SÉANCE DU 24 JANVIER 1935

Présidence de M. Louis Lacrocq, président

Présents : Mlles Bellegy, du Muraud, Théreil, MM. Aureix, le docteur Bordier, de Bourran, de Lacotte, Cluzet, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Jean Dutheil, Foucart, Gautheron, le docteur Janicaud, Laborde, Lacombe, Lafay, de Lajaumont, Sarrassat.

Excusés : M. et Mme Petit, MM. Chatreix, Pajot.

L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de M. Elie Marceron, membre titulaire, récemment décédé.

Des félicitations sont adressées à MM. Audollent et Verrier, membres honoraires, promus officiers de la Légion d'honneur.

COMPTES ET BUDGET. — M. Laborde, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1934 :

Recettes
En caisse au 31 décembre 1933 . . . . . . . . . . . 2.804,25
Subvention du département. . . . . . . . . . . . 1.349,50
Subvention de la ville de Guéret . . . . . . . . . 2.500,00
Cotisations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10.206,50
Vente de volumes des Mémoires. . . . . . . . . . . 860,00
Intérêts de rente . . . . . . . . . . . . . . . 180,00
Droits d'entrée au Musée. . . . . . . . . . . . . 1.500,00
19.400,25

Dépenses
Gardiens du Musée . . . . . . . . . . . . . . . 1.800
Impression, brochage et clichés des Mémoires : Factures payées . . . . . . . . . . . . . . . . 6.734
Factures à payer non encore remises . . . . . . 5.000
Frais d'envoi des Mémoires. . . . . . . . . . . . 1.027,40
Frais de bureau. . . . . . . . . . . . . . . . . 182,75
Musée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2.630,10
Bibliothèque. . . . . . . . . . . . . . . . . . 426,15
17.810,40

RECETTES. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19.400,25
DÉPENSES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17.810,40
Excédent de caisse au 31 décembre 1934. 1.589,85

Dans le compte ci-dessus ne sont pas compris quatre rachats de cotisations effectués pendant l'année 1934 et versés au livret de Caisse d'épargne, qui s'élève, au 31 décembre 1934, à 15.152 fr. 57.

Les comptes vérifiés par MM. Aureix et Cluzet sont reconnus exacts et approuvés. Des remerciements sont adressés à M. Laborde, trésorier.

Le budget de 1935, établi par le bureau, est approuvé.

ADMISSIONS. — MM. Victor Daum, inspecteur d'Académie, à Guéret ; Dubujadoux, greffier en chef du Tribunal, à Guéret ; le docteur Pierre Dufour, à Châteauroux ; Meaume, juge de paix à Bonnat ; Henri Parrain, directeur du secteur électrique, à Issoudun ; le docteur Pradeilles, à Saint-Pierre-de-Fursac ; Edouard Raphanaud, peintre à Guéret ; Roger-Louis Sarrassat, répétiteur au Lycée, à Guéret.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Sarrassat lit le supplément qu'il a rédigé à son étude sur Les Muscinées du département de la Creuse, parue dans nos Mémoires, tome XXIV.

— M. Louis Baraille signale la découverte au bourg de La Celle-Dunoise d'un filon de carbone rencontré au cours du creusement d'un puits dans le jardin de M. Louis Lassarre, en bordure de l'écluse de la Creuse, rive droite. Il communique des observations de M. Chrissement-Villain, docteur ès-sciences, qui a examiné des échantillons de ce carbone.

M. Chrissement-Villain explique que, malgré l'absence de carboniférien dans la région immédiate, ce carbone doit provenir d'anthracite qui a subi une sorte de distillation, tous les éléments gazeux ayant été éliminés, sauf la fraction surcarburée. Sa formation a dû être accompagnée de réactions caloriques considérables. Il est le produit intermédiaire entre l'anthracite et le graphite, que les minéralogistes russes ont appelé « schungite ».

M. Louis Lacrocq indique la mention, sur la carte géologique de France, de graphite au village de Longsagne, commune de La Celle-Dunoise.

— M. le docteur Janicaud décrit diverses découvertes de la période gallo-romaine : cippe à Ahun, aqueduc à Evaux, sépultures à Saint-Priest d'Evaux et à Sannat.

— M. Aureix signale deux boîtes de sépultures gallo-romaines en granit.

L'une est à Bénévent-l'Abbaye dans le jardin de M. Dupuy, horloger, depuis longtemps, mais son lieu de découverte n'est pas connu. Elle est à bourrelet ; son couvercle ovoïde est soigneusement taillé.

L'autre, d'une taille moins soignée, se trouve à 300 mètres du Grand-Murat, commune de Bénévent-l'Abbaye, dans une haie séparant deux terres près du Peu du Bournal. Tout à côté il y a des excavations et des amas de pierres.

Au sujet de cette dernière sépulture, M. Aureix rappelle qu'une voie romaine secondaire passait au Grand-Murat, se dirigeant vers le Mont-de-Jouer. Aux abords du Grand-Murat la voie traversait le marais qui entoure l'étang de La Toueille dont une partie, la seule où on trouve des pierres, est appelée « le Peira ». (Sur les découvertes gallo-romaines faites au Grand-Murat et sur la voie, cf. Mémoires, t. III, p. 488, 491, t. XIV, p. 500, 501).

— Lecture est donnée d'un article de M. Adrien Blanchet, membre honoraire, sur le monnayage des comtes de la Marche.

— M. Adrien Rivet communique des extraits des registres paroissiaux de Flayat qui fournissent au sujet de l'église de ce bourg les renseignements suivants :

La chapelle dédiée à saint Martin avait été construite par Sébastien Paschal, maître tailleur de pierres de la paroisse de Champagnat. Sa bénédiction eut lieu le 30 octobre 1733.

La chapelle dédiée à la sainte Trinité, au Nord du chœur, fut bénite le 21 novembre 1733.

Une cloche fut bénite le 16 juin 1741 par Mgr de Coetlosquet, évêque de Limoges, au cours de sa tournée pastorale. Le parrain fut messire Guy d'Ussel, marquis de Châteauvert, la marraine Marguerite Blin de Saint-Julien, dame de Flayat. La cloche avait été fondue sur place le 31 mars précédent au moyen d'une autre cloche et de 700 livres de métal ajouté ; elle pesait 1200 livres. Le nom du fondeur n'est pas indiqué.

Une note des mêmes registres paroissiaux relate une mission prêchée à Flayat, du 20 septembre au 18 octobre 1789, par cinq prêtres de la Mission de Limoges. Elle fut suivie de la plantation d'une croix dans le cimetière.

— M. Jean Desjobert de Prahas lit le récit, qu'il a établi d'après un mémoire judiciaire, de vifs incidents qui se produisirent à Nouzerines, en 1757, entre le curé Pierre Deboudachier et la famille de Ligondès.

— M. Pierre Dutheil communique un extrait des registres paroissiaux de Guéret mentionnant la bénédiction du nouveau cimetière, le 6 mars 1784, par Yves-Valérie de Chatillon, curé, en présence des prêtres communalistes, de magistrats, du maire, Chorllon de Saint-Léger, de Sudre et Fayolle, « premier et second eschevins », ainsi que de nombreux habitants. La note se termine par cette phrase : « Les sieurs Cave, Deplaigne et Vincent, quoique duement invités par M. le curé, se sont retirés sans vouloir assister à la cérémonie ».

Ce cimetière était celui dit de Corbière (emplacement du lycée de garçons), qui fut désaffecté en 1840 (cf. Dr Villard, Notes sur Guéret, Mémoires, t. X, p. 298).

— M. Jean Dutheil lit la note suivante : « Il existait avant la Révolution une loterie royale qui fut supprimée par un décret de la Convention nationale du 27 frimaire an II. Le 29 germinal an III, un nouveau décret de la Convention décida que les maisons et bâtiments appartenant à la Nation seraient aliénés par voie de loterie. Il faut entendre ici les biens provenant du clergé ou des émigrés. La loterie devait être, dans la pensée des administrateurs, un moyen d'accélérer la vente de bâtiments dont l'entretien devenait trop coûteux. L'aveu est fait en toutes lettres dans une circulaire de la Commission des revenus nationaux.
Le prix du billet de loterie était de 50 livres. Les lots, de trois sortes, comprenaient des maisons et bâtiments, des meubles précieux, des bons au porteur de différentes valeurs.
Une circulaire adressée aux directoires des districts leur prescrivait de dresser le tableau de toutes les propriétés immobilières de leur ressort susceptibles d'entrer dans la composition des lots. Les Archives départementales de la Creuse possèdent cette liste pour le district de Bourganeuf. En dehors du château de Bourganeuf elle comprenait simplement des maisons curiales ou des dépendances de maisons curiales.
Le citoyen Léonard Plantadis fut chargé d'évaluer les bâtiments. Après une description assez sommaire, il donnait la valeur des immeubles au moment présent et leur valeur en 1790.
A Bourganeuf, la maison de Marien Foucaud était évaluée à 15.000 livres en 1790 et 40.000 livres en l'an III. Une cour et une écurie écroulée 3.000 et 10.000 livres. On avait fait deux lots du château. Dans le premier lot étaient la tour Lastic, un corps de bâtiments, une cour, une partie du jardin évalués 15.000 livres en 1790, 40.000 livres en l'an III. Le deuxième lot comprenait la tour Zizim et une autre partie du jardin évaluées 7.000 et 20.000 livres.
La maison curiale de Marsac comprenait deux « bas », un corridor, une cave, deux « hauts », un grenier, une cour, une boulangerie avec chambre au-dessus, une écurie pour chevaux et vaches, un jardin en bon état. L'évaluation de l'ensemble est de 3.800 et 8.600 livres.
A Laforest on trouvait « trois bas », un corridor, une cave, deux « hauts », un grenier, une cour, un jardin, une boulangerie, une écurie. Les estimations s'élevaient à 3.200 et 8.000 livres.
A Saint-Moreil la maison curiale comprenait quatre « bas » et un grenier. Avec le jardin les évaluations étaient de 1.800 et 4.000 livres.
A Védrenas (Montboucher), la maison curiale était un simple appentis adossé à l'église estimé 100 livres pour 1790, 200 livres en l'an III ; une mauvaise grange à Saint-Martin-Château valait 150 et 400 livres ; une grange et une écurie à Saint-Pardoux-Lavaud, 250 et 600 livres. Mais une grange et une écurie à Saint-Hilaire-le-Château valent 1.700 et 3.500 livres, plus qu'une maison curiale en bien d'autres endroits.
Il serait intéressant de connaître le sort de tous ces immeubles. La cote L 144, où sont puisés les renseignements ci-dessus, est muette à ce sujet ».

— M. Maurice Dayras présente trois placards, imprimés à Guéret, chez Guyès, reproduisant des arrêtés de l'administration centrale du département de la Creuse, pris en exécution de la loi du 9 floréal an III, pour opérer le partage de biens de parents d'émigrés entre leurs successibles et la République. Ces arrêtés concernent la famille Merle de La Brugière (26 nivôse an VII), la famille Tournyol du Rateau (2 prairial an VII), la famille Ranon (28 fructidor an VII).

— M. Louis Lacrocq communique la copie, prise aux Archives des Monuments historiques, d'un rapport de Prosper Mérimée du 16 juillet 1841 rendant compte d'une tournée d'inspection qu'il a faite dans la Creuse (cf. ci-dessus, p. xxxii).

— Lecture est donnée d'une note de M. Henri Hugon sur Mélanie Bourotte (1834-1890), femme de lettres qui s'était fixée à Guéret en 1853, et sur sa famille.

— M. René Martin a envoyé une note sur le culte de saint Silvain à Aigurande.

— Présentation est faite d'un dessin de M. Alfred Arfeuillère figurant une cabane de bergers aux environs de Tarnac (Corrèze) ; de photographies faites par M. le docteur Janicaud de la croix dite Croix-Picat à Crozant, de la maison de la famille Jorrand à Ahun (fin du xviiie siècle), et du bâtiment proche de cette maison qui était autrefois le relai de poste.

 

 

SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1935

Présidence de M. le docteur Bordier, conservateur du Musée

Présents : Mme Petit, Mlles Bellegy, du Muraud, Théreil, MM. Barthon, Blanchet, de Bourran, Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, de Forges, Foucart, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay.

Excusés : MM. Louis Lacrocq, Chatreix, Lacombe.

L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de M. Charles Legendre, membre honoraire, du docteur Riollet et de M. François, membres titulaires, récemment décédés.

Des félicitations sont adressées à M. l'abbé Malapert et à M. Raymond Pruchon, membres titulaires, nommés officiers d'Académie.

BIBLIOTHÈQUE. — M. H. Hugon a fait don du tirage à part de l'article, Les aïeux de Renoir et sa maison natale, qu'il a publié dans La Vie Limousine (1935). M. et Mme Petit ont fait don de brochures relatives à la guerre de 1914-18.

ADMISSIONS. — M. J. Bayle-Saint-Setier, à La Courtine ; M. Aymé Berchon, licencié ès-lettres, à Paris.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud lit une note sur Ahun gallo-romain (Acilodunum).

— Lecture est donnée d'une note de M. Chatreix sur le prieuré que l'abbaye cistercienne de La Colombe (du diocèse de Bourges) possédait à Bordessoulle, paroisse de Saint-Maurice près La Souterraine. Cette note contient l'énumération des biens du prieuré, ainsi que des indications sur une chapelle lui appartenant, qui s'élevait au centre du village, et était dédiée à sainte Catherine (Cf. Pouillé de Nadaud, p. 361). Il ne reste plus de trace de ce petit édifice qui existait encore en 1791 ; sa cloche fut enlevée en exécution de la loi du 6 août 1791 pour être fondue. Lors de la confection du plan cadastral (1825) les ruines furent indiquées à la matrice (nos 453 et 465 section D) comme « mazure de la chapelle ».

M. Chatreix a aussi envoyé :
1° Le dessin d'une croix en granit, du xviiie siècle vraisemblablement, qui s'élève toujours près de l'emplacement de la chapelle (à un angle du no 453) ; sa hauteur est de 0 m.,60, la longueur de la traverse horizontale de 0 m.,41 ; sur une face est le Christ grossièrement sculpté ;
2° La photographie d'une statue de sainte Catherine, provenant de la chapelle, conservée dans le village, chez M. J. B. Prieur ; elle est en bois, toute vermoulue, et mesure 0 m.,75 de hauteur.

M. Chatreix signale, d'après la tradition, le culte dont cette statue a été l'objet jusqu'aux environs de 1895 : pour obtenir la pluie dans les périodes de sécheresse on la portait en procession à travers le village sur un brancard que tenaient deux femmes ; elle était recouverte de dentelles et d'étoffes de couleur.

L'examen de la photographie montre que, sans aucun doute, cette statue représente bien sainte Catherine avec son attribut habituel, la roue. Les plis de la robe, le corsage, la coiffure la datent de la fin du xve ou du début du xvie siècle.

— M. Louis Lacrocq signale la publication par M. J. J. Marquet de Vasselot, conservateur honoraire des Musées nationaux, dans le Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français (1934, 1er fasc., p. 150-156) de deux documents, incomplètement publiés ou mentionnés jusqu'à présent, concernant la manufacture de tapisseries de Felletin qu'il a trouvés à la Bibliothèque du Victoria and Albert Museum de Londres.

Ce sont des placards imprimés à Moulins, reproduisant deux arrêts du Conseil d'Etat du 24 septembre 1770, l'un autorisant les tapissiers de Felletin à mettre sur les pièces tissées par eux, au lieu de la bordure brune qui leur était jusqu'alors imposée et qui, dit l'arrêt, amenait « le discrédit » de ces pièces, la même bordure bleue qu'à Aubusson ; l'autre accordant aux jurés-gardes de Felletin des exemptions d'impôts et réglant une question d'élection de ces jurés-gardes.

— Présentation est faite d'une lithographie représentant Guéret qu'a communiquée M. le médecin général Guillon à qui elle appartient.

M. Louis Lacrocq a envoyé, au sujet de cette gravure, la note suivante, accompagnée de la lithographie lui appartenant que mentionne cette note :

« La lithographie que notre collègue Guillon a bien voulu nous faire connaître est un document intéressant pour l'iconographie guérétoise.
Elle mesure 285 millimètres en largeur, 200 en hauteur, filets compris ; elle porte les mentions suivantes à sa partie inférieure : Guéret (Creuse). Drulin lith. d'après le croquis de Holstein. A Paris, chez Bénard, rue des Martyrs, no 65. Lith. Roissy.
Elle donne une vue d'ensemble de la ville de Guéret prise d'un point situé au Nord-Nord-Est. Un arrangement factice de fleurs, de barrière, d'arbres et d'arbustes encadre le premier plan formé par une vaste prairie où paissent des bovins gardés par un paysan, une paysanne et un chien. La ville apparaît en groupement allongé, dominée par le « clocher » de l'église ; au devant de celle-ci, la maison Chorllon est bien reconnaissable. Le fond est constitué par la colline de Grandcher et celle de la Madeleine, assez exactement dessinées, et tout-à-fait à l'arrière, un Maupuy fantaisiste. Malgré une part d'interprétation assez large, on a là un dessin fidèle dans ses grands traits et bien fait.
Cette lithographie, non datée, est antérieure à 1846 puisqu'elle figure le « clocher » qui était la tour-lanterne montée sur le carré du transept de l'ancienne église et qui fut démolie en cette année 1846.
Des notices sur l'artiste auteur du croquis, Holstein, se trouvent dans le Dictionnaire... des artistes... de Bellier de La Chavignerie et Auvray, et dans le Dictionnaire des peintres... de Bénézit. Son nom y est écrit non pas Holstein, comme sur la lithographie, mais Hostein (Edouard-Jean-Marie). Né à Pléhédel (Côtes-du-Nord) le 30 septembre 1804, il est mort en 1886. Peintre et lithographe, il a eu une carrière honorable et une production abondante où l'on relève sa collaboration, comme illustrateur, aux célèbres Voyages pittoresques du baron Taylor.
Il existe un autre tirage de cette vue de Guéret et j'en possède un exemplaire. Cet autre tirage ne diffère de celui de l'exemplaire du docteur Guillon que par la tonalité — il est beaucoup moins noir — par la disposition des filets d'encadrement et par les inscriptions qui se présentent ainsi :
Au dessus de la gravure : Chefs-lieux de la France, no 81 ; au dessous : Drulin lith. Guéret (Creuse). Chez Aubert gal. Véro-Dodat. Imp. d'Aubert et Cie.
J'ai acheté cette lithographie à Paris en 1919 à la librairie Maurice Rousseau, 33, rue de Châteaudun. Son catalogue l'annonçait, sous le no 6.965, en ces termes : Vues des principales villes de la France, dessinées et lithographiées par Lecamus, Hostein, Perot, Deroy. A Paris, chez Aubert et Cie éditeurs, place de la Bourse. Creuse. Guéret. Je ne possède pas de renseignements sur cette collection de la maison Aubert où a figuré notre lithographie. Le tirage appartenant au docteur Guillon n'en provient évidemment pas. A-t-il fait partie d'une autre série ou représente-t-il un tirage à part de la planche ? Est-il antérieur ou postérieur à l'utilisation de la planche par la maison Aubert ? On ne peut pas, présentement, répondre à ces questions ».

— M. Jean Dutheil lit le récit d'une procédure entre les Bénédictins du Moutier-d'Ahun et les Célestins des Ternes, pour des réparations à faire au chœur de l'église de Cressat. Une transaction termina, en 1777, ce conflit qui avait duré plusieurs années.

— M. Adrien Rivet communique des extraits du registre des délibérations du Conseil général de la commune de Flayat : 1° Une déclaration des biens et revenus de Jean-Germain Broquin, curé de Flayat, avec l'énumération des charges les grevant (28 février 1790) ; — 2° Une déclaration des biens et revenus de l'ordre de Malte, situés dans le territoire de Flayat (17 août 1790) ; — 3° Une déclaration des biens et revenus possédés sur Saint-Merd-la-Breuille et Flayat, par l'abbaye de Bonnaigue (18 août 1790) ; — 4° Le tableau des ecclésiastiques habitant Flayat, dont les traitements doivent être payés par les receveurs des districts (23 janvier 1791) ; — 5° La prestation de serment faite le 3 février 1791, par Jean-Germain Broquin, curé, et Germain Broquin, vicaire ; — 6° Le récit d'incidents survenus entre le curé constitutionnel Botte, le curé et le vicaire Broquin, prêtres insermentés.

— M. Pierre Dutheil communique le rapport de Rémy, sous-préfet d'Aubusson en l'an XIII, sur les eaux minérales, qu'il qualifie de « martiales et vitrioliques » de Villedeau, commune de Saint-Frion.

— M. le médecin général Guillon communique la grosse de l'acte reçu par Rocque, notaire à Guéret, le 9 janvier 1816, contenant vente par Marie-Guitterie Guillon, célibataire, demeurant à Guéret, à Etienne Lavandon, propriétaire, demeurant en la même ville, de la propriété de La Villatte-Billon, commune de Saint-Victor, pour le prix de 41.460 francs. Cette propriété comprenait deux domaines à 4 bœufs chacun, un moulin à blé et la maison de maître avec ses dépendances.

M. Louis Lacrocq rappelle que La Villatte-Billon avait été un fief ayant appartenu aux de Brachet, seigneurs de Montaigut-le-Blanc, et qui, au xviiie siècle, était passé à la famille Guillon.

— Lecture est donnée d'une note de M. Henri Hugon, sur La Trésorerie générale de la Creuse.

— M. Louis Lacrocq a signalé la publication, dans le Courrier du Centre édition de la Corrèze, du 13 février courant, de documents sur le séjour d'Alfred Assolant à Brive en 1885.

Alfred Assolant venait dans cette ville en villégiature depuis plusieurs années. Le journal local La République salua son arrivée, au printemps de 1885, par un article des plus louangeurs. L'écrivain y répondit par une lettre au rédacteur, datée du 20 avril, le remerciant, faisant l'éloge de cette « ville charmante » et de ses habitants, disant qu'il « aime passionnément » la vallée où s'élève Brive et s'y fixera peut-être. Il ne pensait pas alors que ses jours étaient comptés : il devait mourir moins d'un an après, le 3 mars 1886.

— M. Jean Desjobert de Prahas communique une lettre écrite le 7 mai 1826 par un ouvrier émigrant de la commune de Domeirot, Jean Barat. Cette lettre destinée à sa mère est adressée au maire de la commune, M. Dissandes de Bogenest, notaire à Domeirot. Barat dit qu'il travaille dans le département du Jura, à Favaux (?) depuis le 10 avril, avec son oncle Bastien Ménager, qui y est établi ; il est satisfait et compte « y rester la campagne ». L'ouvrage va assez bien, il y a de quoi s'occuper, mais les prix « sont bas à cause de la quantité d'ouvriers qui se trouve dans le pays ; la journée ne peut pas aller plus haut que de 25 à 30 sous et nourri ». Barat donne des nouvelles de deux camarades Gilbert Lombard, « parti du pays » avec lui, et Silvain Jouannet qu'ils ont trouvé à Nevers ; tous deux travaillent « dans les environs ». A cette lettre l'oncle, Bastien Ménager, en joint une à sa sœur pour lui « témoigner le contentement » que lui a donné son neveu « en venant le joindre » dans le pays où il est fixé.

 

 

SÉANCE DU 4 AVRIL 1935

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit, Mlles Bellegy, du Muraud, Théreil ; MM. Aureix, Barthon, Beluchon, Blanchet, le docteur Bordier, de Bourran, Chatreix, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, R. de Forges, le docteur Janicaud, de Lajaumont, Petit, Sarrassat.

M. le Président communique le compte-rendu publié dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest (1934, 3e trim.) du Centenaire de cette Société, célébré à Poitiers les 5-7 juin 1934, où notre éminent collègue, M. le professeur Henri Rousseau, a bien voulu nous représenter.

Il fait remarquer que le fondateur de la Société des Antiquaires de l'Ouest, en 1834, a été Mangon de Lalande, directeur de l'Enregistrement, venu à la fin de 1833 à Poitiers de Guéret où il avait occupé le même poste. Mangon de Lalande n'avait fait qu'un court séjour dans la Creuse, mais il lui avait suffi pour s'occuper activement de l'archéologie de notre département. Il avait été parmi les fondateurs de notre Société (cf. fascicule du Centenaire, p. 42). Il étudia les thermes romains d'Evaux sur lesquels il adressa en 1833 un rapport au préfet, et après son départ de la Creuse écrivit deux articles (cf. Dr. Janicaud, Evaux gallo-romain, Mémoires, t. XXV, p. 406, note 2 et Bibliographie, p. 430).

Parmi les érudits qui ont contribué au développement de la Société des Antiquaires de l'Ouest, il faut aussi citer Alfred Richard qui, avant d'être archiviste de la Vienne, avait été archiviste de la Creuse (cf. Mémoires, t. XIX, p. 603).

— Des félicitations sont exprimées à MM. Louis Bréhier, professeur à la Faculté des Lettres de Clermont-Ferrand, membre honoraire, élu membre de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres ; Joseph Ducouret, membre titulaire, nommé chevalier de la Légion d'honneur ; Mayade, membre titulaire, nommé officier d'Académie.

— Communication est donnée du programme du Congrès de l'Association bourguignonne des Sociétés savantes, qui se tiendra du 26 au 29 mai 1935, à Dijon, et pour lequel notre Société a reçu une invitation.

— L'adhésion de la Société est donnée au projet, formé par la Fédération historique lorraine, de créer une loterie nationale des Monuments historiques.

— Des remerciements sont adressés à la municipalité de Guéret pour l'invitation qu'a reçue la Société à assister aux fêtes de l'inauguration de l'hôtel de ville.

— Des remerciements sont adressés à M. l'Inspecteur d'Académie qui a bien voulu faire paraître au Bulletin de l'Instruction primaire de la Creuse, une note recommandant les études et recherches historiques et archéologiques envisagées du point de vue local.

— Le vœu suivant est émis : « La Société appelle respectueusement l'attention de M. le directeur général des Archives sur la vacance du poste d'archiviste départemental de la Creuse, et sur l'intérêt qu'il y aurait pour les études locales à le pourvoir le plus rapidement possible d'un titulaire ».

INVENTAIRE SUPPLÉMENTAIRE DES MONUMENTS HISTORIQUES. — Ont été inscrites à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, par arrêté du 4 mars 1935, les églises de Nouhant, La Cellette et Mazeirat, commune de Tardes.

NÉCROLOGIE. — M. Pierre Charreyron, doyen de l'Ordre des avocats à la Cour de Limoges, ancien bâtonnier, est décédé à Limoges le 30 mars dernier, à l'âge de 73 ans. Par son intelligence, sa valeur de juriste, sa culture, comme par la dignité de sa vie et l'élévation de son caractère, il avait été au premier rang du barreau limousin. Commandant au 89e d'infanterie territoriale, il s'était glorieusement conduit pendant la guerre ; il avait été blessé et avait reçu la rosette de la Légion d'honneur.

M. Charreyron s'intéressait beaucoup à la littérature et à l'histoire. Ses attaches étaient limousines, mais il connaissait bien la Creuse et aimait notre département. Aussi avait-il accepté, avec le plus aimable empressement, en 1926, d'être membre correspondant de notre Société. Il écrivait fort bien et il nous a envoyé d'excellentes contributions à nos Mémoires (L'avocat Sandon, t. XXI, p. 401-414, Hellénistes creusois, t. XXII, p. xciv-xcvi). Nous saluons respectueusement sa mémoire.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. le docteur A. Sallet, deux études qu'il a publiées, l'une sur un palmier du Sud-Annam, l'autre sur une mesure d'identité en Annam ; — de M. Nouguès, le programme illustré du Congrès régional des sous-officiers de réserve tenu à Guéret le 17 mars 1935.

ADMISSIONS. — MM. Albert Jacquet, à Paris ; Fernand Kissel, à Ablon ; l'abbé J.-B. Landon, à Feytiat (Haute-Vienne) ; Lobel-Riche, peintre et graveur, à Neuilly-sur-Seine.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Chatreix présente les plans et coupes, avec notice explicative, de deux souterrains-refuges, découverts l'un en mars 1926, au village de La Faye, commune de Saint-Maurice-la-Souterraine, en creusant des fondations, l'autre en 1930, près du village de La Bauche, même commune, à la suite de la chute d'un arbre.

— M. le docteur Janicaud signale la découverte faite par M. Joseph Danchaud, aux Vergnes, commune du Compas, des vestiges d'une importante villa gallo-romaine.

Il décrit des maisons de la Grand'Rue de Guéret qui viennent d'être démolies et dans lesquelles se voyaient des fenêtres du xve siècle, avec bancs de pierre dans les embrasures, et une cheminée armoriée.

— M. Gabriel Quellet a envoyé la photographie qu'il a faite de la statue connue sous le nom de Mousse-Gagnet ou Monsganier à La Souterraine, où elle est encastrée dans le mur nord-est du cimetière. C'est une statue funéraire en granit qui, autant que son état très fruste permet d'en juger, représente un prêtre ou un moine et date de la fin du xiie siècle.

Camille Jouhanneaud (Excursion archéologique à La Souterraine et dans ses environs, Bull. Soc. archéol. du Limousin, t. XL, p. 399) a rapporté la légende locale d'après laquelle le personnage représenté serait un moine de La Souterraine, Raymond de Vigeois, tué en 1172, au cours d'une sédition des habitants. Aucun document n'appuie cette légende. Ce qui est certain est la superstition populaire qui s'attache à cette image affublée d'un nom qu'on ne peut expliquer : Mousse-Gagnet passe pour porter malheur et, à cause de ses maléfices, les enfants lui jetaient des pierres.

Dans la revue La Marche (nos de novembre et décembre 1860), André Thévenot a publié, sous le titre Mousse-Gagnet, une histoire fantaisiste et romantique.

— M. Louis Lacrocq signale un article de M. R. Boutruche sur Les courants de peuplement dans l'Entre-Deux-Mers (1re partie, du XIe au XVe siècle) paru dans les Annales d'histoire économique et sociale de janvier 1935. Cette intéressante étude montre que la région du Bordelais ainsi désignée, qui est située entre la Dordogne et la Garonne, a reçu de nombreux immigrants venus de diverses provinces, notamment la nôtre. M. Boutruche a relevé Bazelat comme un des lieux d'origine de ces émigrants.

— M. Louis Lacrocq signale l'existence de forges banales dans les commanderies de Blaudeix et de Chamberaud, appartenant à l'Ordre de Malte.

Celle de Blaudeix est mentionnée par un procès-verbal de visite du début du xviie siècle en ces termes : « Item, deppand de ladite commanderie une forge bannere estant au village de Puyrougier où tous les subjectz sont tenus aller aguiser leurs ferreures pour leur laborage ». Cette forge était affermée et rapportait 12 setiers de seigle (A. Vayssière, L'Ordre de Malte en Limousin, Tulle, 1884, p. 81).

Celle de Chamberaud disparut en 1600 par un « affranchissement du droit de forge » que le commandeur consentit aux tenanciers (cf. communication de M. Chamberaud, Mém. Soc. Sciences de la Creuse, t. XXIV, p. lxxxv-vi).

M. Lacrocq ajoute qu'à sa connaissance ce droit de banalité n'a été rencontré, jusqu'à présent, dans aucune seigneurie laïque de la région creusoise. Une récente étude de M. Ch. Higonnet sur la commanderie que l'Ordre de Malte avait au Burgaud, près de Toulouse (Annales du Midi, 1934, p. 328) indique que « seul le commandeur avait le droit de tenir une forge au Burgaud » et qu'« il céda par la suite ce droit à la communauté ».

— M. H. Hugon a relevé la mention d'un maçon de la Marche, Jean Gryson, qui coopérait, en 1606, à une réparation des fortifications de Gayette [commune de Montoldre, canton de Varennes, Allier], dans une étude de Mlle Melin (Bulletin de la Société d'émulation du Bourbonnais, t. XXXVII, p. 12).

— M. Desjobert de Prahas donne lecture d'un extrait du journal tenu, après 1666, par Martin de Biencourt, conseiller au présidial, qui relate divers événements survenus à Guéret (passage de prêtres orientaux, séjour de nombreux soldats).

— M. Joseph Boulaud communique un acte reçu par Chavepeyre, notaire à Limoges, le 1er juin 1694, contenant vente du fief noble et terre de Saint-Christophe en Haute-Marche [aujourd'hui commune de Sauviat, Haute-Vienne] par Jean Trompaudon du Repaire, chevalier de Saint-Louis, seigneur de Landeys et autres places, capitaine d'une compagnie de chevau-légers dans le régiment de Bizy, résidant en son château de Landeys, paroisse de Saint-Etienne-de-Noblat, à Jean-Baptiste Mailhard, écuyer, seigneur de La Couture, conseiller du roi, président trésorier de France à Limoges.

Il est expliqué à l'acte que le fief était vendu tel qu'il avait été délaissé au seigneur de Landeys par feu Jean Trompaudon, chevalier, seigneur du Repaire de Moissannes, par acte du 6 septembre 1687, reçu par Daniel, notaire à Saint-Léonard.

Le prix de vente était de 6.200 livres que M. Trompaudon du Repaire déclara vouloir employer pour partie « à la remonte des chevaux de sa compagnie qu'il a esté obligé de faire, la plus grande partie d'iceux ayant péri en Allemagne la campagne dernière ».

Cette vente faisait suite à un acte d'emprunt de 2.400 livres, reçu par Chavepeyre le 22 mars 1692, après lequel le fief de Saint-Christophe avait été hypothéqué.

— M. Adrien Rivet a envoyé la copie d'un procès-verbal dressé le 20 août 1788, par Me Jean Battut, notaire royal à Crocq, qui constate les dégâts causés, le 11 août précédent, par une chute de grêle dans les paroisses de Flayat et de Saint-Oradoux-de-Chirouze.

— M. Jean Dutheil lit la note reproduite à la fin du présent procès-verbal, racontant un incident survenu à Aubusson en 1769.

— M. Pierre Dutheil communique le procès-verbal de l'élection des échevins d'Ahun, en septembre 1765 ; conformément à l'édit de mai précédent, la ville fut divisée en trois quartiers élisant chacun quatre députés. Ces douze députés désignèrent parmi eux six notables, qui choisirent entre eux les deux échevins.

— M. le médecin général Guillon communique :
1° Des papiers de famille relatifs à la succession de son trisaïeul, Gervais Guillon, mort à Guéret, âgé de 76 ans, le 7 vendémiaire an VI, laissant deux filles et deux fils ; l'acte de décès le qualifie « administrateur de l'hospice » ; avant la Révolution, il était lieutenant général criminel à la sénéchaussée de la Marche et seigneur de La Villatte-Billon [aujourd'hui commune de Saint-Victor] ; il était marié avec Marie-Anne Dissandes. Dans l'énumération de son mobilier, à un acte du 26 fructidor an VI, on note « douze douzaines d'assiettes de fayence d'Angleterre, ensemble les plats et autres objets en dépendant, de la même fayence ».
2° Un cahier de 17 pages, en entier de l'écriture de Gervais Guillon, contenant, pour la période de 1764 à 1784, les sommes dues à l'église paroissiale de Guéret pour les cérémonies funèbres ; de nombreuses mentions se rapportent à des inhumations dans l'église Saint-Pardoux (qui se trouvait à côté de l'église paroissiale), dans les chapelles des Pénitents blancs, des Récollets, des Sœurs de la Croix.

— M. Adrien Rivet a envoyé la copie d'un acte reçu par Desassis, notaire public à Crocq, le 9 pluviôse an V, acte attestant le décès de Pierre Dumonneix, volontaire du 4e bataillon du Var, tué à Dunkerque, le 8 septembre 1793.

— M. Maurice Dayras analyse une série de vingt-trois procès-verbaux d'adjudication de biens d'émigrés (8-12 pluviôse an II), ventes faites au préjudice des héritiers de la famille de Brachet et concernant la terre de La Rochette, qui fut morcelée entre de nombreux acquéreurs. Le « ci-devant château, en deux corps de logis, cour au milieu », avec premier et deuxième étage, et les bâtiments d'exploitation formaient, avec les prés et côtes environnant le château, un premier lot ; les lots suivants étaient constitués par des tènements d'étendue variable mais toujours peu importante (quelques boisselées pour les terres et bois, la valeur de quelques quintaux de foin pour les prés, qui furent même divisés par des jalons). Le 19e lot, seul, était formé par le domaine de Beauregard, situé à Ceyvat, commune de La Rochette, qui ne fut pas morcelé. Chaque procès-verbal contient une estimation du lot correspondant ; mais les enchères, toujours très disputées, couvrirent en moyenne trois fois l'estimation proposée. Certains prix atteignirent jusqu'au sextuple de l'estimation.

— M. Louis Lacrocq présente deux imprimés communiqués par M. Jean Desjobert de Prahas.

L'un (in-4o, 4 pages, sans indication d'imprimeur) contient le discours adressé à M. de Lasalcette, préfet de la Creuse, par P.-L. Manhès, « directeur de l'Ecole secondaire de Guéret », pour le complimenter de sa promotion au Corps législatif, le 26 février 1807. Ce discours est suivi d'une pièce de vers français en l'honneur du préfet, composée par « le professeur de rhétorique ». L'Ecole secondaire était l'établissement qui allait, peu après, reprendre le nom de collège. (Cf. ci-dessus, p. xxi, commun. de M. J. Dutheil).

L'autre imprimé (in-8o, 8 pages, Guéret, P. Betoulle, 1810), intitulé Collège de Guéret, rend compte de la visite faite à cet établissement par M. Gardet, inspecteur de l'Académie de Limoges. Il reproduit ensuite deux pièces de vers signées la première de Rabany-Beauregard, professeur de rhétorique, la seconde de Glangeaud jeune, professeur de cinquième, et une pièce de vers latins signée de Glangeaud aîné, professeur de troisième, en hommage à l'inspecteur.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LA PARODIE DES FEUILLANTS A AUBUSSON

Etudiant les origines intellectuelles de la Révolution, dans un ouvrage récent, M. Daniel Mornet, professeur de littérature à la Sorbonne, dit que les idées nouvelles, idées d'opposition aux puissances établies, l'Eglise, le Gouvernement, ont commencé à se manifester à Paris dès 1715. Vers 1770, l'irréligion ou les moqueries contre la religion officielle étaient fréquentes dans les cafés, les sociétés littéraires, les journaux, aussi bien en province qu'à Paris. A l'appui de la thèse de M. Mornet, nous citerons un incident survenu en 1769 à Aubusson et qui mérite justement d'être conservé comme preuve du progrès de ces idées nouvelles dans notre province.

Le 16 janvier 1769, Léonard Favaud d'Aubusson, marchand, âgé de 26 ans, épousait Madeleine Gerbaud, âgée de 23 ans. Le soir, sur les dix heures, comme la compagnie était en train de se distraire, une bande de sept masques fit irruption dans la maison. Les dépositions des témoins nous permettent de décrire exactement leur accoutrement. Ces masques portaient une serviette blanche sur la poitrine et une dans le dos, une sur chacun des deux bras et sur la tête une cinquième qui, d'après certains témoins, ressemblait à une mitre. Sur le bas du corps, tous avaient une jupe. Tels quels, ils représentaient approximativement des Feuillants et plusieurs d'entr'eux le dirent. Ils entrèrent dans la chambre haute où se trouvait la compagnie, en dansant et en chantant. Ils firent à plusieurs reprises des gestes de bénédiction et firent mine de confesser quelques femmes ou jeunes filles. Se tenant par la main, ils chantaient une chanson dont les témoins citent seulement le refrain. Cette chanson devait être connue, car l'un des accusés affirme l'avoir entendu fredonner par un prêtre à une réunion mondaine de la noblesse aubussonnaise : « Dixit dominus était à vêpres, Confitebor n'y était pas. Quand serons-nous sages ? Jamais, jamais, ou cent ans après, jamais ».

Duchier, procureur fiscal, porta plainte contre Jacques Guyer, 25 ans, avocat, Léonard Roby, marchand, 41 ans, François Roby, peintre, 24 ans, neveu du précédent, Louis Gallien, marchand, 25 ans, Guillaume Aumont, bourgeois, 36 ans, Etienne Galland, marchand, 30 ans, Jacques Pénicaud, marchand, 36 ans.

Les inculpés, disait la plainte, tous habitants d'Aubusson, en habits de Feuillants, et dans cet équipage accompagnés de tambours et de violons, s'étaient transportés chez le sieur Favaud qui célébrait ses noces, et avaient tenu des propos indécents, mêlés de paroles de l'Ecriture Sainte, d'obscénités. Ils avaient donné des bénédictions, fait des mariages. « Tous ces faits tendent à tourner la religion en ridicule », déclarait le procureur qui demandait l'ouverture d'une instruction, l'audition des témoins puis des inculpés.

Le juge Lombard, faisant droit à la requête du procureur, commença de recueillir les dépositions le 21 juillet. Il y en eut une trentaine. Ces dépositions se ressemblent à peu de chose près. Nous nous contenterons d'en citer quelques-unes et celles-là seulement qui révèlent quelques détails intéressants.

Léonard Favaud, le marié, déposa qu'il avait vu entrer les sept accusés masqués accompagnés d'un tambour et d'un fifre, tous habillés de blanc. Mais il ne lui parut pas que l'habillement pût représenter un ordre monastique. Quelques-uns levaient les mains en l'air, faisaient des gestes de côté et d'autre. Tous chantaient la fameuse chanson.

Gabrielle Garaud, 50 ans, femme d'Augustin Mage, bourgeois, dit entr'autres choses que deux masques se mirent à genoux devant une demoiselle à laquelle ils demandèrent sa bénédiction, en manière de plaisanterie, et la demoiselle leur tendit sa main en plaisantant aussi. Ils chantèrent, sur un ton d'église, une chanson qu'elle ne comprit pas bien. En chantant, ils se mettaient à genoux et se relevaient alternativement.

La jeune mariée remarqua qu'un des masques fit semblant de la confesser.

Benoit Meaume, 26 ans, vit Léonard Roby, qui se disait le prieur de la troupe, monté sur une chaise, agiter ses bras comme s'il voulait donner une bénédiction. Il entendit François Roby proposer à deux demoiselles de les confesser, affirmant qu'il était bon religieux.

Léonard-Constantin Dumasrambaud, 40 ans, substitut du procureur général de la châtellenie de Bellegarde, entendit le cuisinier demander à Roby qui singeait le prieur, ses ordres pour la cuisine. Le prieur répondit que la table fût bien servie pour la compagnie et surtout que le bon vin ne manquât pas. Le cuisinier répliqua que tout irait à souhait parce que l'argent venait en abondance, et quelques autres badinages sur le même ton.

Un des masques prit la main de Madeleine Prugniet, 22 ans, et la porta dans celle d'un monsieur, en faisant des signes sur les deux mains. Quelques-uns des masques disaient dans le même temps : « Nous sommes des Feuillants de Limoges ».

A Jean Mage, 24 ans, un autre masque murmura : « Puisque votre dispense est en cour de Rome, vous attendriez trop. Il faut que je vous marie ».

Léonarde Favaud, 32 ans, entendit Roby le jeune dire dans un coin à deux jeunes filles : « Confessez-vous ».

Aucun des témoins n'eut l'impression « qu'il se soit passé rien de mauvais ». Il y a à ce sujet unanimité dans les dépositions.

L'interrogatoire des inculpés eut lieu le 7 août. Les réponses sont les mêmes. Tous avouèrent qu'ils avaient voulu s'amuser, qu'ils avaient dansé et chanté la chanson « Dixit dominus », mais ils nièrent avec ensemble tout le reste et en particulier les intentions qu'on leur prêtait.

Louis Gallien reconnut s'être habillé de cinq serviettes et d'une jupe de basin. Il n'avait proféré aucune parole de l'Ecriture, donné aucune bénédiction. Il avait chanté la chanson sans nulle intention de tourner la religion en ridicule, voulant uniquement s'amuser et danser. Son habit n'avait aucun rapport avec un habit religieux. Les autres affirmèrent les mêmes choses.

Le procureur fiscal déposait ses conclusions le 31 août, et faisant droit aux dites conclusions, le juge Lombard décidait le renvoi des inculpés devant le juge châtelain.

La cote B 1031 des Archives de la Creuse ne nous apprend pas la fin de cette affaire, qui d'ailleurs importe peu ; le point intéressant qu'il convenait de mettre en évidence étant simplement cette pénétration d'un esprit nouveau jusque dans les provinces les plus éloignées.

Jean Dutheil.

 

 

SÉANCE DU 23 MAI 1935

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit, Mlles du Muraud, Théreil, MM. Aureix, le docteur Bordier, de Bourran, Chatreix, Cluzet, Dutheil, Filloux, de Forges, Frétet, le docteur Janicaud, Laborde, Lacombe, Lafay, de Lajaumont, Lamatière, Pajot, Petit, Sarrassat.

Excusés : Mlle Bellegy, MM. Dayras, Desjobert de Prahas.

— M. le Président exprime la douleur que cause à notre Société la mort de M. Antoine Thomas, son président d'honneur. Il rappelle les étapes de sa brillante carrière de philologue et d'historien et la notoriété mondiale de son enseignement et de ses travaux. Membre titulaire depuis 1881, M. Antoine Thomas était notre doyen. Nos études ont eu en lui le plus éminent des collaborateurs et le plus bienveillant des guides. Notre Société était fière de l'intérêt qu'il lui témoignait. Elle s'associe profondément au deuil de Madame Antoine Thomas et de ses enfants. Elle décide qu'une plaque à la mémoire de son président d'honneur sera placée dans la salle des réunions.

La séance est suspendue en signe de deuil.

— Le Touring Club de France projette d'élever un monument à son fondateur Abel Ballif. Son président sollicite une souscription de notre Société. Une somme de 50 francs est votée.

ADMISSIONS. — Mme veuve Guillemot, ancien professeur au lycée de jeunes filles à Guéret ; Mlle Cury, professeur au lycée de jeunes filles à Guéret ; MM. Ange Blondeau, docteur en droit, substitut à Guéret ; Henry Boulet, caissier de la Banque de France, à Guéret ; Raoul Buisson, chef de comptabilité à la Banque de France, à Guéret ; Chevalier, instituteur à Soumans ; Robert Frétet, à Bussière-Dunoise ; Hennequin, professeur d'histoire au collège de La Châtre (Indre) ; Montagne, notaire à Clugnat ; Gabriel Morin, entrepreneur à Paris ; le docteur Saint-Hilaire, à La Souterraine ; Tiberi, pharmacien à Bussière-Dunoise.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Sarrassat présente un champignon du genre Morille qu'il a trouvé à Guéret, dans un jardin, au pied de la colline de Grandcher.

Des indications sont données sur la présence des Morilles dans la Creuse par MM. Aureix (bois de Chabaud près de Bénévent-l'Abbaye), le docteur Bordier (entre Saint-Yrieix-les-Bois et Ahun), le docteur Janicaud (région de Bellegarde), Lafay et Pajot (La Courtine).

— M. le docteur Janicaud décrit un ossarium du Musée de Guéret, dont le couvercle, muni d'oreilles pour la préhension, a la forme d'une tête de félin.

Il présente la photographie d'une tête de bélier en granit trouvée à Lavaud, près de Toulx-Sainte-Croix, parmi des ruines romaines.

Il relate la destruction de 100 mètres du mur d'enceinte de Toulx-Sainte-Croix et la découverte dans ce mur d'objets mérovingiens et médiévaux.

— Notre collègue M. Daum, inspecteur d'Académie, nous a transmis la note que M. Albert Aucordier, instituteur intérimaire au Massoubrot, commune de Saint-Martin-Château, lui a adressée, décrivant deux cercueils en granit qui se trouvent l'un au bourg de Saint-Martin-Château, près de la fontaine communale et servant d'abreuvoir, l'autre au village du Massoubrot, chez M. Baptiste Batime.

Ces deux cercueils présentent une cavité rectiligne pour la tête et paraissent remonter au xie siècle.

— M. Pierre Dutheil signale une note relative à la reconstruction de l'église d'Ahun (1777-1781) qu'il a trouvée aux Archives départementales, série E, dans des papiers donnés par la famille Jorrand.

Cette note permet d'ajouter aux renseignements publiés par M. Albert Mazet (Contribution à l'histoire d'Ahun, Mémoires, t. VII, p. 352-353) les précisions suivantes :

L'entrepreneur qui exécuta la construction, dont l'architecte limousin Brousseaud avait fait le plan, était Jean Guy, du bourg de Saint-Médard. Le montant de l'adjudication s'éleva à 21.500 livres ; il y eut une seconde adjudication, pour la sacristie et quelques réparations supplémentaires, qui s'éleva à 1.200 livres. Enfin, en 1785, une adjudication de 2.500 livres fut faite pour des travaux d'aménagement « du cimetière joignant l'église du côté du Nord et du Levant » ; l'adjudicataire était Simonet, d'Ahun.

— M. le docteur Janicaud attire l'attention sur la Judith du Musée de Guéret, bonne copie d'un tableau de Christofano Allori (1571-1621) et rapporte une curieuse légende sur l'origine de ce tableau.

— M. Jean Dutheil lit la note suivante : « On a publié à diverses reprises dans les Mémoires de notre Société des renseignements et des documents sur l'enseignement avant la Révolution. Voici un petit fait de plus extrait de la série E supplément de nos Archives départementales, qui nous permettra d'examiner une fois encore cette organisation d'ancien régime, si peu conforme à nos idées modernes.
Au début de 1740, la ville d'Evaux était dépourvue d'instituteur depuis près d'un an. Par l'intermédiaire du prieur-curé, le chanoine Touttée, on avait enfin découvert quelqu'un susceptible de remplir ces fonctions : le nommé Chapus, de Riom. Il est probable que les habitants s'étaient mis d'accord avec lui pour les conditions matérielles qui lui seraient faites. Mais il fallait procéder en suivant les règlements.
En janvier 1740, Alexandre Camus, syndic d'Evaux, écrivit au nom des habitants à Monseigneur Bertier de Sauvigny, intendant de justice, police et finances à Moulins. Les gens d'Evaux sollicitaient humblement la permission de s'assembler pour délibérer « sur la réception du dit Chapus pour maître d'école à la jeunesse de cette ville ». En marge de la requête, l'intendant écrivit, à la date du 20 janvier, l'autorisation demandée. Le 2 février, l'assemblée des habitants se réunissait par devant Claude-Gilbert Augier, conseiller de Son Altesse le duc d'Orléans, qui rédigea le procès-verbal de la délibération. La réunion avait été annoncée selon l'usage par le son de la grosse cloche « en la manière accoutumée ».
Le syndic exposa la situation. Le chanoine Touttée avait trouvé le nommé Chapus « de bonne vie et mœurs ». Il « sait bien écrire, lire dans les papiers, l'arithmétique. Il apprend le latin avec succès et offre de venir en cette ville instruire la jeunesse, à condition de lui payer, comme aux précédents maîtres, 75 livres d'une part, 15 livres d'autre, qu'on a accoutumé d'imposer dans le rôle de la taille, suivant la permission des intendants de la généralité, comme aussi 6 setiers de seigle mesure d'Evaux, l'exemption de la taille, un logement ». Ceux qui apprennent le latin payeront 15 sols par mois. Ceux qui apprennent à lire, écrire et l'arithmétique, 10 sols par mois. Ceux qui apprennent à lire seulement, 5 sols par mois.
Camus produisit ensuite l'autorisation de délibérer sur le sujet. Puis une discussion commença, fort brève semble-t-il, où les habitants eurent surtout pour souci de bien faire préciser sur le papier les conditions du contrat et ses modalités d'exécution. Les 75 livres seront prises sur les fonds de la donation faite à la ville pour l'éducation des enfants par « défunt M. Gareau de Chézelles ». Les 15 livres seront prises sur les rôles de la taille et payées par le consul à Chapus. Les 6 setiers de seigle sont dûs par le prévôt à la ville et seront payés au sieur Chapus par le prieur ou ses fermiers. « L'argent d'un logement honnête et convenable » sera pris sur le fonds Gareau. L'Intendant est prié d'autoriser l'inscription des 15 livres au rôle de la taille et la rétribution scolaire, comme il a été pratiqué de tous les temps.
Fait intéressant, il y a 20 signatures au bas de ce document : le prieur Touttée, Froment, Augier, Dezetivaux, Chemin, Combet, Fleurat, Rémy, Darchis, 2 Dupoux, 2 Ballet, 2 Mazière, 3 Giraudon. Les deux autres sont illisibles.
Le 8 février l'intendant autorisait la signature du contrat entre les habitants et Chapus « à la charge que les 15 livres données annuellement au maître d'école seront imposées avec la capitation, taille et autres impositions de la ville, à la discrétion des collecteurs » ».

— M. Adrien Rivet communique deux actes relatifs au service militaire sous l'Ancien régime :

Par l'un, en date du 11 janvier 1703, reçu par Trapet, notaire royal, le syndic perpétuel et les collecteurs de la paroisse de Saint-Georges-Nigremont confirment l'accord intervenu entr'eux et Eloy Vergne, cordonnier de Crocq, qu'assiste sa mère veuve, afin qu'il serve comme « soldat de recrue » pour cette paroisse. Il devra se présenter devant le commissaire des guerres à Montluçon. Pour prix de cet engagement, le syndic et les collecteurs versent à Eloy Vergne et à sa mère 190 livres, plus 9 livres représentant la valeur d'un chapeau, de souliers, de deux chemises et de deux cravates.

Le second acte reçu par le même notaire, le 13 février 1707, constate la délibération prise par le syndic, les consuls et divers habitants de Pontcharraud au sujet de l'ordre donné à cette collecte de fournir un « soldat de recrue ». Comme il n'y a, dans la collecte, aucun jeune homme « capable de faire le service de Sa Majesté », on décide de faire une démarche auprès d'un jeune homme d'Auzances, sur le point de s'engager comme soldat, pour qu'il accepte, moyennant indemnité, de servir comme recrue de Pontcharraud.

— M. Louis Lacrocq communique l'expédition d'un acte passé, le 21 août 1787, au château de Saint-Germain-Beaupré, devant Goguyer, notaire royal à Dun-le-Palleteau, par lequel Nicolas Doublet de Persan, marquis de Saint-Germain-Beaupré et comte de Dun, concède à Pierre Guillerot, marchand fermier, demeurant au château des Places, paroisse de Crozant, « le droit de prendre à perpétuité l'eau qui sort par la superficie et s'échappe par la bonde des fossés qui entourent le château de Dun », pour faire servir à l'irrigation de ses prés appelés des Pescheries situées entre le chemin de Dun à Tarsat et le chemin de Dun à Colondannes.

Guillerot devra édifier un conduit couvert pour diriger les eaux dans ses héritages, conduit qui traversera le chemin de Dun à Tarsat. En temps de pêche des fossés il sera tenu de recevoir la totalité des eaux qu'ils contiendront. La concession est faite moyennant une rente annuelle, directe, seigneuriale et perpétuelle d'un boisseau et demi de seigle, mesure de Dun, payable au château de Dun, à la mi-août, par Guillerot et ses successeurs.

M. Petit indique qu'actuellement les anciens fossés du château de Dun sont à peu près comblés ; il y a une vingtaine d'années qu'on a cessé de les pêcher.

— M. Edouard Lacombe présente l'énumération de documents concernant la Creuse qu'il a notés dans diverses séries des Archives nationales : agriculture, période révolutionnaire, eaux-et-forêts, gabelle.

Il lit une note sur les documents de cartographie et de planimétrie des territoires ayant formé la Creuse qu'il a examinés aux Archives nationales. Ces documents comprennent : 1° des plans d'arpentements de divers tènements (région de La Souterraine) des plans de forêts, un plan de la vicomté d'Aubusson etc. ; 2° les plans des routes royales levés de 1745 à 1780 (routes de Lyon à Limoges et de Moulins à Limoges).

M. Lacombe présente les photographies de ces plans de routes royales.

— M. Chatreix communique le texte du procès-verbal de l'assemblée de la paroisse de « Saint-Maurice en Poitou », tenue le 5 mai 1789, sur la place de l'église, pour la rédaction du cahier de doléances et la nomination des députés chargés de le porter à l'Assemblée devant se tenir le 9 du même mois à Montmorillon. La réunion était présidée par Mathurin Dubois, syndic de la paroisse. Les députés choisis furent André Jouanet, maître paveur, et André Marcelet, syndic fabricien.

Ce procès-verbal a été trouvé par M. Chatreix collé dans le cahier des actes de baptêmes, mariages et sépultures pour l'année 1789, conservé aux archives communales. Le cahier de doléances est perdu.

— M. Pierre Dutheil a envoyé une copie du cahier de doléances du Moutier d'Ahun, qu'il a découverte dans un versement de papiers provenant de la famille Jorrand d'Ahun. Ce cahier, malgré le manque de signatures, semble présenter tous les caractères d'authenticité désirables.

— Lecture est donnée d'une étude de M. H. Germouty sur L'Instruction primaire dans la Creuse à la fin de 1833, d'après les renseignements qu'il a relevés dans un « Manuel général » publié en 1837 par P. Lorrain, professeur au collège Louis-le-Grand. Ces renseignements, concernant surtout les arrondissements d'Aubusson et de Bourganeuf, proviennent des rapports d'inspection de 1833.

 

 

SÉANCE DU 25 JUILLET 1935

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle Théreil, MM. Berthomier, de Bourran, Desjobert de Prahas, le docteur Janicaud, Laborde, Lacombe, Lafay, Lamatière.

Excusés : MM. Daum, Dayras, Jean Dutheil.

Des félicitations sont exprimées à MM. le docteur Janicaud, nommé membre non résidant du Comité des travaux historiques et scientifiques au Ministère de l'Education nationale, Louis Baraille, nommé chevalier de la Légion d'honneur, Dhéron, officier de l'Instruction publique, Hennequin, officier d'Académie.

M. le Président signale les appréciations louangeuses sur les travaux de notre Société qu'ont écrites M. Marc Bloch dans le dernier numéro des Annales d'histoire économique et sociale et M. Van Gennep dans le Mercure de France.

Il rend compte du 2e Congrès de la Fédération des Sociétés savantes du Centre, tenu à Limoges les 9 et 10 juin dernier ; il signale les communications qui y ont été faites par MM. Maurice Dayras, le docteur Janicaud, Edouard Lacombe et lui-même.

Il donne connaissance d'une demande de renseignements envoyée par le Comité d'études des danses et instruments de musique populaires pour une exposition qui doit avoir lieu à Paris, au Musée d'ethnographie du Trocadéro. M. le docteur Janicaud veut bien se charger de réunir ces renseignements.

ARCHIVES. — Mme Deffis a fait don d'une copie du rôle de la capitation de la noblesse de l'élection de Guéret pour l'année 1713.

ADMISSIONS. — Le Syndicat d'initiative de La Courtine ; MM. le capitaine Barjaud, à Alger ; Auguste Champagne, entrepreneur à Maindigour, près Guéret ; Victor Gagnol, à Drancy (Seine) ; P.-L. Grenier, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, à Paris ; Bernard Perrin, docteur en droit, à Versailles ; Paul Rouffet, président honoraire, à Bétête ; Samson, négociant, à Guéret ; Henri Vignaudon, agent général d'assurances, à La Souterraine ; le docteur Vincant, à Paris.

NÉCROLOGIE. — M. Maurice Charles-Marlin est décédé à Crocq, à 72 ans. Dans ses fonctions de notaire qu'il exerça pendant longtemps avec haute probité, dans l'accomplissement de ses fonctions de maire et de conseiller général, il a rendu les plus grands services par sa vive intelligence, son jugement droit et sa courtoise obligeance. Capitaine, puis commandant d'infanterie territoriale, il s'était distingué à la guerre ; il avait reçu la croix de guerre et la Légion d'honneur. Entré à notre Société en 1920, il n'a cessé de nous témoigner sa sympathie et nous avait fort aimablement reçus à Crocq lors de notre excursion en 1929.

M. le docteur Frédéric Neboux, décédé à Lavaveix-les-Mines à l'âge de 57 ans, était membre titulaire depuis 1926. Maire de Fransèches, conseiller général, chevalier de la Légion d'honneur, il s'est occupé avec dévouement et compétence des affaires publiques.

M. Léon Jacob, décédé à Saint-Vaury où il avait pris sa retraite après y avoir dirigé l'école primaire pendant longtemps, avait fait une carrière fort honorable dans l'enseignement primaire ; membre titulaire depuis 1928, il s'intéressait à nos études.

Nous adressons aux familles de ces collègues estimés nos vives condoléances.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud signale la découverte faite au Queyraux, commune d'Ars, par M. Montégudet, de vestiges de constructions romaines.

— M. Desjobert de Prahas présente, de la part de M. Brillant, président du Syndicat d'initiative de La Courtine, des photographies du rocher dit Pierre-Fade, des croix sculptées de Clairavaux et d'Artige.

L'une de ces croix de Clairavaux, dite Croix-grande, a été décrite et reproduite dans nos Mémoires, t. XX, p. xii et xvi. L'autre, réduite à son fût allongé, paraît être du xve siècle.

La croix d'Artige, à extrémités fleuronnées, à fût également très allongé, présente, sur une face, le Christ, sur l'autre, la Vierge et l'Enfant ; au-dessous, sont figurés quatre petits personnages en saillie sur les angles du support.

— M. Louis Lacrocq lit la communication suivante : « Un des premiers travaux concernant le Limousin et la Marche, qu'ait publiés notre regretté maître Antoine Thomas a été une série d'Extraits des registres du Vatican relatifs au diocèse de Limoges (Bull. Soc. archéol. du Limousin, t. XXX, p. 43-83), dépouillement qu'il avait fait quand il était élève de l'Ecole de Rome. Ces extraits contiennent quantité de renseignements précieux pour la Creuse. J'en signale un sur lequel Antoine Thomas avait appelé mon attention quand nous avons fait notre excursion annuelle à Felletin en 1927.
Une bulle d'Innocent VI datée du 19 septembre 1384 (loc. cit. p. 75, no 124) autorise Jean, comte de la Marche, à fonder à Felletin un couvent de Carmes, avec « église ou chapelle, clocher, cloche et tout ce qui sera nécessaire », sous le vocable de Notre-Dame.
Le projet du comte de la Marche fut-il exécuté ? On en peut douter, car on ne connaît aucune mention ou document se rapportant à ce couvent ».

— M. Adrien Rivet a communiqué :
1° La prise de possession par Gaspard de Segonzat, prêtre, du prieuré de Saint-Loup de La Daigue [aujourd'hui La Daigue, commune de La Courtine], suivant acte reçu Sauty, notaire royal à Flayat, le 29 juillet 1675 ;
2° La vente par Gilbert de Segonzat à Antoine de Bautignergues de ses droits seigneuriaux sur le village de Noudière, paroisse de Saint-Agnan-près-Crocq (acte devant le même notaire du 23 octobre 1676) ;
3° L'acte en date du 30 octobre 1734, constatant la prise de possession par Hubert de Bosredon de la seigneurie de Manoux s'étendant sur les paroisses de « Saint-Médard-La Breuille » [Saint-Merd-la-Breuille], Flayat, Eygurande [aujourd'hui chef-lieu de canton de la Corrèze] et le Bets [aujourd'hui commune de Saint-Merd-la-Breuille].

M. Adrien Rivet a également communiqué une liève intitulée « Liève de La Mazière », commencée en 1779, contenant l'énumération des redevances dues à la commanderie de Tortebesse [Puy-de-Dôme], de l'Ordre de Malte, par les habitants des villages du Sibioux, de La Coux-Fouchier, de Cherbaudy, de La Riberolle, paroisse de La Mazière-aux-Bonshommes, et de Tras-le-Prat, paroisse de Mérinchal. Cette liève va être donnée aux Archives départementales de la Creuse par notre collègue.

— Lecture est donnée de la note suivante de M. Jean Dutheil : « M. le docteur Durand, de Bussière-Dunoise, a bien voulu me communiquer un manuscrit lui appartenant. C'est un gros in-folio relié en veau, un livre de comptes qui s'étend sur les cinquante années d'avant la Révolution. Il porte en tête : « Journal de recettes pour l'année 1741 ». Il a été rédigé par Léonard Marchandon Dazat, juge-sénéchal de Bénévent ; André Léonard Marchandon, juge, et Jacques Marchandon, bourgeois, ont continué la rédaction. On y trouve mêlés assez confusément, des recettes, des prix de céréales et d'animaux, quelques sentences de justice.
Il est assez difficile de se former une opinion sur les prix d'animaux y figurant, car le poids n'est pas indiqué. Une simple constatation à ce sujet : les Marchandon achètent beaucoup de moutons qu'ils revendent au bout de quelques mois, 10 ou 20 sols de plus.
Le seigle vaut 4 livres le setier en juin-juillet 1747, 6 livres en mai 1752, 4 livres en mai 1754, 5 livres en 1757 et 1759, 6 livres en novembre et décembre 1779, 5 livres en avril 1785. Quelques prix de 1789 font voir une brusque montée : 16 livres 10 sols en mai 1789 et 18 livres en mars 1790.
Des journées de maçons se payent 20 sols en 1775. En 1783, 2 journées à quatre bœufs sont comptées 6 livres par journée, dont 20 sols journaliers pour la nourriture des métayers. Voici un chiffre d'impôts : un sieur Condat, qui semble petit artisan ou petit ouvrier agricole, paye une taille de 3 livres 4 sols 6 deniers en 1753 et une capitation de 39 sols, dont Marchandon lui fait l'avance. Ce Marchandon prête de l'argent un peu partout, à ses fermiers ou métayers, à des domestiques, à des compatriotes de sa petite ville. On lui rembourse par petits acomptes, mais le plus souvent par du travail ou de la marchandise. C'est le cas pour le boucher, par exemple, auquel il fournit de l'argent pour acheter du bétail, et qui paye ses dettes par des côtelettes et des rôtis. Il y a là, semble-t-il, une forme d'activité économique curieuse.
Enfin, dernier détail énigmatique à noter : le 4 avril 1745, le juge Marchandon prête à un autre Marchandon en présence de son beau-père, M. Demorat, 6 livres 16 sols « pour s'en aller en France » ».

— M. le docteur Janicaud lit des inventaires du mobilier du château de Châteaubodeau, en 1750, qui lui ont été obligeamment communiqués par Madame Deffis.

— Lecture est donnée des biographies de deux généraux creusois qu'a rédigées M. Henri Hugon : 1° Jean Le Camus, fils d'un cavalier de la maréchaussée, né à Aubusson le 6 avril 1762 qui, après avoir servi dans Beauvais-Infanterie avant la Révolution, partit en 1792 dans un bataillon de volontaires de Paris et fit une brillante carrière dans le service d'état-major ; il mourut le 5 août 1846, à Andlau, en Alsace. 2° Antoine Dupeyroux, né le 22 septembre 1763 au château de Villemonteix, paroisse de Saint-Pardoux-les-Cards ; officier de marine avant la Révolution, il prit part à l'expédition d'Egypte dans la Légion maltaise et gagna rapidement ses grades ; il mourut à Lyon en 1835. Le Camus et Dupeyroux furent barons de l'Empire.

— M. Pierre Dutheil communique deux rapports ou projets de rapports non signés qu'il a trouvés dans un dossier de la Statistique générale dont les éléments avaient été demandés aux préfets par le Ministère de l'Intérieur en l'an X (Archives départementales de la Creuse, série M, non coté).

Un de ces rapports, très court, intitulé Caractères, Mœurs et Usages, s'applique à tout le département. Il débute par cette phrase : « Esprit, urbanité dans les villes, ignorance et rusticité dans les campagnes, voilà où peut être aisément réduit le tableau moral des habitants de la Creuse ». La classe aisée est économe, s'occupe activement de la gestion de ses biens, recherche volontiers les fonctions administratives ou judiciaires, « sans grands et lointains déplacements » ; les familles sont unies. Le cultivateur est actif, parcimonieux, routinier, processif, rusé pour ses intérêts particuliers, indifférent à l'intérêt général. « Dans les communes purement rurales on ne trouve pas un homme d'un zèle ou d'un bon sens assez éclairé pour qu'on puisse avec succès en faire un maire ».

Le second rapport, spécial à l'arrondissement d'Aubusson, intitulé Observations sur les mœurs, les habitudes, les coutumes civiles et religieuses, est beaucoup plus développé.

Les mœurs sont douces, « la nourriture moins grossière qu'avant la Révolution », la vie « frugale et laborieuse ». L'activité est « enchaînée par l'absence de communications » ; il faudrait construire des routes.

Depuis la Révolution, l'autorité paternelle s'est affaiblie par l'effet de la législation révolutionnaire (loi du 17 nivôse an II) qui enlevait à peu près complètement aux parents le droit d'avantager tel ou tel enfant ; aussi la loi du 4 germinal an VIII, qui a abrogé cette entrave, a-t-elle été bien accueillie.

Le peuple est attaché à la religion catholique ; il lui faudrait des ministres du culte « simples, vertueux, pénétrés de l'esprit de tolérance ». Il y a un parti de « dévots... composé de femmelettes, d'imbéciles et de tout ce qu'il y a de plus crédule, excité par quelques prêtres réfractaires intolérans ».

Sur l'instruction publique le rapport contient ces phrases : « La Révolution a influé sur les mœurs par la trop subite suppression des établissements d'instruction. Ceux qui ont été tardivement substitués aux premiers n'ont pas remplacé les écoles du premier degré ; c'est cet établissement qui devient de plus en plus urgent. » Il note « l'ineptie, pour ne rien dire de plus, du petit nombre d'instituteurs existans ».

La conclusion considère le point de vue politique : les licences, les abus de pouvoir de la Révolution ont produit un effet démoralisateur, quoique cette période ait été, dans l'arrondissement, tranquille, non ensanglantée. Les principes nouveaux qui dirigent le gouvernement tendent à rapprocher les citoyens, « entre lesquels cependant il se remarque quelques nuances d'opinion ».

— Lecture est donnée d'une note de M. Henri Hugon sur un navire de l'Etat qui a porté le nom de notre département.

Le transport à hélice La Creuse, construit à Rochefort et lancé le 29 août 1863, faisait partie d'une série de grands transports, marchant à la voile et à la vapeur, compris dans le programme naval du Second Empire et qui devaient recevoir des noms de départements français. Il fut affecté à des voyages coloniaux puis devint navire-hôpital de la division de la mer des Indes en 1883. Rayé en 1891 de la liste de la flotte, il fut vendu par le Domaine, en même temps que l'Orne, transport de la même série.

« Ce fut, dit M. Hugon, un honnête bateau, qui remplit une longue et utile carrière ; il montra dans tous les océans et sous toutes les latitudes le nom de notre département et les armoiries de son chef-lieu. On sait, en effet, par le journal Le Conciliateur du 21 mai 1863, qu'à la demande du préfet le maire de Guéret avait fourni le dessin de ces armoiries pour être placé en écusson sur le transport La Creuse ».

— M. Lucien Doignon a envoyé la liste des officiers, sous-officiers et soldats ayant composé la garde mobile de la Creuse en 1870.

 

 

SÉANCE DU 19 SEPTEMBRE 1935

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlles de Montessus de Ballore, du Muraud, Rougeron, Théreil, MM. Berchon, Marc Bloch, de Bourran, Daum, Maurice Dayras, A. Frétet, Henri Hugon, le docteur Janicaud, Laborde, de Lajaumont, Pasty.

Excusés : MM. Louis Blanchet, Desjobert de Prahas, Lafay, René Martin, Polier.

Des félicitations sont adressées à M. Charles Alluaud, membre honoraire, nommé officier de la Légion d'honneur, René Adenis et Brugier, membres titulaires, nommés chevaliers.

Communication est donnée du programme du Congrès des Sociétés savantes, qui se tiendra à Montpellier du 14 au 18 avril 1936.

HOMMAGE À M. ANTOINE THOMAS. — Pour affirmer la fidélité de son souvenir envers le maître qu'elle a perdu, la Société a fait apposer dans la salle de ses séances une plaque portant cette inscription :

A LA MÉMOIRE
DU PROFESSEUR ANTOINE THOMAS
1857 - 1935
MEMBRE DE L'INSTITUT
PRÉSIDENT D'HONNEUR DE LA SOCIÉTÉ
DES SCIENCES NATURELLES ET ARCHÉOLOGIQUES
DE LA CREUSE

NÉCROLOGIE. — M. Léon Alévêque était entré à notre Société en 1902, dès après son installation à Guéret où il avait succédé à son beau-père M. Frédéric Lacrocq comme avoué. Il a exercé ses fonctions pendant 33 ans avec la plus haute probité et jouissait de l'estime de tous.

M. le docteur Vincent, maire de Sardent, conseiller général, exerçait sa profession avec autant de talent que de bonté et de générosité. Il était entouré de considération et de sympathie. Venu à nous en 1924, il s'était intéressé à nos études avec la curiosité de son intelligence cultivée. Il nous a fourni souvent des indications sur des trouvailles archéologiques de sa région et a aidé à l'enrichissement de nos collections.

La Société exprime ses vives condoléances aux familles de nos regrettés collègues.

ADMISSIONS.— MM. Philippe Barrault, à Paris ; l'abbé Mayaud, professeur à l'Ecole Notre-Dame, à Guéret ; Léon Michaud, pharmacien à Aubusson ; Georges Thévenot, à Paris.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud décrit deux sépultures gallo-romaines à incinération en coffres de granit ovoïdes, découvertes à Jugnat, commune de Toulx-Sainte-Croix, par M. Bouyoux et qui nous ont été signalées par M. l'abbé Aguillaume, curé de Toulx. Près d'elles fut trouvé un coutelas de fer.

— M. Emile Dagois, entrepreneur des Monuments historiques à Moulins, a signalé la découverte d'une porte et d'un puits dans la crypte de l'église d'Ahun, faite par lui au cours des travaux récents d'aménagement de cette crypte, qui ont dégagé la base des colonnes et des murs. Cette communication est accompagnée de photographies et d'un plan exécutés par M. Dagois.

La découverte a eu lieu dans la partie de la crypte qui se trouve sous l'absidiole sud. La porte, qui constituait certainement autrefois l'accès de la crypte par l'extérieur de l'église, est dans le mur ouest. Le dégagement, dans le mur sud, d'un arc en plein cintre appareillé et du remplissage qu'il surmontait, a fait apparaître un puits dont la margelle en pierre de taille a 0m70 de hauteur au-dessus du sol, un diamètre intérieur de 0m50, un diamètre extérieur de 0m82. M. Dagois a fait nettoyer le puits qui était rempli de gravier et de terre. L'eau est apparue, très claire, à 0m40 environ au-dessous du sol. Le nettoyage a été continué sur une profondeur complémentaire d'un mètre environ et interrompu à cause de l'eau et de l'étroitesse du puits qui rendaient le travail difficile.

M. Louis Lacrocq fait remarquer l'intérêt de la découverte de M. Dagois, montrant que, comme les cryptes, romanes elles aussi, de La Souterraine et de Soubrebost (cf. les descriptions de M. Albert de Laborderie dans nos Mémoires, t. XXII, p. 537, t. XXIII, p. 528), la crypte d'Ahun avait un puits. Il rappelle que cette particularité, dont on n'a pas donné, jusqu'à présent, d'explication satisfaisante (voir Viollet-le-Duc, Diction. de l'architecture, au mot Puits, t. VII, p. 563, C. Enlart, Manuel d'archéologie, Architecture religieuse, 2e partie, p. 861) se rencontre dans de nombreuses cryptes.

Des remerciements sont adressés à M. Dagois pour sa communication.

— M. Louis Lacrocq communique les photographies de deux croix sculptées que lui a obligeamment envoyées M. l'abbé Devedeix, curé-doyen de Crocq.

L'une de ces croix se trouve dans le cimetière de Malleret, canton de La Courtine, où elle a été transportée de l'ancien cimetière désaffecté. Elle est en granit. Le fût mince a 2m50 environ de hauteur. La croix proprement dite, de petites dimensions, à bras égaux, présente un cercle que dépassent les extrémités fleurdelysées des bras. Le Christ est figuré d'un côté, la Vierge de l'autre, et il y a d'autres sculptures à identifier.

La seconde croix se trouve dans le cimetière de Salesses, commune de Flayat. Elle est en pierre de Volvic, posée sur un fût trapu, en même pierre, d'un mètre environ de hauteur. Sur une face est sculpté le Christ, sur l'autre la Vierge ; il y a des écussons sur le montant vertical et sur les bras.

Un examen sur place de ces deux croix serait nécessaire pour fixer l'époque à laquelle elles appartiennent.

Des remerciements sont adressés à M. l'abbé Devedeix.

— M. Pierre Dutheil signale l'existence dans le fonds donné aux Archives départementales de la Creuse par la famille Jorrand (série E) d'un registre des Dames de la Charité d'Ahun, in-4° de 105 folios papier dont près de la moitié en blanc. La couverture en parchemin porte la mention suivante : Les pauvres de la commune d'Ahun. Les Dames de la Charité d'Ahun. Statuts de 1656.

L'intitulé des Statuts, intégralement copiés sur le registre, est ainsi conçu : « Règles pour la dévote Société des Dames de la
« Charité établie à Limoges et dispersée dans quantité de villes du
« diocèse et singulièrement en celle d'Ahun, l'an 1656 ». Ce libellé montre que l'œuvre d'Ahun était une filiale de celle créée à Limoges, précisément en cette année 1656, sous l'impulsion du Père Lejeune, de l'Oratoire (Cf. Aulagne, La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocèse de Limoges, Paris-Limoges, 1906, p. 214). L'Association, placée sous la direction d'un ecclésiastique, était administrée par une supérieure, une trésorière et une assistante. Les Dames de Charité devaient visiter les pauvres et les malades de la ville et « lieux circonvoisins », faire des quêtes d'argent, de linge, de vieux habits.

Le registre contient, à l'année 1685, une liste des membres de l'association appartenant aux familles notables d'Ahun, à l'année 1761, l'énumération des revenus comprenant diverses rentes en argent ou en grains, une rente sur l'Hôtel-de-Ville de Paris. On y trouve aussi des énumérations de secours distribués et l'indication que ces secours étaient parfois donnés sous forme de paiement de frais d'apprentissage d'enfants pauvres.

L'Association fonctionnait encore en 1790. Le 5 août de cette année, l'administration municipale lui fut substituée pour la gestion de ses fonds. Le registre constate cette substitution en faisant observer que la comptabilité des Dames de Charité est « informe ». Une mention de l'an X paraît indiquer qu'à cette époque la distribution des secours a été remise à l'Association.

M. Louis Lacrocq fait remarquer l'intérêt du document communiqué par M. Pierre Dutheil. Il y a eu certainement des associations de Dames de Charité fondées dans diverses villes du territoire qui a formé la Creuse. Jusqu'à présent une association n'a été signalée qu'à Aubusson. M. Maurice Dayras (cf. Mémoires, t. XXV, p. LXII) a communiqué un document de 1694 la concernant.

— M. Adrien Rivet communique la minute d'un acte reçu par Trapet, notaire royal à Pontcharraud, paroisse de Saint-Georges-Nigremont, le 14 février 1758, contenant bail à Jean Magnier par Laurent Delarfeuil, « emphytéote de la terre et seigneurie de Pontcharraud », du « moulin farinier » de Pontcharraud avec un jardin « situé dans la cour de l'abbaye ». Le bail est fait pour 3, 6, ou 9 ans commençant le 1er mars. Le fermage annuel comprend 23 « setiers émine » de blé (seigle), 6 poulets, 6 journées de travail et « un pain de sucre pesant 4 livres ». Le blé est payable de trois mois en trois mois « à la mesure courante de Felletin », les poulets et le sucre à la Saint-Jean-Baptiste (24 juin), les journées « dans le temps de moissons ». Le meunier est tenu de moudre, sans rétribution, les grains qui se consommeront dans la maison du bailleur.

M. Louis Lacrocq rappelle qu'il a signalé de nombreux baux de moulins contenant une redevance en sucre analogue à celle que présente le bail du moulin de Pontcharraud (cf. Mémoires, t. XXI, p. LIX, t. XXIII, p. CXXXVIII), mais qu'il ne l'a pas rencontrée dans des baux de domaines.

M. Marc Bloch dit qu'il faut peut-être voir dans cette pratique la tendance des propriétaires, qui a été constatée sous d'autres formes, à atténuer par des redevances en nature les risques de la dévaluation monétaire.

M. le docteur Janicaud fait remarquer que des meuniers, appelés par leur métier à voyager, pouvaient prendre plus aisément que des fermiers l'obligation de se procurer du sucre qu'on ne trouvait que dans des centres d'une certaine importance.

— M. Henri-Louis Viard a envoyé la copie d'une sentence rendue, le 20 juin 1776, par la sénéchaussée de Montmorillon dans un procès très compliqué relatif à des rentes dues sur les villages de La Villatte et de Fréminges, paroisse de Saint-Priest-la-Feuille. La grosse de cette sentence appartient à M. Pluyaud, ébéniste à La Souterraine.

— M. Louis Lacrocq signale un article de M. H. Soanem, Le métayage dans la région Thiernaise au XVIIIe siècle, paru dans les Annales historiques de la Révolution française, n° de juillet-août 1935, p. 288-314, qui montre beaucoup d'analogie entre ce type d'exploitation pour la région considérée (Thiers, Puy-de-Dôme) et la nôtre.

L'article explique que si le métayage était la forme d'exploitation la plus répandue en Auvergne, le contrat était fait très souvent entre l'exploitant et un fermier à qui le seigneur propriétaire donnait à bail toute sa seigneurie. Quelques-uns de ces fermiers se chargeaient de plusieurs seigneuries souvent éloignées les unes des autres. Un des exemples donnés de ce cas est celui d'un feudiste, Guillaume-Antoine Brugière, qui s'est trouvé avoir à bail, en même temps que diverses seigneuries en Auvergne, une chez nous, celle de la prévôté d'Evaux de 1772 à 1781.

Ces intermédiaires entre le propriétaire et l'exploitant existaient aussi dans notre région et il est probable que quelques-uns faisaient aussi les « fermiers généraux ». Cet aspect de la vie rurale d'avant la Révolution mériterait une étude.

— Lecture est donnée de la note suivante de M. Jean Dutheil :

« Il s'est produit après le 9 thermidor bien des actes de vandalisme devant lesquels les autorités firent preuve tout au moins d'une grande négligence. Les Archives départementales de la Creuse renferment, à la cote L 141, les détails d'une affaire où l'on peut saisir sur le vif l'incurie de l'administration municipale d'Aubusson. Ce n'est pas un exemple isolé. Plus ou moins, suivant les circonstances, les municipalités, de l'an III à l'an VIII, agirent comme celle d'Aubusson.
« L'église du Chapitre avait été laissée à l'abandon. Les gens s'introduisaient à l'intérieur comme ils voulaient, enlevant des ferrements, des bois, des armoires. Le procureur-syndic de la commune d'Aubusson porta plainte devant l'assemblée municipale le 7 thermidor an III. Le lendemain matin une audition de témoins, puis un transport chez divers inculpés permirent d'apprendre que le fils Matial avait enlevé la barre de fer qui soutenait la chaire et l'avait vendue pour 25 livres au maréchal-taillandier Galland. La femme Boujasson avait emporté « des carreaux en tuile ». On avait sollicité le menuisier Labranche de transformer en commode une armoire dépecée. Labranche avait fort bien reconnu que cette armoire venait du Chapitre... Les inculpés avouèrent ces déprédations et restituèrent le produit de leurs vols, si bien que l'enquête, reprise en l'an VI, conclut à un non-lieu. Un préposé de la régie fit le récolement des objets volés et les mit en vente ».

— M. l'abbé de Laugardière, membre correspondant, communique une brochure de 18 pages in-8° imprimée chez Madame veuve Pisseau, à Montluçon, reproduisant l'éloge funèbre du comte de Loubens de Verdalle, décédé au château de Châtain (Creuse), le 3 novembre 1841, éloge prononcé à ses funérailles par l'abbé Geoffroy de Montreuil, curé d'Auzances.

Il résulte de l'intitulé de cet éloge, de son texte et de notes explicatives que le défunt, « ancien capitaine de dragons, chevalier de l'ordre royal et distingué de Charles III, chanoine honoraire de Limoges et de Saint-Brieuc », avait fait ses études à l'Ecole d'Effiat et, à sa sortie, en 1782, était entré au service de l'Espagne où il avait été nommé capitaine en 1786. Revenu en France, il émigra pendant la Révolution. Il était entré dans les ordres en 1830, après la mort de sa femme.

M. l'abbé de Laugardière a fait don de cette brochure aux archives de notre Société.

— Lecture est donnée d'une étude de M. Edouard Lacombe sur la limite des toits à tuiles plates et des toits à tuiles rondes dans la Creuse.

— M. le docteur Janicaud lit la liste des « bonnes fontaines », lieux de culte et de pèlerinage, qu'il a établie pour la Creuse. Elle en comporte présentement 64, mais elle est certainement susceptible de nombreuses additions.

M. le docteur Janicaud fait appel aux membres de la Société pour qu'ils veuillent bien lui signaler les fontaines de ce genre qu'ils connaissent avec indication de toutes les particularités d'usages s'y rapportant.

 

 

 

SÉANCE DU 31 OCTOBRE 1935

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle du Muraud, MM. de Bourran, Chatreix, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Jean Dutheil, Gautheron, le docteur Janicaud, Laborde, Lamatière, Rimour, Sarrassat.

Excusé : M. René Martin.

L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de M. Louis Auclair, membre titulaire, récemment décédé.

Conseiller général et adjoint au maire de Guéret, M. Auclair jouissait d'une très grande sympathie. Il a toujours témoigné beaucoup d'intérêt à notre Société et au Musée.

Communication est donnée du programme du congrès de la Fédération des Sociétés savantes du Centre, qui se tiendra à Moulins du 16 au 18 mai 1936.

M. le Président donne lecture d'une lettre de Mme Antoine Thomas remerciant la Société pour l'hommage rendu à la mémoire de M. Antoine Thomas, président d'honneur, par l'apposition d'une plaque dans la salle des séances. Il fait connaître que la famille de M. Antoine Thomas a bien voulu déposer aux Archives départementales le fichier topographique de la Creuse dressé par lui.

Il signale la mention dans la Revue La Révolution française (2e trimestre 1935) de travaux de M. le chanoine Parinet et de M. Levron, parus dans nos Mémoires.

INVENTAIRE SUPPLÉMENTAIRE. — Ont été inscrits sur l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques : 1° la chapelle Bleue, à Felletin (arrêté du 23 août 1935) ; 2° l'église de Rougnat (arrêté du 9 septembre 1935).

ADMISSIONS. — Le Syndicat d'initiative de Bourganeuf ; MM. Jean Alévêque, à Guéret ; Rivaud, notaire à La Souterraine ; François, notaire au Grand-Bourg.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud décrit les restes d'une construction gallo-romaine rudimentaire qu'il a explorée près du village du Champset, commune de Saint-Georges-Nigremont ; il a relevé dans le même village des restes de béton romain recouvert de carrelage, couvrant une superficie qui paraît importante.

— M. l'abbé Lamonnerie a envoyé la photographie du lutrin en bois sculpté (xviiie siècle) de l'église de Chambon-sur-Voueize.

— M. Louis Lacrocq signale un linteau orné surmontant la porte d'une tourelle octogonale dans une maison de Saint-Vaury, proche de l'église, à l'Ouest de la rue qui passe devant celle-ci. Ce linteau présente au milieu un écusson ayant en haut une croix gravée avec, à droite, la lettre M, à gauche la lettre G, au-dessous la date 1601 ou 1621 (l'état d'effacement rend la lecture douteuse). Une inscription latine en capitales, sur deux lignes, divisée en deux parties, encadre l'écusson ; elle reproduit une maxime pieuse avec des abréviations :

A gauche de l'écusson : NISI DOMINVS EDIFICAVE(rit)
DOM(um)
A droite : IN VANV(m) LABOR(averunt) QVI EDIFICAVE(runt)
EAM

(Si le Seigneur n'a pas édifié la maison, c'est en vain qu'auront travaillé ceux qui la bâtirent).

Ecusson et inscription sont gravés en creux et maintenant assez frustes.

M. Louis Lacrocq fait remarquer que si les linteaux et les claveaux ornés sont nombreux dans la Creuse, ils n'ont, d'ordinaire, que des motifs décoratifs, des dates, des initiales. Le linteau de Saint-Vaury, avec sa longue inscription, est une exception.

— M. Doignon a envoyé une série de notes généalogiques sur les familles d'Ebrard, de Brousse, de Carbonnières, de Chabannes, de Chalus et de Douhet.

— Mlle de Montessus de Ballore précise le nom du sculpteur qui exécuta en 1661 les boiseries, aujourd'hui disparues, de l'église de Guéret. Ces boiseries, offertes par Isaac Chorllon, sieur des Rioux et de Cherdemont, furent exécutées par Psalmet ou Pierre Beaulègue ou Biaulègue, originaire de Limoges, et dorées par lui. Une lecture d'acte erronée les avait fait attribuer jusqu'ici à un prétendu sculpteur du nom de Fortune.

— M. Jean Dutheil lit la note suivante : « Dans les papiers du prieuré des Ternes, aux Archives départementales de la Creuse, se trouve (H 1058) une note contenant quelques renseignements sur l'émigration des maçons creusois au xviie siècle.
Le 1er mai 1676, « Guillaume Grangier, limousin, demeurant au pays de la Marche, paroisse de Vigeville, estant de présent à Poissy, [aujourd'hui chef-lieu de canton de Seine-et-Oise], confesse devoir et promet de payer le jour de la fête de Sainte-Catherine prochain venant, à Silvain Aulong, aussi limousin, demeurant au pays de la Marche, paroisse de Vigeville, estant aussi de présent au dit Poissy, la somme de soixante trois livres ». Silvain Aulong dut mourir peu après, car le 14 juillet suivant, Jean Aulong, frère et héritier du défunt, qualifié de maçon, poursuit le remboursement de cette obligation ».

— M. Adrien Rivet communique la minute d'un prix-fait, reçu par Lacoux, notaire royal à Mérinchal, le 28 mars 1766, relatif aux réparations de l'étang des Mallerles et de bâtiments du domaine de Serre, dépendant de la terre de La Motte-Mérinchal. Jacques et Annet Chassaigne frères, « maitres maçons et étancheurs », du village de Mercin, paroisse de Mérinchal, s'engagent, moyennant le prix de 199 livres 18 sols, à exécuter les travaux détaillés à l'acte pour lesquels tous les matériaux seront fournis et conduits par le fermier de la seigneurie.

On relève la mention d'un « moulin farinier et à drap » situé au dessous de l'étang et pour le devis d'une charpente l'expression : « mettre un fuste ».

— M. Hugon a envoyé une notice sur la compagnie de réserve départementale de la Creuse, créée sous le Premier Empire.

— M. R. Chatreix résume une procédure suivie devant la Cour d'appel de Limoges au début du xixe siècle au sujet de l'étang de Vitrat, commune de Saint-Maurice-la-Souterraine, qui contient de nombreux renseignements sur l'historique de cet étang et les contestations de ses propriétaires avec les habitants du village de Rissat.

 

 

SÉANCE DU 28 NOVEMBRE 1935

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit ; Mlles du Muraud, Théreil ; MM. Barthon, de Bourran, Chatreix, Desjobert de Prahas, Dutheil, François, Gautheron, le docteur Janicaud, Lacour, Lafay, Lamatière, Petit, Sarrassat.

Excusés : MM. Louis Blanchet, Dayras, Laborde, René Martin.

M. le Président rend compte de la très belle exposition qui, sous le titre « Cinq siècles de tapisseries d'Aubusson », est actuellement ouverte à Paris au pavillon de Marsan, et il en présente le catalogue. Il félicite les organisateurs de cette exposition : M. Carnot, directeur de la manufacture des Gobelins ; MM. les conservateurs du Musée des arts décoratifs et la Société des Amis d'Aubusson.

ADMISSIONS. — MM. Jean Beaufret, professeur agrégé de philosophie au Lycée de Guéret ; Fournély, instituteur à Guéret ; Albert Mérigot, pharmacien à Vieilleville.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Sarrassat lit une note sur la flore creusoise relative à trois plantes intéressantes qu'il a découvertes en août 1935 dans la Creuse et qui sont nouvelles pour ce département :

Une mousse rare Physcomitrium sphaericum Brid. : sur la vase humide au bord de la Creuse à Crozant ; une très rare Isoétacée, Isoetes tenuissimum Boreau, dans l'étang de Pinaud, commune de Saint-Julien-la-Genête ; une Ombellifère aquatique : Oenanthe Phellandrium Lamarck, sur les bords de l'étang de Landes, près de Lussat.

L'auteur présente en même temps des échantillons de ces trois plantes tirés de son herbier.

— M. Lafay indique qu'il a recueilli, en septembre 1935, dans la brande de Loreau, commune des Grands-Chezeaux (Haute-Vienne), à 4 kilomètres de la limite du département de la Creuse, un insecte qui n'appartient pas à la faune de notre région, la Mante striée (Mantis striata, Lin.). La présence, à la même époque, dans cette brande couverte d'ajoncs et de bruyères à balais, d'une autre espèce, la Mante religieuse (Mantis religiosa, Lin.), a été constatée.

M. Charles Alluaud, à qui cette découverte a été communiquée, a fait connaître que la présence exceptionnelle de ces insectes dans la région où ils ont été trouvés s'explique par le voisinage des terrains calcaires du Poitou qui sont pour eux un habitat normal.

— M. René Lacour, archiviste de l'Indre, chargé de l'intérim des Archives de la Creuse, lit une note indiquant diverses séries de documents concernant la Creuse qui se trouvent aux Archives de l'Indre (rôles de taille, papiers sur les seigneuries de Genouillat, La Cellette, Tercillat, Nouziers, Moutier-Malcard, Malval, Saint-Vaury, La Chezotte).

— M. H. Hugon a transmis des mentions d'état-civil concernant la Marche relevées aux registres paroissiaux de Bourbon-l'Archambault par M. A. Senamaud de Beaufort, membre de la Société archéologique du Limousin :
« Le 28e jour d'août 1704 a été inhumé Pierre Rousseau, masson de la paroisse de Peyrat, dans la Marche, diocèse de Limoges, âgé d'environ 24 ans, en son vivant mary à Souhie (?). En présence de son père et de plusieurs autres personnes de son pays et de sa profession ».
« Aujourd'hui 5 juillet 1721 a été inhumé dans le cimetiere Martial Couty, me masson de la paroisse de Châtelus près Bourganeuf, diocèse de Limoges, mary de Catherine... âgé d'environ 42 ans, cy devant de Martial Champaigneaux, son neveu, qui a dit ne savoir signer ».

27 novembre 1725, mariage de Léger Posseron, garçon cardeur, fils de feu François et de Louise Mornezou de la paroisse de Saint-Agant (Saint-Agnan), diocèse de Limoges, avec Marie Dephilippon, fille de Michel, journalier.

8 septembre 1732, mariage entre Jean Marcheix, valet du sieur Destrepierre, lieutenant général, et Félicie Jouany, de la paroisse d'Auzances, diocèse de Limoges.

27 février 1733, Inhumation, dans l'église, de damoiselle Marie Gérard (?), veuve de Jean-Baptiste Feydeau, chevalier, seigneur de Lépaud.

« Le 30 juin 1758 a été inhumé dans le cimetière Sébastien Fougerolles, me masson natif de la paroisse de Borgie (Bosroger ?), diocèse de Limoges, fils de feu Etienne aussi me masson au même lieu, et de défunte Antoinette... travaillant dans cette ville et aux environs depuis trente années... âgé de 60 ans. Présents : Sébastien Mérigot, son cousin, autre Sébastien, Pierre et Jean Mérigot, fils dudit Sébastien, tous massons de la même paroisse de Borgie (Bosroger) et travaillant avec luy, qui ont déclaré ne savoir signer ».

— M. Jean Dutheil lit une note sur le fonctionnement du Maximum en l'an II à Guéret. Il indique des prix concernant l'alimentation, le vêtement, le chauffage.

— M. Hugon a donné une feuille d'expédition de Darfeuille, commissionnaire et aubergiste du Soleil d'Or, à Bourganeuf, qui envoyait le 3 octobre 1811 quinze balles de sel à M. Dupré, tanneur à Chénérailles, sous la conduite de Christophe Guiot, du Monteil.

— Lecture est donnée de la note de M. P. Dutheil reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. Hugon signale dans le Bulletin de la Société d'Emulation du Bourbonnais (1932) une mention concernant Victor Walther, né à La Souterraine et mort à Hérisson, entré dans l'enseignement et mort à Hérisson en 1932, qui s'est occupé d'études historiques.

— Lecture est donnée de notes de Mlle du Muraud, de M. Chatreix et de M. Lamatière, sur l'alimentation en châtaignes, de Mme Petit, sur les coutumes du 1er mai à Dun-le-Palleteau, de M. Germouty et de M. René Martin, sur les usages des Rameaux, de M. Louis Lacrocq, sur les « mais d'honneur ».

— M. le docteur Janicaud présente une illustration de revue montrant l'identité du moulin à bras qu'emploient toujours les nègres de l'Afrique avec le même outil préhistorique.

Il décrit les rochers de La Jarrige, commune de Sardent (« Fauteuil du Diable », etc.) et signale les superstitions dont ils ont été l'objet.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – RÉFUGIÉS CARLISTES DANS LA CREUSE

(Archives départementales de la Creuse, série M, étrangers)

En 1839, à la suite de la défaite du parti carliste en Espagne, le Gouvernement français accorda l'hospitalité à l'infant don Carlos et fixa sa résidence à Bourges. Le prétendant au trône d'Espagne fut suivi en France par un grand nombre de ses partisans. Le département de la Creuse donna asile à plus d'un millier de réfugiés espagnols, dont la plupart avaient servi comme officiers dans l'armée Carliste. Ils furent répartis dans les principales localités du département, mais ce fut Guéret qui recueillit le plus fort contingent.

Les horreurs d'une guerre civile qui avait duré plus de 5 ans (1834-1839) avaient créé chez ces hommes un esprit de violence et d'agitation. Dans leur exil ils restèrent turbulents et s'adaptèrent mal à leur nouvelle existence. De plus, le département de la Creuse avait eu le triste privilège de recueillir surtout les hommes signalés comme ayant commis de graves excès : il y eut même, au dépôt de Guéret, un certain J. Llavos signalé comme étant le principal assassin du comte d'Espagne. Au début une parfaite entente régna entre ces réfugiés et les autorités locales ; mais cette situation ne dura pas et bientôt des désordres graves eurent lieu, notamment à Jarnages. A Evaux il y eut une rixe sanglante. En présence de ces faits et pour assurer la tranquillité d'une population justement alarmée, les autorités demandèrent et obtinrent l'envoi de troupes dans la Creuse. Par une lettre en date du 24 janvier 1841, le général commandant la 15e Division à Bourges, informe le Préfet que deux compagnies du 3e bataillon du 4e de ligne, fortes de 6 officiers et d'environ 200 sous-officiers et soldats, reçoivent l'ordre de se rendre de Blois à Guéret où elles arriveront le 2 février suivant. Il ajoute que « ce détachement restera à Guéret tant que la présence et les dispositions des réfugiés réunis en cette ville feront craindre quelques désordres ».

Il est juste de dire que la condition de ces réfugiés était misérable. Une lettre adressée par le Préfet au Général commandant la 15e Division, la dépeint bien. Voici la copie de cette lettre :

Guéret le 18 avril 1841
Monsieur le Général,
Ainsi que vous l'avez reconnu par votre dépêche du 9 mars dernier, la situation de la Creuse, sous le point de vue de l'esprit public, exige encore la présence au chef-lieu, du détachement du 4e de ligne que par mesure de prudence on y a envoyé dans les premiers jours de février dernier. Une circonstance, dont votre sagesse appréciera toute la gravité, rend plus que jamais bien nécessaire le secours de la force armée : [Nous avons] dans le département près de mille espagnols dont 150 non subventionnés et 850 avec le titre d'officiers qui reçoivent des subsides (1) mais à partir du 1er juin prochain les subsides seront retirés à tous ces étrangers indistinctement par suite d'une décision ministérielle en date du 11 de ce mois.
Ce sont donc 1.000 individus sans pain, sans travail, et souvent sans bonne volonté pour en chercher les occasions, presque tous dans un grand dénuement, qui vont tomber à la charge de la charité publique. Je ne pense pas, monsieur le général, que dans cette conjoncture, qui intéresse à si haut degré l'ordre et la sécurité des habitants de cette contrée on puisse songer à éloigner la troupe. Il y a même plus, si celle dont nous pouvons disposer manque, comme le disent ses chefs, des choses les plus nécessaires, vous jugerez peut-être convenable d'ordonner qu'on complète ces fournitures et peut-être même qu'on la remplace par une autre mieux disciplinée, plus exercée, attendu que celle-ci se compose presque exclusivement de recrues de 1834, dont les rangs se dégarnissent chaque jour par suite de la délivrance de congés.
Deux compagnies formant un effectif de 250 à 260 hommes peuvent commodément être casernées à Guéret. Je verrais avec satisfaction qu'on pût porter à ce chiffre celles qui y sont ou en envoyer d'autres qui l'auraient atteint et réuniraient, sous d'autres rapports, des conditions plus favorables. C'est à peine si le détachement actuel monte à 200 hommes.
Je m'en rapporte sur ce point, monsieur le Général, pleinement à votre sagesse ; mais j'insiste surtout pour que le chef-lieu ne soit dégarni de troupes dont le besoin se fait sentir plus que jamais.
Si l'on en croit une lettre adressée au Garde des Sceaux, par Denis Moratinos, ancien « commissaire de Guerre de l'armée de don Carlos », la misère des réfugiés carlistes du dépôt de Guéret fut exploitée largement par l'un des leurs, de connivence avec un habitant de cette ville.
Que devinrent par la suite les carlistes réfugiés en Creuse ? Vraisemblablement, beaucoup d'entre eux profitèrent des amnisties pour rentrer en Espagne. Cependant, il est permis de penser qu'un petit nombre de réfugiés se fixa dans le pays. Je n'en ai retrouvé qu'un seul : le capitaine Vicente Contin, réfugié au Grand-Bourg, qui, en 1847, fut accusé de captation d'héritage.

(1) En 1841, ces subsides avaient été réduits à 44 centimes par homme et par jour.

Pierre Dutheil.