SÉANCE DU 20 JANVIER 1990

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présent. — Mmes/Mlles S. Berger, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, J. Desbeaux, G. Duguey, Cl. Godard, C. Guénot, Y. Hourou, M. Julien, M.-L. Lecoq, S. Métrich, Ch. Parouty, E. Perrot, J. Porcher, A. Tourte ; MM. R. Auclair, R. Barret, A. Berger, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, R. Dugot, A. Duguey, J. Gateau, H. Guénot, H. Lacrocq, M. Lecoq, F. Mimon, M. Parouty, J. Pion, Ch. Rameix, P. Saillol, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Thome, P. Urien.

Excusés. — MM. D. Dayen, H. Niveau de Villedary.

Admissions. — Cinq nouvelles adhésions ont pu être annoncées, à savoir celles de : M. Lucien Aubard, de Saint-Sulpice-le-Dunois ; M. André Duguey, de Guéret ; Mme Marguerite Julien, de Saint-Eloy (Guéret) ; de M. Claude Lamy, de Theix (Saint-Sulpice-le-Guérétois) ; du Service départemental de l'architecture de la Creuse à Guéret ; de M. Jean-Claude Vieira, de Guéret.

Nécrologie. — La Société a perdu un de ses membres en la personne de M. Robert Frétet, de Bussière-Dunoise, et adresse à sa famille ses condoléances.

Dons à la bibliothèque. — Par E. Taillemite, La Fayette, Fayard 1989 ; par D. Dayen, « Les biens communaux de Pionnat pendant la Révolution », et par J.-L. Broilliard, « Les incidences de la Révolution sur la vie politique à Aubusson (1788-1793) », Limousin en Révolution, Les Monédières ; par J.-L. Broilliard, Aubusson à l'aube de la Révolution, Fondation M. Dayras ; par l'E.N.A.D. d'Aubusson, Catalogue de l'exposition Pierre Jannot ; par le Conseil général de la Haute-Vienne, 1789, la Révolution française : catalogue collectif des ouvrages possédés par la bibliothèque de Limoges ; par D. Dayen, Les écoles normales de la Creuse (1830-1886) ; par J.-M. Allard, L'ordre de Malte et son implantation en Limousin, et La vente des biens de l'ordre de Malte dans le district de Bourganeuf ; par M. Nicoux, Le courrier du C.N.R.S., n° 79 ; par R. Mandonnet, de R. Boudard, « Le sultan Zizim vu à travers les témoignages de quelques écrivains et artistes italiens de la Renaissance », Turcica, t. VII, 1975, et par Dom J. Coquet, L'intérêt des fouilles de Ligugé.

CHRONIQUE

Deux expositions qui ont eu lieu récemment à Paris, l'une au palais de la Découverte, l'autre au musée Rodin, ont intéressé plus particulièrement la Creuse.

Au palais de la Découverte, l'exposition de l'Observatoire de Paris, intitulée « Le mètre, une mesure révolutionnaire », consacrait un panneau à la venue de Delambre dans la Creuse, avec un « bon de circulation dans la Creuse » délivré à Delambre et à son collaborateur par le directoire, ainsi que les consignes données aux municipalités par le département de les héberger et de leur fournir cheval et voiture (Aubusson les 18 et 19 germinal an V, Felletin le 20, La Courtine, le 21, c'est-à-dire du 7 au 10 avril 1797). On sait que Delambre, chargé de mesurer l'arc de méridien de Dunkerque à Rodez utilisa à cet effet le donjon de Sermur pour affiner les triangulations effectuées par les Cassini. Les documents exposés sont conservés en temps ordinaire dans les fonds des « manuscrits du système métrique » de la bibliothèque de l'Observatoire.

Du 14 novembre 1989 au 21 janvier 1990 fut célébré, au musée Rodin, le centenaire de l'exposition Claude Monet - Auguste Rodin qui avait été inaugurée le 21 juin 1889 à la galerie Georges-Petit, dans le cadre de l'Exposition universelle. Sur les 145 tableaux qui furent exposés par Monet, 17 avaient été peints à Fresselines. Dans le catalogue que publie la Réunion des musées nationaux (27,5 × 21,5, 242 p.), on trouve, p. 96-98, la reproduction en noir des 16 toiles qui sont aujourd'hui identifiées et localisées, et, p. 154-160, un texte de Claudine Judrin sur « la vallée de la Creuse (mars à mi-mai 1889) », avec la reproduction en couleurs des trois toiles aujourd'hui exposées : 1° « Creuse, soleil couchant » ou « Coucher de soleil aux Eaux semblantes » (Colmar, musée d'Unterlinden), 2° « la Grande Creuse au pont de Vervy » (Philadelphia Museum of Art), l'une et l'autre datées « 89 », 3° le pont de Vervy (musée Marmottan), daté « 88 ». Cette dernière date est, à l'évidence, erronée : le motif est exactement le même que celui du tableau précédent, cadré seulement avec un peu moins de recul (a disparu la crête du coteau sommée d'un alignement d'arbres sur une étroite bande de ciel nuageux), avec sa même tonalité sombre qui est tout à fait celle du paysage au début d'un printemps maussade : tel fut, on le sait, celui qui gâcha l'unique séjour de Monet dans la Creuse (cf. M.S.S.N.A.C., t. XLI, p. 603-609).

 

COMMUNICATIONS

— Deux importantes communications figuraient à l'ordre du jour, à commencer par celle de Christophe Rameix sur les peintres de Crozant. Christophe Rameix est l'auteur d'un ouvrage retraçant l'historique de l'école de Crozant et constituant un important répertoire méthodique des peintres de la vallée de la Creuse. Cet ouvrage, dont la publication prochaine est prévue avec l'aide des collectivités locales concernées, est le résultat de nombreuses recherches à l'échelon régional et national. Les deux communications : « Définition et Situation de l'école de Crozant » et « Le ou les séjour(s) de Picabia à Crozant », présentées par Ch. Rameix, s'appuient sur les résultats de ces recherches.

« Définition et situation de l'école de Crozant » : après avoir cerné le cadre de l'école de Crozant par le propos pictural de ses artistes (paysagisme en plein air), par leur époque d'activité (vers 1830 à 1930 environ) et par leur territoire (vallée de la Creuse de Badecon-le-Pin à Anzême), Ch. Rameix a présenté une définition de l'école de Crozant en précisant d'une part le « pourquoi » (raisons de l'engouement des artistes pour la Creuse) et d'autre part le « comment » (caractéristiques des œuvres de ces peintres).

Ces deux questions ont nécessité la distinction des deux grandes périodes du pleinairisme : les peintres « d'atmosphères » antérieurs ou insensibles à l'impressionisme, puis les peintres impressionnistes et post-impressionnistes. Après l'analyse du pourquoi et du comment des peintres de la Creuse, C. Rameix s'est attaché à justifier l'appellation « école de Crozant » en la remplaçant dans le contexte du paysagisme moderne, notamment par comparaison avec d'autres mouvements du paysagisme (Barbizon, Pont-Aven...). Enfin, fut rappelée l'importance nationale acquise par l'école de Crozant au début du siècle et en conclusion, données les causes de l'oubli qui succéda à l'âge d'or de cette école de peinture.

« Le ou les séjour(s) de Francis Picabia à Crozant : le choix de ce sujet d'étude se justifie par le rôle de premier plan joué par F. Picabia dans l'élaboration de la peinture moderne et surtout par la valeur historique des œuvres produites par cet artiste lors de son séjour à Crozant en 1909. C'est en effet dans l'année 1909 que Picabia abandonne toutes références à l'impressionnisme et, avec quelques paysages du Jura et de Saint-Cloud, ses vues de la Creuse, dépasse en audace les récentes libéralités fauves. L'importance du séjour de Picabia à Crozant dans l'évolution de son œuvre doit faire l'objet d'une prochaine publication.

— La séance s'acheva avec une comparaison par Paul Saillol des deux débâcles de 1870 et 1940, telles que deux grands écrivains les avaient vécues : la première fut en effet décrite par Emile Zola dans un roman qui porte ce titre, la deuxième par Marc Bloch, un des plus célèbres historiens de l'entre-deux-guerres, combattant héroïque des deux, résistant torturé et fusillé à Lyon en 1944. Ses restes ont été transférés au cimetière du Bourg-d'Hem en 1977. Professeur à Strasbourg, puis à Lyon, il était devenu en 1930 un véritable Creusois d'adoption parce qu'il avait acquis une résidence dans le hameau de Fougères, commune du Bourg-d'Hem ; il faisait partie de la Société des sciences de la Creuse et s'était lié d'amitié avec son président Louis Lacrocq.

Juif d'origine, il se réfugia dans la Creuse après le désastre de 1940 et, encore sous le coup de son indignation et de son désespoir de patriote, c'est là qu'il rédigea, en trois mois et signa de « Guéret-Fougères-Creuse-Juillet-août-septembre 1940 » l'ouvrage intitulé « L'étrange défaite » dont rend compte la communication. Il y analyse les causes profondes du drame avec une telle lucidité que cinquante ans après son titre et ses réflexions sont repris par les revues et les manuels scolaires.

Tous ceux qui se préparent à « commémorer le cinquantenaire », sur instructions déjà lancées au plus haut niveau, ont intérêt à méditer ces deux ouvrages.

 

 

SÉANCE DU 17 MARS 1990

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles M.-E. Aubaile, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, J. Desbeaux, G. Duguey, G. Durand, S. du Vigneau, M.-L. Lecoq, S. Métrich, S. Moreigne, E. Pierrot, J. Porcher, G. Portal, J. Rapinat, A. Tourte, S. Theillou ; MM. R. Auclair, R. Audonnet, G. Avizou, G. Bellon, A. Berger, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, D. Dayen, R. Ducrocq, A. Duguey, L.-Ch. Gautier, Ch. Gogué, H. Lacrocq, Cl. Lamy, M. Lecoq, M. Manville, F. Mimon, G. Noël, R. Parton, J. Picaud, R. Portal, P. Saillol, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Thome, P. Urien.

Excusés. — Mmes Bédoussac, S. Berger, J. Chaix, Y. Hourou ; MM. J. Gateau, H. Gerbaud, H. Niveau de Villedary, J. Pion.

Admissions. — Sept nouvelles adhésions sont à signaler : celles de M. Max Guillon, d'Aubusson ; de M. Noël Landou, de Guéret ; de M. René Pichant, de Saint-Etienne-de-Fursac ; de Mlle Elisabeth Pierrot, de Guéret ; de Mme Annie et de M. Christophe Rameix, de Paris ; de François-Marie Rougeron, de Paris.

Nécrologie. — La Société a perdu trois membres par décès : Mme Fernande Berger, de Guéret ; Mme Jeanne Chateauvieux, de Guéret, qui fut bien longtemps bibliothécaire de la Société ; M. Jacques Rougeron, de Paris.

Dons à la bibliothèque. — Par la D.D.J.S., de P. Lacroix et F. Mousson, L'activité physique et sportive dans la Creuse autrefois ; par P. Urien, de M. Vazeilles, diverses publications d'archéologie sur la Haute-Corrèze et Le pays d'Ussel ; par J. Berducat, La craie pour l'écrire : les cinq générations de l'école ; par l'imprimerie Lecante, L'Almanach pittoresque et historique de la Creuse pour 1990.

 

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE STATUTAIRE

L'assemblée s'est ouverte sur la lecture du rapport moral et financier pour l'année 1989. Le président Etienne Taillemite soulignait tout d'abord la « stabilité presque parfaite » du nombre des membres : s'élevant à 757, il devance sensiblement le nombre des membres dans les sociétés savantes des départements voisins et confirme l'attachement des Creusois à leur histoire et à leur patrimoine. Au total, vingt communications ont été faites lors des six séances de l'année 1989 qui furent fréquentées par une assistance fidèle. La séance foraine a eu lieu le 27 mai à Ahun, en présence de plusieurs membres du conseil municipal ; une exposition préparée par les Archives départementales sur le canton fut inaugurée à cette occasion. La séance du 22 juillet s'est achevée par la visite du château du Théret, sous la conduite de son propriétaire, M. de Reynal. L'excursion annuelle, le 10 septembre, a permis aux membres de la Société de découvrir le château d'Effiat, de visiter Riom et l'église abbatiale de Mozat (dans le Puy-de-Dôme). Plusieurs manifestations scientifiques furent l'occasion pour des membres de la Société de faire des communications sur la Creuse : au colloque organisé à Limoges par Rencontre des Historiens du Limousin sur le thème « Limousin en Révolution » (10-11 mars 1989), au 69e Congrès de la Fédération des Sociétés savantes du centre à Bourges (19-21 mai), au colloque international de l'Age du Fer à Guéret (4-7 mai). Sur proposition du préfet de région, le président Etienne Taillemite a été nommé pour quatre ans membre de la Commission régionale du patrimoine historique, archéologique et ethnologique du Limousin.

Enfin, l'activité de la Société s'est traduite par deux publications : les Mémoires, dont la sortie a été retardée par des difficultés techniques ; et le neuvième volume de la série des Etudes creusoises consacré aux débuts de la Révolution française dans la Creuse, dont il convient de saluer le succès. Grâce à l'intervention de la ville de Guéret, les conditions de conservation des collections d'une bibliothèque qui continue à s'enrichir de nombreux dons ont pu être bien améliorées.

En guise de conclusion, le président adressait ses remerciements à tous les membres qui, par leur dévouement et leur activité ont permis à la société de « continuer à vivre et à prospérer ».

Après la lecture et l'approbation à l'unanimité du rapport financier, il fut procédé à l'élection de quatre membres du conseil d'administration dont les mandats étaient arrivés à expiration : Jacqueline Chaix, Jean-Louis Broilliard, Daniel Dayen et Etienne Taillemite, membres sortants, furent réélus. Enfin la date de l'excursion annuelle fut fixée au 16 septembre.

 

COMMUNICATIONS

— L'attention du public fut attirée sur les dommages subis par une borne milliaire du Donzeil à l'occasion du Bicentenaire. La borne du Secq marquant la trentième lieue portait encore son inscription romaine au printemps de 1989, identique à celle de la Pierre du Marteau qui est l'autre borne milliaire du Donzeil, correspondant à la trente et unième lieue. L'inscription était celle-ci :

[I]MPP
[ C. VALE]RIANO
ET. GALLIENO
AUG 1789
C.L.L.X. 1889

L'intérêt particulier de cette pierre réside dans les dates 1789 et 1889 à côté de l'inscription d'époque romaine. Or pour commémorer le bicentenaire, l'ensemble de ces inscriptions a été gratté pour laisser place aux trois dates de 1789, 1889, et 1989, en belles lettres dorées ; seul apparaît encore le trait de dix centimètres en taille demi-ronde qui soulignait l'inscription romaine. Fallait-il vraiment que la commémoration des événements de 1789 se fît par la destruction, jusques et y compris celle des commémorations précédentes dans leur forme originale ?

— A cet appel à veiller au patrimoine et à sa conservation succède une communication de Daniel Dayen sur le docteur Moreau.

Pittoresque figure que celle du docteur Moreau (1801-1889) dont Bouchardon assure qu'il s'étendait avec ses bottes dans le lit des malades, qu'il refusait de soigner les femmes et qu'il lui était arrivé, ayant omis cette tâche quotidienne, d'interrompre sa tournée pour battre sa servante. Le « médecin des pauvres », comme on l'appelait, car il oubliait volontiers de se faire payer, fut aussi un homme politique important dans le département. Il soutint Ledru-Rollin lors des élections présidentielles de 1848. Elu représentant en 1849, il siégea avec les « montagnards ». L'Empire l'exila d'abord dans l'Indre, puis en Algérie. Le « vieux républicain » devint en 1876 député de l'arrondissement de Guéret et fut l'un des 363, réélu en 1877 contre le général légitimiste Merle de Laveaucoupet. Ses professions de foi étaient célèbres. « Prenez leur argent, buvez leur vin, votez contre eux », conseillait-il notamment aux électeurs trop sollicités. L'âge aidant, il fut cependant quelque peu gagné par l'opportunisme, tout comme son ami Martin Nadaud, et c'est comme candidat des républicains modérés qu'il fut présent au second tour de 1881, étant largement battu par le radical Auguste Lacôte.

— La séance s'acheva sous la conduite de Guy Avizou par la visite de l'exposition « 1790, ou la naissance de la Creuse », présentée par les Archives départementales de la Creuse à la salle des fêtes de la ville de Guéret, avenue de la Sénatorerie.

 

 

SÉANCE DU 26 MAI 1990 — AUZANCES

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présent. — Mmes/Mlles E. Arnaud, S. Aumaître, H. Banitz, O. Bertoletti, A. Bichet, J. Desnoyer, M. Devedeux, L. Ducouret, Cl. Fage, Y. Hourou, M. Jacquet, L. Malterre, L. Mazelin, S. Métrich, Ch. Parouty, J. Pouchol, A.-M. Rouet, Fr. Simon, M. Taillemite, A. Vénuat ; MM. R.-N. Arnaud, R. Auclair, A. Aumaître, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, B. Desnoyer, M. Devedeux, R. Ducouret, J.-Fr. Flécher, H. Gerbaud, J. Heraut, M. Jacquet, J. Marrane, R. Nicoux, M. Parouty, M. Parrotin, J. Pion, J. Pouchol, J. Ranoux, J.-M. Rouet, O. Serra, R. Simon, E. Taillemite, P. Urien, A. Vénuat.

Excusés. — Mmes Fr. Bédoussac, J. Chaix, Cl. Godard, H. Say ; MM. G. Avizou, H. Niveau de Villedary.

Admissions. — Sept nouvelles adhésions ont ainsi été enregistrées de mars à mai 1990 : celles de M. Jean-Marie Bertrand (conseiller référendaire à la Cour des comptes, Paris), Mlle Fabienne Dubosclard (Guéret), M. Christian Gautier (délégué militaire adjoint de la Creuse, Guéret), M. Bruno Lamiges (Limoges), Mlle Carine Lavigne (Guéret), M. Pierre Leprat (Gex), M. François-Marie Rougeron (Paris).

Dons à la bibliothèque. — La bibliothèque de la Société s'est enrichie de l'entrée en don des deux bulletins municipaux d'Auzances pour l'année 1989. Y figure en particulier un article de Marc Parrotin sur l'archéologie du canton d'Auzances, thème de la communication qu'il fit à l'issue de la visite des ruines gallo-romaines de Coux.

CHRONIQUE

A l'occasion de la séance dite foraine, tenue à Auzances, le président Etienne Taillemite a communiqué un certain nombre d'informations sur la vie et l'activité de la Société.

La Société fut représentée à la réunion du collège régional du Patrimoine et des Sites, qui s'est tenue le 15 mars à Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne) pour examiner l'établissement d'une zone de protection du patrimoine architectural et urbain.

A l'occasion du cinquantième congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre, du 18 au 20 mai à Aurillac, Amédée Carriat fit une communication sur « Maynard et Tristan face à la postérité » (...). M. Ducreux, président de la Société des lettres, sciences et arts de Tulle, fut élu président de la Fédération en remplacement de Mlle Francine Leclercq. Les dates du prochain congrès annuel, à Vichy, furent enfin arrêtées, du 31 mai au 2 juin 1991.

Dans la Creuse, le baptême du collège de Felletin, du nom de Jacques-Joseph Grancher, le 28 mai, donna lieu à une conférence du docteur Jacques Roussillat qui vient de publier une très vivante biographie du professeur Grancher dans les Etudes creusoises (vol. IX, 1989).

Parmi les nombreux colloques qui animeront le paysage culturel de l'été, il convient de noter l'organisation à Aix-en-Provence, du 22 au 24 août prochain, d'un colloque consacré au républicain Pierre Leroux (1797-1871), ami de George Sand et imprimeur à Boussac de 1844 à 1848.

Quant aux parutions d'ouvrages, celui de Jacques Baudoin sur « Les Croix du Massif central » (Nonette, Créer, 1989) est à signaler.

 

COMMUNICATIONS

— Dans sa communication, Marc Parrotin contesta l'hypothèse que la légion romaine établie dans la région en 51 av. J.-C. ait été installée dans un camp unique : en raison de la pauvreté en ressources du pays, il se serait agi en fait d'un camp fragmenté en plusieurs sites. Marc Parrotin remarquait enfin que les nombreuses villas repérées dans la région d'Auzances occupaient des carrés d'une lieue gauloise de côté ; cela inciterait à penser que ces espaces étaient lotis pour être confiés à des vétérans.

— Jean-Louis Broilliard enchaîna avec le portrait de quelques figures de la Révolution, puis Paul Collin avec les lettres du soldat Jean Dubois conscrit de 1808. Ayant déserté en 1807, amnistié en 1810 et transféré en Corse, c'est d'Ajaccio, où il fait fonction de fourrier à la 3e compagnie du 4e bataillon du 1er régiment de la Méditerranée qu'il écrit à ses parents, agriculteurs à Chaudure, commune de Champagnat (6 lettres du 20 octobre 1811 au 8 juin 1813). La communication présente la crise vécue dans les campagnes par l'application de la loi Jourdan (1798) sur le recrutement ; la conscription incomprise n'est pas acceptée d'où les cas innombrables d'insoumissions et désertions. Les lettres de J. D. sont le témoignage fidèle d'une mentalité méconnue : absence de patriotisme, contrairement aux idées reçues, et attachement très fort à la famille et respect religieux de l'autorité paternelle.

L'impossibilité de lire toutes les lettres a conduit à une étude thématique présentant des extraits significatifs de la correspondance :
1° le repentir de Jean pour le tort causé à son père (lourde amende possible) ;
2° le rôle de Jean comme canal d'information entre l'armée et le village ;
3° la force des liens qui attachent Jean à la société villageoise, en particulier à sa promise, « la petite Françoise Chabredier » à qui il n'oublie jamais de présenter « ses profonds hommages et respect ».

La communication a été illustrée par la diffusion de la complainte d'époque : « Le départ du conscrit » (Je suis t'un pauvre conscrit de l'an mille huit cent dix).

— Si Amédée Carriat a choisi ensuite de parler de Marie Colombier (1843-1910), fille d'une Auzançaise et d'un proscrit espagnol, c'est moins pour l'aspect aguichant du personnage que pour ses rapports marginaux avec le monde des arts et des lettres. Certes, la notoriété de cette élève de Régnier au Conservatoire, où elle décroche un premier prix de tragédie, doit moins à ses talents de comédienne qu'à ses nombreuses liaisons (avec Ch. de Bériot, fils de la Malibran, avec François Coppée, avec Pétrus Richarme, député de Saint-Etienne, avec Paul Bonnetain...) et à sa brouille retentissante avec sa « meilleure amie », Sarah Bernhardt, au retour de leur voyage en Amérique. Il n'en demeure pas moins que la demi-mondaine Marie Colombier (qu'Auriant range parmi ses Lionnes du Second Empire) mérite notre souvenir à des titres moins tapageurs. Nadar nous a laissé sa photographie, Manet un portrait d'elle au pastel (qui est aujourd'hui au musée de Glasgow), Willette et Chéret ont illustré plusieurs de ses livres. Car Marie Colombier s'est avisée aussi d'écrire — ou plutôt de publier ce qu'on écrit pour elle, en tout ou partie, un Jehan Soudan, un Paul Bonnetain, un Armand Silvestre, un Paul Adam, jusqu'aux ultimes trois volumes de ses Mémoires (1898-1900), dans lesquels figure une jolie page sur Auzances. Il faudra attendre l'imminente réédition documentaire du roman dans la Bibliothèque de la Pléiade pour en avoir, ou non, confirmation...

— Jean-François Flécher, avec sa communication sur les peintures murales gallo-romaines en Combraille, revenait, pour clore la séance, à l'Antiquité, point de départ de ce parcours historique auzançais. Il attira particulièrement l'attention sur les éléments décoratifs de style pompéien des peintures découvertes à Cujasseix (commune de Rougnat).

— Une exposition sur le canton d'Auzances, présentée par la Société des sciences avec le concours de la municipalité d'Auzances et des Archives départementales de la Creuse, complétait un programme de communications particulièrement riche.

 

 

SÉANCE DU 21 JUILLET 1990

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, M.-E. Aubaile, J. Basset, A. Bichet, L. Bournazel, S. Bouvier, S. Caylus, M.-J. Crossay-Lestrade, I. Dauger, G. Duguey, Cl. Godard, A.-L. Morelle, J. Sabourin ; MM. J.-M. Allard, J. Bouvier, R. Bournazel, A. Carriat, X. Chabois-Chouvel, Ph. Cibert, G. Dauger, D. Dayen, J.-P. Delhoume, A. Duguey, H. Lacrocq, J. Lecante, M. Manville, F. Mimon, J. Picaud, P. Saillol, R. Saint-James, V. Souche, Et. Taillemite, A. Tessier, G. Teste, R. Tétard, P. Urien.

Excusés. — Mme Y. Hourou ; MM. R. Auclair, P. Urien.

Admissions. — Sont annoncées cinq nouvelles adhésions depuis le mois de mai : celles de MM. Guy Bertolaud du Colombier (Marseille), Lucien Dufreneix (Chatou), Pierre Ganne (Clermont-Ferrand), Michel Menard (Chaville), Michel Pateron (Bénévent-l'Abbaye).

Dons à la bibliothèque. — Par P. Saillol, « Les deux débâcles 1870 et 1940, deux témoignages : E. Zola et Marc Bloch » ; par le musée départemental de la Tapisserie, Catalogue de l'exposition Dom Robert ; par J.-M. Allard, de J.-M. Beausoleil, Le bronze moyen dans le Nord-Ouest du Massif Central.

 

COMMUNICATIONS

— Prévue au programme de la séance, la projection de la cassette-vidéo « Amédée, Sylvain, Gabriel et autres maçons migrants de la Creuse » a dû être reportée à une séance ultérieure (celle de novembre), en raison d'une panne de matériel.

— C'est avec un sujet de saison, « Les poulaillers en plein champ et la transhumance des poules dans l'est de la Creuse » que Jacqueline Sabourin a donc capté toute l'attention du public.

Dans la partie est du département de la Creuse on peut encore voir des poulaillers en plein champ. Ce sont de petites constructions en maçonnerie ressemblant à une maison en miniature avec une porte basse et une petite fenêtre. On y amenait les poules à certaines périodes de l'année afin qu'elles puissent se nourrir gratuitement. Ce type d'élevage était très pratiqué dans les cantons de Chambon, Evaux, Auzances, Bellegarde, Jarnages, une partie des cantons de Boussac et de Chénérailles ; il était à peu près ignoré ailleurs. Cette coutume aurait pour origine la Combraille.

— A l'issue de cette communication, la visite qui clôt habituellement la séance de juillet conduisit les participants au musée des Pays de la Creuse - Louis Lacrocq, où F. Mimon assura la présentation de la très belle exposition archéologique qui s'y tient actuellement. Cette visite fit en quelque sorte écho à celle du site de Coux, organisée par Marc Parrotin lors de la séance foraine de mai à Auzances. La découverte du site remonte à 1970-1971, époque à laquelle les classes de sixième et cinquième du C.E.G. d'Auzances effectuèrent les premières fouilles et exhumèrent les premières traces d'habitat. Les fouilles sur le site de Coux furent cependant interrompues de 1971 à 1985, soit une quinzaine d'années pendant lesquelles d'autres sites de la région d'Auzances furent explorés : Cujasseix (Rougnat), Louroux (Saint-Priest-d'Evaux), Les Vergnes (Le Compas). A Louroux, près de deux cents sépultures antiques furent découvertes. Aux Vergnes fut mis au jour, parmi nombre d'autres, un vaste bâtiment de près de 60 m de long sur 9 m de large, bien compartimenté en pièces contiguës. Des centaines de fragments de peintures furent recueillis, à partir desquels Jean-François Flécher put reconstituer plusieurs panneaux de fresques gallo-romaines. A Cujasseix, les fouilles menées à partir de 1972 permirent d'exhumer, dans les champs dits « des Boueix », la plus riche des villas connues dans la région. La disposition des bâtiments rappelle celle des plus grandes villas de Picardie ou de Bretagne. La partie résidentielle de la villa (la partie agricole n'a pas encore été fouillée) possédait une riche décoration : placages en pierre calcaire, baguettes de marbre, stuc, peintures murales (celles de la seconde salle présentent des analogies avec les peintures pompéiennes). C'est en 1985, avec l'achat par la commune d'Auzances de la ferme de Coux, que reprirent les fouilles sur ce site. Les travaux menés en 1986 permirent la réhabilitation de l'établissement thermal de la villa. A partir de 1987, les fouilleurs s'attachèrent à exhumer la partie résidentielle de la villa, caractérisée par une longue galerie-façade sur laquelle s'ouvrent les pièces de la maison d'habitation. La construction de la domus, qui s'étend maintenant sur près de 600 m2, se répartit sur deux époques différentes. Un corps de bâtiments importants reste à découvrir en bordure de l'étang, sur sa rive ouest. Le site doit être prochainement classé sur la liste supplémentaire des monuments historiques.

Toutes les personnes qui désireraient en connaître davantage sur les fouilles gallo-romaines de la région d'Auzances pourront se reporter à l'article de Marc Parrotin dans le Bulletin municipal d'Auzances, n° 3, juin 1990, article qui a directement inspiré ces lignes.

 

 

SÉANCE DU 22 SEPTEMBRE 1990

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles M.-E. Aubaile, A. Basset, J. Basset, F. Biarnois, A. Bichet, L. Bournazel, S. Bouvier, J. Chaix, Y. Coudert, I. Dauger, G. Duguey, G. Lajoix, M.-Th. Lalaguë-Guilhemsans, S. Métrich, Ch. Parouty, G. Portal, J. Simon, M. Taillemite ; MM. R. Auclair, G. Avizou, G. Bellon, M. Biarnois, R. Bournazel, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, G. Coudert, G. Dauger, A. Duguey, P.-Ch. Guiollard, H. Lacrocq, M. Manville, F. Mimon, R. Nicoux, M. Parouty, R. Parton, L. Pérouas, R. Portal, P. Saillol, M. Simon, E. Taillemite, A. Tessier, P. Urien, J.-P. Verguet.

Excusés. — Mmes S. Caylus, Cl. Godard, Y. Hourou ; MM. J. Gateau, D. Dayen, V. Souche.

Admissions. — De juillet à septembre, la Société a accueilli 8 nouveaux membres : Mme Fernande Farges (Yerres), M. Jacky Guillon (Pontarion), M. Jean-Pierre Lavaud (La Madeleine), M. Jean-Pierre Lemarchand (Guéret), Mme Jacqueline Marc (Paris), M. Alain Renard (Bourg-en-Bresse), Mme Arlette Soulmagnon (Thauron), M. Francis Trépardoux (Saint-Cloud).

Nécrologie. — Deux membres sont décédés : Léon Colas, de Guéret, président du comité départemental de la Croix-Rouge et membre assidu de la Société depuis 1960, et Mme Regnier, de Néoux. La Société adresse à leurs familles ses condoléances.

Dons à la bibliothèque. — Par J.-P. Baldit, « Tierra Freida », La Clau lemosina, 1990 ; par J.-C. Pruchon, le Guide historique et archéologique de Glénic et Glénic : circuit découverte ; par L. Pérouas, La Creuse, laboratoire de mission rurale (1944-1960).

CHRONIQUE

Le président Etienne Taillemite a pu se féliciter du record d'affluence qu'a connu l'excursion annuelle, le 16 septembre précédent. Cette excursion à Chambon et dans ses environs avait été minutieusement préparée par M. et Mme Parouty et fut pilotée par André Guy, président de la Société des Amis de Montluçon. A la visite de Chambon s'enchaînèrent les visites du château de Villemoleix, de Saint-Marien, de Chambonchard et des installations des mines d'or du Châtelet (Budelière), prélude en quelque sorte à la séance du 22 septembre largement consacrée aux aurières.

Le Président a ensuite annoncé la prochaine tenue à Montbrisson (Loire) d'un colloque sur le thème « Renaissance européenne et phénomènes religieux » (3-5 octobre). Le 116e congrès national des sociétés savantes se tiendra, quant à lui, à Chambéry, du 29 avril au 4 mai 1991.

 

COMMUNICATIONS

— Un riche programme de communications attendait les participants, qui s'ouvrit par la présentation, par Roland Nicoux, du dolmen du Pignat (Banize), découvert en 1950 par M. Picard, et celle de la croix/stèle de Basville signalée par Jean-Claude Champeaux.

— Mme Cauuet-Contri, du laboratoire d'archéologie minière de Toulouse - Le Miral, qui travaille depuis 1984 sur la mine des Fouilloux (Saint-Yrieix-la-Perche) poursuivit par un exposé, illustré par la projection de nombreuses diapositives, sur les aurières du Limousin. Les travaux en cours aux Fouilloux ont mis en évidence des filons exploités en gradins à ciel ouvert et l'existence de réseaux miniers souterrains, parfois boisés. L'étude des tessons de céramique recueillis a permis de définir, au moins, deux périodes d'activité minière : fin de la Tène III, fin du Ier siècle après Jésus-Christ - IIe siècle.

— Pierre-Christian Guiollard ramena alors l'assistance à l'exploitation contemporaine de l'or en développant l'histoire des mines d'or du Châtelet (Budelière). C'est au cours des travaux de construction de la gare de Budelière, en 1896, que furent mis au jour les filons de quartz à mispickel et pyrite, d'une teneur de 11 g d'or à la tonne. En 1905, le géologue Hippolyte Marlot achète à Théodore Lassalle ses droits sur les filons de la gare et du Châtelet. Marlot bénéficie alors du concours financier d'un groupe dont fait partie le célèbre physicien Curie. La concession des mines est accordée en 1907. L'exploitation des mines d'or du Châtelet se fit par trois puits : le puits du Percepteur, foncé à partir de 1906, qui sera le principal puits d'extraction, jusqu'à une profondeur de 263 m (atteinte en 1914) ; le puits de la Gare ou puits Hippolyte, utilisé comme puits d'extraction jusqu'en 1913, puis relié au puits du Percepteur ; le puits de la Montenelle, foncé à partir de 1913, à 170 m de profondeur, et abandonné en 1932.

Pour l'exploitation des filons, des étages ont été aménagés, espacés de 30 à 40 mètres. Les galeries principales sont tracées sur toute la longueur du filon, recoupées par les travers-bancs qui permettent l'exploitation des zones intermédiaires. Dans les zones exploitables, on trace des sous-étages reliés entre eux par des cheminées creusées au ciel des galeries de traçage tous les 15 ou 20 m. Les panneaux délimités par les cheminées et les voies de fond sont dépilés par tranches de 2 m de haut en chassant en allongement dans le filon. La tranche exploitée est remblayée jusqu'au ciel avant dépilage de la tranche supérieure. L'évacuation des minerais se fait par les voies verticales. Le roulage du minerai se fait par berlines à traction animale circulant sur des voies ferrées, puis l'extraction par les cages du puits du Percepteur.

Les principaux filons sont découverts entre 1905 et 1909, date à laquelle la nouvelle usine est mise en route. Sa capacité est portée à 150 tonnes par jour à la veille de la première guerre mondiale. Arrêtée par la guerre, la remise en route de l'usine ne s'effectue qu'à partir de 1923 et jusqu'en 1930. Suit une période de récession, d'adaptation et de recherches. En 1937, la hausse des cours de l'or sauve l'usine de la fermeture. De 1944 à 1948, les prix du métal étant bloqués, ils ne permettent pas une rémunération suffisante de l'exploitation : l'Etat verse des subventions pour soutenir les efforts de recherche et de modernisation. La réouverture du marché libre, en 1948, permet de nouveau une exploitation bénéficiaire. L'usine est modernisée. Mais la situation se dégrade à partir de 1951, avec une hausse des prix importante conjuguée à l'effritement du cours de l'or. La mine ferme le 10 avril 1955, victime de la difficulté du traitement du minerai et de l'irrégularité du gisement.

— C'est à Louis Pérouas que revint le soin de clore la séance par une communication sur l'anticléricalisme au village, de 1900 à 1940, étudié à partir des exemples de Clairavaux et Saint-Moreil. Clairavaux et Saint-Moreil constituent deux sites et deux populations bien différents, mais où l'anticléricalisme représente, pour la région, une intensité moyenne et qui se trouvent toutes deux sur le Plateau de Millevaches. Au début du siècle, Clairavaux compte 780 habitants dont une partie des hommes sont des migrants saisonniers comme scieurs de long, maçons, cochers de fiacre à Paris ; Saint-Moreil compte alors 1 216 habitants. A la veille de la seconde guerre mondiale les populations des deux villages ne s'élèvent plus respectivement qu'à 417 (pour Clairavaux) et 790 habitants (pour Saint-Moreil).

Les forces religieuses antagonistes y sont représentées d'un côté par le clergé, de l'autre par la section de Libre Pensée. A partir de 1905, la paroisse de Clairavaux est desservie plus ou moins régulièrement par les curés de Féniers ou de Croze, tandis que Saint-Moreil garde un curé jusqu'en 1940. A Clairavaux, la Libre-Pensée pouvait compter dix membres officiels et actifs ; à Saint-Moreil, on trouve mention d'une douzaine d'adhérents. Il s'agit, de toute façon, d'une poignée de militants, mais qui exercent un rayonnement par leur position sociale : des membres du conseil municipal (6 ou 7 à Clairavaux), un boulanger, un cordonnier, des négociants en vins, des rentiers. Les deux sections furent fondées entre 1900 et 1905. Leurs activités consistent pour une part essentielle à organiser des conférences sur des thèmes comme la séparation de l'Eglise et de l'Etat, l'inexistence de Dieu (à Saint-Moreil), ou à veiller à assurer des obsèques dignes à ceux qui veulent se passer du concours du clergé. On ne conserve en revanche pas la moindre trace de baptêmes civils ou républicains dans ces deux communes. A Saint-Moreil, l'antagonisme ne se manifeste pas que par des conférences, mais aussi par l'organisation du congrès régional de la Libre Pensée, les dimanche et lundi de Pâques 1907. Par la suite, l'activité de la section, qui relève directement de Limoges, semble mise en sommeil. Dans le canton de La Courtine, la Libre-Pensée constitue une importation directe de Paris par le canal des cochers de fiacres, ce qui prive l'historien de sources précises sur son activité. Il semble toutefois que les réunions aient cessé en 1914 ou un peu avant.

Quant aux pratiquants, c'est-à-dire aux paroissiens qui font leurs pâques, leur proportion est faible : elle passe de 8 % à 1,7 %, à Clairavaux, entre 1901 et 1925. En revanche les « conformistes saisonniers » qui recourent au clergé pour les quatre rites de passage (baptême, première communion, mariage, sépulture) atteignent facilement la moitié de la population. Dans les années qui précèdent la première guerre mondiale, les sépultures civiles représentent environ 30 % des sépultures dans les deux communes, et près de 40 % à Clairavaux entre 1924 et 1938.

Quelles sont les composantes de l'anticléricalisme villageois ? L'agressivité contre les prêtres, tout d'abord, se traduit surtout par le reproche d'abuser des deniers du peuple alors que les libres-penseurs locaux ne s'attaquent pas à la moralité du clergé, pourtant un mets de choix pour leur organe Le Libre-Penseur du Centre. Le despotisme du clergé est également fustigé, la confession étant perçue comme attentatoire à la liberté. Dans le discours des libres penseurs, la distinction est établie entre la religion et le clergé, et on peut lire des appels à un Christ porteur de valeurs de fraternité et de liberté, peu après que l'évangélisme réformé se fut implanté à Saint-Moreil et y eut rencontré un certain succès. Dans quelle mesure la montée de la libre pensée, vers 1900, a-t-elle entièrement effacé l'aspiration à un autre christianisme ? Quant aux relations individuelles des libres penseurs avec le curé de la paroisse, on constate combien elles demeurent cordiales. Quant à la vieille frairie villageoise (la fête patronale), elle apparaît comme un obstacle à l'anticléricalisme, même si elle tend à se séculariser, dans la Creuse, à partir de 1900.

On ne saurait séparer la poussée de l'anticléricalisme entre 1900 et 1914 de ses antécédents, mal connus, dans les décennies précédentes. Les résultats mesurables sont d'abord d'ordre privé : le refus des rites catholiques de passage. Mais ces gestes révèlent aussi une sécularisation des domaines réservés du clergé et une évolution du clergé vers des attitudes davantage d'homme à homme. A partir des années 1940, on pourrait avancer que du stade des convictions, l'anticléricalisme passe au stade des traditions et constitue vraiment un des éléments du patrimoine culturel.

 

 

SÉANCE DU 17 NOVEMBRE 1990

Présidence de M. Pierre Urien, vice-président

Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, J. Basset, F. Biarnois, A. Bichet, L. Bournazel, S. Bouvier, S. Caylus, B. Chaput, Y. Hourou, S. Métrich, Ch. Parouty, J. Porcher, G. Portal, G. Roret, J. Sabourin, A. Soulmagnon ; MM. J.-M. Allard, R. Auclair, G. Avizou, R. Barret, M. Biarnois, R. Bournazel, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, L.-Ch. Gautier, J. Guillon, H. Lacrocq, Cl. Lamy, N. Landon, F. Mimon, R. Nicoux, M. Parouty, J. Picaud, R. Pichant, J. Pion, R. Portal, M. Roret, P. Saillol, V. Souche, A. Tessier, P. Urien, J.-P. Verguet.

Excusés. — Mmes S. du Vigneau, Cl. Godard, M. Létang ; MM. A. Carriat, D. Dayen, H. Niveau de Villedary.

Admissions. — Depuis septembre ont adhéré à la Société : Mme Edith Bonichon (Viersat), Mlle Nadine Coutier (Guéret), Mme Paulette Devoueze (Ahun), Mme Yvette Giraud (Saint-Sébastien), M. Yves Gomichon (Saint-Germain-les-Arpajon), M. André Logez (Suresnes), Mme Lucette Maréchal (Ahun), M. Christophe Moreigne (Guéret), M. Thierry Remuzon (Guéret).

Nécrologie. — Est à déplorer le décès de M. Léon Régnier à Néoux.

Dons à la bibliothèque. — La bibliothèque s'est enrichie récemment par les dons de l'ouvrage de Pierre-Christian Guiollard, Mines d'or : petite histoire des grandes mines d'or françaises, d'un tiré à part de Michèle Heng, « Aubusson et la renaissance de la tapisserie », fourni par le musée départemental de la Tapisserie ; par l'achat de la réédition du Memento typographique de Ch. Gouriou.

CHRONIQUE

Le président porte ensuite à la connaissance de l'auditoire l'invitation adressée aux membres de la Société à assister à la séance solennelle de la Société d'émulation du Bourbonnais, le 8 décembre, à l'occasion du 500e anniversaire de la naissance du connétable de Bourbon.

Après quoi, quelques parutions récentes sont signalées : la monographie d'Ernest Garde, Voyage en pays crocquant et deux mémoires universitaires, d'Anne-Laure Morelle « La maison Tabard à Aubusson de 1925 à 1939 », d'Odile Contamin « La galerie La Demeure. Quarante ans de tapisserie contemporaine » ; et aussi les mises en souscription des Actes du colloque de Limoges (3-5 mai 1990) Les moyens de communication en Limousin de l'Antiquité à nos jours, du reprint de l'almanach Ducourtieux de 1891.

 

COMMUNICATIONS

— Avant de laisser la parole aux communicants, le président fait circuler la reproduction d'une photographie de la classe de philosophie du lycée de Guéret en 1896, transmise aimablement par M. Guy Coureaud, de Vichy ; parmi les neuf élèves figuraient François Binet et Camille Riffaterre. Puis il donne lecture d'une note de Mme du Vigneau sur la réintégration au musée de Guéret de la tapisserie Eliéser et Rébecca à la fontaine, volée en 1974 et retrouvée à Leuven (Belgique).

— M. Mimon présente ensuite le site médiéval de La Roche, commune de Fransèches, qu'il a prospecté depuis 1989 à partir d'une mention relevée par Antoine Thomas dans le cartulaire de Bonlieu (1190) et des indications fournies par les habitants du lieu. Vers le milieu du XVe siècle la châtellenie appartenait aux Barthon de Montbas qui l'abandonnèrent à la fin de ce siècle pour faire construire le château de Massenon. Elle tomba alors dans l'oubli bien que la mesure de La Roche restât encore en usage au XVIIIe siècle. Le site, dans son ensemble, est formé par un éperon barré de 800 m de long sur 600 m de large. La partie supérieure, dite « la motte », est une surélévation rocheuse naturelle sur laquelle se trouvait l'habitat, protégé par des abrupts et des marécages. Textes, toponymie, prospection permettent d'avancer que La Roche a possédé une église avec crypte funéraire, un atelier de monnayage ou d'orfèvrerie, une forge, un marché, une mesure particulière.

— Puis M. Saillol, avec sa verve coutumière, traite de l'adoption par l'agriculture creusoise des engrais minéraux. On sait que ce sont principalement ces engrais qui ont permis, par exemple, après la deuxième guerre mondiale, le quadruplement des rendements des céréales, mais on ignore généralement que, dans ce domaine, l'agriculture creusoise n'a pas été en retard grâce à quelques notables, presque tous grands propriétaires, qui étaient parfaitement au courant des progrès scientifiques concernant l'alimentation des plantes, et ceci, surtout, dès le milieu du XIXe siècle. Les nombreux ouvrages conservés par la Société des sciences en sont le témoignage.

— Ensuite, en son nom et en celui de Mme Bédoussac, M. Urien évoque le sort de deux Creusoises condamnées à la suite de la Commune de Paris Marie-Anne Dumoulin, née à La Celle-Dunoise, et Anne Petit, âgée de 53 ans, native de Naillat. Bien que l'instruction n'ait pu formellement établir un passage aux actes de leur part pendant l'insurrection et en dépit de témoignages favorables, la première connut 5 années de détention et la seconde la transportation en Nouvelle-Calédonie au côté d'Henri Rochefort et de Louise Michel, sanctions propres par leur exemplarité, pensait-on, à décourager pour longtemps une remise en cause de l'ordre social.

— Pour clore la séance, avant la projection de la cassette vidéo Gabriel, Sylvain, Amédée et autres maçons migrants de la Creuse, commanditée par l'Association du plateau des Combes, M. Nicoux expose les choix faits par les réalisateurs — Télé Millevaches, Films du Genièvre —, les difficultés qu'ils ont rencontrées lors du tournage. La projection qui suit, par l'authenticité des témoignages recueillis et par ses qualités techniques, vaut aux auteurs de la cassette de très vifs compliments.