SÉANCE DU 19 JANVIER 1956

Présidence de M. Laborde, président

Présents : Mmes Châteauvieux, Juillet, Labetoulle Henri, Lardy, Petit ; Mlle Briquet ; MM. Balland, Berger Henri, Châtreix, Me Dayras ; MM. Hemmer, Laborde, Louradour, Moreau, Ribière, Teste Guy, Cléret.

M. Laborde, en ouvrant la séance, exprime les vœux de nouvel an qu'il formule envers les Membres de la Société et dit en particulier son espoir de voir entrer au sein de celle-ci de jeunes éléments capables de poursuivre son œuvre.

Excusés : M. René Boudard.

Mme Nicolas (ex-demoiselle Pasquet) à qui M. Laborde présente les vœux de la Société à l'occasion de son récent mariage.

ADMISSIONS. — M. Joseph Francis Gatins 2525 Rivers Road Atlanta Georgie USA ; Maître Fargeaud Jean-Louis, Avocat à Aubusson ; Docteur Boileau, médecin à Crocq ; M. Devige Yves à la Coterie, cne de Blaudeix ; Madame Teste, ancienne Directrice d'Ecole, 30, rue Stalingrad, Guéret.

BIBLIOTHEQUE. — Elle s'enrichit de trois ouvrages de Dauzat : Les argots — Les noms de lieux — Les noms de personnes, ainsi que d'un volumineux ensemble de papiers anciens, extrêmement variés, apportés par notre bibliothécaire, M. Moreau, et comprenant notamment un « vocabulaire latin français du 14e siècle » et une « Contribution à l'histoire de la foudre » ; enfin de 2 volumes « bibliographie de Tristan l'Hermite » et « Tristan ou l'éloge d'un poète », par M. Amédée Carriat.

MUSEE. — Un oursin fossilisé, trouvé à la Celle-Dunoise par M. Desfougères.

Monsieur Cléret, notre trésorier, fait l'exposé de la situation financière de notre Société à la date du 1er Janvier 1956. Cette situation est très satisfaisante et, grâce à une gestion habile et économe, elle va nous permettre, en plus de notre bulletin annuel, d'éditer cette année, du moins nous l'espérons, un guide du Musée qui nous est réclamé par de nombreux visiteurs du Musée.

De très vives félicitations sont votées, par acclamations, à M. Cléret qui remplit sa tâche avec une ponctualité et un dévouement dignes de nos remerciements les plus chaleureux.

NOTES LUES EN SEANCE. — Me Dayras fait une mise au point définitive relative au lieu de naissance de l'éminent académicien André Chaumeix, lieu que certains avaient situé, par erreur, à Aubusson et d'autres à Felletin. Après une consultation des tables décennales d'Aubusson qui n'a donné qu'un résultat négatif, Me Dayras a pu établir qu'André Chaumeix était né, en réalité, à Clermont le 8 Juin 1874 ainsi qu'en témoigne l'acte de naissance dont Me Dayras nous donne lecture.

Me Dayras signale d'autre part qu'au « retour de Si Mohammed Ben Youssef au Maroc (Novembre 1955), le Sultan, après son exil de 2 ans et 3 mois, a remplacé, dans la grande salle du palais de Rabat, le trône traditionnel par un monumental fauteuil d'apparat doré recouvert d'une tapisserie d'Aubusson qui n'avait jamais été utilisée par aucun souverain (Paris Match du 26 Novembre 1955 — page 44 (Il s'agit d'une tapisserie à rinceaux).

LECTURES ET COMMUNICATIONS — HISTOIRE. — M. René Boudard nous envoie son attachante étude « Un prieuré cistercien en Haute-Marche : le monastère de Mérignat, près Bourganeuf », saisissant condensé de l'histoire du séjour de ces religieux en Haute-Marche (1re fondation effectuée par le grand monastère bourbonnais depuis sa restauration en 1845), et qui fait revivre leur installation, la transformation courageuse et rapide d'un vieux manoir en monastère puis en prieuré de Notre-Dame Immaculée, bientôt pourvu de tous les bâtiments souhaitables depuis les étables jusqu'à la chapelle en passant par l'oratoire, le réfectoire et la salle de chapitre ; l'intelligente et persévérante mise en valeur d'une terre ingrate trouvée presque en jachère ; la double tâche quotidienne de ces trappistes, consacrée tour à tour à la prière et aux travaux manuels (maçonnerie, menuiserie, forge et surtout agriculture), ces derniers les rendant fort sympathiques aux paysans creusois qui appréciaient le labeur obstiné, les initiatives professionnelles et l'inépuisable charité des religieux qui connurent pourtant bientôt des jours sombres et des difficultés grandissantes qui motivèrent la disparition des « éternels défricheurs » dont « il ne reste plus aujourd'hui que le souvenir ».

FOLKLORE. — M. Laborde donne lecture d'un texte rédigé par M. Lucien Tixier (de Vallières), en 1924, texte consistant en un recueil de superstitions relatives :

au cri nocturne d'une chouette aux abords des maisons,
aux sorciers ayant pouvoir de traire à leur profit les vaches de leurs voisins,
aux personnes ayant le mauvais œil,
aux lièvres traversant le chemin devant un voyageur allant à pied,
aux demandes en mariage,
à la chasse gallière,
aux revenants,
aux cercueils accompagnés de quatre chandelles et placés sur des chemins passagers,
au loup-garou ou mange-chiens,
aux chevaux montés par des lutins.

Le Secrétaire : P. LOURADOUR.

 

 

SÉANCE DU 15 MARS 1956

Présidence de M. Laborde, Président

Présents : Mmes Châteauvieux, Juillet. MM. Berger, Châtreix, Me Dayras, MM. Hemmer, Laborde, Louradour, Moreau, Picouret, Teste Guy, Cléret.

Excusés : MM. René Boudard, Ribière.

ADMISSIONS : Mlle Guilhamon, agrégée d'Histoire, 28, Av. Reille, Paris 14e ; M. Ravasson, Instituteur à St-Victor (Creuse) ; M. Cottiche, Vérificateur-métreur à la Préfecture, Guéret ; M. Aubrun, étudiant, 2, rue Piorry, Poitiers ; M. Aleil, Professeur d'Histoire, rue St-Jean, Aubusson.

BIBLIOTHEQUE : Reçu de M. Chaize un volume : « Tribulations de Nicolas » (30 exemplaires).

Voeu émis par la Société : La Société prie son président de soumettre à l'agrément de M. le Maire de Chambon-sur-Voueize l'attribution à l'une de ses rues ou places du nom de P.L. Grenier, ce délicat poète félibréen qui a chanté avec bonheur cette cité de Chambon qui l'a vu naître.

M. Hemmer identifie un écu-sol (en or) de Louis XI (trouvé à St-Vaury).

NOTE LUE EN SEANCE. — Maître Maurice Dayras présente et donne aux Archives l'expédition d'un jugement du Tribunal Correctionnel d'Aubusson en date du 30 Mars 1848, qui, sur la plainte de M. René Guyonie, propriétaire demeurant au château de La Feuillade, condamnait un propriétaire du village du Montbuchoux, par défaut, à 20 francs d'amende et à autant de dommages intérêts en vertu de l'art. 194 du Code Forestier pour avoir coupé à un mètre du sol une cinquantaine d'arbres, essence chêne et hêtre, dans la partie de la forêt appelée « Pierre-Berlan » et les avoir chargés, avec son domestique, sur une voiture à roues ferrées attelée de deux bœufs.

Il présente et donne aux Archives, de la part de M. Blanchon, neveu de notre confrère Me Champeaux, récemment décédé, une gravure souvenir du Congrès de 1856 « dédié à l'Europe » ; cette gravure donne le texte du « Traité de Paix et d'amitié entre la France, l'Autriche, l'Angleterre, la Prusse, la Russie, la Sardaigne et la Turquie » signé à Paris, le 30 Mars 1856 ; ce texte est encadré des portraits en buste ou en pied des principaux hommes d'Etat et des écussons des pays signataires ; l'ensemble est dominé par une femme symbolisant l'Europe, qui distribue des rameaux d'olivier que devaient bientôt démentir les évènements (mentions au bas : Au dépôt géographique, 18, rue de l'Ancienne Comédie. Typ. Appert et Vavasseur, 54 et 84 pass. du Caire).

M. François Tabard signale deux passages de l'Histoire des Chevaliers de Rhodes, d'Eugène Flandin, 2e édition (Tours, Mame, 1867), p. 93 et 218-219. Il y est indiqué que le grand Maître Pierre d'Aubusson, pour consacrer le siège mémorable de 1480, ainsi que la prise de Rhodes par les Chevaliers en 1310 « commanda à la fabrique d'Anvers, alors florissante, des tapisseries qui, exécutées sur les dessins d'un nommé Quintin Messie, représentaient divers épisodes du siège de 1480 et la prise de l'île par Foulques de Villaret... » « Sur une de ces tentures, se voyait une troupe de chevaliers déguisés en bergers, entrant dans la ville ».

Cette mention de tapisseries commandées à Anvers par Pierre d'Aubusson paraît bien confirmer que les manufactures marchoises de la fin du XVe siècle se cantonnaient dans les verdures et bestiaires, mais ne produisaient pas de tapisseries à personnages. Sinon il paraît certain que le Grand Maître se serait adressé à elles.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Hemmer donne lecture de l'étude de M. Manissadjian, Professeur à la Faculté des Lettres de Lille : « La Communauté des prêtres de l'Eglise de Ste-Feyre (Creuse) », l'une des 27 communautés disséminées sur le territoire correspondant à peu près à l'ancienne Haute-Marche.

Au cours de cette très belle étude, alimentée par une documentation admirablement riche et variée et accompagnée de très nombreuses références parmi lesquelles figurent, avec insistance soutenue les archives municipales de Ste-Feyre et départementales de la Creuse, pour ce groupement écclésiastique, l'auteur recherche la date de fondation, met en évidence le but, reconstitue l'essentiel des statuts, sonde ses multiples fonctions (religieuses et d'enseignement), retrouve la nature et le mode de perception des revenus et consacre la dernière et peut-être plus éloquente partie de son travail à l'établissement et à l'explication d'une série de graphiques, s'appliquant à la période comprise entre 1346 et 1790 et présentant les courbes, remarquablement concordantes, d'une part des libéralités et transactions constituant le « volume économique » et, d'autre part, des effectifs de la Communauté, ensemble reflétant lui-même « l'évolution de l'esprit religieux général au long de près de cinq siècles ».

M. René Boudard nous envoie une très vivante et très intéressante étude sur : « Martin Nadaud, Préfet de la Creuse ».

Après avoir déploré que « le trop mince dossier que les Archives départementales de la Creuse conservent sur ce personnage ne permette pas une enquête très poussée sur son activité politique », M. René Boudard n'en parvient pas moins à une saisissante reconstitution de celle-ci, faisant revivre le « caractère ingrat et difficile » présenté par la tâche qui l'attendait à Guéret « en ces heures sombres où l'Empire et la France s'écroulaient », la formation de la Garde Nationale et des compagnies de Francs-tireurs, l'allocution qu'il prononça lorsqu'il les passa en revue et surtout le pathétique appel qu'il lança le 29 Novembre 1870 pour la mise au service de la Patrie des ressources financières de la Creuse, et dont l'inefficacité partielle motiva un second appel, plus pathétique encore, dans lequel Martin Nadaud adjure les maires de « répondre aux vœux du Gouvernement » et la population creusoise de tenter une guerre d'extermination dans les circonstances les plus désespérées, faisant montre d'un patriotisme allant jusqu'à la témérité, de telle sorte que ses six mois de Préfecture n'avaient apporté aucune ombre sur son passé de vieux militant républicain.

M. Louradour présente la première partie de son étude : « Regards sur la Commanderie de Maisonnisses au XVIIIe siècle », dans laquelle, à l'aide de documents provenant des Archives Départementales de la Creuse et surtout celles du Rhône, il énumère les droits honorifiques nombreux et parfois pompeux des Commandeurs, fait connaître les « officiers » de la Commanderie, puis par une étude comparée des nombreuses visites prieurales effectuées au cours de ce 18e siècle, examine l'état matériel du château et de ses dépendances (entretien, transformations, améliorations). Il s'efforce ensuite d'établir le caractère du rôle du Commandeur, envisagé surtout sous l'angle du degré de subordination à l'égard du Grand Prieur. Il pose enfin le problème de la présence effective du Commandeur, pour lequel de multiples considérations et notamment l'analyse du cadre de vie (tout à la fois sommaire, vétuste et abandonné) conduisent quasi irrésistiblement à une réponse négative.

M. Laborde nous lit de curieux extraits d'un compte de ménage donnant les prix d'un litre de vin entre les années 1871 et 1875, prix s'échelonnant entre 0 fr. 30 en 1875 pour un vin des Charentes et 0 fr. 90 en 1872 pour un vin de Montpellier.

Le Secrétaire : P. LOURADOUR.

 

 

SÉANCE DU 17 MAI 1956

Présidence de M. Laborde, président

Présents : Mmes Châteauvieux, Juillet, Petit. MM. Cléret, Hemmer, Laborde, Louradour, Moreau, Picouret, Pieuchot, Capitaine Pinchon.

Excusés : Mme Nicolas, M. Balland, Me Dayras.

Lecture est donnée du compte-rendu de la dernière séance.

ADMISSIONS. — M. l'Abbé Glangeaud, curé de Sardent, Mme Vieilhomme, 88, Rue Michel-Ange (Paris 16e) ; M. Roqueplo Eugène, 34, Rue Anatole France, Poissy (Seine-et-Oise) ; M. H.-J. Lionnet, 29, Rue Alphonse Pluchet, Bagneux (Seine) ; Mme Paul-Louis Grenier, Chambon-sur-Voueize (Creuse) ; Mlle Gerbeau, Professeur, Lycée de Filles, Limoges ; M. Pierrot, 54 bis, Rue de Verdun, Sartrouville (Seine-et-Oise) ; M. Pieuchot Gérard, Etudiant, Boussac (Creuse) ; M. Sigmann, Inspecteur d'Académie de la Creuse ; M. l'Inspecteur des Eaux et Forêts.

M. Laborde donne lecture de la lettre qu'il a envoyée à M. le Maire de Chambon-sur-Voueize en vue de l'attribution à l'une de ses rues ou places du nom de Paul-Louis Grenier. Il signale que les personnes désirant acquérir l'ouvrage intitulé « Les tribulations de Nicolas » peuvent en faire la demande à M. Roques, gardien du Musée.

MUSEE. — Dons reçus :

En souvenir de M. Noël Sarciron, par sa veuve et ses enfants :
1 lot important de gravures anciennes,
1 bandeau et un carré de soie imprimés,
1 chasuble en soie,
2 suspensions à éclairage,
2 fers à hosties,
1 tableau du 18e siècle.

Autre don, provenant, celui-ci des Demoiselles de Davach, 2 tableaux de Desjardins, représentant des membres de cette famille.

M. Laborde signale le récent article paru sur le journal « La Montagne », texte constituant une excellente propagande pour notre Musée.

EXCURSION PROCHAINE DE NOTRE SOCIETE. — M. Laborde en expose le programme détaillé. Il rappelle que son départ demeure fixé à 8 heures (place Bonnyaud), le retour en ce même point étant prévu pour 20 heures.

M. Hemmer signale la constitution d'un comité de propagande pour les Musées, sous la présidence de M. Sigmann, Inspecteur d'Académie de la Creuse.

NOTE LUE EN SEANCE :

M. Maurice Dayras examine le tracé donné par le Dr Janicaud de la voie romaine du IIIe siècle, d'Augustoritum (Limoges) à Augustodunum (Autun) par Ahun, Evaux, Néris et Bourbon l'Archambault, dans les approches de l'actuel Bourganeuf (V. Mém. Soc. Sciences.. T. XXIX p. 608).

Le Dr Janicaud indique pour l'arrivée par l'Ouest, les villages de Vergnoux, Gorceix, La Régasse et l'Avenue qui débouche à l'hôpital. Or, la tradition locale, les noms de lieux voyers et les restes qui la confirment paraissent bien incliner pour un autre tracé, non pas au Sud mais au Nord de l'actuelle route nationale 141.

Après les bois d'Epagne, ouest de Sauviat, la voie aurait atteint Vedrenas, commune de Montboucher, puis à peu près le chef-lieu actuel de cette commune, pour passer aux Fredoux, aux Vedrennes, actuellement dénommées Les Chabannes et arriver à l'actuel Bourganeuf par La Voie Dieu. Une voie Praetorium (St-Goussaud — Le Puy de Jouer) Quintiniacum (Tintignac près Tulle) perpendiculaire à la première, arrivant du Nord par Létrade et le bois du Grès, paraît venir se raccorder avec la précédente, précisément au lieudit Les Vedrennes, nom pluriel significatif ; les deux voies paraissent se confondre jusqu'après le niveau de l'embranchement actuel sur Peyrat-le-Château, la voie vers Tintignac se détachant alors vers le Sud, parallèlement et à l'Est de la route actuelle, par les Planèzes, le Grand Coudert et le Grand Mazuras.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. René Boudard, par sa remarquable étude « Un suspect à Bourganeuf pendant la Terreur, le procureur Navières », ne parvient pas seulement à reconstituer avec la plus grande précision les circonstances qui ont précédé et accompagné la détention de ce personnage (à la prison de Guéret) puis son séjour surveillé à son domicile et sa mise en liberté totale mais il excelle encore à faire revivre tous les aspects psychologiques de chacun des actes d'un tel drame « magnifique exemple de la malfaisance des querelles de clocher qui cherchent une vengeance sous le couvert d'une légalité plus que douteuse ».

M. Hemmer, dans son étude très poussée « Les biens nationaux mobiliers dans le district d'Aubusson », met brillamment en évidence tout le parti que l'historien peut tirer de « l'étude des documents au prime abord assez secs que sont les inventaires et procès-verbaux de vente d'objets mobiliers contenus dans la série Q des archives départementales », en ce qui concerne l'histoire économique (au triple point de vue de la connaissance de la composition des patrimoines, de l'histoire des prix et de celle des techniques), l'histoire intellectuelle et l'histoire artistique. La poursuite de ce but le conduit à un examen des « dépouilles des églises » (objets du culte et ornements), et des « meubles meublants » qui comprennent notamment le tout particulièrement intéressant bien que sommaire inventaire de la bibliothèque d'un « honnête homme », « à la veille de la Révolution ».

M. Lucien Casanova, par une étude très serrée des mémoires rédigés par une équipe d'officiers envoyés en Creuse pour l'établissement de la carte d'Etat-Major (vers 1840), a su reconstituer un vaste et vivant panorama :

« En Creuse, il y a cent ans »

où nous retrouvons, dans un clair et saisissant enchaînement l'agriculture (peu florissante), l'élevage (tout de même sensiblement plus prospère), l'industrie et le commerce (plutôt réduits), ensemble se soldant par une « médiocrité des ressources » entraînant « des conditions de vie assez rudes » que nous voyons se traduire dans la nourriture, le vêtement, l'habitation, l'ameublement et qui engendrent l'émigration (analysée ici) qui aide tout à la fois à révéler et à préciser le complexe caractère creusois dont le trait essentiel (attachement indéracinable au pays, à la terre, à la propriété, aux traditions, aux superstitions même) semble demeurer immuable dans sa profondeur malgré des apparences de transformations nées d'un siècle de modernisation.

Le capitaine Pinchon présente un intéressant document :

Contrat entre Antoine et Martial de la Chaize d'une part et, d'autre part, Antoine Buxerette pour 50 aunes de tapisserie à fleurs, de Bellegarde, à raison de 55 sols l'aune, payables moitié en argent, moitié en nature.

M. Hemmer signale la récente parution d'un fascicule de « Mémoires et documents » et intitulé : Répartition de la propriété foncière et de l'exploitation dans la Creuse.

« Les paysans dans la Creuse à la fin de l'Ancien Régime » par Marcel Chamboux, professeur au Collège Moderne du Havre. (Edité aux Presses Universitaires de France, 108, Bd St-Germain, 1956).

M. Hemmer attire l'attention de la Société sur le 16e Congrès de la Fédération des Sociétés Savantes du Centre qui aura lieu à Bourges les 26, 27 et 28 Mai prochains.

M. Hemmer rappelle l'importance de la participation de la Creuse à l'Exposition de Sculpture qui a lieu actuellement à Limoges. Il précise que, sur la soixantaine d'œuvres exposées, un quart appartient à la Creuse : (Vierge de Soubrebost — St-Antoine — St-Barbe — Vierge du 15e siècle provenant du Musée de Guéret etc...)

M. Hemmer envisage, lorsque l'exposition de Limoges aura fermé ses portes, sa réplique à Guéret où pourraient figurer à côté des pièces de la Creuse reprenant leur place habituelle des œuvres prêtées par la Haute-Vienne, par réciprocité.

Le Secrétaire : P. LOURADOUR.

 

 

SÉANCE DU 19 JUILLET 1956

Présidence de M. Laborde, président.

Présents : Mmes Châteauvieux et Louradour, MM. Cléret, Laborde, Louradour, Moreau, Picouret, Pieuchot Gérard, Capitaine Pinchon.

Excusés : Me Dayras, H. Hemmer, M. Boudard.

DECES. — Nous avons à déplorer la mort de M. Maître Hippolyte, industriel à la Graule.

ADMISSIONS. — M. Autechaud, Inspecteur des P.T.T. en retraite, 33, Rue Jean-Jaurès (Tulle — Corrèze) ; M. Sirat Jacques, 11, Rue Mouchy (Versailles — Seine et Oise) ; M. Guy Schaller, Libraire à Chambon-sur-Voueize ; Mme Louradour, Institutrice à Maisonnisses.

DONS AU MUSEE. — De M. Tessier, caissier à la Sécurité Sociale, un fragment de roche (spath-fluor) coloré vert et violet.

De M. Razet, à Braconnais, une lampe à huile et un bougeoir rustiques.

Trouvé à la Védrine, par Dontreix 2 fragments (en terre cuite rouge) d'objets ornementaux gallo-romains, don de M. l'Abbé Courteau.

BIBLIOTHEQUE. — « Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France » par Albert Dauzat (achat) et un petit opuscule sur le château de Chalusset (don du Dr Bordier).

M. Laborde signale que, du 21 Juillet au 10 août, à St-Rémy-de-Provence, au Musée des Alpilles, se tiendra une exposition de 73 œuvres du peintre et graveur Antoine Marius Martin, né à Arles, qui dirigea (de 1917 à 1930) l'Ecole Nationale d'Art Décoratif d'Aubusson.

M. Laborde signale également que l'Association française d'action artistique, préparant à Rome une exposition du XVIIe siècle européen, nous demande de prêter, pour figurer à cette manifestation, le tableau « Portrait d'Albert Guillaume », par E. Lesueur (appartenant au Musée de Guéret).

D'autre part, M. l'Inspecteur des Musées de province nous a demandé, pour une exposition de musées de province dans le métro, une photo d'une stèle antique. M. Laborde montre les deux photos de cippes gallo-romains qu'il a sélectionnés pour les présenter au choix de l'organisation de cette exposition.

M. André Boucher, receveur des P.T.T. à Patay (Loiret) a adressé à notre Président une lettre dans laquelle il nous offre, à titre absolument gracieux, de forts intéressants échantillons de minéralogie (pièces fossiles et pièces rares diverses). Nous acceptons cette offre avec reconnaissance et adressons à M. Boucher nos plus chaleureuses félicitations.

NOTES LUES EN SEANCE. — Le Capitaine Pinchon présente un troisième supplément aux études consacrées déjà dans nos « Mémoires » (tomes XXVII (page 456) ; XXIV (page 491) et XXXI (page 145) aux « fontaines à pélerinage » de la Creuse. Cette note qui concerne la fontaine de St-Sébastien (Champagnat) et celles des saints Côme et Damien (Puy Malsignat) porte à 149 le nombre total de ces lieux de pélerinage jusqu'ici dénombrés.

M. Emile Genevoix nous envoie la relation des « Impressionnants effets de la foudre » qui, au village du Pêcher (Commune de Crozant), a « complètement mis en pièces » un chêne de 12 mètres de hauteur et de 50 cm de diamètre à la base, sectionnant son tronc, le déchiquetant et le décortiquant.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. René Boudard nous envoie sa très curieuse communication : « Sur l'itinéraire de Zizim : de St-Antonin en Dauphiné à Bourganeuf ». L'auteur rappelle la fondation de Bourganeuf, le « Bourguet neuf » qui ne fut, à l'origine, que l'un de ces « hôpitaux » que l'Ordre des Hospitaliers de St-Jean installait sur les grandes routes de circulation ou de pélerinage.

C'est ainsi que furent construits les premiers éléments du château que devaient compléter, au XVe siècle, les tours de Lastic et de Zizim.

L'accession de Pierre d'Aubusson à la charge de grand-maître de l'ordre précité procura à la ville, chef-lieu du grand prieuré d'Auvergne et « capitale » de la langue du même nom une renommée exceptionnelle que fit encore croître le séjour de Zizim (ou Djem), prince pour lequel différents biographes (tant chrétiens que musulmans) ont écrit des pages auxquelles ajoute peu de foi M. Boudard qui retrouve pour Djem l'itinéraire suivant en France : remontée de la vallée du Rhône, arrêt à Lyon, réception à St-Antonin en Dauphiné par l'Abbé, puis au château de la Rochechinard (en Dauphiné encore) où le prince demeura quelque temps avant de gagner la Marche où Pierre d'Aubusson lui attribua une résidence fixe. En attendant la construction de la tour qui porterait son nom, Zizim dut résider au Monteil-au-Vicomte (lieu natal de Pierre d'Aubusson) ou bien à Bois-Lamy (patrie de Guy de Blanchefort), puis dans la commanderie de Morterolles (Limousin).

A Bourganeuf, sa présence donna lieu à de gracieuses légendes et Djem demeure, dans son mystérieux destin, l'un des souvenirs les plus captivants de notre histoire marchoise.

M. Louradour donne lecture de la dernière partie de son étude : « Regards sur la Commanderie de Maisonnisses au XVIIIe siècle », partie réservée aux « Biens, revenus et charges ».

Un décret de l'Assemblée Nationale en date du 18 Juin 1789 enjoignait à tous les commandeurs de faire une déclaration « des biens, revenus et charges » de leur commanderie. M. Louradour fait connaître la teneur intégrale de ladite déclaration établie par le Commandeur de Maisonnisses en exécution de ce décret et, après s'être livré aux multiples remarques d'histoire locale auxquelles ce document donne lieu, il procède à une étude particulière de la « Perception des dîmes et cens » montrant, à l'aide de documents de l'époque, d'une part, les difficultés rencontrées pour cette perception et, d'autre part, les nombreuses et minutieuses précautions prises par les Commandeurs pour s'assurer le recouvrement de ces impôts, notamment en procédant à la « rénovation » des terriers.

Dans ses conclusions, M. Louradour, après avoir résumé l'ensemble de son travail, montre que « les commandeurs n'avaient pas autre chose à faire qu'à toucher les revenus », que toute l'activité des commanderies convergeait donc vers cet unique but, qu'enfin et surtout l'abandon quasi absolu dans lequel les commandeurs, trop souvent, laissaient leur tâche, avait pour conséquence finale le maintien et le développement de « la misère qui pesait sur la région ».

M. Laborde nous livre sa très complète et fort évocatrice étude : « Le chanvre : une plante et une industrie qui ont disparu dans notre région ». M. Laborde, après avoir présenté des considérations tantôt scientifiques, tantôt folkloriques, sur le sexe de cette plante que La Fontaine appelait « la chanvre » et que tous dénomment aujourd'hui « le chanvre » et noté ses usages secondaires rappelle les détails de sa culture tant soignée, jadis en Creuse : choix du terrain, copieuse fumure préalable, double labour, rupture des mottes, nivellement du sol, mise en place d'épouvantails. Puis c'est à la laborieuse et parfois difficile préparation des fibres qu'il nous fait assister : arrachage, rouissage, chauffage au four, broyage, peignage, filage, constitution des écheveaux. Mais si intéressant que puisse apparaître cet aspect narratif de cette étude il s'estompe partiellement dans l'atmosphère folklorique qui baigne de toutes parts ces pages qui font revivre tant d'images autrefois familières, aujourd'hui effacées : « chenevière meuble et polie comme les planches d'un parterre, ménagères montrant avec orgueil les piles de draps de lit entassées dans les armoires de noyer » et, lors du broyage au clair de lune du chanvre encore chaud, incessante répétition « des trois coups saccadés suivis d'un silence et accompagnés des hurlements plaintifs de tous les chiens du pays ».

Le Secrétaire : P. LOURADOUR.

 

 

SÉANCE DU 20 SEPTEMBRE 1956

Présidence de M. Laborde, président

Présents : Mmes Châteauvieux, Louradour, Monthioux ; MM. Boudard, Cléret, Laborde, Louradour, Massaux, Monthioux, Moreau, Picouret, Capitaine Pinchon, Teste Guy.

Le procès-verbal de la dernière séance est adopté.

ADMISSIONS. — Mme Claude Bergère, Hôtel Brunaud Chénérailles, (Creuse) ; M. Jean Basset de Guines, Conseiller du Commerce Extérieur, ancien juge consulaire ; M. le Docteur Brugeas Henri, 86, Boulevard Notre-Dame, Marseille ; M. Vergeade, 101, Avenue Carnot, Cenon (Gironde) ; M. Boucher André, Receveur des P.T.T., Patay (Loiret) ; M. Blandin Maurice, employé de bureau, 39, Rue de Naujac, Bordeaux.

MUSEE. — Don par M. Boucher de 17 pièces minéralogiques et d'un oursin fossilisé.

LECTURES ET COMMUNICATIONS :

Sciences Naturelles — Minéralogie

M. Massaux, étudiant en minéralogie, nous a exposé, au cours d'une causerie extrêmement intéressante, les résultats des multiples prospections auxquelles il s'est livré, en Creuse, pendant ces grandes vacances, en compagnie de M. Pierrot assistant au Muséum National d'Histoire Naturelle et de M. Teste Guy qui se spécialise également dans la minéralogie. M. Massaux nous énumère les points prospectés.

Plusieurs tournées furent effectuées dans le Département afin d'enrichir la collection minéralogique creusoise du Musée d'une part, afin de préciser certaines connaissances nécessaires à l'élaboration d'une nouvelle carte minéralogique de la Creuse d'autre part.

Ces prospections intéressent les lieux suivants : Champotré, (par Crozant), Crozant, Janaillat, Monboucher, Les Côtes, (par Châtelus-Malvaleix), Chamborant, Mornat, (par Ahun), Bonnat, etc...

Il fournit, pour chacun des échantillons, une documentation remarquable tout à la fois par son abondance et sa précision, qu'il s'agisse de l'historique de l'exploitation d'un gisement ou des possibilités offertes pour l'avenir par certains d'entre eux.

M. Laborde félicite chaudement ces trois jeunes spécialistes non seulement pour cette étude mais encore pour la confection d'une carte minéralogique de la Creuse, conclusion des prospections précitées ; pour le don d'une collection de leurs trouvailles (comportant bon nombre de pièces de toute beauté), don qui enrichit sensiblement les vitrines de la salle de minéralogie de notre Musée où MM. Massaux, Pierrot et Teste Guy ont, de plus, accompli une véritable rénovation des collections parmi lesquelles ils ont opéré une sélection qu'ils ont fait bénéficier ensuite d'une présentation entièrement nouvelle, à la fois logique et des plus attrayantes et que notre Président nous invite à aller admirer.

Nous nous réjouissons d'autant plus de l'ensemble de cette activité qu'elle est née de la science et du dévouement de trois de nos plus jeunes éléments et qu'elle se rapporte à une matière souvent en sommeil au sein de notre Société.

BOTANIQUE : (Cryptogamie)

M. Emile Genevoix nous fait part d'une trouvaille rarissime faite par « un propriétaire de la Commune de Villard, M. Penet, de La Pérelle : un énorme champignon blanc à surface lisse, affectant la forme curieuse d'un tronc humain et appartenant à la famille des Lycoperdacées (Classe des Gastéromycètes). L'échantillon trouvé, que M. Genevoix a montré à M. le Professeur Jonel du Muséum, est « un géant d'une espèce géante » et étonne également par ses dimensions : hauteur : 0m,28 — périmètre 1m,27 — diamètre 0m,48 et son poids : 5 kg, 200.

ZOOLOGIE. — Madame Louradour présente, sur le Loir et le Lérot, une étude d'un intérêt tout particulier puisqu'elle vise à combattre une erreur de désignation de ces rongeurs. Cette étude a été, en effet, motivée par les faits suivants. Des habitants de Maisonnisses ont capturé un animal qu'ils ne connaissaient pas et que ne connaissaient pas davantage de nombreuses personnes de communes voisines ou éloignées auxquelles il fut présenté.

Mme Louradour, qui fut pressentie en vue de son identification, le nomma : Loir et procéda à l'étude qu'elle nous livre aujourd'hui : étude approuvée par le Muséum National d'Histoire Naturelle et dont les précisions les plus essentielles parce que les plus propres à reconnaître l'animal sont celles-ci : Le Loir vrai (glis glis) est un rongeur nocturne arboricole, claviculé, comestible, au poil gris doux et épais, aux oreilles courtes et rondes, au regard vif, et — caractère remarquable — à la queue touffue comme celle de l'écureuil. C'est le Lérot, improprement appelé « Loir » qui a une queue de section cylindrique et peut, à la rigueur, ressembler à un rat par ce caractère.

Cette étude comporte d'ailleurs, avec une description extrêmement détaillée du Loir, un tableau de ses mœurs et une évocation du rôle de choix qu'il joua dans l'alimentation romaine.

HISTOIRE. — Le Docteur Rochat nous a envoyé un rapport fait au Sénat en 1912, par M. Defumade, Sénateur « au nom de la Commission des chemins de fer, chargée d'examiner le projet de loi, adopté par la Chambre des Députés, ayant pour objet de déclarer d'utilité publique l'établissement des chemins de fer, à voie d'un mètre, de Saint-Léonard à Auzances et de Bonnat à Evaux ou à un point voisin d'Evaux, sur la ligne de Montluçon à Eygurande.

Monsieur Hemmer présente la vaste et remarquable étude de Michel Aubrun « L'Abbaye cistercienne d'Aubepierres ». (C'est l'abondance du quartz très pur qui recouvre le sol en maints endroits qui a dicté aux moines le choix du nom de leur fondation : « monastère des Pierres-Blanches » (d'où Aubepierres).

Bien qu'une étude de cette Abbaye ne soit pas facilitée par une documentation abondante, bien qu'un incendie allumé en 1569 par une armée protestante de passage dans la région détruisit une partie des archives du monastère, l'auteur a su admirablement mener à bien son œuvre sur le plan de laquelle nous allons jeter un regard :

Chapitre I. — Les Origines de l'Abbaye (fondée le 10 Juin 1149 par Clairvaux, sur les terres de Malval, la générosité des petits barons du voisinage permettant la constitution de son domaine.

Chapitre II. — L'Abbaye — Sa situation dans une région boisée très peu peuplée franchement isolée sur un affluent de la rive droite de la Petite Creuse (le chemin d'Aigurande à Dun-le-Palestel passait dans le domaine des moines et traversait la Petite Creuse au pont de Puylandon).

Le site du monastère permet de tirer parti des avantages résultant du voisinage des eaux sans en éprouver les inconvénients.

Rien ne subsiste des bâtiments de l'Abbaye. Le Seigneur de l'Age-Champroy (Commune de Fresselines), au XVIe siècle, se fit construire son château avec des pierres provenant de l'« aumônerie des moines ».

En 1539 l'Abbaye fut victime d'un pillage.

En 1589 les Huguenots s'acharnèrent sur le monastère.

Les bâtiments furent relevés en partie de leur ruine au XVIIe siècle par le laborieux Abbé de Saint-Maur.

(Il sera ultérieurement parlé de la suite de cette étude).

FOLKLORE. — M. Laborde donne lecture de sa fort intéressante étude « Le Carnaval dans nos campagnes ». Après avoir précisé l'étymologie du terme Carnaval, formé de deux mots latins « carne » et « vale » qui veulent dire « adieu à la viande » et démontré que Carnaval convient parfaitement à désigner le dernier jour où il est permis de faire usage de la viande (avant le carême). M. Laborde retrace l'historique de ce jour de liesse, issu des fêtes païennes ou romaines. Il rappelle, au dimanche précédant le Mardi-gras, la promenade du bœuf enrubanné, au son de la vielle et de la musette, explique le choix de ce bœuf par le rôle qu'il a joué dans les mythologies anciennes puis en Gaule, souligne la similitude entre les anciens carnavals et les saturnales, nous fait assister au lent déclin de cette fête qui se traduit de moins en moins dans la rue et consacre la fin de son étude à composer un bouquet de superstitions locales et d'usages locaux parmi lesquels figurent d'anciens menus de mardi-gras.

La dernière évocation de M. Laborde est celle du bonhomme de paille, figurant le carnaval, brûlé le mercredi des cendres. N'est-ce pas un peu aussi le sort de la fête elle-même ?

M. Laborde présente une note nous révélant de forts curieux détails concernant la dévotion aux Saints Côme et Damien.

Le Secrétaire : P. LOURADOUR.

 

 

SÉANCE DU 15 NOVEMBRE 1956

Présidence de M. Laborde, président

Présents : Mmes Châteauvieux, Juillet, Louradour ; Mlles Briquet et St-Hilaire ; MM. Hemmer, Laborde, Louradour, Moreau Picouret.

Excusés : Mme Labetoulle, MM. Balland, Boudard, Me Dayras.

ADMISSIONS. — M. Jean-Pierre Dumazeaud, 1, Rue de la Chine (Paris XXe), M. l'Abbé Boudard, Curé d'Issoudun (Creuse) M. Jean Robert, Avoué à Aubusson, M. Camille Legoueix, artisan-tapissier, 60, Rue Alfred Assolant (Aubusson), Mlle Anne-Marie Lecomte, 7, Boulevard Clémenceau, à Beaune (Côte d'Or). Mlle Monique Lamberterie, Château de la Voreille, par Peyrat-la-Nonière (Creuse), Mme Chevrier, 5, Avenue Louis Laroche, (Guéret).

DONS AU MUSEE ET A LA BIBLIOTHEQUE. — Par Mme Hugon, en souvenir de son mari Henri Hugon, ancien trésorier payeur général et membre du Conseil d'Administration de notre Société et des Amis du Musée :

1°. — Un cadre contenant les décorations de son grand-père de son père, de son oncle ainsi que les siennes.

2°. — Un bidet en céramique vieux Rouen.

3°. — Une carte ancienne de la Creuse, avec une vue de Guéret.

4°. — un lot d'armes françaises et étrangères : sagaies, cassetête, sabres, épées, baïonnettes.

Par M. Ferrand, peintre à Guéret, 1 tableau : nature morte, quelques fleurs.

Par M. Moreau : une carabine de cavalerie anglaise (1866), une étude des tapis sarrazinois par Pérathon ; un opuscule : « Le château de St-Germain-Beaupré » par Ratier Paul, de St-Germain et 5 fascicules « Les gens de qualité en Basse-Marche ».

De la part de M. Blandin une édition de 1575 des œuvres complètes du poète Auzone, né à Bordeaux (édité par Simon Millanges), originaire d'un village de St-Goussaud, établi imprimeur à Bordeaux.

M. Laborde signale que, parmi les photographies qu'il a fait parvenir pour l'Exposition des Musées de Province, celle du cippe de St-Yrieix-les-Bois a été choisie et figure donc actuellement à la Station Métro : « Opéra ».

M. Laborde signale également que Le Centre de la Recherche Scientifique nous a demandé de faire photographier la pierre que nous avons au Musée et dont l'inscription qui commence par les mots sacer peroco contient plus loin ieuru, terme gaulois. Satisfaction lui a été donnée, et la photographie de cette pierre paraîtra dans le recueil : « Inscriptions de l'époque gauloise ».

NOTES LUES EN SEANCE. — M. Pierre Gabillon signale que, vers le 15 Novembre 1955, M. Piget Louis, cultivateur au hameau de la Bazonnerie, en labourant un de ses champs (figurant au plan cadastral de 1940 sous le nom de la Gorse (N° G 1048), a mis au jour une exavation qui s'était ouverte sous les pas de ses bêtes. Il s'agissait d'un souterrain-refuge dont M. Gabillon nous envoie le plan et la description.

M. Hemmer présente une note (récemment parue dans la presse sous la signature de M. Dessalles de Montluçon) sur les Pierres Jaumâtres, et rappelant des notions géologiques se rapportant à ces blocs sur l'origine et les prétendus usages desquels l'imagination populaire a édifié tant de légendes tombées aujourd'hui en désuétude.

LECTURES ET COMMUNICATIONS. — M. Laborde lit de très larges extraits d'une communication lue lors du Cinquantenaire de la Société Historique et Scientifique des Deux Sèvres par Gaston Giraudias et intitulée : « Jules Sandeau et sa famille à Niort ».

Ce texte s'efforce de montrer que l'histoire de Jules Sandeau est étroitement liée à celle de Niort. Il rappelle que cet homme, romancier de « Mlle de la Seiglière » et de « Gendre de Monsieur Poirier », académicien, bibliothécaire de la Mazarine, collaborateur de la « Revue des Deux-Mondes », était considéré comme l'un des meilleurs écrivains de son temps.

Il retrace certaines étapes de sa vie : son enfance à Aubusson ; son séjour à La Châtre où il connut celle qui devait devenir célèbre sous le nom d'Aurore Sand, à Parthenay qu'il sut si bien peindre tour à tour en noir et en rose en de si savoureuses missives heureusement conservées, à Niort enfin où il « noua des amitiés près desquelles sa gaieté s'épanouissait en gamineries inégalement spirituelles » et où il publia son roman « Madame de Sommerville » où un critique salue « le contrepoison des romans de Georges Sand ».

Le même document nous fait encore pénétrer dans l'intimité de Jules Sandeau : par des citations empruntées à sa correspondance nous voyons revivre ses sentiments, notamment à l'égard de sa sœur qu'il appelle « son trésor adoré » et de son fils unique, doué, aventureux, marin, bientôt malade, bientôt disparu à 33 ans, qui laissa Jules Sandeau dans un désespoir immense qui lui arracha ces mots « ma vie est close ».

M. René Boudard, saisissant l'occasion qui lui est offerte par la Foire-Exposition de Guéret de 1956, nous envoie sa très ample et fort intéressante évocation de l'« ancêtre » de celle-ci « Le Concours-Exposition », qui obtint, en notre ville, en 1862, un énorme succès.

Cette double manifestation, à la fois Concours et Exposition attira une affluence considérable sur l'« Avenue Napoléon » (actuellement avenue de la République), sur la « rue du Collège », une partie de la « Place du Théâtre » et la « Place d'Armes » garnie « d'une double rangée de tentes décorées et de tentures ».

L'agriculture est représentée par les « animaux de race » et les produits agricoles. L'exposition florale est due à M. Ducloux pépinieriste.

Pour la section industrielle, deux salles du Palais de Justice s'ornent des « merveilles » envoyées par les tapisseries de Felletin et d'Aubusson : pièces extrêmement variées allant des portières aux tapis, des dossiers de fauteuils aux écrans et avoisinant avec les cuirs de la maison Peyrathon, les poteries de M. Clément, les porcelaines de Bourganeuf....

La branche artisanale s'enorgueillissait des carrosseries de M. Auchatraire, des sabots et galoches de MM. Chassaigne et Malaure (chaussures fabriquées à l'aide d'une mécanique inventée par les exposants), d'une « frotteuse », ancêtre probable de nos cireuses, du bois de placage de M. Dubranle, etc....

La section des Beaux-Arts se présentait forte des nombreuses et remarquables collections des grands propriétaires marchois et des châtelains d'autres départements (Indre, Puy-de-Dôme, Hte-Vienne) : meubles de style, tableaux de maîtres, émaux, faïences, ivoires, armes, médailles, manuscrits, chartes....

Reflet de tant de caractères et de tendances d'une époque creusoise, cette exposition, par sa richesse et son éclectisme, s'avère capable d'inspirer utilement nos manifestations contemporaines du même nom.

M. Hemmer communique son compte-rendu : « Les Musées et la vie moderne » : Le Musée de Guéret et la campagne internationale des Musées ».

M. Hemmer met tout d'abord en parallèle, afin d'en souligner le contraste, l'opinion d'hier et d'aujourd'hui sur les musées : celle d'hier réceptacle des objets les plus hétéroclites », véritable « cimetière d'objets », celle d'aujourd'hui : « instrument de culture, mode moderne d'acquisition de connaissances », conception engendrant la création du « Palais de la Découverte » et dictant à l'U.N.E.S.C.O. sa « campagne internationale des Musées », dans laquelle s'inscrivit, sur le plan local, l'exposition de « Sculptures Marchoises » qui vient d'avoir lieu à notre Musée de Guéret.

Après avoir rappelé les manifestations souhaitées par l'U.N.E.S.C.O. à l'échelon national et à l'échelon régional, M. Hemmer expose les initiatives prises à Guéret :

1°) par les conservateurs du Musée : gratuité des visites durant la semaine du 8 au 14 octobre.

2°) Constitution (sur l'instigation de M. Sigmann, Inspecteur d'Académie), d'un comité local réunissant différentes personnalités de l'Enseignement et des Mouvements de Jeunesse, comité qui étudia et prépara les visites scolaires.

M. Hemmer se plaît à enregistrer le bilan positif de ces différentes activités dont le plus beau résultat fut sans doute, grâce à l'action de M. l'Inspecteur d'Académie et des efforts du Corps Enseignant, la visite effectuée à notre Musée par 1.200 enfants ou jeunes gens appartenant à tous les ordres d'enseignements et qui furent dirigés « vers les grandes collections intéressant plus particulièrement les programmes scolaires ».

M. Hemmer trouve dans cette constatation « un encouragement pour les Conservateurs à rendre notre beau Musée de Guéret toujours plus accueillant et ses collections toujours plus accessibles ».

M. Louradour fournit une description détaillée des ruines d'une très ancienne maison, située à Maisonnisses, dont la démolition s'achève actuellement.

La tradition populaire voulant que cette vieille demeure (portant la date 1621) fût l'ancien presbytère semble concorder, d'une part, avec la présence du monogramme du Christ surmontant la porte et devant indiquer une destination religieuse et, d'autre part, avec l'existence d'une croix de Malte sur écusson ornant un manteau de cheminée et pouvant marquer une dépendance de la Commanderie de Maisonnisses.

Le Secrétaire : P. LOURADOUR.