SÉANCE DU 27 JANVIER 1938
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : Mme Petit, Mlles Bellegy, Delmas, du Muraud, Théreil, MM. Beluchon, le docteur Bordier, Chatreix, Desjobert de Prahas, Délurier, J. Dutheil, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Moreau, Petit, Reich, Sarrassat.
Excusés : MM. Maurice Dayras, Lamatière.
M. le Président remercie, au nom de la Société, M. Ducouret, maire de Guéret, qui a bien voulu mettre à notre disposition, pour nos séances d'hiver, une des salles de l'Hôtel-de-Ville.
L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de Mme Caradet, membre titulaire, récemment décédée.
Des félicitations sont adressées à M. de Nalèche, membre titulaire, nommé membre de l'Académie des Sciences morales et politiques.
M. le Président annonce qu'une adresse collective de félicitations a été envoyée par les présidents des Sociétés archéologiques de la Creuse, de la Corrèze et de la Haute-Vienne, à l'occasion de son jubilé scientifique, au colonel Espérandieu, membre de l'Institut, dont les études d'archéologie gallo-romaine ont apporté à notre région une érudite contribution.
COMPTES et BUDGET. — M. Laborde, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1937 :
Recettes
En caisse au 31 décembre 1936. . . . . . . . . 1.431,90
Subvention du département. . . . . . . . . . 1.199,70
Subvention de la ville de Guéret. . . . . . . 2.279,10
Cotisations . . . . . . . . . . . . . . . . . 10.554,60
Vente de volumes des Mémoires. . . . . . . . 841,20
Intérêts de rentes . . . . . . . . . . . . . 160 »
Contribution d'auteurs pour les Mémoires. . . 1.600 »
Droits d'entrée au Musée. . . . . . . . . . . 1.500 »
19.566,50
Dépenses
Gardiens du Musée. . . . . . . . . . . . . . 1.800 »
Impression, brochage et clichés des Mémoires. 9.777 »
Frais d'envoi des Mémoires. . . . . . . . . . 1.084,20
Frais de bureau. . . . . . . . . . . . . . . 613,80
Musée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4.439,50
Bibliothèque. . . . . . . . . . . . . . . . . 443,10
18.157,60
Recettes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19.566,50
Dépenses. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18.157,60
Excédent de caisse au 31 décembre 1937. . . . 1.408,90
Dans le compte ci-dessus ne sont pas compris sept rachats de cotisations effectués pendant l'année 1937 et versés au livret de Caisse d'Epargne qui s'élève, au 31 décembre 1937, à 20.165 fr. 13.
Les comptes, vérifiés par Mlle Théreil et M. Beluchon, sont approuvés. Des remerciements sont adressés à M. Laborde, trésorier.
Le budget de 1938, établi par le Bureau, est approuvé.
ADMISSIONS. — MM. Jean Chareille, instituteur à La Bussière-Madeleine, commune de La Souterraine ; Eugène de Chauveau, commis d'ordre de l'Assistance Publique à Guéret ; Philippe Cotte, à Lyon.
BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Maurice Favone, Joachim Vilate (Paris, 1938) ; de M. H. Germouty, notes sur Le Grand-Bourg (Mémorial de la Creuse) ; de M. A. de Laborderie, Vitraux anciens du département de la Haute-Vienne (Limoges, 1937) ; de M. L. de Nussac, Le Musée Ernest Rupin à Brive (Limoges, 1937) ; de M. J. Boulaud, La terre de Salvanet et ses seigneurs (Limoges, 1937) ; de M. Loubaud, le Catalogue de poids anciens du Musée de Bordeaux établi par M. Burguburu.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Henri Hugon a remis, en son nom et au nom de M. Gabriel Dartout, pour la série iconographique du Musée, la photographie d'une gravure coloriée intitulée Vue de Guéret, pointe sèche datant vraisemblablement des environs de 1840 (175/108 m/m.)
Cette gravure, qui semble extraite d'un album des départements, a été achetée, il y a dix ans, à un marchand de Fontenay-sous-Bois par notre collègue M. Pierre Raphanaud avec deux vues analogues de Périgueux et de Tulle.
Ces estampes ne figurent dans aucune collection ni aucun catalogue de notre région. Les recherches faites pour en déterminer l'origine à la Bibliothèque Nationale et chez les principaux marchands parisiens sont restées infructueuses. La vue de Guéret, réduit à un hameau infime au pied d'une haute montagne escarpée, forme une composition amusante ne correspondant d'ailleurs à aucune réalité.
— M. P. Dutheil a communiqué la copie d'un contrat du 23 novembre 1636 (Archives départ. de la Creuse, E notaires), relatif à la construction d'une maison curiale à Saint-Maurice-près-Crocq.
— M. Adrien Rivet communique :
1° Le procès-verbal, dressé par Cornudet, notaire à Crocq, le 24 mai 1761, d'une assemblée de paroisse tenue à Saint-Agnan [près Crocq], à la réquisition du curé, Pierre Rougier, pour constater le délabrement de l'église et la nécessité de réparations : « le devant de lad. église est fendu en plusieurs endroits », des pierres tombent, « les pilastres [contreforts] se sont écartés du mur » ; par suite « tout le devant et le clocher ont besoin d'être rebâtis à neuf et pris à pied ». La charpente et la toiture sont aussi en mauvais état.
2° Les copies d'une délibération du conseil de fabrique de la même paroisse, en date du 20 décembre 1840, décidant l'acquisition de deux parcelles de terrain pour agrandir l'église, et d'extraits des deux actes notariés (4 et 18 janvier 1841) constatant la vente de ces parcelles à la fabrique.
M. Louis Lacrocq indique que les réparations visées à la délibération du 24 mai 1761 furent exécutées (voir la description de l'église de Saint-Agnan dans son livre Les Eglises de France, Creuse, Paris 1934) : le « devant » de l'église, c'est-à-dire la façade ouest, et le clocher-mur furent démolis, puis on construisit le porche, le clocher et le portail qui existent toujours. M. Louis Lacrocq avait signalé la confection de ces travaux au XVIIIe siècle, le document découvert par M. Adrien Rivet en précise la date.
— M. le professeur Marc Bloch a envoyé une communication sur les traces toponymiques des invasions germaniques dans la Creuse, d'après l'ouvrage d'un savant allemand M. Ernst Gamillschegg. Cette communication est reproduite à la fin du présent procès-verbal.
— M. Henri Hugon signale la mise en vente par la librairie Henri Saffroy, à Paris (catalogue n° 101, décembre 1937), d'un « terrier et pancarte des cens, rentes, tailles, servitudes, etc., dûs chaque année à Guillaume de Chamborenc, seigneur du Terrail [aujourd'hui Le Theyret, commune de La Saunière], et Agnès de La Chapelle, sa femme, dame dudit lieu en la châtellenie d'Ahun en la Comté de la Marche ».
— M. J. Dutheil expose les difficultés que rencontrèrent les religieux Célestins des Ternes pour la construction de leur étang de Balzines, paroisse de Saint-Chabrais. De 1499 à 1510, il leur fallut soutenir des procès avec les propriétaires voisins, les consuls de Chénérailles et surtout le seigneur d'Etansannes.
— M. Henri Hugon a envoyé la note suivante :
« Dans le Bulletin de la Société Archéologique de Bordeaux, t. LII, 1935, p. XXXVIII, au cours d'une communication sur Simon Milanges, imprimeur célèbre à Bordeaux au XVIe siècle, M. Loirette l'a désigné comme étant né à Bort en Limousin en 1540.
« Dans le Bibliophile Limousin de janvier 1897, Paul Ducourtieux avait bien indiqué que le Limousin pouvait s'enorgueillir d'avoir donné le jour à ce personnage, mais sans autre précision. Vingt ans plus tard, Alfred Leroux adressait à la Société des Sciences de la Creuse (séance du 14 mars 1917, Mémoires t. XX, p. LXV) des extraits des publications des Archives historiques de la Gironde relatives à Simon Milanges et indiquait notamment, d'après son contrat de mariage passé à Bordeaux le 17 juin 1576, « qu'il était natif du lieu de Mille-Milanges en Lymosin, fils de feus Pauly Milanges et Catherine Brejon » (Arch. hist. de la Gironde, XXIII, 286).
« Millemilanges, situé à la limite de la Haute-Vienne, est, ajoute Leroux, un village de la commune de Saint-Goussaud (Creuse). Cette paroisse faisait bien partie du diocèse de Limoges. Il n'y a pas de lieu dit Milanges ou Millemilanges dans la commune corrézienne de Bort éloignée de Saint-Goussaud de plus de cent kilomètres, et il n'y a pas de hameau de Bort près du Millemilanges creusois. Tout confirme donc la conclusion de Leroux. »
— M. le chanoine de Laugardière, membre correspondant, a trouvé et signale, dans les registres paroissiaux de Poissy (Seine-et-Oise), l'acte de mariage, à la date du 4 juillet 1698, de Julien Caillait, fils de feu Audoux Caillait et de Jeanne Chabourot, natif de « Fresselines, évêché de Limoges, de présent demeurant en cette paroisse » avec Rose Desnües, de Poissy. Les conjoints sont illettrés. La profession du mari n'est pas indiquée.
M. Louis Lacrocq fait remarquer que de nombreux Marchois devaient fréquenter Poissy qui, avec Sceaux, était un des marchés de bestiaux pour l'approvisionnement de Paris auquel notre province envoyait beaucoup d'animaux.
— M. Lamatière communique deux documents de la période révolutionnaire concernant un prêtre creusois, l'abbé François Faure. L'un est l'ordre de le mettre en liberté adressé le 15 germinal an III (4 avril 1795) par le Comité de Sûreté générale à la municipalité de Saintes (Charente-Inférieure), l'autre un certificat, daté du 9 nivôse an V (29 décembre 1796), signé de nombreux habitants de La Souterraine, attestant sa qualité de prêtre catholique et qu'il n'a pas quitté le territoire français.
Les Martyrs et confesseurs de la foi du diocèse de Limoges, par l'abbé Lecler (t. II, p. 65-76), contiennent une notice sur François Faure. Né à Beauvais, commune de La Souterraine, en 1755, il était vicaire à Bessines (Haute-Vienne) en 1789. Il refusa le serment, se cacha, puis, emprisonné à Limoges, fut envoyé sur les pontons de l'île d'Aix. Un des rares survivants des déportés, il se trouvait à Saintes au début de 1795. Au Concordat, l'abbé François Faure fut nommé curé d'Arnac-la-Poste (Haute-Vienne) et le resta jusqu'en 1845. Il mourut, âgé de 92 ans, en 1847.
— M. R. Chatreix présente la copie de divers documents relevés par son frère aux Archives Nationales (F7 7112, dossier B 7119). Ils sont relatifs à une dénonciation adressée au citoyen Hébret, commissaire du Directoire du canton de La Souterraine, en ventôse an IV (février-mars 1795), par le citoyen Dumont, contre le citoyen Bonnet, directeur de la Poste aux lettres de La Souterraine, pour ses inexactitudes, ses infidélités, ses collusions avec les parents d'émigrés. Le commissaire transmet la dénonciation au ministère de la Police en l'appuyant et celui-ci l'envoie au ministère de l'Intérieur.
— M. Casanova a envoyé un exemplaire de la circulaire imprimée du 28 janvier 1823, par laquelle le marquis de Villeneuve annonçait sa prise de possession des fonctions de préfet de la Creuse (Voir au sujet de ce préfet la communication de M. Valadeau, Mémoires, t. XXVI, p. XXVIII).
— Lecture est donnée de la note suivante de M. Albert Lacrocq :
« Ayant eu communication du document que M. Pierre Dutheil a présenté à la séance du 25 novembre 1937 (prix-fait pour la construction d'une maison à Arfouillole, paroisse de Saint-Pardoux près Crocq, en date du 31 août 1597), j'ai recherché quelle pouvait être la signification du mot embaumadis que contient ce document.
« Des renseignements très précis m'ont été fournis par M. Fredon, employé au Courrier du Centre, habitant Limoges et originaire de la Haute-Vienne.
« Il connaît le terme sous la forme baumadis pour l'avoir entendu prononcer quelquefois dans sa jeunesse par des vieux. D'après M. Fredon, qui a été aide-maçon dans son jeune âge, un baumadis est une niche de petite dimension (environ 0,40 de largeur sur 0,50 de hauteur en moyenne) que l'on ménageait dans l'épaisseur d'un mur jusqu'aux deux tiers de ce mur à l'intérieur d'une pièce. Généralement elle n'avait pas de porte. On y plaçait un « saint » et aussi du buis bénit, parfois de l'eau bénite et des herbes ou autres objets passant pour avoir une vertu protectrice (herbes de la Saint-Jean, fragments de tisons du feu de joie).
« M. Fredon se souvient que, dans son enfance, quelques familles avaient l'habitude de dire la prière en commun devant le baumadis. A certaines fêtes, les vieux touchaient des objets qui y étaient placés pour qu'ils leur portent bonheur. Il était sévèrement interdit aux enfants de toucher au baumadis et aux objets qu'il contenait.
« M. Fredon en connaît un dans la maison qu'il habite rue Adrien Dubouché ; il est ménagé dans le massif de la cheminée.
« Le baumadis était donc absolument distinct des cachettes et l'explication ci-dessus s'accorde parfaitement à la stipulation du contrat de 1597, qui prévoit la construction de l'embaumadis « dans un pignon ».
« Il n'y a aucun doute que baumadis et embaumadis sont deux formes du même mot issu du bas-latin balma signifiant grotte et par extension cavité artificielle (cf. dans Mistral, Trésor dou félibrige, le substantif baumo, balmo signifiant grotte, caverne, et le verbe embauma, embalma, signifiant enfermer dans une grotte). Quant au suffixe adis, on connaît son fréquent emploi dans les dialectes limousins et marchois pour désigner l'affectation d'une chose à un objet déterminé ».
M. le docteur Janicaud fait remarquer l'étroite parenté de l'embaumadis ou baumadis avec le « laraire » des maisons romaines et gallo-romaines qui avait même forme et même emplacement.
— Rappelant qu'il a signalé l'usage des reinages de confréries, analogue à celui de la Creuse, à Aigurande (V. Mémoires, t. XXV, p. 581), M. Louis Lacrocq indique que, d'après une étude de S. Clément, Cluis et ses souvenirs, parue en 1855 et reproduite dans la Revue du Berry, 1899, p. 35 et s., cet usage existait dans d'autres localités de l'Indre voisines de la Creuse : Cluis, Mouhers et Crozon (loc. cit., p. 45 et 46). Il n'a pas disparu : cette année encore, le dimanche 23 janvier, à Mouhers, a eu lieu devant l'église, sous l'orme, après la procession, la proclamation des enfants roi et reine de la confrérie de saint Antoine pour 1938 (Courrier du Centre, édition de l'Indre, 26 janvier 1938).
NOTE LUE EN SÉANCE – TRACES DES INVASIONS GERMANIQUES DANS LA CREUSE
Dans un très important ouvrage qu'il a publié, il y a quelques années, sous le titre de Romania Germanica (1), un savant allemand, M. Ernst Gamillschegg, s'est proposé d'inventorier et d'interpréter les traces laissées dans le vocabulaire et la toponymie des pays romans par les établissements germains, à l'époque des grandes invasions. Malheureusement, ni la disposition des matériaux, ni celle des index ne facilitent un dépouillement par régions. C'est donc simplement au hasard de la lecture et sans prétendre rien apporter de complet que j'ai recueilli les renseignements suivants, relatifs à notre département.
1° Une conclusion d'ordre négatif, d'abord. M. Gamillschegg (t. I, p. 70) a relevé dans la Creuse 27 noms de lieux terminés en ange. Dans le Nord et l'Est de la France, cette terminaison représente généralement le suffixe germanique ingen, indiquant la filiation ou la dépendance : ainsi Hettange, dans la Moselle, fut le village habité par les hommes de Hatto et Fouchanges, dans la Côte-d'Or, celui des hommes de Foulque, de même que les Lorrains (Lothringer) étaient, originairement, les sujets du roi Lothaire II. Avec raison, je crois, M. Gamillschegg observe que les formes, en apparence semblables, de la Creuse remontent à un tout autre prototype. Chez nous, comme presque toujours dans le Centre et le Midi de la France, il convient de reconnaître dans le suffixe roman ange un simple dérivé du latin anicum ou anica, sans aucun rapport, par conséquent, avec les établissements barbares.
2° Les établissements des Goths et plus exactement, selon toute probabilité, des Visigoths ont cependant laissé des traces visibles dans notre département. Nul doute, en effet, que Le Goudeix (commune de Néoux, arrondissement d'Aubusson), ne représente un ancien Gotiscum ; Goudouneix (commune des Mars, arrondissement d'Aubusson), Le Goueneix (commune de Saint-Agnan-de-Versillat, canton de La Souterraine), Goudenèche (commune de Bonnat, arrondissement de Guéret), des anciens Gotoniscum ou Gotonisca (t. I, p. 301 et 302).
3° C'est aux Francs que M. Gamillschegg (t. I, p. 110) attribue le nom de Morlaix, commune de Saint-Sulpice-les-Champs. Il s'agirait d'un composé qui, formé de mor, « marais » et de lahha, « flaque », aurait désigné, en somme, un bourbier. Avec ou sans variantes de détail, le nom se retrouve d'ailleurs en d'autres régions. Seul, me semble-t-il, l'examen du terrain permettrait de justifier l'étymologie proposée. Que penser, d'autre part, de Morlaix, en Bretagne, nom celtique, je suppose, et dont M. Gamillschegg ne dit rien ? On ne peut s'empêcher, devant le Morlaix creusois, d'évoquer plusieurs hypothèses possibles, toutes différentes de celle de notre auteur : 1. — Une transformation d'un primitif Mauriniacum, interprétation que M. Gamillschegg lui-même suggère à propos de Morlac, dans le Cher, et naturellement, dans la Creuse même, pour Mornais ; 2. — Une origine celte (je n'écris ceci qu'avec tremblement) comme peut-être pour le Morlaix breton ; 3. — Une imitation tardive du nom de cette ville même de Morlaix, beaucoup plus célèbre (cas fréquent dans les lieux de défrichement). La parole est au futur dictionnaire topographique, dont les documents ont été rassemblés, avec un soin si admirable, par le regretté Antoine Thomas.
4° Francs également, ou du moins sûrement germaniques, les noms de La Grande et de La Petite-Guierche, commune de Lafat, arrondissement de Guéret (t. I, p. 117). Ils représentent un prototype werki, désignant la fortification. M. Gamillschegg observe que ce toponyme se rencontre à peu près exclusivement sur le front sud du domaine franc (Creuse, Vienne, Indre-et-Loire, Cher) et, en nombre plus élevé, sur son front ouest (Maine-et-Loire, Sarthe, Mayenne, Ille-et-Vilaine) (cf. la carte, t. I, en face de la page 144). Il s'agirait de travaux de défense dirigés, soit contre les Visigoths, soit contre les Bretons. La situation de La Petite et Grande-Guierche dans le Nord de notre département, la présence à La Grande-Guierche d'une motte entourée de fossés (cf. Mémoires Soc. Sciences Creuse, t. XXI, p. CXXVI), semblent de nature à confirmer cette ingénieuse hypothèse. Là aussi, cependant, il y aurait lieu d'interroger la topographie (2).
(1) Romania Germanica : Sprach- und Siedlungsgeschichte der Germanen auf dem Boden des alten Roemerreichs, 3 vol. in 8°, Berlin, de Gruyter, 1934-1936 (forme le t. II du Grundriss der germanischen Philologie, begründet von Hermann Paul).
(2) Aux noms indiqués par M. Gamillschegg, il semble qu'on pourrait ajouter : Fransèches (arr. d'Aubusson) dont la forme ancienne est Franceschas (vers 1150, Dictionn. Lecler) et Marmagne, groupement disparu de la paroisse de Sainte-Radegonde, paroisse dont le territoire fait partie de la commune de Budelière, arr. d'Aubusson.
Marc Bloch.
SÉANCE DU 24 FÉVRIER 1938
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents. — Mme Petit, Miles Bellegy, Delmas, du Muraud, Théreil, MM. le docteur Déguison, de Bourran, Desjobert de Prahas, Dutheil, de Forges, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Moreau, Sarrassat, Venries de la Guillaumie.
Excusés : MM. Chatreix, Maurice Dayras, Délurier, Petit.
Des félicitations sont adressées à M. Charles Alluaud, nommé membre associé du Muséum ; à M. le docteur du Montant, nommé chevalier de la Légion d'Honneur ; à MM. Noualet et Verny, nommés officiers d'Académie.
BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. H. Germouty, ses notices sur Jarnages et Pontarion (Mémorial de la Creuse des 29 janvier et 19 février 1938) ; de M. Lacour, archiviste, répertoire numérique dactylographié de la série B des Archives départementales de l'Indre (bailliage de Châteauroux) ; de M. Loubaud, dix brochures de métrologie de M. Burguburu ; de M. J. Boulaud, La confrérie du Saint-Sacrement de Saint-Léonard (Limoges, 1938) ; de la Fédération des œuvres laïques de la Creuse, La Revue creusoise (Guéret, 1937).
ADMISSIONS. — MM. François Pradelle, à Paris ; G. Cerbelaud-Salagnac, à Paris ; Lucien Fayard, rédacteur à la Préfecture, à Guéret.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Emile Genevoix décrit une martre de France que lui a présentée M. Merle, de Dun-le-Palleteau. Elle a été tuée à proximité du village des Combes, commune de Fresselines, aux confins de l'Indre. Cet animal est très rare dans notre département.
— M. Maurice Dayras fait savoir qu'il y a environ vingt ans, M. Jean Roche, propriétaire à La Rebeyrette, commune de Bosroger, a découvert dans son champ dit « Les Séchoux », en bordure des bois dits de Champagnat, un coffre de granit, au couvercle plat, contenant une sépulture à incinération d'époque gallo-romaine. L'urne en verre vert, absolument intacte, remplie d'ossements calcinés, contenait aussi un petit lingot d'or qui a été perdu. Elle avait un petit couvercle en terre. Elle est encore conservée par M. Jean Roche. De type courant à deux anses, elle a les dimensions suivantes : haut., 24 cm., plus grand diamètre, 20 cm.
D'autres sépultures identiques et non explorées existeraient dans le voisinage.
— M. le docteur Janicaud décrit, d'après des lettres de l'archéologue Georges Callier à Pierre de Cessac, la découverte, en 1883, devant l'église de Bénévent, de sépultures du moyen-âge creusées dans le tuf et couvertes de pierres plates.
— Présentation est faite de trois gravures, œuvre de notre collègue M. l'abbé Michel Pénicaut, représentant l'une la porte Saint-Jean de la cathédrale de Limoges, l'autre la Lanterne des Morts de La Souterraine, la troisième le portail de l'église de cette ville.
— Lecture est donnée de notes de Mlles Bellegy et Delmas, de MM. Laborde et Louis Lacrocq sur les poteries populaires de la Creuse.
— M. J. Dutheil lit la note suivante :
« Le 1er décembre 1552, après avoir engagé plusieurs procédures au sujet de la dîme des Loubières perçue dans la paroisse de La Chapelle-Taillefer, les Célestins des Ternes, Jean de Sainte-Affeyre, prieur de Saint-Eloi, et François d'Aubusson, curé de La Chapelle, transigèrent. Cette transaction nous révèle l'existence à Guéret d'une horloge pourvue d'une sonnerie. Il s'agit, en effet, de constater le défaut des défendeurs qui n'ont pas répondu à la convocation et ne sont pas à l'heure. Le notaire écrit sur son procès-verbal : et après ce que il nous est apparu l'heure de huit heures du matin estre pieça escheue et sonnée par le son de l'orloge de cette ville de Guéret (Arch. départ. de la Haute-Vienne, fonds Bosvieux, K 59).
« Jusqu'à présent on ne connaissait aucune mention d'horloge à Guéret antérieure à 1760 (cf. Dr Villard, Notes sur Guéret... Mémoires, t. X, p. 252 ».
M. le docteur Janicaud signale l'existence, au Musée, de débris d'une horloge ancienne, à rouages de bois, provenant de l'église de Guéret.
— M. P. Dutheil a envoyé la copie d'un contrat passé le 30 janvier 1650, pardevant Meaulme, notaire à Aubusson. (Arch. départ. de la Creuse, E 28, notaires, fonds de La Cour). Léonard de la Rode, drapier à Felletin, s'engage à venir enseigner le métier de drapier à Pierre Coulaud, marchand au bourg de La Cour (Aubusson), résider chez lui un an, nourri et logé. Il pourra travailler au dehors, lorsque Coulaud n'aura pas de quoi l'occuper.
— M. Adrien Rivet communique la minute d'un acte reçu par Cornudet, notaire royal à Crocq, le 28 juillet 1741, aux termes duquel François Ratinet, maître-maçon entrepreneur à Crocq, et Jean Roubinet, maître charpentier et couvreur à Giat [Puy-de-Dôme], fournissent l'énumération et les prix des travaux qu'ils ont exécutés, en 1731 et 1732, pour la remise en état du moulin du Chier, paroisse de Saint-Alvard, au compte de Jean Bessède, emphytéote du moulin (voir Mémoires t. XXV, p. CXIX, la communication par M. Rivet d'un procès-verbal du 16 juillet 1732, également relatif aux réparations de ce moulin dont le nom est, à cet acte, orthographié « Cher »).
On relève dans cette déclaration des entrepreneurs l'indication que les 140 livres de fer qu'ils ont employées coûtaient « sept sols la livre œuvré ». Quelques termes sont également à noter : rouet, désignant la petite roue verticale d'engrenage en bois dans un moulin, terradis, désignant le revêtement en terre grasse placé au-dessus d'un plafond comme isolant.
— Madame Petit lit la communication suivante :
« En dépouillant les registres de la municipalité de Dun, j'ai relevé l'existence dans cette localité d'un atelier national pour la fabrication du salpêtre que n'a pas mentionné L. Duval dans le chapitre de ses Archives révolutionnaires de la Creuse (Guéret, 1875) consacré à cette question. Prescrit par un arrêté du 18 frimaire an II, l'atelier de Dun subsista jusqu'au 10 messidor an III.
« Il fut installé dans le vieux château, meublé d'objets venant pour la plupart de la cure de Colondannes, et fut dirigé à partir du 24 floréal par François Thévenot. Ce qui manquait à l'installation, notamment des tonneaux, fut réquisitionné.
« On ne cite pas les points de Dun où furent opérées les fouilles ; une délibération du 25 messidor indique seulement que « tous les lieux propres et qui seront soupçonnés contenir du salpêtre seront fouillés et que la ci-devant église sera du nombre ». Tous les ouvriers furent réquisitionnés pour ces fouilles ; on en réquisitionna d'autres pour l'équarrissage des bois dans la forêt de Dun et à Chabannes où fut créé, le 1er fructidor, un atelier de fabrication de potasse.
« Il fallait, en effet, beaucoup de cendres pour lessiver les terres. Dès le 18 frimaire, on avait prescrit aux habitants et aux fermiers des fours banaux et de La Thuilerie d'apporter les leurs. Le 5 prairial, on réquisitionne celles du canton ; elles étaient alors payées 20 sols le boisseau (de Dun). Le 25 messidor, on dresse un tableau de tous les citoyens « pour qu'à chacun il soit requis un contingent de cendres, par décade, conformément à sa fortune ». A partir du 26 frimaire an III, on amène à Dun les eaux de lessivage de Saint-Germain-Beaupré. Cet atelier ne devait fonctionner activement que pendant la belle saison ; les bœufs sont, en effet, vendus le 5 pluviôse comme étant inutiles pendant l'hiver. Je n'ai trouvé trace que de deux expéditions de salpêtre : l'une du 7 vendémiaire an III, d'une barrique du poids de 413 livres, l'autre du 12 germinal an III, de deux barriques pesant respectivement 417 et 429 livres.
« Le 30 germinal, l'atelier n'est plus national, cependant ceux qui voudraient continuer cette extraction le peuvent en se conformant à la loi (déclaration, vente obligatoire aux magasins officiels, au prix de six livres la livre). Je n'ai pu savoir si un particulier avait continué cette fabrication.
« Le 10 messidor, toutes les eaux étant évaporées, l'atelier est fermé. Le 3 brumaire an IV, les comptes sont rendus. La recette s'élève à la somme de 12.518 livres et la dépense à 12.518 livres 9 sols, soit pour cette exploitation d'atelier national un déficit de 9 sols. »
— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :
« Un savant article de M. P. Lebel, Le nom de l'Arroux, paru dans les Mémoires de la Société Eduenne (t. 48e, 2e fasc., Autun, 1937, p. 151-159), m'a amené à examiner le nom d'une petite rivière de la Creuse, l'Ardour, affluent de la Gartempe, dont la source est dans la commune d'Aulon et qui traverse celle de Marsac avant de pénétrer dans la Haute-Vienne.
« L'Arroux est une rivière de la Bourgogne (Côte-d'Or et Saône-et-Loire), affluent de la Loire. Après M. A. Dauzat (Les noms de lieux, Paris, 1932, p. 3), M. Lebel voit ce nom venu d'un thème Atur qui pourrait être préceltique et même préibère. A ce thème, nom de cours d'eau, s'est ajouté le suffixe gaulois avu. Ainsi a été formé un prototype Aturavu, d'où sont venus plusieurs noms de rivières, notamment l'Arroux et le pyrénéen Adour.
« On est tenté d'expliquer aussi de cette manière le nom de notre Ardour. Nous n'en possédons malheureusement pas de formes très anciennes. La fiche topographique d'Antoine Thomas ne contient qu'une forme de 1561, probablement fautive, ruysseau d'Ardon (Arch. départ. de la Vienne, C 335) et une de 1778, Ardoux (Arch. départ. de la Creuse, H 543). La conjecture doit donc être faite avec réserve ».
SÉANCE DU 31 MARS 1938
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : Mme Petit, Mlles Delmas, du Muraud, MM. le docteur Bordier, Chatreix, Délurier, Desjobert de Prahas, Dutheil, de Forges, Laborde, Moreau, René Martin, Petit, Sarrassat.
Excusés : MM. M. Dayras, le docteur Janicaud, Lafay, Lamatière.
L'hommage de la Société est adressé à la mémoire de MM. André Demartial, membre correspondant, et Félix Peyrot, membre titulaire, décédés récemment.
Le Congrès de la Fédération des Sociétés savantes du Centre se tiendra à Guéret, les 28, 29 et 30 mai.
Présentation est faite : 1° de la carte du département de la Creuse et de ses divisions administratives pendant la période révolutionnaire, dressée par MM. Aureix, directeur d'école à Bénévent, et Maurice Dayras, avocat à Aubusson ; cette carte a été éditée par les soins de notre Société et du Comité départemental d'histoire de la Révolution ; 2° d'un spécimen de l'ouvrage sur Aubusson, texte de MM. André Chaumeix et Pierre Blanchon, illustré par M. Marius Martin et édité par l'Association des Amis d'Aubusson.
CLASSEMENTS. — Par arrêté ministériel du 19 février 1938, l'église Saint-Jean et la chapelle Saint-Fiacre de Paulhac, commune de Saint-Etienne-de-Fursac, ont été classées comme monuments historiques.
BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : du docteur Benjamin Bord : son article sur le livre du professeur Marouzeau, Une Enfance, paru dans le numéro de février de la revue Aesculape ; de M. H. Germouty, ses notices sur Pontarion et Royère (Mémorial de la Creuse des 26 février et 5 mars) ; de l'Association bourguignonne, le tirage à part de deux études, l'une d'Edouard Lacombe sur La limite des toits plats à tuiles courbes et des toits à pentes raides dans le département de la Creuse ; l'autre de M. Louis Lacrocq sur La limite des pays de droit écrit et de droit coutumier dans la Creuse ; ces études font partie d'une enquête sur les limites des influences septentrionales et méditerranéennes en France parue dans les Annales de Bourgogne (4e fascicule 1937) ; de M. Nouguès, le livret du Congrès de l'Amicale des sous-officiers de réserve de la Creuse, en 1938.
ARCHIVES. — Don de M. Albert Lacrocq : l'arrêté du 21 février 1875, du maire de Guéret, sur les prix du pain et de la viande.
ADMISSIONS. — MM. Roger Crépin, à Guéret ; François Durand, comptable, à Guéret ; Jean Pigerol, à Felletin.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Maurice Dayras a envoyé la note suivante :
« A diverses reprises, depuis un certain nombre d'années la présence des martres (martre proprement dite ou martre de France) avait été remarquée dans les étendues du Camp de La Courtine, particulièrement au voisinage des sapinières. Une avait été prise par un piégeur. Deux autres, en 1931 et 1932, avaient été détruites par les chasseurs locataires de la chasse du Camp (une au bois de Lachaud, une dans la forêt de Clairavaux). Leurs traces, assez nombreuses, se remarquaient sur la neige. Deux martres jeunes viennent d'être tuées à quelques jours de distance dans la forêt de Blessac (vallon de Tranloup). Elles proviennent probablement d'une même portée de l'an dernier. Les traces des parents ont été vues sur la neige, mais la capture n'a pu en être faite. Les deux sujets, détruits sous la direction de M. Jorrand, lieutenant de louveterie, étaient absolument identiques à ceux capturés au Camp de La Courtine, quoiqu'un peu plus petits, sans doute parce qu'ils étaient plus jeunes.
« Pelage : brun mordoré avec étoile jaune d'œuf sous la gorge.
« Poids : 1 kg. et 1 kg. 50 grammes.
« Ils ont été vendus à l'Office de la sauvagine, à Paris, au prix de 350 francs pièce.
— M. Jacques Levron communique la copie d'un marché, qu'il a découvert aux Archives départementales de Maine-et-Loire, en date du 24 août 1538, intervenu entre maître Jehan Le Frêne « bedeau de l'église d'Angers » d'une part, et Guillaume Gommy, tapissier, « paroissien de la Trinité dudit lieu d'Angers », d'autre part.
Gommy promet de tisser une pièce de tapisserie ressemblant à une autre que possède déjà Le Frêne, avec verdure, cerf, paon et divers oiseaux. Gommy était probablement originaire d'Aubusson où on relève postérieurement ce nom parmi ceux des maîtres tapissiers.
— M. Adrien Rivet communique le texte suivant d'une coutume locale de Clairavaux (canton de La Courtine) qu'a inséré Chabrol dans son ouvrage sur la Coutume générale et les coutumes locales d'Auvergne (t. IV, p. 170, Riom, 1786) :
« La justice et paroisse de Clerevaux est réunie maintenant à la « seigneurerie de Theil [paroisse de Saint-Agnan-près-Crocq] et a des « droits singuliers. Il est dû au seigneur un droit de corsage ou de « noces, lorsque les habitants marient une fille, une sœur ou une « nièce, ou même une cousine. Il est également dû si on entre dans « les ordres sacrés. Ce droit consiste dans deux jambes de cochon, de « derrière, embrayarrées, c'est-à-dire qui tiennent ensemble, quatre « quartes de vin et quatre pains blancs pour lesquels on a accoutumé « de payer 3 livres et il faut requérir le congé et la licence du « seigneur ».
M. Louis Lacrocq explique qu'il faut voir dans ce droit la survie, sous forme de redevance, de l'autorisation du seigneur nécessaire, au temps de la rigueur du servage, pour le mariage des gens de cors, c'est-à-dire de servile condition et de main-morte ; le terme corsage désigne cette condition.
— M. Louis Lacrocq analyse les actes notariés qu'il a trouvés aux Archives départementales de la Creuse, sur la construction du temple protestant de Combesaude à Aubusson, en 1663.
— M. P. Tournyol a envoyé en communication un règlement de comptes fait devant le juge châtelain de Drouilles le 7 juillet 1712, concernant la « seigneurie des beylies guérétoises » dépendant du chapitre de La Chapelle-Taillefer.
— M. Pierre Dutheil raconte, d'après des documents du fonds Jorrand aux Archives départementales de la Creuse, une tentative de vol faite en 1760, à Aubusson, au moyen de l'échange de pièces de monnaie par des nomades.
— M. Jean Dutheil lit la note suivante :
« Dans le registre de délibérations de la municipalité cantonale d'Ars on relève, en l'an VI, deux délibérations concernant l'enseignement primaire et précisant, pour ce canton, ce qu'on sait déjà pour l'ensemble du département. Le Directoire départemental avait envoyé, au début de l'an IV, un questionnaire sur l'état de l'enseignement à toutes les municipalités cantonales. Ars répond à ce questionnaire le 20 frimaire an VI.
« En l'an V, l'école de filles avait 5 élèves, l'instituteur faisait la classe à 15 garçons. La municipalité estime qu'il n'y a pas de quoi s'applaudir du succès des deux sections. Les instituteurs ne méritent point d'être cités comme des modèles. Il faut pourtant rendre justice au zèle de l'instituteur, qui va tous les jours donner des leçons en des lieux éloignés de sa demeure. Instituteur ou institutrice ne peuvent guère sortir de la routine, ils n'ont pas de connaissances suffisantes. Les livres républicains sont inconnus à Ars. Il faudrait que l'administration en envoyât pour les faire connaître à l'instituteur et à l'institutrice.
« Pourquoi les écoles ne marchent-elles pas mieux ? Pourquoi ne trouve-t-on pas des maîtres plus capables ? La municipalité d'Ars donne les raisons qu'on rencontre un peu partout. L'indemnité promise pour le logement est trop faible ; les instituteurs craignent même de ne pas pouvoir la toucher. La rétribution scolaire est également dérisoire ; l'insouciance et l'avarice des parents en rendent le payement aléatoire. Les travaux des champs retiennent une partie des enfants pendant la belle saison et rendent les résultats pratiques à peu près nuls. Une seule école primaire ne suffira jamais pour ce canton, car il y a des jeunes gens qui en sont éloignés de plus d'un myriamètre. Il serait possible de trouver un instituteur capable, si le Gouvernement le payait comme il faut. La proposition de le charger de la rédaction des actes de l'Etat-civil ne peut avoir d'effet qu'autant qu'il y aura un instituteur par commune, ce qui nécessiterait de nouvelles circonscriptions scolaires.
« Le 30 messidor an VI, à une nouvelle demande, la municipalité répond en donnant les précisions suivantes :
« L'administration a fait afficher tous les arrêtés du directoire concernant l'instruction, mais les écoles sont peu nombreuses, le personnel ignorant et les livres élémentaires modernes complètement inconnus. Il n'y a pas de pensionnat dans le canton. Seules quelques personnes s'occupent d'instruire les enfants sans en faire une profession. A Chamberaud, une personne s'occupe des filles et des garçons. A Ars, Sous-Parsat, Saint-Avit, il n'y a personne. A St-Sulpice-les-Champs, le citoyen Maumy, ministre du culte catholique, fait la classe à 10 garçons environ ; à Saint-Sulpice-le-Donzeil, le citoyen Pélissier, autre ministre du culte catholique, a 7 élèves ; Courbarien en a 10 à Saint-Martial-le-Mont ; Cartier, instituteur public à Fransèches, réunit 25 enfants dont 5 orphelins qu'il instruit gratuitement. Les instituteurs n'ont pas de principes opposés aux idées républicaines. Leurs mœurs sont régulières et leurs talents médiocres. Ils n'ont aucune influence ni en bien ni en mal sur l'esprit public. Des encouragements pourraient être utiles, mais la municipalité n'est pas en mesure de désigner ceux qui les mériteraient ».
SÉANCE DU 19 MAI 1938
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : Mlles Bellegy, du Muraud, MM. le docteur Bordier, Desjobert de Prahas, J. Dutheil, R. de Forges, le docteur Janicaud, Laborde, Moreau, Sarrassat.
Excusés : MM. le Médecin général Guillon, Lafay.
M. le président exprime l'hommage de la Société à la mémoire des membres titulaires récemment décédés : MM. le sénateur Connevot, Cusinberche, le docteur Durand, Guingue, Jean Lacoste et F. Noualet. Il adresse nos condoléances à leurs familles.
Lecture est donnée de la délibération qu'a prise, le 22 février dernier, le Conseil municipal de Guéret exprimant ses remerciements du don fait par le Musée d'une statue et de meubles destinés à l'ornementation de l'Hôtel de Ville.
M. le Président remercie et complimente M. Moreau, bibliothécaire, de l'activité avec laquelle il procède à l'installation de la bibliothèque de la Société dans son nouveau local.
BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. J. Boulaud, des tirages à part de ses articles sur La prise de possession de l'évêché de Limoges par Mgr d'Argentré en 1759 et sur Le testament de Mgr de La Fayette (Limoges 1937) ; de M. Germouty, la suite de ses notices sur Royère et Saint-Sulpice-les-Champs (Mémorial de la Creuse des 16 et 23 avril 1938) ; de M. François Pradelle, La Guirlande du grand pin de Macé (Paris 1938).
En souvenir de son frère, notre regretté collègue Edouard Lacombe, Mlle Lacombe a donné des livres d'archéologie et d'histoire lui ayant appartenu.
ARCHIVES. — M. Louis Baraille a donné un faire-part de mariage de la période 1830.
CLASSEMENTS. — Le lion en pierre de l'église de Saint-Marc-à-Loubaud, les tabernacles en bois de Saint-Agnan-de-Versillat et de Saint-Etienne-de-Fursac (XVIIe s.) ont été classés comme monuments historiques par arrêté du 10 mars 1938.
INVENTAIRE SUPPLÉMENTAIRE. — Par arrêté du 15 mars 1938, les restes de l'ancien château du Monteil-au-Vicomte ont été rayés de l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques.
ADMISSIONS. — MM. Guy Beck, rédacteur à la Préfecture, à Guéret, le docteur Crapez, à Limoges, André Mazeaud, instituteur, à Ahun.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud décrit les particularités de l'édicule qui se trouve dans la crypte de l'église d'Ahun, édicule très ancien, qui devait être un tombeau reliquaire.
— M. Eugène Alluaud a envoyé le dessin d'un vase à eau bénite provenant de l'ancien cimetière de Crozant. Ce vase, de 0 m. 10 de hauteur, en terre grise, de facture assez grossière, est orné, sur la panse, d'un double rang de petits traits verticaux en creux.
— M. le docteur Bordier communique des gravures anciennes représentant la ville de Guéret.
— M. Henri Hugon communique une lettre adressée par le général Espagne, d'Aubusson, à Caulaincourt, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, le 17 mars 1809, pour le prier d'activer le paiement de tapisseries fournies par les fabricants Rogier fils et Sallandrouze à un marchand de Moscou.
— M. Adrien Rivet communique la copie d'un acte passé devant Me Defournoux Larode, notaire à Crocq, le 11 septembre 1831 par lequel les époux Marie Battut et François Malpaire, demeurant à Crocq, vendent à sept habitants du village de L'Arfeuille, commune de Saint-Pardoux d'Arnet, « une petite chapelle, dédiée à la Vierge, appelée la chapelle d'Arfeuille, située au lieu de ce nom », moyennant le prix de 250 francs. Les vendeurs déclarent que Madame Malpaire est propriétaire de la chapelle pour l'avoir recueillie dans la succession de Jean Battut, son oncle, qui l'avait acquise comme bien national le 30 fructidor an IV (16 septembre 1796).
Cette chapelle était celle du prieuré que le monastère des dames de Blessac (ordre de Fontevraud) avait au village de L'Arfeuille avant la Révolution (Pouillé de Nadaud, p. 446). Après la vente du 11 septembre 1831, où il est dit qu'elle est « en très mauvais état », elle fut réparée. Elle existe toujours. Une photographie de M. Rivet fils, jointe à la communication, montre sa façade ouest où ouvre un portail en tracé brisé du XIIIe ou du XIVe siècle avec cordon d'encadrement à retours ; un clocher-mur à deux arcades couronne cette façade.
— Madame René Martin a envoyé la photographie d'un dessin, fait par M. le capitaine Thérel, du vieux puits de la maison de Forges, à Naillat.
— M. Louis Lacrocq signale, d'après des renseignements fournis par MM. P. Bonneau et L. Baraille, la tradition toujours suivie par les jeunes gens, à Bénévent-l'Abbaye et au Grand-Bourg, de déplacer et accumuler tous les objets qu'ils trouvent à côté des maisons, dans la nuit du 30 avril au 1er mai.
— M. Jean Desjobert de Prahas signale et décrit divers objets, notamment des épis de faîtage, provenant des ateliers de poterie de Mortroux.
SÉANCE DU 30 JUIN 1938
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : Mlles du Muraud, Théreil, MM. le docteur Bordier, de Bourran, Maurice Dayras, Délurier, Demaux, Desjobert de Prahas, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Lamatière, Moreau, Rimour, Sarrassat, Turpinat.
Excusés : MM. Chatreix, J. Dutheil, René Martin.
— M. le Président adresse l'hommage de la Société à la mémoire de M. Jean Lecante, imprimeur de nos publications depuis 1920, décédé brusquement à Paris.
M. le Président indique la belle réussite du 5e Congrès de la Fédération des Sociétés savantes du Centre, qui s'est tenu à Guéret les 28, 29 et 30 mai dernier.
Il rend compte de l'excursion qu'a faite dans la Creuse, le 14 juin dernier, le Congrès archéologique de France au cours de sa session de l'Allier.
BIBLIOTHÈQUE. — Dons : de M. Loubaud : Solutré, par F. Arcelin (Lyon, 1936) ; de la Société archéologique du Limousin : Auguste Petit, 1867-1936, sa vie et ses travaux, par M. L. Lacrocq (Limoges, 1938).
ARCHIVES. — Don de M. Ojardias : Notes généalogiques manuscrites sur la famille Faure.
ADMISSIONS. — MM. Jean Bousquet, receveur des Postes, à Gouzon, Louis Cognet, à Crocq, Marcel Demaux, professeur de philosophie au Lycée de Guéret.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le Médecin général Guillon a adressé le plan du puits qui existe dans la crypte de l'église de La Souterraine avec une note indiquant les constatations faites au cours du nettoyage de ce puits, en mars 1938, par M. A. Berthomier, entrepreneur.
Le puits a une profondeur de 9 m. 30, un diamètre intérieur moyen de 0 m. 90. La maçonnerie est en pierres sèches, la margelle de granit, monolithe, présente une feuillure pour l'appui d'une grille en fer. Le fond du puits est revêtu d'un pavage en pierres sèches. La source, qui ne paraît pas forte, sort à environ 0 m. 20 du fond. Le puits contenait des morceaux de bois et de fer, des débris de poteries, de seaux et d'outils.
— M. Lamatière présente le dessin de la partie inférieure de deux coffres de granit ayant appartenu à des sépultures à incinération, trouvés par M. Delmas, à Collonges, commune du Grand-Bourg, dans la terre dite Bois-de-Celle, n° 675, section H, du plan cadastral.
Dans cette même terre ont été trouvés des objets néolithiques en silex que M. Delmas a donnés au Musée.
— M. Lamatière présente également le dessin de la partie supérieure d'un moulin à bras, découverte dans un terrain proche de cette terre, appartenant à M. Simonnet, à La Barde, commune du Grand-Bourg (n° 666, section H).
— M. Philippe Cotte a envoyé une série de photographies d'objets (porte à écusson, gargouilles, sarcophages, pierres tombales, croix) conservés à Vassivière, commune de Beaumont (Haute-Vienne) chez Madame Pascal-Vassivière et provenant en partie des hameaux de Villecros et du Leyris (Creuse).
— M. Pangaud signale la découverte à Sermur, à l'angle nord-ouest de l'église, d'un souterrain qui paraît orienté dans la direction des ruines du château et qui n'a pas été exploré.
— M. le Dr Janicaud présente un vase à eau bénite très ancien de type et de forme rappelant la poterie gallo-romaine, trouvé dans le cimetière de Bazelat.
Il rappelle la découverte faite dans ce même cimetière, en 1906, d'un cercueil creusé dans un tronc d'arbre, muni d'un couvercle paraissant provenir du même tronc, et présentant la forme d'un corps humain (type du XIIe ou XIIIe s.) ; ce cercueil a été détruit.
— M. Balland a fait parvenir les dessins exécutés par lui, d'une clé de fer forgé d'époque gallo-romaine trouvée à La Courrière, commune de Mansat, par M. Paul Riffaterre, et d'un écusson gravé sur un bloc de pierre, trouvé par lui au cours de travaux, à Royère.
— Lecture est donnée d'une note de M. André Biver, archiviste de la Nièvre, sur un chanoine de Nevers, prieur de La Tour-Saint-Austrille, Etienne Desprez (1645-1668).
— M. Pierre Dutheil communique la copie d'un contrat passé devant Aubreton, notaire royal à La Saunière, le 27 décembre 1658 (Archives départ. de la Creuse, E notaires, versement de Me Baret d'Auriolle, notaire à Ahun), par lequel François Gerbaud, maçon à La Mazeire, paroisse de La Saunière, et Jean Ducloupt, maçon du bourg de Saint-Laurent, s'associent pour aller pratiquer, en 1659, leur « art de masson » dans « le pays de Gastinois [Gâtinais] ou autre pays excepté celui de la Marche ». Ils paieront leurs « valets » de moitié et partageront les profits par moitié aussi.
Ce contrat communiqué doit être rapproché de l'acte d'association entre maçons, du 3 mars 1607 publié dans nos Mémoires, t. XXVI, p. 583.
— M. Louis Lacrocq a relevé dans les notes de Pierre de Cessac (Archives de notre Société) des indications que celui-ci avait prises dans les papiers d'Auguste Bosvieux sur les confréries de la paroisse de Trois-Fonds.
Trois-Fonds était une très petite paroisse. Le Pouillé de Nadaud (p. 285) lui attribue 145 communiants. Elle n'en avait pas moins en 1721, d'après des mentions des registres paroissiaux, quatre confréries : 1° celle de saint Sulpice patron de l'église ; 2° celle de sainte Anne ; 3° celle du Saint-Sacrement ; 4° celle de Notre-Dame.
La coutume des « reinages » y était pratiquée. Chaque confrérie avait son roi et sa reine, plus les dignités de « porte-enseigne, porte-espée, porte-bâton ». Tous ces titres étaient, selon l'usage, mis aux enchères qui atteignaient parfois cinq livres. Des offrandes, de chiffres modestes (5 sols, 10 sols), n'emportant aucune dignité, étaient reçues « à dévotion ».
— Mlle du Muraud lit une série de lettres du début du XVIIIe siècle écrites par des pensionnaires du couvent des Augustines de Guéret ou adressées à celles-ci. Elle communique un billet d'admission à l'hôpital de Guéret de 1756.
— M. Henri Hugon a signalé la présence d'élèves creusois au collège ecclésiastique de Montmorillon en 1818 (Mémoires t. XXV p. XIII) et à celui de Magnac-Laval en 1761 (t. XXVI p. CXXXVII). Il indique qu'un palmarès de distribution de prix de ce dernier établissement (collège de Laval-Montmorillon) en 1788 contient d'autres noms appartenant à des familles notables de notre département (9 sur 46 cités).
— M. Adrien Rivet communique le procès-verbal dressé par Diverneresse, membre du directoire du district de Felletin, les 16 et 17 juillet 1793, pour constater les dégâts causés par la grêle sur le territoire de la commune de Mérinchal. Toutes les récoltes avaient été ravagées. Les cultures comprenaient seigle, en distinguant le « bled Saint-Michel » et le « bled de mars », avoine, orge, sarrazin ou blé noir (le procès-verbal emploie les deux termes) et chanvre.
— M. Maurice Dayras présente de la part de M. Dubuit, le contrat de mariage d'Annet-Marien, vicomte d'Ussel, avec Jeanne Eulalie du Bost de Fressange, reçu par Boudot et Masnyac, notaires à La Courtine, le 6 mai 1827 ; par ce contrat, les jeunes époux décidaient d'aller faire résidence chez les parents de la femme, où ils devaient être, ainsi que les enfants à naître, logés, nourris, chauffés et entretenus avec les domestiques et chevaux nécessaires à leur état.
— M. Alfred Turpinat fait savoir qu'à Pionnat des personnes âgées emploient le mot amegé pour désigner les soins donnés par un rebouteur à quelqu'un ayant eu foulures, fractures ou entorses. Le rebouteur est appelé mège.
SÉANCE DU 15 SEPTEMBRE 1938
Présidence de M. le docteur Bordier, conservateur du Musée.
Présents : Mlles de Montessus de Ballore, Théreil, MM. Berchon, de Bourran, de Chauveau, Maurice Dayras, Desjobert de Prahas, de Forges, le docteur Janicaud, Lamatière, Marest, René Martin, Moreau, Pasty, l'abbé Pénicaud, Rimour, Sarrassat.
Excusés : MM. Adrien Blanchet, Chatreix, Laborde, Louis Lacrocq.
— M. le Président adresse l'hommage ému de la Société à la mémoire de notre collègue Jean Dutheil, professeur d'histoire au Lycée de Guéret, secrétaire-adjoint de la Société, récemment décédé à l'âge de 44 ans.
— Des félicitations sont exprimées à MM. P. L. Grenier, nommé chevalier de la Légion d'honneur, Briquet, officier de l'Instruction publique ; Mesdames Couvillat et Jouannet et M. Maingonnat nommés officiers d'Académie, tous membres titulaires.
— M. Germouty fait part de la création d'un comité du folklore de la Basse-Auvergne, adjoint à la Société des Amis de l'Université de Clermont-Ferrand.
BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Burguburu, par l'intermédiaire de M. Loubaud, deux notices, Trois étalons de mesures au Musée de Bordeaux (Bordeaux 1938), et Poids du moyen-âge (idem) ; de M. Germouty, la suite de ses notices sur la Creuse (numéro du Mémorial de la Creuse du 16 août 1938) ; de M. J. Boulaud, sa notice, La confrérie des Pénitents bleus de Saint-Léonard (Limoges, 1938) ; de M. Maurice Favone, son volume, Histoire de la Marche (Paris, Dorbon aîné, 1938) ; de l'Association des Amis d'Aubusson, son Bulletin annuel (1937).
MONUMENTS HISTORIQUES. — Un fragment de colonne gallo-romaine conservé sur la place de l'église à Saint-Martial-le-Mont a été classé comme monument historique (arrêté du 15 juillet 1938). Le dolmen de Pierre-Folle, commune de Saint-Priest-la-Feuille, a été inscrit à l'Inventaire supplémentaire (arrêté du 24 juin 1938).
ADMISSIONS. — Mlles Odette Dupuis, rédactrice à la Préfecture à Guéret, Jallet, institutrice à Dun-le-Palleteau, MM. Fernand Tarnaud, avocat et conseiller général à Chambon-sur-Voueize, Tarnaud, avoué à Bourganeuf.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud signale la découverte déjà ancienne, faite à Soubrebost, commune de Mainsat, de sépultures gallo-romaines à incinération, parmi lesquelles était un trident en fer. Il décrit un beau sphinx gallo-romain qui se trouve dans le parc du château de Mainsat. Il remercie M. le marquis de Kernier de lui avoir montré ces objets.
— Lecture est donnée d'une note de M. R. Limouzin-Lamothe sur Les prétendus voyages de saint Dominique dans la Marche en 1204 et 1205.
— M. Louis Lacrocq signale diverses indications relevées par A. Bosvieux dans les registres paroissiaux de Soumans (Arch. départ. de la Haute-Vienne, Fonds Bosvieux, carnet n° 22).
Deux sont relatives à l'église : le 22 mars 1656, le curé fit refondre la grosse cloche ; la dépense fut payée partie avec une somme que lui avait remise la veuve de Philippe de Besse, seigneur de Montgalbrun, en exécution du testament de son mari, partie avec une souscription des habitants ; le 22 mai 1659, il fit « griffonner à chaux » les deux pignons de l'église qui menaçaient de tomber.
A la même année 1659, il est mentionné que dans les nuits des 23, 24 et 25 avril, la gelée détruisit tous les blés et toutes les vignes.
Bosvieux a aussi relevé l'acte de baptême, à la date du 30 mars 1663, d'un enfant d'Etienne Patier et de Jeanne Maumon, « bourgeois de Dun-le-Palleteau en la Marche », de passage à Soumans, qui se rendaient à « Notre-Dame de Bainville, en Auvergne ».
— M. Pierre Dutheil a adressé la copie d'un procès-verbal de l'assemblée générale des habitants de Châtain, dressé le 16 février 1638 par Sambard, notaire à Evaux, protestant contre la suppression de fait de la paroisse de Châtain dont le curé Morellon, titulaire du prieuré d'Arfeuille, refusait d'assurer le service. A partir de 1740, Châtain fut desservi par un vicaire qui resta sous la dépendance du prieur-curé d'Arfeuille.
— M. R. Chatreix communique la copie qu'il a relevée dans les papiers de la famille Betoux, de Saint-Maurice-la-Souterraine, d'une lettre écrite le 2 août 1793 de Montmédy (Meuse), à sa mère, par Joseph Grégoire Pichon de Bury, originaire de Saint-Maurice, lieutenant au premier bataillon des volontaires de la Creuse. Cette lettre, au ton enthousiaste, contient des détails sur les opérations auxquelles participait le bataillon. Le jeune officier mourut peu après, à Colmar, en ventôse an II (février-mars 1794) ; il figure dans la liste dressée par M. le général Dumont (Mémoires t. XXVI, p. 561).
— M. Pierre Dutheil a trouvé aux Archives départementales de la Creuse, série M (registres de correspondance du Préfet), les indications suivantes sur les barrières établies, en exécution de la loi du 24 fructidor an V (10 septembre 1797), pour percevoir la « taxe d'entretien » que devaient payer, en certains points, les usagers des grandes routes :
Le 27 floréal an VIII (17 mai 1800) le Préfet nomme Polier, adjoint à Guéret, comme commissaire à ce service. Le 16 brumaire an IX (7 novembre 1800), il envoie aux fermiers des barrières du Pont-à-la-Dauge et de la Chapelle-Taillefer des instructions pour empêcher les fraudes.
— Lecture est donnée de la note suivante de M. Louis Lacrocq :
« Notre collègue M. René Martin m'a indiqué que le mot terrier, dans la région d'Aigurande, désigne un monticule, une colline. Comme toponyme, il est généralement accompagné d'un qualificatif, par exemple Le Terrier-Randouin, éminence dans la commune de Pouligny-Notre-Dame, d'où l'on a une très belle vue, Le Terrier-Pauchet, commune de Crevant. Ce toponyme est répandu dans l'Indre ; le Dictionnaire de Eug. Hubert en contient 15 exemplaires dont onze avec qualificatif. Le Glossaire de Jaubert mentionne terrier comme nom commun avec le sens ci-dessus indiqué et signale son équivalence aux termes méridionaux peu et puy. Par une obligeante communication de M. le comte de Véronne, je sais que, dans la Brenne, terrier est couramment employé avec la même signification. C'est une survivance d'un des sens que le mot avait en vieux français, comme l'indique le Dictionnaire de Godefroy qui relève aussi son sens plus ancien de rempart fait en terre.
« Dans la Creuse, terrier au sens de colline ne paraît pas être employé comme nom commun ; il n'a pas formé de noms d'habitation, mais il se peut qu'on le trouve comme lieu-dit. Nous avons un toponyme qui en est tout proche, c'est Terrail, Terret. Nous en connaissons deux exemplaires : celui de la commune de La Saunière dont l'orthographe moderne Le Theyret est fantaisiste (formes anciennes : Lo Terralh, 1305, Lo Terrailh, 1472) ; celui de la commune de Villard, Le Terrail. Nous avons là le mot du vieux français terrail, terreil, auquel le Dictionnaire de Godefroy donne les sens de terrain, retranchement en terre, digue, amas de terre. Au moins pour Le Theyret, château ancien, le rattachement au sens d'ouvrage de fortification pourrait être retenu.
« Nous avons une autre série de toponymes qui, s'ils ont une étymologie différente à retrouver, ont exactement le même sens que le terrier berrichon ; ce sont nos Les Ternes. Six villages ou domaines portent ce nom dans la Creuse et l'un, Les Ternes, commune de Pionnat, est bien connu par le souvenir du couvent des Célestins qui y a existé. Il faut y joindre les deux Les Termes (l'un commune du Grand-Bourg, l'autre commune de Saint-Sulpice-le-Dunois) qui sont une altération par substitution de l'm à l'n. Or, en vieux français, le nom terne ou tierne signifiait terre, colline (Dictionnaire de Godefroy) ».
SÉANCE DU 27 OCTOBRE 1938
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : Mme Petit, Mlle du Muraud, MM. le docteur Bordier, Dayras, Defressigne, Délurier, Demaux, de Forges, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Marest, Moreau, l'abbé Michel Pénicaut, G. Petit, F. Pradelle, Sarrassat, Turpinat.
Excusés : Mlle Bellegy, MM. le docteur Déguison, Desjobert de Prahas, Filloux, Lamatière, R. Martin.
— M. le Président adresse l'hommage de la Société à la mémoire de M. le sénateur Victor Judet, membre titulaire.
— Des félicitations sont exprimées à M. Albert de Laborderie, membre titulaire, nommé inspecteur de la Société française d'Archéologie pour la Haute-Vienne.
BIBLIOTHÈQUE. — Don reçu : de M. H. Germouty la suite de ses notices sur la Creuse (La Souterraine) parue dans le Mémorial de la Creuse des 24 septembre et 1er octobre 1938.
ARCHIVES. — En souvenir de son père M. André Demartial, membre correspondant, M. Charlie Demartial a fait don de divers documents concernant la Creuse.
VOEUX. — La Société, avisée par M. Grelier, architecte des Monuments historiques, membre correspondant, que des traces de peintures anciennes apparaissent sous le badigeon de la voûte du chœur dans l'église de Paulhac, commune de Saint-Etienne-de-Fursac, récemment classée, émet le vœu que l'administration des Beaux-Arts veuille bien faire dégager ces peintures et en assurer la conservation.
Elle émet aussi le vœu : 1° que les peintures du XVIe siècle qui décorent le chœur de l'église de Saint-Martin-Sainte-Catherine soient classées comme monument historique de même que cette église ou au moins la partie contenant ces peintures ; 2° que l'administration départementale veuille bien faire réparer le clocheton de la chapelle Saint-Sylvain, dépendant de l'Hôtel des Moneyroux à Guéret, clocheton qui menace ruine.
ADMISSIONS. — Mme Ronzier, institutrice honoraire à Guéret, Mlle Semblat, étudiante à Strasbourg, MM. Berniguet, avoué honoraire à Paris, le docteur Bridot, ancien interne des Hôpitaux de Paris, chirurgien à La Souterraine, Poisson, correspondant de l'Agence Havas à Aubusson.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Sarrassat lit une note indiquant qu'il a découvert deux plantes non signalées jusqu'ici sur la montagne du Maupuy, près Guéret : 1° une sphaigne (Sphagnum medium Limpro), 2° l'Airelle Myrtille (Vaccinium Myrtillus) qu'il avait déjà signalée dans les terrains tourbeux avoisinant la route de Guéret à Saint-Léger-le-Guérétois. Il signale aussi la présence d'une élégante fougère (Polypodium Dryopteris) dans une coupe récente pratiquée dans les bois de Fayolle.
— M. le docteur Janicaud signale la découverte à Mainsat d'un deuxième fragment du sphinx décrit précédemment et des restes de deux sépultures à incinération.
Il décrit une pierre de mesure des Ternes, commune de Pionnat.
— M. Maurice Dayras lit une note sur la chapelle de La Forêt, commune de Blessac, appartenant à M. Paul Jorrand, édifice réédifié au XIXe siècle avec des débris anciens et contenant une piscine double qui se trouvait autrefois au Moutier d'Ahun.
— M. A. Naigeon fait savoir que les deux chapelles qui existaient autrefois l'une dans la paroisse de Soumans, la chapelle Saint-Blaise à Montebras, et l'autre la chapelle Saint-Martial, au village de Saint-Martial, dans la paroisse de Lavaufranche, ont disparu depuis longtemps et qu'il n'en reste aucune trace. La tradition n'a conservé aucun souvenir des pratiques de dévotion qui pouvaient exister pour ces chapelles qui ne semblent pas avoir eu, à côté d'elles de « bonnes fontaines ». Un lieu-dit, à Montebras, s'appelle « Les Turreaux de La Chapelle ».
— M. René Martin communique un dessin du capitaine Thérel représentant la croix sculptée, en pierre, qui se trouve sur la place publique de Malval.
— M. Adrien Rivet communique un extrait du journal L'Album de la Creuse du 29 novembre 1833 signalant l'expédition à Paris d'un très grand tapis de pied tissé à la manufacture Sallandrouze à Aubusson et destiné au Palais-Royal.
— M. Sarrassat signale l'article de M. Grégoire sur le peintre Montluçonnais Pierre Leprat (1829-1936) paru dans le Bulletin de la Société d'Emulation du Bourbonnais (n° de janvier-février 1937). M. Leprat a peint des paysages de la Creuse. Parmi ses meilleurs tableaux, M. Grégoire cite une scène de labourage dans la Creuse, qui a figuré au Salon de 1898 et se trouve dans la collection de Mme Dechaux, à Paris.
— M. Louis Lacrocq analyse un aveu du 8 mai 1630 (Archives départment. de la Creuse, E suppl. minutes de Closson, notaire à Mortroux) révélant l'existence à cette date d'un petit château en ruine, dit « fief et lieu noble de Champelou », situé dans la paroisse de La Celle-Dunoise près du village de Puylaraud. Ce fief faisait partie de la vicomté de Nouzerolles et était mouvant de la baronnie de Dun-le-Palleteau. Tout le village de Puylaraud en dépendait. Vendu en 1682 par la famille de Chabannes, il avait alors perdu son nom de Champelou pour prendre celui du village où étaient ses tenures (cf. Monographie de la commune de La Celle-Dunoise, Mémoires, t. XXIII, p. 83, tir. à part p. 100).
— M. Adrien Rivet communique la copie d'un acte passé devant Cornudet, notaire royal à Crocq, le 3 décembre 1738, par lequel le mandataire de Nicolas Huet, « fermier des aydes, droits d'inspecteur aux boucheries... des généralités de Bourges, Moulins et Lyon », sous-loue à Pierre Chireix, marchand boucher à Crocq, pour 6 années, les droits d'inspecteur aux boucheries créés par l'édit de février 1704 à percevoir en la ville de Crocq et ses dépendances. Ce bail est fait pour le prix de 160 livres de principal et 2 sols pour livre en sus à payer chaque année par douzièmes et d'avance. Des « abonnements » pourront être consentis par le preneur aux bouchers. Chireix verse 12 livres pour « épingles et pot-de-vin du bail ».
— M. Pangaud communique un acte de constitution de rentes, intervenu devant Vallanet, notaire royal à Auzances, le premier mars 1780 entre Rouchon père et fils et Antoine Boulaud, de la paroisse de Sermur, d'une part, et Jean Bellegy, de la paroisse de Saint-Priest d'Evaux, d'autre part.
Il communique aussi une expédition d'une délibération du Directoire du district d'Aubusson du 29 juin 1791, relative à la réparation du chemin de la Croix des Vergnes (commune de Saint-Pardoux-le-Neuf) à Bellegarde.
— M. H. Hugon signale un document relatif au voyage du duc et de la duchesse de Nemours à Guéret en juillet 1845 : une ode de cent vingt vers rédigée par un élève du collège, le rhétoricien Jabely (cf. sur ce voyage Mémoires, t. 1, 2e partie, p. 105).
— Mme René Martin communique deux photographies qu'elle a faites de puits anciens, l'un à Linard, l'autre au village d'Heyret (commune de Chéniers).
— M. Cognet présente un document de 1847 relatif au compagnonnage : une lettre de réception imprimée, délivrée à Bordeaux à un creusois du nom de Sarciron et destinée à lui servir d'introduction auprès des autres compagnons dans les diverses villes.
— M. le Président signale un article, signé François des Ecures, intitulé « La Creuse a aussi son Mont-Saint-Michel », paru dans La Creuse (n° du 2 octobre 1938) indiquant la persistance des « reinages » dans la confrérie de Saint-Michel à la chapelle du même nom, commune de Saint-Agnan-près-Crocq, lieu de pélerinage. Ils comportent les titres de roi et de reine ; autrefois il y avait aussi ceux de vice-roi et vice-reine, de dauphin et de dauphine. La nomination est faite par M. le curé de Saint-Agnan-près-Crocq et « donne parfois lieu à des enchères ».
— Au sujet du nom de lieu Les Termes (voir procès-verbal de la séance du 15 septembre 1938), M. Albert Lacrocq signale l'emploi du mot terme comme nom commun en Périgord dans le sens de colline, élévation, et il cite deux exemples fournis par le roman d'Eugène Le Roy, Le Moulin du Frau : « ... dans un pays plein de termes, de combes et de bois » (édit. Charpentier, Paris, 1925, p. 121) ; ... [les ajoncs] « accrochés le long des termes et sur le coulant des ravins ». (id. p. 122).
Il indique aussi que le Dictionnaire topographique de la Dordogne par de Gourgues contient cinq noms de lieux Termes dont quatre accompagnés d'un qualificatif mais ne contient pas de Ternes. En Périgord, la forme terme l'a donc emporté sur la forme terne en se maintenant comme nom commun, tandis que, dans la Creuse, les deux formes co-existent, mais ne se trouvent qu'en toponymie.
— M. C. Laborde indique, au sujet du mot terrier (voir procès-verbal de la séance du 15 septembre 1938) qu'il existe comme lieu-dit à La Forêt du Temple où deux monticules s'appellent l'un le Terrier du Château, l'autre le Terrier de la Gasne.
SÉANCE DU 24 NOVEMBRE 1938
Présidence de M. Louis Lacrocq, président.
Présents : Mmes Petit, Ronzier, Mlles Delmas, Jallet, du Muraud, Théreil, MM. le docteur Bordier, Délurier, Desjobert de Prahas, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Moreau, G. Petit, Pradelle, Sarrassat.
Excusé : M. Maurice Dayras.
— Des remerciements sont adressés à M. le Préfet et au Conseil général de la Creuse, à M. le maire et au Conseil municipal de Guéret pour les subventions accordées à notre Société et au Musée.
BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. H. Germouty, la suite de ses notices sur les villes de la Creuse (La Souterraine) parue dans le Mémorial de la Creuse du 5 novembre 1938 ; de M. le Médecin général Guillon, son article sur les sièges de La Souterraine publié par La Creuse de 6 et 28 novembre 1938.
ARCHIVES. — Des plans d'églises de la Creuse, établis par feu Jules Tixier, architecte à Limoges, membre de notre Société, ont été donnés par M. Raphanaud.
INVENTAIRE DES SITES. — Par arrêté ministériel du 19 novembre 1938, le site de Boussac (château) a été inscrit à l'Inventaire.
ADMISSION. — M. Durandeau, directeur des Services agricoles de la Creuse.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur Janicaud décrit deux pierres d'entablement sculptées, l'une d'Ahun (musée de Guéret), l'autre de Moisse, commune de Bétête, et semblant figurer l'une un atlante, l'autre une cariatide.
— M. Louis Lacrocq lit la note suivante :
« A un kilomètre environ à l'Ouest de Chambon-sur-Voueize, au sommet d'un mamelon, se trouvent les ruines de « Château-Guillaume ». Ce mamelon est l'extrémité d'un éperon entre deux vallons courts et profonds dont les eaux descendent à la rivière la Tardes. Il domine la vallée de celle-ci, au-dessus du village de Thaury.
« Les ruines se réduisent à un pan de mur en blocage de 1 m. 50 d'épaisseur environ sur 3 m. de hauteur environ, à la base des trois autres murs, qui formaient une tour carrée de 5 m. de côté intérieurement, et à des amas de pierres à l'extérieur d'une dépression circulaire peu profonde enserrant la tour de près, amas provenant d'une muraille de protection.
« On est évidemment en présence d'un ouvrage fortifié du moyen âge, qui commandait la rivière formant, là, boucle dans la vallée assez large. La surélévation naturelle du mamelon sur lequel il avait été construit avait peut-être été accentuée par une motte artificielle.
« Nous ne connaissons pas de documents relatifs à cette petite forteresse. « Château-Guillaume », qui fait partie de la commune de Chambon-sur-Voueize est figuré en forme circulaire au plan cadastral dans le n° 15 de la section 16, section désignée par le nom même des ruines.
— M. Sarrassat signale, d'après un article de Louis Vauxcelles paru dans Excelsior du 6 novembre 1938, qu'une exposition d'œuvres du peintre Armand Guillaumin a eu lieu à la Galerie Gérard à Paris ; de nombreuses toiles représentant la Creuse y figuraient.
— M. Pierre Dutheil communique la copie d'un acte qu'il a trouvé dans les registres paroissiaux de Châtain (aujourd'hui commune d'Arfeuille-Châtain) relatant la bénédiction d'une cloche à Châtain le 23 septembre 1740.
— Mme Petit donne le détail d'une adjudication relative à la perception des impôts dans le canton de Dun en application de la loi du premier décembre 1790 qui créa la mise en adjudication de cette perception. Les municipalités étaient autorisées à nommer percepteurs, pour une durée plus ou moins longue, les citoyens qui se chargeraient du recouvrement au moindre prix. Le rabais portait sur le montant des remises allouées aux percepteurs. A défaut d'adjudicataire, la municipalité nommait une personne connue pour sa moralité et de la gestion de laquelle elle répondait.
Ce système donna de médiocres résultats et fut remplacé par l'organisation de la loi du 5-15 ventôse an XII qui fit des percepteurs des fonctionnaires nommés par le gouvernement.
L'adjudication dont suivent les détails a eu lieu le 28 frimaire an V à Dun. Dans presque toutes les communes il n'y a qu'un candidat qui est déclaré adjudicataire. Pour quatre communes le rabais est de 9 deniers par livre ; la perception est adjugée à Silvain Pinot à Dun, François Peron à Maison-Feyne, Denis Valette à Villard et Léonard Jabaud à Fleurat. Pour deux autres le rabais est de 7 deniers : Mathieu à Saint-Sulpice-le-Dunois et Joseph Rousseau à Colondannes. Gayaud à Sagnat est nommé d'office percepteur pour 6 deniers. C'est également 6 deniers que l'on accorde à Jean Fourniloux, nommé d'office à La Celle-Dunoise. A Naillat, deux citoyens, puis trois ambitionnent la place : Pradeau et Caillaud proposaient 10 et 6 deniers, mais Lemerle soumissionne pour 5. Enfin Pradeau est nommé percepteur avec un rabais de 2 deniers par livre.
— M. Adrien Rivet communique la copie d'un acte contenant contrat d'apprentissage reçu par Defournoux-la-Rode, notaire à Crocq, le 4 novembre 1823 :
Michel Labas, cabaretier et menuisier à Crocq, s'engage à recevoir comme apprenti pour 20 mois Annet Debrioulle, âgé de 20 ans, qui se présente assisté de Pierre Debrioulle, son frère et tuteur. Tous deux sont cultivateurs à Villedéserte, commune de Saint-Pardoux-d'Arnet. Lebas apprendra à Debrioulle « le métier de menuisier dans tous les détails qu'il comporte ; il lui fournira le logement, le coucher, la nourriture ». Il devra « le traiter avec les égards qu'il convient et le diriger dans sa conduite ». L'apprenti s'engage à obéir à son maître, à « le servir fidèlement et diligemment ». L'indemnité à payer au maître est fixée à 80 francs sur lesquels le frère de l'apprenti verse comptant 40 francs.
— M. Laborde retrace l'histoire de la fontaine Lafont, située avenue du Dr Manouvrier à Guéret.
— M. le docteur Janicaud décrit deux types de pressoirs rustiques pour les fruits, l'un à levier, l'autre à coins, encore employés dans la Creuse, remontant à la plus haute antiquité.