SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1940

Présidence de M. le docteur Georges Bordier, vice-président.

Présents : Mme Petit, Mlles Delmas, Jallet, du Muraud, Théreil, MM. Beluchon, le docteur Bord, de Bourran, Délurier, P. Dutheil, R. de Forges, le médecin-général Guillon, le docteur Janicaud, Laborde, Lafay, Lamatière, Lasnier, Moreau, Pajot, l'abbé Michel Pénicaut, Petit, Sarrassat.

Excusés : Mme Ronzier, M. Pruchon.

M. le docteur Bordier exprime l'hommage de la Société à la mémoire des membres titulaires récemment décédés, MM. Lajoix, avoué à Guéret, et Louis Jorrand, vice-président de la Société des Amis du Musée de Guéret, ainsi qu'à celle du peintre graveur P. Desbois, dont notre Musée possède toutes les œuvres creusoises ; il adresse nos condoléances à leurs familles.

Il parle avec émotion de notre cher et vénéré président, Louis Lacrocq, décédé le 13 janvier ; relate ses souvenirs sur ses études à Guéret, son admission, à 16 ans, à notre Société, les services qu'il lui a rendus, d'abord comme bibliothécaire, puis comme vice-secrétaire, secrétaire et enfin comme président : son action a quintuplé le nombre de ses sociétaires et rendu mondial le renom de ses publications.

Sur sa proposition, on vote l'envoi d'une adresse de sympathie à la famille de Louis Lacrocq, ainsi que le don de son nom à l'une des salles du Musée.

Il exprime nos remerciements à la Municipalité de Guéret qui a également décidé de donner le nom de Louis Lacrocq à une rue ou une place de la ville.

Des félicitations sont adressées à M. le docteur Déguison, nommé chevalier de la Légion d'Honneur.

On procède à l'élection du président ; le docteur Janicaud, dont la candidature est proposée par le bureau, est élu.

Il remercie, dit sa douleur et son inquiétude d'avoir à remplacer son maître et ami Louis Lacrocq, pratiquement irremplaçable ; il demande l'aide de tous.

Il demande la désignation d'un deuxième secrétaire-adjoint pour succéder à Jean Dutheil qui n'a pas été remplacé. Sur sa proposition est élu M. Pierre Dutheil, sous-archiviste, qui a depuis longtemps donné des preuves de son dévouement à la Société.

La séance est levée en signe de deuil.

 

 

SÉANCE DU 14 MARS 1940

Présidence de M. le docteur G. Janicaud, président.

Présents : Mmes Martin-Lablaude, Petit, Mlles Bellegy, du Muraud, Théreil, MM. Béchet, le docteur Bordier, Boudart, Chatreix, P. Dutheil, de Forges, Laborde, Lamatière, Lasnier, Moreau, G. Petit, Sarrassat.

Excusés : Mlle Jallet, MM. le docteur Bord, Desjobert de Prahas, le médecin général Guillon, Lafay.

— M. le président lit une lettre de M. A. Lacrocq qui, en son nom et en celui des membres de la famille, remercie la Société pour l'adresse de sympathie qu'elle lui a envoyée et indique que c'est la salle de folklore du Musée qui a été choisie pour recevoir le nom de Louis Lacrocq.

ADMISSIONS. — M. Southon, entrepreneur de peinture à La Bussière, commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois ; Mme Martin-Lablaude, 47, rue Bombales, Paris XVe et Villechiron, commune de Lourdoueix-Saint-Pierre.

COMPTES. — M. Laborde, trésorier, présente les comptes de l'exercice 1939 :

Recettes
Reliquat de 1938 . . . . . . . . . . . . . . 4.777,75
Cotisations de 1939 . . . . . . . . . . . . 13.034,85
Subventions de la Ville de Guéret . . . . . 7.498,10
Subvention du Département . . . . . . . . . 1.499,60
Dons au Musée . . . . . . . . . . . . . . . 700 »
Vente de volumes . . . . . . . . . . . . . 113,70
Coupons de rente . . . . . . . . . . . . . 160,50
Entrées au Musée . . . . . . . . . . . . . 1.650 »
Contribution d'auteurs pour publication de mémoires . 1.160 »
Recettes pour l'excursion . . . . . . . . . 470 »

Total des recettes . . . . . . 31.064,50

Dépenses
Gardiens du Musée . . . . . . . . . . . . . 1.800 »
Mémoires (impression, brochage, clichés) . . 10.827,25
Abonnement à diverses publications . . . . . 631,65
Musée (entretien, achats, etc.) . . . . . . 1.807,50
Frais de poste et divers . . . . . . . . . . 1.484,90
Versement à Caisse d'Epargne, cotisations de M. à vie . 900 »
Virement des recettes reçues pour l'excursion . . . . 470 »

Total des dépenses . . . . . . 17.921,30

Balance :
Recettes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31.064,50
Dépenses . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17.921,30

Reste à reporter pour 1940 . . . . . . . . . 13.143,20

Le Livret de la Caisse d'Epargne a été arrêté en janvier 1940 à la somme de 23.446 fr. 19.

Les comptes sont approuvés ; des remerciements sont adressés à M. Laborde.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. le docteur Bord, le service de la revue médicale Aesculape ; de M. L. Lacrocq, le Recueil des Usages locaux du département de la Creuse ; du docteur P. Petit, sa thèse : Etude sur le mode d'action et sur l'emploi thérapeutique des Lymphagogues.

BIBLIOGRAPHIE. — M. le Président signale un beau livre du professeur Léon Binet : Au bord de l'étang (Rouen, Maugard 1938), écrit dans la Creuse à Saint-Priest-la-Feuille et un aimable petit roman : Une idylle en Bas-Berry (Saint-Gaultier, Roudier 1939) d'un membre de la Société M. A. Montaudon.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Sarrassat présente un curieux champignon de la famille des Cysperdinées : Geaster hygrometricus Pers. récolté au début de février sur le bord d'un fossé de la route de Bussière à La Celle-Dunoise ; l'enveloppe extérieure de ce champignon se ferme ou s'ouvre en étoile suivant que l'air est sec ou humide.

Il indique la présence sur les bords de l'étang de La Chaume, commune d'Azérables, de deux muscinées intéressantes : Amblystegium riparium Br. Eur. et Hypnum cordifolium Hedu.

Il mentionne ensuite les effets désastreux des grands froids de l'hiver 1939-1940 sur les cultures potagères à Guéret.

Enfin, il présente une boîte d'échantillons de muscinées de la Creuse destinée à compléter l'herbier du Musée de Guéret.

— M. le docteur Janicaud signale que, parmi les pruniers indigènes de notre région, le plus intéressant est le dindonnier, petit arbre de buisson qui a été classé par le naturaliste Boreau sous le nom de Prunus varactensis Bor. ou prunier de Guéret.

Dugenest en décrit trois variétés (Mém., T. II, p. 100 et III, p. 307).

1° Le dindonnier commun, à l'écorce un peu grisâtre, aux fruits de la taille d'une olive, verdâtres, à peau lisse, à goût cru ;

2° le dindonnier muscat, moins élevé, à rameaux plus grêles et plus touffus, à fleurs plus petites, à fruits très petits, violacés et lisses d'un côté, rugueux, grisâtres et fendillés de l'autre ; la saveur a donné le nom ;

3° le moissonnier ou dindonnier à gros fruits, plus élevé, plus vigoureux, à écorce plus verte et plus lisse, à fleur plus grande, à fruits deux fois plus gros, aqueux, un peu jaunes à maturité ; la saveur est douce et fade.

Ces arbustes se reproduisent spontanément.

— M. Albert Lacrocq rappelle qu'au cours de l'excursion de la Société en 1937, Edouard Lacombe présenta l'église d'Azérables et attira l'attention sur les voûtes de la nef, qui reposent sur des piliers élevés, à 0 m. 50 seulement des murs gouttereaux, et sur l'étroit passage voûté que ce dispositif détermine. Il estima que la nef, construite au XIIe siècle était nue et non voûtée et que lorsqu'on voulut, au XIIIe siècle la voûter d'ogives, on dut, parce que sa largeur rendait le travail difficile, employer l'agencement que l'on voit. A ceux que cette hypothèse aurait pu surprendre, M. A. Lacrocq signale que dans une étude publiée dans le Bulletin Monumental (1939, p. 365 et s.) sur l'église de l'abbaye de Nouaillé (Vienne), M. R. Crozet relate l'emploi dans la première moitié du XIIIe siècle d'un procédé analogue pour couvrir d'un berceau avec collatéraux étroits la nef primitive de grande largeur.

— M. A. Rivet a envoyé la liste des curés de Saint-Merd-la-Breuille depuis le Xe siècle et la copie d'une note de l'abbé Louradours, de 1776, signalant que c'est en l'an 1009 que l'église, qui se trouvait au village d'Ancher, a été transportée au chef-lieu actuel de cette paroisse.

Il communique également l'acte suivant :

Le 29 janvier 1753, pardevant Mes Cornudet et Marlin, notaires royaux, François de Lagorsse, sieur du Montel au Temple, prend possession de la terre et seigneurie de Sannes qu'il avait acquise de Mre Henry, marquis de Lestrange, chevalier, résidant au château de Matroux paroisse de Dontreix, moyennant la somme de 14.000 livres.

La seigneurie de Sannes comprenait le château de Sannes avec toutes ses dépendances, plus les trois domaines de Sannes, situé près du château, en la paroisse de Mautes, de Sannette et de Chirouze, situés en la paroisse voisine de Saint-Bard.

Après avoir parcouru et fait « Lancinte desdits domaines et accompli plusieurs autres actes en signe de propriété », ledit sieur Lagorsse fut installé « en la vraye, réelle, actuelle, civile, et corporelle saizine et possession de tous les susdits bâtiments, domaine, étang, etc ».

Tous les bâtiments, y compris le château étaient en très mauvais état. Les sieurs Jean Guilhot, maçon, et Michel Gueneton, charpentier-couvreur, pris en qualité d'experts, constatent que les chambres hautes du château de Sanne sont entièrement « descarlées ». Les planchers sont pourris et ne peuvent supporter aucune charge. Dans la « salle d'en bas » la poutre principale, si elle n'était soutenue « par un bois debout » tomberait. Toutes les cheminées, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, menacent ruine. La plupart des portes manquent, la charpente et la couverture ont besoin d'être refaites à neuf.

Les immeubles servant de logement aux métayers sont aussi délabrés.

La chaussée de l'étang a besoin d'être refaite. Il n'y a plus « de plancher sous les meules du moulin », etc.

L'ensemble des réparations à faire, tant pour les bâtiments principaux que pour les communs, coûterait, aux dires des experts, environ 2.850 livres. (Le château n'a jamais été réparé et a complètement disparu).

— M. Pierre Duteil donne l'analyse d'un registre de comptes où l'auteur a inscrit ses recettes et ses dépenses pour la période du 1er novembre 1749 au 1er novembre 1750. Ce registre est anonyme, mais paraît avoir pour auteur le prieur-curé d'Anzème qui avait sa résidence principale à Guéret.

On trouve dans la liste des dépenses une quantité de renseignements sur le prix et la nature des denrées ; sur le coût et la façon des vêtements, des chaussures, des coiffures, etc. ; sur le prix des produits, de l'outillage agricole et des bestiaux, des soins médicaux et vétérinaires, des transports, etc. On y trouve également des indications sur les prix domestiques.

Sont aussi mentionnées des dépenses relatives à la procession dite de « l'Arbre de Pomeil », qui avait lieu annuellement à Guéret.

Il y est question des foires de Guéret et de Châtelus.

3 livres ont été dépensées pour faire « hanter des châtaigniers ».

Le chapitre des recettes donne des détails sur les dîmes dues à l'auteur du registre.

— M. le Président communique, envoyés par M. Rivet, le cours officiel des assignats imprimé à Guéret en l'an IV et un titre de l'emprunt forcé de la même année.

— M. Laborde retrace l'histoire de la fontaine du Clos, située à Guéret à l'intersection du Boulevard Simoneau et de la route de Limoges. Cette fontaine, dont la vasque est creusée dans un seul bloc de granit, est de formes et de dimensions très harmonieuses, qui en font la plus belle de celles que nous possédons. Elle a été construite en 1790, et était alimentée par des sources venant de Grandcher, ce qui valut deux procès à la Ville de Guéret. Actuellement, elle est alimentée par l'eau venant des bassins de la ville.

 

 

SÉANCE DU 16 MAI 1940

Présidence de Monsieur le docteur G. Janicaud, président

Présents : Mmes Martin-Lablaude, Petit, Mlle Théreil, MM. le docteur Bord, de Bourran, Béchet, P. Dutheil, de Forges, Laborde, Lafay, le docteur Larché, Lasnier, Moreau, G. Petit, Sarrassat.

Excusés : Mlle du Muraud, MM. le docteur Bordier, Delaune, le docteur Giaccardo, le Médecin général Guillon.

NÉCROLOGIE. — M. le président adresse l'hommage de la Société à la mémoire des membres titulaires décédés depuis la dernière réunion : MM. Félix Pinet, ingénieur honoraire du service vicinal à Guéret, Maurice Sudron, avoué à Guéret, les docteurs Joseph Vignaudon (La Souterraine) et François Sinaud (Guéret) et le chanoine Parinet (Bourganeuf). Il rappelle que ce dernier a été un membre très actif de la Société, nous a fait de nombreuses communications et a donné à nos Mémoires des articles importants.

ADMISSIONS. — Mlle Suzanne Parot, employée au tribunal ; MM. Pierre Clédière, rédacteur principal à la Préfecture ; P. Delaune, négociant à Moulins ; le docteur Giaccardo, au sanatorium de Ste-Feyre ; Louis Lavergne, chef de bureau à la Préfecture ; Gabriel Pellabeuf, instituteur en retraite au Boueix, commune de Puy-Malsignat.

INVENTAIRE SUPPLÉMENTAIRE DES MONUMENTS HISTORIQUES. — La façade de l'église de Bazelat a été inscrite à l'Inventaire par arrêté du 12 février 1940.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Germouty, le Mémorial de la Creuse contenant la suite de ses notices d'histoire locale (Aubusson) ; de M. Jean Pasty, un Office de la Vierge pour les pénitents de 1756.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. l'abbé Monamy, curé de Magnat-Lestrange, signale la découverte d'une sépulture à incinération à coffre de granit ovoïde et sans urne, à Lespinasse, commune de Magnat.

— Le docteur G. Janicaud présente un joli grattoir néolithique en silex blond trouvé à Maisonnisses et donné au Musée par M. Olivier. Il montre successivement des monnaies romaines de Gallien, Quintille et Constantin le Grand trouvées aux environs de La Souterraine, un douzain de Charles X, le roi de la Ligue, trouvé à Guéret. Il décrit trois écus d'or de Charles VIII, François 1er et Charles IX, trouvés à Garlempe.

Il signale un ouvrage récent de P. Boissonade sur « Les Taillefert et les Lusignan aux XIIe et XIIIe siècles ». A ce propos il rappelle les fiançailles, les mariages et toute la vie agitée d'Isabelle d'Angoulême, femme de Jean-sans-terre, puis de Hugues X de Lusignan ; il montre les nombreuses erreurs admises jusqu'ici par les historiens et que rectifie ce livre remarquable, capital pour l'histoire des comtes de la Marche.

— M. A. Rivet communique une série de documents qui nous donne la liste des possesseurs aux XVIIe et XVIIIe siècles des fiefs de Sannes et de Mautes.

— M. P. Dutheil lit des extraits des registres du greffe de la Chatellenie royale de la ville d'Ahun (1776-1778) : ordonnances relatives à la police des rues, des marchés, à la taxation des denrées, à la probité commerciale, etc. :

Des amendes sont prévues contre les personnes qui négligeront de nettoyer devant leur porte ou celles qui jettent des immondices sur les fossés ou remparts de la ville.

L'église paroissiale étant en très mauvais état, il est interdit « à toutes personnes grands et petits de satrouper dans lad. église, d'y jouer et faire aucun vacarme, de gater et enlever les décorations ».

Les attroupements dans la rue sont également interdits.

Les cabarets seront fermés après neuf heures du soir en hiver et dix heures en été. Les cabaretiers devront se servir de bouteilles « marquées à la manière accoutumée », les clients à qui on servirait d'autres bouteilles doivent « les casser incontinent et ensuite en porter leur plainte ».

La livre de pain de froment est taxée à deux sols neuf deniers et les boulangers sont tenus de donner le poids. Seront confisqués tous les pains qui ne seront pas de la forme et du poids ordinaires.

Il est interdit d'acheter hors du marché et les transactions ne doivent pas commencer avant neuf heures du matin.

— M. Laborde décrit l'état ancien et actuel des deux fontaines sainte Claire situées dans la cour d'un immeuble, route de Courtille : ce sont deux sources miraculeuses guérissant l'une les fièvres, l'autre les maladies des yeux.

Il parle ensuite de la fontaine la Goutte située dans la forêt de Chabrières et dont les eaux avaient le pouvoir de guérir de nombreuses maladies et en particulier la goutte. Il indique que la croix de bois qui surmontait cette source a disparu et que ses eaux captées servent maintenant à l'alimentation des habitants de Guéret.

 

 

SÉANCE DU 1er AOÛT 1940

Présidence de M. le docteur G. Janicaud, président.

Présents : Mme Petit, Mlle du Muraud, MM. Berchon, le docteur Bordier, de Bourran, Chauveau, Clédière, Délurier, Faure, Laborde, Lafay, Lasnier, Moreau, Pajot, Sarrassat.

Excusés : Mlles Bellegy, Delmas, Jallet, MM. Béchet, Chatreix, G. Petit, Rimour.

BIBLIOTHÈQUE. — Don reçu : de Mme Petit, une collection de réclames pour les bons d'armement.

MUSÉE. — Dons reçus : d'un anonyme, une jupe de crinoline ; du docteur Janicaud, un fusil anglais à pierre (1800), un fusil de chasseur tyrolien (1815) et une carabine de cavalerie russe (1845) ; de Mme Eléonore Papet, veuve Artazoff, deux portraits à l'huile par le peintre Emile Millochau (legs).

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Sarrassat indique la présence dans la Creuse de plantes originaires d'autres contrées.

— M. Chauveau signale la découverte de souterrains derrière l'Hôtel des Monneyroux.

— Le docteur Janicaud lit un Essai sur les cultes locaux de la région creusoise à l'époque romaine qui sera publié dans nos Mémoires.

— Mlle Marguerite Dutheil envoie les Statuts de la dévote compaignie des pénitans blantz et pénitants noirs de la ville de Saint Voulry érigée sous l'invocation du Glorieux sainct Jean-Baptiste, statuts qui seront également publiés.

— M. A. Rivet communique un acte de prise de possession du prieuré de Saint Pardoux de Magnat-Létrange par Léonard Giraud, prêtre du diocèse de Limoges, demeurant à Paris au Palais du Luxembourg. Cet acte nous apprend que ce prieuré dépendait de la présentation et nomination du roi à cause du duché de Châteauroux.

— M. Laborde nous parle des fontaines miraculeuses de saint Pardoux, à Guéret. Il rappelle deux miracles qui ont accrédité ces fontaines à la dévotion des fidèles et essaye d'en fixer les emplacements. Le miracle de Marcellus semble bien pouvoir être attribué à la fontaine de la rue des Gayes, source de la Fontaine Piquerelle ; le second serait dû soit à la fontaine de Guère, soit, plus vraisemblablement, à une source située dans la cave d'une maison, appartenant à Mme Champneuf, construite à l'intersection des rues des Gayes et Traversière. Il signale que dans la même commune il existe une troisième fontaine de saint Pardoux au village de Fressange.

— Mme Petit lit quelques sornettes que chantent, en jouant à la balle, les fillettes de Dun.

— Mlle du Muraud expose les remarques et croyances populaires, les anciens dictons se rapportant à la rage, ainsi que les moyens curatifs et préservatifs employés autrefois à la campagne. Elle indique qu'elle a retrouvé l'un de ces usages creusois décrit dans le livre de Panaït Istrati, les Chardons de Baragan, dont l'action se passe en Roumanie. Elle rappelle ensuite les dévotions à saint Hubert, traditionnellement invoqué pour la préservation des hommes et des animaux. Ces dévotions ont laissé des traces dans la région, et plus particulièrement à Sainte-Feyre, où la chapelle et la fontaine de saint Hubert étaient le but d'un pèlerinage accompagné de curieuses coutumes.

— Le président fait circuler une série de photographies représentant les principales destructions produites à Guéret, par le bombardement du 19 juin.

 

 

SÉANCE DU 19 SEPTEMBRE 1940

Présidence de M. le docteur G. Janicaud, président.

Présents : Mme Petit, Mlles Bellegy, Delmas, du Muraud, Théreil, MM. le docteur Bordier, de Bourran, Boudart, Dutheil, Laborde, Marest, Moreau, G. Petit, Sarrassat.

Excusés : MM. Alluaud, Maurice Dayras, le Médecin général Guillon, Lafay.

M. le président adresse l'hommage de la Société à la mémoire de MM. Louis Braquenié, manufacturier à Aubusson et Chamberaud, instituteur honoraire à Ahun, membres titulaires.

ADMISSIONS. — Mlle Louise Lacrocq ; MM. Joseph Bergignat (les Courcelle, commune de Mautes) ; Auguste Déris, propriétaire à Ventenas, commune d'Anzème ; Eugène Veylau, négociant à Guéret.

LOCAUX. — M. le président signale que l'aménagement de la salle de réunion de la Société, au rez-de-chaussée de la bibliothèque, sera bientôt terminé.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Le docteur Janicaud signale une hache polie en amphibolite trouvée à la Rousille, commune de Saint-Silvain-Ballerot, une fusaïole en terre cuite et une meule tournante de moulin à bras médiéval trouvées à Toulx-Sainte-Croix ; ces objets appartiennent à M. Charles Montagne, sabotier à Boussac.

Il décrit et fait circuler les monnaies royales françaises suivantes, données au musée par M. le Médecin général Guillon : un grand blanc aux écus de Henri VI, frappé à Paris ; un teston de François 1er, frappé à Lyon ; un quart d'écu de Louis XIV, frappé à Bordeaux en 1644, un vingtième d'écu aux lauriers de Louis XV, frappé à Bourges.

— M. le Médecin général Guillon communique une série de documents indiquant que la cathédrale suédoise d'Upsal aurait été construite au XIIIe siècle par Etienne de Bonneuil, tailleur de pierres limousin, peut-être originaire de La Souterraine.

— M. Pierre Dutheil communique une délibération du 23 novembre 1790, par laquelle le Conseil du Département de la Creuse défend à toutes personnes d'élever, nourrir et tenir des chèvres, sous peine de 10 livres d'amende et de confiscation des animaux. En outre, il sera permis à tous propriétaires, laboureurs et fermiers de les tuer lorsqu'ils en trouveront sur leurs héritages.

Par la même délibération, il est également défendu à tous les laboureurs de lier les gerbes avec des « rouettes » (branche menue et flexible dont on fait un lien) sous peine de 50 livres d'amende.

Il donne connaissance d'un acte notarié portant vente, par la ville de Guéret, d'une rente dont le prix fut employé pour libérer la ville d'une garnison qui arriva, au commencement du carnaval de l'année 1648, conduite par le sieur du Brouteil.

Il communique ensuite le procès-verbal d'une visite épiscopale de la cure de Saint-Bard, faite le 4 mai 1729 par Jean-Baptiste Massillon, évêque du diocèse de Clermont, dont dépendait alors la paroisse de Saint-Bard. Ce procès-verbal contient la signature de Massillon ainsi qu'une dizaine de lignes écrites de sa main.

— M. A. Rivet communique des extraits des délibérations du Conseil général de la commune de Saint-Georges-Nigremont à l'époque révolutionnaire. On y voit la création de la commune en 1790, l'élection de ses premiers édiles, avec de curieuses compétitions entre les principaux notables, la prestation de serment des prêtres avec des restrictions pour certains (1791), les luttes entre les prêtres insermentés et le pouvoir civil, la vente des biens d'un émigré, l'inventaire du mobilier des églises (1793), la fonte et le baptême des nouvelles cloches (1805), etc.

— M. Maurice Dayras signale un article paru dans Le Jour, édition de Clermont-Ferrand, du 4 septembre 1940 sur le rôle des Houzards de Chamborand, devenu le 16e groupe de reconnaissance de corps d'armée dans la guerre actuelle.

— M. Laborde retrace l'histoire des trois fontaines successives de la place Bonnyaud, qui ont remplacé l'abreuvoir existant en 1786. Elles ont changé de nom en même temps que la place. La première, alimentée par des sources situées au pied de Grancher, construite vers 1797, devait être du modèle de celle qui existe encore dans les jardins de la Préfecture. La deuxième fut édifiée en 1824. M. Laborde la décrit, indique les transformations qui lui ont été apportées et fait circuler des photographies la représentant vers 1830 et 1885. La troisième, la fontaine actuelle, a été choisie dans l'album de la maison Durenne et édifiée en 1886.

— Mme Petit lit quelques articles parus dans la « Creuse républicaine » de 1873.

— Le docteur Janicaud raconte les légendes de la « ronde des fades » et des « lavandières de Lignaud ».

 

 

SÉANCE DU 14 NOVEMBRE 1940

Présidence de M. le docteur G. Janicaud, président.

La réunion se tient pour la première fois dans la nouvelle salle de la Société, située au rez-de-chaussée de notre bibliothèque et dont l'aménagement vient d'être terminé.

Présents : Mme Petit, Mlles Delmas, du Muraud, Théreil, MM. le docteur Bordier, de Bourran, de Cuvillon, Cluzet, le docteur Déguison, Faure, Filloux, Laborde, Lafay, Lamatière, le colonel Monchablon, l'abbé Michel Pénicaut, G. Petit, Sarrassat.

Excusés : MM. le docteur Bord, Maurice Dayras, Dutheil, le Médecin général Guillon, Pajot.

NÉCROLOGIE. — Le président signale le décès de Maurice Leloir, membre honoraire de notre Société, président de la Société des Aquarellistes français et de la Société de l'Histoire du costume. Ce peintre de grand talent a fait don au Musée d'un grand nombre de ses œuvres, de celles de son père et de sa fille. Ces peintures seront réunies dans une salle spéciale qui portera le nom de Salle Leloir.

Il fait part également de la mort de deux membres titulaires : MM. Charles Phérivong, inspecteur général des colonies, commandeur de la Légion d'Honneur, et le docteur Delacloche d'Aubusson. Il adresse l'hommage de la Société à leur mémoire et prie leurs familles d'agréer nos condoléances émues.

BIBLIOTHÈQUE. — Dons reçus : de M. Eugène Alluaud, l'ouvrage de H. Willette sur Georges Lorin et Rollinat ; de M. Hugon, le tirage à part de son étude sur Les faux assignats à Limoges : le procès des Bordier, extrait du Bulletin de la Société Archéologique et Historique du Limousin (tome LXXVIII).

MUSÉE. — Dons reçus : de M. Eugène Alluaud, une série de souvenirs du poète Maurice Rollinat ; de M. Camille Laborde, une poêle à châtaignes et son trépied ; de M. Philippe Ribière, pharmacien à Guéret, un crâne humain et une série d'objets provenant de la vente de la loge maçonnique de Guéret.

ADMISSIONS. — MM. le colonel Monchablon, officier de la Légion d'Honneur, à Guéret ; Albert Guy, négociant à Guéret ; Max de Cuvillon, directeur de cinéma à Guéret ; Emile Piton, architecte à Guéret ; Maurice Dutheil, négociant à Guéret ; l'abbé Roger-Marie Ferrié à La Souterraine.

RÉUNION DU BUREAU. — Sur demande du Comité d'Action régionaliste de Clermont-Ferrand, le bureau de la Société a été réuni d'urgence le 29 octobre pour donner son avis sur l'organisation projetée de provinces et de pays.

A cette réunion, le président rappela que, à l'époque romaine, le territoire actuel du département de la Creuse semble avoir formé, dans la Cité des Lémovices un « pagus » homogène à coutumes un peu particulières ; que, vers le début du Xe siècle, les seigneurs de Charroux s'emparèrent de cette région qui forma la moitié est de leur Comté de la Marche ; que, presque aussitôt, par suite de la séparation des seigneuries de Bridiers et de Peyrat-Bourganeuf, cette province fut coupée en deux parties séparées, la Haute-Marche et la Basse-Marche, qui finirent par avoir des existences presque complètement indépendantes ; que, vers la même époque, furent distraites du pagus creusois la région de Boussac, conquise par les princes de Déols et rattachée au Berry, et la Combraille qui devint à demi auvergnate...

Il rappela encore que, à la fin de l'ancien régime, la Haute-Marche était rattachée, pour la religion, au diocèse de Limoges, pour les finances à la Généralité de Moulins. Il montra enfin, sur la carte dressée par Antoine Thomas, l'incroyable complexité des contours de la Haute-Marche et ses innombrables enclaves.

Il conclut que, pour retrouver les limites naturelles de notre « pays », c'est à l'époque romaine qu'il faut remonter, et que c'est, à très peu de choses près ces limites qui avaient été données au département de la Creuse.

Après discussion, les suggestions suivantes furent adoptées :

1° Il est à souhaiter que le « pays » à créer dans la Creuse garde les limites de ce département. Il serait désirable que la région d'Eguzon, qui faisait partie de la Haute-Marche, et qui a gardé avec elle tant d'affinités, fût de nouveau rattachée à notre pays. Par contre, il n'y a pas intérêt à réunir à la Haute-Marche l'ancienne Basse-Marche.

2° Etant donné que, depuis l'époque romaine, Limoges a toujours été le principal centre d'attraction de la région creusoise, et qu'il continue à l'être (même diocèse, même corps d'armée, même région économique), en raison surtout des facilités de communication, le « pays creusois » doit être rattaché au « gouvernorat » de Limoges ou, en cas d'impossibilité, à celui de Clermont. Napoléon, qui, en créant ses Sénatoreries, avait voulu faire une réforme analogue à celle que projette le Maréchal Pétain, avait réuni les trois départements limousins dans sa Sénatorerie de Limoges, dont le siège avait été paradoxalement fixé à Guéret.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Sarrassat présente et décrit deux lichens intéressants appartenant aux familles des Caliciacées et des Umbilicariacées, qu'il a récoltés en Creuse cet automne à Guéret et à La Chapelle-Taillefert.

Calicium curtum Borrer, sur du bois mort plus ou moins carié de la base des troncs de châtaigniers à la Pouyade, à Champegaux, à Courtilles.

Gyrophora polyrrhiza Stenhammer, sur des rochers granitiques secs et éclairés de la montagne du Chiroux vers 650 m.

Le premier de ces deux lichens ressemble à un minuscule champignon noir d'au plus 1 mm. de hauteur, parasite sur le bois mort.

— Le docteur Janicaud décrit un sarcophage chrétien du VIe siècle que lui a montré, dans son jardin de Crozant, M. Eugène Alluaud, le peintre bien connu, et qui provient de la chapelle de l'ancien château de Loudun, où il était regardé comme le tombeau de saint Philbert. Ce sarcophage, en marbre est sculpté de scènes bibliques représentant la guérison d'un aveugle, le paralytique, la création de l'homme et de la femme, Daniel dans la fosse aux lions, etc.

— M. Adrien Rivet fait don d'une série de documents sur la seigneurie de Cherbouquet, paroisse de La Celle-Barmontoise, qui nous apprennent que :

1° Contrairement aux indications de Boyer et Tardieu dans leur Histoire... d'Auzances..., de Tardieu et de Lecler dans leurs Dictionnaires de la Haute-Marche, la famille Cherbouquet était propriétaire de ce fief depuis 1780, et non depuis 1667. Antérieurement à 1780, il appartint successivement à Charles de Rochefort, baron de Saint-Angel, à Laurent du Plantadis, et à la famille de Miomandre.

2° Les dîmes inféodées dudit village consistaient en cinq setiers et demi de seigle, douze boisseaux d'avoine et de sarrazin, dix agneaux et trois cochons (un par feu).

3° L'Assemblée Nationale ayant supprimé les dîmes et ordonné leur remboursement, le Directoire du District d'Aubusson fixa à 2.392 livres la somme qui serait versée en remboursement desdites dîmes.

M. Adrien Rivet envoie deux extraits des registres du Conseil général de la commune de La Celle-Barmontoise du 20 messidor an II et du 2 germinal an III qui nous révèlent l'existence jusqu'alors, à La Villetelle, d'un atelier de fabrication de salpêtre non mentionné par Duval dans ses Archives révolutionnaires du Département de la Creuse.

M. Adrien Rivet communique encore deux pétitions non datées des habitants de la commune de La Celle-Barmontoise, canton de Bellegarde, demandant leur rattachement au canton de Crocq.

— M. Maurice Dayras envoie la note suivante :

— M. Cribier, actuellement réfugié à La Seiglière, près Aubusson, propriétaire du château de Bléneau (Yonne), a récemment dégagé les restes de la Croix des Prêches, édifiée jadis sur l'emplacement du temple protestant d'Aubusson. Cette croix, constituée par un socle en pierre portant une simple croix de bois, s'élève encore, entre La Seiglière et le Marchedieu, à la limite des n°s 548 et 549, section C du plan cadastral de la commune d'Aubusson ; ces deux n°s portent le nom significatif « Les Prêches ». L'endroit, couvert de végétation (sapins et ronces), forme la partie supérieure d'un vallon étroit et profond, d'une « combe », qui avait dû lui faire donner son nom originaire de Combesaude, vraisemblablement Combe-haute ou Combes-hautes.

— M. le Médecin général Guillon envoie des photographies de deux plaques de cheminées de l'époque impériale, trouvées à La Souterraine à l'occasion des destructions causées par le bombardement. Elles proviennent probablement de la fonderie des Gouttes, commune de Saint-Agnant-de-Versillat, fort renommée jadis, et dont il reste quelques traces.

— M. Camille Laborde lit une note relatant quelques pratiques curieuses relatives au culte des « Bonnes fontaines ». Plusieurs saints sont invoqués pour obtenir la pluie en temps de sécheresse, le beau temps si la pluie est persistante. Les rites sont variés et quelques-uns sont amusants.

— M. Désiré Blanchet envoie le très intéressant récit de ses souvenirs d'enfance sur « les Loups et les Meneux de loups ».

— Mlle M. du Mureau lit une étude plus générale sur le même sujet.

— M. le docteur Janicaud conte l'histoire du « Meneux de loups de Lignaud ».

Ces trois études seront publiées dans nos Mémoires.