SÉANCE DU 21 JANVIER 1989
Présidence de M. Pierre Urien, vice-président
Présents. — Mmes/Mlles V. Abraham, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, J. Chaix, C. Dayras, G. Duguey, Cl. Godard, M. Le Bourgeois, S. Métrich, Fr. Mousson, Ch. Parouty, J. Porcher, A. Tourte ; MM. A. Barret, R. Barret, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, B. Cousty, A. Duguey, H. Gerbaud, P. Lacroix, M. Manville, F. Mimon, G. Noel, M. Parouty, J. Pion, P. Saillol, V. Souche, A. Tessier, J.-P. Verguet. Excusés. — Mmes/Mlles H. Barbey, Y. Hourou, S. du Vigneau ; MM. R. Auclair, G. Avizou, D. Dayen, P. Léger, H. Niveau de Villedary, Et. Taillemite.
Admissions. — Mlle Hélène Barbey, directeur du Service départemental d'archives, 4, rue de l'Ancienne-Mairie, 23000 Guéret ; M. Jérôme Fortin, contrôleur des impôts, 91, rue Danton, 91210 Draveil ; M. Yvon Laratte, enseignant, lycée agricole, 23150 Ahun.
Dons à la bibliothèque. — La bibliothèque de la Société s'est enrichie de nombreux dons : Bénévent, du docteur J. Conquet, par les éditions Verso ; Le château de Rochechouart, de J.H. Moreau par l'Office du tourisme de Rochechouart ; La Révolution vécue en Limousin, de L. Pérouas, et la Révolution française, une rupture dans le christianisme ? Le cas du Limousin, de L. Pérouas et P. d'Hollander, par les éditions Les Monédières ; L'histoire du Limousin contemporain, par D. Dayen, ainsi qu'un tiré à part de son étude sur l'abbé Pichot ; trois exemplaires des années 1987, 1988 et 1989 de l'Almanach pittoresque et historique de la Creuse, par A. Carriat et l'imprimerie Lecante.
De surcroît, depuis peu, nous sommes entrés en possession de la bibliothèque de M. Georges Bouquet, retiré à Fourneaux dont il était originaire, et décédé en 1988. Conformément aux dispositions prises par le défunt, A. Carriat a reçu de M. G. Gallo, exécuteur testamentaire, les ouvrages légués et en a dressé la liste : périodiques, œuvres littéraires, livres traitant de littérature, de philosophie, d'astrologie, de la langue française et de son enseignement... La Société se doit d'exprimer, pour le versement à notre bibliothèque de ce qui est devenu le fonds Georges Bouquet, sa reconnaissance et ses remerciements posthumes au donateur.
CHRONIQUE
En l'absence de M. Etienne Taillemite, à qui la Société adresse ses vœux de prompt rétablissement, cette première séance annuelle a été présidée par M. Pierre Urien, vice-président.
Deux événements méritaient d'être évoqués d'emblée. Tout d'abord, l'installation aux Archives du Val-de-Marne, à Créteil, de la bibliothèque léguée par André Desguines (1902-1981). Elle comprend quelque 30 000 volumes, dont des incunables et des éditions originales anciennes. Les fidèles lecteurs des Mémoires de la Société se souviendront peut-être qu'en 1983, M. Amédée Carriat avait rédigé un article nécrologique du donateur, natif de Boussac. D'autre part, les 5 et 12 décembre 1988, dans l'auditorium Colbert de la Bibliothèque nationale, à Paris, Thierry Hancisse, de la Comédie française, a donné lecture de la tragicomédie La Folie du Sage (1644), de François Tristan, dit l'Hermite.
Un grand nombre de parutions récentes intéressant la Creuse ont pu être portées à la connaissance du public : Bénévent, étude de la symbolique de l'architecture et des chapiteaux, suivie de notes historiques, par le docteur J. Conquet ; Croyances, pouvoirs et société, mélanges offerts à L. Pérouas, et parus aux Editions des Monédières, parmi lesquels ont trait plus spécialement à notre département « Les maçons limousins sur les chantiers de Louis XIV » (par M. Delafosse), « La prison de Guéret et sa population de 1830 à la fin du XIXe siècle » (par P. Pageot), « Un prêtre creusois dreyfusard : l'abbé Pichot » (par D. Dayen) ; La Révolution française, une rupture dans le christianisme ? le cas du Limousin, ouvrage dû à L. Pérouas et P. D'Hollander, aboutissement d'études minutieuses qui recourent souvent aux méthodes de l'histoire sérielle ; l'Histoire du Limousin contemporain, par G. Dauger et D. Dayen, ouvrage condensé qui allie démographie, économie, évolution politique et analyses électorales, dans la lignée des travaux d'A. Corbin ; Robert Muller, une page de la Résistance à Aubusson, par D. Semblat, qui tend à démontrer l'innocence de Robert Muller, exécuté sommairement. Comme chaque année maintenant, l'Almanach pittoresque et historique de la Creuse est paru : Bicentenaire oblige, la Révolution dans la Creuse y est abondamment évoquée, à côté des innombrables « renseignements sérieux », comme la très utile liste des hameaux et écarts classés par ordre alphabétique, « et de ceux qui le sont moins ». A signaler enfin que dans Joies et douleurs du peuple libéré (aux éditions Laffont), H. Amouroux relate la libération de Guéret et rend hommage à l'action du bâtonnier A. Arfeuillère, lors du retour des occupants, le 9 juin 1944.
COMMUNICATIONS
En guise d'introduction aux communications, M. P. Urien rend compte de la livraison annuelle de M. Calinaud sur les vigueries carolingiennes, portant sur deux circonscriptions supposées autour de Sardent, puis de Guéret, comprenant les paroisses de Sainte-Feyre, Saint-Victor, Sardent, Thauron, Saint-Vaury, et autour de Bonnat — Dun-le-Palleteau, Naillat — Bussière-Dunoise, Sagnat, Bonnat, Chéniers, Fresselines, Anzême. Pour clore son étude l'auteur se propose de donner un aperçu des pagi et ses conclusions.
— P. Saillol présente ensuite l'ouvrage de Léonard Victor Cancalon (1811-1890), L'agriculture du Centre, paru en 1849. Cancalon, médecin et propriétaire à Royère dont il fut longtemps maire, s'est intéressé à l'agriculture comme nombre de notables de son époque. Le problème essentiel était alors de lutter contre l'improductive jachère. Tous ceux qui abordaient la question attendaient l'arrivée du chemin de fer qui, apportant à bon marché la chaux, autoriserait la culture du trèfle et permettrait de se passer de la jachère. Cancalon, allant résolument à contre-courant, affirme dans son ouvrage que l'on peut trouver des assolements avec les seules plantes du pays, en évitant de recourir au trèfle dont la culture lui paraît trop coûteuse.
— Mlle F. Mousson signale la découverte, au cours du classement des archives de Me Guillot, notaire à Saint-Sulpice-les-Champs, de douze lettres adressées par le docteur Eugène Jamot (1879-1937) à l'officier ministériel. Ecrites en 1931-1932, alors que le docteur Jamot est sous le coup d'une sanction inique, aucune de ces lettres n'y fait allusion, corroborant le caractère réservé que le médecin-général Lapeyssonie prête à notre compatriote. En complément M. Duguey, qui a participé activement à la célébration du cinquantenaire de la mort du docteur Jamot, soumet à l'assistance nombre de documents qu'il a réussi à réunir : imprimés, photographies, correspondance... Lecture est alors donnée d'un billet adressé à ses cousins par le docteur Jamot après l'enterrement de sa mère auquel il n'a pu assister, billet empli d'une émotion contenue.
— M. P. Lacroix ramène l'auditoire aux temps préhistoriques avec le cygne en bronze qui se trouve au musée de Guéret, datant peut-être de l'époque hallstattienne. Celui-ci avait une origine inconnue. L'examen des manuscrits de Pierre de Cessac n'avait pas permis de résoudre l'énigme, et la provenance de l'objet avait été attribuée à Correns (Puy-de-Dôme), où une découverte semblable avait été faite. La lecture du compte rendu de la séance du 8 juin 1881 de la Société nationale des antiquaires de France lève le voile : un propriétaire faisant défricher le sommet d'une colline bordant la Gartempe a découvert cet objet sous un rocher, et Pierre de Cessac l'apporta au musée de Guéret.
— J.-L. Broilliard analyse enfin les répercussions de la Grande Peur à travers un document assez exceptionnel : « un état des frais et vacations » de la brigade de gendarmerie de Guéret, dressé au début de 1790 et couvrant la période d'août à décembre 1789. Véritable calendrier de toutes les interventions auxquelles ont participé les gendarmes (visites de greniers, arrestations, accompagnements de convois, fouilles de bois à la recherche des « brigands »), cet état constitue une sorte de journal des débuts de la Révolution dans la Haute-Marche. Les marchés de Guéret désertés, les greniers des paroisses environnantes vidés, des récalcitrants emprisonnés, les convois de grains menacés et quelquefois attaqués, voilà autant d'événements proprement révolutionnaires, en ce sens qu'ils dressent les catégories sociales les unes contre les autres, laissant planer des soupçons sur les comportements individuels et collectifs (accusations d'accaparement et de famine concertée), les autorités répressives (gendarmerie, milice, armée) étant facilement débordées.
SÉANCE DU 18 MARS 1989
Présidence de M. Pierre Urien, vice-président
Présents. — Mmes/Mlles V. Abraham, H. Barbey, J. Basset, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, J. Chaix, M.-Th. Lalaguë-Guilhemsans, M. Létang, Fr. Mousson, Ch. Parouty, M.-O. Quémereuc, J. Porcher ; MM. J.-M. Allard, G. Avizou, G. Bellon, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, G. Dauger, R. Dugot, Y. Laratte, P. Léger, M. Manville, F. Mimon, G. Noel, M. Parouty, R. Parton, P. Saillol, V. Souche, P. Tanézie, A. Tessier, D. Tourtaud, P. Urien. Excusés. — Mme S. du Vigneau ; MM. D. Dayen, O. Hernandez, H. Niveau de Villedary, Et. Taillemite.
Nécrologie. — La Société a perdu un membre éminent avec le décès de Jeanne-Madeleine Strumza, née à La Souterraine en 1914. Après des études au lycée de Guéret puis à la faculté des Sciences de Paris, elle poursuivit d'importantes recherches sur la physio-pathologie de l'hyposie qui lui valurent un renom international.
Admissions. — Mlle Bénédicte Dayen, étudiante, 50, avenue Edouard-Vaillant, 93500 Pantin ; Mlle Geneviève Durand, retraitée, Bussière-Saint-Georges, 23600 Boussac ; M. Lucien Larivière, retraité, Busseau-sur-Creuse, 23150 Ahun ; M. et Mme Georgette et Robert Portal, retraités de l'Education nationale, 15, sente des Trois-Maisons, 78230 Viroflay ; Mme Janine Rapinat, retraitée, Le Bartheix, Clugnat, 23270 Châtelus-Malvaleix ; Mme Jeanine Royer, Beausoleil, B.P. 101, 23002 Guéret ; M. Jean-Pierre Simon, employé Radio France-Creuse, 7, ruelle de Beauze, 23200 Aubusson ; M. Victor Souche, retraité, 23800 Colondannes ; M. Pascal Tanésie, secrétaire de documentation, 4, rue Charles-de-Gaulle, 23000 Guéret.
Don à la bibliothèque. — Par M. Saillol son étude sur « le désenclavement de la Creuse ».
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE STATUTAIRE
P. Urien remplaçait exceptionnellement le président en titre, Et. Taillemite, dont la promotion au rang de commandeur de l'Ordre national du mérite fut soulignée.
Les deux rapports annuels (le rapport d'activité et le rapport financier) furent ensuite présentés à l'assemblée et approuvés à l'unanimité.
Au 31 décembre 1988, la Société comptait 765 membres, ce qui la situe à une place très honorable comparée aux autres sociétés savantes de la région. Toutes les séances de l'année ont été tenues, parmi lesquelles se sont distinguées la traditionnelle séance foraine, qui a eu lieu à Bonnat le 14 mai, ainsi qu'une séance consacrée à Marcel Jouhandeau, le 19 novembre. En mai, la Société a été représentée au Congrès de la fédération des sociétés savantes du Centre, à Brioude. L'excursion annuelle, en septembre, a conduit une quarantaine de membres sur le site gallo-romain de Chassenon, au château de Rochechouart et au musée de Châteauponsac. A la demande du groupe de recherches en histoire contemporaine, science politique, de l'université de Limoges, notre société a participé le 26 décembre, avec la Société d'histoire du radicalisme, à une après-midi d'étude sur le personnel parlementaire et les structures d'encadrement politique dans le département de la Creuse sous la troisième République.
Parmi les acquisitions, il faut relever l'achat d'une collection, reliée et en parfait état du journal, le Messager de la Creuse, de 1906 à 1937, ainsi que le legs par testament d'une partie de la bibliothèque de Georges Bouquet, inspecteur honoraire de l'Education nationale.
Quant aux publications de la Société, la réunion de l'assemblée générale a coïncidé avec la sortie du neuvième volume des Etudes creusoises consacré aux débuts de la Révolution dans la Creuse.
Par un vote de l'assemblée sur la proposition du conseil d'administration, le montant de la cotisation pour 1990 a été porté de 110 F à 120 F.
CHRONIQUE
Pour 1989, la séance foraine de mai se tiendra à Ahun, tandis que Riom et sa région ont été choisis comme destination de l'excursion annuelle de septembre. Après avoir été représentée au colloque Rencontre des historiens du Limousin, sur le thème de la Révolution, en mars dernier à Limoges, la Société est invitée à participer au Congrès de la fédération des sociétés savantes du Centre, à Bourges, du 19 au 21 mai, ainsi qu'au Congrès archéologique de France à Cahors, du 11 au 17 septembre.
Trois publications récentes méritent d'être signalées : de Mme S. Montessus de Ballore-Lecointre, Retables et tabernacles des XVIIe et XVIIIe siècles dans les églises de la Creuse (Nouvelles éditions latines) ; Limousin 2007, étude prospective en deux volumes sur le Limousin dans vingt ans, réalisée à la demande du Conseil régional du Limousin ; Auvergne-Marche, revue de 120 pages éditée par le Cercle Terre d'Auvergne (C.R.D.P. de Clermont-Ferrand), dont la majorité des textes concernent la Creuse.
Avant de passer aux communications, deux rapides comptes rendus d'articles ont été faits : l'un concernant une mise au point de Charles-Etienne Gurgeaud sur la démolition du château d'Aubusson ; l'autre une étude de Mme Berducat sur le cérémonial d'une prise de possession au XVIIIe siècle, en Haute-Marche, à partir des archives notariales d'Aigurande.
Mme Chaix a ensuite présenté Mlle Quémereuc aux membres de la Société. Egyptologue, elle a entrepris un catalogue d'inventaire sur les collections du musée de Guéret, avec, en perspective, une exposition sur les liens entre la campagne d'Egypte (1798) et les Creusois. Elle mène, en parallèle, deux enquêtes : l'une concernant la vie des donateurs d'objets égyptiens au musée de Guéret ; l'autre sur les Creusois comme Manouvrier qui se sont intéressés à l'égyptologie. Les membres de la Société sont invités à aider dans la recherche documentaire qu'impliquent ces enquêtes.
COMMUNICATIONS
Conformément à l'ordre du jour ont suivi quatre communications. Celle de Patrick Léger, intitulée « Variétés d'archéologie préhistorique et protohistorique » s'accompagnait d'une présentation d'objets.
— Puis Jean-Marie Allard a présenté la commanderie de Bourganeuf à la veille de la Révolution : deux arpentements de 1742 à 1771 nous font connaître l'état de la commanderie de Bourganeuf à la veille de la Révolution. L'examen complémentaire de ces deux documents fait apparaître une superficie de 1 208 ha, grandeur considérable. Tout n'est cependant pas d'un seul tenant. A Bourganeuf même, l'Ordre dispose du Château, avec ses célèbres tours Zizim et Lastic, et de ses dépendances, de trois fours et quatre moulins (cinq autres sont disséminés dans ce qui sera le district de Bourganeuf quelques années plus tard). Sept métairies s'étendent sur 455 hectares. Elles se composent de bâtiments d'exploitation, prés, terres, chènevières, pâturaux ou bois. La métairie de Jartaud comporte, en plus des autres, une forge et un « fournial ». Quatorze églises et treize cimetières nous rappellent que l'Ordre est aussi religieux. Cinq étangs et 639 hectares de bois terminent cette photographie du patrimoine hospitalier de l'ex-chef de la Langue d'Auvergne. Ce sont essentiellement des chênes, hêtres et châtaigniers qui fournissent du bois d'œuvre, de chauffage, et pour la construction des navires de la Religion.
— Enfin, Jean-Louis Broilliard et Laurence de Lamaëstre ont évoqué les liens familiaux et artistiques qui ont uni Abraham Bosse à Aubusson. Les liens familiaux, tout d'abord : Jean-Louis Broilliard, utilisant les résultats des recherches de Mme Ardouin, de Tours, apporte des précisions sur les circonstances qui ont amené la mère d'Abraham Bosse à séjourner à Aubusson chez son gendre, Jacques Ducluzeau, vers 1637-1638.
Les liens de famille, la similitude des milieux professionnels — cordonniers, tapissiers, graveurs, horlogers —, le séjour des Ducluzeau à Tours où est né le célèbre graveur, l'appartenance à la relition protestante sont autant d'indices qui permettent d'expliquer comment les gravures de Bosse ont pu pénétrer dans les milieux tapissiers aubussonnais.
Malgré le fait qu'il existe à Aubusson dès cette époque des familles portant le patronyme de Bos ou Bostz il reste très improbable que la famille d'Abraham soit d'origine marchoise.
Quant à l'exposé de Laurence de Lamaëstre sur les liens qui attachent le nom de Bosse à la tapisserie aubussonnaise, il fut illustré par la présentation de diapositives des gravures de l'artiste et de leur reproduction sous forme de tentures. De fait, Abraham Bosse est connu d'Aubusson à travers deux tentures célèbres, plusieurs fois mises sur métier par les ateliers marchois, qui s'inspirent de ses gravures. Il s'agit de La Pucelle ou la France délivrée, poème de Chapelain, dont la première édition a paru en 1656 chez Courbé à Paris. Le souvenir de Jeanne d'Arc effacé au XVe fut ravivé au XVIIe par bon nombre d'ouvrages littéraires ou historiques, et le succès public fut immédiat. L'histoire est traitée en 11 chants, chacun illustré, plus un frontispice. On est sûr que 7 d'entre eux ont été repris et mis sur métier (notamment le frontispice et le sacre).
Il a pu être recensé 50 pièces marchoises relatant l'histoire de Jeanne d'Arc, dont 30 issues de l'ouvrage de Chapelain.
L'histoire d'Ariane, relatée par l'académicien Desmarets de Saint-Sorlin, a reçu la faveur de nombreux lissiers (ateliers parisiens, marchois et peut-être flamands). L'édition de Mathieu Guillemot (Paris, 1639) comprend 18 planches gravées par A. Bosse d'après Claude Vignon. Sept ont été reprises et ont subi quelques modifications. La tenture marchoise la plus complète que nous connaissions est conservée au château de Grignan (Drôme).
SÉANCE DU 27 MAI 1989 — AHUN
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles F. Biarnois, A. Bichet, J. Carré, N. Chabenat, M. Courot, I. Dauger, P. Devoueze, G. Duguey, Cl. Godard, M.-Cl. Grand, Y. Hourou, Cl. Lucantis, S. Métrich, H. Michaud, M. Mimon, Ch. Parouty, D. Picarat, H. Pion, J. Sabourin, M. Taillemite ; MM. P.-V. Archassal, C. Aumasson, M. Biarnois, J. Bonardet, J.-L. Broilliard, R. Busset, A. Carriat, M. Cassan, G. Coudert, G. Dauger, D. Dayen, A. Duguey, J. Faurie, J. Fonséca, R. Galateau, J. Gateau, P. Laplanche, S. Larivière, M. Michaud, F. Mimon, M. Parouty, A. Picaud, J. Pion, M. Pissaloux, P. Saillol, A. Tessier, Et. Taillemite, P. Urien, J.-P. Verguet. Excusés. — Mmes/Mlles H. Barbey, J. Chaix, Fr. Mousson, J. Porcher ; MM. R. Auclair, H. Lacrocq, H. Niveau de Villedary.
Nécrologie. — Sont à déplorer les décès de deux membres de la Société : ceux de Mme Villard, de Paris, et de Mlle Boucher, de Saint-Pierre-de-Fursac. La Société adresse à leurs familles ses condoléances.
Admissions. — Mlle Andrée Aligros, professeur, 4, place Armand-Carrel, 75019 Paris ; M. Gilbert Coudert, conservateur honoraire des Hypothèques, 114, rue Litolff, 92270 Bois-Colombes.
Dons à la bibliothèque. — Un grand nombre de livres et tirés à part sont entrés en dons à la bibliothèque de la Société, parmi lesquels l'étude Limousin 2007 ; « Les grands départements de Michel Debré — réaction de l'Indre et de la Creuse », d'Alain Grévis ; Robert Muller, une page de la Résistance à Aubusson, de Daniel Semblat ; Contribution à la phytopathologie de la végétation du Limousin de R. Lugagne, don de P.-Ph. Rioult ; le Bulletin de la Société préhistorique française (1979-1987), don de M. M. Deschatres ; de Mme A. Bichet Les Champignons de la Creuse de Ribière et Le Bourbonnais accueillant (1950).
CHRONIQUE
La séance de mai de la Société s'est tenue à Ahun. A cette occasion une exposition sur le canton d'Ahun a été réalisée conjointement par la Société, les Archives départementales et le musée de Guéret. Elle fut inaugurée par Mme le maire d'Ahun à qui le président tint à exprimer ses remerciements pour la qualité de son accueil.
La séance publique, quant à elle, s'ouvrit en début d'après-midi.
Plusieurs manifestations intéressant de près la Société et auxquelles certains membres ont activement participé, se sont déroulées ces dernières semaines.
Les 10 et 11 mars s'est tenu à Limoges le colloque des Historiens du Limousin sur le thème « Limousin en Révolution ». Les actes du colloque viennent de paraître, qui regroupent 23 études, dont 5 concernent la Creuse. Il s'agit des études de Daniel Dayen sur les biens communaux de Pionnat pendant la Révolution ; de Pierre Pageot sur la vente des biens nationaux de première origine dans le district de Guéret ; de Jean-Marie Allard sur la vente des biens de l'Ordre de Malte dans le district de Bourganeuf ; de Marie-Annie Moulin sur la colonie creusoise de Paris et la Révolution ; de Jean-Louis Broilliard sur les incidences de la Révolution sur la vie politique à Aubusson.
Dans le cadre de l'exposition Laurent de la Hyre, un colloque Tristan L'Hermite a eu lieu au musée de Grenoble le 21 mars, autour du thème de Panthée captive de Cyrus, sujet de la seconde tragédie de Tristan (Panthée, 1639, frontispice d'après la Hyre, cf. M.S.S.N.A.C., XLI, p. 405). Après la visite de l'exposition, commentée par Jacques Thuillier, professeur au Collège de France (auteur avec Pierre Rosenberg d'un monumental catalogue raisonné de l'œuvre du peintre), c'est devant les deux grandes toiles subsistantes d'une série consacrée à Panthée (venues des musées de Chicago et de Montluçon) que se sont déroulées deux conférences de Jean Lerroy (professeur à l'université Stendhal) et de Jacques Morel (professeur à la Sorbonne), une lecture de scènes de Panthée par des étudiants comédiens, l'audition d'un concert de musique du XVIIe siècle par un orchestre de chambre vénitien.
La restauration du tumulus du Puy-de-Plane (La Nouaille) a valu, le 29 avril, la remise du premier prix de la Caisse nationale des Monuments historiques à l'Association du Quartier Sous-les-Fougères (La Nouaille), par la Direction régionale des Affaires culturelles du Limousin.
Du 19 au 21 mai s'est tenu à Bourges le 69e congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre. Deux communications traitaient de la Creuse : celle de Jean-Louis Broilliard sur la dynamique d'adhésion à la Révolution créée par les initiatives du clergé du district de Boussac (1790-1791) et celle d'André Guy sur l'aventure marchoise et bourbonnaise des prisonniers espagnols (1809-1810).
Enfin, pour l'été 1989, des stages d'étude du milieu naturel sont organisés à Meymac (Corrèze), sous la direction de A. Ghestem et A. Vilks.
C'est encore la Révolution qui est à l'honneur au chapitre des plus récentes publications concernant la Creuse avec, tout d'abord, la série d'émissions radiophoniques réalisée à partir du dernier volume des Etudes Creusoises par Marie-Françoise Gréminger, sur Radio-France Creuse et intitulée « les débuts de la période révolutionnaire dans la Creuse » ; avec aussi le livre de Paul d'Hollander et Pierre Pageot sous le titre La Révolution française dans le Limousin et la Marche. Mais sont à signaler aussi la parution des Dolmens et menhirs - Creuse - Document d'archéologie creusoise n° 2, sous la direction de D. Vuillat en collaboration avec le Dr Aumasson et avec le concours du Conseil général, ouvrage qui associe une présentation du mégalithisme, un répertoire précisant les accès, des descriptions sommaires ; Le guesdisme en Limousin, de G. Dauger (Institut C.G.T. d'histoire sociale du Limousin) ; et les Tableaux économiques du Limousin 1989 (Direction régionale de l'I.N.S.E.E.).
COMMUNICATIONS
— En préambule M. Ferdinand Mimon présente à l'assistance un fragment de hache en pierre polie, découvert dans un jardin à Chaumeix (commune de Saint-Yrieix-les-Bois, parcelle 780 E) par Mlle Sabine Bouyeron. M. Jean-Luc Nolf a identifié le constituant de cette hache comme étant une amphibolite à grenats, dont les gîtes les plus proches se situent au voisinage d'Aigurande, de Dun et de Boussac. Du mortier adhérant fortement à cette hache démontre qu'elle a été utilisée dans un mur en pierre de calage. Ses dimensions sont les suivantes : longueur 150 mm, largeur au taillant 50 mm, largeur au milieu 65 mm, largeur au talon 56 mm, épaisseur 37 mm. Son poids est de 630 g.
— Quatre communications étaient inscrites à l'ordre du jour. La première, de Michel Cassan (Université de Limoges) présente « les adhésions à la Révolution en Limousin : l'originalité de la Creuse ».
Chacun sait que la Révolution a suscité des sentiments divers et des attitudes variables selon les groupes sociaux, voire à l'intérieur de ces derniers, ou suivant les contrées. Le Limousin n'échappe pas à cette règle et la Creuse paraît le département le plus « révolutionnaire » de la province. Une telle conclusion résulte de l'analyse et de la confrontation, à l'échelle du Limousin, de trois critères réfractant les sentiments d'adhésion ou de refus des populations. Il s'agit de l'accueil réservé à la Constitution civile par le clergé, de l'implantation des clubs et sociétés populaires en 1791-1793, de la nouvelle toponymie mise en place en 1793-1794, avec la laïcisation du calendrier et l'obligatoire désanctification des noms de communes. Le croisement de ces données suggère une réceptivité révolutionnaire de la Creuse supérieure à la Corrèze et à la partie méridionale de la Haute-Vienne. Plusieurs corrélations peuvent rendre compte de cette spécificité creusoise : l'influence des migrants, le rôle d'une fraction du bas-clergé, notamment les congruistes ou le rayonnement des génovéfains d'Evaux, qui semblent sensibles aux idées nouvelles. Cependant, la raison majeure gît dans la présence de la mortaillabilité, très vivace sur les seigneuries ecclésiastiques et contestée avec vigueur depuis des lustres. Il est significatif de remarquer, que dans la Creuse, là où ce statut de mortaillabilité, qui contraint les paysans à rester sur la seigneurie dans un statut d'asservissement marqué, existe, les nouveaux toponymes proclament la Liberté, la Franchise conquise après la nuit du 4 août. Ainsi, en débarrassant la paysannerie de ce statut dénoncé dans les cahiers de doléances, la Révolution s'assurait l'adhésion définitive de la majeure partie de la population creusoise.
— A ce clin d'œil au bicentenaire succéda un retour aux sources de la tradition populaire et d'une longue expérience de la vie rurale, avec une esquisse de la météorologie de la vie creusoise par F. Mimon et J. Sabourin.
L'année du rural creusois n'a pas quatre saisons mais deux saisons principales : « la bonne saison » de la Saint-Jean au 15 août et « la mauvaise saison » de la Saint-Martin au 25 mars. Le cultivateur s'efforce de prévoir le temps à long terme avec plus ou moins d'exactitude. Ses prévisions à court terme sont souvent beaucoup plus fiables. Pour cela, il tient compte, de façon empirique, de l'état du ciel, de la direction des vents mais aussi des modifications du comportement de différents animaux domestiques ou sauvages sans oublier les limaces et les fourmis, comportement qui traduit sans doute des différences de pression atmosphérique et du degré d'hygrométrie de l'air. Le cultivateur expérimenté, bon observateur est un météorologue très satisfaisant pour son petit secteur.
— Puis, à partir de documents d'origine judiciaire et d'un état de la confrérie des pénitents blancs d'Ahun, J.-L. Broilliard retrace les péripéties d'un conflit qui a opposé ces derniers aux autorités de la cité (1774). Leur chapelle sert alors d'église paroissiale, mais l'habitude qu'ils ont d'y enterrer leurs morts suscite des protestations de la part des autres habitants qui croient qu'elle est à l'origine de la « contagion ». L'affaire se termine mal pour les pénitents qui refusent de se plier aux décisions de la justice : ils perdent en effet leurs droits en 1776.
— A. Carriat évoque ensuite la figure, contestée, de l'ahunois Joachim Vilate (1767-1795). Celui-ci, après avoir tâté de l'enseignement et de la prêtrise, entreprend en 1792 des études de médecine à Paris, où il milite au sein du club des Jacobins et devient juré au Tribunal révolutionnaire (28 sept. 1793). Dévoué à Robespierre, il est arrêté en Thermidor et, malgré ses efforts pour justifier sa conduite, est exécuté le 7 mai 1795.
— Pour clore la séance par une communication tout à fait de circonstance, D. Dayen brosse un portrait d'Alphonse Defumade sous le titre « Fortune, politique, agriculture : Alphonse Defumade (1844-1923) ».
« Il avait le bras long », dit-on encore de lui. Le souvenir d'Alphonse Defumade est encore bien vivant dans la région d'Ahun dont il était originaire et dans celle de Saint-Vaury, le pays de sa femme. Sa carrière politique fut exceptionnellement longue. Ses mandats parlementaires, à la Chambre puis au Sénat, s'étalent sur 28 ans, de 1893 à 1921. Pendant 53 ans, il fut le représentant du canton d'Ahun au Conseil général, assemblée qu'il présida de 1907 à sa mort.
Il ne connut cependant pas toujours le succès et, en 1898, fut battu par le maire de Crozant, Oscar Berton, qui avait fait campagne contre « le riche bourgeois Defumade ». Fortuné, celui-ci l'était en effet, avec ses sept domaines creusois et sa demi-douzaine d'immeubles parisiens, sans compter ses valeurs mobilières. Millionnaire donc, mais généreux, sans enfant il est vrai. En témoigne surtout le don qu'il fit en 1921 au département de ses propriétés du Chaussadis et de la Cassière, pour l'établissement de l'école d'agriculture qui porte son nom. L'agriculture avait été en effet sa passion et il avait présidé la plupart des organisations agricoles du département, tout comme on l'avait trouvé à la tête du mouvement mutualiste creusois, la mutualité étant, avec l'instruction populaire, deux autres des idées de progrès qui lui étaient chères.
SÉANCE DU 22 JUILLET 1989
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles A. Bichet, L. Bournazel, M.-J. Crossay-Lestrade, G. Duguey, M.-Th. Lalaguë-Guilhemsans, L. de Lamaëstre, M. Mathias, S. Métrich, Ch. Parouty, M. Saillol, H. Say ; MM. R. Auclair, G. Avizou, P.-F. Bertrand, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, X. Chabois, G. Coudert, D. Dayen, A. Duguey, H. Lacrocq, F. Mimon, M. Parouty, P. Saillol, Et. Taillemite, P. Urien. Excusés. — Mme/Mlle J. Chaix, Fr. Mousson ; MM. G. Dauger, H. Niveau de Villedary.
Nécrologie. — La Société adresse ses condoléances à la famille du Dr Emile Parrain, de Guéret.
Admissions. — M. Marcel Biarnois, retraité de l'enseignement, La Charac, Saint-Yrieix-les-Bois, 23150 Ahun ; M. Serge Larivière, boucher, route de Limoges, 23150 Ahun ; M. André Picand, retraité de l'enseignement, 23150 Ahun ; M. Guy Rouffet, chirurgien-dentiste, 37 bis, rue Emile-Racaud, 17000 La Rochelle ; Mme Andrée Venuat, retraitée P.E.G.C., 49, route de Clermont, 23700 Auzances.
Dons à la bibliothèque. — Par le Dr J. Eybert, un tiré à part « L'héraldique au secours de la généalogie : la famille Pot » ; par M. J.-H. Moreau Le XXVe compte rendu des fouilles et recherches effectuées à Chassenon ; par M. J. Audouze La revue du Cercle Terre d'Auvergne ; par M. P. Saillol L'évolution agricole du département de la Creuse, 3e partie ; par M. G. Dauger Le guesdisme en Limousin ; par M. Et. Taillemite divers tirés à part.
COMMUNICATIONS
La séance a donné lieu à deux communications : l'une, de Pascal Bertrand, sur les cartonniers d'Aubusson au XVIIIe siècle ; l'autre, de Marie-Thérèse Lalaguë-Guilhemsans, sur la Creuse étudiée à travers les bases de données informatiques de la Direction des Archives de France.
— A propos d'une tapisserie de Roby, Pascal Bertrand présenta quelques notes sur les cartonniers d'Aubusson au XVIIIe siècle. Jusqu'au XVIIIe siècle, Aubusson n'abrite guère de peintres créateurs de tapisseries : des peintres locaux, restés dans l'anonymat, transposaient les modelli. C'est à partir du règne de Louis XIV que quelques noms apparaissent. Plusieurs familles de peintres s'illustrent alors au XVIIIe siècle : les Finet, Roby, Sallandrouze et Barraband (la renommée de l'un d'entre eux, Jacques Barraband, dépassa les frontières de la Marche). Sortis des écoles de dessin d'Aubusson, les plus doués d'entre ces peintres se perfectionnent dans les ateliers parisiens, puis, de retour à Aubusson, se consacrent à la tapisserie en brossant des grisailles pour des commandes particulières. La gravure est pour eux une source intarissable d'inspiration. Certains obtiennent des fonctions officielles comme celles de professeurs de dessin. Leur travail, prolongeant celui des peintres du roi, concourt à faire des tapisseries d'Aubusson des ouvrages de qualité qui trouvent un rang honorable dans la production française du XVIIIe siècle. François Roby, vraisemblablement cartonnier d'une tapisserie intitulée Le Charlatan et qui a été récemment retrouvée, offre un exemple de la carrière des peintres aubussonnais les plus talentueux. Issu d'une grande famille de lissiers d'Aubusson, il fut nommé en 1742 professeur des écoles de dessin avec Gilbert Finet. En 1751, il suppléa Dumons pour la fourniture des dessins de tapis de pied et, en 1770, il fut chargé, avec le peintre La Seiglière de la Cauze, d'exécuter les cartons des tapisseries pour la manufacture de Felletin. Si sa carrière est connue, son œuvre l'est encore très mal. La participation de Finet dans le carton du Charlatan est déterminée avec précision (la tête de la jeune femme tenant un verre), celle de Roby est plus difficile à définir. Il est probable que Roby ait eu sous les yeux une gravure sur ce thème pour réaliser son carton, ce qui justifierait par-là même l'intervention de Finet, le meilleur peintre d'Aubusson dans l'exécution des figures.
Avec une présentation de la Creuse à travers les bases de données de la Direction des Archives de France, Marie-Thérèse Lalaguë-Guilhemsans a ensuite fait le lien entre l'histoire et les technologies contemporaines. De l'annuaire indiquant les références de tous les services d'archives structurés en France aux registres de chancellerie du roi Jean le Bon, en passant par l'administration communale au XXe siècle, la Direction des Archives de France a mis en place tout un système de bases de données destinées à faciliter les recherches du public. Parmi les bases actuellement accessibles et déjà très consultées, on peut surtout noter Egérie, recensant l'ensemble des fonds des Archives nationales ; Léonore, traitant les dossiers de la Légion d'honneur ; Arcade, pour les acquisitions d'œuvres d'art par l'Etat ; ou Prof, recensant les provisions d'offices. La Creuse, comme tous les départements, est amplement représentée dans ces bases. A titre d'exemple, on rencontre dans celles précédemment citées un important dossier sur les biens du prieuré de Blessac lors de la Révolution ; le dossier de Catherine Brunet, seule femme parmi les 819 légionnaires creusois décédés avant 1953 dont on a conservé les dossiers de Légion d'honneur ; le dossier du tableau La visite du vétérinaire, de Grateyrolle, qui se trouve au musée de Guéret ; et les nominations des notaires creusois à la veille de la Révolution. Toutes ces bases sont encore loin d'être complètes. Elles peuvent néanmoins d'ores et déjà rendre de nombreux services aux chercheurs, et il est souhaitable que les passionnés du passé de la Creuse y aient recours pour leurs études.
La séance s'acheva par une visite du château du Théret sous la conduite de son actuel propriétaire, A. de Reynal : une visite qui fut une très vivante promenade dans le temps, de la construction du château aux restaurations (en particulier celles entreprises par Marc de Lajaumont, puis par A. de Reynal lui-même).
SÉANCE DU 16 SEPTEMBRE 1989
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles M.-E. Aubaile, A. Bichet, L. Bournazel, J. Chaix, Ch. Parouty, A. Tourte ; MM. J.-L. Broilliard, R. Bournazel, A. Carriat, P. Collin, H. Lacrocq, P. Léger, M. Parouty, P. Saillol, P. Tanésie, Et. Taillemite, P. Urien. Excusés. — Mmes/Mlles Fr. Bédoussac, H. Say, S. du Vigneau ; MM. G. Avizou, D. Dayen, M. Manville, H. Niveau de Villedary.
Admissions. — M. Michel Basin, contrôleur général des Armées, 24, boulevard du Général-Leclerc, 92200 Neuilly-sur-Seine ; M. Jean-Pierre Delhoume, chercheur en Sciences du sol, La Courrière, Champsac, 87230 Châlus ; M. Michel Fiolle, cadre de banque, 3, rue des Cottages, 75018 Paris.
CHRONIQUE
Le 10 septembre dernier, c'est en nombre que les membres de la Société ont participé à l'excursion annuelle, qui les a conduits de Guéret à Riom avec des haltes au pont de Menat, au château d'Effiat, à Aigueperse, à Mozac et à Riom. A Effiat, les restes du château édifié en 1627 par le maréchal Antoine Coiffier de Ruzé, marquis d'Effiat (1581-1632), et le jardin dessiné par André Mollet, parrain de Le Nôtre, furent présentés par l'actuel propriétaire, M. de Moroges. Au sympathique déjeuner à Aigueperse succédèrent la visite de la Sainte-Chapelle de Riom (1380-1390), seul vestige du palais construit par Jean de Berry, et celle du vieux Riom. Ces visites furent guidées par Mlle Leclercq et Franck Delmiot. La dernière étape fut à Mozac, où un monastère fut fondé au VIIe siècle ; son église se distingue par une crypte et un clocher-porche préromans, trois chapiteaux romans aujourd'hui au sol, et la châsse de Saint-Calmin (XIIe s.), chef-d'œuvre de l'orfèvrerie limousine et la plus grande conservée en France.
Le Président Etienne Taillemite a été nommé ès qualité membre de la Commission régionale du patrimoine historique, archéologique et ethnographique du Limousin. Le 16 décembre 1988, déjà, cette commission avait émis un avis favorable au classement en totalité de l'église de Chambonchard, avec son décor peint à la fin du XIIIe siècle : si le barrage se construit, l'église pourra donc être sauvée. Le 15 septembre dernier, un avis favorable au classement de l'église de Chamberaud, ancienne commanderie de Malte (inscrite à l'inventaire supplémentaire depuis 1957) et à celui des façades, toitures et chœur de l'église de Parsac a de même été donné.
Parmi les publications récentes concernant la Creuse et le Limousin, il convient de signaler de : René Boudard, Figures et moments de l'histoire creusoise au temps de la Révolution et de l'Empire, G., Lecante, 1989 ; Serge Gady, Les souterrains médiévaux du Limousin, approche méthodologique, P., D.A.F., 1989 ; Jean Thevenet, Regards sur le Limousin de jadis et de naguère. Enfin, un compte rendu des études sur Tristan dans les Glanes est paru dans Studi Francesi, n° 1, t. 33 (1989), Turin.
COMMUNICATIONS
— Est présentée d'abord une communication de Franck Delmiot sur le château du Maslaurent (commune de Croze). Il est en effet l'œuvre de Pierre Daumet (1826-1911), prix de Rome d'architecture en 1855, responsable de la restauration du château de Chantilly (1876-1882) pour le compte du duc d'Aumale, et successeur de Paul Abadie pour diriger la construction du Sacré-Cœur de Montmartre (1884).
Dans la chapelle du Maslaurent, transférée depuis Saint-Antoine (commune de Saint-Frion) en 1886 par les soins du marquis de Brachet, se trouvait un vitrail de Luc-Olivier Merson (1846-1920). Ce vitrail est aujourd'hui détruit ; un dessin le représentant figure dans l'Histoire du vitrail de L.-O. Merson.
— Puis Patrick Léger parla longuement d'archéologie. Lui succéda une rapide présentation d'un mémoire des soins médicaux prodigués à la famille Pelletier, de 1807 à 1826, document entré récemment aux Archives départementales (Fonds Gerouilhe, 19 J).
— Enfin Paul Saillol clôt en présentant sous un éclairage nouveau un ouvrage connu de nombreux chercheurs locaux : celui de l'agronome Rougier Labergerie, qui avait parcouru notre département en mai-juin 1794 pour évaluer les dégâts du terrible orage de grêle survenu le 4 mai.
A la suite de cette enquête, il avait publié, à l'intention des « cultivateurs du département de la Creuse et pays circonvoisins » le Traité d'agriculture pratique qui fait l'objet de la communication.
M. Saillol s'est efforcé de montrer que l'intérêt principal de ce traité consiste dans l'exposé des remèdes qu'il proposait pour faire disparaître la jachère. Ces remèdes étaient étudiés par les sociétés d'agriculture qui s'étaient multipliées en France depuis 1757 ; notre département s'en inspira tout au long du XIXe siècle.
SÉANCE DU 18 NOVEMBRE 1989
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles M.-E. Aubaile, S. Berger, A. Bichet, L. Bournazel, S. Bouvier, J. Chaix, Fl. Ducher, G. Duguey, J.-M. Gabriagues, Y. Hourou, M.-L. Lecoq, S. Métrich, Ch. Parouty, J. Porcher, H. Say, S. du Vigneau ; MM. R. Audonnet, G. Bellon, A. Berger, R. Bournazel, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, D. Dayen, V. Delotte, J.-G. Ducher, A. Duguey, S. Gady, J. Gateau, C. Godard, L. Larivière, M. Lecoq, P. Léger, M. Manville, F. Mimon, R. Nicoux, G. Noel, M. Parouty, J. Penot, J. Pion, J. Redon, V. Souche, Et. Taillemite, A. Tessier, R. Thome, P. Urien, P. Villard. Excusés. — MM. R. Auclair, G. Avizou, H. Niveau de Villedary.
Nécrologie. — La Société s'associe au deuil des familles de M. Roger Adhenet et de M. Raymond Moreau, tous deux de Guéret, et de Mme Marie Chatreix, de La Souterraine.
Admissions. — M. Philippe Audousset, trésorier, 2, allée Fleurie, 78230 Le Pecq ; M. Jean-Claude Bonnichon, comme président et au nom de l'association « Vivre à Jarnages », « Les Mirabelles », 23140 Jarnages ; M. André Duguey, 9, rue de Verdun, 23000 Guéret.
COMMUNICATIONS
Le programme des communications fut aussi riche que varié, commençant par la suite de l'étude de R. Calinaud sur les vigueries carolingiennes en pays creusois. Dans la dernière partie de son étude sur les vigueries carolingiennes, R. Calinaud présente des observations sur le problème des pagi haut-médiévaux, grandes subdivisions du comté limousin probablement au nombre de quatre, dont deux concernaient en partie la Creuse, celle du Nord-est ou Nigrummontensem, celle du Nord-ouest ou Juconciacum. Il conclut en indiquant le rôle joué par le cadre géographique vicarial dans l'économie, l'urbanisation et la genèse de la féodalité.
— Puis Jacqueline Chaix décrivit la chambre de Laure Bonnyaud, d'après l'inventaire qui en fut dressé le 18 novembre 1831, à la mort de son père René-Joseph Bonnyaud. La petite Laure, née en 1812, était morte en 1823. Sous le second Empire, son prénom fut donné à la rue joignant la route de Limoges à celle de Moulins, selon la volonté exprimée par M. Bonnyaud dans son testament.
— Enfin, Etienne Taillemite dressa un vaste tableau du rôle de La Fayette sous la Restauration, La Fayette dont il vient de publier la biographie chez Fayard.
La Fayette, qui s'était tenu dans une opposition silencieuse sous l'Empire, conserve cette attitude sous la Restauration mais lui donne une tournure beaucoup plus agressive. Elu successivement député de la Sarthe en 1818, de Seine-et-Marne en 1819, il participa à tous les complots contre le régime et attaqua constamment à la tribune la politique du gouvernement. Battu aux élections de 1824, il effectua en 1824-1825, à l'invitation du président Monroë un triomphal voyage aux Etats-Unis.
Elu à nouveau député de Seine-et-Marne en 1827, La Fayette milita plus que jamais contre la politique intérieure et extérieure de Charles X. Il soutint la cause de l'émancipation des nations opprimées : Amérique latine, Grèce, Pologne, et joua un rôle actif dans la préparation de la Révolution de juillet 1830.
— Serge Gady, qui depuis une vingtaine d'années effectue avec la plus grande rigueur la fouille des souterrains du Limousin, prit le relais. Après avoir fait, en préambule, l'historique des recherches antérieures, ayant amené à voir dans les cavités aménagées des refuges, voire des lieux à vocation cultuelle, Serge Gady expose, à l'aide de schémas vidéo les résultats de ses travaux. Malgré des difficultés multiples, des constatations cohérentes (voisinage d'un habitat rural, datations des tessons de céramique et des matériaux organiques carbonisés, analogies dans les architectures...) permettent d'affirmer que les souterrains limousins sont d'origine médiévale et ont servi à stocker des réserves alimentaires, et que les silos ovoïdes sont généralement antérieurs aux souterrains. Leur étude contribue donc à une meilleure connaissance de nos campagnes depuis le haut Moyen Age.