trucq, canton de La Courtine.

— Lecture est donnée d'un article de M. le chanoine Parinet, Un incendie dans la forêt de Mérignal, (1775).

— M. J. Dutheil, continuant le dépouillement des registres du directoire et du conseil général du département, lit un rapport, qui y est inséré, sur les moyens à employer pour faire rentrer l'argent des baux des biens ecclésiastiques.

— M. Maurice Dayras signale l'origine creusoise d'une page de musique pour piano, parue vers 1880 (Paris, Cambogi, éditeur, 108, rue de Richelieu, sans date). L'auteur, Henri Cellot, a intitulé le morceau La Danse des Lutins avec, en sous-titre « Souvenir de Saint-Maixant. A son ami Léon du Plantadis ». Une bonne gravure sur cuivre représentant le château de Saint-Maixant et l'étang, avec un premier plan d'arbres et de deux lutins, orne la couverture ; elle est signée Barbizet.

— Lecture est donnée de trois notes rédigées pour l'enquête sur l'alimentation d'autrefois dont le dernier fascicule de nos Mémoires (Folklore, page 368) a tracé le programme.

L'une de Madame Bazelard, fournit un exposé d'ensemble pour les environs de Guéret ; les deux autres, de M. Louis Baraille et de M. Chatreix, sont relatives à l'huile, pour les régions de Bénévent-l'Abbaye et de Saint-Maurice-La Souterraine.

 

 

SÉANCE DU 26 AVRIL 1934

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit, Mlles du Muraud, Théreil ; MM. Beluchon, Blanchet, de Bourran, Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, de Forges, Foucart, Frétet, Gautier, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Lamatière, Lanet, Pasty, Sarrassat.

Excusés : MM. Cluzet père, de Lacotte, Pajot, Valadeau.

L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de Mlle Pérathon, membre correspondant, de Madame veuve Larbaneix, de MM. Blondheim, Chapronier, Alfred Guinet et Albert Meunier, membres titulaires, récemment décédés.

Communication est donnée des invitations adressées à la Société par la Société de l'Histoire de France, la Société des Antiquaires de l'Ouest et la Société archéologique de Béziers pour les cérémonies de leurs centenaires.

Des félicitations sont adressées à M. Boulaud, nommé officier d'Académie, au docteur Saint-Hilaire, qui a reçu la médaille de la Mutualité, à M. H. Lassarre, qui a reçu la médaille du Travail.

ARCHIVES. — Un don important de documents comprenant des pièces relatives à des notabilités creusoises du xixe siècle (le jurisconsulte Mourlon, Alfred Assollant, divers parlementaires) a été fait par M. Jacques Mourichon.

INVENTAIRE SUPPLÉMENTAIRE DES MONUMENTS HISTORIQUES. — L'église de Blaudeix a été inscrite par arrêté du 10 mars 1934.

ADMISSIONS. — Mlle Thérèse Pachot, à Nouziers ; MM. Hippolyte Blanchet, peintre en tapisseries, à Aubusson ; Boursault, instituteur, à La Brionne ; Pierre Dutheil, chef de bureau aux Archives départementales, à Guéret ; Petit, instituteur, à Dun-le-Palleteau ; Henri Roby, garagiste, à Guéret ; Roux, greffier de la justice de paix, à Dun-le-Palleteau ; Saunier, notaire, à Bénévent-l'Abbaye.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'une notice de M. P. Maitre sur la géologie de la région de la Creuse et de l'Indre qui entoure Aigurande.

— Une note de M. Emile Genevoix signale un passage de cormorans dans la vallée de la Creuse, du côté de la Celle-Dunoise, en décembre 1933.

M. Lafay indique qu'à la même époque ces oiseaux ont été observés à Croze, commune de Saint-Fiel, sur la même rivière.

— Le docteur Janicaud signale la récente découverte de vases gallo-romains près de la Cabane de César, commune de Felletin, et les décrit.

— M. Chamberaud fait savoir que, d'après la tradition locale, un souterrain-refuge existe au lieu dit La Cave, commune de Pionnat, dans les numéros cadastraux 730 à 734, section B. L'excavation qui l'a fait découvrir autrefois a été comblée.

— M. René Berthomier signale des traces de litre funéraire dans la chapelle seigneuriale des Foucault, à l'église de Saint-Germain-Beaupré. Elle consistait en une bande noire unie, d'environ 0 m,50 de hauteur formant ceinture sur les murs à environ 2 mètres du sol. Elle était peinte à la détrempe sur mortier de chaux. Ce sont des sondages pratiqués récemment dans les quatre murs de la chapelle qui ont fait apparaître cette litre qu'avaient recouverte des badigeons.

— M. Varlet a communiqué un exemplaire d'un ouvrage d'hagiographie : Les sacrees reliques du desert composees des vies de plusieurs saints solitaires qui ont esté fort peu connus jusques a present, decouvers par l'estude et la diligence de feu R. P. Simon Martin religieux de l'ordre des Minimes. A Paris chez Georges Josse, rue Sainct Jacques, à la couronne d'espines M DC LV, in fo.

Ce traité contient quatre vies de saints du diocèse de Limoges saint Gaucher, prieur d'Aureil (colonnes 280 à 286), saint Junien (col. 761 à 764), saint Pardoux (col. 736 à 739), saint Marien d'Evaux, dont la vie est jointe à celle d'un autre saint Marien de Bourges (col. 612 et 613).

D'après une indication de l'ouvrage, d'autres vies de saints du diocèse de Limoges sont racontées dans un autre livre du P. Simon Martin, Les Fleurs de la solitude.

— M. Gautier analyse des documents du xive siècle et du début du xviie relatifs à la capitainerie de La Chapelle-Taillefer, trouvés par M. Desjobert de Prahas dans les archives du château de Bogenet.

— Lecture est donnée de la note de M. Edouard Brody de Lamotte reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. Adrien Rivet a trouvé dans les registres paroissiaux de Saint-Pardoux d'Arnet de précises mentions qu'y a insérées l'abbé Beaulieu, alors curé, sur la reconstruction de l'église de cette localité au xviiie siècle.

La première pierre avait été posée le 20 avril 1762. Dès que les travaux furent assez avancés pour permettre l'aménagement provisoire d'une chapelle dédiée à saint Louis et saint Charles, puis d'une autre chapelle dédiée à Notre-Dame, ces chapelles furent bénites (9 juin 1762 la première, 31 mai 1763 la seconde) et permirent d'assurer le culte. Tout le gros œuvre de l'édifice était achevé en septembre 1763 et l'église fut bénite, le 6 octobre suivant, par l'archiprêtre de Néoux, Jean-François Mourellon.

La cérémonie de la consécration n'eut lieu que beaucoup plus tard. Mgr. d'Argentré, évêque de Limoges, y procéda le 3 septembre 1775. « Pour conserver la mémoire de ladite consécration ont été posées douze croix en douze endroits différents sur les murs dans l'intérieur de lad. église où le pontife a fait les saintes onctions ». Dans le maître-autel on plaça un reliquaire « en forme de boîte », contenant des reliques de saint Diodore et de saint Félix, martyrs, avec « trois grains d'encens » et l'authentique.

M. Louis Lacrocq ajoute que sur la façade ouest de l'église de Saint-Pardoux d'Arnet existe toujours une inscription en latin rappelant la reconstruction de l'église.

— M. Pasty présente des documents relatifs aux impôts de la paroisse de Glénic au xviiie siècle, communiqués par M. Lucien Bourdier.

— M. Henri Hugon a envoyé la note suivante : « Le Bulletin de la Société d'Emulation du Bourbonnais de 1933 mentionne (p. 51), qu'un exécuteur des hautes œuvres de Moulins, Jacques Fontaine, fut, à une époque non précisée après 1724, pendu, ainsi que son valet, par l'exécuteur de la ville de Guéret.
Or, le journal de J.-B. Niveau, publié au t. VII de nos Mémoires, a relaté la pendaison à Guéret, en 1783, d'une femme « par le maître des œuvres de Moulins par la maladie de celui de cette ville ».
Il y avait donc réciprocité de services en cette matière, malgré la distance, entre ces deux chefs-lieux judiciaires appartenant au ressort de la même Intendance.
Le fait est à noter pour la chronique des bourreaux de Guéret, dont les noms ne nous sont connus qu'incomplètement.
J.-B. Niveau ne donne pas ceux de ses contemporains entre 1776 et 1794, mais Villard indique (t. XII, p. 242 de nos Mémoires) qu'en 1740 et 1754 l'exécuteur de Guéret se nommait Dallon. En 1812, il est question d'un ex-exécuteur de Guéret, nommé Lapeyre. Enfin notre Musée possède, depuis 1929, un portrait en miniature du dernier exécuteur au xixe siècle, Jacques North, dont la fonction fut supprimée le 9 mars 1849, lorsque la loi ne maintint qu'un exécuteur par cour d'appel ».

— M. Jean Desjobert de Prahas communique :
1° Un placard imprimé chez Guyès, à Guéret, en l'an VII, intitulé : Avis aux cultivateurs et propriétaires de troupeaux dans le département de la Creuse, signé de François (de Neufchâteau), ministre de l'intérieur. Le ministre les engage à introduire dans leurs bergeries des béliers et des brebis d'Espagne (race mérinos) que le gouvernement met à leur disposition ; il indique les avantages que présente cette race. Les formalités à remplir pour avoir des animaux sont expliquées. La livraison se fera au dépôt de Pompadour (Corrèze). Chaque bête sera payée 50 francs ; si les demandes n'absorbent pas le lot, ce qui restera sera vendu aux enchères.
L'avis est suivi de la délibération de l'administration centrale de la Creuse, en date du 2 messidor an VII, ordonnant l'impression à 400 exemplaires.
2° Une lettre adressée au ministre de l'Intérieur par le préfet de la Creuse, de La Salcette, datée du 30 floréal an XII, qui se trouve aux Archives départementales de la Creuse. Le préfet rend compte de l'élevage des moutons espagnols dans l'arrondissement de Boussac où les résultats acquis sont appréciables, particulièrement chez M. de Sainthorent du Boucheron, à qui il conviendrait d'écrire une lettre de félicitations.

— Lecture est donnée de la note suivante de M. Henri Hugon : « J'avais, dans nos Mémoires (t. XXII, La Creuse au Salon de Paris, p. 336), noté la présence à Lépaud, Crozant et Gargilesse, en 1886-1887, d'un trio de peintres du Nord qui y exécutèrent notamment quatre toiles remarquées (deux paysages et deux scènes de genre) : Soleil de mars à Lépaud, du Norvégien Skredsvig, acquis pour le Musée du Luxembourg ; Fin de journée, Creuse, du Suédois Allan Osterlind, tableau attribué au Musée de Tours ; La maison mortuaire, du même, datée de Lépaud et qu'on voit au Musée de Charleville ; enfin, Commérages, d'Ernst Josephson — datée « Gargilesse 1886 » — faisant actuellement partie de la collection Friedlander, au Musée national de Stockholm.
La photographie de cette dernière œuvre se trouve dans un élégant opuscule consacré par M. Axel Gauffin, directeur du Musée de Stockholm, à la collection Friedlander et dont j'ai pu, grâce à son obligeance, faire don à notre bibliothèque : quatre paysannes devisent dans une ruelle étroite et montueuse : trois, qui se rendent à la ville, portent la grande mante noire à capuchon, et leurs coiffes blanches diffèrent de forme suivant leurs âges ; la quatrième, en tenue de travail, les mains étalées sur les hanches, est une vieille un peu voûtée, au visage édenté et ridé, dont l'expression malicieuse trahit l'intérêt qu'elle prend à cet entretien où se devine d'ailleurs plus de bonhomie que dans celui des « Commères » de Daumier.
Herman Friedlander était un important négociant suédois que ses goûts et sa fortune avaient conduit à se faire un mécène pour jeunes peintres, et M. Axel Gauffin publie, comme un document important pour l'histoire artistique de son pays, une lettre adressée à Friedlander par Josephson, alors âgé de trente-cinq ans, et datée de Lépaud, 16 mars 1887. Friedlander avait projeté de venir voir ses amis dans la Creuse, et Josephson, en désaccord avec l'Alliance artistique qui voulait faire une exposition à Goteborg, alors qu'il l'aurait voulue à Stockholm, proposait à Friedlander de financer, à concurrence de 5 à 6.000 couronnes, la présentation à Stockholm d'une centaine de tableaux de choix, entreprise qu'il assurerait avec le concours d'Osterlind. Malgré sa sympathie pour son correspondant, Friedlander refusa d'entrer en conflit avec l'Alliance artistique ; la déception de Josephson fut, à n'en pas douter, le motif qui l'éloigna alors de la Creuse et qui détourna vers d'autres régions, au détriment de la nôtre, l'activité d'un talent des plus remarquables ».

— Lecture est donnée des notices suivantes rédigées pour l'enquête sur l'alimentation : par Mme Petit, sur les huiles (commune de Vidaillat), par M. Pajot, sur l'huile de faîne (régions diverses de la Creuse), par M. Chatreix, sur la culture du blé noir et du millet (commune de Saint-Maurice-La Souterraine).

— Lecture est donnée d'un article de M. Germouty sur « Une version creusoise de la chanson de l'Eicrivanto ». Il en reproduit le texte en patois de Saint-Yrieix-la-Montagne, en signale les particularités et la rapproche d'autres versions.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – A PROPOS D'UNE PAGE DE BARAILON

QUESCE ou QUESTE ?

Il arrive fréquemment que des faits historiques sont dénaturés par suite de la mauvaise lecture et de l'interprétation défectueuse d'un texte. De là la création de légendes qui, admises comme vérités indiscutables, donnent une idée fausse de notre passé. Je crois trouver un exemple de ce genre dans les Recherches sur les Peuples Cambiovicences.... de J. F. Barailon (Paris, Dentu, 1806).

A la page 98, cet auteur écrit :
« Les habitans de la campagne [en Combraille] étaient assujetis au droits de quesce, cuisse, et à une forte redevance, si le feudataire ne voulait pas en user. Un nommé Petit, de la Chomette, commune de Tardes, osa contester devant le châtelain de Combraille, tenant assise à Chambon, le 17 mars 1399, une demande de trois écus d'or pour droit de quesce, en conséquence du convol de sa fille. Il objectait qu'on ne devait payer quesce qu'une seule fois, que ce droit avait été acquitté lors du premier mariage, que ce mariage était le propre ouvrage du demandeur ; il concluait à être renvoyé absous et à ce que le seigneur fût condamné aux dépens. Celui-ci lui répliqua que lui Petit de la Chaumeta était son homme de serve condition, mortaillable et exploitable à merci et volonté à la coutume des autres de serve condition du pays et contrée de Combraille ; qu'il devait payer la quesce toutes fois et quante fois il mariait sa fille, selon la coutume générale et par exprès au pays de Combraille, vu que Petit était serf, de serve condition, et tout complant qu'il possède être à son seigneur et non être sien ; vu qu'il est serf, le seigneur peut toujours faire quesce en mariage. On sent bien qu'avec de tels moyens les juges se prononcèrent contre Petit ».

J'ignore si, à l'époque où se passait cette affaire, il existait, en Combraille, un droit de cuisse. Tout ce que je sais, c'est que, quand a eu lieu, sous Louis XII, la rédaction des Coutumes d'Auvergne, de Bourbonnais, de Berry etc... ce droit n'existait pas, car dans les Coutumes de ces provinces il n'en est pas fait mention.

Dans ce récit, Barailon — dont la bonne foi ne saurait être mise en doute, bien que ses préjugés d'ancien conventionnel l'aient incité à médire des institutions féodales — commet, à mon avis, une erreur.

Je base mon opinion sur le fait qu'il existait, en Combraille, une redevance appelée la queste (1).

La queste ou taille aux quatre cas était le doublage du cens payé habituellement, par le tenancier, chaque année.

Elle était due au seigneur : 1° quand il allait visiter la Terre-Sainte ; 2° quand il était prisonnier des ennemis ; 3° quand il mariait sa fille aînée en premières noces ; 4° quand il était fait chevalier ou quand son fils aîné était fait chevalier (2).

Ce droit portait également le nom de queste en Bourbonnais et en Berry. Il était nommé aide en Bourgogne, aide chevel en Normandie, loyaux aides en Poitou, doublage en Maine et Anjou, droit de muage en Forez, cas impériaux en Dauphiné.

Dans un terrier de 1425-1426-1427-1450 (3) de la seigneurie du Mas (Lussat), comprise partie en Bourbonnais et partie en Combraille, plusieurs tenanciers reconnaissent devoir à Regnaud de Lescluze et à Prot de Lescluze, écuyers, seigneurs du Mas, à cause de terres qu'ils tiennent desdits écuyers, la queste quant le cas advient (4).

La queste me semble bien être le droit au sujet duquel le seigneur et le tenancier étaient en litige dans l'affaire que Barailon raconte. Je suppose qu'il aurait dû lire queste (et non quesce) et que l'ambiguïté, par suite d'une rédaction incorrecte, de l'adjectif possessif sa devant le mot fille, l'a entraîné à prendre la fille du seigneur pour la fille du tenancier.

La vérité doit être rétablie ainsi :

La queste n'était pas réclamée au tenancier Petit parce qu'il mariait sa fille, mais parce que son seigneur mariait la sienne. Petit se refusait d'acquitter cette redevance parce qu'il l'avait payée lors du premier mariage de la fille de son seigneur et qu'il ne devait rien pour un second mariage de cette dame.

La prétention de Petit était juste, car la queste était réitérable pour le cas de prison, mais ne l'était pas pour les trois autres cas.

(1) La Combraille était régie par la Coutume d'Auvergne ; mais le terme queste usité en Combraille (tout au moins dans la région avoisinant Chambon), ne figure pas dans cette Coutume. Ce droit y est seulement désigné sous le nom de taille aux quatre cas.
(2) Coutume d'Auvergne, titre 25, art. 2, titre 17, art. 9. Coutume du Bourbonnais, art. 29, 344. Coutume du Berry, chap. 27. Chenon, Les jours de Berry au Parlement de Paris de 1255 à 1328, Paris, 1921. Coutume de la Marche, art. 130, 133.
(3) Ce terrier est dans mes archives.
(4) Les tenanciers des terres sises en Combraille sont : Pierre Daudon et Guillaume Borel, de Trois-Fétus ; Jehan Revardel, de la Vergnolle ; Maignet, Jehan Vincendon et Jehan Bracheton, de Varenne. Ceux des terres sises en Bourbonnais sont : Mathieu Simonnet et Jehan Le Mosnier, de Besse ; Jehan Forignon, de Saloup ; Pierre de Launay, de la Viergne Bochon.

Edouard Brody de Lamotte.

 

 

SÉANCE DU 28 JUIN 1934

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit, Mlles Bellegy, Théreil, MM. Barton, L. Blanchet, le docteur Bordier, de Bourran, Chatreix, Desjobert de Prahas, Dutheil, de Forges, Foucart, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Pasty, Petit.

Excusés : MM. Maurice Dayras, le colonel de Forges, de Lacotte.

M. le Président fait savoir que M. Rousseau, professeur à la Faculté de droit de Poitiers, a bien voulu représenter notre Société, dont il fait partie, aux fêtes du Centenaire de la Société des Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers.

Il rend compte du 1er congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre, qui s'est tenu à Bourges, les 3 et 4 juin derniers, avec une parfaite réussite. Des communications concernant la Creuse y ont été faites par MM. Louis Lacrocq, le docteur Janicaud, Jean Dutheil et Maurice Dayras.

Communication est donnée d'une circulaire de la Commission nationale des arts populaires de la France et de ses colonies, demandant des renseignements sur ce qui peut subsister dans la Creuse d'ateliers d'artisans fabriquant des objets ayant un certain caractère décoratif.

Communication est donnée, par MM. les Conservateurs, du nouveau règlement, arrêté d'accord avec la municipalité de Guéret, pour les jours et heures d'ouverture du musée et le droit d'entrée.

VOEU. — La Société appelle respectueusement l'attention de l'administration des Beaux-Arts et de l'administration préfectorale sur l'état du pont du Moutier-d'Ahun, où des parapets sont écroulés depuis 1932. Elle demande que les réparations nécessaires soient faites dans le plus court délai pour sauvegarder ce beau pont du moyen âge classé comme monument historique.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de Mgr l'Evêque de Limoges, l'ouvrage de M. le chanoine Poivert sur La déportation ecclésiastique de l'an II (La Rochelle, 1934, in-8, 63 p.) ; de M. Laurent Bruzy, Carnyx d'Uxellodunum (Brive, 1934) ; de M. Henri Hugon, Médailles et jetons de la Haute-Vienne (Limoges 1934. Extrait du Bulletin de la Société archéologique du Limousin) ; Armoiries municipales de Besançon (Extrait des Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, 1933) ; du docteur Sallet, les tirages à part d'études qu'il a publiées sur des sujets indo-chinois (Plantes médicinales, anomalie végétale en Annam).

ADMISSIONS. — Madame veuve Aguillaume, à Grandprat, commune de Pionnat ; MM. Cotineau, commis des Postes et Télégraphes, à Guéret ; le docteur Chagnaud, à Guéret ; Louis Pouzol, industriel, à Chambon ; Roby, garagiste, à Guéret ; Roussel, pharmacien, à Guéret ; Vivier, instituteur honoraire, à Guéret.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Henri Hugon a envoyé la note suivante : « Les Mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts d'Angers, 1933, contiennent une étude de M. O. Desmazières sur la Grosse Motte de Saint-Hilaire-au-Bois (Maine-et-Loire). L'auteur décrit un réduit ou rempart en matériaux de granit et d'amphibole, vitrifié en partie, et près duquel ont été trouvés des débris de l'âge du fer (Tène III).
F. Autorde a soutenu, au Congrès préhistorique d'Autun, en 1907, que les vitrifications du Puy-de-Gaudy étaient des débris de fours de forge ou de verrerie, utilisés, à l'état dispersé, dans la construction du rempart. Cette thèse, que l'importance de certains blocs vitrifiés ne me semble pas confirmer, ce qui a motivé, à Autun, des réserves du Dr Guébhard, contredit celle de J. B. Thuot d'après laquelle la fusion, au moyen d'un ingrédient chimique, aurait été un procédé pour établir une liaison et un chaînage rigides dans une muraille construite sans mortier. L. Manouvrier voyait aussi dans le feu un mode de consolidation des chapes ou voûtes d'argile (Mém. Soc. Sc. Creuse, t. VI).
Sans prendre ici parti, en attendant que de nouvelles fouilles puissent être faites au Puy-de-Gaudy, appuyées de photographies et de croquis négligés par nos devanciers, il est bon de signaler que, pour M. Desmazières, les vitrifications de Saint-Hilaire-au-Bois seraient la conséquence d'un procédé de destruction appliqué par un assiégeant à des remparts dans lesquels des armatures horizontales de bois (attestées par des charbons, des clous et des fiches) s'alliaient aux pierres sèches. Un bûcher étant allumé contre la face externe du mur, la calcination des poutres, aidée au besoin par des sapes ouvertes sous le rempart, devait être suffisante pour créer des cheminées d'appel provoquant une élévation intensive de la température, capable à la fois de vitrifier les parois du logement des poutres et de détruire toutes les superstructures en bois. Ainsi s'expliqueraient les vitrifications à l'intérieur du rempart ; c'est en somme, systématisée en tant que procédé militaire usuel, la théorie formulée dès 1787 par lord Woodhouselee, citée par Déchelette au t. II de son Manuel d'Archéologie celtique ».

— M. Bonneau communique la copie d'un plan figurant l'église et les bâtiments de l'abbaye de Bénévent en 1822, plan alors dressé par M. Mary, géomètre arpenteur, en vue de l'acquisition de ces bâtiments par la commune de Bénévent.

— M. Jean Desjobert de Prahas décrit des linteaux de portes sculptés existant au village de Grandprat, commune de Pionnat, chez Mme veuve Aguillaume. Deux sont décorés d'un écusson où est figuré un cœur ; dans l'un, le cœur s'orne d'une croix inscrite ; ils ont, en outre, des coquilles de pèlerins. Un autre présente au milieu un ciboire surmonté de l'hostie et encadré de deux anges agenouillés ; à gauche est une étoile à cinq branches, à droite une croix.

— M. Louis Lacrocq indique que dans le Bollettino della Società piemontese di Archeologia e Belle arti, 1934, nos 1-2, p. 32-33, M. Emilio Bosco a publié, sous le titre Zecchino di Giovanni de Lastic, gran maestro dell' Ordine Gerosolimitane in Rodi, un sequin en or frappé au nom de Jean de Lastic, grand-maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem de 1437 à 1454, personnage célèbre qui appartient à notre histoire locale par son séjour antérieur à Bourganeuf comme grand-prieur de la langue d'Auvergne et les constructions qu'il y fit élever (Cf. chanoine Parinet, Le grand prieuré... d'Auvergne, Mém., t. XXV, p. 15).

— M. Louis Lacrocq signale une indication très intéressante sur l'industrie drapière dans la Marche au moyen âge fournie par le livre de M. Robert Latouche, La vie en Bas-Quercy du quatorzième au dix-huitième siècle (Toulouse, Privat éd., 1923) :
Etudiant la fabrication des draps à Saint-Antonin [auj. chef-lieu de canton de Tarn-et-Garonne, arrond. de Montauban], M. Latouche explique (p. 263-264) que, malgré leur renommée locale, ces draps ne suffisaient pas aux exigences de la clientèle et les marchands étaient obligés de faire venir certains genres d'étoffe de lieux de production éloignés. Parmi les draps importés se trouvent, avec des draps rouges de Perpignan, des draps d'Angleterre et de Normandie, des draps de Felletin. C'est dans un registre de notaire de Saint-Antonin (Arch. départ. de Tarn-et-Garonne, cote ancienne E 5466, fo 178 vo) que M. Latouche a trouvé la vente par un marchand de Saint-Antonin « duarum cannarum panni violati de Feleti (deux cannes de drap violet de Felletin) », en 1471.

— M. Adrien Rivet communique un acte passé, le 3 mars 1723, devant Chermartin, notaire royal à Crocq, par lequel Léonard Coulaudon, laboureur, demeurant au village du Best, paroisse de Saint-Agnan-près-Crocq, fonde une rente annuelle de 27 livres pour la célébration de 36 messes dans la chapelle de Saint-Michel [chapelle située au sommet d'une montagne de la paroisse de Saint-Agnan] par le curé ou les prêtres communalistes de cette paroisse.

— M. Jean Dutheil, poursuivant le dépouillement des registres du conseil général du département de la Creuse, pour les années 1791 et 1792, signale quelques arrêtés importants : 1° pour vendre ou administrer les biens nationaux ; 2° pour établir une correspondance entre le département, les districts et les municipalités ; 3° pour l'ouverture ou la réparation de routes ; 4° pour l'évaluation en nature des droits féodaux.

— M. Nouguès communique trois documents :
1° L'ordonnance de l'archevêque de Bourges, Mgr de Chastenet de Puysegur, en date du 14 novembre 1789, autorisant Guillaume Thibord, prêtre du diocèse de Limoges, à prendre possession du prieuré-cure de Saint-Sébastien (qui était au diocèse de Bourges) auquel il avait été nommé par l'abbé de Bénévent ;
2° Copie authentique de « la formule du serment civil tel qu'il a été presté en l'église paroissiale de Saint-Sébastien », le 27 février 1791, par ce même prêtre ;
3° Une procuration sous seing privé donnée, le 12 septembre 1792, à Saint-Sébastien, par Henri-Honoré Périot, prêtre, aux époux Pillorget-Périot, ses beau-frère et sœur, pour « faire ses affaires en son absence » et recouvrer quelques petites sommes énumérées à la suite de la procuration.

M. Louis Lacrocq dit que le recueil de l'abbé Lecler, Martyrs et confesseurs de la foi du diocèse de Limoges, contient, t. III (Limoges, 1903) p. 538, une courte notice sur l'abbé Thibord (dont il orthographie le nom Tibord), notice dépourvue de toute référence.

Né à Boussac le 26 avril 1747, il avait fait ses études à Limoges, sa philosophie à Bourges, mais il ne sentit pas sa vocation religieuse assez affermie et il se fit soldat. En 1780, après onze ans de services militaires, il revint au séminaire de Limoges et fut ordonné prêtre le 25 mai 1782.

L'abbé Lecler affirme qu'il subit la déportation pendant la Révolution et ignore quel fut son sort. Le nom de l'abbé Thibord ne figure pas dans la liste que M. le chanoine Poivert a dressée (La déportation ecclésiastique de l'an II).

Quant à l'abbé Périot, le répertoire de l'abbé Lecler ne le mentionne pas.

— M. Jean Dutheil donne quelques renseignements sur le collège de Guéret de 1792 à 1805. Dans sa notice sur Le collège de Guéret (Guéret, 1906), le docteur Villard dit qu'on ne sait à peu près rien sur ce que fut l'enseignement secondaire à Guéret de 1792, moment où le collège des Barnabites cessa de fonctionner régulièrement, jusqu'à l'an XIV (1805).

En réalité, de 1792 jusqu'en octobre 1805, il n'y a pas eu de collège officiel à Guéret fonctionnant avec l'aide ou sous le contrôle de la municipalité. Mais il y a eu de la part de plusieurs particuliers des efforts pour maintenir un enseignement secondaire dans la ville. Les documents réunis aux Archives départementales ne permettent malheureusement pas de suivre ces tentatives, mais ils donnent cependant quelques indications utiles. Nous savons que la Constituante avait créé un comité d'Instruction publique. Le rapport du directoire départemental, lu à la séance du Conseil général du 15 novembre 1791, porte cette simple indication : « Votre directoire organise provisoirement, aux termes de la loi, le collège de cette ville ».

Une loi de septembre 1793 supprima définitivement tous les collèges. En 1795, quand on songea à organiser l'Ecole centrale de la Creuse, il n'y avait plus rien à Guéret. Mais il se rencontra des particuliers, probablement d'anciens maîtres d'avant la Révolution, qui ouvrirent chez eux des cours de latin. Nous n'avons de renseignements sur ces cours qu'à partir de l'an X. Ils existèrent sûrement auparavant. Les gouvernements qui précédèrent le Consulat ne firent aucune enquête sur ce point. Ce sont des enquêtes consulaires qui nous ont permis de les connaître. Un état des écoles publiques dressé à la date du 22 nivôse an X signale pour Guéret deux maîtres de latin.

De Courthieux enseignait à 20 élèves les premiers principes de la langue latine.

Gilet ou Glet faisait à 12 élèves des cours de latin, de mathématiques et de géographie.

Le cours De Courthieux, en particulier, devait avoir plusieurs années d'existence. Un état du 30 floréal an XIII, énumérant les établissements de la Creuse, nous dit qu'il existait à Guéret une école qualifiée de secondaire. Cette école avait des internes et des externes, 14 internes, 26 externes. Le prix de la pension était de 436 francs.

La ville de Guéret se préoccupa de réorganiser son collège après la suppression de l'Ecole centrale. Le Dr Villard nous apprend que la municipalité traita avec le directeur de l'école secondaire de Pontgibaud (Puy-de-Dôme). Mais il a mal lu le nom. Ce n'est pas Maubes mais Manhès, comme l'indiquent les prospectus, qui prit la direction du collège. Logé d'abord dans la maison des Sœurs de la Croix, l'établissement municipal fut transféré en 1808 dans les bâtiments de l'ancien collège rachetés par la ville. Depuis lors, pendant une dizaine d'années, il y eut à la suite de Manhès, des principaux qui exploitèrent le collège, d'après un traité de gré à gré avec la municipalité, en attendant les nominations régulièrement faites par l'Université.

— M. Henri Hugon a envoyé la note suivante : « Le Bulletin de la Société d'Etudes de Draguignan, t. 39, contient un important travail de M. Ch. Alleaume sur les Gardes d'honneur varois du Ier Empire. L'historique des quatre régiments de 1813 y est donné avec des précisions qui manquaient notamment dans l'ouvrage de Bucquoy. De plus le contingent du Var et celui de la Creuse ayant contribué à former à Lyon le même régiment, j'ai noté quelques traits complétant ce que j'ai dit ici des Gardes d'honneur creusois (Mém. t. XXIV, p. 553).
Le 4e régiment avait pour chef le général comte Saint-Sulpice, en réserve depuis 1810 pour invalidité ; en octobre 1813, il totalisait, après les conseils de révision, 2.284 hommes, le complet étant de 2.500. Mais l'utilisation intégrale de ces nouveaux corps étant retardée par les problèmes de l'habillement, des montures, de l'instruction, par le manque de bons gradés, etc., on avait paré au plus pressé en formant, dans chaque régiment, des escadrons de guerre qu'on complétait au fur et à mesure des possibilités. Ceux du 4e régiment, partis d'abord à l'effectif de 183 hommes, furent commandés par le colonel en second, major de Monteil, peu prisé par Nansouty ; ils étaient rattachés aux lanciers rouges de la Garde et se distinguèrent durant toute la campagne de Saxe. Après Leipzig ils furent chargés de surveiller le Rhin, de Lauterbourg à Strasbourg ; Saint-Sulpice s'établit dans cette ville, ne laissant à Lyon qu'un dépôt qui combattit sous Augereau.
Mais, dès le 11 décembre 1813, l'Empereur, voyant l'impossibilité de réaliser les espérances qu'il avait fondées sur ces nouveaux corps, limitait à 200 hommes les escadrons de guerre de chacun des quatre régiments et prévoyait le reversement du surplus des effectifs dans la Garde ; le 15, il envisageait d'autres affectations, notamment la nomination des Gardes comme sous-lieutenants dans la ligne à partir d'avril 1814, décision généralement mal accueillie. Les escadrons de guerre formèrent une division, confiée au général Defrance, qui se battit vaillamment à La Rothière, à Montmirail, à Reims etc., où le 4e, commandé par de Ségur, fut cité à l'ordre. Il était à La Ferté-Alais lors de l'abdication de Fontainebleau, et Defrance se rallia alors aux Bourbons. Néanmoins Louis XVIII comprit des Gardes d'honneur dans le licenciement général et le 4e fut dissous à Versailles le 24 juin 1814 ».

— M. Frétet a communiqué une requête présentée au Préfet de la Creuse par Léonard Guyonet, Georges Billient et François Villard, demeurant les deux premiers dans la commune de La Chapelle-Taillefer, le troisième dans celle de Saint-Christophe, pour demander le paiement de ce qui leur restait dû sur le prix des bestiaux que la réquisition militaire leur avait pris en 1815, lors du passage de l'armée de la Loire dans la Creuse.

M. Henri Hugon, à qui ce document a été soumis, rappelle qu'il a parlé au t. XXI, p. ciii, de nos Mémoires, de l'occupation du département en juillet-août 1815 par la cavalerie du général Pajol.

Trois régiments de cavalerie de l'ex-vieille garde, sans indication de l'arme, sont signalés par le Journal du département de la Creuse comme stationnés le 8 août 1815 dans les arrondissements de Guéret, Aubusson et Bourganeuf, mais comme devant partir incessamment. Le 15 août, de son quartier général à Bourges, le maréchal Macdonald, rendant public le mode de régularisation des fournitures faites à l'armée massée au sud de la Loire, y joignait le tableau du nouvel emplacement des troupes : la Creuse figure en tête comme affectée à la 1re division de la vieille garde (chasseurs à pied) : 1er régiment à Guéret, 2e à Bourganeuf, 3e à Aubusson. Des incidents assez graves marquèrent en octobre le licenciement des 2e et 3e régiments.

— M. Henri Hugon communique un placard, imprimé à Guéret chez Alphonse Fauchier et Dugenest, relatant l'arrêt de la Cour d'assises de la Creuse du 14 mars 1825 qui avait condamné Léonard Pécout, originaire de la Haute-Vienne, à cinq ans de travaux forcés pour faux et, en outre, conformément aux articles 20 et 22 du code pénal, alors en vigueur, « à être attaché au carcan sur la place publique du marché de la ville de Guéret et y demeurer exposé aux regards du peuple durant une heure, à être flétri par l'application d'une empreinte avec un fer brûlant sur l'épaule droite des lettres T. F. ».

Une mention, imprimée au bas du placard, indique que le condamné a subi l'exposition du carcan et la flétrissure, sur le marché de Guéret, le 14 mai 1825, après rejet de son pourvoi en cassation.

— Pour l'enquête sur l'alimentation, M. le docteur Janicaud apporte des renseignements recueillis dans la commune de Ceyroux ; M. Dutheil, par l'intermédiaire de quelques élèves du Lycée, a obtenu des indications concernant plusieurs communes.

 

 

SÉANCE DU 26 JUILLET 1934

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle Théreil, MM. Beluchon, Blanchet, Marc Bloch, le docteur Bordier, de Bourran, Desjobert de Prahas, le colonel de Forges, René de Forges, Foucart, le docteur Janicaud, Laborde.

Excusés : MM. Antoine Thomas, président d'honneur, Aureix, Maurice Dayras, Jean Dutheil, Pajot.

Des félicitations sont adressées à MM. Baranger, Burgaud, André Mazeron, membres titulaires, nommés chevaliers de la Légion d'honneur, Pouron, membre titulaire, nommé officier de l'Instruction publique.

Communication est donnée du programme du Congrès préhistorique de France qui se tiendra à Périgueux du 16 au 22 septembre 1934.

— M. le président appelle l'attention sur l'utilité qu'offrirait un répertoire des croix sculptées anciennes qui existent encore en assez grand nombre dans la Creuse.

Les membres de la Société sont priés de signaler celles qu'ils connaissent à M. le président ou à M. le docteur Janicaud.

ADMISSIONS. — M. le docteur Dunoyer, au Dorat (Haute-Vienne) ; M. Gabriel Eclache, fourreur, à Montreuil-sous-Bois (Seine).

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud présente, de la part de M. Maurice Dayras, un grand bronze de Trajan trouvé au Chapitre d'Aubusson.

Il rapporte la découverte déjà ancienne, aux Trois-Piles, commune d'Arrènes, d'une sépulture gallo-romaine à incinération, dans laquelle l'urne funéraire, en argile grise, était contenue dans une grande olla de terre couverte d'une tegula. Les trois piles, d'où vient le nom du village, sont des pierres creuses qui, d'après la tradition, auraient été les supports d'un gibet.

Il signale deux vieux chemins qualifiés de voies romaines par les habitants : le premier, près de La Terrade (commune du Grand-Bourg) paraît être une route du moyen âge, reliant les châteaux de Salagnac et de Montaigut ; le deuxième, aux Trois-Piles, très ancien, car il sert en plusieurs points de limite à des communes, aurait été une route de Bellac à Aubusson.

Il signale un curieux passage de l'Histoire des Vicomtes de Limoges de F. Marvaud, t. I, p. 47, attribuant à Eudes d'Aquitaine les lions de pierre qui existent devant certaines églises de notre région.

— M. Henri Hugon a envoyé la note suivante : « M. Pajot, de Besançon, qui nous avait déjà donné (Mém. t. XXII, p. lxxvi) une note étymologique sur Guéret, a étudié, dans les Mémoires de la Société d'Emulation du Doubs, 1933, l'origine du toponyme Les Bains et de ses diverses formes, Bagnoles, Bagneux, Bagnard, Blénod, Bligny, etc., lorsqu'il n'est pas possible de les rattacher historiquement à des thermes antiques, ce qui est, dit-il, le cas de nombreuses centaines de lieux dits en France. Il en voit l'explication dans un usage répandu à l'époque où la tonte printanière des moutons occupait une grande place dans l'économie rurale. Cette tonte était précédée d'un bain des moutons destiné à laver leur toison et la tradition ou l'autorité locale fixait le point d'eau assigné à ce bain : fontaine, ruisseau, bassin, mare, etc.
Sous réserve de l'enquête que peut comporter chaque cas particulier, cette théorie expliquerait, dans la Creuse, plusieurs noms : Les Bains, à Sainte-Feyre (Puy-de-Gaudy) et au Grand-Bourg ; Bagnard (2), Bagnat, Banneix ou Banet (2), Benaise et Banise (ruisseaux). Une dizaine de lieux-dits de la Basse Marche, situés aujourd'hui dans la Haute-Vienne, offrent des analogues et peuvent comporter la même origine ».

— M. Adrien Rivet a communiqué la copie relevée par lui sur les minutes de deux actes concernant la ville de Crocq.

Le premier est une délibération de l'assemblée de paroisse tenue le 31 juillet 1653, sous la présidence des quatre consuls de la ville, Gabriel Lebel, Michel Blanchier, François Goslevene et Pierre Chermartin, et dont Bourbon, notaire royal, a dressé procès-verbal. Les habitants décident d'envoyer une délégation à Paris pour prier les seigneurs de Crocq, le duc de La Meilleraye et l'abbé d'Effiat, de faire des démarches afin d'obtenir que la ville de Crocq soit déchargée pour l'année du quartier d'hiver et du passage des « gens de guerre » et aussi pour qu'elle soit moins lourdement imposée à la taille, les élus du Franc-Alleu la taxant de façon partiale et exagérée tandis qu'ils réduisent la taille de Bellegarde. Pour faire face aux dépenses de cette délégation, une ressource est cherchée dans l'opération suivante :

Chaque année, les consuls « assensent », pour une faible somme, aux habitants du village des Bussières, paroisse de Saint-Oradoux-près-Crocq, des « francs et communaux » proches de ce village et appartenant à la ville. On mettra en vente aux enchères le droit de pacage dans ces communaux, sans préjudice aux droits et devoirs seigneuriaux qu'ont sur ces terrains les barons de Crocq. Le procureur d'office, présent à la réunion, approuve l'opération que le second document communiqué constate avoir été effectuée le 3 septembre suivant, suivant procès-verbal dressé par le même notaire.

La vente a été annoncée par affiches et « proclamation » au « poteau » de Crocq, à l'église de cette ville et aux églises des paroisses voisines. Les consuls reçoivent les enchères et adjugent à quatre habitants des Bussières le droit de pacage « par vente pure perpétuelle », moyennant le prix de 115 livres payé comptant. La vente est faite sous réserve : 1° du droit des seigneurs au cas de labourage ; 2° du droit de rachat par la ville ; 3° du droit de pacage des habitants de la franchise de Crocq.

M. Louis Lacrocq indique que l'aliénation ci-dessus relatée a été signalée par Tardieu et Boyer dans leur Histoire... de Crocq, page 98, de façon laconique et en partie inexacte.

— Lecture est donnée de la note de M. J. Dutheil sur La répartition de l'impôt dans la Creuse pour l'année 1792, reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. Henri Hugon a envoyé la note suivante : « Les carnets de l'archiviste Bosvieux signalent l'existence, dans le cimetière de Faux-la-Montagne, de la sépulture, comportant une colonne de granit avec inscription, de Pierre J. B. Plazanet, colonel d'infanterie légère, baron de l'Empire, décédé le 28 septembre 1836.
Retiré à Faux sur la fin de sa vie, cet officier n'appartenait cependant pas, par ses origines, à notre département ; il avait vu le jour à Peyrelevade (Corrèze) le 28 septembre 1765, et était fils de Louis, juge de Tarnac, et de Jeanne Lombard. Capitaine en 1792 au 3e bataillon de la Corrèze, il fit la plus grande partie des campagnes de la Révolution et de l'Empire ; colonel en 1813, blessé à Bar-sur-Aube en 1814, il fut retraité par la Restauration en 1816. Son titre exact dans l'Armorial impérial était chevalier et non baron (lettres patentes du 25 février 1809).
De sa femme, Roberte Foissalle, il eut deux enfants dont un fils, maire de Pontaumur (Puy-de-Dôme), marié dans la famille marchoise des du Peyroux. A la même souche appartenait une autre branche fixée à Versailles et qui compte aussi un colonel de Plazanet, créé baron à titre personnel par Charles X.
Le nom de Plazanet est porté par plusieurs familles et par plusieurs lieux dits du plateau de Millevaches, d'un côté comme de l'autre de la limite administrative qui sépare la Creuse de la Corrèze ».

— M. P. Valadeau communique cinq imprimés qui présentent la physionomie du conflit que le marquis de Villeneuve, préfet de la Creuse du 2 janvier 1823 au 1er septembre 1824, eut avec diverses personnalités locales, notamment le député Mestadier :
1° Le Discours de M. le marquis de Villeneuve, préfet de la Creuse, à l'ouverture du Conseil général du département pour la session de 1824. Dimanche 29 août (Guéret, impr. d'Alphonse Fauchier et Dugenest, septembre 1824, in-4o, 8 p.).
2° Une proclamation du préfet aux Habitans de la Creuse (même imprim., même date, in-4o, 7 p.).
3° La Réponse aux adieux de M. de Villeneuve, ancien préfet de la Creuse, non signée (Guéret, impr. Betoulle, 1824, in-4o, 12 p.).
4° Une brochure intitulée De l'administration du département de la Creuse pendant les années 1823 et 1824, en réponse aux adieux du préfet (Guéret, Alph. Fauchier et Dugenest, octobre 1824, in-8o 20 p.). Cette brochure ne porte pas de nom d'auteur ; une mention manuscrite sur l'exemplaire communiqué indique qu'elle est l'œuvre du député Mestadier.
5° La Réponse de M. Mestadier, député du département de la Creuse, au dernier écrit de M. le marquis de Villeneuve, ex-préfet de ce département (Paris, imp. Lefebvre, in-8o, 14 p., s. d.).
Ce document, daté en tête « Paris le 8 décembre 1824 », indique que « le dernier écrit » de M. de Villeneuve est « un volume énorme, daté de Toulouse et imprimé à Tulle sous son nom » (de la Creuse le préfet était allé à la préfecture de la Corrèze). Mestadier fait, dans sa brochure, un exposé acerbe de l'administration du préfet à qui il reproche son autoritarisme vaniteux et son arbitraire.

— M. Aureix communique la photographie d'une des cabanes de berger, bâties et couvertes en grosses pierres, qu'on trouve aux abords de Saint-Goussaud en assez grand nombre. La cabane photographiée est sur le Mont-de-Jouer.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA RÉPARTITION DE L'IMPOT DANS LA CREUSE POUR L'ANNÉE 1792

La répartition de la taille sous l'Ancien régime avait donné lieu à de nombreuses protestations dans la Marche. Partagés entre les deux généralités de Limoges et de Moulins, éloignés des deux chefs-lieux, les habitants prétendaient qu'ils étaient surchargés et payaient au-delà de leurs facultés. Lors de la formation des départements, on utilisa les données des anciennes impositions pour asseoir les nouvelles. Le conseil général de la Creuse avait obtenu un dégrèvement pour 1791. Le 5 décembre de la même année, il écoutait un rapport de son 2e bureau, rédigé en vue d'obtenir un dégrèvement plus considérable que celui de 1791, et en décidait l'impression.

L'Assemblée nationale, dit ce rapport, a utilisé trois bases pour établir l'impôt de 1792 : la population, l'ancienne imposition, l'étendue. Or ces trois bases sont inexactes pour le département.

Base de la population. — Il faut tenir compte de ce fait qu'il y a dans certains endroits plus de riches que dans d'autres. Il y a des départements de population égale à celle de la Creuse et qui peuvent payer plus d'impôts. Il n'y a pas ici 4 citoyens possédant 25.000 livres de revenus, 20 qui aient 10.000 livres. Les gens aisés ont de 3 à 4.000 livres. Le peuple se nourrit de seigle, de sarrasin, d'avoine, de châtaignes. Une métairie contenant 20 individus donne au propriétaire, pour sa moitié de revenu, de 5 à 600 livres et les métayers en gardent autant. Chacun de ces 20 individus dispose donc au plus de 30 livres par an.

Beaucoup de petits propriétaires n'ayant pas assez pour se nourrir partent, avec leurs garçons, pour se rendre en diverses parties du royaume comme maçons, fendeurs ou scieurs de long. Ils séjournent à l'extérieur de mars à décembre et payent au retour, grâce à leurs économies, la nourriture de leur famille. Sur 239.955 habitants, les émigrants sont en moyenne au nombre de 40.000. Ils appartiennent presque tous aux citoyens actifs, car leur petite propriété paye une contribution dépassant les trois journées de travail nécessaires. Sur 43.676 citoyens actifs, il en reste à peine 25.000 dans le département durant toute l'année.

Base de l'ancienne imposition. — Cette base est tout à fait défavorable à la Creuse. Loin des chefs-lieux d'intendance, sans personnages influents pour se faire écouter, la province payait beaucoup plus qu'elle n'aurait dû payer. On a compté dans la Creuse 41 paroisses de l'ancienne généralité de Berry. Il ne s'agit pas de 41 paroisses mais de 41 collectes, ce qui n'est pas du tout la même chose. Au total, le pays était surchargé de 200.000 livres.

Base de l'étendue. — Elle n'est pas favorable non plus. On a compté 288 lieues carrées pour la Creuse, en y comprenant des villages qui sont de la Corrèze, de la Haute-Vienne, de l'Indre, de l'Allier. De plus une lieue de terrain dans l'Indre ou dans le Cher produit autant que cinq dans la Creuse où il n'y a ni blé, ni vin. Malgré le dégrèvement obtenu en août, l'Indre et le Cher payent moitié moins en proportion de leurs facultés. Ils ont profité, plus que la Creuse, de la suppression de la dîme qui s'appliquait surtout au blé et au vin que la Creuse ne produit pas. Les bestiaux et les fourrages, ses principales productions, ne payaient pas une dîme très lourde. La suppression de cette dîme n'a pas produit grand soulagement.

Le rapport du 2e bureau montrait ensuite qu'il n'y avait dans le département ni chevaux de luxe, ni cabriolets, qu'on n'y trouvait ni nombreuses domesticités, ni gros commerçants ou capitalistes sur lesquels pourrait s'établir une cote mobilière. Celle-ci serait simplement une lourde addition pour les propriétaires ayant déjà payé l'impôt foncier. Pour achever de noircir le tableau, le rapporteur ajoutait qu'il y avait juste, dans le département, 7 petites villes. Aubusson, avec ses 5.000 habitants, comptait 3.000 chômeurs dans la misère depuis que la manufacture ne fournissait plus de travail. Loin de pouvoir payer des taxes, ces chômeurs devaient être secourus par le département. En conclusion, le 2e bureau et le conseil général avec lui demandaient un dégrèvement nouveau sur les contributions de 1791, qui rentraient à grand'peine, et un dégrèvement plus considérable encore sur celles de 1792.

Source : Archives départementales de la Creuse L 25.

Jean Dutheil.

 

 

SÉANCE DU 13 SEPTEMBRE 1934

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlles Bellegy, de Montessus de Ballore, Rougeron, Théreil, MM. Blanchet, le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, René de Forges, de Lajaumont, Lapetite, Jacques Levron, Pasty, Rimour.

Excusés : MM. Antoine Thomas, président d'honneur, Marc Bloch, le docteur Janicaud, René Martin.

L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de M. Joseph Filhoulaud, membre titulaire récemment décédé.

Communication est donnée du programme du Congrès des Sociétés savantes qui se tiendra à Lyon du 23 au 27 avril 1935.

Des félicitations sont adressées à M. Cluzet père, à qui a été décernée la médaille d'argent de la Fédération des Syndicats d'initiative Limousin-Marche-Quercy-Périgord.

INVENTAIRE SUPPLÉMENTAIRE DES MONUMENTS HISTORIQUES. — Par arrêtés des 23 et 26 juillet 1934 ont été inscrits : le pont de Bonlieu, commune de Peyrat-la-Nonière, le pont Charraud, commune de Crozant, les parties anciennes (xviie siècle) de l'hôtel-de-ville de Guéret.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Henri Hugon, son étude de Numismatique beylicale. Les pièces d'or de 1272-1274 (Tunis, 1934) ; de M. Louis de Nussac, son article sur Le Centenaire de Latreille (Brive, 1934).

ADMISSIONS. — Mme veuve Tauty, à Plazanet, commune de Faux-la-Montagne ; M. Blanchet, archiviste départemental, à Guéret ; M. A. M. Martin, directeur honoraire de l'Ecole nationale d'art décoratif, à Aubusson.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Lecture est donnée d'une note de M. P. Maitre sur les cupules et rainures que présentent les roches de Clamougeat, commune de Faux-la-Montagne.

— M. Harot, architecte en chef des Monuments historiques, membre correspondant, a envoyé les plans qu'il a relevés des églises de Mourioux, Vallières et Vidaillat.

— M. l'abbé Malapert a envoyé une photographie d'une sculpture en pierre, mutilée, conservée à l'église du Moutier-d'Ahun, représentant la Trinité et qui paraît être du xive siècle.

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante : « En bordure d'une route, au Nord du champ-de-foire de Bonnat, se trouve une croix ancienne appelée la Croix-Blanche.
Son socle en granit, haut de 1 m. 60, présente, à la partie basse, un carré de 0 m. 65 de côté, orné, aux angles de deux pilastres, un sur chaque face, peu saillants. Chaque face, entre les pilastres, est évidée, et le sommet de l'évidement, usé, paraît dessiner une accolade. Le socle devient ensuite tronconique, puis cylindrique, un gros tore séparant ces deux parties.
La croix est en pierre calcaire de grain brunâtre. Les bras (longueur du bras horizontal 0 m. 60, du bras vertical 0 m. 85) sont octogonaux, sans aucun ornement ; leurs extrémités sont arrondies avec petite encoche. Le bras vertical s'amortit, en bas, sur les angles, en forme prismatique. Sur la face qui regarde la route est sculptée la Vierge tenant l'Enfant ; sur l'autre face le Christ en croix. Ces sculptures, de 0 m. 35 environ de hauteur, très dégradées, surtout la Vierge, sont de bonne facture.
Cette croix paraît être du xvie siècle.
Un petit groupement d'habitations, assez récent, qui en est proche, a pris son nom et s'appelle « La Croix-blanche » ».

— Lecture est donnée d'une note de M. Louis de Nussac, membre correspondant, décrivant une très belle tapisserie d'Aubusson, du xviiie siècle, qui appartient à M. Albert de Geouffre de La Pradelle, au château de Saint-Priest-de-Gimel (Corrèze). Elle représente le roi David dansant devant l'Arche et porte la signature du tapissier A. Grelet. Une photographie accompagne cette communication.

— Mlle Simone de Montessus de Ballore lit l'Introduction de sa thèse de l'Ecole du Louvre sur les retables et tabernacles en bois des xviie et xviiie siècles conservés dans la Creuse. Elle indique les variations de forme et de décoration qu'ont présentées ces œuvres et qui en permettent un classement en plusieurs séries. Ses recherches lui ont permis de retrouver les modèles sur lesquels ont été sculptés divers panneaux de tabernacles dans les gravures de la Bible dite de Royaumont, publiée au xviie siècle.

— Lecture est donnée d'une note de M. Jean Dutheil énumérant les localités de la Creuse où ont existé, avant la Révolution, des communautés de prêtres. Leur nombre s'élève à 91.

— M. Adrien Rivet a communiqué un acte du 2 avril 1699, passé devant Sauty, notaire royal à Flayat, constatant le marché par lequel Michel Turc, maître entrepreneur à Auzances, s'engage à faire des réparations au château d'Essidioux, appartenant à Joseph de La Tour d'Auvergne, habitant à Flayat.

— M. Jacques Levron lit la note suivante : « Récemment a paru un intéressant recueil des Lettres de Mérimée à Ludovic Vitet, avec introduction et notes par M. Maurice Parturier (Paris, libr. Plon, 1934, in-16, 239 pages). C'est la correspondance qu'a adressée le célèbre écrivain, nommé inspecteur général des Monuments historiques le 17 mai 1834, à son prédécesseur dans cette fonction devenu président de la Commission des Monuments historiques. Elle s'échelonne de 1840 à 1852 et contient de précieux renseignements sur les tournées d'inspection que Mérimée faisait dans toute la France avec autant d'activité que de compétence.
En 1841, Mérimée vint dans la Creuse. Une note de M. Parturier (p. 43, n. 1) indique qu'il a envoyé de Bourges à Vitet, le 16 juillet, un long rapport sur Boussac, La Souterraine, Chambon et Evaux, rapport qui se trouve aux Archives des Monuments historiques. Dans la correspondance, il n'est question que d'une seule de ces localités : Boussac. Une lettre du 17 août 1841 (p. 43) recommande à Vitet de « faire entamer dès à présent l'affaire des tapisseries de Boussac » (il s'agit de la célèbre suite de La Dame à la licorne, alors au château de Boussac, maintenant au Musée de Cluny). « Ces tapisseries sont admirables », dit Mérimée.
Quelques traits sont détachés à la Creuse. « Centre de la Barbarie », affirme-t-il avec une évidente exagération. Ce mot, que cite M. Parturier (Introduction, p. lxi) doit se trouver dans son rapport. Sa lettre du 17 août 1841 signale l'appui qu'on peut avoir, pour l'affaire des tapisseries, dans M. de Barante, alors sous-préfet de Boussac. Mérimée ajoute : « il obtiendra bientôt un changement, j'espère ».

— M. Louis Lacrocq lit la note reproduite à la suite du présent procès-verbal.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – SUR UNE THÈSE SOUTENUE A L'ÉCOLE DU LOUVRE

Mlle Marie Henriot, de Brive, m'a communiqué le manuscrit de la thèse qu'elle a soutenue, le 25 juin 1934, à l'Ecole du Louvre, à Paris, et qui lui a valu le titre d'élève diplômée de cette Ecole. Cette thèse a pour sujet Les peintres de paysage dans la région limousine et marchoise (Haute-Vienne, Corrèze, Creuse). J'en détache des renseignements intéressants sur deux artistes qui ont peint dans la Creuse.

M. Albert Mazet et moi avons réuni quelques précisions sur les séjours de Corot à Aubusson (Mémoires, t. XXIV, p. xxvii et xxx). Mlle Henriot en a trouvé d'autres et, en outre, elle a signalé la présence de l'artiste à Guéret. Elle a relevé ces indications dans un ouvrage anglais : The paintings and drawings of J. B. C. Corot in the artist's own collection. Introduction and catalogue by Victor Rienaecker, London, New-York, 1929, in-4o. Cet ouvrage décrit une très grande quantité de peintures, aquarelles et dessins que Corot avait accumulés dans un atelier mis à sa disposition par son ami le docteur Gratiot au château de Coubron (Seine-et-Oise). Après sa mort (1875) la collection resta la propriété du docteur Gratiot, passa en diverses mains et fut dispersée en Angleterre vers 1923. Elle comprenait surtout des esquisses sur lesquelles le maître avait, le plus souvent, écrit quelques mots consignant une remarque ou une impression.

Mlle Henriot a signalé dans la série des dessins trois esquisses qui portent les annotations énigmatiques ci-après reproduites :
No 92. « Tout près d'Aubusson comme dans la chanson il était quatre hommes, mais ici c'est quatre femmes ; je pense qu'elles ne feraient pas comme les hommes, elles se battraient plutôt ».
No 592. « Environs de Guéret. Cette femme ne me dit rien, aussi elle peut s'en aller et même plus vite que ça ».
No 593. « Quelques maisons aux environs de Guéret. Cette grande avec son air effronté au premier plan, elle est même très bien et j'aime son air ».

Les sujets des nos 92 et 592 ne sont pas indiqués ; celui du no 593 paraît être le groupe de maisons visé à la note. Nous n'avons pas de dates pour ces dessins. Vraisemblablement ils se placent aux environs de 1868, période où Corot séjournait à Aubusson (v. communications précitées).

Le Musée de Guéret possède un paysage de Paul Madeline (1863-1920) : La Creuse à Crozant, et M. Albert Lamotte a publié dans nos Mémoires (t. XXI, p. 357) une notice sur ce délicat artiste qui est venu régulièrement à Crozant pendant vingt-cinq ans. Mlle Henriot donne ce détail : « C'est à un déjeuner chez Joseph Montet, rédacteur au Gaulois, que Madeline rencontra Rollinat et le peintre Detroy et qu'il entendit parler de Crozant dans des termes qui lui donnèrent le désir d'y aller. Il y alla pour la première fois en 1894 et il aimait à raconter son éblouissement quand il y arriva » (1).

Louis Lacrocq.

(1) Je rappelle que c'est pendant la période où Paul Madeline vint à Crozant que l'abbé L. Rouzier, curé de ce bourg, publia son Histoire illustrée des châteaux de Crozant et des Places (Limoges, Ducourtieux, 2e éd., 1905). Madeline, qui, comme tous les artistes fréquentant Crozant, avait avec l'abbé Rouzier de cordiales relations, lui a fourni de charmants dessins qui, gravés, ont formé la majeure partie de l'illustration de ce livre. Cette illustration comprend aussi un dessin de Guillaumin, un d'Eugène Alluaud, un du graveur Pernet et trois de l'abbé Joseph Clément.

 

 

SÉANCE DU 18 OCTOBRE 1934

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit, Mlles Bellegy, du Muraud, MM. Alamasset, François Blanchet, Louis Blanchet, le docteur Bordier, de Bourran, Desjobert de Prahas, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Petit.

Excusés : MM. Maurice Dayras, René Martin, Polier.

L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de MM. le docteur Pimpaneau, de Châteauroux, et Jules Tixier, architecte à Limoges, membres titulaires, récemment décédés.

Communication est donnée d'une lettre de M. le directeur des Musées nationaux remerciant du prêt par le Musée de Guéret d'une châsse représentant la Crucifixion (fin du xiiie siècle) pour l'Exposition de la Passion dans l'art français, qui a eu lieu à Paris à la Sainte-Chapelle.

CLASSEMENT. — Par arrêté du 25 septembre 1934, un retable en pierre du xve siècle, donné à l'église du Moutier-d'Ahun par la famille Jorrand, a été classé comme monument historique.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Louis de Nussac, son article sur La fondation du haras national de Pompadour (Brive, 1934, extrait du Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze) ; de M. Georges Thomas, Le Cartulaire des Comtes de la Marche et d'Angoulême, qu'il a publié (Angoulême, 1934, extrait du Bulletin de la Société archéologique de la Charente) ; de M. le docteur Jean Déguison, son étude sur Napoléon III et Vichy (Paris, 1934).

ADMISSION. — M. Roger Dubois, notaire à Chambon-sur-Voueize.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud décrit des restes gallo-romains (sépultures et traces de constructions) existant à Chabannes, commune de Saint-Pierre-de-Fursac.

— M. de Bourran explique l'étymologie du terme coudière, employé dans la Creuse pour désigner l'étui où les faucheurs placent leur pierre à aiguiser. Il vient du mot couts, dérivé lui-même du latin cos, signifiant pierre à aiguiser.

M. Louis Lacrocq signale les termes de même origine désignant cet étui (coudier, coue, coui, couet, coudial, etc.) qu'ont enregistrés divers dictionnaires et glossaires dialectaux de langue d'oïl comme de langue d'oc.

— M. René Martin signale, d'après un ouvrage en allemand sur le folklore suisse (Schweizer Volksleben, Zurich, 1931) un usage du canton de Saint-Gall pour le dimanche des Rameaux, analogue à un usage de la Creuse : les enfants portent à l'église des bouquets de houx ornés de pommes et de rubans.

— M. R. Coutisson des Bordes a envoyé un dessin qu'il a fait de l'église en ruine de Faux, commune de Faux-Mazuras.

— M. Albert Lacrocq signale un article de M. de Mecquenem récemment paru dans la Gazette des Beaux-Arts, sur « L'Evolution du sphinx ». L'origine de ce motif, remontant à plusieurs millénaires avant J.-C., est un lion couché avec un homme entre ses pattes de devant. Cette figuration avait, dans l'art oriental, un caractère de prophylaxie funéraire. Les lions sculptés, placés à côté des églises de notre région (Toulx-Sainte-Croix, Vallière, etc.), autrefois entourées d'un cimetière, pourraient avoir eu le même caractère.

— Lecture est donnée d'une note de Mlle Solange Pajot, élève diplômée de l'Ecole du Louvre, indiquant le lien de certaines sculptures de la Creuse avec les productions des ateliers du Berry de 1450 à 1550 dont l'étude a fait l'objet de sa thèse.

— M. le docteur Janicaud décrit la pierre de mesure de la seigneurie de Bellefaye, achetée par le Musée.

— M. Louis Lacrocq signale les mentions du cartulaire de l'abbaye d'Uzerche (fin du xe et début du xie siècle) constatant le don à cette abbaye de l'église de Sardent par la famille de Druillas. Au début du xiie siècle, elle ne la possédait plus et l'église passa à l'abbaye de Lesterps.

— M. Valadeau communique une copie du xvie siècle, en sa possession, d'un contrat d'arrentement reçu, le 23 février 1425 (1426 n. s.) par Michel Bargier, « clerc notaire juré de la cour du scel de la chancellerie de la Marche ». Cet arrentement est consenti par noble homme Gilbert Esmoing, écuyer, seigneur de Villemonteix (paroisse de Châtelus-le-Marcheix), à Martial, Jean et Antoine Nourrisson, habitant Lascoux (aujourd'hui Lascaux), paroisse de Janaillat. Il porte sur « tout le lieu et héritage de Lascoux », dépendant de la seigneurie de Janaillat. Il est fait à perpétuité et en serve condition aux charges de cens suivantes : 60 sols d'argent, payables 20 sols au mois d'août, 20 sols à Noël, 20 sols en mars, 2 setiers de froment, 5 setiers de seigle et 6 setiers d'avoine, à porter au grenier du château de Villemonteix à Notre-Dame d'août, deux gelines à Noël et une vinade de deux paires de bœufs et une charrette à la Saint-Martin d'hiver, plus le « double d'août » quand il sera perçu sur toute la seigneurie.

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante : « Un important travail de M. Georges Collon, conservateur de la Bibliothèque de Tours, paru en 1928 et formant le tome LIII des Mémoires de la Société archéologique de Touraine, nous a apporté incidemment quelques détails sur un seigneur marchois. Ce travail étudie Pierre Bérard (139?-1465) et la réforme municipale de Tours en 1462). Bérard, trésorier de France, fut un personnage considérable des règnes de Charles VII et de Louis XI et pendant dix ans il eut maintes occasions de rencontrer Antoine d'Aubusson, seigneur du Monteil-au-Vicomte, bailli de Touraine. Nous savons par le Nobiliaire de Nadaud (t. I, p. 57) que le frère du célèbre grand-maître de l'ordre de Rhodes avait eu ce poste. Sur le début et la fin de ses fonctions en Touraine, l'étude de M. Collon nous fournit des dates précises : il avait été nommé le 15 avril 1451 ; il fut révoqué par Louis XI, au lendemain de son avènement, le 5 août 1461 (p. 175, note 1 et 225). En décembre 1451, le corps de ville de Tours lui avait offert du vin pour ses étrennes (p. 47). Si l'on en croit le Nobiliaire de Nadaud, il aurait reçu de Charles VII, dans la suite, « pour lui et pour sa femme » des dons autrement importants : « la terre de Saint-Blancay en Touraine et les ponts de la ville de Tours, le 20 novembre 1458 ». Une petite découverte faite par M. Collon donne à penser que la générosité royale n'avait pas un motif très pur.
Dans la liste des favorites de Charles VII une personne mystérieuse a intrigué la curiosité : on ne la connaissait que sous le nom de « la Régente ». Un document trouvé par M. Collon (p. 203 et 204 ; cf. p. 58 note 3) a levé le voile. « La Régente » y est expressément désignée : c'est Marguerite de Villequier, femme d'Antoine d'Aubusson. En mars et avril 1460, le corps de ville de Tours lui offrait, en même temps qu'à son mari et à beaucoup d'autres personnages, du « vin vermeil et clairet ». Et parmi les bénéficiaires de cette libéralité bien tourangelle, il y avait une autre favorite, « Madame des Chaperons », fille d'un pâtissier à qui son élégance à porter le chaperon avait valu ce nom. Mais d'où venait celui de la dame du Monteil-au-Vicomte ? M. Collon a conjecturé (p. 58, note 3) que « Madame la Régente » était ainsi appelée parce qu'elle était peut-être première dame d'honneur de la reine.
Antoine d'Aubusson avait fait placer une verrière dans la chapelle de l'église du Monteil-au-Vicomte bâtie par le grand-maître (cf. Mémoires, t. XXIII, p. 512). Il y était représenté agenouillé et sa femme aussi. Mais celle-ci était-elle l'infidèle de Tours ou la seconde femme d'Antoine d'Aubusson, Louise de Peyre ? La verrière était datée de 1475 et nous ne connaissons pas la date de la mort de Mme la Régente ».

— M. Joseph Boulaud signale divers actes qu'il a trouvés dans le fonds des notaires de Limoges aux Archives départementales de la Haute-Vienne :

1° Un arrêté de compte passé devant Raby, le 5 mai 1689, s'élevant à 1238 livres que s'oblige à payer Godefroy de Chaussecourte de Lespinats, chevalier, seigneur de Gartempe et autres places, demeurant au château noble de Gartempe en Poitou, comme héritier de feue dame Jeanne de Mausac, sa mère.

2° La quittance donnée devant le même notaire, le 29 octobre 1691, par Jacques de Vaucourbeil, écuyer, seigneur du Puybarreau, conseiller du roi, lieutenant de robe courte en la maréchaussée de la Marche, à Mathieu Benoist, chevalier, baron de Compreignac, capitaine au régiment de Tulle, d'une somme de 3.000 livres tournois en compte sur la constitution dotale de Marie Benoist de Compreignac, son épouse, fille de feu Pierre Benoist, chevalier, seigneur baron de Compreignac, conseiller du roi au parlement de Guienne.

3° La vente devant Thoumas, le 29 mai 1787, par Christophe Joseph de Chazal de La Villetelle, lieutenant général de police de la ville de Guéret, à Pierre Martin, contrôleur des vingtièmes « au département de Guéret », de sa charge de lieutenant de police ; d'une maison sise à Guéret, rue du Prat, « confrontant à ladite rue, aux fossés de la ville, à la maison de M. Dissandes de Bogenest, conseiller au présidial et maître particulier des eaux-et-forêts » ; d'une rente de 62 livres 10 sols. Le prix de la vente est de 24.550 livres, plus la charge de payer une pension viagère de 60 livres à Claire de Chazal de La Villetelle, religieuse de la communauté des Bernardines de Moulins.

— M. Chamberaud communique des documents sur la perception des impôts dans la paroisse de Pionnat en 1785-86.

— M. Desjobert de Prahas analyse une enquête agricole sur le département du Puy-de-Dôme récemment parue et signale certaines analogies avec les régions de la Creuse limitrophes.

 

 

SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1934

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlles Bellegy, du Muraud, Théreil ; MM. Alamasset, François Blanchet, Louis Blanchet, Chatreix, Maurice Dayras, René de Forges, Gautheron, le docteur Janicaud, Laborde, Lamatière, Maitre, Rivet, Sarrassat.

Excusés : MM. Aguillaume, le docteur Bordier, Desjobert de Prahas, Jean Dutheil, Emile Genevoix, René Martin.

M. le Président annonce que la Fédération des Sociétés savantes du Centre tiendra son 2e congrès à Limoges les 9 et 10 juin prochain, et en communique le programme.

ADMISSIONS. — MM. Edouard Clémens, à Guéret ; Louis Roussillat, professeur en congé, à Guéret.

BIBLIOTHÈQUE. — Don reçu : de M. M.-A. Martin, son article sur Le carton dans la tapisserie moderne, qu'a publié la revue La Construction moderne.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. P. Maitre lit une notice sur les cupules que présentent les amas de rochers tels que les Pierres Jomâtres et les roches de Clamoujeas près Faux-la-Montagne.

— M. Emile Genevoix a envoyé les observations entomologiques qu'il a faites à Dun sur l'insecte dit Galéruque de l'Orme, qui s'attaque aux feuilles de cet arbre.

— M. le docteur Janicaud décrit des monnaies romaines et des restes de la période gallo-romaine découverts aux Petites Louches, commune de Sannat, qui ont été signalés par M. Billy.

— M. Marcel Génermont a envoyé le plan qu'il a relevé de l'église de Mazérat, commune de Tardes.

— M. H. Hugon a envoyé la note suivante : « M. Eyssartier, conservateur des hypothèques honoraire à Bugeat (Corrèze), a signalé à l'attention de notre Société la base d'une croix dite du Pilar, située au village de Champeix, commune de Bugeat. Il s'agit d'un fût quadrangulaire de granit de 1 m.,90 de haut, en haut duquel est sculpté un écu fort effacé par les intempéries et qui semble présenter : en chef deux chevrons ou étais jumelés, écimés, et en dessous une figure peu discernable, telle qu'un chevron couché. Je n'ai pas réussi, sur ces seules bases, à identifier ces armes d'après les recueils d'armoiries de nos régions. Un fait intéressant à noter est que cette pierre (dont la croix supérieure n'existe plus) peut se trouver sur un point-limite d'une dépendance de la Haute-Marche. Celle-ci comprenait en effet (cf. Antoine Thomas, Le Comté de la Marche et le Parlement de Poitiers), à titre de « feux particuliers » enclavés dans le Bas-Limousin, quelques maisons de Bugeat et les hameaux voisins d'Orlianges, Gioux et Massoutre. Elle devait être une borne de seigneurie, comme le donnent à penser ces armoiries, qui pouvait servir, en même temps, à marquer la limite de l'enclave marchoise. M. Eyssartier a eu l'excellente idée de faire relever cette borne pour en assurer la conservation ».

— M. Adrien Rivet communique la minute d'un acte reçu par Debel, notaire royal à Crocq, le 11 août 1680, relatif à la construction d'un presbytère au Monteil-Guillaume, alors chef-lieu de paroisse (aujourd'hui commune de Crocq). Le curé avait fait assigner les deux collecteurs de la paroisse pardevant le juge du Nabeyron [membre de la commanderie de Sainte-Anne, de l'Ordre de Malte, aujourd'hui commune de Crocq], pour les faire condamner, en cette qualité, à lui faire construire un presbytère qui devrait être achevé à l'entrée de l'hiver. Les collecteurs, assistés du notaire, se présentent à l'issue de la messe paroissiale et exposent aux habitants qu'ils doivent établir entr'eux une contribution pour payer les dépenses de cette construction. Les habitants donnent leur consentement à la proposition et le notaire en dresse procès-verbal.

— M. Valadeau communique une copie incomplète d'un long mémoire intitulé Observations sur l'affaire des habitants de la ville de Guéret contre le régisseur général des domaines de Sa Majesté. Ce conflit était relatif aux droits de lods et ventes que le régisseur prétendait contraindre les habitants à payer pour les acquisitions faites « dans la ville et son district ». On contestait cette prétention par le motif que la ville de Guéret avait été affranchie de ce droit en 1406 par Jacques de Bourbon, comte de la Marche, et qu'en fait elle ne l'avait jamais payé.

Le mémoire n'est pas daté ; la copie communiquée est d'une écriture du xviiie siècle.

— M. Louis Lacrocq présente l'énumération des paroisses entrées dans la formation du département de la Creuse qui, à la veille de la Révolution, dépendaient de la généralité de Bourges (élection du Blanc, d'Issoudun et de Saint-Amand).

— M. Henri Hugon a envoyé les deux notes biographiques suivantes : « J'ai retracé dans le Courrier du Centre du 9 septembre 1934, la carrière militaire d'un Creusois, Joseph Picot, né à Boussac en 1773, fils de Silvain, maître chirurgien, et d'Anne de Sainthorent. Maréchal des logis dans la gendarmerie d'élite de Napoléon Ier, il fut choisi pour être l'un des quatre fourriers du Palais chargés de la surveillance permanente des Tuileries. Frédéric Masson le cite avec éloges. Titré chevalier de l'Empire en 1810 avec des armoiries évoquant ses fonctions, il exerça celles-ci jusqu'à l'abdication de Fontainebleau et quitta alors l'armée avec le grade de capitaine de gendarmerie de la Garde. Il ne reprit pas de service sous les Bourbons ; retiré dans le Blésois où il s'était marié, il y vécut jusqu'au 22 mai 1837, y laissant des enfants dont l'aîné, Anatole Picot, reçut de Louis-Philippe la confirmation du titre de noblesse de son père.
Un frère aîné de notre fourrier du Palais, Gilbert Picot, avait été l'un des lieutenants du 2e bataillon de volontaires de la Creuse parti en 1792 pour l'armée du général Biron, sous le commandement du lieutenant-colonel Gudin.
D'après les références données par Roger Drouault (Bull. Soc. archéol. du Limousin, t. LV et LVII) j'ai consulté au tome 25 des Mémoires de la Société des Sciences de l'Yonne, la notice de M. Dondenne sur André-Joseph-Jules Mondot de Lagorce, membre fondateur de ce groupement, né à La Souterraine (Creuse) le 21 février 1791.
Boursier au lycée d'Auxerre, sorti de l'Ecole polytechnique avec le numéro 5, ingénieur des Ponts et Chaussées, il fut, en dernier lieu, ingénieur en chef à Lyon, puis à Auxerre où il prit sa retraite. Il mourut, à près de quatre-vingts ans, le 5 février 1870, dans la propriété de sa fille, la baronne de Dijols. Il avait dirigé d'importants travaux hydrauliques, et son esprit encyclopédique s'était manifesté dans de nombreuses productions imprimées et manuscrites touchant aux mathématiques, à l'administration, à l'histoire générale, à la généalogie, etc. M. Dondenne lui attribue une très grande facilité de travail, alliée à une profonde originalité, qui lui faisait « traiter les questions d'histoire à la manière des problèmes de géométrie ». Le volume de la Société de l'Yonne pour 1865, contient, de lui, une sorte de Code de la Noblesse française dont certaines assertions sont tout à fait personnelles à leur auteur.
François Mondot, conseiller du roi au siège royal de Bellac, fut, en 1700, inscrit à l'Armorial général avec des armes réglées d'office par d'Hozier. Un descendant, qualifié « de Beaujour », se maria à Arnac-la-Poste avec une fille du maître de poste Ytier. Il en eut deux fils : un chanoine de Meaux, dont Fray-Fournier a décrit un portrait, et François-Philippe qui vint épouser à La Souterraine Marie-Rosalie Floret, d'une famille notable de cette ville. De là naquirent un inspecteur de la navigation de la Seine qui fut André Mondot de Beaujour, et notre ingénieur, lequel porta le nom de Lagorce venant d'une terre patrimoniale. Un des Ytier, émigré en Bourgogne pour diriger l'entreprise des coches de l'Yonne sous le Consulat, appela comme associé son parent, François-Philippe, qui se fixa définitivement à Auxerre avec ses enfants en bas-âge ».

— Une note de Mlle M.-M. du Muraud donne des renseignements sur la fabrication ancienne de l'huile dans les régions de Gouzon, Boussac et Saint-Yrieix-les-Bois.

— Une note de M. Aguillaume indique l'étymologie du nom de village « Les Hommes », commune de La Souterraine. Ce nom altéré vient du nom d'arbre orme (en latin ulmus) et s'écrivait exactement autrefois « Les Oulmes ».