SÉANCE DU 16 JANVIER 1988
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles J. Basset, A. Bichet, L. Bournazel, J. Chaix, M.-J. Crossay-Lestrade, H. Daudonnet, G. Duguey, J.-M. Gabriagues, Y. Hourou, M.-Th. Lalaguë-Guilhemsans, S. Métrich, Fr. Mousson, J. Sabourin, A. Tourte ; MM. R. Auclair, G. Avizou, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, R. Dugot, A. Duguey, J. Gateau, Ph. Loy, M. Manville, F. Mimon, P. Saillol, A. Tessier, R. Thome, E. Taillemite, P. Urien. Excusés. — MM. H. Lacrocq, P. Léger.
Nécrologie. — Le président adresse les condoléances de la Société aux familles de M. Jean Advenier à Leyrat, de M. Charles Rousseau, prêtre à Peyrelevade, de M. Maurice Schermesser et de M. Martial Tricaud, ces deux derniers domiciliés à Paris.
Admissions. — Mme Marie-Josèphe Crossay-Lestrade, docteur en chirurgie dentaire, Les Mottes, 23800 Dun-le-Palestel ; M. Jean-Pierre Putot, chirurgien, rue des Troubadours, 23200 Aubusson ; Mme Andrée Vigier-Capdeville, domaine de Pommeroux, 23250 Genouillac.
COMMUNICATIONS
Une trentaine de personnes ont assisté à la séance de janvier de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, présidée par M. Taillemite, qui a signalé deux communications écrites d'adhérents, l'une du docteur Eybert, relative au prieuré de Bostroger, la seconde de Mme Panet, relative à un menhir à Gioux.
— La première communication était celle de Mlle Jacqueline Sabourin, qui, à partir de L'Echo de la Creuse, a pu reconstituer l'aventure d'un faux-monnayeur dont la tradition orale avait conservé le souvenir quelque peu déformé. Le 8 septembre 1875, Jean-Alexandre Petit, né le 11 août 1853, qualifié d'« entrepreneur » à Maneyraux, s'introduisit chez son oncle au moulin de La Chave et y déroba de l'argent. Pris en chasse par les habitants du village voisin, il fut livré à la justice. Au cours de l'enquête, on découvrit qu'il possédait un attirail de faux-monnayeur et qu'il avait tenté d'écouler de la fausse monnaie. Il fut condamné à cinq ans de travaux forcés, au cours de la session de la cour d'assises de janvier 1876. Toute la famille Petit disparut de la commune après le procès, et l'on n'a plus aucune trace du faux-monnayeur par la suite. Mais on connaît toujours, dans la commune, la « maison du faux-monnayeur ».
— Puis Mme Jacqueline Chaix présenta la description d'une tapisserie et d'un tapis respectivement tissés à Aubusson en 1872 pour la ville de Paris et en 1887 pour le pape Léon XIII. La tapisserie venait des établissements Sallandrouze et était une commande destinée à l'ameublement de l'Hôtel de Ville de Paris après les destructions de la Commune. Une femme y représentait la Ville de Paris, entourée de divers éléments allégoriques. Le tapis, tissé par la maison Croc-Jorrand, avait été offert, en compagnie d'un émail de Bourdery, par le diocèse de Limoges à Léon XIII pour le jubilé sacerdotal de ce dernier. Il représentait les armes de Léon XIII, entourées de motifs floraux et des écussons des archiprêtrés de la Creuse.
— M. Guy Avizou retraça ensuite quelques aspects de la carrière politique de Camille Riffaterre (1879-1964). Conseiller général, maire, député de Bourganeuf, il fut l'un des hommes politiques creusois les plus en vue de la seconde moitié de la IIIe République, et l'étude de sa carrière permet de discerner les mécanismes de l'accession à la notabilité politique. Celle-ci s'appuie d'abord sur un réseau familial couvrant Bourganeuf et les cantons limitrophes, puis sur la conquête méthodique des mandats locaux, ainsi que sur un rôle actif dans certaines organisations comme le syndicat d'électrification des cantons de Bénévent-Bourganeuf. Notable local bien implanté, fidèle aux valeurs essentielles de la gauche, Camille Riffaterre s'est longtemps montré réticent devant l'adhésion à un parti. Elu sous diverses étiquettes (républicain socialiste, socialiste indépendant), ce n'est qu'à la veille des élections générales de 1932 qu'il rejoint les rangs de la S.F.I.O.
— Enfin M. Roger Thome présenta les éléments concernant le groupement des bataillons Anne, à partir desquels il élabore sa prochaine publication. On peut en effet reconstituer les événements qui émaillèrent la vie de cette formation F.F.I. qui s'illustra dans les combats pour la libération du département en 1944. Constitué au lendemain du débarquement allié de Normandie, le groupement des bataillons Anne, dont la zone d'intervention s'étendait sur une dizaine de cantons et près d'une centaine de communes du nord du département, rassemblait au 31 août 1944 1 142 combattants auxquels s'ajoutait le personnel de liaison, de ravitaillement, de santé, etc., soit en tout 1 280 personnes. Il fut dissous le 31 décembre 1944. M. Thome évoqua avec précision certaines actions et certaines difficultés majeures auxquelles fut confronté ce bataillon au cours de son existence.
SÉANCE DU 19 MARS 1988
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles J. Basset, A. Bichet, L. Bournazel, M.-Fr. Briquet, S. Caylus, J. Chaix, G. Duguey, M.-Th. Lalaguë-Guilhemsans, M. Létang, S. Métrich, Fr. Mousson, Chr. Parouty, J. Porcher, M. Sangouard, S. du Vigneau ; MM. G. Avizou, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, X. Chabois, D. Dayen, A. Duguey, L. Dumas, H. Lacrocq, M. Manville, J. Marrane, F. Mimon, M. Parouty, P. Saillol, E. Taillemite, A. Tessier, P. Urien. Excusés. — MM. R. Auclair, O. Hernandez, P. Léger, R. Parton.
Nécrologie. — La Société s'associe au deuil des familles de Mme Germaine Messin à Royère-de-Vassivière, de M. Lucien Tabouret à Bonnat, de M. Georges Zimmer au Plessis-Robinson.
Admissions. — Mme Ginette Cotton, 38, rue de Chamonix, 03100 Vichy ; Mme Ginette Dubosclard, rédacteur, Châteauvieux, 23000 Guéret ; M. Rolland Guérin, directeur commercial, 24, bd Alexandre-Martin, 45000 Orléans ; M. Jean-Pierre Hosatte, cadre de laboratoire d'analyses médicales, 20, avenue Charles-de-Gaulle, résidence Les Marronniers, 23000 Guéret ; M. Jean Marrane, publiciste, 6, rue Pierre-Honfroy, 94200 Ivry-sur-Seine ; M. Pascal Plas, chargé de cours U.E.R. Lettres, 35, rue de Belfort, 87100 Limoges.
Dons à la bibliothèque. — Par D. Dayen, de Jean Gaulmier L'univers de Marcel Jouhandeau, P., Mizet, 1959 ; par le même, de Marcel Jouhandeau Le langage de la tribu, P., Gallimard, 1955 ; par R. Bourdet, la collection de sa revue Œil de faucon.
Une quarantaine de personnes étaient venues assister à l'assemblée générale annuelle de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, qui s'est tenue le samedi 19 mars à la bibliothèque de la Société sous la présidence de M. Taillemite.
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE STATUTAIRE
Le président présenta tout d'abord le rapport d'activité pour l'année 1987 ; de ce rapport il ressort que la Société de la Creuse n'a pas été épargnée par la baisse d'effectifs constatée ces derniers temps dans nombre de sociétés savantes, dans la région comme dans des départements très éloignés du nôtre. Cette baisse est encore, en pourcentage, peu importante, puisque la Société compte toujours environ 800 membres ; cependant le président a tenu à rappeler que la Société ne devait pas « se reposer sur ses lauriers », mais au contraire se faire davantage connaître et faire connaître ses activités. Celles-ci ont été marquées, en 1987, par des communications très variées au cours des six séances annuelles ; par la séance foraine de Chénérailles, au cours de laquelle fut présentée une exposition en collaboration avec les Archives départementales de la Creuse ; par la participation de MM. Carriat et Urien au Congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre, à Tulle ; par la participation enfin de M. Saillol au colloque organisé à la Sorbonne sur le thème « La Révolution française et le monde rural ». La Société a publié en 1987 son volume annuel des Mémoires, ainsi que le volume VIII des Etudes creusoises (qui n'a été distribué qu'au début 1988). La préparation du volume IX, qui sera consacré à la Révolution, est déjà fort avancée. Mme Bichet, la trésorière de la Société, a ensuite présenté le rapport financier. Les deux rapports ont été votés à l'unanimité.
CHRONIQUE
Le président annonça ensuite que le conseil d'administration avait décidé (en vertu des statuts de la Société, qui prévoient que l'on peut nommer membres d'honneur « des personnes qui ont rendu des services signalés à la Société ») de nommer M. Amédée Carriat membre d'honneur de la Société des sciences. Il rappela que le Congrès de la fédération des sociétés savantes du Centre se tiendrait à Brioude les 28 et 29 mai 1988, et que MM. Hernandez, Léger et Vuaillat participeraient au Congrès national des sociétés savantes à Strasbourg. Il signala que les personnes désirant présenter une communication lors de la séance foraine de Bonnat, le 14 mai, devaient s'adresser à la secrétaire de la Société Mlle Lalaguë-Guilhemsans. Puis eut lieu le vote relatif à l'excursion de 1988 ; l'assemblée décida qu'elle aurait lieu le dimanche 11 septembre, dans la région de Rochechouart.
Le président annonça ensuite que le premier fascicule du Dictionnaire des auteurs du pays creusois (lettres A-B), d'Amédée Carriat, était de nouveau en vente à la Société des sciences ; il rappela la récente parution des Glanes d'archéologie, d'histoire et de littérature creusoises, ainsi que l'achat par la Société d'une collection du Messager de la Creuse (1906-1937), qui peut être consultée à la bibliothèque de la Société, le mercredi de 14 h 30 à 17 h 30.
COMMUNICATIONS
— M. Urien signala l'existence d'un ossarium récemment trouvé dans une tourbière à Magnat-l'Etrange, et Mme Chaix précisa qu'elle avait retrouvé la trace de la tapisserie « La Ville de Paris au XVIIe et XVIIIe siècle », décrite dans sa communication du 16 janvier dernier : cette tapisserie, qui avait été commandée pour la salle du trône de l'ancien hôtel de ville de Paris, figure actuellement dans la salle des séances du Conseil municipal de Paris. Le président lut ensuite un courrier de M. Desbordes, directeur des Antiquités historiques du Limousin, relatif aux inscriptions arabes relevées sur une fresque médiévale de l'église de Parsac ; un égyptologue a pu en transcrire une partie, et l'on suppose que des maçons et tailleurs de pierre étaient revenus d'Espagne, au XIIe ou au XIIIe siècle, accompagnés d'un fresquiste mudéjar, auteur possible de la fresque.
— Puis furent présentées les communications. La première, de M. Pierre Urien, avait été préparée en collaboration avec M. Roland Nicoux, et concernait une lettre d'un tuilier creusois installé dans la banlieue lyonnaise, Jean Pedon. La lettre, du 29 mars 1848, est adressée à son père, qui demeure à Poussanges. Jean Pedon doit, en raison de la crise économique, faire face à de graves difficultés, au point qu'il a décidé de licencier ses ouvriers et de revenir au pays. Pedon retrace à grands traits les événements survenus à Lyon depuis la chute de Louis-Philippe, ce qui présente un double intérêt : d'une part parce que les informations d'ordre politique sont extrêmement rares dans la correspondance des Creusois migrants, d'autre part parce qu'à Lyon la Révolution de 1848 revêt un aspect propre à cette ville, du fait d'un pouvoir ouvrier qui contrecarre les pouvoirs officiels, militaire et civil. De plus transparaît dans la correspondance de Pedon la personnalité de Pedon.
— M. Amédée Carriat commenta ensuite une lettre inédite d'Alfred Assollant, qui lui a été communiquée par M. René Bourdet. Datée d'Aubusson, du 17 juin 1867, elle s'adresse au repreneur du journal L'Epoque, qu'a abandonné son fondateur Ernest Feydeau. Bien que le destinataire ne soit pas nommé, il semble qu'il s'agisse de Frédérick Terme, transfuge de La Liberté, le nouveau journal d'Emile de Girardin. Assollant lui propose une nouvelle à publier en feuilleton et l'invite à venir passer quelques jours à Aubusson, où l'on sent
« le parfum du foin fraîchement coupé ».
Il est cependant impossible de dire si ce feuilleton d'Assollant a été ou non publié, la collection de la Bibliothèque nationale comportant une lacune de juin 1867 à mai 1868.
— M. Paul Saillol expliqua alors le rôle essentiel que, dans la Creuse, le trèfle joua dans la disparition de la jachère, concurremment avec la pomme de terre. Tandis que cette dernière avait été très vite et très largement adoptée, et ce dès la fin du XVIIIe siècle, le trèfle ne gagna la partie qu'à la fin du second Empire. On avait rapidement admis qu'il fournissait un excellent fourrage et que, loin d'épuiser le sol, il l'enrichissait en azote ; mais il exigeait de fortes doses de chaux, et celle-ci ne pouvait être transportée de façon économique que par le chemin de fer. Or la première ligne importante, Saint-Sulpice-Laurière-Montluçon, ne fut ouverte qu'en 1864, et les autres nettement plus tard. Alors la chaux afflua, et avec elle le trèfle.
— M. Alain Gievis présenta enfin le « projet Debré » de 1959 et la façon dont il fut perçu localement. Ce projet de réforme administrative avait pour objectifs de réduire le nombre des fonctionnaires, de simplifier la vie administrative, de limiter les coûts de fonctionnement, d'harmoniser les circonscriptions administratives, le tout pour dynamiser l'activité du pays. Une nation moderne pouvait-elle prospérer dans le carcan administratif datant de 1790 ? Fallait-il bouleverser le paysage traditionnel des limites départementales ? C'est ce que laissa croire une campagne de presse habilement menée en décembre 1958 et janvier 1959. Parmi les départements visés par le rattachement à une préfecture voisine ou par un découpage interne au profit de plusieurs départements voisins, figuraient la Creuse et l'Indre. Dans ces deux départements, ce fut un grand émoi, qui entraîna la réunion extraordinaire des assemblées départementales. La presse locale fut impliquée dans le combat que les notables menèrent pour faire échec à ce projet. A défaut des « grands départements » prévus par Michel Debré, la Ve République s'orienta vers la création d'une division administrative supplémentaire, la région.
Un échange de vues animé entre les assistants suivit cette dernière communication.
SÉANCE DU 14 MAI 1988 — BONNAT
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles S. Bourdarias, S. Bouvier, H. Busselet, A. Clavaud, N. Coquelet, I. Dauger, M. Dion, A. Fournier, M. Giry, M.-Th. Giry, M.-J. Grosset, H. Maldant, Fr. Morin, V. Morin, Chr. Parouty, S. Peters, V. Têtevide-Clément ; MM. P.-V. Archassal, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, L. Busselet, A. Carriat, J.-P. Clavaud, G. Dauger, V. Demarch, J. Faure, A. Guérin, H. Lacrocq, O. Morin, M. Parouty, M. Pissaloux, M. Simon, E. Taillemite, A. Tessier, P. Urien. Excusés. — Mmes/Mlles A. Bichet, M.-Th. Lalaguë-Guilhemsans, S. Métrich ; MM. G. Avizou, P. Léger, M. Manville, P. Saillol.
Nécrologie. — La Société déplore la disparition de plusieurs de ses membres : de M. Jacques Daymon, de Guéret, de M. Jean Dony, de Versailles, de M. Camille Legoueix, d'Aubusson, de M. Maurice Pottier, de Dun-le-Palestel, de M. Jean Sallandrouze-Lemoullec, d'Aubusson, et adresse à leurs familles ses condoléances.
Admissions. — Mme Béatrice Gérard, secrétaire de direction, 3, allée de l'Aqueduc, 78340 Les Clayes-sous-Bois ; M. René Paquet, officier en retraite, 7, square Adanson, 75005 Paris ou Ceyrat, Saint-Médard-La-Rochette 23200 Aubusson ; Mlle Michèle Sangouard, secrétaire administratif, La Feyte, Sardent, 23250 Pontarion.
Dons à la bibliothèque. — Par P. Léger, le catalogue de l'exposition « Richesses archéologiques de la Creuse », musée des pays de la Creuse, 1988 ; par P. Bonnaud, la revue Biza Neira, n° 57, 1988 ; par P. Léger diverses publications dont il est l'auteur ou auxquelles il a collaboré ; par J.-M. Allard le catalogue de l'exposition « Reliques, reliquaires limousins », bibliothèque de Limoges, 1988 ; par le musée de la Tapisserie, le catalogue de l'exposition « Jeux et divertissements XVIe-XVIIIe », Aubusson, 1988 ; par Mme du Vigneau, « Le musée de Guéret », guide 1988.
CHRONIQUE
La Société des sciences a tenu sa réunion « foraine » annuelle à Bonnat, dans le cadre agréable de la salle des fêtes, mise à sa disposition par la municipalité. L'exposition consacrée au canton de Bonnat et à son histoire, préparée par la Société des sciences avec la collaboration de la direction des Services d'archives de la Creuse, était présentée dans la même salle.
A 14 h 30, M. Taillemite, président, ouvre la séance de travail en présence d'une trentaine de personnes, beaucoup de sociétaires faisant défaut en raison principalement d'un voyage organisé à l'étranger par une association guérétoise. Le président remercie en premier lieu la municipalité de Bonnat et son maire, Mme Commergnat pour la qualité de son accueil et la réussite de l'inauguration de l'exposition, le matin même.
Ensuite il rappelle que l'excursion annuelle aura lieu le dimanche 11 septembre 1988, qu'elle mènera ses participants à Rochechouart et sur le site des ruines gallo-romaines de Chassenon, et que cette excursion est ouverte à tous, adhérents ou non.
COMMUNICATIONS
— Pierre-Valéry Archassal présente alors la première communication, consacrée aux notaires de Bonnat aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il fait état des conclusions auxquelles il a abouti après avoir dépouillé les minutes notariales conservées aux Archives départementales pour les études de Bonnat. Il précise les noms des titulaires successifs des études et explique comment en 1738 les deux notaires royaux firent vainement opposition à l'établissement d'un troisième, qui avait obtenu son installation en contradiction avec la disposition d'un édit limitant à deux les notaires royaux dans un bourg comptant moins de 60 feux.
— A Pierre-Valéry Archassal succède Jean-Louis Broilliard. Celui-ci commente un document qui relate, d'une façon assez détaillée et très malicieuse, les incidents qui ont émaillé les élections municipales de Bonnat en mars 1790. Ceux qui signent ou approuvent ce document sont les paysans de la paroisse ; ils accusent les habitants du bourg de quantité de méfaits qui touchent aux impôts, à la justice, aux élections elles-mêmes. A travers ces accusations, auxquelles s'ajoutent des critiques et des réflexions sur le comportement des « messieurs du bourg », sur le bourg lui-même
(« dix lieues aux environs il n'y a pas bourg plus terni de mauvaise réputation que si ce n'est Bonnat »),
se dessine une mentalité paysanne hargneuse, geignarde, mais aussi perspicace et bien décidée à tirer profit de la Révolution. Ici comme à tous les niveaux apparaît l'opposition campagne-ville, depuis les petits hameaux face au bourg jusqu'à la province face à Paris, en passant par les cantons face au chef-lieu.
— Puis Georges Dauger, qui a parcouru en tous sens le canton de Bonnat pour le compte du service de l'Inventaire du Limousin, indique qu'il a pu établir 222 fiches (125 concernant des immeubles, des monuments et des sites, 97 des objets). C'est dire la richesse archéologique et historique (relativement méconnue) du canton, qu'il expose à grands traits. L'essentiel de sa communication porte sur deux parlementaires bonnachons assez marquants : Léon Chagnaud (Le Bourg-d'Hem, 1866 — Champsanglard, 1930) et François Binet (Bonnat, 1880 — Paris, 1930). L'un et l'autre descendent de grands-parents modestes. Leurs pères, respectivement entrepreneur de maçonnerie et notaire, se sont élevés d'un degré dans la hiérarchie sociale. Aussi les intéressés ont-ils pu poursuivre des études supérieures. Léon Chagnaud, ingénieur, très important entrepreneur de travaux publics et inventeur de nouvelles techniques, a surtout conçu son mandat de sénateur (1921-1929) comme le couronnement d'une carrière. François Binet, avocat, élu député à 27 ans, est devenu ministre de l'Agriculture. Tous deux, d'origine radicale, ont oscillé entre le centre gauche et le centre droit. Mais Binet est toujours revenu vers le centre gauche. Aussi, aux élections sénatoriales de 1929, l'a-t-il emporté sur Chagnaud demeuré au centre droit. Par une singulière coïncidence tous deux sont morts l'année suivante.
— Enfin Amédée Carriat évoque le patrimoine littéraire du canton ; il souligne le fort petit nombre des écrivains autochtones et fait observer que, si la région bonnachonne est entrée en littérature, au XIXe siècle, c'est grâce aux deux voisins berrichons Henri de Latouche et George Sand. C'est encore par des écrivains venus de l'extérieur, aux heures sombres de l'Occupation, que Bonnat va s'inscrire dans l'histoire nationale.
Été quarante : tandis qu'à Auxerre Marie Noël, grand poète catholique, qu'un aïeul tailleur de pierre rattache à Lourdoueix-Saint-Pierre, rêve d'un pèlerinage au berceau de ses ancêtres, trois autres grands noms font honneur au canton de Bonnat. Aux Fougères du Bourg-d'Hem, l'éminent historien Marc Bloch
(« sans doute le plus grand de ce siècle », affirme Fernand Braudel)
rédige dans sa retraite ces deux maîtres livres que sont L'Etrange Défaite et Apologie pour l'Histoire, qui ne paraîtront qu'après sa mort glorieuse et terrible au service de la Résistance. Dans le même temps, à la B.B.C. de Londres, sous le pseudonyme de Pierre Bourdan (qui peut alors imaginer qu'il s'agit du Bourg-d'Hem, le village de ses vacances ?), le journaliste Pierre Maillaud, neveu du peintre paysagiste, redonne espoir à la France humiliée, dans l'émission quotidienne « Les Français parlent aux Français ».
Et dans le même temps encore, à Bonnat même, dans le plus grand secret, car, comme Bloch, il est israélite, l'écrivain André Suarès, ami de Romain Rolland, de Gide, de Claudel et de Péguy, a trouvé asile. Il a quitté Paris, précipitamment, le 11 juin ; les Allemands y pénètrent trois jours après. Dans son refuge de la Roseraie, le solitaire qu'il a toujours été, plus solitaire encore, coupé du monde et sans livres, maudit d'abord son
« isolement dans les ténèbres et le froid d'un terrible hiver ».
Il n'en écrira pas moins des pages pleines d'estime pour le petit monde qui l'environne. D'autres pages ne manquent pas d'à-propos non plus, touchant le climat creusois. Les deux dernières, à propos d'une exorbitante réquisition d'avoine arrêtée par le préfet Jacques-Henry —
« l'imbécile », dit Suarès —
rapportent un édifiant dialogue entre le maire, Camille Pinton, et un agriculteur. Vita Nova : un grand écrivain y rafraîchit les mémoires creusoises.
Les communications sont suivies d'une visite de l'église de Bonnat, visite commentée par le curé-doyen et par Georges Dauger.
SÉANCE DU 23 JUILLET 1988
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles S. Berger, A. Bichet, L. Bournazel, S. Bouvier, S. Caylus, I. Dauger, B. Dayen, M. Dayen, G. Duguey, M.-Th. Lalaguë-Guilhemsans, S. Métrich, Fr. Mousson, Chr. Parouty, J. Sabourin, Simon, S. du Vigneau ; MM. R. Auclair, G. Avizou, P.-F. Bertrand, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, X. Chabois, G. Coudert, D. Dayen, A. Duguey, J. Gateau, H. Gerbaud, L. Lacrocq, B. Leblanc, M. Manville, F. Mimon, R. Nicoux, M. Parouty, P. Saillol, Et. Taillemite, A. Tessier, P. Urien.
Nécrologie. — La Société adresse ses condoléances à la famille de M. Robert Margerit, lequel n'appartenait pas à notre société, mais qui avait épousé la fille d'Henri Hugon, un de nos membres les plus éminents.
Admissions. — Mme Claudine Godard, retraitée, 22, place du Champ-de-Foire, 36140 Aigurande ; Mme Jocelyne Guetre, documentaliste, place du Champ-de-Foire, 23220 Bonnat ; M. Jean Jazeix, preneur de son à Radio France Creuse, Dontreix, 23700 Auzances ; M. Marcel Simon, principal clerc, 5, rue Robert-Lavergne, 92600 Asnières.
CHRONIQUE
Une quarantaine de personnes, habitués, Creusois « émigrés » venus passer des vacances dans leur département d'origine, ou simples touristes, ont assisté à la séance estivale de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, qui s'est tenue sous la présidence de M. Taillemite.
Celui-ci signala la tenue du congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre à Bourges du 19 au 21 mai 1989, ainsi que celle du congrès national des Sociétés savantes à Paris du 3 au 9 avril 1989, en émettant le vœu que des membres de la Société de la Creuse y présentent des communications. Enfin il rappela que l'excursion annuelle de la Société des sciences aurait lieu le 11 septembre 1988 dans la région de Rochechouart, et que paraîtraient des avis dans la presse pour en préciser les modalités pratiques d'inscription.
COMMUNICATIONS
— Mlle Jacqueline Sabourin présenta la première communication, consacrée aux « puits et fontaines dans le département de la Creuse », et illustrée d'une centaine de diapositives. Ces dernières, concernant surtout le sud du département, montrent la diversité dans les constructions et les moyens de puiser l'eau : simple captage d'une source sortant d'un talus ; fontaines à margelle monolithique au ras du sol, aménagées dans un mur ou un talus, ou fontaines construites, avec manivelle, croisillon, poulie, etc. Certains aménagements prouvent l'ingéniosité des utilisateurs pour s'adapter à des circonstances particulières ou pour faciliter la tâche. Ces puits et fontaines, réaménagés à de multiples reprises, sont pour la plupart indatables, même si certains présentent des éléments gallo-romains. Certains servent encore épisodiquement, beaucoup sont complètement abandonnés ou ont disparu. Il serait souhaitable que ces témoins du passé soient considérés comme des éléments du patrimoine et, à ce titre, conservés.
— La deuxième communication émanait de M. Daniel Dayen, qui traita des « échos de l'affaire Dreyfus dans la Creuse ». La majorité des Creusois, plus préoccupée par les problèmes agricoles et l'épidémie de fièvre aphteuse, ne se sentit guère concernée par « l'Affaire ». Beaucoup s'en tinrent à ce schéma simpliste :
« Si Dreyfus est coupable, qu'on le fusille ; s'il est innocent, qu'on le relâche ».
Mais la presse départementale lui fit la part belle ; elle était antidreyfusarde, comme toute la presse de province, à l'exception du Courrier de la Creuse que ses concurrents persistaient à appeler « le Courrier de l'île du Diable ». Avant d'être acquis, par raison, au révisionnisme, les parlementaires du département furent aussi antidreyfusards ; le plus acharné fut le socialiste indépendant Desfarges, dont le journal La Jeune Creuse témoignait d'un antisémitisme d'origine économique assez répandu dans les milieux migrants. L'affaire Dreyfus fut surtout, dans la Creuse, l'affaire Pichot. Ce prêtre, professeur au petit séminaire de Felletin, osa publier en 1898 deux brochures favorables à Dreyfus, et participa à la fondation du comité catholique pour la défense du droit. Il dut renoncer à sa chaire pour trouver refuge à Monaco, où il reprit son activité pacifiste ; celle-ci lui causa d'autres ennuis pendant la guerre.
— Enfin M. Roland Nicoux présenta une série de diapositives traitant de « l'archéologie dans le sud-est du département ». Ce furent tout d'abord des vues des travaux achevés : moulage de la stèle de Néoux, fouille et restauration du tumulus de Plane (commune de La Nouaille), fouille de l'ensemble gallo-romain de Cubeyne (commune de Gioux), sondage d'un tertre aux Combes (commune de Felletin), sondage de l'abri des Folles (commune de Croze). Puis des curiosités inventoriées au cours des prospections : pierres levées à Gentioux, Pigerolles et Féniers, inconnues à ce jour ; ossarium fortuitement découvert à Magnat ; ossarium possible, abandonné en cours de façonnage et utilisé en remploi comme socle de croix à Montrabas (Saint-Maurice-près-Crocq). Enfin activités archéologiques en cours : relevés des tumulus des Mottes (Saint-Oradoux-de-Chirouze), du dolmen de Boscaux (Blessac), fouille et reconstitution dans son aspect primitif de la « Cabane de César » (Felletin), sondage et prospection de l'habitat gallo-romain de Maisonnière (Gioux).
La séance proprement dite fut suivie d'une visite du site du Puy de Gaudy, présenté par MM. Manville, Dussot et Blot.
SÉANCE DU 17 SEPTEMBRE 1988
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles V. Abraham, M.-E. Aubaile, A. Bichet, L. Bournazel, S. Bouvier, S. Caylus, J. Chaix, Y. Hourou, M.-Th. Lalaguë-Guilhemsans, L. de Lamaëstre, M. Larbanois, M. Létang, S. Métrich, Chr. Parouty, S. Theillou, A. Tourte ; MM. P.-V. Archassal, R. Barret, R. Bournazel, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, R. Connois, M. Deschatres, R. Ducrocq, J. Favre, J. Gateau, H. Gerbaud, H. Lacrocq, P. Léger, G. Lintz, M. Manville, F. Mimon, G. Noël, M. Parouty, S. Pasty, J. Pion, G. Rabichon, P. Saillol, E. Taillemite, A. Tessier, P. Urien, J.-P. Verguet. Excusés. — Mmes/Mlle Fr. Mousson, S. Nicolas, S. du Vigneau ; MM. R. Auclair, O. Hernandez.
Nécrologie. — La Société adresse ses condoléances à la famille de M. Pierre Geeraert à Saint-Rémy-de-Provence.
Admissions. — Mme Marie-Jeanne Grosset, professeur, 8, rue de Vernon, 27000 Evreux ; M. Gabriel Lecomte, ingénieur, Drouillette, Le Donzeil, 23480 Saint-Sulpice-les-Champs ; M. Gilles Rabichon, 23250 Pontarion.
Dons à la bibliothèque. — Par R. Parton, Bulletin des amis de Sous-Parsat, 1987 ; par J. Basset, 20 numéros de Limousin-Magazine, 1976-1986 ; par B. Triclot, Procès-verbaux des délibérations du conseil général de la Creuse et rapports présentés par le préfet, 1974-1986, et divers documents administratifs ; par J.-H. Moreau, son auteur, Le château de Rochechouart, 1988.
CHRONIQUE
Environ 45 personnes ont assisté à la séance de septembre de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, tenue sous la présidence de M. Taillemite.
Le président fit un bref compte rendu de l'excursion annuelle de la Société, qui s'était déroulée le 11 septembre et avait été pleinement réussie. Puis il engagea les adhérents de la Société qui désireraient présenter des communications lors des séances bimestrielles à le lui faire savoir, ou à défaut à s'adresser au vice-président ou à la secrétaire de la Société. Il rappela enfin l'imminence du colloque consacré à Jouhandeau, qui se tiendra à Guéret les 15 et 16 octobre 1988.
COMMUNICATIONS
— La première communication, accompagnée de diapositives, était due à M. Guy Lintz, qui traita de « la nécropole des Sagnes à Pontarion », nécropole découverte en 1904.
— M. René Connois présenta ensuite le contenu du « censier de la seigneurie de Beaumont et Chéniers », établi en 1404 et dont une copie de 1781 est conservée aux Archives départementales de l'Indre, dans le fonds Bertrand de Pouligny. En 1404, la seigneurie comprenait la ville de Chéniers, 26 villages avoisinant (dont 4 « en servitude »), le bourg de Linard et 5 villages avoisinant, 2 villages de Bonnat, et un de Genouillac. Le censier énumère les noms de tous, ou presque tous, les chefs de famille de la seigneurie, qu'ils soient serfs ou non, ainsi que le détail des divers droits, charges et devoirs dus au seigneur. Il s'agit là d'un document remarquable par sa précision, sa clarté et sa facilité de lecture. Au cours de la discussion qui suivit, il fut rappelé qu'il arriva souvent, dans les dix à quinze ans précédant la Révolution, que les seigneurs s'adressent à des « feudistes » pour retrouver les traces des droits anciens et les faire revivre ; peut-être était-ce là l'origine de la copie de 1781 du censier de 1404.
— Puis Mme Laurence de Lamaëstre décrivit « une tapisserie d'Aubusson célébrant la prise de la Bastille ». C'est une feuille d'écran (c'est-à-dire un pare-feu) de 1,22 m de haut sur 0,71 m de large, signée en bas à droite « Blanchet Aubusson-Département de la Creuse ». Cette dernière mention ne semble en rien indiquer une commande effectuée par la collectivité territoriale, mais simplement rappeler les nouvelles structures administratives. Le député de la Creuse Baraïlon dit à son sujet, dans une lettre de janvier 1797 :
« Ce n'est sûrement pas un chef-d'œuvre, mais on conçoit ce qu'aurait pu faire un ouvrier dans l'extrême misère, s'il avait eu sous les yeux un meilleur modèle ».
La scène se déroule vers 5 heures de l'après-midi, au moment où le gouverneur de la Bastille, de Launay, est fait prisonnier et est emmené par Hulin ou Maillard à l'Hôtel de Ville. Peu de temps avant, la capitulation avait été écrite et proposée à la foule, et le pont abaissé. La tapisserie relate cette succession d'événements ; mais la scène est inversée par rapport à la gravure qui a inspiré le peintre du carton de tapisserie. Celui-ci a copié une gravure de J. Wells (graveur anglais de la 2e moitié du XVIIIe siècle), mais aucune vie n'anime la tapisserie. Le texte de Baraïlon confirme ce que l'on sait de la situation de la tapisserie dès la fin du XVIIIe siècle : la création n'existait plus.
— Enfin M. Etienne Taillemite évoqua la carrière brillante du vice-amiral Dartige du Fournet, originaire par son père (qui fut directeur de l'Enregistrement) d'Aubusson et par sa mère de Felletin. Entré à l'Ecole navale en 1872, sorti premier en 1874, il se distingua lors de la campagne de Chine de 1884-1885 dans l'escadre de l'amiral Courbet. En 1893, il accomplit un brillant fait d'armes, lors d'un conflit avec le Siam, en forçant les passes de la rivière de Bangkok. Après une nouvelle et longue campagne dans les mers de Chine de 1902 à 1905, il fut promu contre-amiral en 1909 et commanda une division de croiseurs en Méditerranée. Vice-amiral et préfet maritime de Bizerte en 1913, commandant une escadre en Orient en 1915, Dartige reçut en octobre le commandement de l'armée navale en Méditerranée et eut à faire face à de graves difficultés : évacuation de l'armée serbe, guerre sous-marine, attitude équivoque du gouvernement grec. Il quitta le service en 1917 et mourut à Périgueux le 17 février 1940, laissant plusieurs livres de souvenirs d'un grand intérêt. Parmi eux, le Journal d'un commandant de La Comète, en 1897, pour lequel il obtint une autorisation du directeur de cabinet du ministre de la Marine : le directeur de cabinet était alors un autre Aubussonnais, Sallandrouze de La Mornaix. Dartige du Fournet avait gardé des liens avec son département d'origine ; il y revint notamment après 1917, et séjourna alors au château de Massenon, près d'Ahun.
SÉANCE DU 19 NOVEMBRE 1988
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles V. Abraham, H. Barbey, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, G. Duguey, Godard, Y. Hourou, M. Létang, S. Métrich, J. Porcher, M. Taillemite, A. Tourte, S. du Vigneau ; MM. R. Auclair, R. Audonnet, G. Avizou, J.-L. Broilliard, A. Carriat, J.-M. Compte, A. Duguey, J. Gateau, H. Lacrocq, G. Lardy, F. Mimon, J. Pion, J. Rougeon, E. Taillemite, A. Tessier, P. Urien. Excusés. — Mme/Mlle J. Chaix, Fr. Mousson ; MM. P.-V. Archassal, O. Hernandez, M. Manville.
Nécrologie. — Sont à déplorer les décès de trois membres de la Société qui adresse à leurs familles ses condoléances. Ce sont ceux de M. Fernand Petit, de Limoges, de Mme Lucette Royer, habitant Le Cap-d'Agde, et de M. Georges Bouquet, de Cugand (Hautes-Alpes), ce dernier léguant à la Société sa bibliothèque.
Admissions. — Mlle Valérie Abraham, étudiante, Les Fougères du Bourg-d'Hem, 23220 Bonnat ; Mme Maryse Barret, secrétaire, Charsat, Sainte-Feyre, 23000 Guéret ; Mme Jacqueline Desbeaux, employée municipale au service archives, village de Fayolle, 23000 Guéret ; Mme Suzanne Ducher, retraitée de l'Education nationale, 3, rue Louis-Rolland, 92120 Montrouge ; M. Gérald Noël, dessinateur à la mairie de Guéret, 5, rue Camille-Petit, 23000 Guéret ; Mme Suzanne Plancon-Loup, retraitée, Lascaux, Le Donzeil, 23480 Saint-Sulpice-les-Champs ; M. Jean-Philippe Royer, 6, avenue Frizac, 31400 Toulouse.
CHRONIQUE
Une trentaine de personnes ont assisté à la séance de novembre de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse. Le président, M. Etienne Taillemite, a annoncé le départ de Mlle Marie-Thérèse Lalaguë-Guilhemsans, secrétaire de la Société, en rendant hommage à l'activité qu'elle a déployée en faveur de la Société, pendant près de sept ans. Mlle Hélène Barbey, son successeur à la direction des Archives départementales, a été désignée par le conseil d'administration pour la remplacer au secrétariat de la Société.
Le président a vivement remercié Mme A. Bichet, M. P. Archassal et M. F. Mimon pour les travaux d'aménagement qu'ils ont réalisés dans les locaux de la bibliothèque. Les collections continuent à s'enrichir de nombreux dons ; il faut signaler en particulier le legs de la bibliothèque de M. Bouquet, qui comprend de nombreux manuels scolaires et catalogues d'exposition de la première moitié du XXe siècle.
Le président a ensuite annoncé la tenue du colloque « Personnel parlementaire sous la IIIe République », le 26 novembre, et du XIIIe colloque de l'Association française pour l'étude de l'âge du fer, consacrée à « l'Age du Fer en France non méditerranéenne » (Guéret, Centre culturel d'Animation et de Loisirs, du 4 au 7 mai 1989) ; il a fait part de l'enquête lancée par la Société d'ethnographie de la Marche et du Limousin sur les sites et monuments légendaires, ainsi que de la parution de l'ouvrage de P. Bertrand et P. et D. Chevalier sur les Tapisseries d'Aubusson, 1457-1791 (Paris, la Bibliothèques des Arts, 1988).
COMMUNICATIONS
— Les communications de cette séance organisée autour de Marcel Jouhandeau commencèrent par une Introduction à la lecture de Marcel Jouhandeau, par M. Jacques Rougeon, professeur de lettres à Paris et spécialiste de l'œuvre jouhandélienne.
Une introduction à la lecture de Marcel Jouhandeau : la première difficulté que rencontre celui qui désire aborder l'œuvre de Jouhandeau est de faire un choix dans la diversité et l'abondance des titres. On ne peut saisir son unité ni dans un seul livre, ni dans un seul thème. Il serait donc possible de découvrir Jouhandeau au hasard des pages, l'œuvre dans son apparente absence de construction permet ce type de lecture inorganisée. Il apparaîtra alors certaines constantes, qui font l'originalité insaisissable de l'auteur : l'image d'un enfant, puis d'un homme « blessé » par sa différence, l'écrivain nostalgique d'une beauté perdue, le peintre de la réalité grotesque ou sublime selon l'occasion.
Jouhandeau serait l'écrivain d'une réalité brisée, douloureuse, à laquelle seule l'œuvre d'art rendrait son sens. On peut, cependant, percevoir une unité dans la construction d'ensemble de l'œuvre : l'importance de plus en plus marquée du réel, de l'anecdotique et de l'expression transparente, dans une esthétique originellement édifiée en rupture avec lui. Cette évolution esthétique correspond peut-être à la réconciliation de Jouhandeau avec un monde que sa sensibilité d'écorché lui avait d'abord fait voir dans une lumière terrible.
— Amédée Carriat parla ensuite d'« André Suarès à la rencontre de Marcel Jouhandeau et de la Creuse ». Longtemps les deux écrivains, qui ont en commun de n'avoir touché qu'un nombre restreint de lecteurs, bien qu'ils soient, l'un et l'autre, auteurs de plus de cent publications, ont souhaité de se voir ; leur rencontre a lieu en 1932 ; ce sera la première et la dernière. Lorsqu'en juin 1940, Suarès, juif violemment hostile au nazisme, quitte Paris précipitamment, trois jours avant l'entrée des troupes allemandes, c'est pour se réfugier à Bonnat, chez une amie de sa femme. Il va y séjourner non pas deux mois, comme on l'a cru jusqu'à ce jour, mais quinze, pendant lesquels, pour meubler sa solitude, il note dans des Carnets, qui sont aujourd'hui à la bibliothèque Jacques-Doucet, ses méditations et ses observations sur le pays et ses habitants. Cela nous vaut une chronique discontinue, un peu à la manière des Journaliers de Jouhandeau, de la vie d'une bourgade sous l'Occupation, avec son climat d'inquiétude et de mécontentement contre les restrictions et les réquisitions, coupé d'aperçus pertinents sur le pays creusois. En octobre 1941, Suarès ira rejoindre sa femme Betty, partie de Bonnat depuis deux mois déjà, chez les Pottecher à Antibes...