SÉANCE DU 30 JANVIER 1936

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle Théreil ; MM. Aureix, Barthon, Louis Blanchet, le docteur Bordier, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, Dutheil, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Sarrassat.

Excusés : M. et Mme Petit, MM. Lacombe et Valadeau.

L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de M. Saunier, notaire à Bénévent-l'Abbaye, membre titulaire, récemment décédé.

— M. le docteur Bordier, conservateur du Musée, a été nommé chevalier de la Légion d'honneur. M. le Président lui exprime les félicitations de la Société et la joie que cause à ses collègues cette distinction particulièrement méritée.

Des félicitations sont également adressées à M. Génermont, membre correspondant, et à M. le professeur H. Rousseau, membre titulaire, nommés chevaliers de la Légion d'honneur.

La Société a reçu le programme du Congrès international d'Histoire de l'Art qui se tiendra en Suisse en 1936, ainsi qu'une invitation de M. Adrien Blanchet, de l'Institut, membre honoraire, à ses conférences de numismatique au Collège de France.

L'échange de nos publications est décidé avec celles éditées par la Société bourbonnaise des études locales, de Moulins.

COMPTES ET BUDGET. — M. Laborde, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1935 :

Recettes :
En caisse au 31 décembre 1934 . . . . . . . . 1.589,85
Subvention du département . . . . . . . . 1.282
Subvention de la ville de Guéret . . . . . . . 2.375
Cotisations . . . . . . . . . . . . . 10.466
Vente de volumes des Mémoires . . . . . . . 263,30
Intérêts de rente . . . . . . . . . . 171
Droits d'entrée au Musée . . . . . . . . 2.400
——————
18.547,15

Dépenses :
Gardiens du Musée . . . . . . . . . . 1.800
Impression, brochage et clichés des Mémoires . . . 11.101,30
Frais d'envoi des Mémoires . . . . . . . . 1.255,70
Frais de bureau . . . . . . . . . . 495,95
Musée . . . . . . . . . . . . . 1.257,20
Bibliothèque . . . . . . . . . . . 380
——————
16.290,15

Recettes . . . . . 18.547,15
Dépenses . . . . . 16.290,15
Excédent de caisse au 31 décembre 1935 2.257

Dans le compte ci-dessus ne sont pas compris quatre rachats de cotisations effectués pendant l'année 1935 et versés au livret de Caisse d'Epargne qui s'élève, au 31 décembre 1935, à 16.641 fr. 49.

Les comptes vérifiés par Mlle Théreil et M. Lamatière sont reconnus exacts et approuvés. Des remerciements sont adressés à M. Laborde, trésorier.

Le budget de 1936, établi par le bureau, est approuvé.

ADMISSIONS. — Mlle Madeleine Auclair, à Guéret ; MM. E. Balland, architecte à Bourganeuf ; R. Cerclier, instituteur à Marsac ; A. Duris, adjoint au maire, à Guéret ; Jean Guilhem, à Guéret ; Quittard-Pinon, professeur au lycée, à Guéret ; H. Jussan, chef de bureau à la Préfecture, à Guéret ; M. Pradel, greffier au tribunal, à Guéret ; J. Regnault, directeur du Crédit agricole, à Guéret ; le Syndicat d'initiative d'Aubusson-Felletin.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Maître a envoyé une note sur les « charbonnières » de la région d'Aiguirande, taches noirâtres d'un diamètre moyen d'une dizaine de mètres, habituellement groupées et grossièrement alignées, qui s'observent à la surface du sol arable de cette contrée. Considérées par les cultivateurs comme marquant les emplacements où l'on calcinait le charbon de bois à l'époque où le pays était encore couvert de forêts, ces taches seraient, d'après M. Maître, les traces sur le sol arable, du passage, dans des failles du sous-sol, de cheminées parcourues par des fumerolles issues du magma granitique.

MM. Laborde, Lamatière, Sarrassat, les docteurs Janicaud et Bordier, M. Desjobert de Prahas, présentent des observations sur cette communication.

— M. le docteur Janicaud décrit les restes gallo-romains et les rochers de La Jarrige, commune de Sardent.

— M. l'abbé de Laugardière, membre correspondant, signale les mentions relatives aux réparations des tapisseries du château de Dûme, près Lavaur [Tarn], exécutées par Lacombe, tapissier d'Aubusson, qui y séjourna à trois reprises : 1744-45, 1749-50, 1754-55. Ces mentions, portées sur un livre de raison, ont été publiées par M. Rabino dans la Revue du Tarn, 1935, p. 316.

— M. H. Hugon a envoyé la note suivante :

« M. l'abbé Landon, curé de Feytiat, membre de la Société, possède un album de dessins de son prédécesseur, M. Cyprien Meunier, originaire de Bellegarde-en-Marche, décédé à 85 ans, vers 1930. Ces dessins datent d'environ 1875, époque où l'auteur était vicaire à Bellac. Il y a des paysages qui sont fort bien traités. Deux croquis à la plume (sans prétention, et qui ne sont pas parmi les meilleures pages), représentent deux vues différentes de Bellegarde et donnent l'impression d'une observation exacte et précise. Je n'ai pas noté d'autres indications concernant la Creuse ».

— M. Adrien Rivet communique divers actes notariés relatifs à la chapelle Sainte-Valérie, située à Pontcharraud, paroisse de Saint-Georges-Nigremont :

1° La prise de possession par Laurent Matheron, sieur de Pétilliat, chanoine d'Aubusson, nommé chapelain (10 juin 1687) ;

2° La transaction intervenue entre le même et les habitants de Pontcharraud pour des revenus de la chapelle (1er juillet 1697) ;

3° La fondation en « l'esglize et chapelle de Pontcharraud » de messes et de services par Marie Sabatier, veuve de Martin Miomandre (12 mai 1702) ;

4° La prise de possession par Léger de La Rochette, curé de Saint-Georges-Nigremont, nommé chapelain (9 décembre 1786).

— M. Jacques Levron a envoyé une note sur un Marchois, Jean Mouchet, originaire de Vallière, maître maçon et architecte, qui exécuta des travaux à l'Ile-de-France (Ile Maurice), en 1740. Mouchet avait été, avec d'autres ouvriers d'art, engagé, en 1740, par la Compagnie des Indes, au salaire de 800 livres par an, le plus gros qu'accordait la Compagnie. (Archives de la Marine à Lorient, Cie des Indes, reg. 76, f° 25, et récent travail de M. Bourde de la Rogerie, paru à Rennes, chez Oberthür, en 1934).

— M. Jean Dutheil a étudié sur divers forleaux des XVIIe et XVIIIe siècles le prix des céréales, froment, seigle et avoine. Il s'en dégage qu'au milieu de pointes dues à des accidents momentanés, on constate la montée lente et régulière de ces prix pendant ces deux siècles.

— M. Louis Lacrocq signale un passage des Mémoires de Guillaume de Montagu, officier des gendarmes du roi, publié par M. le marquis de Bourdeille, dans la dernière livraison du Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord (1935, novembre-décembre) :

En 1771, M. de Montagu avait conduit sa femme aux eaux de Néris. La relation de ce fait se termine ainsi : « Nous avons quitté
« au début de septembre, emmenant avec nous Madame de La
« Lande jusqu'à Guéret, où elle se rendait ; acheté dans cette ville
« 18 livres une livre de beurre pour emporter ».

Cette note, où le mot « livres » a été évidemment écrit par inadvertance au lieu du mot « sols », montre que le beurre de Guéret avait une certaine réputation (cf. Mémoires, t. XXIV, p. LXVII).

— M. Jean Desjobert de Prahas lit une note indiquant qu'il y avait un nombre considérable de chèvres dans la campagne marchoise au XVIIIe siècle et que des mesures furent prises par les particuliers et les autorités pour limiter les dégâts qu'elles causaient.

— M. Jean Dutheil signale, d'après un document officiel, la rareté des faux en l'an II et l'an III. Elles se vendaient alors jusqu'à 60 livres pièce. Cette situation motiva une commande de 300 faux à Lyon, par le directoire du district de Guéret, pour 631 livres. Vendues à prix coûtant, elles furent réparties dans les communes et cédées aux cultivateurs. (Archives départ. de la Creuse, L 560).

— M. Louis Lacrocq signale la création, par arrêté préfectoral du 1er messidor an IX, de la « Commission consultative d'agriculture, commerce et arts du département de la Creuse » et lit son règlement imprimé. Les rares documents conservés montrent que cet organisme officiel avait été précédé d'une Société d'agriculture, commerce et arts dont le siège était à Guéret.

— M. Pierre Dutheil a envoyé une étude sur la pêche et le commerce des sangsues dans le département pendant la première moitié du XIXe siècle. Leur rareté et leur prix, qui atteignit jusqu'à 0 fr. 50 pièce, motiva l'intervention du Ministère de l'Agriculture et du Commerce et des préfets qui prescrivirent une enquête aux maires des communes intéressées.

— M. Louis Lacrocq signale les intéressantes études, auxquelles a donné lieu le récent cinquantenaire du physicien Marcel Deprez, sur les essais faits à Bourganeuf et dirigés par ce savant pour le transport du courant électrique de la cascade des Jarrauds dans cette ville (1888-89), ainsi que sur l'installation antérieure de l'éclairage électrique à Bourganeuf par M. Misme.

Ces études sont dues à nos collègues M. Edouard Lacombe (Courrier du Centre des 4, 5 et 6 janvier 1936) et M. le docteur Jean Butaud (Revue générale de l'électricité, n° du 21 décembre 1935, Le Chercheur du 26 janvier 1936).

— Lecture est donnée de contributions aux enquêtes sur les usages des Rameaux et l'alimentation d'autrefois, envoyées par Madame Petit, MM. Emile Genevoix, René Martin et Rolinat.

M. le Président indique que MM. Paul Bertrand et Alexandre Chateau ont recueilli, sur sa demande, des notations de danses anciennes et de la « Chanson de la mariée » à La Celle-Dunoise.

 

 

SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1936

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit, Mlles du Muraud et Théreil ; MM. Jean Alévêque, de Bourran, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, de Lajaumont, Petit, Sarrassat.

Excusés : MM. Louis Blanchet, J. Dutheil, Lamatière.

Des félicitations sont adressées à M. Paul-Louis Grenier, membre titulaire, nommé conservateur-adjoint à la Bibliothèque Nationale.

M. le Président communique une lettre de M. le Directeur de l'Office national météorologique demandant à la Société de coopérer à l'enquête ouverte par cet Office pour la recherche des documents anciens sur le climat de la France. M. Lafay veut bien se charger de cette enquête pour la Creuse.

M. le docteur Bord, membre titulaire, a bien voulu annoncer qu'il ferait dorénavant à la Société le service de la revue Æsculape, qu'il dirige. Des remerciements lui sont exprimés.

ADMISSIONS. — MM. Lucien Casanova, instituteur à Saint-Laurent ; l'abbé Hugon, curé-doyen de La Courtine.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud présente un curieux disque d'émail cloisonné du Musée de Guéret, à cloisons de cuivre sur plaque de fer, trouvé à Crocq, vers 1860, dans une tombe médiévale, et figurant une croix. Il le rapproche d'un émail encore inédit du Musée du Mans, plus simple mais identique comme sujet, forme, dimensions et technique ; il le compare à un troisième, très voisin, du Musée de Poitiers et à deux autres du Musée du Louvre, tous à cloisons de cuivre sur plaque de fer. On date d'ordinaire ces émaux du XIe siècle ; le docteur Janicaud les croit un peu plus vieux ; ce sont peut-être là les premiers essais d'émaillerie limousine.

— M. Louis Lacrocq signale l'existence à Guéret, en 1650, d'un atelier de tapissiers, que dirigeaient les frères Martin. Il résulte d'actes notariés, conservés aux Archives départementales, que ceux-ci, qui faisaient le commerce de tapisseries d'Aubusson, embauchaient des ouvriers tapissiers de cette ville pour faire de la « besogne tant neuve que vieille », c'est-à-dire à la fois fabriquer des pièces de tapisseries et en réparer.

— M. Albert Lacrocq communique la photographie d'une croix ancienne observée par ses collègues de la Société archéologique du Limousin, MM. Boulaud, Sénamaud de Beaufort et Fougeras, à l'entrée d'un chemin d'exploitation aboutissant à la route de Peyrat-le-Château (Haute-Vienne) à Saint-Martin-Château, en face du village de Lagatte, qui dépend de cette dernière commune.

Placée dans un mur, cette croix a des branches octogonales de dimensions sensiblement égales. Elle offre la particularité que le fût est creusé d'une niche, aujourd'hui vide de sa statue, dont le rebord fait saillie et qui, rectangulaire dans le bas, s'arrondit au sommet en une courbe atteignant le point d'intersection des bras.

— M. Valadeau signale des réparations d'entretien exécutées, suivant convention sous seings privés en date du 15 août 1772 (Archives de Me Fourjadeau, notaire à Saint-Vaury), à l'église de Bussière-Dunoise. L'acte est conclu entre J.-B. Massard, prêtre curé de la paroisse de Bussière, Jean Michon, syndic-fabricien, et Charles Bord, habitant de ce bourg, adjudicataire au rabais pour la somme de 75 livres.

— M. Adrien Rivet a communiqué la minute d'un « renouvellement » de terrier de La Mazière-au-Bonshommes dressé en 1767 et 1768 par Pierre Lacour, notaire royal à Mérinchal.

M. Louis Lacrocq donne sur ce document les explications suivantes :

« La Mazière-aux-Bonshommes [aujourd. commune du canton de Crocq] était un membre de la commanderie de Tortebesse [aujourd. commune du canton d'Herment, Puy-de-Dôme] de l'Ordre de Malte. La paroisse dépendait, avant la Révolution, du diocèse de Clermont-Ferrand ; c'est pour cette raison que A. Vayssière (L'Ordre de Malte en Limousin, Tulle-Limoges, 1884, p. 143) n'a fait que mentionner, sans aucun détail, cette possession de l'Ordre qui n'entrait pas dans le cadre de son travail. Si le terrier communiqué par M. Rivet, qui est de modestes dimensions (29 pages), n'en présente pas un tableau absolument complet, il n'en fournit pas moins d'intéressantes indications, par son énumération des localités objet des reconnaissances.

« Ces localités sont :

1° « Le lieu, mas et tènement de La Mazière » ;
2° « Le village, mas et tènement de La Rebeyrolle » ;
3° Celui du Chalard ;
4° Celui du Sibioux ;
5° Celui de Cherbaudy ;
6° Celui de La Vialatte ;
7° Celui de Trasleyrat ;
8° Celui de Lacoux-Fauchier.

« A l'exception de La Vialatte [aujourd. La Villatte], située dans la paroisse de Saint-Alvard [aujourd. comprise dans la commune de Basville], et de Trasleyrat, situé dans la paroisse de Mérinchal, l'énumération ci-dessus comprend, avec le chef-lieu de la paroisse de La Mazière-aux-Bonshommes, la plus grande partie de cette paroisse. Si on la compare à la liste des villages que donne le Dictionnaire de la Creuse de Lecler, à l'article La Mazière, on constate que deux villages seulement, La Font-Razet et Neuvialle, n'étaient pas dans la seigneurie de l'Ordre. Sauf pour Lacoux-Fauchier, devenu Lascaux, la graphie des noms n'a pas changé. Cette possession de la commanderie de Tortebesse englobait donc presque toute une paroisse et débordait sur deux paroisses voisines, Saint-Alvard et Mérinchal.

« En plus de ses droits seigneuriaux, la commanderie avait, au chef-lieu de la paroisse de La Mazière, un domaine. Intercalé dans les reconnaissances, se trouve au terrier un contrat de bail de ce domaine fait pour une période de 29 ans, moyennant le maigre fermage annuel de « quatre septiers bled tierce, scavoir les deux tiers seigle et l'autre tiers avoine ». La composition du domaine n'est pas indiquée.

« Les redevances des tenanciers sont du type habituel : argent, gelines, seigle, avoine, très peu de froment. Les grains sont payables à la Saint-Julien d'août (saint Julien de Brioude, 28 août), comptés les uns à la mesure d'Auzances, les autres à la mesure d'Herment. L'argent et les gelines sont payables à la Saint-Blaise (3 février). Il n'y a pas de mention de droits de banalité ».

— M. Jean Dutheil signale deux actes, l'un de l'étude de Cartaud, notaire à Aubusson, du 28 novembre 1653, l'autre de celle de Darreau, notaire à Guéret, du 19 avril 1759, relatifs à l'achat des cuirs d'animaux fournis par un boucher en une année. La comparaison de ces deux actes permet de remarquer l'identité presque absolue des prix payés par les acheteurs, Elie Duprat, corroyeur à Aubusson, et Geay, marchand à Guéret, à un siècle de distance : 93 livres la douzaine de cuirs de vaches en 1653, 90 livres en 1759.

— M. Jean Dutheil analyse un bail de la seigneurie du couvent des Ternes, qui était réunie à la mense épiscopale depuis 1778, bail reçu par Meunier, notaire à Guéret, le 24 juin 1780 ; la location, mise aux enchères, fut adjugée à Pierre Lasnier-Desbarres, procureur au présidial de Guéret, pour le prix, outre diverses charges en nature, de 10.900 livres.

La seigneurie comprenait :

1° Deux domaines aux Ternes et la dîme de Mastribut.

2° Les deux étangs du Bois, l'étang de Ménardeix « qui est en pacage », celui du Chancelier, les pêcheries de Pionnat et des Ternes, que l'adjudicataire laissera empoissonnées comme il les a prises.

3° Les dîmes, vignes et héritages de Chezelles, près Montluçon, la prairie de Lombarteix, les bois de Châteauvieux, la dîme du Châtelard, du Masfort, de La Chaux, le quart de la grande dîme de Cressat, l'étang de Vallensanges.

4° Les cens, rentes et devoirs seigneuriaux sur 48 villages.

5° Le moulin des Forges, moulin à blé et à chanvre, sis sur la Creuse, avec ses mosnants ; l'exploitation de Grandvaux avec les droits et devoirs seigneuriaux attachés ; l'étang et le moulin de Vige ; la moitié de la dîme sur la terre des Giraud et des Basset, dans le tènement de Pionnat.

6° La seigneurie du Mas-Rougier, avec le droit et devoirs et les droits casuels.

— M. Maurice Dayras communique, de la part de M. le marquis de Kernier, la copie des documents suivants : 1° relevés des devoirs seigneuriaux dus à la terre de La Roche-Aymon (27 août 1778) ; 2° bail de ladite terre du 28 mars 1786, reçu par Sarciron, notaire à Mainsat, consenti par Antoine-Louis-François, comte de La Roche-Aymon, lieutenant général des armées, à Michel-Marien Giraudon, bourgeois, et Nicolas Cibot, notaire et procureur au bailliage de Combraille à Evaux ; ce bail indique que le château de La Roche-Aymon était alors encore habitable ; il comporte l'énumération des domaines et des bois en dépendant ; il était fait pour 9 ans, au prix de 4.400 livres par an ; 3° règlement des dîmes des 1er et 3 juillet 1791, d'après le décret de l'Assemblée Nationale ; 4° traité entre les fermiers, les acquéreurs de partie des domaines vendus comme biens nationaux et les métayers, relatif à la résiliation des baux ; 5° quittance et ventilation du prix des fermes après suppression des droits féodaux. Les originaux des documents communiqués appartiennent à M. Léon Picaud, d'Evaux.

Les devoirs seigneuriaux étaient dus sur les lieux suivants : Les Bordes ; Les Rieux ; La Garenne ; La Prugne, tous paraissant dépendre de la paroisse de Saint-Julien-la-Genête ; Le Mas du Cros, enclavé dans le Mas de La Bessède, paroisse de Chambon ; le lieu « Dartige » (sic) et Rochebut, paroisse d'Argenty [aujourd'hui dans l'Allier] ; Bort-la-Roche, paroisse d'Evaux ; Bort-Franc, même paroisse ; Les Terrades, même paroisse ; La Bussière, même paroisse. Les redevances comportent des grains, dont peu de froment, des gelines, de l'argent, des « bouades », arbans et droit de guet.

Les domaines étaient situés à La Roche-Aymon, La Bussière, Bort, Chaux et Les Terrades.

— M. Albert Lacrocq communique, de la part de M. Maurice Cluzelaud, membre de la Société archéologique du Limousin, les documents suivants : 1° un contrat de vente, en 1677, d'héritages dans la directe du monastère des Ternes ; 2° le placard imprimé indiquant le chiffre d'impôts à payer par la paroisse de Saint-Dizier-Chénérailles pour l'année 1762 ; 3° deux certificats relatifs aux services militaires de François Savy, volontaire au 1er bataillon de l'Yonne en l'an III et soldat au 6e de ligne en 1815.

— M. Pierre Dutheil signale un incident survenu en novembre 1785 à l'église de Saint-Sulpice-le-Guérétois. Des habitants de villages de cette paroisse s'étaient, le 1er novembre, rendus à l'église et n'avaient cessé de sonner les cloches jusqu'à dix heures du soir ; sur l'observation et les remontrances du curé, Antoine Delafont, archiprêtre d'Anzême, ils l'avaient insulté et diffamé. Après retrait de la plainte portée à la justice par le curé, ils firent, le 13 novembre suivant, amende honorable devant l'église.

— M. H. Hugon signale l'existence, aux Archives de la Haute-Vienne, d'un document peu connu intéressant la bibliographie de la Creuse pour la première moitié du XIXe siècle. C'est un grand tableau lithographié, signé de Crossas, portant la date manuscrite du 15 mai 1845, et contenant la liste chronologique des membres de la Légion d'Honneur, depuis l'origine, pour la Haute-Vienne, la Creuse et la Corrèze. Le contingent de la Creuse est représenté par 135 noms et quelques lacunes s'y révèlent à première lecture. Dans un encadrement ornemental formé de 40 médaillons sont répartis les noms des plus hauts dignitaires et des personnalités les plus connues.

— M. Sarrassat indique la découverte faite à Nouziers, par M. Rouet, de deux muscinées nouvelles pour la Creuse : Phascum bryoides Dicks et un Poltia très voisin de la variété rufescens de Poltia Minutula Br. Eur.

Il signale la floraison hâtive, en janvier 1936, à Anzême, sur les côteaux rive droite de la Creuse, de bruyère cendrée et de genêt purgatif, dont les floraisons normales ont lieu respectivement en juillet et en mai.

— Lecture est donnée des contributions à l'enquête sur les usages des Rameaux envoyées par MM. Laborde (La Forêt-du-Temple et communes limitrophes) ; Dutheil et Degonde (Ladapeyre) ; Mme Desages (Bazelat) ; Mme Nouguès (St-Germain-Beaupré).

 

 

SÉANCE DU 26 MARS 1936

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit ; Mlles de Montessus de Ballore, du Muraud, Provost, Théreil ; MM. Jean Alévêque, L. Blanchet, de Bourran, Chatreix, Cluzet, Déguison, Desjobert de Prahas, J. Dutheil, P. Dutheil, le docteur Janicaud, Laborde, Lamatière, Sarrassat.

Excusés : MM. Maurice Dayras, Lafay, Petit.

— M. le Président communique : 1° le programme du 3e Congrès de la Fédération des Sociétés savantes du Centre, qui se tiendra les 16, 17 et 18 mai 1936, à Moulins, coïncidant avec les fêtes du 2e centenaire de l'Académie de musique de cette ville ; 2° le texte de l'enquête n° 3, organisée par la Commission des Recherches collectives, sur l'Alimentation populaire quotidienne, sujet qui se trouve être l'un de ceux sur lesquels portent nos enquêtes de folklore.

— M. le Président fait savoir que le Musée des Arts décoratifs de Paris a acheté la tapisserie verdure exécutée sur le carton de notre compatriote M. Edouard Degaine et qui a figuré à l'Exposition Cinq siècles de tapisseries d'Aubusson sous le n° 158. Cette tapisserie a été tissée par M. Pierre Andraud, d'Aubusson.

— Présentation est faite de la carte de la Creuse dressée par M. P. Dutheil, chef de bureau aux Archives départementales, pour la Cité universitaire de Paris. Cette carte donne de précieux renseignements archéologiques, touristiques et artistiques sur le département. Des félicitations sont adressées à M. Dutheil.

NÉCROLOGIE. — M. Joseph Pierre, directeur de la Revue du Berry, est décédé au château de Charon, commune de Maillet (Indre), le 10 mars dernier, à l'âge de 74 ans. Grand travailleur, érudit, chercheur habile, M. Pierre avait consacré la plus grande part de son activité aux études d'histoire et d'archéologie sur le Berry, surtout le Bas-Berry qu'il connaissait remarquablement. Par ses nombreux travaux personnels, par sa Revue, il a eu une place marquante. Sa bibliothèque de Charon contenait de précieuses collections de livres et de documents sur le Berry et même les régions limitrophes. M. Pierre s'intéressait aux choses de la Creuse et à notre Société. En 1926, quand nous avons fait une excursion à La Châtre, il nous avait donné le concours le plus dévoué pour l'organiser ; en 1930, nous l'avions retrouvé à notre excursion de Boussac-Châteaumeillant. Nous avions été heureux de le nommer membre correspondant en 1930. Nous adressons notre hommage à sa mémoire, nos condoléances à Madame Pierre et à ses enfants.

ADMISSIONS. — Mme Auclair-Southon, institutrice à Gentioux ; MM. Sylvain Blanchet, adjoint au maire et conseiller général de Guéret ; Edouard Philippon, avoué à Guéret ; Adolphe Ribière, entrepreneur à Guéret ; la Bibliothèque publique de Montluçon.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Pierre Dutheil présente un rapport du service des Ponts-et-Chaussées, en date du 23 mars 1837, conservé aux Archives départementales de la Creuse, sur la pétition qu'avait présentée Léonard Michelon, maçon au Moutier d'Ahun, pour être autorisé à refaire le pignon de sa maison d'habitation « située sur le pont du Moutier d'Ahun ». Un plan joint au rapport et le plan cadastral de 1810, dont M. Dutheil a relevé la copie, montrent que cette maison s'élevait en bordure de la rive gauche de la Creuse, tout près du moulin du Moutier d'Ahun ; sa façade d'entrée portait sur la 1re pile du pont et le parapet entre cette pile et la 2e, côté aval ; la partie postérieure portait sur une petite île et se trouvait, du côté du moulin, en contiguïté avec l'eau de la rivière.

Le rapport conclut au rejet de la pétition. Il indique qu'on ignore à quelle date peut remonter l'acte qui a autorisé cette construction sur le parapet du pont. Sa démolition dut suivre de peu le refus de la laisser consolider.

M. Louis Lacrocq dit qu'on ne connaît pas, dans la Creuse, d'autre cas que celui signalé par M. Dutheil de maison élevée sur un pont, situation qui, dans beaucoup de villes, était autrefois fréquente.

— M. Louis Lacrocq communique deux actes concernant un tapissier flamand établi à Aubusson qu'il a trouvés dans les minutes des notaires d'Aubusson, aux Archives départementales de la Creuse. Par l'un de ces actes (16 mars 1637, Robichon, notaire), Jehan Bousebergue, « tapissier flamand de la ville d'Audenarde », s'engage à travailler de son métier, pendant un an, pour Gilbert Roucquet, maître tapissier. L'engagement que prend celui-ci de lui fournir un manteau, un chapeau, des souliers et de lui avancer le prix d'un habit le montre arrivant à Aubusson dans un état misérable. Il s'y fixa et réussit, car on le voit par le second acte (25 octobre 1645, Cartaud, notaire) où il est dit « flamen, maître tapicier », engager un apprenti pour l'aider « sur les mestiers et en la maison de Jacquette de Champeau, veuve de feu François Matheiron, pour laquelle il travaille ».

— M. Jean Dutheil signale une série de baux de la seigneurie du Mas-Rougier, paroisse de Saint-Eloy, datant de la seconde moitié du XVIIe siècle et permettant de se rendre compte de la variation des prix des fermages.

Il analyse une lettre royale écrite le 17 janvier 1691 au comte de Saint-Germain-Beaupré, gouverneur de la Marche, pour interdire les jeux de hasard. Ces jeux subsistèrent malgré tous les efforts tentés pour les supprimer.

— M. Louis Lacrocq communique des notes inscrites sur les registres paroissiaux de Bénévent, par J.-B. Landon, curé de la paroisse, depuis septembre 1720. Elles signalent une épidémie de dyssenterie en 1721 et 1722, des dégâts causés par la foudre et une longue sécheresse en 1722.

— M. Louis Lacrocq lit et commente une lettre adressée par le marquis de Biencourt à M. Dissandes de Bogenet, de Paris, le 13 janvier 1789. Cette lettre fait partie des archives de famille de M. Jean Desjobert de Prahas.

Le marquis Charles de Biencourt, maréchal de camp, était seigneur du Masfaure, paroisse d'Ahun. Il fut député de la noblesse de la Haute-Marche aux Etats généraux, mais, dès avant la Révolution, il s'occupait des affaires publiques de sa province et cette lettre en donne le témoignage, comme de son adhésion aux idées nouvelles.

La lettre a trait aux âpres discussions que provoquait alors l'organisation d'Etats provinciaux. Avocat au présidial de la Marche, Dissandes de Bogenet s'y intéressait pour sa compagnie et le marquis de Biencourt lui expose ses idées. On avait envisagé des Etats s'appliquant à un vaste territoire dont la Guyenne eût été le noyau et où serait entrée la Marche. Il n'a pas été partisan de ce projet qui n'a, du reste, pu aboutir ; il eut simplement pensé à une sorte de fédération de divers Etats avec ceux de Guyenne. Cette combinaison également exclue, il voudrait des Etats particuliers pour la Haute-Marche à laquelle on joindrait au besoin la Basse-Marche et la Combraille, états organisés sur le modèle de ceux du Dauphiné (dont la création spontanée, le 21 juillet 1788, avait provoqué un violent mouvement d'opinion). Ce dont il est résolument adversaire, c'est d'une union quelconque de la Marche avec le Bourbonnais, car, pour la répartition des impôts, elle ne peut être qu'une duperie pour la Marche.

Le ton de la lettre est ardent. Il marque une hostilité assez vive contre le clergé auquel Biencourt reproche de manœuvrer pour arrêter le mouvement d'union des classes, des avances au tiers état. Député, le marquis de Biencourt eut à la Constituante une attitude conforme aux opinions qu'il exprimait en 1789. On sait qu'il se retira en 1793 dans sa propriété d'Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire) et qu'il n'émigra pas (L. Duval, Cahiers de la Marche, p. 61, note 8). Il semble avoir été au nombre des membres de la noblesse gagnés au mouvement du XVIIIe siècle. Cette personnalité mériterait une étude.

M. Louis Lacrocq rappelle que Léonce de Lavergne, dans Les Assemblées provinciales sous Louis XVI (2e éd., Paris, 1879, p. 220 et s.) a parlé de la participation de la Marche aux projets de création d'Etats provinciaux et que les pourparlers engagés du côté de la Guyenne ont fait l'objet d'une publication de l'abbé Dardy dans nos Mémoires, t. VIII, p. 476-502, sous le titre Documents sur le projet d'union de la Marche à la Guyenne, 1788-1789, qui comprend une lettre de Biencourt à un destinataire inconnu. Cette lettre est antérieure certainement à celle analysée ci-dessus, car il y est parlé de l'union avec la Guyenne comme d'une solution proposée ; elle atteste, d'autre part, que Biencourt était déjà en relation pour cette question avec Dissandes de Bogenet.

— M. R. Chatreix lit le chapitre relatif à l'émigration des ouvriers maçons et paveurs qui figurera dans la Monographie de la commune de Saint-Maurice-la-Souterraine qu'il prépare. Il a retrouvé les premières traces de cette émigration au milieu du XVIIe siècle. Il a eu communication de curieuses lettres écrites par des émigrants à leurs familles à la période de la Restauration.

— M. P. Valadeau a copié dans le Mémorial administratif du département de la Creuse, n° 16 (20 avril 1811) l'annonce suivante :

AVIS

On trouve chez le sieur Poulton, libraire à Guéret :

Un assortiment de nouveaux papiers à tenture dans les dessins les plus nouveaux, notamment une suite de monuments exécutés sur fond uni, se liant entr'eux par des jardins, des galeries, des portes majestueuses ou des entrées de palais.

— Lecture est donnée des renseignements sur les usages des Rameaux que, par l'intermédiaire de M. Sarrassat, a fournis M. Maisonnet, pour la commune de Gioux.

 

 

SÉANCE DU 28 MAI 1936

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mme Petit ; MM. le docteur Bordier, Chatreix, Cluzet, Desjobert de Prahas, Dutheil, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Lamatière, Petit.

Excusés : Mlle du Muraud, MM. Maurice Dayras, Lacombe, René Martin, Sarrassat, Valadeau.

Le 3e Congrès de la Fédération des Sociétés savantes du Centre s'est tenu à Moulins avec un complet succès, les 16, 17 et 18 mai. La contribution de notre Société y a été donnée par des communications de Mlle du Muraud, de MM. le docteur Janicaud, Edouard Lacombe et Louis Lacrocq.

— La Société des Antiquaires de Picardie nous a adressé une invitation aux fêtes de son Centenaire qui auront lieu à Amiens le 21 juin, coïncidant avec le Congrès archéologique de France qui se tiendra dans cette ville. M. le docteur Janicaud nous y représentera.

NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de MM. Chamberaud, Texier et Régnier, récemment décédés.

ÉLECTIONS. — M. René Martin est élu administrateur en remplacement de M. Maurice Charles-Marlin, décédé.

ADMISSIONS. — Mlle Simone Pasquet, à Guéret ; MM. André, miroitier, à Montluçon ; Cotton, instituteur à Saint-Yrieix-les-Bois ; Ferdinand Dechezleprêtre, à Tours (Indre-et-Loire) ; François Dubois, à Salagnac, commune du Grand-Bourg ; le général Georges Dumont, à Neuilly (Seine) ; René Laurent, à Paris ; Paul Mathivet, directeur des Mutuelles agricoles, à Guéret ; Périgaud, instituteur, à Bonnat ; Louis Rigaud, boulanger, à Saint-Yrieix-les-Bois ; Robert Thil, chirurgien-dentiste, à Guéret.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Jean Desjobert de Prahas, le Bulletin de la Société hippique rurale de la Creuse ; de M. Henri Hugon, son étude sur La maison natale de Jules Claretie (Limoges, 1936) ; du docteur J. Butaud, sa causerie radiophonique sur Bourganeuf et les environs publiée dans Le Chercheur ; de M. Germouty, son article sur La Légende de l'Arbre de la Fau au loup (1re partie, Mémorial de la Creuse du 18 avril 1936).

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Emile Genevoix fait savoir que le 1er avril dernier il lui a été présenté un oiseau tué au village de Jonon, commune de La Chapelle-Balouë, alors qu'il s'envolait dans une terre, qu'il a déterminé : c'était une petite outarde dite canepetière (Otis tetrax, Lin., ordre des Coureurs). Cet oiseau est très rare dans notre département (cf. le Catalogue de Joseph Dugenest, Mémoires, t. IV, p. 393), mais assez commun dans les plaines du Berry ; on le trouve notamment aux environs de Châteauroux et d'Issoudun et on a dit qu'il y nichait, ce qui est vraisemblable.

— M. le docteur Janicaud signale la découverte par M. G. Durin, aux Manais, près de Gouzon, d'une nouvelle station préhistorique qu'il a pu aller étudier sur place. C'est une station lacustre néolithique édifiée dans un marais, reste du lac tertiaire de Gouzon, et caractérisée par de grands pieux verticaux et un outillage lithique plus grossier et plus archaïsant que celui des stations néolithiques terrestres de la Creuse.

Il lit le compte-rendu de nombreuses trouvailles gallo-romaines faites sur les limites est du département par deux archéologues du Puy-de-Dôme, MM. Charbonneau et Rouchon.

— M. E. Gautheron, conservateur du Musée du Puy (Haute-Loire), qui a fait partie de notre Société alors qu'il était magistrat à Bourganeuf, puis à Guéret, a envoyé la description de douze tapisseries d'Aubusson qui figurent dans les collections de ce Musée. Elles comprennent quatre panneaux d'une suite du Prophète Elie, provenant de l'église des Carmes, au Puy ; un sujet à personnages non identifié, de la même provenance ; deux sujets à personnages non identifiés, provenant du château de Saint-Pal-en-Chalençon (Haute-Loire) ; quatre verdures avec armoiries, provenant de la sénéchaussée du Puy ; enfin une verdure à paysage chinois. Sauf la dernière qui est du XVIIIe siècle, ces tapisseries sont du XVIIe siècle.

Des remerciements sont adressés à M. Gautheron.

— M. Louis Lacrocq indique que dans un article du Larousse mensuel (mai 1936, p. 402), où M. Tristan Leclère a donné la biographie de Paul Iribe (1883-1935), dessinateur et décorateur, se trouve une indication concernant l'industrie d'Aubusson.

Paul Iribe s'est beaucoup occupé d'art décoratif, avec des goûts et des idées ne manquant pas d'originalité. « Une de ses dernières
« compositions, dit M. Leclère, avait été celle d'un tapis tissé
« à Aubusson, selon les vieilles méthodes ; et sa prédilection pour
« le noble et l'inattendu l'avait conduit à prendre pour motif
« principal un beau vase de fleurs, comme ceux qu'on voit en nos
« parcs, le tout stylisé, mais néanmoins projetant, par un jeu
« charmant, une ombre en trompe-l'œil dans le tapis même ».

— M. Eugène Guillot signale un procès relatif aux dîmes et aux redevances que les habitants de Chantaud avaient soutenu contre les moines du Moutier-d'Ahun et qui se termina par un arrêt du Conseil d'Etat du 3 décembre 1678, leur donnant gain de cause. Une tradition locale a conservé le souvenir de ce procès et de l'appui que trouvèrent à la Cour les habitants de Chantaud grâce à l'habileté d'un tailleur de pierres originaire de ce village, qui travaillait à Versailles.

— M. Adrien Rivet a trouvé dans les registres paroissiaux de Crocq la mention du décès survenu le 9 décembre 1676, de « Léonarde de Seconzat, dame religieuse supérieure du monastère de cette ville » qui fut inhumée le lendemain dans la nef de l'église paroissiale.

Cette mention s'ajoute aux indications déjà découvertes par M. Rivet sur le couvent des Bénédictines de Crocq (cf. Mémoires, t. XXV, p. CI), qui sont des années 1690 et 1691, et atteste l'existence du couvent dès 1676.

M. Adrien Rivet communique la copie d'un extrait des « registres mortuaires de l'eglise paroissialle de Sainct Estienne de Néronde, pays de Bourbonnais, diocèse de Bourges » [aujourd'hui Nérondes, chef-lieu de canton du Cher], extrait suivi d'un certificat du curé, le tout énonçant les faits suivants :

Le 11 mai 1699, un jeune homme inconnu fut trouvé assassiné sur un chemin près de Néronde et inhumé le lendemain. Le 18 septembre suivant, se présentait, au presbytère de Néronde, Annet Mazay, laboureur de la paroisse de La Mazière-aux-Bonshommes, qui assurait que ce jeune homme était son fils Etienne Mazay, scieur de long émigrant. Le certificat constate l'exactitude de ce dire en décrivant le signalement et le costume du mort, conforme aux indications du père. Celui-ci paya les droits mortuaires au curé et fit dire une messe basse pour son fils.

— M. Henri Hugon a envoyé la copie qu'il a relevée aux Archives départementales de la Haute-Vienne (G VII 2, f° 231) des conventions faites entre les prêtres du Séminaire de la Mission, à Limoges, et Alexandre-Jean Couturier de Fournoue, docteur en théologie, official, prieur de Guéret et archiprêtre de Saint-Sulpice-le-Guérétois, pour une fondation faite par celui-ci au Séminaire :

Le 20 mai 1729, l'abbé Couturier de Fournoue versait 2.000 livres pour la constitution d'une rente de 100 livres dont les arrérages serviraient « à recevoir gratis et sans rétribution des prêtres
« vicaires de campagne les plus pauvres, s'il s'en présente, et à
« leur deffaut pour ayder quelque pauvre ecclésiastique à fournir
« aux frais et pension de son séminaire ». Le donateur se réservait l'usufruit de la rente sa vie durant. Une nouvelle convention, le 22 novembre 1732, modifia l'affectation de la somme donnée : l'abbé Couturier de Fournoue accepta qu'elle fut employée par le Séminaire pour les frais de construction d'un corps de logis destiné à « recevoir les ecclésiastiques ou séculiers qui souhaiteraient faire
« les exercices spirituels ». (Sur l'abbé Couturier de Fournoue, voir Mémoires, t. XII, p. 315 et t. XXI, p. 314).

— M. R. Chatreix expose des incidents de la période révolutionnaire à Saint-Maurice-La Souterraine :

La famille Blanchard de Maffe était une vieille famille noble de Saint-Maurice. Elle est citée dans le Nobiliaire de Nadaud (t. I, p. 186, où le nom du fief est indiqué inexactement Maffot). Gédéon Blanchard de Maffe a été maire de la commune de 1816 à 1830.

Pendant la Révolution, la famille Blanchard, dénoncée par le Comité de surveillance de Saint-Maurice (séance du 26 novembre 1793) comme « suspecte de si devant noble » et coupable « d'entretenir des correspondance avec les émigrés », fut arrêtée, puis emprisonnée à Guéret et à Blessac.

Profitant de l'absence forcée des propriétaires, le Comité de Saint-Maurice fit vendre aux enchères les « meubles, effets, grains, instruments aratoires... jusqu'aux bandes de fer des portes et contrevents » du château de Maffe.

Libérée quelque temps après par ordre de Verneret, représentant du peuple en mission, la dame Blanchard adressa, le 8 ventôse an 3, une plainte au Directoire du district de La Souterraine contre le Comité de Saint-Maurice. Les tribunaux furent saisis de l'affaire et plusieurs membres du Comité arrêtés (28 thermidor an 3).

— M. Louis Lacrocq communique l'Arrêté du directoire du département de la Creuse contenant la liste générale des émigrés de ce département, imprimée à Guéret (imprimerie nationale, an 2, in-f°, 16 pages) et qui avait été arrêtée à la séance du 22 juillet 1793. L'intitulé indique que cette liste est une refonte des listes antérieures, « générale et définitive ». Elle comprend, avec plus de cent noms d'émigrés domiciliés dans la Creuse (la plupart anciens officiers de l'armée royale) quelques émigrés étrangers au département à cause des propriétés qu'ils y possédaient. Pour tous, l'énumération sommaire des biens séquestrés est donnée.

— Mme Petit présente le tableau graphique de la valeur des assignats qu'elle a établi pour la période de fructidor an 4 à pluviôse an 5, en dépouillant les délibérations de la municipalité de Dun-le-Palleteau qui, à chaque réunion, notait le cours moyen du mandat de 100 livres pour le communiquer aux percepteurs, ce mandat étant encore accepté pour le paiement partiel des impôts.

— M. P. Valadeau communique un placard in-plano, imprimé à Guéret, chez Fauchier, Gadon et associés, imprimeurs de la Préfecture, intitulé : Distribution générale des prix à la suite des exercices littéraires de l'Ecole de Guéret, chef-lieu du département de la Creuse, faite le 10 septembre 1806 dans la salle de spectacle et en séance solennelle, présidée par M. Lasalcette, préfet du département et membre de la Légion d'honneur.

Ce programme contient un compte-rendu sommaire de la séance, le palmarès et la liste du personnel de l'Ecole qui n'avait pas encore le titre de collège. Le directeur était P.-L. Manhes (cf. Dr Villard, Le Collège de Guéret, Guéret, 1906, p. 72 et s., et la communication de M. J. Dutheil, Mémoires, t. XXVI. p. XXI). Le nom de ce directeur, que le Dr Villard avait lu inexactement, est bien Manhes et non Manhès indiqué aux Mémoires (loc. cit.).

— M. le docteur Janicaud communique une série de programmes imprimés du théâtre de Guéret sous la monarchie de Juillet, notamment de représentations données par la célèbre actrice parisienne Mlle George.

— M. Pierre Dutheil lit une note sur les réfugiés polonais dans la Creuse insérée à la fin du présent procès-verbal.

— M. Jean Dutheil lit une étude sur le mouvement démographique du canton de Chénérailles au XIXe siècle.

— M. René Martin signale l'analogie de certains noms de lieux anglais avec des toponymes creusois, d'après des indications qu'il a trouvées dans un travail du linguiste suédois Eilert Ekwall, un des collaborateurs de l'English Place-name Society :

Des noms anglais où entre le terme glen, remontant au gallois glyn (vallée) sont à rapprocher de Glénic, Glane.

Gorsley, Goscole, rattachés au mot anglais gorse (ajonc, en anglais moderne), amènent à notre terme Gorce, de même que Warren Burn (nom de rivière) et Werneth, par le britannique verno et le gallois gwern (aulne), à nos Vergne, Lavergne.

Nos Combes creusoises s'apparentent aux nombreux Comb ou Combe anglais (vieil anglais cumb, étroite vallée).

— Communication est donnée des réponses à l'enquête sur la fête des Rameaux qu'ont envoyées, par l'intermédiaire de M. Sarrassat, M. Pinlong (commune de Dontreix), M. Maldant (commune de Fresselines) et M. Salagnac (commune de Saint-Martial-le-Vieux).

 

NOTE LUE EN SÉANCE – POLONAIS DANS LA CREUSE

(Archives départementales de la Creuse, série M, Etrangers)

En 1832, les patriotes polonais émigrèrent en masse à l'étranger, particulièrement en France où ils reçurent un bon accueil. Quatorze ans après, en 1846, les évènements de Cracovie amenèrent de nouveaux réfugiés polonais en France.

Le département de la Creuse en reçut un contingent qui fut réparti dans plusieurs communes. J'ai eu la bonne fortune de trouver aux Archives départementales, la liste de ces réfugiés Presque tous avaient exercé un grade dans l'armée polonaise (1).

Voici cette liste, établie pour les années 1847-1849 :

RÉSIDENCE | NOM ET PRÉNOM | GRADE OU SITUATION
Ahun | Boskowski Julien | Etudiant
id. | Chetmonski François | Capitaine
Aubusson | Deworzecki Longin | Sous-lieutenant
id. | Dornfeld Séverin | id.
id. | Fenski Chrétien | Sous-officier
id. | Liebmann Frédéric | Chirurgien-major
id. | Mrazowski Antoine | Sous-officier
id. | Szymanski Théodore | id.
id. | Skulski Etienne | Capitaine
id. | Waskowski Constantin | Sous-officier
id. | Bzonski Jean | Etudiant
Bourganeuf | Gawrowski François | Sous-lieutenant
Boussac | Kostowski Joseph | Lieutenant
Dun | Mystkowski Michel | Capitaine
Evaux | Jopkieswicz Stanislas | Sous-lieutenant
Felletin | Grabinski Thomas | id.
id. | Zaifert Joseph | id.
Guéret | Przezdzieki Charles | Major
id. | Zakrzewski Casimir | Sous-lieutenant
id. | Plewinski Jean | Sous-lieutenant
id. | Wojcitowski Ladislas | id.
id. | Richter Michel | Major
id. | Radriejowski Victor | Capitaine
id. | Zaremba Wladislas | Sous-lieutenant
id. | Ziomecki Napoléon | Etudiant
id. | Sickaszynski Jean | Sous-lieutenant
id. | Putkowski Antoine | id.
id. | Plewinski François | Propriétaire
id. | Kasperiowicz Adam | Sous-officier
Chénérailles | Bzowski Jean | Etudiant
Genouillat | Boroski Stanislas | Sous-lieutenant
Chambon | Gorkowski Kanut | id.

(1) Je n'ai pas rencontré dans les Archives départementales d'indications sur les réfugiés polonais qui ont pu venir dans la Creuse avant 1846, mais en voici une que fournit l'Analyse des délibérations du Conseil municipal de Guéret, an VIII - 1870, publiée par M. Louis Lacrocq (Guéret, Lecante, 1920, p. 99) et où on trouve un des noms de 1846 (Przezdzieki) :
A la réunion du 10 mai 1837, le Conseil eut à statuer sur une pétition de deux officiers polonais, le major Przezdzieki et le capitaine Trocinski, réfugiés à Guéret, qui demandaient « la cession ou jouissance d'une certaine « étendue du terrain formant la montagne du Maupuy pour la cultiver, et « de plus de leur faire construire sur ledit terrain deux maisons qui leur « serviraient à la fois d'habitation et de moyen de culture ». Le Conseil municipal, « tout en prenant à la situation pénible des pétitionnaires tout « l'intérêt qu'elle commande », ne put accéder à leur désir, le Maupuy n'appartenant pas à la commune de Guéret.
Sur des officiers polonais réfugiés à Felletin en 1831, voir la communication de M. Henri Hugon relative aux familles Lewitzki et Zyrzniewski (Mémoires, t. XXV, p. LXXXVIII).

Une instruction ministérielle du 23 juillet 1843 fixa les règles à observer à l'égard des Polonais réfugiés en France et le montant des secours qui devaient leur être attribués. Selon le grade ou les charges de familles, un secours renouvelable, de 15 à 50 francs par mois, fut alloué à chacun d'eux.

A plusieurs reprises, on chercha à créer de l'agitation parmi les émigrés polonais. Une circulaire, en date du 7 novembre 1846, met les Préfets en garde contre ces manœuvres.

En 1848, le bruit — inexact — se répandit qu'une légion étrangère composée de réfugiés politiques s'organisait à Metz. Une circulaire ministérielle recommande aux Préfets de ne délivrer aucun passeport pour les départements voisins de l'Allemagne. En réponse à cette circulaire, le Préfet de la Creuse dit qu'aucune demande de passeport pour cette région n'a été faite dans son département.

En 1849 et en 1850, beaucoup d'émigrés polonais demandèrent à rentrer dans leur patrie. Le Gouvernement français accorda toutes les facilités voulues pour ces rapatriements ; mais il est intéressant de constater que parmi les Polonais réfugiés en Creuse, trois seulement demandèrent leur rapatriement. Presque tous, en effet, avaient trouvé une situation dans notre pays et étaient décidés à y rester. Le tableau suivant, dressé en 1856, donnera une idée des situations nouvelles qu'ils y avaient acquises :

NOM ET PRÉNOM | SITUATION AU MOMENT DE L'ÉMIGRATION | LIEU DE LA RÉSIDENCE | NOUVELLE PROFESSION EXERCÉE
Bzonski Jean | Etudiant | Aubusson | Teinturier
Chetmonski François | Capitaine | Ahun | Employé aux Mines
Finski Chrétien | Sous-officier | Aubusson | Tapissier
Mystkowski Michel | Capitaine | Dun | Employé aux Ponts et Chaussées
Przezdziecki Charles | Major | Guéret | id.
Sickaczynski Jean | Sous-lieutenant | id. | id.
Deworzecki Longin | id. | Aubusson | Empl. à la cons. des hypothèques
Boroski Stanislas | id. | Genouillat | Docteur en médecine
Radziejowski Victor | id. | Guéret | Econome de l'hospice
Zaremba Ladislas | id. | id. | Chef de Bureau à la Préfecture
Zakrzewski Casimir | id. | id. | Employé aux chemins de fer
Wojcikowski Ladislas | id. | id. | id.
Gorkowski Kanut | id. | Chambon | Employé aux Ponts et chaussées

Par la suite, plusieurs de ces réfugiés épousèrent des Françaises et firent souche dans notre département où l'on trouve encore plusieurs de ces familles. Personnellement j'en connais deux, l'une résidant à Aubusson et l'autre à Chambon.

Pierre Dutheil.

 

 

SÉANCE DU 30 JUILLET 1936

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlles du Muraud, Théreil, MM. Marc Bloch, de Bourran, Délurier, J. Desjobert de Prahas, le docteur Janicaud, Laborde, Lamatière, Sarrassat.

Excusés : MM. Louis Blanchet, Maurice Dayras, Jean Dutheil, Pierre Dutheil.

M. le Président rend compte de l'inauguration, qui a eu lieu le 7 juin dernier, du buste de notre éminent compatriote, le géologue Philippe Glangeaud, professeur à la Faculté des Sciences de Clermont-Ferrand (1868-1930). Ce buste a été placé dans le jardin Lecocq à Clermont-Ferrand. Il est l'œuvre du sculpteur Maurice Vaury.

M. le docteur Janicaud rend compte des fêtes du Centenaire de la Société des Antiquaires de Picardie, auxquelles il a représenté notre Société, le 17 juin dernier.

La Société des Sciences naturelles de la Charente-Inférieure nous a invités aux fêtes de son Centenaire célébrées le 5 juillet dernier. Nos vœux confraternels lui ont été adressés.

Des félicitations sont exprimées à MM. Marc Bloch, nommé professeur d'histoire économique à la Sorbonne, Pierre Dutheil, nommé sous-archiviste de la Creuse, Georges Thomas, nommé bibliothécaire en chef à la Bibliothèque de la Sorbonne, Mlle Bellegy, MM. Lamatière, promus officiers de l'Instruction publique, Daum, Lafont et Raynaud, nommés officiers d'Académie, Paul Mathivet, promu officier du Mérite agricole, Regnault, nommé chevalier du Mérite agricole.

NÉCROLOGIE. — L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de Mme veuve Legrand et de M. André Mazeron, membres titulaires, récemment décédés. M. le Président rappelle l'amabilité avec laquelle Mme Legrand nous avait accueillis, au cours de notre excursion de 1934, dans son château de La Villeneuve qu'elle entretenait avec un soin remarquable. Il retrace la brillante carrière de M. André Mazeron au barreau de la Cour d'appel de Limoges, dont il fut bâtonnier, la haute considération dont il jouissait, son attachement à la Creuse et à Auzances, sa ville natale.

CLASSEMENT. — Par arrêté du 27 mai 1936, les Roches de Mazuras, près Bourganeuf, appartenant à M. le docteur Bonnet, ont été inscrites parmi les sites et monuments naturels de caractère artistique.

ADMISSION. — M. Jean Fourjadeau, notaire à Saint-Vaury.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Franck Delage, son article Fouilles de puits gallo-romains à Chassenon (Charente), extrait du Bulletin de la Société archéologique du Limousin (Limoges, 1936) ; de M. Albert de Laborderie, son étude sur Saint-Junien archéologique, extrait du même Bulletin (Limoges, 1936) ; de MM. Mellerio et Louis de Nussac, leur article sur La lithographie en France et Charles de Lasteyrie, son premier introducteur, extrait du Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze (Brive, 1936) ; de M. H. Germouty, son article sur La légende de l'arbre de la Fau au loup (2e partie) (Mémorial de la Creuse du 20 juin 1936) et la suite de ses notices sur les localités de la Creuse (Mémorial de la Creuse du 18 juillet 1936).

Nous avons acheté les Tables dactylographiées du Bulletin du Dolmen-club de Bellac, établies par M. H. Hugon.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Sarrassat lit la note suivante :

« Au cours d'une excursion botanique à Nouziers, le 2 juillet 1936, avec M. Rouet, celui-ci m'a fait récolter quelques plantes intéressantes, notamment :

Ægopodium Podagraria L. (Egopode Podragaire). Ombellifère nouvelle pour la Creuse, en colonies importantes le long de la grande route qui traverse le bourg de Nouziers.

Euphorbia angulata Jacq. Abondant sur toute la lisière d'un bois. Déjà signalé par Selleret dans la commune de Nouziers. Euphorbiacée non observée ailleurs en Creuse.

Herniaria glabra L. (Herniaire glabre), Eryngium campestre L. (Panicaut champêtre), Calamintha Acinos Clairville (Calament Acinos), Melilotus arvensis Wallr (Mélilot des champs), gare de Nouziers. Espèces rares en Creuse, vraisemblablement introduites ici et provenant de graines étrangères apportées avec les transports par voie ferrée.

M. Rouet m'a signalé l'existence, vers Villebasse, d'une station aujourd'hui disparue de Inula Helenium L. (Inule Aunée) dont il a conservé quelques pieds dans son jardin. Cette belle Composée n'a jamais été mentionnée dans aucun catalogue de plantes creusoises.

Nous avons découvert, dans une tourbière à Sphaignes, une station étendue d'Oxycoccos vulgaris Pers. (Canneberge vulgaire), en fleurs et en fruits. Vacciniée assez répandue dans les tourbières de la Haute-Creuse.

Campanula Rapunculus L. (Campanule Raiponce) est très abondant à Nouziers, particulièrement le long des haies. Depuis la gare de Nouziers jusqu'à la ligne de faîte du signal de Bonnat, dans la vallée de la Petite Creuse et en terrain micaschistique, cette belle Campanule émaille de ses fleurs bleues les talus et les abords de la voie ferrée. Mais dès qu'on entre par le train dans la vallée de la Creuse, on se trouve alors en terrain granulitique puis granitique, Campanula Rapunculus L. disparaît brusquement et totalement pour faire place à une autre Campanulacée, Jasione montana L. (Jasione des montagnes) ».

— M. Pierre Gabillon a envoyé le dessin et la description d'un fragment de silex taillé trouvé au Bois-Timbet (n° 675 section G du plan cadastral), commune d'Azerables, à la surface d'un champ labouré. Sa largeur est de 25 mm. ; son épaisseur moyenne de 7 mm. ; la longueur du fragment de 35 mm. Ce silex est couleur cire d'abeille, sans patine. Une seule face est taillée. De profil, son contour est sensiblement parallèle à l'autre face qui, restée brute, est franchement concave avec une saillie à la partie inférieure.

— M. le docteur Janicaud présente un curieux buste en terre cuite du Musée de Guéret, provenant du Puy-de-Gaudy, et qui paraît être un acrotère gallo-romain, figurant une divinité solaire, probablement un Jupiter à la roue.

Il décrit des sépultures gallo-romaines à incinération en coffres de granit, trouvées à La Deunière, commune de La Chapelle-Balouë, par M. L. Pinard, et dont l'une était dans une sorte de puits à parois formées, partie par la roche en place, partie par un mur de pierres sèches.

Il présente, de la part de Mlle Rolinat, un moyen bronze fruste, à l'effigie d'Hadrien, provenant d'un trésor contenu dans un pot de terre qui aurait été trouvé, il y a une centaine d'années, à Lagathe, commune de Saint-Martin-Château.

— M. F. Rolinat signale un cercueil en pierre (granit) qui se trouve dans la cour de l'école de Saint-Moreil et qui paraît provenir de l'ancien cimetière entourant l'église. L'extrémité la plus large (0m,55), côté de la tête, est rectiligne avec angles arrondis ; l'extrémité opposée (larg. 0m,35) est rectiligne. Ce cercueil appartient donc au type 4 (IXe siècle) de la classification établie par M. le docteur Janicaud (Fascicule du Centenaire, p. 133) ; sa longueur est de 2 m.

— M. Louis Lacrocq fait savoir que, sur une démarche de notre collègue M. Jacques Levron, archiviste de Maine-et-Loire, M. le colonel Savette, secrétaire général de la Société des lettres, sciences et arts du Saumurois, lui a envoyé la description de tapisseries d'Aubusson du XVIIe siècle, conservées à l'hôpital de Saumur, représentant des scènes de la Vie d'Isaac. Il communique la photographie de l'un des panneaux. M. le colonel Savette a signalé la tradition saumuroise d'après laquelle ces tapisseries auraient été données à l'hôpital par Madame de Montespan.

— M. P. Fournier, membre correspondant, a envoyé le texte d'une copie collationnée, qui se trouve aux Archives départementales du Puy-de-Dôme (F 210, n° 1), des lettres-patentes de Louis XI, datées d'Arras, septembre 1477, donnant le comté de la Marche à Pierre de Beaujeu, gendre du roi, à la suite de la confiscation de ce comté sur Jacques III d'Armagnac.

— M. Jean Dutheil communique un contrat notarié du 20 janvier 1657 intervenu entre les religieux Célestins des Ternes et deux maîtres tuiliers de Sévennes, paroisse de Chambonchard, pour la fabrication par ceux-ci, pendant un an, de tuiles, briques et carreaux dans la tuilerie du monastère (Archives départ. de la Creuse, H 1142).

M. Jean Desjobert de Prahas dit qu'un des domaines de la propriété des Ternes, appartenant aujourd'hui à M. le docteur de Léobardy, s'appelle La Tuilerie ; il est à 500 mètres environ de l'emplacement du monastère.

— M. Jean Dutheil signale une déclaration faite par Pierre Villely, tailleur de pierres aux Chézeaux, paroisse de Pionnat, devant Bort, notaire royal, le 5 avril 1676, indiquant qu'il ne peut se présenter devant la justice pour fournir son témoignage dans une affaire des religieux Célestins des Ternes, « étant obligé de partir demain pour aller à Paris travailler de son art de tailleur de pierres ». (Archives départ. de la Creuse, H 1123).

— M. Adrien Rivet communique la copie d'un acte reçu par Sauty, notaire royal à Flayat, le 8 juillet 1719 par lequel Jean Haustier, seigneur de Villemonteix, demeurant au château de Barmontet, paroisse de Vernégeol [aujourd'hui Verneugheol, canton d'Herment, Puy-de-Dôme] proteste contre la pression que veut exercer sur lui M. de Boucher, intendant d'Auvergne, pour l'amener à faire une transaction avec Mlle de Villelume, à la suite d'une lettre de cachet qui avait été envoyée à Jean Haustier.

— M. Adrien Rivet communique également la copie de l'acte de sépulture dressé, le 5 mai 1752, dans la paroisse de Saint-Louis de Versailles, de Guy, marquis d'Ussel, chevalier, seigneur de Châteauvert, Crocq et Flayat, âgé de 45 ans.

— M. Pierre Dutheil présente le récit d'un combat entre faux-sauniers et agents de la gabelle d'après des documents qu'il a trouvés en procédant au classement du fonds Jorrand (Archives départ. de la Creuse, série E) :

« Le lundi 28 janvier 1737, sur les 9 heures du matin, Gilles Chabizon, cabaretier au village du Secq, paroisse de Saint-Sulpice-le-Donzeil, vint prévenir le capitaine des Roziers, commandant la brigade de gabelle établie au Moutier-d'Ahun, que des faux-sauniers s'étaient rassemblés dans les bois de Paugniat, paroisse de Sous-Parsat, et qu'ils étaient en possession d'un grand nombre de sacs de sel. Il ajouta que la capture de ces contrebandiers serait facile, car ils n'étaient pas armés, et qu'il servirait volontiers de guide.

« Le capitaine des Roziers ne pouvait disposer que de quelques hommes, les autres étant en surveillance dans des villages assez éloignés. Mais, sur la foi de ces renseignements, il décida d'agir sur-le-champ. Il n'avait sous la main que les nommés Martial Menot, Etienne Granchamps et Antoine Deplaigne, employés dans sa brigade. Il les réunit en hâte et au dernier moment, jugeant ces forces par trop insuffisantes, il fit appel au nommé Jean Baleyton, manœuvre au bourg du Moutier-d'Ahun, à qui il promit une forte prime sur le produit que ne manquerait pas de donner cette expédition dont la réussite lui paraissait certaine.

« Les gardes allaient tomber dans un véritable guet-apens : les faux-sauniers qui s'étaient rassemblés dans les bois de Paugniat étaient commandés par le chevalier du Monteil, fils du seigneur du Monteil, de la paroisse de Lupersat, ex-lieutenant de milice, devenu un redoutable chef de bande. Ce du Monteil, contre lequel avaient été rendus plusieurs décrets de prise de corps pour faux-saunage, avait voué une haine farouche à tous les employés des gabelles, et c'est lui qui, de complicité avec le cabaretier venu le matin prévenir le chef de la brigade du Moutier-d'Ahun, avait organisé ce guet-apens dans lequel le capitaine des Roziers devait trouver la mort. Après avoir abattu le malheureux capitaine à coups de fusil, les faux-sauniers s'acharnèrent sur son cadavre. Me Alouis, chirurgien à Ahun, chargé de pratiquer l'autopsie, ne releva pas moins de trente coups de baïonnettes donnés sur tout le corps.

« Une information fut ouverte par M. Ranon de La Vergne, lieutenant criminel enquêteur de la châtellenie d'Ahun. Il entendit de nombreux témoins dont le dossier consulté contient les dépositions fournissant tous les détails de l'affaire. Les recherches faites dans le fonds de la châtellenie d'Ahun et dans celui de la Sénéchaussée de la Marche pour connaître la solution de cette procédure n'ont pas donné de résultats. Seul, le cabaretier Chabizon avait pu être emprisonné ; le chevalier du Monteil et ses hommes restèrent introuvables ».

— M. L. Casanova communique la copie de la Déclaration du roy portant règlement pour la nomination des collecteurs des tailles, du 1er août 1716, qui fixe la manière dont le tableau des collecteurs sera établi.

— Mlle M.-M. du Muraud lit la note reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :

« La carte de l'Etat-Major (feuille d'Aubusson N. E.) montre, au Sud-Sud-Ouest de Lépaud, un vaste espace nu, sans lieux habités, auquel elle ne donne pas de nom. Celui-ci est pourtant bien vivace dans la tradition locale : la Brande de Verrière. Autrefois, il y a eu là une forêt portant le même nom, qui dépendait de la terre de Lépaud. Soumise à de multiples droits au profit des habitants des villages environnants, elle fut dévastée. Selon le jugement dont il va être parlé, sa destruction avait dû être à peu près achevée au début du XVIIIe siècle. Cette indication ne paraît pas tout à fait exacte, car la carte de Cassini figure encore une assez importante surface boisée sur le tènement de Verrière partie ouest, rive droite du ruisseau qui se jette dans la Voueize à Roche-Neuve. Au cours de cette lente destruction, des droits anciens continuèrent d'être exercés sur ce qui pouvait rester de bois et sur le terrain dénudé. Ils furent l'objet d'un procès au XIXe siècle, devant le tribunal de Chambon-sur-Voueize.

« M. le Président Dumas m'a communiqué le jugement rendu après expertise, le 30 août 1864. Les parties étaient le duc de Montpensier, alors propriétaire de la terre de Lépaud, l'Etat et divers propriétaires des villages de la Petite et la Grande Chaux, Montarux, Lajaumont, commune de Lussat, et Huillat, commune d'Auge.

« Le tribunal décida que le tènement de Verrière ayant cessé d'être à l'état de bois depuis très longtemps, les droits de chauffage, paisson, glandée et autres étaient éteints par prescription ainsi que les actions en dommages-intérêts pour défrichements. Seul fut maintenu le droit de pacage pour le gros et le menu bétail dont le cantonnement fut prescrit : deux tiers en valeur pour le duc de Montpensier et l'Etat, un tiers pour les habitants, à subdiviser entre eux, un lot pour chaque usager ayant titre, un pour chaque village, pour un nombre de bestiaux égal à celui existant au moment des concessions ou en 1789.

« Il est à remarquer que le nom de Verrière indique l'existence, dans ce tènement, alors qu'il était forêt, de l'industrie du verre à une époque qui peut être très ancienne (cf. Longnon, Les noms de lieu de la France, n° 2610) ».

— M. Henri Hugon a envoyé la note suivante :

« Le chanoine Lecler a donné pour cadre à son ouvrage : Le Limousin et la Marche au Tribunal révolutionnaire de Paris, les trois départements de la Haute-Vienne, de la Creuse et de la Corrèze.

« Il n'y a pas mentionné l'ex-curé assermenté de Vaugirard, Gilbert Bourdeaux, né à Boussac (jadis territoire berrichon, creusois depuis 1790), exécuté le 27 prairial an II, dont M. Jacques Hérissay a raconté le procès dans le Courrier du Centre du 16 juin 1936. C'est donc un nom à ajouter aux listes du chanoine Lecler. Celui-ci avait d'ailleurs reconnu (op. cit., t. II, p. 11) que des lacunes pourraient se révéler dans sa documentation pour la période qui suivit la loi du 22 prairial an II, vu l'imprécision de maints dossiers ».

 

NOTE LUE EN SÉANCE – AU COUVENT DES BERNARDINES DE MONTLUÇON

Les archives du château de Mornay, commune de Bonnat, contiennent diverses pièces relatives à des règlements entre les religieuses Bernardines de Montluçon et « Monsieur de Mornay, seigneur de Bonnat ». La plus ancienne est de 1719.

M. de Mornay avait plusieurs filles. L'une d'elles, soit qu'elle suivît son véritable penchant, soit qu'elle se conformât aux habitudes de l'époque, quitta pour le monastère l'antique château de Mornay. Situé à 2 kilomètres de Bonnat, et partiellement transformé, il dresse encore ses vieilles tours en un frais entourage de bois, d'eau et de prairies.

Pourquoi le choix de Mlle de Mornay se porta-t-il sur le couvent des Bernardines de Montluçon ? D'autres ordres établis dans le diocèse, tels que celui de Fontevrault à Blessac, celui des Augustines à Guéret, beaucoup plus proche de la demeure paternelle, recevaient également des femmes de qualité... Nous ne connaissons pas la raison de sa préférence. Quoi qu'il en soit, ce monastère bourbonnais attira plusieurs jeunes filles appartenant à la noblesse de notre région, comme on le peut voir par le contrat établi entre M. de Mornay et les religieuses dignitaires.

La maison des Bernardines devait jouir d'assez larges ressources. Le versement d'une rente annuelle et d'un certain capital ou de ses intérêts lui était assuré par la famille de la jeune fille qui entrait en religion. Les conventions suivantes en font foi :

« Nous, sœur Louis des Forges, supérieure de la communauté ; sœur de Vilmor, assistante, conseillère ; Suzanne Seysson, sœur du Saint-Esprit ; de Châteaubodeau, sœur Angélique de Ligondais ; sœur de la Nativité d'Assy, toutes conseillères et officières de cette maison, promettons à Monsieur de Mornay de prendre Mademoiselle sa fille dans notre monastaire pour le prix et somme de trois mille livres pour sa dotte, cinquante livres pour les repas de noviciat, et autant pour la profession, (si mieux n'ayme le dit sieur de Mornay, faire luy-même les repas) ; pour les présents, vingt livres au noviciat et autant à la profession ; quarante pour les robes, cinq cents livres au cas qu'elle vienne à décéder l'année de son noviciat avant sa profession, trente livres de pension viagère ».

Fait ce 15 août 1719.

(Suivent les signatures).

Il est assez surprenant de voir le montant de la pension viagère varier selon les années. La somme portée sur les différents reçus n'est pas identique ; elle va jusqu'à 150 livres. Les 30 livres énoncées sur le premier acte n'auraient-elles représenté qu'une avance ?

L'ordre des Bernardines est actuellement le plus austère de tous les ordres de femmes. A l'époque qui nous occupe — au moins pour certains monastères comme celui de Montluçon, — le genre de vie devait être beaucoup moins dur qu'aujourd'hui, car ces dames recevaient des jeunes filles pour les instruire et éduquer, ce qui eût été incompatible avec les rigueurs auxquelles se soumettent les Bernardines de notre temps. En effet, les frais d'internat d'une sœur puinée de la novice figurent sur des quittances remises à M. de Mornay. Il est spécifié : « 150 livres pour l'année de pension
« de noviciat de Mlle sa fille aînée, et cent livres pour une année de
« pension de Mlle sa fille cadette ».

« Mlle la fille cadette » apparaît, solennellement désignée cette fois, sur un reçu daté du 11 février 1721 et délivré, non pas comme de coutume à Monsieur, mais à Madame de Mornay. (Peut-être ne connaissait-il pas le détail des transactions ménagères qui avaient eu lieu entre son épouse et le monastère ?...).

« Je soussignée, supérieure des Bernardines de cette ville de Montluçon, reconnais avoir receu de Madame de Mornay, toute déduction de ce que nous leur devions pour les cochons faite, la somme de 84 livres 15 sols, tout ce qui peut être du de la pension de Mlle de Bonnat sa fille ».

(Signé : De Saint-Louis de Monestay, supérieure).

Quant à la jeune religieuse, elle est toujours dite : « Notre sœur de Mornay ».

Le nom dut s'éteindre à cette génération, au moins pour cette branche. On relève dans les registres paroissiaux de Bonnat, à la date du 9 janvier 1724, le mariage de Charles de Noblet, seigneur de Tercillat, et de Barbe de Mornay, et à dater de 1729 les reçus des Bernardines sont au nom de « Monsieur de Tercillat, beau-frère de notre sœur Sainte-Claire de Mornay ». Peu après, en 1736, par le second mariage de Barbe, Mornay passa à la famille de Brade.

De bien nombreuses générations s'y étaient succédées, depuis qu'en 1438 donation fut faite par « dame Marguerite de Malleval,
« dame du lieu, en faveur de demoiselle Jeanne du Breuil et de
« noble Antoine de Lafont, son fils, du lieu, domaine, fief et
« seigneurie de Mornay, à condition que lesdits sieurs de Lafont
« et leurs descendants seront tenus de porter le nom de Mornay
« à perpétuité ».

M.-M. du Muraud.

 

 

SÉANCE DU 17 SEPTEMBRE 1936

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlle Théreil ; MM. Jean Alévêque, Berchon, Louis Blanchet, le docteur Bordier, Délurier, Jean Desjobert de Prahas, le général Dumont, A. Frétet, le docteur Janicaud, Albert Lacrocq, Lapetite, Sarrassat.

Excusés : MM. Marc Bloch, J. Dutheil, Laborde.

M. Adrien Blanchet, de l'Institut, membre honoraire, assiste à la séance. M. le Président le remercie de la bienveillante sympathie qu'il témoigne à notre Société et l'invite à prendre place au bureau.

MM. Dardanne, pharmacien à Paris, Grelet, instituteur honoraire, ancien chef de l'Office des Pupilles de la Nation, à Guéret, Roux, greffier à Dun-le-Palleteau, membres titulaires, sont récemment décédés. M. le Président exprime la part que la Société prend à ces deuils et nos condoléances aux familles de nos collègues.

Des félicitations sont adressées à M. Pintout, membre titulaire, nommé chevalier de la Légion d'honneur.

M. le Président rend compte des fêtes qui ont eu lieu à Aubusson le 23 août dernier pour l'apposition de plaques sur les maisons natales de Jules Sandeau et d'Alfred Assolant, ainsi que sur un mur du Chapitre en souvenir des troubadours qui fréquentèrent le château d'Aubusson. Il signale les beaux discours prononcés par M. Firmin Roz, membre de l'Institut, et notre collègue M. Paul-Louis Grenier, conservateur-adjoint à la Bibliothèque nationale. Il complimente les organisateurs de cette fête littéraire, spécialement notre secrétaire, M. Maurice Dayras, secrétaire général des Amis d'Aubusson.

ADMISSIONS. — MM. Délurier, ingénieur honoraire du service vicinal, à Guéret ; Mars, négociant à La Souterraine.

ARCHIVES. — M. L. Doignon a fait don de papiers anciens concernant Rougnat et Châteaubodeau.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Adrien Blanchet, sa Chronique de numismatique celtique, parue dans les Etudes celtiques, n° 1 ; de M. H. Germouty, son article sur Le cinquantenaire d'Alfred Assolant (Mémorial de la Creuse du 8 août 1936).

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Adrien Blanchet lit la note et le document reproduits à la fin du présent procès-verbal, document dont il fait don à nos Archives. M. le Président l'en remercie.

— M. Sarrassat signale la présence à Guéret, sur des murs, faubourg Montpellier et rue de l'Ancienne-Prison, d'une graminée à floraison tardive Poa compressa L, caractérisée par ses chaumes comprimés à deux angles tranchants. Cette plante doit être rare en Creuse. Elle est mentionnée dans le catalogue Pailloux et indiquée à Bourganeuf par Lamy de la Chapelle.

— M. le docteur Janicaud signale la découverte faite à Coussat, commune de Bonnat, par M. Tissier, d'un important cimetière gallo-romain à incinération à coffres ovoïdes.

Il décrit une statue d'époque romaine trouvée à Crozant en 1882, qui représente une déesse-mère gauloise. Il rapporte à ce sujet une curieuse légende de la région concernant les « Martes », légende qui lui a été apprise par M. Désiré Blanchet, instituteur en retraite à Crozant.

M. Adrien Blanchet présente des observations sur cette dernière communication.

— Albert Lacrocq lit la note suivante :

« Il existe en Creuse un grand nombre de toponymes formés avec le suffixe ière, forme française du suffixe latin aria. Ce suffixe a été combiné, tant à l'époque romaine qu'au moyen âge, avec des noms de métaux (Argentière, Ferrière, etc.), de plantes (Fromentière, Bussière, etc.), d'animaux domestiques ou sauvages (Asnières, Louvière, etc.), ou encore avec des termes désignant une nature de sol (Ribière, etc.). En outre, à une époque que l'on peut placer, d'après M. R. Musset, aux XIe et XIIe siècles (voir Albert Dauzat, Les noms de lieux, p. 153), ce suffixe a servi à la formation de noms de domaines ruraux, presque toujours précédés de l'article, sur les noms des propriétaires de ces domaines.

« C'est sur cette dernière catégorie de toponymes en ière que nous voulons attirer l'attention en tentant de montrer leur répartition en Creuse, sans que cette note ait la prétention de mettre la question au point. Elle nécessiterait en effet un travail de discrimination qu'il n'est pas toujours aisé de faire entre des patronymes et des noms de plantes ou d'animaux qui sont devenus eux-mêmes des noms de familles.

« Sous ces réserves voici les toponymes en ière, formés sur des noms d'hommes que nous avons relevés pour la Creuse :

La Madière (commune d'Alleyrat) ; La Banière (Bord-Saint-Georges) ; La Gillardière (La Celle-Dunoise) ; La Vermillière (La Cellette) ; La Deunière (La Chapelle-Balouë) ; La Vaudelière (La Chapelle-Balouë) ; L'Angenedière (Chavanat) ; La Pimparlière (Chéniers) ; La Baronnière (Crozant) ; La Berthonière (Crozant) ; La Minaudière (Crozant) ; La Cubière (Dontreix) ; La Blardière (Fresselines) ; La Bretaudière (Fresselines) ; La Minaudière (Fresselines) ; Montmarlière (Issoudun) ; La Maronnière (Janaillat) ; La Bière (Lafat) ; La Coquetière (Lafat) ; La Bernardière (Lourdoueix-Saint-Pierre) ; La Brodière (Lourdoueix-Saint-Pierre) ; La Ferraudière (Maison-Feyne).

« A cette première série, il convient peut-être d'ajouter, sous réserve de vérification de l'origine, les noms suivants :

« La Cassière (Ahun) ; L'Epinassadière (La Celle-sous-Gouzon) ; La Coussedière (Cressat) ; La Querlière (Crozant) ; La Journalière (Crozant) ; La Maltière (Crozant) ; Molignière (Crozant) ; La Cubière (Dontreix) ; La Coussedière (Saint-Agnan-de-Versillat) ; La Chenedière (Saint-Agnan-de-Versillat) ; La Cueillère (Saint-Agnan-de-Versillat) ; La Cluzelière (Toulx-Sainte-Croix).

« Si l'on reporte ces noms sur une carte de la Creuse, on constate qu'ils se trouvent répartis dans 20 communes dont 14 sont situées dans la partie septentrionale du département et que ces 14 communes contiennent 28 de ces toponymes sur 35 au total. Est-il permis d'en conclure que ce mode de formation de noms de lieu a été particulièrement en faveur dans le Nord de la France et qu'ainsi s'expliquerait leur fréquence dans la partie de la Creuse limitrophe des pays d'oïl ? ».

— Comme complément à la communication qu'il a faite à la séance du 29 février 1933 (Mémoires, t. XXV, p. LXXXX), sur un sceau du bailliage de Bourganeuf, M. Louis Lacrocq dit que l'existence de cette juridiction au XIVe siècle est prouvée par un document qu'a signalé, il y a longtemps, M. Antoine Thomas (Annales du Midi, 1894, p. 98) en rendant compte du travail de Louis Guibert sur Laron : une quittance du 15 août 1350 (Bibliothèque nat. Clairambault, 192, n° 7459) mentionne « plusieurs parroisses en bailliage de Bourganeuf ».

— M. Jean Dutheil a envoyé l'analyse suivante d'un document, trouvé par lui aux Archives départementales de la Creuse (H 1122) :

« En juin 1650, Louis Textoris, prieur du monastère des Célestins des Ternes (paroisse de Pionnat), adressait une requête au marquis de Saint-Germain-Beaupré, gouverneur de la Haute et Basse-Marche, lui représentant qn'en ces périodes troublées, la maison des Ternes « qui est forte et extrêmement importante pour le service du roi et le repos de la province » risquait d'être occupée par les gens de guerre qui circulaient continuellement dans la contrée. Les religieux, peu nombreux, étaient occupés au service divin et pouvaient difficilement assurer le guet. Le prieur demandait l'autorisation de requérir, pour ce service de guet, non seulement les justiciables des Ternes, mais même « tous les justiciables de Sa Majesté » dans le bourg et paroisse de Vigeville, ainsi que dans les lieux circonvoisins.

« Par ordonnance du 10 juillet 1650, le marquis de Saint-Germain autorisa ce guet, mais en y mettant plusieurs conditions. L'autorisation était donnée « pour le temps que dureraient les troubles ». S'il y avait des défaillants, ils seraient condamnés à l'amende, mais cette amende ne pourrait dépasser la somme allouée à ceux qui les remplaceraient. Enfin les religieux feraient publier l'ordonnance du gouverneur au prône de la messe du dimanche dans les paroisses intéressées.

« N'oublions pas que cette date de 1650 est marquée par les troubles dits de la Fronde ».

— M. Henri Hugon a compulsé, aux Archives Nationales (F7 3343), un dossier du début de la période révolutionnaire : « Listes d'émigrés et objets généraux, Creuse ». En dehors d'un embryon de correspondance sur l'affichage de documents concernant les 1re et 2e listes de Français présumés émigrés et déclarés sans objet dans la Creuse, et de la liste, arrêtée le 2 prairial an 2, des prêtres émigrés au nombre de 166 (y compris des déportés volontaires de septembre 1792) il n'y a à ce dossier que deux lettres : l'une fort longue et confuse, du citoyen Frère André Bourgeois, receveur de l'agence nationale de l'enregistrement à Chambon, du 5 floréal an 2, proposant aux représentants du peuple de ne pas exiger certaines formalités pour la justification de créances sur les émigrés, et une lettre adressée aux mêmes représentants par le citoyen Paret, juge à Boussac. Cette lettre mérite au moins une mention, d'une part parce qu'elle relate des frais occasionnés par l'emploi d'instruments (évidemment des ménétriers) pour aider au recrutement des volontaires à envoyer aux armées, d'autre part en raison de l'état d'esprit qu'elle révèle chez ce singulier magistrat dont l'impartialité n'était pas le souci dominant.

— M. Jean Dutheil signale un document des Archives départementales de la Creuse (H 1135) qui montre la réaction des décimateurs devant les mesures prises par le Pouvoir central pour améliorer la situation, généralement très médiocre, des desservants de paroisses dits « à portion congrue ».

Une déclaration royale du 29 janvier 1686 avait fixé cette portion à 300 livres. Quelques mois après, le curé « congruiste » qui assurait le service religieux de Saint-Christophe, Léonard Dufaud, demanda le paiement de son traitement aux décimateurs de la paroisse, parmi lesquels se trouvaient les Célestins des Ternes. Sur leur refus de paiement, il engagea un procès. Par acte du 13 décembre 1687, notifié au curé le 22 janvier suivant, les Célestins déclarèrent abandonner leur part de dîmes sur la paroisse de Saint-Christophe « pour ne pas contribuer à la portion congrue ». Leur déclaration contenait cette phrase où se montre l'état d'esprit de beaucoup de décimateurs qui entendaient payer le curé le moins cher possible : « L'abandon est fait pour autant de temps que subsistera la déclaration de Sa Majesté ».

— Lecture est donnée d'une communication de M. Henri Hugon présentant le relevé des mentions concernant la Marche, qu'il a trouvées dans les registres paroissiaux de Néris-les-Bains (Allier).

— M. Louis Lacrocq lit une note sur la fondation du collège d'Aiguirande en 1770.

— M. L. Doignon a envoyé la copie qu'il a faite du rôle de la taille de la paroisse de Pionsat (Puy-de-Dôme) pour l'année 1787.

— Présentation est faite de relevés de dessins figurant les anciens costumes paysans de l'Auvergne qu'a effectués M. H. Germouty sur des ouvrages conservés à la Bibliothèque de Clermont-Ferrand. Certains détails de ces costumes offrent des analogies avec les costumes creusois.

— M. Louis Baraille a envoyé des renseignements sur le culte des saints autrefois dans la commune de Saint-Priest-la-Plaine.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – UNE LETTRE A BARAILON

Je crois utile de communiquer le texte d'une lettre, adressée par un nommé Aupetit au Dr Barailon, représentant du peuple, dont j'ai eu l'occasion de parler devant notre Compagnie, il y a quelques années (1). Cette lettre constate les effets désastreux des variations de valeur d'une monnaie dépréciée. C'est une aventure qui est advenue pour d'autres infortunés, à diverses époques, au cours du dix-huitième siècle même, et encore au temps où nous vivons.

L'intérêt du document est donc non seulement local, mais encore général. J'ajoute que le filigrane du papier indique qu'il sort d'une fabrique de Felletin (2).

Je pense donc que le document n'est pas indigne de la Société et je la prie de l'accepter pour ses collections.

Adrien Blanchet,
de l'Institut.

Commune de Chambon, chef-lieu de canton, ce 29 pluviôse 3e année républicaine [17 février 1795].

Liberté — Egalité — Fraternité

Citoyen représentant,

Depuis le raport de la Loi sur le maximum, le prix des denrées a tellement haussé que les propriétaires dont les biens sont affermés ne peuvent soutenir cette progression, sans faire des emprunts pour vivre. La Convention nationale, dont les principes émanent toujours de la Justice, a rendu un décret de circonstances en faveur des fonctionnaires publics salariés par la nation ; La loi relative aux rentiers, pour une indemnité qu'ils réclament, est également sous la Presse : Et par une conséquence forcée, les baux des fermiers, faits depuis une certaine époque ne doivent-ils pas être résiliés, ou du moins le montant de la ferme ne doit-il pas être doublé et même triplé ? Cette une question, dit-on, qui a été agitée à la Convention, et qui a été renvoyée à un Comité, pour proposer un projet de décret relatif aud. objet.

Tu as connu, citoyen représentant, la conduite de notre père et beaupère ; elle a été telle, que nous n'avons trouvé à sa succession que des dettes, les biens de nôtre mère affermés à bas prix, et les revenus perçus par anticipation. Je te laisse à penser maintenant, combien la solution de cette question est importante pour nous. Veuille en conséqce, nous te suplions, concourir de toutes tes forces à faire porter cette Loi, et dans tous les cas veuille nous mander si pareilles réclamations n'ont pas été faites. Pour nous, nous nous flattons d'avance que tu auras un vrai plaisir à nous être utile, nous en sommes convaincus.

Salut et fraternité.

AUPETIT
M. L. PÉRIGAULD GRANDCHAMP (3).

La suscription au dos porte :

Au Citoien
Citoien Barailon
représentant du Peuple
à Paris.

[Traces d'un cachet de cire.
Papier, dont le filigrane en deux lignes donne : AL cœur IM cœur M DE FELLETIN.
En tête, sous le mot Fraternité, on lit : « répondue le 6 pluv. an 3e ». Lire évidemment : le 6 ventôse (c'est-à-dire le 24 février 1795)].

(1) Cf. Adrien Blanchet, Barailon et les écoles primaires du district d'Evaux en 1795, Mém. Soc. Sciences Creuse, t. XXIII, p. 308-320.
(2) Sur les fabriques de papier de Felletin, voir notamment L. Duval, Papeteries et imprimeries de la Creuse, Mém. Soc. Sciences Creuse, t. XI, p. 50-56 ; P. Ducourtieux, Fabricants de papier, imprimeurs et libraires du département de la Creuse, Limoges, 1901, p. 11-13.
(3) Aupetit est évidemment le fils et Périgauld-Grandchamp, le gendre du défunt.

 

 

SÉANCE DU 29 OCTOBRE 1936

Présidence de M. Louis Lacrocq, président.

Présents : Mlles du Muraud, Provost et Pasquet ; MM. le docteur Bordier, Beluchon, de Bourran, Maurice Dayras, Délurier, Desjobert de Prahas, J. Dutheil, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Lamatière, Levron, Sarrassat, Turpinat.

Excusé : M. Lacombe.

L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de MM. Paul Poujaud et Alfred Manouvrier, membres titulaires, récemment décédés.

Des félicitations sont adressées à M. Marot, membre titulaire, nommé officier de l'Instruction publique.

M. René Lacour, archiviste de l'Indre, chargé des Archives de la Creuse, est désigné comme membre correspondant en remplacement de M. Joseph Pierre, président de l'Académie du Centre, décédé.

M. le Président signale que la ville de Mussidan (Dordogne) a donné à l'une de ses rues le nom de Louis Bourdery, émailleur et érudit (1851-1902) qui a fait partie de notre Société et a collaboré à nos travaux.

ADMISSIONS. — MM. Jacques Estorgues, à Asnières (Seine) ; Joseph Quinquaud, à Paris ; Alfred Turpinat, à Pionnat.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. J. Boulaud, son étude sur Le châtaignier et les redevances en châtaignes avant la Révolution, Limoges, 1936 ; de M. le docteur Butaud, son article Zizim (Le Chercheur, 13 septembre 1936) ; de M. Germouty, la suite de ses notices historiques, Gentioux (Mémorial de la Creuse du 17 octobre 1936) ; de M. le docteur Janicaud, sa note sur les canonnières à obturateur sphérique, parue dans le Bulletin monumental.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud décrit la statue de déesse-mère trouvée au Chauchet, qui est actuellement au Musée de Guéret.

— Il lit une note de M. le docteur Cusson, de Rouen, qui lui signale l'existence au manoir des Belles, commune de Motteville (Seine-Inférieure), de canonnières à obturateur sphérique en pierre calcaire, d'un type semblable à celles observées dans la Creuse.

— M. Henri Hugon signale, de la part du docteur Léon Jouhaud, de Limoges, un linteau de porte observé récemment à Faux-la-Montagne, dans une ruelle derrière la grande maison sise au Nord de la place de l'Eglise.

Ce linteau présente en relief, entre une hache à long manche et un bâton, une croix à pied assez court, surmontant une figure à déterminer, rappelant une hache qui serait enfoncée dans une planche. La décoration, fruste et de facture archaïque, est couchée horizontalement, ce qui — n'était la taille et la longueur de la pierre, (1m,50 au plus) — ferait songer plutôt à une pierre tombale remployée qu'à un linteau avec attributs de métiers, tels que ceux signalés par M. Louis Lacrocq dans l'Art populaire en France, Strasbourg, 1935) d'après MM. Desaymard et Desforges.

— M. l'abbé de Laugardière, membre correspondant, a relevé à la Bibliothèque municipale d'Avignon, dans le Dictionnaire des Artistes d'Avignon et du Comtat-Venaissin, précieux recueil inédit laissé par feu le chanoine H. Requin, la mention en 1464 (ms. 4500), d'un « lapicide » (tailleur de pierres), Mathieu de Orgis, né à « Viarsat, diocèse de Limoges », localité qui est certainement actuellement Viersat, chef-lieu de commune de la Creuse.

Il a également noté, au ms. 4492, la mention en 1652, de Jean Blanchet et Pierre Danty, tapissiers d'Aubusson, associés, qui donnent une quittance par l'intermédiaire d'un tapissier d'Avignon.

— M. le docteur Octave Claude a envoyé en communication un manuscrit de sa collection que présente M. Louis Lacrocq.

C'est un cahier de 30 pages in-8°, cartonné sur lequel, en 1853, un habitant de Guéret, Etienne Bourgeois de Lavalazelle, a écrit une vie de saint Pardoux, patron de cette ville, composée de fragments copiés et de parties résumées, le tout pris dans le livre qu'avait publié Couturier de La Prugne à Guéret, chez l'imprimeur Alexis Sorin, en 1721. Il n'est pas certain que Bourgeois de Lavalazelle ait établi son manuscrit sur l'édition originale de ce livre qui, introuvable actuellement, devait déjà être très rare en 1853. En effet, précisément cette année-là, a été éditée à Guéret, chez Dugenest, la Vie de saint Pardoux (in-8°, 218 pages) où J. Coudert de Lavillatte a réuni tous les textes qu'il avait pu trouver sur ce saint local et notamment reproduit le travail de Couturier de La Prugne. On peut donc supposer que Bourgeois de Lavalazelle s'est tout simplement servi du livre de Coudert de Lavillatte pour rédiger son texte, mais ce banal travail avait un but : il était le cadre où l'auteur allait intercaler son œuvre originale : une vie de saint Pardoux en images. Le cahier contient, en effet, des « gravures faites à la main » dont une mention, sur la première page, nous apprend que cette main était celle de Bourgeois de Lavalazelle lui-même.

Ces « gravures » sont, en réalité, des aquarelles qui mesurent 210 mm. de hauteur sur 133 mm. de largeur. Dix-sept représentent des épisodes de la vie et des miracles de saint Pardoux ; une, sur l'intérieur du cartonnage est une allégorie politique (qui doit être une copie) à la louange du Coup d'Etat du 2 décembre. En frontispice sont les armes de Guéret. Les dix-sept illustrations de la vie du saint sont très curieuses. Bourgeois de Lavalazelle ignorait les règles de la perspective, mais il avait un certain instinct du dessin, le construisant comme fait un enfant qui n'a pas encore reçu de leçons. Sa gaucherie s'accompagne d'un sens assez marqué de la composition et de la couleur dans une manière inspirée des images d'Epinal.

Il est naïvement anachronique, parfois dans son texte (quand, par exemple, il considère la pomme de terre comme l'aliment des paysans du temps de saint Pardoux) et presque toujours dans ses images où il donne à ses personnages des costumes ou de son temps ou d'époques proches : ainsi quand il veut montrer les Sarrazins près d'envahir le monastère de saint Pardoux, il les habille de l'uniforme rouge des soldats anglais et les arme de fusils avec baïonnettes. Cet anachronisme se trouve apporter une valeur documentaire à toutes les images où il a fait figurer des paysans et des paysannes à l'occasion de tel ou tel épisode de la vie du saint. Leur comparaison avec les documents iconographiques et écrits que nous possédons sur les vieux costumes creusois masculins et féminins fournit une parfaite concordance : Bourgeois de Lavalazelle a habillé ses personnages en paysans de chez nous, tels qu'il les voyait, car par des dessins du peintre Desjardins nous savons que ces vieux costumes étaient encore en usage vers 1853. Nous gardons beaucoup de gré au docteur Claude de l'enrichissement que son heureuse trouvaille a ainsi valu à notre folklore.

Bourgeois de Lavalazelle avait 75 ans quand il écrivit et peignit son manuscrit où il a pris soin d'indiquer sa date de naissance : 20 juillet 1778. Son acte de baptême, dressé le surlendemain dans l'église paroissiale de Guéret, nous apprend qu'il était fils de Léonard Bourgeois de La Chaume, procureur aux sièges royaux, et d'Etiennette Druillette. Par son ascendance paternelle et maternelle, il appartenait à des familles de la bourgeoisie guérétoise très considérées. Sa fille avait épousé un magistrat distingué, M. Laroche, qui termina sa carrière comme président du tribunal de Guéret. Nous savons par quelques indications ajoutées à la fin de son manuscrit qu'il faisait partie de la confrérie des Pénitents noirs encore vivante en 1853.

M. Louis Lacrocq ajoute qu'il a eu communication par Madame Déchelotte, née Sohet-Thibaut, descendante de Bourgeois de Lavalazelle, d'un autre manuscrit, illustré par celui-ci, lui appartenant : la copie d'un vaudeville de Martinville, Monsieur Crédule, représenté en 1812, contenant deux petits dessins et une aquarelle où sont figurés les personnages de la pièce, le tout dans le même esprit que les illustrations de la vie de saint Pardoux.

— Lecture est donnée de la note suivante de M. Albert Lacrocq :

« M. François Lavaud, charpentier à Eyburie, chef-lieu de commune du canton d'Uzerche (Corrèze), m'a communiqué une traduction du XVIIe siècle d'un contrat d'accense du moulin de Mazeirat, sur le Bredascou, paroisse d'Eyburie, consenti le 5 avril 1491, par Bernard de Tarre, infirmier du monastère d'Uzerche, aux consorts Laborde. Cette traduction contient la phrase suivante : ...« comme aussi demeure convenu que tous les
« poissons qui seront pris dans l'élau seront partagés par
« moitié ».

« Comme l'élau a fait l'objet de savantes notes de feu Antoine Thomas et Fernand Autorde parues dans nos Mémoires, t. X, pages 68 à 74, sous le titre L'Eslaus d'un moulin. Sens et étymologie, il m'a paru intéressant de signaler, comme complément aux indications de textes qu'ils ont données, celle fournie par le document dont j'ai eu connaissance.

« En outre, M. Lavaud m'a dit que le mot élau était toujours usité dans la région qu'il habite. M. Antoine Thomas avait déjà signalé (loc. cit., p. 73) la persistance de son emploi en Bas-Limousin, d'après des renseignements que lui avait fournis J.-B. Champeval. Mais, sur le sens du mot, M. Lavaud m'a donné une explication qui ne s'accorde pas complètement à celle de Champeval. D'après celui-ci l'élau serait la « lancière », c'est-à-dire « l'ouverture par laquelle l'eau s'écoule quand les moulins ne travaillent pas » et non pas le canal par lequel l'eau arrive à la roue. M. Lavaud m'a expliqué qu'au moins à Eyburie on donne le même nom d'élau aux deux dispositifs : 1° le canal d'amenée conduisant l'eau à la roue du moulin ; 2° la vanne (lancière) située sur un côté du court canal d'amenée d'un moulin attenant à un barrage et qu'on ouvre, quand la roue ne tourne pas, pour que l'eau, s'accumulant dans l'écluse, ne passe pas par dessus le barrage ».

MM. Lamatière et Turpinat indiquent que le mot eslau était, il y a quelques années encore, employé pour désigner une violente chute de pluie (régions de Bussière-Dunoise et Pionnat). M. Beluchon signale l'emploi du terme patois eïlassi dans le même sens (région d'Ahun).

— M. Joseph Boulaud communique une note concernant le contrat de mariage reçu par Perière, notaire à La Jonchère, le 27 mai 1593, de Jean Poujaud, receveur de la baronnie de Chabannes-Guerguy, paroisse de Saint-Pierre-de-Fursac, fils de Vinçent Poujaud, notaire du bourg de Saint-Maurice, près La Souterraine, avec Léonarde Descoutures, sœur de Simon Descoutures, greffier des Billanges, et fille de Guillaume Descoutures, du bourg de La Jonchère.

L'acte fut signé au château de la commanderie de Paulhac, en présence de « noble frère Cézar de Saint-Yrieix », chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur de Paulhac ; noble Pierre de Saint-Yrieix, écuyer, seigneur de Montvic ; Pierre de Venassier, notaire et greffier de Paulhac, et Jean de Chastellus, du lieu de Graulières, paroisse de Saint-Etienne-de-Fursac.

— M. Doignon a envoyé une copie de la généalogie de la famille de Chabannes, extraite de l'Histoire du Berry de La Thaumassière.

— M. Maurice Dayras a analysé un acte de notoriété dressé à Aubusson en 1647, imprimé avec illustrations (s. l. n. d.), dans le but de faire établir la noblesse ancienne de la famille Vallenet, d'Aubusson, dont deux membres étaient alors officiers au service de la République de Venise.

— M. Jean Desjobert de Prahas signale une mention de la forge banale de la commanderie de Blaudeix qui s'ajoute aux indications sur cette forge qu'a données M. Louis Lacrocq (Mémoires, t. XXVI, p. LVI). Cette mention se trouve dans une liève des cens et rentes de la commanderie établie en 1767, document qui appartient à M. Desjobert de Prahas. Au feuillet 172, on lit : « La forge banale
« de ladite commanderie. Jean Jarroir et Antoine Lavaud, du
« Puisrougier, doivent annuellement à ladite commanderie, pour
« l'abonnement de ladite forge, seigle douze septiers ». Suivent des mentions de paiement s'appliquant aux années 1767, 1768 et 1769. Ce droit de banalité, signalé au début du XVIIe siècle, existait donc encore peu avant la Révolution. Son produit affermé n'avait pas changé en 1767 ; car au début du XVIIe siècle, il était également de 12 septiers de seigle. Les mentions de paiement pour 1769 indiquent au contraire une forte augmentation ; cette année-là, les fermiers ont versé en deux fois 21 septiers et 8 boisseaux de seigle.

— M. J. Dutheil lit deux notes relatant des incidents survenus l'un à la suite d'une fraude sur le marché d'Ahun en 1735, l'autre à l'occasion de l'exercice d'une servitude de passage à Pétillat, paroisse de Peyrabout, en 1739.

— M. Martinon a envoyé une expertise faite le 1er frimaire an VI relatant les prix des bestiaux d'un domaine de Blessac, lors d'un changement de fermier. Ces prix sont indiqués en valeur-or et non en assignats.

— M. P. Dutheil communique une lettre adressée le 30 fructidor an VIII, par le citoyen Raimond, capitaine de l'Armée d'Italie, au citoyen Jorrand, avocat au Moutier-d'Ahun ; la lettre contient des détails sur la bataille de Marengo, les effectifs et les conditions assez dures qui étaient faites aux soldats par les habitants.

— M. Jacques Levron lit une note sur l'établissement du cadastre dans la Creuse au début du XIXe siècle.

— M. Louis Lacrocq donne lecture de la note suivante :

« Dans sa remarquable thèse sur Le Val de Loire (Tours, 1934), M. Roger Dion, étudiant « La vie rurale sur les plateaux du bassin parisien central et méridional avant la révolution agricole » (Livre III, 1re partie, chapitre 1er), pour rechercher les emprunts que lui a faits l'économie du Val, a dit (p. 467) que ces plateaux étaient l'« empire du bétail à cornes, empire qui avait, en fait de
« routes commerciales, les vieux chemins aux bœufs dont il reste
« de nombreux tronçons dans les campagnes mancelles, touran-
« gelles, blésoises, solognotes, berrichonnes et nivernaises » ; ces chemins convergeaient vers les grands marchés à bestiaux de Sceaux et de Poissy. Il ajoute : « Celui qui est encore, près de
« Jargeau où il franchissait la Loire, connu sous le nom de Chemin
« des Limousins, traversait la campagne berrichonne du Sud au
« Nord et offrait à cette région... une occasion d'écouler facilement
« son gros bétail en profitant du passage des troupeaux de bœufs
« qui, du Massif Central, descendaient vers le marché de Sceaux ».

« On peut se demander si l'interprétation ainsi donnée au nom Chemin des Limousins est bien exacte. Il est certain que le Limousin et la Marche envoyaient beaucoup de bestiaux à Paris, mais ne faudrait-il pas plutôt voir dans l'expression un souvenir du passage régulier des maçons émigrants qu'on désignait sous le nom de « Limousins » quoiqu'ils vinssent, pour la plupart, de la Marche ? J'ai déjà signalé (Mémoires, t. XXIV, p. LXXV) une dénomination de ce genre en Berry (« Chemin des Marchois » ou « Chemin des Maçons »).

— M. Casanova analyse deux « passeports pour l'intérieur » établis pour un maçon émigrant, Pierre Ledur, de Saint-Laurent, qui se rendait en 1829 à Montargis et en 1849 à Paris.

 

 

SÉANCE DU 26 NOVEMBRE 1936

Présidence de M. Louis Lacrocq, président

Présents : Mme Petit, Mlles Curie, du Muraud, Pasquet, Pauly Provost, Théreil ; MM. Beluchon, Blanchet, le docteur Bordier, de Bourran, Chatreix, Maurice Dayras, Délurier, Desjobert de Prahas, J. Dutheil, Lafay, Lamatière, Maître, Moreau, Turpinat.

Excusés : MM. le docteur Janicaud et Laborde.

M. le Président fait part des remerciements adressés à la Société par M. Lacour, archiviste de l'Indre, pour sa désignation comme membre correspondant.

Des félicitations sont adressées à M. Hennequin, membre titulaire, nommé principal du collège de Civray.

M. le Président fait connaître que le congrès des Sociétés savantes se tiendra à Paris du 18 au 21 mai 1937, celui de la Fédération des Sociétés savantes du Centre, à Nevers, en juin 1937.

L'échange de nos publications avec celles de la Société nationale d'agriculture, sciences et arts d'Angers a été établi.

ADMISSIONS. — M. Henri Aubreton, instituteur à La Nouaille ; Mlle Renée Pauly, à Guéret.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Vazeilles, député de la Corrèze, les 2e et 3e fascicules de ses Cahiers archéologiques (archéologie préhistorique, celtique et gallo-romaine de la Montagne limousine), Bourges, 1936 ; de M. Chatreix, une plaquette : Contes de la Marche, recueillis par Louis Dorey, Paris, Larousse, 1915 ; de M. Maurice Dayras, le n° du 6 novembre 1936 de La Page Musicale, contenant un article : « Paul Poujaud, amateur d'art », par Robert Brussel.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Maître lit une note géologique sur la région d'Aiguirande (Indre).

— M. E. Genevoix a envoyé une note sur un oiseau aquatique, la foulque macroule (Fulica atra Lin.), assez peu commun sur les étangs de la Creuse ; il a été observé cette année sur un étang voisin de La Chapelle-Balouë. M. Lafay signale que les foulques ont été nombreuses sur les étangs de La Chaume, du Bardon et des Landes, voisins d'Azerables. M. Desjobert de Prahas apporte la même observation pour l'étang de Landes, commune de Lussat. (Sur cet échassier, voir le catalogue de Dugenest, Mémoires, t. IV, p. 406).

— M. Lamatière présente la description et le plan d'un souterrain découvert à Pouligniat, commune de Naillat.

— M. Jacques Levron a envoyé la note suivante :

« Parmi les médaillons exécutés par David d'Angers, il en est un qui est consacré à la femme d'Ingres, la Guérétoise Madeleine Chapelle. H. Jouin (David d'Angers, sa vie, son œuvre... Paris, 1878, 2 vol., in-4°) ne donne aucune indication sur les circonstances dans lesquelles David rencontra Madame Ingres. Il indique seulement que le médaillon fut sculpté en 1820 (t. 1, p. 126) sans précisions. Dans le tableau général de l'œuvre de David, au tome II, figure la mention suivante (p. 460) :

« 1820. Madame Ingres. Médaillon, bronze. Offert au modèle. Légué par Ingres au musée de Montauban. — Bronze, musée David. — Bronze, collection de Madame David. Ingres (Madame Magdalena).

« C'est là une erreur de date commise par Jouin. Cette erreur a été rectifiée dans le Catalogue du Musée des Beaux-Arts récemment publié (Angers, Imp. centrale, 1934). Sous le n° 613 (p. 231) on y lit :

« Madame Ingres. — Cadre n° 19.

« 1826. — Bronze. Diamètre 0,09. Signé. Madame Magdalena Ingres. Femme du précédent. (Le numéro 612 est consacré à Ingres).

« Le même catalogue signale un crayon de David d'Angers représentant Madame Ingres.

« David avait rencontré Ingres lors de son premier séjour à Rome en 1812-1814. Les deux hommes s'étaient liés d'amitié. Ingres fit le portrait de David (en 1814). Dix ans plus tard, David fit un médaillon d'Ingres.

« Il est à noter que les portraits de femmes exécutés par le sculpteur sont très peu nombreux. Sur 531 médaillons, on en compte à peine une cinquantaine ».

— Présentation est faite d'un dessin de M. l'abbé Merciel reproduisant une croix ancienne en pierre qui se trouve dans le jardin du presbytère de St-Moreil ; elle a été récemment débarrassée du lierre qui l'enserrait et la cachait. Cette croix, inscrite dans un cercle festonné, a le Christ crucifié sur une de ses faces. Elle est montée sur un petit socle. Un examen en est nécessaire pour déterminer l'époque à laquelle elle appartient.

Des remerciements sont adressés à M. l'abbé Merciel ainsi qu'à notre collègue M. F. Rollinat qui se sont obligeamment occupés du dégagement de cette croix.

— M. Chatreix présente le chapitre Ier de sa Monographie de la commune de Saint-Maurice-la-Souterraine (I. Situation, limites, étendue. II. Nature du sol. III. Relief. IV. Climat. V. Les eaux. VI. Flore et faune).

— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :

« En 1922, sur ma demande, notre collègue M. l'abbé Mazeret avait bien voulu communiquer à Antoine Thomas deux documents intéressants lui appartenant : un terrier de la châtellenie de Crozant dressé, à la requête du comte de la Marche, en 1396, et un terrier de la seigneurie des Places, paroisse de Crozant, dont les mentions vont de 1506 (n. s.) à 1541 (n. s.). Antoine Thomas avait copié au moins en partie ces documents et m'avait prêté ces copies. J'en extrais une description du petit château des Places, pittoresque logis qui existe toujours et dont nous possédons, au Musée, une jolie peinture par Eugène Alluaud.

« On lit au f° 2, v°, du terrier : « Les Plasses ouquel lieu y a place
« et maison forte avecques une basse court devant lad. maison,
« une chapelle, cuisine et estable et autres maisonages... ; au bout
« de lad. grange y a un estaige de maison ou a present est le
« presseur [pressoir] dud. escuyer, ...un jardin grant et spacieux
« ouquel jardin y a un journal de vigne ou environ ».

« Le principal intérêt de cette brève mention est d'apporter une nouvelle preuve que la vigne était cultivée dans notre région au XVIe siècle.

« Le terrier nous apprend qu'en 1506 la seigneurie des Places appartenait à « noble homme Jehan de Gondenille dit Pancot, écuyer », et qu'en 1533 elle était passée à « noble femme Gabrielle de La Barde ». L'énumération des possessions de la seigneurie que contient le terrier est à rapprocher de l'hommage rendu, le 22 mars 1544, pour la même seigneurie au duc d'Orléans, précisément par Gabrielle de La Barde et qu'a publié M. Albert Mazet dans les pièces justificatives de son étude sur Crozant (Bull. Soc. archéol. du Limousin, t. XLIII, p. 114) ».

— M. Casanova a analysé le procès-verbal d'installation, avec le cérémonial habituel, de Me Blaize Glomeau, prêtre de la communauté de Sainte-Feyre, dans les fonctions de curé de la paroisse de La Saunière, par suite de la résignation de Me César Dufaut ; l'acte, en date du 18 décembre 1645, est dressé par Aubreton, notaire royal, en présence de Mes Claude Jollivet et Jacques Dubour, également prêtres de la communauté de Sainte-Feyre.

— M. Maurice Dayras présente de la part de M. G. Pérathon le manuscrit d'une Notice historique inédite sur Aubusson, écrite par Jean-François Meaulme, et lit la note reproduite à la fin du présent procès-verbal.

— M. A. Rivet a envoyé copie d'un procès-verbal dressé par Me Jean Battut, notaire royal à Crocq, le 27 mai 1791, à la requête d'Antoine Lenoble, fermier de la terre de Flayat, qui appartenait à M. Léonard d'Ussel, pour constater la rupture, par malveillance, de la chaussée de l'étang de La Vaudelle-Haute, paroisse de Saint-Agnan-près-Crocq. Le notaire est assisté des sieurs Annet Rivet, charpentier et étancheur, et Louis Fournet, maçon et étancheur.

— M. Jean Dutheil lit une note sur l'état des routes de la Creuse en 1793, d'après des documents des Archives départementales.

— M. P. Dutheil a envoyé la copie d'un curieux prospectus commercial (Arch. Creuse. Imprimés, an XIV) donnant le prix de vente de très nombreuses denrées (liqueurs, sirops, confitures, articles de confiserie et d'épicerie fines), prix valables « pour trois mois sans variation » à compter du 22 novembre 1805. L'assortiment du commerçant J.-B. Gadon fils jeune, confiseur, distillateur et parfumeur, est aussi varié que considérable.

— M. Jean Desjobert de Prahas communique le n° du 13 octobre 1808 du Journal du département de la Creuse qui rend compte d'une représentation du Barbier de Séville à Guéret.

— Il lit une note sur la culture du châtaignier dans la commune de Pionnat, en 1813, rédigée par M. Dissandes de Bogenet.

— Communication est donnée de la réponse à l'enquête ouverte sur les coutumes de la fête des Rameaux, faite pour la région de Crocq par M. l'abbé Devedeix, curé-doyen.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – DEUX NOTICES HISTORIQUES SUR AUBUSSON

Bien avant que C. Pérathon écrivit son Histoire d'Aubusson, parue en 1886, le goût de l'histoire locale, favorisé peut-être par les ruines du château, les illustrations et l'ancienneté de la famille vicomtale, peut-être aussi par l'origine restée mystérieuse des manufactures de tapisseries, se donna assez tôt libre cours dans notre ville, par la rédaction de notices historiques, dont beaucoup sont perdues.

Deux de ces notices, d'importance inégale, nous sont actuellement connues. Cette note a pour objet de les analyser. L'une appartient à l'Association des Amis d'Aubusson, la seconde est la propriété de la famille Pérathon.

La première de ces deux notices, anonyme, comporte 12 pages de fine écriture ; elle est datée, en tête, de 1788, et a pour titre Notice sur la ville d'Aubusson. Elle a été trouvée dans les archives de mon trisaïeul maternel, H. Grellet, l'un des rédacteurs de l'Album de la Creuse de Langlade ; il est possible qu'elle ait pour auteur J.-B. Grellet, père du précédent, notaire et député au Corps Législatif (1758-1844).

Une courte entrée en matière précise la situation géographique de la ville par rapport aux provinces voisines, indique qu'elle est « l'une des quatre grandes villes du diocèse de Limoges » et présente les quatre chapitres du texte qui va suivre : 1° le château ; 2° la ville ; 3° la religion ; 4° le commerce. L'origine romaine prétendue du château et du castellum de Frongier y est rapportée en détail, ainsi qu'une très brève et imparfaite histoire de la famille d'Aubusson ; une description assez confuse des restes du château, de l'église romane de N.-D. du Mont, ainsi que de terrasses « plantées de deux rangs de tilleuls » termine ce premier chapitre.

Le manuscrit se continue ensuite par l'examen des origines de la ville, qu'il considère comme liées à celles du château lui-même. « On y entrait, est-il dit, par sept portes... Ainsi la ville servait de « fortification au château et le château de citadelle à la ville ». Dans la description qui suit, l'auteur souligne judicieusement les rues allongées dans le fond des vallées, les jardins plus élevés que le faîte des maisons et les coteaux « scabreux » d'alentour, « ce qui forme, dit-il, l'aspect le plus étonnant et même assez agréable ». Il précise que les rues sont bien indiquées par des « placards », et les maisons, « au nombre d'entour 600 », toutes numérotées ; mais il déplore que les pavés des rues soient très promptement usés par le grand trafic des routes de Lyon à Bordeaux et de Paris à Toulouse. Il évalue la population à 5.000 âmes, non compris Saint-Jean-la-Cour.

Le chapitre de la Religion traite des origines du calvinisme à Aubusson et des luttes entre protestants et catholiques dans l'église N.-D. du Mont, enfin du transfert du prêche, de sa destruction et des derniers protestants d'Aubusson ; il se termine par une brève description des établissements religieux : N.-D. du Mont, Saint-Nicolas, N.-D. de Pitié (N.-D. de la Ville), Sainte-Croix, Saint-Jean-la-Cour, l'église et le couvent des Récollets, l'école des Sœurs de la Croix, l'hôpital, les confréries de Pénitents blancs et de Pénitents noirs, la chapelle Sainte-Geneviève de la Terrade.

La dernière partie a trait au commerce en général, et, plus particulièrement à la fabrication des tapisseries. On est surpris de n'y point trouver rapportée la tradition « sarrazine », mais au contraire de voir l'auteur accepter d'assez bon gré la « rumeur publique » selon laquelle l'origine des tapisseries aubussonnaises remonterait à la présence de soldats flamands dans la garnison du château de cette ville.

Les réformes de Colbert, les réglementations du milieu du XVIIIe siècle, la création des écoles et des jurés-gardes, qui releva la vieille industrie, sont rapportées avec assez de précision ; à noter enfin d'intéressantes indications sur la naissance de l'industrie du tapis de pied, façon de Turquie, importée de Londres en 1742 par deux jeunes fabricants, MM. Pajon et Barbat de la Chaudure, sur le tapis ras, fabriqué seulement « depuis entour quinze ans » et, pour finir, sur le tapis « à l'aiguille », c'est-à-dire au point.

Dans l'ensemble, ce bref travail donne ainsi un raccourci assez exact des grandes lignes de notre histoire locale.

Le deuxième manuscrit est beaucoup plus important. Il comporte 377 pages in-4°, suivies de XXXXII pages de notes alphabétiques. Il est l'œuvre de Jean-François Meaulme, descendant, semble-t-il, d'une famille de maîtres-tapissiers. Né vers 1773, Meaulme paraît avoir eu un rôle assez actif dans la Société populaire d'Aubusson ; la Révolution passée, il devint maître d'école, puis libraire, tenant en outre un cabinet de lecture ; il mourut dans sa ville natale, le 27 décembre 1853. Il rédigea pendant sa vieillesse cette Notice historique sur le château, la ville et l'illustre maison d'Aubusson. Comme il avait épousé Thérèse Fougerol, sœur de Pierre Fougerol, le père de Madame C. Pérathon, son travail fut, à son décès, très heureusement remis entre les mains de l'historien d'Aubusson. Sur l'intérieur de la couverture du manuscrit, C. Pérathon a écrit une courte note ; il dit avec raison que la partie proprement historique du travail de J.-F. Meaulme est faite de renseignements glanés aux sources les plus diverses, sans choix et sans esprit de critique sérieuse, enfin sans observations personnelles. Malgré l'exacte sévérité de ce jugement, l'ouvrage mérite une brève analyse.

L'auteur passe sous silence l'origine romaine prétendue du château pour s'étendre sur la tradition arabe, à laquelle il fait remonter et la fondation de la ville, créée auprès d'un château franc, et celle de son industrie d'art. Après des considérations étymologiques sur le nom d'Aubusson, Meaulme entreprend l'histoire de la maison et de la ville ; sans aucune division par chapitres, il traite confusément par ordre chronologique des vicomtes de la première race, de la fondation, de la destruction et du rétablissement des monastères (Rozeille, Blessac, Bonlieu), des rivalités entre les maisons d'Aubusson, de Ventadour, de Comborn et de Turenne, des Croisades, des troubadours, des routiers, des guerres contre les Anglais, des exploits de Pierre d'Aubusson, etc. Un fond d'exactitude se retrouve dans ce texte encombré de citations littéraires modernes et de longueurs, dues à l'imagination fertile du rédacteur.

L'établissement et le développement du calvinisme, de menus faits, comme le duel qui coûta la vie, en 1577, à Austrille Vallenet, les hivers rigoureux, l'apparition de comètes, des éclipses, etc., se trouvent ensuite rapportés, mélangés à des aperçus d'histoire générale et locale (démolition du château, crime de Saint-Mexant, ascension de la branche de La Feuillade, règlements de Colbert transfert du chapitre de Moutier-Rozeille, lutte contre les calvinistes et leur émigration, rapports des intendants, rétablissement des manufactures). Les anecdotes, vraies ou fausses, abondent ; mais la plupart sont connues.

La période révolutionnaire dont Meaulme fut le témoin est narrée avec plus de détails, mais cependant sans grand intérêt.

Un curieux morceau de prose romantique, signé K. Q., Aubusson au clair de lune, se trouve à la fin de la notice. Il a été publié par M. Louis Lacrocq (1).

Maurice Dayras.

(1) Courrier du Centre, édition de la Creuse, 18 décembre 1936.

 

NOTE LUE EN SÉANCE – LES TAPISSERIES DE L'ÉGLISE SAINTE-CROIX D'AUBUSSON

(Cette Note n'a pas pu être publiée à la date à laquelle elle avait été lue.)

L'exposition du Pavillon de Marsan, Cinq siècles de Tapisseries d'Aubusson (novembre-décembre 1935), avait réuni pour deux mois, à Paris, les deux seules actuellement connues des nombreuses tapisseries qui ornaient autrefois l'église Sainte-Croix d'Aubusson : le Martyre de Sainte-Barbe, qui se trouve au Musée de Guéret (1), et la Vision de Constantin (2), qui est toujours à Sainte-Croix.

L'Association des Amis d'Aubusson, qui eut l'initiative de cette Exposition, se préoccupa de rechercher si les autres pièces intéressantes qui existaient autrefois dans cette église ne pouvaient être retrouvées ; elles ne l'ont pas été ; aussi a-t-il paru utile de condenser en une note ce que l'on sait à leur sujet.

Après la Révolution, l'église Sainte-Croix fut restaurée « en
« 1802 et 1803... ; on recueillit avec soin les épaves des sanctuaires
« abandonnés... ; on emprunta également aux Récollets plusieurs
« tapisseries qui servirent à la décoration des chapelles et à celle
« de la tribune » (3). Et, de mémoire, Pérathon énumérait, comme les ayant vues à l'église (4) : 1° une verdure ; 2° Saint Michel terrassant le démon ; 3° un évêque donnant la communion ; 4° un panneau ayant au centre les armoiries de la ville, daté de 1751 ; 5° les armoiries du chancelier Le Tellier. Ceci porterait donc le nombre des tapisseries de l'église à sept. Nous allons voir que ce chiffre est encore inférieur à la réalité.

Voici, tout d'abord, ce que l'on sait sur certains des panneaux disparus.

La pièce aux armoiries du chancelier Le Tellier paraît bien avoir été exécutée à Aubusson vers 1683 (5) ; « la beauté du dessin, disait Pérathon, la finesse du coloris et la perfection du travail, font de cette tapisserie l'égale d'un produit des Gobelins (6) » ; et l'auteur considérait cette pièce comme l'une des productions de la manufacture établie à Aubusson par le Maréchal-duc de la Feuillade sous la direction du peintre parisien du Mesle (7). C'était une «chancellerie», panneau décoratif ayant notamment pour motif les armes de France et celles de Michel Le Tellier, contemporain du Maréchal. Bosvieux, qui l'avait vue à Sainte-Croix, en donne la description suivante (8) :

« Tapisserie carrée, de trois mètres
« environ de côté. Fond bleu semé de fleurs de lis d'or ; en haut,
« au milieu, un pavillon en forme de tente sous lequel sont placées
« les armes de France, surmontées de la couronne royale et
« entourées des colliers de Saint-Michel et du Saint-Esprit,
« l'écusson soutenu par deux anges dont les têtes sont remarqua-
« bles ; l'écu repose sur un fond de feuillages, dont les extrémités
« se rencontrent ; le ciel du pavillon est surmonté d'une tête de
« soleil rayonné avec la devise : Nec pluribus impar. Le fond est
« entouré d'une bordure où sont reproduits les insignes du
« donateur (?), les deux bâtons (couronnes) (sic), de chancelier et
« grand maître de France, au-dessous d'un médaillon contenant
« les deux L entrelacées et contournées. Aux deux angles du fond,
« les armes de Michel Le Tellier, mort chancelier de France le
« 30 octobre 1685 : d'azur à trois salamandres (lézards) d'argent,
« cousus en pal, au chef de gueules, chargé de trois étoiles d'or.
« Couronne de duc. Colliers de Saint-Michel et du Saint-Esprit.
« Bâton de chancelier en sautoir. Au milieu de la bordure du fond,
« un rectangle rempli de L couronnées et entrelacées de fleurs
« de lis. Au-dessus, dans le champ du fond, les bâtons de
« chancelier, plus grands qu'ailleurs ».

Nous sommes mieux renseignés encore sur le panneau daté de 1751 et figurant les armes de la ville.

L'abbé Roy de Pierrefitte écrivait à son sujet (9) : « Lorsqu'en
« 1751, la ville voulut placer dans son église paroissiale un chef-
« d'œuvre en tapisserie, elle n'eut garde d'oublier ses armoiries ;
« aussi leur donna-t-elle la place d'honneur... ; sur un fond bleu
« semé de fleurs de lis, elle les mit à côté de celles de France,
« avec deux génies pour supports. M. C. Pérathon a bien voulu
« m'en envoyer un dessin fort exact et colorié, après avoir fait
« ouvrir par un ouvrier compétent chaque fil des diverses nuances,
« de peur que l'apparence d'une tapisserie ternie et reléguée dans
« la sacristie ne le trompât ; ce dessin représente un champ
« d'argent à deux arbrisseaux de sinople (10), naissants d'un sol de
« même ; un chef d'azur, chargé d'un croissant d'argent, accosté
« de deux étoiles de même ».

Or, dans l'exemplaire personnel de l'abbé Roy de Pierrefitte qui nous appartient, nous avons eu la bonne fortune de retrouver le dessin en question ; il figure en couleurs sur un écusson ovale les armes qu'on vient de décrire ; les « arbrisseaux » sont en réalité deux arbres l'un vert foncé, l'autre vert clair, précise une annotation manuscrite de l'écriture de Pérathon.

Mais cet écusson n'était qu'un des éléments décoratifs de ce panneau. M. Albert Lacrocq avait le premier (11) relevé dans les carnets de Bosvieux la mention d'un « tapis », qu'on croyait alors être un tapis de pied, daté de 1751, qui existait à Sainte-Croix et portait les armes de la ville avec la particularité du chef d'azur au lieu du chef de gueules, version commune (12).

M. H. Hugon nous confirme cette mention des carnets de Bosvieux (13) et en résume la description ; en voici le texte exact relevé sur le carnet de Bosvieux lui-même (14), qui donne la description complète du panneau :

« Tapis (sic) de l'église : d'azur
« semé de fleurs de lis ; au centre, dans le haut, deux écussons
« ovales : à gauche, de France ; à droite, d'Aubusson (deux
« buissons au chef d'azur chargé d'un croissant accosté de deux
« étoiles. Les écus [tenus par deux génies] (15) sont surmontés de
« la couronne royale et entourés de colliers de Saint-Michel et de
« Saint-Louis. Au bas, un écusson surmonté d'une couronne de
« comte ; champ d'azur (?), au chevron d'or accompagné de trois
« boucles ou bandes de même ; [(en note) ces armes sont probable-
« ment celles des Laboreys dont l'un a été juge châtelain
« d'Aubusson au XVIIe siècle. (d'Hozier : d'azur à un chevron
« d'argent, accompagné de trois fermeaux d'or, deux en chef, un
« en pointe)] (16) ; bordure tout autour ; au-dessous de l'écusson,
« sur la bordure, un cartouche avec cette inscription : FAIT PAR
« GALAND, CORNEILLE, NADALON, RILTON, JURÉS-GARDES-
« 1751. Bordure bleue - M. R. DAUBUSSON ; sur la bordure du haut,
« un cartouche ovale IHS ; la bordure est chargée de dauphins
« entrelacés » (17).

Voici donc décrites deux des pièces indiquées de mémoire par C. Pérathon ; deux autres, « une verdure » et « un évêque donnant la communion » ne sont, à notre connaissance, mentionnées que par cet auteur ; la dernière, « Saint Michel terrassant le démon », faisait partie d'une suite existant à l'église et sur laquelle, à nouveau, les carnets de Bosvieux nous renseignent.

Voici la description qu'il en donne après ses visites à Sainte-Croix ; cette description reproduit la légende de chaque pièce, comprenant un texte latin, l'indication en abrégé du livre saint d'où il est tiré, enfin l'année de fabrication de la série.

« a) Tapisserie de la chapelle des Pénitents (18) :

Projectus est draco ille magnus... (Apoc. 7 - 1789).

« L'archange Michel met le pied sur la tête de Satan qu'il tient
« enchaîné et le menace du glaive flamboyant. Des flammes
« l'environnent. Les couleurs sont toujours ternes et les teintes peu
« graduées quoiqu'un peu plus, mais le dessin est meilleur » (que dans la vision de Constantin, que Bosvieux décrit immédiatement avant).

« b) Dans la tribune (pendant de la précédente) (19).

« Tapisserie avec cette légende :

Ungebant oleo multos aegros et sanabant (Mar. 6 - 1789) :

« L'Enfant Jésus dans les bras de sa mère, touchant un vieillard
« malade, au-dessus de la tête duquel une femme tient une
« lumière allumée. Couleurs moins fanées, surtout les gros rouges
« et les gros verts. Comme les personnages sont vêtus d'amples
« vêtements, le dessin est plus correct que dans la tapisserie de
« Constantin ».

« c) Panneau rectangulaire, faisant suite au n° 2 (précédent) avec
« cette légende :

« Nolite contristare spiritum sanctum in quo signati estis (Eph.
4 - 1789) :

« Un vieillard assis oint du doigt un néophyte sur le front.
« Couleurs assez bien conservées, rouges et bleus ».

Il n'a pas été possible de savoir si cette suite était plus importante encore, ou si elle se composait seulement de ces trois tapisseries.

Il est donc permis d'avoir déjà une certitude : l'église Sainte-Croix possédait autrefois :

1° Le Martyre de Sainte-Barbe, tapisserie exécutée en 1678, pour la confrérie des tapissiers.

2° La Vision de Constantin, exécutée en 1770, sur l'ordre de Louis de La Roche-Aymon, venue de l'église des Récollets après la Révolution, et qui, seule, subsiste à Sainte-Croix.

3° Une chancellerie aux armes de France et de Michel Le Tellier, sortie très probablement vers 1683 de la manufacture du duc de La Feuillade.

4° Une tapisserie aux armes de France et de la ville, fabriquée en 1751 pour Sainte-Croix par les jurés-gardes.

5° Une verdure, signalée de mémoire par C. Pérathon.

6° Un évêque donnant la communion, connue par la même mention.

7° Une suite d'au moins trois tapisseries à sujets religieux tirés du Nouveau Testament.

Ainsi qu'on l'a remarqué, la provenance des quatre premières de ces pièces est bien déterminée. D'où provenaient les cinq autres ?

Au cours des recherches faites pour élucider ce point, il a été trouvé, dans d'anciennes archives de la fabrique, une lettre adressée par les services de l'évêché de Limoges au trésorier de la fabrique de Sainte-Croix, qui permet une hypothèse.

Cette lettre nous apprend en effet, que par ordonnance royale du 5 juin 1828, donnée au château de Saint-Cloud par Charles X (20), le trésorier de la fabrique de Sainte-Croix était autorisé à accepter pour moitié seulement le legs de tapisseries, au nombre de dix-huit pièces, évaluées en totalité à environ 3.000 francs, fait, sous condition de services religieux, par M. Antoine Galand, suivant son testament par acte public du 3 avril 1821. De l'examen fait par nous, aux Archives de la Creuse (Administration communale - Aubusson - 1828), il résulte que le legs avait été réduit de moitié en considération du « peu d'aisance » des héritiers naturels du testateur, sans doute originaire d'Aubusson, et décédé à Villeneuve (Aveyron). Les héritiers auraient volontiers abandonné la totalité des dix-huit tapisseries moyennant le versement d'une somme de 1.500 francs ; mais, finalement, les tapisseries paraissent bien avoir été partagées.

Ainsi donc, ce sont encore neuf pièces nouvelles qui, en 1828, sont entrées à Sainte-Croix. En admettant que les cinq pièces énumérées ci-dessus, dont nous ignorons l'origine, en fissent partie, il faudrait en ajouter quatre dont la description nous est totalement inconnue et qui, peut-être, complétaient la suite du Nouveau Testament dont nous connaissons trois panneaux.

Au total et en résumé, l'église Sainte-Croix a possédé, au début du XIXe siècle, pour le moins treize panneaux de tapisserie, dont certains étaient d'une valeur exceptionnelle.

De cet ensemble si précieux, il ne reste que deux pièces, l'une au Musée de Guéret, l'autre à Sainte-Croix. Les autres tapisseries, « d'une valeur considérable, écrit C. Pérathon, furent vendues à
« vil prix pour subvenir aux frais de réparation de l'église » (21).

(1) N° 21 du catalogue. Sur cette tapisserie, voir C. Pérathon, Une famille de peintres d'Aubusson, Mém. Soc. Sciences Creuse, t. VI, p. 152 et t. VIII, p. 224.
(2) N° 59 du catalogue. Sur cette pièce, voir C. Pérathon, Objets d'Art religieux à Aubusson, Mém. Soc. Sciences Creuse, t. VII, p. 329.
(3) C. Pérathon. Objets d'Art religieux, loc. cit., p. 328.
(4) Ibid., note 2.
(5) Cf. Mém. Soc. Sciences Creuse, t. VI, p. 245 ; cependant, Bosvieux (Carnet n° 19, page 6, aux Archives départ. de la Haute-Vienne, Série M) disait : « Exécutée sans doute par les Gobelins » et, plus bas, « évidemment fabriquée aux Gobelins ; toute déchirée ; a été envoyée comme modèle ».
(6) C. Pérathon. La Manufacture de François, duc de La Feuillade, Mém. Soc. Sciences Creuse, t. V, p. 84. En 1888, époque à laquelle écrivait Pérathon, la tapisserie était vendue depuis quelques années déjà. V. également C. Pérathon, Histoire d'Aubusson (Limoges, 1886), p. 311.
(7) Ibid.
(8) Carnet n° 19, p. 6.
(9) Nadaud, Nobiliaire du Limousin, avec les notes de l'abbé Roy de Pierrefitte (Limoges, 1858) Vo Aubusson.
(10) C. Pérathon écrivait : « deux buissons l'un vert et l'autre blanc ». Cf. Mém. Soc. Sciences Creuse, t. VI, p. 246 ; « l'un vert et l'autre fleuri » (Essai de catalogue des anciennes tapisseries d'Aubusson et de Felletin, Limoges, 1902).
(11) Albert Lacrocq, Communication à la séance du 18 janvier 1923. Mém. Soc. Sciences Creuse, t. XXII, p. LV.
(12) Les armes officielles ont été établies d'après une plaque d'argent gravée, trouvée par C. Pérathon en 1857, et rapportée par lui à la deuxième moitié du XVIIe siècle. V. la note suivante.
(13) H. Hugon. Les armoiries des villes creusoises. Aubusson. Mém. Soc. Sciences Creuse, t. XXV, p. 204-205.
(14) Carnet n° 19, p. 24-25.
(15) M. Hugon précisait : « deux écussons ovales tenus par deux génies », indication conforme à celle de Roy de Pierrefitte. Cette particularité ne figure pas à la description de Bosvieux.
(16) En 1751, Michel Laboreys de Châteaufavier était inspecteur des Manufactures ; il est donc naturel que ses armes soient figurées sur cette tapisserie.
(17) Une pièce d'inspiration semblable existe à la Sainte-Chapelle de Riom.
(18) Carnet n° 4, p. 49.
(19) Carnet n° 4, p. 50, et Carnet n° 19, p. 3.
(20) Ordonnance publiée au Bulletin des Lois, Année 1828, 2e série, t. 9, p. 800, N° 10.222.
(21) C. Pérathon. Objets d'Art religieux à Aubusson, loc. cit., p. 328, 329, note 2. Ces ventes paraissent avoir eu lieu vers le milieu du XIXe siècle.

Maurice Dayras