SÉANCE DU 17 JANVIER 1952
Présidence de M. le docteur G. Janicaud, président
Présents : Cléret Alphonse, Céron, l'Abbé Fayolle, Hemmer, Laborde, Moreau, l'Abbé Mirguet.
Excusés : Mlle Théreil ; MM. R. Boudard, M. Dayras.
DECES. — Nous avons à déplorer la mort de M. P. Valadeau, le plus ancien membre de la Société. Le président rappelle les travaux historiques et archéologiques de M. Valadeau, ses nombreuses contributions à nos Mémoires, son assiduité à nos réunions et à nos excursions, tant que son âge le lui a permis. Il exprime à sa famille nos condoléances émues.
ADMISSIONS. — MM. Bret Lucien, instituteur à Verneiges ; Cléret Alphonse, 28, rue de Stalingrad à Guéret ; Vincant Emile, 6, rue Blomet, Paris (15e).
TRESORERIE. — M. le capitaine Céron, trésorier, expose notre situation financière, qui est bonne. Après vérification de ses comptes, des félicitations lui sont votées pour son heureuse gestion.
BIBLIOGRAPHIE. — Le président signale la parution du Dictionnaire du costume (Gründ) de Maurice Leloir, le bel artiste, président de la Société d'Histoire du Costume, qui fut un des grands bienfaiteurs de notre Musée.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. le docteur G. Janicaud signale la découverte, par M. l'Ingénieur du Génie Rural, dans les ruines de la bourgade gallo-romaine de Brède, d'une allée pavée de larges dalles, et de nombreux débris d'enduits peints. Il montre des photographies des vases à eau bénite découverts récemment à l'occasion des fouilles de la place Bonnyaud à Guéret, photographies qui lui ont été envoyées par M. Morin, ex-ingénieur du Génie Rural.
Il présente et analyse rapidement le volume récemment paru de M. H. Dontenville sur la Mythologie Française, qui étudie les légendes de Gargantua, du cheval Bayart et de la fée Mélusine. Il rappelle que Mélusine fut la souche légendaire de la maison de Lusignan qui a donné une dynastie de comtes à la Marche, que Gargantua a laissé de nombreuses traces en Creuse, à Saint-Priest-la-Plaine, à Salagnac, à Dontreix, à Evaux et à Peyrat-la-Nonière et que, à La Roche-Aymon, on montre encore le pré du cheval Bayart, et son profil sur une crête rocheuse.
— M. H. Hemmer lit une intéressante étude sur la Gestion du temporel du chapitre de la Chapelle-Taillefert et une Notice historique sur la Préfecture de la Creuse.
— M. R. Boudard envoie une intéressante note sur les séjours de Martin Nadaud en Creuse.
— M. C. Laborde lit un important travail sur le culte de saint Blaise dans le Bas-Berry et la Marche.
SÉANCE DU 20 MARS 1952
Présidence de M. le docteur G. Janicaud, président
Présents : Mlle M. Théreil ; MM. H. Bonnet, Cap. Céron, A. Cléret, J. Faure, H. Hemmer, Louradour, l'abbé Mirguet, et J.-B. Moreau.
Excusés : MM. R. Boudard, M. Dayras et C. Laborde.
DECES. — Nous avons perdu Mme Léonce Manouvrier, veuve de l'illustre anthropologiste. Nous prions sa famille d'agréer nos plus sympathiques condoléances.
ADMISSION. — Mme Josette Moluçon, de Blessac.
CONGRES. — La Fédération des Sociétés Savantes du Centre, dont notre Société est membre, tiendra son douzième congrès annuel à Aubusson, les 18 et 19 Mai. L'excursion du Congrès (18 Mai) comporte la visite de Felletin, la Chapelle de la Borne et le Moutier-d'Ahun. Ceux des membres de notre Société qui désireraient y prendre part doivent adresser leurs demandes de renseignements à M. Maurice Dayras, avocat à Aubusson.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — Le Président présente la vipère à cornes donnée à notre Musée. Ce reptile a été capturé à El Tataouine, dans le sud tunisien.
Le docteur Janicaud lit une étude sur Acitodunum, l'Ahun gallo-romain.
Il donne, d'après une étude de M. le Dr Lere, de curieux renseignements sur les amours du chevalier Bayard et de la dame de Randan, Anne de Polignac (1515).
Il présente, de la part de M. E. Janicaud, Directeur des Enquêtes Economiques à Orléans, une série de reçus d'impôts de la paroisse de Saint-Pardoux-le-Neuf, des années 1715-1718.
— M. H. Hemmer lit une très intéressante « Etude sur le monde rural en Haute-Marche à la fin de l'Ancien Régime : les calamités agricoles dans la seconde moitié du XVIIIe siècle ».
SÉANCE DU 15 MAI 1952
Présidence de M. le docteur G. Janicaud, président
Présents : MM. Bonnet, Cléret, Dayras, Garcia, Hauptmann, Hemmer, Laborde, Louradour, l'abbé Mirguet, Moreau.
Excusés : Mlles Brunet, Pasquet, Théreil.
DECES. — Le président signale le décès de M. Blanchet Désiré, instituteur honoraire, qui a donné plusieurs notes à nos Mémoires. Il prie sa famille d'agréer nos condoléances émues.
ADMISSION. — M. Chabot Pierre, rue d'Armagnac à Guéret.
ELECTIONS. — M. Hemmer est élu Secrétaire général de la Société, et M. Louradour Secrétaire des séances.
EXCURSION. — L'excursion de la Société est fixée au Dimanche 23 Mai. Nous visiterons les châteaux de Chantemille, de Massenon, de La Villatte, le lac et le barrage de Vassivière, et les églises de La Chapelle-Saint-Martial, de Saint-Georges-la-Pouge et de La Chappelle-Taillefert.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Leport, instituteur à Saint-Pierre-Chérignat, envoie la description d'une sépulture gallo-romaine à incinération découverte récemment au lieu-dit Fontana.
— Le Dr Janicaud décrit la « tasse de Gargantua », de Peyrat-la-Nonière, vasque de granit d'origine inconnue, rappelant la scutella gigantis lapidea de Bourges, aujourd'hui disparue.
— Me Dayras présente un acte de foi et hommage de Réginald d'Aubusson envers la maison de Bourbon (1233) texte en une très belle impression du XVIIe siècle, (Généalogie des vicomtes d'Aubusson, 1632).
— M. Chaize Léon envoie une note sur la Mission en Creuse d'un agent du Ministère de l'Intérieur, Dianyère, en 1793.
— M. Laborde lit une « Instruction sur la rage » de de Joullietton, et le texte de l'offre d'animaux empaillés pour le Musée de Guéret, par M. Jarrijon d'Aubusson.
SÉANCE DU 17 JUILLET 1952
Présidence de M. le docteur G. Janicaud, président
Présents : Mme J. Bonnet ; Mlle M. Théreil ; MM. E. Améaume, R. Boudard, Capitaine Céron, A. Cléret, M. Garcia, R. Hauptmann, C. Laborde, Louradour, l'abbé Mirguet, J.-B. Moreau, G. Pellabeuf.
Excusés : Mlles G. Brunet, S. Pasquet ; MM. M. Dayras, H. Hemmer.
ADMISSION. — Mme Bonnet Jeanne, infirmière, rue de Paris, Guéret.
BIBLIOTHEQUE. — M. R. Chatreix fait don de sa Monographie de Saint-Maurice-la-Souterraine.
— par M. Louis Pimpaneau, les ornements du capitaine adjudant-major Adolphe Pimpaneau, mort en 1871.
Des remerciements sont adressés aux donateurs.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Génevoix Emile envoie une note sur le Charançon du noisetier, coléoptère qui se répand actuellement dans la Creuse.
— Mlle S. Pasquet envoie une note sur une sépulture à incinération en coffre de granit ovoïde, récemment découverte aux Fougères, Cne de Fleurat.
— Le docteur G. Janicaud lit des extraits du Terrier du prieuré de Toulx-Sainte-Croix, important manuscrit du XVe siècle qui lui a été donné récemment. Le prieuré de Saint-Martial-de-Toulx, de l'ordre de saint Augustin, dépendait de la prévôté d'Evaux.
— M. C. Laborde lit une étude du regretté chanoine Parinet, sur Les Enfants trouvés à Bourganeuf, à l'époque révolutionnaire.
— M. R. Boudard lit une importante étude sur La première Restauration en Creuse.
— Le docteur Janicaud donne des extraits de rapports du sous-préfet d'Aubusson, sur la situation morale et politique dans cette ville entre 1855 et 1860.
Il lit un très curieux noël du XVe siècle, inscrit à la suite du Terrier de Toulx-Sainte-Croix cité plus haut.
SÉANCE DU 18 SEPTEMBRE 1952
Présidence de M. le docteur G. Janicaud, président
Présents : Mme J. Bonnet ; MM. Améaume, R. Hauptmann, H. Hemmer, G. Janicaud, C. Laborde, M. Louradour, l'abbé Mirguet, J.-B. Moreau.
Excusés : Mlles G. Brunet et M. Théreil ; MM. R. Boudard, M. Dayras, G. Pellabeuf.
DECES. — Nous avons à déplorer la mort de M. le docteur Benjamin Bord, président de la Société des Amis du Musée de Guéret et bienfaiteur de ce Musée auquel il a fait don d'estampes et de tableaux. Nous prions sa famille d'agréer l'expression de notre très vive sympathie.
DECORATIONS. — M. J. Lagrange a été promu Chevalier de la Légion d'Honneur ; nous lui adressons nos sincères félicitations.
— Nous apprenons, bien tardivement, que M. le docteur J. Butaud, de Bourganeuf, a reçu la même décoration. Nous le prions d'agréer avec nos excuses pour un retard involontaire, nos plus vifs compliments.
ADMISSIONS. — Sont admis : Mme de German-Ribon, du château de La Chezotte (Ahun) ; Mme Warin, du château de Beaumont (Saint-Yrieix-les-Bois) ; MM. Beau Antoine-Marcel, instituteur à Argenton (Indre), le docteur du Chalard, de Villaine-la-Juhel (Mayenne), Credot Roger, peintre-céramiste au Grand-Bagnot (Fromental, Haute-Vienne), Lavaud Edgard, 84, rue de Paris à Charenton (Seine), Legros Marcel, instituteur à Bosmoreau-les-Mines (Creuse).
BIBLIOTHEQUE. — Le docteur Janicaud donne un volume sur le camp préhistorique de Catenoy (Oise) et deux monographies manuscrites d'Aigurande (Indre) par l'abbé Brunet, et de Lourdoueix-Saint-Pierre par l'abbé Meunier.
Les Conservateurs annoncent le prêt, autorisé par la Municipalité, fait à l'Exposition du Dessin Français aux Etats-Unis, du portrait au crayon de Madeleine Chapelle par Ingres.
LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Ribière envoie un coleoptère de la famille des Scarabéides, un Copris lunaire mâle à corne, insecte coprophage du groupe connu sous le nom vulgaire de « bousiers ».
— Le docteur Janicaud décrit d'importantes découvertes de vestiges des époques gallo-romaine et médiévale, faites récemment à La Chassagne (Peyrat-la-Nonière), par M. de Lambertherie, et qui lui ont été signalées par Mme de Courthille.
Il rapporte la découverte, dans l'église des Forges, par M. le Curé de Gouzon, de peintures murales.
Il rappelle les peintures médiévales de la petite église romane de Boussac-Bourg, qu'il a décrites antérieurement dans le volume du Congrès Archéologique de France de 1939, et émet le vœu que la restauration et l'entretien de ces peintures soient entrepris par le Service des Monuments Historiques.
Ce vœu est adopté à l'unanimité.
— M. H. Hemmer lit une intéressante étude sur la consommation du tabac au XVIIIe siècle.
— Le docteur Janicaud lit un bail emphytéotique du 9-9-1737, encore en vigueur, concernant le moulin du Pont-Charraud (Crozant) dépendant du fief des Places.
DONS AU MUSÉE DE GUÉRET EN 1952
Il a été donné :
— Par M. Leguire, de Grenoble, une vipère à cornes du Sud Tunisien.
— Par M. Francisco Guimaraes, attaché commercial honoraire du Brésil à Paris, le portrait de Mme Simonne Guilleaumaud (1874-1952), peintre de fleurs né à Aubusson, pastel de Guirand de Scevola.
— Par M. Ferrand, de Paris, le buste en plâtre du peintre Guillaumin, par le Dr Paulin (maquette du buste de bronze de Crozant).
— Par Mme Faury, une tête de statuette gothique en calcaire, provenant de Bordeaux.
— Par Mme Mazet, un billet de confiance de cinq sols, du canton de Chénérailles, échangeable contre un assignat de cinq livres (époque révolutionnaire).
— Par M. Cléret, trois médailles de bronze, commémoratives de la visite à la Monnaie du tsar Nicolas II et de la tsarine (7 Octobre 1896).
— Par M. G. Janicaud, un gratte-dos à main d'ivoire et tige de baleine (XVIIIe s.).
— Par M. Moreau, un éventail ancien.
— Par Mlle Lierre, un fichu creusois en soie noire, brodé de fleurs.
— Par M. E. Améaume, une navaja espagnole.
— Par M. Buffat Elie, un pot à trous en terre noire, à griller les châtaignes.
— Par M. Barnicot, une petite maquette en bois du joug à bœufs local.
— Par M. Renard, de Lignaud, un dévidoir vertical.
— Par M. Bertrand René, une machine à coudre (vers 1870).
— Par M. Duris, une vitrine horizontale.
NOTE LUE EN SÉANCE – L'IDOLE GAULOISE DE GHROVINNA (?)
N. Allou, dans sa Description des monuments de la Haute-Vienne (Limoges, 1821, p. 44), J.-B. Tripon dans son Historique monumental du Limousin (Limoges, 1837, p. 37), puis dans son Album historique du Limousin (Limoges, 1841, p. 109), décrivent et figurent d'après les notes et les dessins de Beaumesnil (2e cahier, p. 4 et 5), une étrange idole qui aurait existé, au IIIe siècle, à Ahu, c'est-à-dire à Ahun, actuellement chef-lieu de canton du département de la Creuse.
Cette description aurait été extraite d'un manuscrit sur vieux vélin, appartenant à un M. Bonnier de la Mousson, et traduite littéralement par le père Teste, dominicain de la maison du faubourg Saint-Germain à Paris :
« Les prêtres d'Espelon (Apollon ?) d'Ahu, ayant fait battre de verges saint Martial, sur la place publique, furent soudain frappés d'aveuglement. Ils eurent recours à leur idole principale, nommée Ghrovinna, qu'ils n'interrogeaient que dans des cas très urgents, et dont le culte était soigneusement caché aux Romains, depuis que Claude avait aboli le druidisme.
« Cette idole monstrueuse avait 7 pieds et demi de hauteur. Elle était faite de châtaignier sauvage ; sa tête, de forme humaine, avait des oreilles d'âne et un regard effroyable. Elle avait le milieu du corps, les ailes et les jambes d'une sauterelle ; les bras étendus en croix, les mamelles et le reste du corps étaient ceux d'une femme. Ces bras, en fer, se terminaient par des mains d'argent, crochues et armées d'épines noires. Sur le milieu du ventre, on voyait un œil ouvert, inscrit dans un triangle. L'idole avait encore une queue de bouc. La partie inférieure du corps était percée d'une ouverture qui répondait à la bouche. Elle était posée sur un socle d'airain creux, en forme d'œuf, assez gros pour qu'un homme pût s'y cacher ».
En 1747, dit le même Beaumesnil (2e cahier, p. 42), on trouva à Limoges, près de la porte Tourny, à peu de distance des Cordeliers, une pierre de 4 pieds de haut sur un peu plus de 3 de large et 8 d'épaisseur, sur laquelle était représentée une figure qui ressemble à celle que nous venons de décrire, surtout par la forme des jambes, des cuisses et des ailes, mais dont le reste n'avait rien de difforme.
Il semble bien que ces idoles n'aient jamais existé que dans l'imagination de Beaumesnil. Cependant la première a été reproduite par Thiollet, qui ne doute pas de son authenticité.
G. JANICAUD.
NOTE LUE EN SÉANCE –BEAUMESNIL ET L'ARCHEOLOGIE CREUSOISE
M. de Beaumesnil, dont nous ignorons l'origine, était de famille noble. Pris sur le tard, d'un vif amour pour l'archéologie, et désirant satisfaire à peu de frais cette exigeante passion, il entra comme comédien dans une troupe d'acteurs ambulants qui parcourait la France. Après avoir ainsi visité tout le Midi il arriva à Limoges en 1774. Il avait alors 60 ans et jouait les pères nobles.
Nommé peu après dessinateur de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, avec 1.500 francs de traitement, non compris les frais de voyage, il put parcourir à loisir le Limousin et la Marche, copiant tous les monuments antiques ou qu'il crut tels. Malheureusement, sa trop vive imagination lui faisait souvent vieillir, compléter ou interpréter des contours frustes...
Il mourut à 80 ans, laissant 4 cahiers de notes prises entre 1774 et 1787, au cours de ses déplacements, et un grand nombre de dessins archéologiques.
Il laissait une fille, dont l'héritier, M. Rufin, communiqua ces documents à tous les érudits qui exprimèrent le désir de les voir. C'est ainsi que N. Allou et J.-B. Tripon purent les utiliser dans leurs publications. Plus récemment, E. Espérandieu en a pu revoir une partie (Inscriptions de la Cité des Lémovices, Paris 1891, passim).
Une partie de ces notes et de ces dessins concerne des découvertes faites dans l'actuel département de la Creuse. Parmi ces monuments, il en est qui ont survécu, et ont pu être étudiés avec un esprit scientifique qui manquait à Beaumesnil. D'autres, sculptures ou inscriptions, n'ont été signalés par personne autre et semblent avoir été, sinon créés de toutes pièces, au moins complétés ou interprétés par son imagination, et souvent avec un esprit un peu particulier. C'est ainsi que, partout, il aurait vu des priapées ou des phallus. Il y en eut évidemment dans le pays creusois : le Puy de Gaudy nous en a gardé deux ; nous savons que la pudeur de nos aïeux en a fait détruire d'autres à Brède, à Pontarion, et à Crocq. Baraïlon en aurait vu quelques uns dans la région de Toulx-Sainte-Croix, etc... Beaumesnil dit en avoir vu partout. Aussi, beaucoup d'auteurs limousins pensent-ils, avec Mérimée, que le comédien archéologue a fait preuve d'une crédulité si grossière, ou plutôt d'une si insigne mauvaise foi que tous les faits qu'il rapporte doivent inspirer une égale défiance (Espérandieu, Inscriptions..., p. 247, en note).
Cependant, parmi les monuments qu'il a décrits, plusieurs ont été vus ou entrevus par d'autres, et méritent qu'on garde leur souvenir : tels sont ceux qu'a reproduits Tripon (page 11 du Tome 2 de son Historique monumental...).
C'étaient trois dalles avec personnages sculptés en relief.
Le premier de ces monuments était une stèle gallo-romaine, haute de 1 m. 70 et large de 1,10, encastrée dans le mur occidental de l'église d'Ahun avant sa reconstruction (1780). Le fronton avait été détruit avec l'inscription funéraire qu'il devait porter. La sculpture, assez détériorée, figurait un jeune homme imberbe et pieds nus, vêtu d'une longue tunique à manches longues, recouverte d'une sorte de toge relevée sur les hanches et tenant dans sa main gauche un document roulé. Cette stèle a disparu dans la reconstruction de la nef.
Le deuxième monument consistait en une pierre haute de 1 m. 32 et large de 0,66, prise dans le mur d'une petite maison isolée au Sud de Felletin, près du pont Roby. On y voyait une déesse nue, aux formes puissantes, surtout au niveau des hanches et des cuisses, aux cheveux flottants, et assise en tailleur. Sa main droite s'appuyait sur un bâton noueux, la main gauche tenant le long pédoncule d'une fleur naissant d'une plante à feuilles allongées et groupées en collerette (pissenlit ?). Des feuillages entouraient la déesse. Le fronton était également détruit. Ce monument, devenu extrêmement fruste aurait été vu encore vers 1830, puis aurait disparu avec la chaumière qui le portait (Note de Cessac). Beaumesnil y voyait une image de la déesse Félis (Vénus), qui aurait été la divinité éponyme de Felletin.
Le troisième monument était une dalle de l'église de Beaumont à Felletin, qui semble avoir été une pierre tombale figurant un chevalier armé d'une épée ; mais, très usée, très fruste, son dessin devenu presque indistinct, elle fut interprétée par Beaumesnil comme représentant la déesse Andarté, sorte de Victoire gauloise. Dimensions, 1,32 × 0,74. Disparu ou devenu méconnaissable.
G. JANICAUD.
NOTE LUE EN SÉANCE – TAPISSERIES DE LA CATHÉDRALE DE MENDE
a) Classées M.H. le 17 Juin 1901.
b) Décrites in Antiquités et Objets d'Art de la Lozère par M. Ignon (Mende Imp. Chaptal s. d.).
J'ai l'honneur de vous adresser, ci-après transcrit, l'acte de prix-fait des tapisseries de la Cathédrale de Mende tel qu'il a été transcrit par M. André, archiviste départemental, dans le Bulletin de la Société d'Agriculture de la Lozère de 1869 (p. 10, partie historique). Le texte original se trouve dans l'article G. 699 des Archives départementales.
« 10 Avril 1706. — A esté convenu de ce qui ensuit entre Mgr François-Placide de Baudry de Piencourt, evesque et seigneur de Mende, comte de Gévaudan, et M. Antoine Barjon, marchand de la ville d'Aubusson, en la Marche. Scavoir de la part dudit sieur Barjon qu'il promet et s'oblige de faire fabriquer en la manufacture de la dite ville d'Aubusson 8 pièces de tapisserie estain, la chaine à trois broches du dessin, hauteur et aulnage ci-après :
La première pièce représentant la Nativité de la Sainte-Vierge.
La seconde sa présentation au temple.
La troisiesme l'Annonciation.
La quatriesme la visite à Sainte-Elisabeth.
La cinquiesme la naissance de Jésus-Christ.
La sixiesme l'adoration des roys mages.
La septiesme la Purification au Temple.
La huictiesme et dernière pièce l'Assomption glorieuse de la Sainte-Vierge.
Les bordures desdites pièces seront au moins d'une demy aulne de largeur avec les quadres et guillochis, et seront placées, au milieu de la bordure d'en hault, les armes dudit seigneur evesque, au milieu de celle d'en bas, son chiffre, aux quatre coins desdites bordures des quartouches, dans les deux d'en haut, le chiffre de Jésus-Christ, dans les deux d'en bas le chiffre de Marie, et dans les bordures des costez il y aura dans le milieu de chacune une cartouche embellie d'un soleil rayonnant sur un rocher.
A l'égard du dessein des susdites pièces il sera fait le plus régulier qu'il se pourra ; les personnages seront a demy corps, et plus, a cause de la grande hauteur, et il y aura des paisages et lointins dans chacune des dites pièces, qui seront de quatre aulnes de hauteur dont six de cinq aulnes et demye chacunes, et deux autres de cinq aulnes deux tiers aussy chacunes de tour ou de longueur. Lesquelles dites pièces bien et duement fabriquées de bonnes laines estain, de bonnes couleurs, bien dégraissées, et surplus rehaussées suivant la qualité de ladite tapisserie, de soyes, charons et costines, sans aucun meslanges de fleurets. Ledit Sr. Barjon sera tenu de les délivrer à la personne qui sera commise ou qui viendra à Aubusson de la part dudit Seigneur Evesque partout le mois d'avril mil sept cens sept, sous cette condition néantmoing que ou il ne les délivreroit dans ledit temps, ledit Seigneur ne pourra prétendre ny demander aucuns dommages et intérêts, ny refuser la délivrance et réception de ladite tapisserie, ny le payement du restant du prix d'icelle, bien entendu pourtant qu'elle sera délivrée dans les six mois suivants pour tous délay a peine de tous dommages et intérests.
Et de la part dudit Seigneur Evesque qu'il payera audit sieur Barjon ladite tapisserie a raison de trente trois livres l'aulne quarrée de Paris, et l'augmentation d'aulnage s'il y en a sur ces mesures susdites, jusqu'à concurrence d'une aulne quarrée seulement, et en outre les frais d'emballage et voiture jusqu'à Mande, et ceux du voyage dudit Barjon ou de celuy qui sera envoyé de sa part pour délivrer et mettre en place lesdites pièces et encore les frais du retour au cas que le dit seigneur Evesque souhaitte et ordonne ledit voyage et que sur le prix cy dessus convenu il sera payé comptant au dit sieur Barjon, par forme d'arres et avances la somme de trois mil livres, et à la feste de Noel prochaine celle de quinze cent livres, et le restant du prix auquel se trouvera monter ladite tapisserie au jour de la délivrance d'icelle.
Nous signez Messire Nicola, Renauld de la Rocheaymon chevalier seigneur comte de la Rocheaymon, Tosny, Mainsac et autres places, chargé de la procuration speciale de illustrissime et reverendissime seigneur Messire François-Placide de Baudry de Piencourt evesque et seigneur de la ville de Mande, comte du Gévaudan et conseiller du Roy en ses conseils en datte du second de ce mois recue par Laurent notaire royal audit Mande, ladite procuration demeurant en original entre les mains de moy, seigneur de la Rocheaymon. Et Antoine Barjon, marchand de la ville d'Aubusson, apprez avoir pris communication du marché et police cydessus et des autres parts, l'avons approuvée, agréée et consentie en toutes ses clauses et conditions, et avons promis de l'exécuter chacun en droit soy a peine de tous dépens, dommages et intérêts. Et en exécution dudit marché et police moy Barjon reconnois avoir receu présentement et comptant de mondit seigneur evesque de Mande par les mains de Messire Michel des Mesliers chanoine de Mande et secretaire de mondit seigneur la somme de trois mil livres ; dont quittance. Fait double a Aubusson soubz seing privé le dixiesme avril mil sept cens six ».
Ont signé : La Rocheaymon Barjon
NOTE LUE EN SÉANCE – L'AFFAIRE BATARDON
Du 4 Avril 1784. — Déclaration de grossesse de Suzanne BATARDON, veuve de Léonard PIMPANEAU, maréchal, à Dun-le-Palleteau
Cette personne, ayant fait venir le greffier de la justice de Dun, le dimanche 4 Avril à l'issue de la grand messe, au domicile de sa sœur, lui déclare pour qu'il en soit dressé acte, conformément aux édits royaux et devant sa sœur, qu'« un jour du mois de juillet dernier s'étant mise sur son lit dans la maison qu'elle habite pour attendre le fournier du four banal de ce lieu quy devait luy commander l'heure quelle feroit de la pate pour cuire du pin (sic), depuis elle s'est endormie quoi quelle ne fut pas déshabillée, et qu'un particulier quy ne se fit pas connaître et quelle ne put distinguer, proffitant de ce que sa porte était ouverte, s'introduisit dans la chambre ou elle était, se mit sur elle au moment ou elle était accablée par le sommeil (sic) et la connut charnellement, quelle ne se réveilla que dans l'instant ou ce particulier étoit dans l'ardeur de la passion et ou il ne luy étoit pas possible alors davoir assez de fermeté pour s'empescher dy succomber, quelle est devenue enceinte de ses œuvres, laquelle ny a de parfaite croyance que depuis quelques jours, de laquelle déclaration elle a requis acte quy a été rédigé en cette forme et a déclaré ne savoir signer ».
Du 14 Avril 1784. — Plainte du procureur fiscal, disant que :
« il a apris ce jourd'huy matin que Suz. Batardon ayant conçu en enfant par voyez deshonnestes dont elle s'est accouchée depuis peu de jours a fait disparaitre cet enfant sans avoir pris suffisant témoignage de son accouchement en quoy elle a d'autant plus de tord que le 4 du mois présent elle avoit déclaré sa grossesse au greffier... elle devoit non seulement faire cette déclaration mais encore prendre témoignage de la vie ou de la mort de son enfant lors de l'issue de son ventre, ce quy fait présumer un mauvais dessein de sa part et que l'enfant dont elle se est accouchée a été homicidé et ensuitte mis dans des lieux imondés (sic) ce quy mérite une réparation publique pourquoy ledit proc. fiscal nous a déclaré nous en rendre sa plainte et requis qu'il luy fut permis d'en faire informer pardevant nous ».
Du 15 Avril 1784. — Rapport de la sage femme
A cinq heures de relevées, par devant nous Charles DELAFONT, ...bailly de Dun.. est comparu : Anne RIVIERE, veuve de Jean NODON, matrone et sage-femme de ced. bourg de Dun, laquelle a dit pour satisfaire à notre ordonnance du 14 de ce mois au bas de la plainte du proc. fiscal en cette justice par laquelle nous lavons nommée pour faire la visitte de Suzanne BATARDON qu'on a accusé d'avoir homicidé son enfant dont elle nouvellement accouchée : (dit) s'etre transporté vers trois heures de relevées en la maison où réside lad. Suzanne scize en ce bourg dans la rue quy fait face à la halle et au grand chemin qui va en la ville d'Argenton où étant monté dans une chambre au premier elle a trouvé Suzanne Batardon dans un lit sur lequel était un enfant mort à côté d'elle, plié dans un linge aussi proprement que s'il eut été mailloté et ayant dit le sujet de son transport à lad. Suzanne Batardon cellecy luy a dit qu'elle était véritablement accouchée de l'enfant quy était à côté d'elle que ledit enfant n'avoit point le moindre signe de vie lors de l'issue de son ventre et ce quy luy fut dit par la nommée Marie quy étoit à côté d'elle et qui reçut ledit enfant que ladite Batardon se l'étant fait présenter par ladite femme elle le souffla et... en vain pour le rappeler a la vie, qu'alors ladite Batardon saisie de frayeur et de chagrin avoit fait appeler la femme d'un locataire quy loge au rez-de-chaussée de lad. maison en dessous de la chambre du premier dont il a été parlé. Ladite femme a vu l'enfant mort et qu'il ne luy était pas possible de fournir aucun secours pour ledit enfant. Ladite Rivière matrone et femme sage voulant exactement remplir le devoir de sa commission après avoir entendu ce qu'elle vient de réciter et demandé à ladite Suzanne Batardon quel jour elle avait accouché, cellecy luy répondit dans la nuit du jeudi au vendredi Saint dernier, a visité lad. Suzanne Batardon aux seings (sic) et à la partie inférieure du bas-ventre a remarqué les symptomes d'une femme nouvellement accouchée sans qu'il y ait lieu d'en douter, a découvert l'enfant et murement examiné toutes les partyes de son corps sans lui avoir trouvé ny plaies ny meurtrissures ny aucune autre chose qui ait pu procurer aud. enft une mort forcée ce quy ferait croire qu'il était mort losqu'il sortit du ventre de sa mère.
Ladite Suzanne Batardon l'a chargée de nous prier d'interposer notre autorité judiciaire pour faire entherrer ledit enfant où bon nous semblera pour éviter la contagion que la corruption pourrait occasionner et de nous donner la peine de nous transporter en son domicile pour voir par nous-meme ledit enfant et nous assuré (sic) qu'aucun défaut de soins ne luy a causé la mort...
(après cette déclaration enregistrée par le greffier, la sage-femme l'affirme sincère et véritable).
Ordonnons notre déplacement à la maison de Suzanne Batardon pour voir l'enfant et interroger les personnes présentes à l'accouchement.
(Un rapport de Louis Poissonnier et Pierre Bazennerye, chirurgiens jurés à Dun conclut de même).
6 h. du soir (chez l'accouchée) l'accouchée répond après serment s'etre accouchée la nuit du jeudi au vendredi Saint d'un enfant mort que Marie Mesnard quy était présente à son accouchement et quy reçu l'enfant s'en étant apperçu la première luy présenta... (voir rapport de la sage-femme, a peu près repris en entier)... elle a conservé ledit enfant jusqu'à présent pour le faire voir à la justice et la convaincre qu'elle est innocente de la mort dudit enfant quelle a dit ne vouloir faire entherrer que par notre autorité.
(les témoins sont appelés et leurs dits confirment ce que nous savons, reconnaissant l'enfant présent pour etre celui de l'accouchée)
et sans nous divertir à autre chose nous avons fait apposer par notre greffier sur le front dudit enfant le seau des armes du seigneur de cette justice en cire rouge (ordonnant que l'enft soit enterré par la sage-femme dans un coin du jardin de la maison qu'elle habite).
Georges VERGEADE.
Cf. Archives Départementales de la Creuse. Série B : Dossiers des affaires judiciaires et documents déposés au greffe de la justice seigneuriale de DUN-LE-PALLETEAU. — Liasse 2.116.
NOTE LUE EN SÉANCE – UNE ARTISTE AUBUSSONNAISE IGNORÉE
Le 15 Mai 1952 est décédée à Paris Julie-Marie Simone Guilleaumaud, artiste peintre, née à Aubusson le 15 Mai 1874. Son père exerçait la profession de tapissier.
Cette imposante et belle femme était totalement oubliée dans sa ville natale, qu'elle avait dû quitter très jeune. Nous ignorons a peu près tout de son existence, ce qui l'orienta vers la peinture et quels furent ses maîtres.
Elle était membre exposant de la Société Nationale des Beaux-Arts, et peignait surtout des tableaux de fleurs. Elle signait ses œuvres du pseudonyme « S. de la Mornay ».
Elle avait fondé à Paris deux expositions permanentes de tableaux, les Galeries « Monna Lisa » et « Borghèse ». Elle y vendit une grande partie de ses œuvres ; les autres, exposées à Rio de Janeiro, sont restées dans des collections brésiliennes.
Il est regrettable que notre Musée ne possède aucune de ses toiles. Espérons qu'il se trouvera un mécène pour combler cette lacune. Heureusement son souvenir y sera conservé grâce au don généreux d'un ami de l'artiste défunte, M. Francisco Guimaraes, attaché commercial honoraire du Brésil à Paris.
C'est un grand et beau pastel de Victor-Lucien Guirand de Scevola (1874-1945). Ce peintre bien parisien, élève de Cormon, devait la célébrité à d'élégants portraits d'actrices et de beaux paysages des environs de Versailles. Son habileté de pastelliste l'avait fait nommer un jour « le La Tour du XXe siècle ». Il était Président de la Société Nationale des Beaux Arts et commandeur de la Légion d'Honneur.
Dr G. JANICAUD.