SÉANCE DU 19 JANVIER 1991

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles S. Berger, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, S. Cerclier, J. Desbeaux, G. Duguey, M. Gabriagues, Y. Hourou, A. Jeuniaux, G. Lafaye, S. Métrich, S. Moreigne, Ch. Parouty, J. Porcher, G. Roret, J. Sabourin, M. Taillemite ; MM. P.-V. Archassal, A. Berger, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, R. Dugot, J. Faure, J. Gateau, H. Gerbaud, H. Lacrocq, M. Manville, F. Mimon, G. Noel, M. Parouty, J. Picaud, J. Pion, M. Roret, P. Saillol, V. Souche, Et. Taillemite, A. Tessier, P. Urien.

Excusés. — MM. R. Auclair, G. Avizou, D. Dayen.

Admissions. — Mme Sonia Berry-Guilluy, 23800 La Celle-Dunoise ; MM. Jean-Claude Lenoble, chirurgien, Le Saint-Hilaire, 2, rue Diderot, 37500 Chinon ; Michel Trabuc, médecin, 10, rue Victor-Hugo, 23000 Guéret.

Nécrologie. — Au nom de la Société, le président tient, d'abord, à rendre hommage à la mémoire de M. Pierre Bordier, récemment disparu, dont il rappelle le dévouement au service de Guéret et du département. Depuis 1935, membre de la Société, dont son père fut vice-président, il a publié dans nos Mémoires, partie des résultats des prospections et de la fouille qu'il dirigea sur le Puy-de-Gaudy. Aux siens, la Société exprime ses condoléances.

Dons à la bibliothèque. — Au cours des dernières semaines sont entrés à la bibliothèque : par achat, Les anciennes mesures locales du Massif Central ; par donations, de Michèle Heng « Aubusson et la renaissance de la tapisserie », Histoire de l'art, n° 11, 1990 (don du musée départemental de la Tapisserie) ; de Louis Lacrocq A travers nos provinces (don de M. Henri Lacrocq) ; l'Almanach pittoresque et historique de la Creuse pour 1991 (don de M. Lecante) ; de Pascal-François Bertrand « La seconde tenture chinoise lissée à Beauvais et Aubusson : relations entre Oudry, Bouchet et Dumons », Gazette des Beaux-Arts, novembre 1990 (don de l'auteur) ; de Paul Busuttil A la recherche du développement : la Creuse, thèse d'université, Clermont-Ferrand, 1990 (don de l'auteur) ; de Béatrice Cauuet-Contri « La mine antique des Fouilloux », Aquitania, t. VI, 1988 ; « Les aurières du Limousin », le Courrier du CNRS, n° 73, septembre 1989, « La mine d'or antique des Fouilloux », l'Echo des berlines, n° 17, 1990 (dons de l'auteur).

CHRONIQUE

Après avoir remercié pour ces gestes de générosité, M. Taillemite avise les éventuels communicants qui interviendront lors du 51e congrès des Sociétés savantes du Centre, qui se tiendra à Vichy, du 31 mai au 1er juin, qu'il leur faut adresser au président de la fédération avant le 31 mars, le titre et un résumé de leurs interventions.

Enfin il signale la parution annoncée en novembre de deux ouvrages : Les moyens de communication en Limousin de l'Antiquité à nos jours et Limousins de Paris. Les sociétés d'originaires du Limousin sous la IIIe République.

 

COMMUNICATIONS

En préambule il est donné lecture du résumé des prospections effectuées par M. René Calinaud sur la colline de Transet (commune de Thauron) signalant principalement un chemin construit paraissant avoir desservi un site antique, et des adductions d'eau dirigées vers l'abbaye du Palais.

— M. Henri Lacrocq présente ensuite le prochain volume des Etudes creusoises (le onzième de la série) consacré aux Rues et places de Guéret. La première partie de l'ouvrage est la réédition des notices de Louis Lacrocq, parues à l'origine sous la forme d'articles dans le Courrier du Centre, réunies ensuite en deux séries, éditées en 1925 et 1931. Ces textes, aujourd'hui introuvables, méritaient d'être aujourd'hui accessibles à un large public. Ils consistent en une description et un historique détaillés des principales rues et places guérétoises, agrémentés de dessins originaux d'Henri Hugon et d'Alfred Arfeuillère. La seconde partie de l'ouvrage, totalement nouvelle, est un « Dictionnaire historique des voies anciennes et actuelles », œuvre conjointe d'Amédée Carriat, Jacqueline Desbeaux, Paul Saillol et Henri Lacrocq. Il comporte de nombreuses annexes, et notamment la reproduction des plans anciens de Guéret et un plan original, quadrillé, de la ville actuelle. Ce dictionnaire historique, dont bien peu de villes peuvent s'enorgueillir, comprend près de mille entrées. Il est précédé de deux études : l'une, signée du professeur P. Saillol, est consacrée aux traits les plus significatifs du développement urbain, de 1930 à nos jours ; l'autre, due à H. Lacrocq, porte sur « l'esprit » des noms de rues de Guéret, leur origine et leur ordre d'apparition chronologique.

Dans la deuxième partie de sa communication, M. Lacrocq esquisse un résumé de son étude, insistant plus particulièrement sur les noms anciens de Guéret, le plus souvent à caractère topographique, puis sur les créations de noms contemporains, inspirés généralement par des personnalités locales ou nationales. Il est intéressant de chercher à connaître les motifs qui ont conduit les conseillers municipaux de Guéret à choisir telle ou telle appellation.

A la fin de son analyse, M. Lacrocq souligne l'originalité de quelques noms et relève plusieurs oublis majeurs dans les hommages rendus à certaines personnalités, entre autres, ceux de Marcel Jouhandeau, de Tristan l'Hermite, de Pierre Bouchardon, de Marc Bloch ou encore d'Antoine Thomas...

— Puis c'est au tour de Mme Guylaine Brun-Trigaud de présenter la teneur de sa thèse de doctorat nouveau régime, soutenue à l'université Paris XII, en 1989, intitulée Le Croissant : le concept et le mot. Le but de cette recherche a été la reconstitution des faits et des travaux à l'origine de la découverte du « Croissant », groupement de parlers mixtes situés à la frontière des parlers français et occitans, depuis le milieu du XVIIIe siècle jusqu'en 1913. La première partie cherche à comprendre, au travers des travaux sur la limite oc-oïl (« Enquête de l'Empire », travaux des philologues allemands, etc.), quelles furent les motivations de « l'Enquête » de Ch. de Tourtoulon et O. Bringuier sur cette limite. Une seconde partie examine de façon détaillée le rapport issu de cette enquête, pendant laquelle a été découvert le concept de zone intermédiaire, et souligne son apport à la dialectologie française. Elle complète par des travaux souvent peu connus le tracé laissé en suspens dans le rapport. Une dernière partie est consacrée à la période allant de 1876 à la veille du premier conflit mondial, alors que le concept reçoit le nom de « Croissant ». Cette époque est fortement marquée par G. Paris, P. Meyer et leurs élèves qui jouent un rôle important.

— Suit l'intervention de Pierre-Valéry Archassal portant sur un registre d'état civil un peu particulier qui lui a permis d'étudier les causes de la mortalité des habitants de Felletin au milieu du XIXe siècle. Il a fait part d'un résultat d'observation sur l'année 1853 à titre d'exemple plus que de statistique vu la taille réduite de l'échantillon (74 décès). Les affections pulmonaires, pleurésies, pneumonies, croup et autres phtisies représentent plus de 30 % des causes de décès. Suivent les affections digestives, de l'hépatite à la fièvre typhoïde en passant par le muguet, maladie liée à la mauvaise alimentation ou à sa rareté, cause de 23 % des décès felletinois. Quelques cas d'ascite, de méningite cérébrale complètent le tableau. La « sensibilité » est, selon le médecin qui réalisa les diagnostics, seule responsable de quelques disparitions.

Certaines remarques laissent supposer qu'une autopsie a eu lieu : le praticien signale des hypertrophies du cœur, ou encore des squirrhes du foie et de l'estomac, sans doute des tumeurs cancéreuses. Mais l'analyse des données laisse transparaître quelques causes cachées comme la syphilis dans 11 % des cas (de manière directe ou indirecte) et l'alcoolisme (de l'individu ou parental) dans 6,5 % des cas. Enfin il est intéressant de remarquer la place que tient la tuberculose, qui n'était alors diagnostiquée qu'avec réserve et prudence (Koch ne découvrira son bacille que 29 ans plus tard, en 1882).

En effet si l'on inclut dans les causes de décès liées à la tuberculose certains rhumatismes, méningites, ascites, on atteint le chiffre de 46,5 %, c'est-à-dire presque la moitié des décès.

L'étude sera poursuivie avec les observations faites par le médecin, plus en amont et plus en aval dans le temps, dans l'espoir d'obtenir un échantillon représentatif sur le plan statistique.

— Jean-Michel Bienvenu clot la séance avec un exposé sur l'« avifaune » de l'étang de La Chaume. Le site de l'étang de La Chaume a suscité le plus vif intérêt de la part des ornithologues limousins depuis de nombreuses saisons. A ce jour 126 espèces différentes ont pu être recensées.

La présence d'une « avifaune » variée sur le site, est liée à sa position géographique d'une part, mais également à la succession d'ensembles végétaux bien marqués d'autre part.

L'étang de La Chaume, situé à l'extrême nord-ouest du département de la Creuse, là où le relief collinéen s'estompe pour faire place à un plateau de faible altitude, se trouve sur la voie occidentale de contournement du Massif Central des oiseaux migrateurs européens.

Ce site jouit également d'un effet de proximité avec la Brenne, l'une des zones de France continentale les plus fréquentées comme halte ou comme station d'hivernage par les migrateurs nordiques.

Le site présente une hétérogénéité de milieux naturels, étang, marécage, lande sèche, bocage, et bois, telle que cela concentre sur une superficie d'environ 200 hectares des espèces inféodées à chaque milieu, créant de ce fait la richesse ornithologique.

 

 

SÉANCE DU 16 MARS 1991

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, I. Ballet, J. Basset, S. Berger, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, J. Desbeaux, G. Duguey, Cl. Godard, Y. Hourou, M.-Th. Lalaguë-Guilhemsans, S. Métrich, D. Michon, S. Nicolas, Ch. Parouty, J. Porcher, G. Roret, A.-M. Rouet, J. Sabourin, S. Saumande, M. Taillemite, S. du Vigneau ; MM. P.-V. Archassal, G. Avizou, G. Bellon, M. Biarnois, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, D. Dayen, A. Duguey, H. Gerbaud, Ch. Gogué-Deslignières, H. Lacrocq, N. Landon, Ph. Loy, M. Manville, F. Mimon, R. Nicoux, G. Noel, M. Parouty, J. Pion, M. Roret, J.-M. Rouet, P. Saillol, V. Souche, Et. Taillemite, P. Urien.

Excusés. — MM. R. Auclair, J. Gateau.

Nécrologie. — Est à déplorer le décès de M. Auguste Villeribière, de Guéret.

Admissions. — Quatre adhésions ont été enregistrées depuis le mois de janvier dernier. Ce sont celles de Mme Suzanne Saumande, retraitée de banque, résidence du Jardin Public, 27, avenue de la Sénatorerie, 23000 Guéret ; de MM. Patrick Dayen, commissaire-priseur, 33, allée des Grands-Clos, 78590 Noisy-le-Roy ; Pierre-Henri Gaudriot, ingénieur, Barraud, Saint-Victor, 23000 Guéret ; Jean Régnier, employé M.S.A., Chirat, 23200 Néoux.

Dons à la bibliothèque. — La bibliothèque s'est enrichie par dons des ouvrages suivants : par Mme Brun-Trigaud, Le Croissant : le concept et le mot ; par M. Gérard Marie de Ficquelmont, Auguste Comte, qui êtes-vous ? et Le guide limousin du patrimoine industriel, scientifique et technique ; par M. Pierre-Valéry Archassal, Le guide de la Creuse, de Gilles Rossignol, 2e édition et l'Almanach limousin, aux éditions Bontemps.

 

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE STATUTAIRE

Rapport moral. — M. Taillemite constate une légère progression du nombre des adhérents. Les séances ont été tenues normalement et continuent à réunir une assistance nombreuse. L'assemblée générale du 17 mars 1990 a réélu quatre membres du conseil d'administration : Mme Chaix, MM. Broilliard, Dayen et Taillemite, maintenu à la présidence par le bureau.

Le dixième volume des Etudes creusoises, consacré à la biographie du Dr Grancher, a été mené à bien. L'excursion assurée avec l'aide de M. et Mme Parouty a connu un franc succès.

Ce rapport d'activité, mis aux voix, a été adopté à l'unanimité.

Rapport financier. — Mme Bichet présente le rapport financier arrêté au 31 décembre 1990.
Le total des recettes s'élève à 222 750 F dont 21 381 F reliquat de l'année précédente.
Les principales recettes se décomposent ainsi : cotisations et dons 88 952 F ; vente des Mémoires et des Etudes creusoises 46 998 F ; subventions du Conseil général de la Creuse 15 000 F, des Archives nationales 10 000 F, de la ville de Guéret 2 600 F.
Les dépenses atteignent 224 145 F, les principales étant l'impression des Mémoires 96 560 F et des Etudes creusoises n° 10 « La vie de Joseph Grancher » 35 350 F.
L'exercice 1990 se solde donc par un excédent de 19 985 F.

MM. Mimon et Saillol, désignés comme commissaires aux comptes, vérifient l'exactitude de la comptabilité ; après quoi, le rapport financier mis aux voix est adopté à l'unanimité. L'assemblée générale décide de porter à 130 F le montant de la cotisation pour 1992.

 

COMMUNICATIONS

Quelques informations précèdent les communications. Le 51e Congrès des sociétés savantes du Centre se tiendra à Vichy les 31 mai et 1er juin. Sont signalés deux ouvrages traitant de la région : le numéro de janvier du Bulletin de l'association des géographes français, consacré tout entier au Massif Central ; la parution prochaine de Sites préhistoriques de la France non-méditerranéenne : l'exemple du Limousin par Ian Ralston.

— Francis Trépardoux retrace la vie de son parent Charles Trépardoux (1853-1920). De souche creusoise, celui-ci se marie en secondes noces avec Eugénie Bouton et, associé à son beau-frère, réalise des mécaniques de précision avant de créer avec le comte Albert de Dion la société « Trépardoux et Cie » qui fabrique des chaudières de machines à vapeur, agréées par la Marine nationale. L'une d'elles, adaptée sur un tricycle les conduit à devenir des pionniers de l'automobile. Mais, en 1893, la brouille avec de Dion, la suprématie du moteur à essence entraîne la dissolution de la société et, quelques années plus tard, le retrait des affaires de Charles Trépardoux.

— Jacqueline Sabourin emmène l'auditoire sur une voie qui n'est plus carrossable de longue date : la voie romaine de Pontarion à Ahun. L'étude ne s'est appuyée que sur les travaux les plus récents. Elle a été conduite par l'observation sur le terrain et à l'aide de renseignements fournis par quelques informateurs. La voie a été suivie depuis le nord du « Pré-Nouveau » proche de Pontarion jusqu'aux environs de la ferme de Beauregard proche d'Ahun. A partir des points déjà connus, d'autres vestiges ont été découverts et le tracé dans son ensemble a pu être reconstitué. La voie rencontre sept ruisseaux ou mouillères qu'elle franchit par différents moyens : gués, levées plus ponceaux, une digue d'étang, un contournement. Cette route, construite au milieu du troisième siècle, a été assez rapidement abandonnée sans doute à cause du manque d'entretien et la circulation a alors suivi des itinéraires plus ou moins parallèles laissant presque intacts des tronçons bien reconnaissables.

— Avec un exposé sur les croix de Dun, Charles Gogué-Deslignières rompt avec la question des transports.

Croix en granit sur socle de granit au bout de la rue des Sabots.
Croix en bois avec niche et vierge, à la croisée des chemins des « Mottes » autrefois à la croisée de la rue de la Perrière. Une procession s'y déroulait le soir du 15 août, Assomption de la Vierge.
Croix en bois, avec Christ, sur socle de granit, place de l'église Notre-Dame-de-la-Reconnaissance. Elle provient de l'ancienne église Notre-Dame (emplacement du square) démolie en 1905 et dont le portail du XIIe siècle a été réédifié sur la façade de l'hospice avant 1908.
Croix en fer forgé sur socle et marches en granit, place de Dunet et à la croisée du chemin du lavoir (deux marches, hélas, ont été enfouies lors d'un « nettoyage » de la place et surélévation du sol).
Croix en bois avec Christ en Croix, sur socle pierres apparentes, à la croisée du chemin de la Font-Martin et de la rue du 8-Mai-1945 (route de Villard).
Croix en fer forgé sur socle en granit avenue Emile-Génevoix, à la croisée du chemin du château d'eau.
Croix monumentale sur socle en granit et surélevée par trois marches de granit, places des Terres, à la croisée de la route de Tarsat, sur le chemin de Sagnat qui passait par un gué la petite rivière « La Brézentine » et appelé Chemin des morts, car Dun-le-Palestel dépendait de la paroisse de Sagnat jusqu'en 1711.
Il en existe deux autres visibles mais non érigées, l'une du moins. La première en beau granit taillé qui se trouvait à une croisée de chemin derrière le parc du Docteur-Benjamin-Bord. Cette croix se trouve actuellement sous l'ancien préau de l'ancienne école libre, propriété de l'évêché de Limoges.
Enfin, une autre croix en bois se trouve au village de Tarsat, toujours sur le chemin de Sagnat ».

— Enfin, avec Daniel Dayen, la séance s'achève sur l'échec de Martin Nadaud. Seul élu du premier tour en 1885, Martin Nadaud pouvait espérer, malgré ses 74 ans, une réélection sans problème en 1889. C'était compter sans l'agitation boulangiste et le rétablissement du scrutin d'arrondissement qu'elle provoqua. Or l'arrondissement de Bourganeuf ne lui avait donné que 57 % des suffrages contre 63 % pour l'ensemble du département. Les socialistes Busson et Desfarges y faisaient déjà campagne contre « l'ex-maçon devenu le pire des bourgeois ». Mais surtout Nadaud retrouva sur sa route son adversaire de 1876 et de 1877, Emile Coutisson, conseiller général de Bénévent, dont l'implantation locale était très forte.

Au cours d'une campagne où les coups bas furent nombreux, Coutisson reprocha violemment au député sortant d'être le candidat officiel de la préfecture, d'avoir voté l'augmentation des impôts et les crédits pour le Tonkin, d'être prêt à toutes les compromissions pour garder sa place lucrative de questeur de la Chambre, de ne pas répondre aux lettres et de ne connaître personne dans l'arrondissement. On parla même de « ramollissement sénile ».

Le 22 septembre, les cantons de Bénévent et de Bourganeuf firent défection : Nadaud était en ballottage ! Et le 6 octobre, malgré le désistement de Desfarges, Coutisson, dont on avait pourtant chanté sur l'air de Marlborough l'enterrement politique, l'emporta de 212 voix, rendant ainsi l'ancien maçon à la vie privée. Nadaud quitta le Palais-Bourbon pour la Martinèche où il se consacra aux Mémoires de Léonard qui n'auraient peut-être pas vu le jour sans cet échec dont il faudrait alors presque se réjouir !

 

 

SÉANCE DU 25 MAI 1991 — LE GRAND-BOURG

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles Fr. Adenis, A. Basset, J. Basset, C. Beauchet, A. Bichet, S. Bouvier, I. Dauger, P. Deluchat, A. Deprecq, D. Deprecq, G. Duguey, R. Galateau, J. Gibelin, Y. Hourou, A. Larrazet, S. Métrich, Ch. Parouty, G. Roret, V. Saillol, H. Say, M. Taillemite ; MM. R. Auclair, R.-J. Audonnet, G. Avizou, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, A. Carriat, G. Dauger, C. Deluchat, A. Duguey, J. Gateau, L.-Ch. Gautier, H. Gerbaud, P. Gibelin, D. Labondance, H. Lacrocq, R. Legros, M. Parouty, R.-F. Pichand, M. Pissaloux, M. Roret, P. Saillol, R. Saint-James, Et. Taillemite, A. Tessier, D. Tourtaud, P. Urien.

Excusés. — Mmes J. Chaix, Cl. Godard ; M. D. Dayen.

Nécrologie. — Est à déplorer la fin de M. Louis Pouyol, de Saint-Vaury.

Admissions. — Quatre nouvelles adhésions ont eu lieu depuis la séance de mars : celles de Mme Arlette Le Feivre-Yon, secrétaire de direction retraitée, 17, rue Pierre-d'Aubusson, 23200 Aubusson ; de Mlle Danielle Michon, secrétaire-agent administratif, 12, avenue Charles-de-Gaulle, 23000 Guéret ; de M. Louis Billot, ingénieur retraité du bâtiment et des travaux publics, 39, rue Anatole-France, 93130 Noisy-le-Sec ; de M. René Le Caignec, ingénieur, route de Guéret, 23220 Bonnat.

Dons à la bibliothèque. — La bibliothèque s'est enrichie quant à elle de deux ouvrages notoires : Langage populaire et civilisation rurale en Bourbonnais, de Marcel Bonin, et le Catalogue de l'exposition consacrée à Pierre Baudoin par le musée départemental de la Tapisserie d'Aubusson. La parution prochaine de deux autres ouvrages particulièrement intéressants pour l'histoire de la Creuse fut annoncée : de Pierre-Christian Guiollard, Les mines d'or du Châtelet, de 1905 à 1955, et de Maurice Robert, Mémoire et identité, traverses ethnohistoriques en Limousin.

 

COMMUNICATIONS

A l'occasion de la venue au Grand-Bourg de la Société M. Pierre Moreau, maire, présente sa commune au public, venu très nombreux. Pierre Urien, ensuite, rend compte d'une communication adressée par Pierre Ganne et David Laroche à propos d'un couvercle d'ossarium hémisphérique (portant un épaulement cylindrique qui s'engage dans la cavité du coffre) mis au jour en 1965 à Salesses, commune de Flayat.

— Paul Saillol évoque ensuite les agriculteurs d'avant-garde au Grand-Bourg dans le dernier tiers du XIXe siècle. Ce canton, riche au point de vue agricole, du moins par rapport au reste du département, a de ce fait intéressé les capitaux des notables ; on y comptait une soixantaine de domaines de 80 ha et plus, divisés en métairies. A cette époque plusieurs grands propriétaires ont eu le souci de moderniser leur exploitation, en tenant compte des enseignements des comices agricoles dont celui du Grand-Bourg fondé par un juge, Fressinaud de Saint-Romain, propriétaire du domaine de Collonges. Son fils nous a laissé un intéressant mémoire sur les améliorations apportées à sa propriété. Plusieurs de ses voisins contribuaient dans leur domaine à cet effort de rénovation et enrichissaient même la littérature agronomique, ainsi le docteur Moslieurat-Lagémard propriétaire à Salagnac, le magistrat Bouttelas Desmoulins, plus un général, Creusois d'adoption, de Solliers, propriétaire du Masgelier. On espéra même intéresser un maréchal de France, Baraguay d'Hilliers, qui avait par hasard acquis la belle propriété de La Ribe.

— Henri Gerbaud s'attache à l'arrestation de quatre maçons au XVIIIe siècle. Amédée Carriat lui, esquisse l'historique de la seigneurie du Masgelier, qui, entre celles de Montaigut et de Salagnac, étendait ses droits jusqu'au-delà de la vaste paroisse du Grand-Bourg. Elle était restée plus de deux cents ans la propriété de la famille de La Loue (de 1579 à 1788), avant que ses terres ne passent aux Brémond d'Ars, puis aux généraux de Solliers et de La Bastide, et ne subissent ensuite des démembrements successifs. Suit l'évocation d'un hôte occasionnel du château, l'original chevalier Pierre Augustin de Piis (1753-1832), fils naturel d'Angélique de La Loue, chansonnier et vaudevilliste, sur qui s'est reportée l'attention de notre siècle. Son poème sur L'Harmonie imitative de la langue française a intéressé Claudel et les anthologistes du préromantisme ; ses chansons de la période révolutionnaire (au cours de laquelle il fonda, avec Barré, le théâtre du Vaudeville) ont refait surface à l'occasion du bicentenaire. Pour avoir célébré tour à tour l'Ancien Régime, la Révolution, Napoléon, les Bourbons de nouveau, il eut l'honneur de figurer dans le Dictionnaire des girouettes.

— Jean-Louis Broilliard lit et commente une adresse envoyée par le canton du « Grand Bourg de Salagnat » à l'Assemblée nationale au milieu de l'année 1790. Les signataires, en riposte aux démarches de Bénévent-l'Abbaye, demandent la création d'une justice royale au profit du chef-lieu de canton. Bonne occasion de comparer les mérites respectifs des deux villes rivales. L'originalité du document, conservé aux Archives nationales, tient au fait que cette adresse est signée également par des représentants de municipalités situées en dehors du département de la Creuse et du district de La Souterraine nouvellement créés.

— Enfin, Guy Avizou présente Gabriel Adenis, « un député à contre-courant », notaire au Grand-Bourg. Titulaire de la Légion d'honneur à titre militaire, il participe après 1918 à l'organisation dans la Creuse de l'Association des anciens combattants et représente, de 1924 à 1928, le département à la Chambre où il siège au centre droit.

 

 

SÉANCE DU 20 JUILLET 1991

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, M.-E. Aubaile, J. Basset, A. Bichet, L. Bournazel, S. Bouvier, S. Caylus, M.-J. Crossay-Lestrade, I. Dauger, G. Duguey, Cl. Godard, A.-L. Morelle, J. Sabourin ; MM. J.-M. Allard, J. Bouvier, R. Bournazel, A. Carriat, X. Chabois-Chouvel, Ph. Cibert, G. Dauger, D. Dayen, J.-P. Delhoume, A. Duguey, H. Lacrocq, J. Lecante, M. Manville, F. Mimon, J. Picaud, P. Saillol, R. Saint-James, V. Souche, Et. Taillemite, A. Tessier, G. Teste, R. Tétard, P. Urien.

Excusés. — Mmes S. Métrich, Ch. Parouty ; MM. P.-V. Archassal, G. Avizou, J.-L. Broilliard, M. Parouty.

Nécrologie. — Le président fait part aux membres présents du décès du docteur Maumy, de Guéret, à la famille duquel la Société adresse ses condoléances.

Admissions. — Il annonce ensuite les adhésions qui suivent. Ce sont celles de : Mlle Brigitte Chaput, animatrice, Outrelaigue, 23150 Maisonnisses ; M. Philippe Cibert, chimiste, 4, rue Georges-Saché, 75014 Paris ; Mme Geneviève Lardillier, professeur, Ceury, 23240 Le Grand-Bourg ; Mme Andrée Larrazet, retraitée, rue du Pont de la Gartempe, 23240 Le Grand-Bourg ; M. Jean Parlebas, ingénieur honoraire, S.N.C.F., rue de la Poste, 23160 Crozant ; M. Roland Tetard, retraité, résidence du Parc de Fressanges, 21, rue de Fressanges, 23000 Guéret.

Dons à la bibliothèque. — En deux mois, la bibliothèque s'est enrichie de nombreux dons, parmi lesquels on signalera : par l'I.N.S.E.E., Recensement général de la population de 1990 Creuse ; par l'association Maurice Dayras, Bulletin 1991 ; par l'auteur Henri Boudrie, un tiré à part « Guillaume-Michel Coissac, écrivain régionaliste, historien de cinéma (1868-1946) », paru dans Lemouzi ; par les auteurs Jacques Chauvin et Jean-Pierre Baldit, un tiré à part « Contes populaires du Limousin : la Haute-Marche », édité par Lemouzi ; par l'auteur Louis Pérouas, « La Creuse, laboratoire de mission rurale (1944-1960) », paru dans la Revue d'histoire de l'Eglise de France.

Parmi les ouvrages récemment sortis à noter : de Pierre-Christian Guiollard, Les mines d'or du Châtelet (1905-1955), acquis par la Société ; d'Audidio/Bonnot-Rambaud, Lire le français d'hier (XVe-XVIIIe siècle), A. Colin ; de Sophie Cassagnes-Brouquet, Marie en Limousin, photos de Jean-François Amelot, Editions du Rouergue.

CHRONIQUE

Le président donne enfin quelques informations concernant la vie de la Société : le 7 juin, elle fut ainsi représentée par Mme Chaix et MM. Lacrocq et Urien à la réunion de la commission de classement des objets mobiliers ; le congrès annuel de la Fédération des sociétés savantes s'est tenu à Vichy du 31 mai au 2 juin ; le congrès national, réuni à Clermont, en tiendra lieu en 1992.

 

COMMUNICATIONS

— Trois communications figurent au programme, à commencer par celle de Ferdinand Mimon, qui rapporte ses observations sur le carrefour de La Chezotte (commune d'Ahun). Sept anciens chemins s'y rencontrent, parmi lesquels la voie romaine d'Ahun à Pontarion et, inédit, un itinéraire Eymoutiers-Bourges portant, au lieu-dit « La Pierre la lieue », un milliaire non répertorié. Ce dernier itinéraire pourrait être la voie du mercure, mentionnée notamment par Maurice Dayras.

— Anne-Laure Morelle donne un aperçu de son mémoire de maîtrise, La maison Tabard, à Aubusson, de 1925 à 1939, établi à partir de l'étude des archives Tabard, données au Conseil général de la Creuse et déposées au musée départemental de la Tapisserie d'Aubusson.

Le fonds Tabard est constitué de sources variées : correspondances, photographies, registres et cartons. Ajouté à d'autres documents, il apporte un témoignage précieux, car unique, sur l'histoire de l'atelier. Celui-ci se conforme aux nécessités des époques et des modes fluctuantes. Malgré les difficultés qui éprouvent l'entreprise entière, François Tabard garde ses convictions et poursuit quelques tentatives ; pour nous, « le vrai moyen de rénover notre industrie est d'avoir, avant toute chose, le souci de sa valeur artistique ». Les travaux produits au sein de l'atelier varient au cours des ans. Entre 1925 et 1939, les créations modernes coexistent avec les copies d'ancien, car aucune règle ne certifie le succès ou l'échec d'un nouvel essai. Finalement les efforts des fabricants et des artistes s'avèrent fructueux, lorsque la guerre et la captivité de François Tabard, entre 1939 et 1945, viennent mettre un frein aux expériences. Cependant la renaissance de la tapisserie contemporaine est amorcée et développée dans d'autres ateliers.

La manufacture Tabard se démarque dans l'histoire des tapissiers aubussonnais. Par là, elle s'insère dans le patrimoine artistique creusois de renommée mondiale.

— Jean-Pierre Lemarchand, directeur du centre météorologique, en préambule à la visite des installations qu'il dirige, fait l'historique des observations météorologiques effectuées dans la Creuse et présente l'étude réalisée à son initiative par Vincent Caillez sur l'évolution du climat en Limousin depuis 1880, étude qui aboutit à des conclusions assez surprenantes : refroidissement général du climat, diminution de la pluviosité en octobre, augmentation des précipitations en janvier.

L'après-midi se conclut fort sympathiquement par la visite détaillée du centre météo, dont les membres de la Société se retirent enchantés, convaincus, si besoin en était, des utilisations grandissantes de la prévision liée à une fiabilité accrue.

 

 

SÉANCE DU 21 SEPTEMBRE 1991

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles M.-E. Aubaile, J. Basset, A. Bichet, L. Bournazel, J. Chaix, S. Métrich, Ch. Parouty, S. Saumande, H. Say ; MM. P.-V. Archassal, R. Auclair, R. Barret, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, P. Busuttil, A. Carriat, X. Chabois-Chouvel, R. Dugot, H. Lacrocq, J.-P. Lemarchand, M. Manville, F. Mimon, R. Nicoux, M. Parouty, J. Picaud, J. Pion, R. Saint-James, Et. Taillemite, A. Tessier, P. Urien, J.-P. Verguet.

Excusés. — Mmes/Mlles Cl. Godard, S. Caylus, J. Porcher, S. du Vigneau ; MM. G. Avizou, D. Dayen, V. Souche.

Nécrologie. — Deux de nos adhérents sont récemment décédés : M. Georges Caillat, de Bonnat, et Mme Gilberte Vezin, écrivain dont l'essentiel de l'œuvre (qui lui a valu le prix Broquette-Gornin de l'Académie française et la médaille d'or de l'Académie internationale de Lutèce) fut consacré à l'histoire de l'art.

Admissions. — Le président fait part de six nouvelles adhésions. Ce sont celles de : Mlle Isabelle Ballet, étudiante en géographie, Bas-Gros, 23130 Chénérailles ; Mme Sandrine Rusconi, étudiante, 1, rue du Surmelin, 75020 Paris ; M. Daniel Besancenot, commissaire de police, 17, rue des Uzelles, 91480 Quincy-sous-Senart ; M. David Laroche, étudiant, Salesse, 23260 Flayat ; M. Hubert Niveau de Villedary, juriste-Office européen des brevets, Lindwurmstrasse 147, W 8000 Mun ; M. Régis Saint-James, V.R.P., Brugnat 23000, Sainte-Feyre.

Dons à la bibliothèque. — La bibliothèque de la Société s'est enrichie de deux dons d'importance pour l'histoire locale : les Annales de la Chapelle-Taillefert, de Pierre Lacroix ; de Jean-Marie Allard, un tiré à part d'un article paru dans le Bulletin des amis de Lastours et son mémoire de maîtrise sur la commanderie de Blaudeix.

 

COMMUNICATIONS

— En premier lieu, Pierre-Valéry Archassal retrace l'histoire des séismes. Suscitée par le tremblement de terre ressenti le 9 juin dernier dans le nord du département de la Creuse, cette histoire des séismes débute en 1215. Les moines de l'abbaye de Grandmont décrivent une procession consécutive au tremblement de terre du 3 mars qui les a jetés hors de leurs lits. En 1335, 1489 et 1579, d'autres mouvements sont signalés par la chronique des moines de Grandmont et affectent, par la proximité, l'actuel département de la Creuse. Les registres paroissiaux laissent apparaître quelques traces d'événements similaires au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, puis la presse écrite devient la principale source d'information. Des murs lézardés, des cheminées effondrées à Bonnat, Saint-Sulpice-les-Champs, La Borne, Sagnat, sont signalés tout au long des siècles passés.

Une première crise importante est détectée de mai à décembre 1913 où plus de 50 secousses sont ressenties de Chambon-sur-Voueize à Guéret. L'essaim de séismes de 1991 lui ressemble beaucoup. Cette année en effet 30 enregistrements ont été effectués entre le 22 mai et le 27 juillet. Les plus importants atteignant 3,5 et 3,6 degrés sur l'échelle de Richter (qui en compte 9), localement 4, le 22 mai à 17 h 50 et le 9 juin à 2 h 34 du matin.

La collecte des informations, au travers des rapports du Bureau de recherches géologiques et minières, de la presse écrite, mais aussi de témoignages privés, se poursuit. L'auteur, Pierre-Valéry Archassal, demande à ceux qui peuvent le renseigner de téléphoner au 55 80 51 83.

— Puis Paul Busuttil présente sa thèse, intitulée de façon significative A la recherche du développement : la Creuse, thèse qui se veut diagnostic et non pas autopsie. Elle rejette d'emblée la confusion longtemps faite entre développement et croissance. Sous le terme de développement se comprend au contraire la notion de capacité d'un espace peuplé de s'adapter à une situation changeante à laquelle sont apportées des réponses individuelles ou collectives. Pour s'adapter à cette situation sans cesse évolutive, la Creuse doit surmonter une série de handicaps liés à sa situation géographique, à sa démographie, aux acteurs qui agissent sur l'espace, aux interrogations sur cet espace et à sa structure. La question fondamentale se pose en ces termes : faut-il regretter le monde plein du début de ce siècle, où l'on vivait relativement mal, par opposition au monde réputé vide d'aujourd'hui, où l'on vit incomparablement mieux ? Face aux handicaps se posent des exemples de belles réussites, comme le développement de laiteries performantes sous l'impulsion des migrants de l'Ouest, des centres de distribution commerciale, des industries de haute technologie, pour ne citer qu'elles. De fait, l'industrie locale s'est adaptée, ou elle est morte. Le rôle d'impulsion joué par la Mission de France à La Souterraine mérite à cet égard d'être souligné. Face à ces réussites qui défient les handicaps, le problème de la Creuse se résumerait, au fond, à un problème d'image : celle de la Creuse vue de l'extérieur, mais aussi vue et voulue par les Creusois.

Pour clore la séance, Roland Nicoux entraîne son auditoire au bord du barrage des Combes, sur la route touristique, pour y observer la tortue aquatique d'Europe. Son portrait : une carapace de 14 × 10 cm, un plastron de 13 × 7,5 cm, une queue de 6 cm, des pattes de 8 cm et un poids de 400 g. Elle est assez plate, d'un vert sombre presque noir. Les sillons de sa carapace ne sont pas très marqués. Sa tête, son cou et ses pattes sont tachetés de jaune. Très craintive, elle vit en bande d'une dizaine au moins. Sortie d'hibernation à la fin du mois de mars, elle se chauffe longuement au soleil durant le printemps et une partie de l'été (comme tous les reptiles), et pond au mois de juin ou de septembre dans la lande ou la prairie qui entoure un étang : pour ce faire, elle creuse un nid avec ses pattes arrières, dépose de 4 à 11 œufs et rebouche le trou. Les jeunes naissent à l'automne ou au printemps suivant. Vers septembre - octobre, elle s'enfouit dans la boue pour hiberner. Carnivore, elle chasse dans la végétation aquatique insectes, vers, mollusques, têtards et poissons malades. Espèce protégée, il est interdit de la capturer... et de l'écraser, risque auquel elle s'expose volontiers en traversant les routes. Aux conducteurs d'être prudents !

 

 

SÉANCE DU 16 NOVEMBRE 1991

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles M.-E. Aubaile, I. Ballet, F. Biarnois, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, J. Chaix, J. Desbeaux, Y. Hourou, M.-C. Leclerc, S. Métrich, S. Moreigne, Ch. Parouty, J. Porcher, R. Rigaud, Ch. Roca, J. Sabourin, V. Saillol, V. Saint-James, S. Saumande, M. Taillemite, S. Theillou, S. du Vigneau ; MM. P.-V. Archassal, R. Auclair, G. Avizou, R. Barret, G. Bellon, M. Biarnois, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, B. Cousty, D. Dayen, J. Faure, H. Gerbaud, M. Manville, F. Mimon, J.-L. Nolf, M. Parouty, J. Pion, P. Rigaud, P. Saillol, R. Saint-James, V. Souche, Et. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, R. Thome, P. Urien.

Excusés. — Mmes/Mlles J. Chaix, Cl. Godard ; M. J. Gateau.

Nécrologie. — La Société adresse ses condoléances aux familles de deux de ses membres décédés : Me Jean Drojat, à Felletin ; M. André Picouret, à Paris.

Admissions. — Quatre adhésions ont été enregistrées depuis la séance de septembre. Il s'agit de celles de : Mlle Henriette Gareton, contrôleur des impôts retraité, 47, rue Louis-Blanc, 03200 Vichy ; M. Jean Coudert, producteur autonome d'électricité, Le moulin des Lilas, 23430 Saint-Martin-Sainte-Catherine ; M. le Dr Joël Jessel, 25, boulevard de la Corderie, 13007 Marseille ; du Centre régional de documentation archéologique, 14, rue de la Justice, 19140 Uzerche.

Dons à la bibliothèque. — La bibliothèque a reçu en don le mémoire de maîtrise de Christophe Moreigne, Société et religion à Lupersat 1787-1800 ainsi que la thèse de Jean-Luc Nolf, Le rôle de la tectonique cassante dans l'élaboration du relief du Limousin nord-oriental. Par ailleurs la bibliothèque a acheté L'école de Crozant, les peintres de la Creuse et de Gargilesse (1850-1950) publié par Christophe Rameix. Enfin il convient d'ajouter que les tomes épuisés du Dictionnaire d'Amédée Carriat ont été réédités et sont en vente à la bibliothèque les mercredis après-midi.

CHRONIQUE

Deux vœux ont été émis portant sur la préservation, l'un, de l'environnement, l'autre du patrimoine.

M. Armand Tessier attire l'attention sur le château des Places dont le site risque d'être défiguré par une ligne installée par l'E.D.F.

M. Régis Saint-James pose le problème des concessions de cimetières qui arrivent à expiration et du remploi inconsidéré des pierres tombales anciennes à cette occasion.

 

COMMUNICATIONS

— La première partie de la séance a été consacrée aux découvertes archéologiques de l'été, présentées successivement par Jacqueline Sabourin (pierre épigraphe d'Ahun et blocs de béton gallo-romain d'Ahys), Simone du Vigneau (église de Paulhac) et Pierre-Valéry Archassal (abbaye de Prébenoît).

La pierre épigraphe d'Ahun a été découverte près de l'église, lors du creusement des canalisations pour le gaz, en juillet 1990 ; elle n'a dû sa conservation qu'à grâce au jugement d'un chef de travaux qui l'avait « mise de côté ». Elle est déposée dans l'église.

La partie centrale est en forme de parallélépipède et les parties latérales en forme de demi-cylindre.

L'inscription occupe la grande face du parallélépipède. Elle comprend cinq lignes d'une vingtaine de caractères chacune. Elle paraît relativement lisible malgré un éclat ancien et quelques éclats récents dus aux engins mécaniques ; la ligne inférieure est cependant en partie effacée.

Une autre pierre de même section que les demi-cylindres a été découverte au même endroit ; elle est déposée à l'extérieur de l'église.

Ces pierres semblent avoir constitué le bahut d'un mur. Si l'inscription était déchiffrée, on aurait probablement des précisions intéressantes sur le passé gallo-romain de la ville d'Ahun.

Le site d'Ahys est près de la sortie du village, en direction de Saint-Georges-la-Pouge. Les blocs sont disséminés autour d'une parcelle, qui est celle où a été découvert le Mercure d'Ahys du musée de Guéret.

Les blocs sont de dimensions différentes, mais en général assez importantes. Leur épaisseur semble être d'environ 50 centimètres. Le plus grand mesure environ 3 m / 2 m / 0,50 m.

Ces blocs sont très érodés mais sont d'une grande dureté. Ils sont composés de cailloux de toutes dimensions, depuis le gravier jusqu'à des éléments d'une quinzaine de centimètres. Le ciment est blanc ou grisâtre.

L'observation ne permet pas actuellement de dire s'il s'agit du sol d'une construction ou de soubassements de murs.

— L'église de Paulhac est totalement décorée de peintures murales datant des XIIe et XIVe siècles. Elles furent signalées en 1938, mais de nouvelles peintures ont été mises au jour cette année.

— Les fouilles de l'été à l'abbaye de Prébenoît se sont concentrées autour de sept secteurs : les douves (nettoyage), la façade ouest du bâtiment conventuel, les façades sud et est, le chauffoir, l'église et la tour de fortification. A proximité des douves a été repéré ce qui fut vraisemblablement l'étang de l'abbaye, appelé aussi « étang noir ».

Sur les façades sud et est, deux linteaux de portes et fenêtres respectivement ont été identifiés comme provenant d'anciennes pierres tombales taillées et retravaillées. De la même façon, la grande pierre en fond de cheminée et la pierre de foyer du chauffoir sont d'anciennes pierres tombales, dont l'une a même probablement recouvert la sépulture d'un abbé.

La tour de fortification a été nettoyée et les planchers des différents niveaux décapés et fouillés, ce qui a permis de découvrir un escalier dans l'épaisseur du mur du deuxième étage et de localiser une cheminée.

— La seconde partie de la séance a abordé les domaines de l'agriculture et de la géologie. Paul Saillol étudie ainsi les rapports qui peuvent être établis entre agriculture creusoise et agriculture flamande.

Sur un sol aussi pauvre que celui de la Creuse et sous un climat très semblable, les Flamands de la Flandre intérieure belge ont pratiqué dès le Moyen Age une agriculture si progressiste qu'elle a servi de modèle à celles de l'Angleterre, puis de la France, nombre de départements, du Centre surtout, dont celui de la Creuse, suivant avec un grand retard.

Ce contraste s'explique essentiellement par la différence des situations : la Flandre fait partie du carrefour qui, depuis le Moyen Age, est le plus actif du monde, ce qui a multiplié les villes ; or, ce sont surtout les exigences et les aides urbaines qui ont provoqué les progrès agricoles.

La Creuse, au contraire, doit supporter le handicap majeur de son appartenance au Massif Central, qui rend difficiles les relations avec les grands centres d'activité : Paris, Lyon et les ports ; c'est la cause principale de l'absence de sève urbaine, avec toutes ses conséquences pour l'agriculture.

— Enfin, Jean-Luc Nolf a livré l'état de ses recherches sur le relief creusois. Le relief du Limousin, et par conséquent de la Creuse, fait l'objet d'une controverse depuis plus de cinquante ans. Vers le milieu du siècle, des chercheurs envisageaient l'hypothèse de jeux tectoniques récents pour expliquer les dénivellations parfaitement visibles dans le paysage.

Très vite, une nouvelle école niant ces mouvements récents s'est appuyée sur la différence de résistance des roches variées composant notre sous-sol : les roches plus dures armeraient les reliefs et les roches les plus vulnérables face aux agents de l'érosion occuperaient les dépressions.

Un rapide examen du relief creusois montre les nombreuses aberrations de cette théorie. Malgré la quasi-unanimité des géomorphologues actuels qui nient le jeu de failles locales, une thèse (A. Le Griel) qui vient d'être consacrée au relief du Massif Central a relancé un débat que les équipes de Limoges (R. Lacotte, M. Manville et J.-L. Nolf) avaient rouvert dans les années 1970. Pour A. Le Griel, le relief local dériverait directement de la crise tectonique qui se manifeste depuis la fin du Miocène (— 10 millions d'années).

La découverte récente de galets de grès éocènes loin au sud de l'actuel bassin de Gouzon pourrait conforter l'hypothèse de l'existence d'un bassin sédimentaire nettement plus étendu, qui aurait pu concerner également les environs de Guéret, où des vestiges sédimentaires similaires à ceux du bassin de Montluçon sont signalés (J.-L. Meloux). Cela compliquerait quelque peu le schéma envisagé par A. Le Griel, mais il semblerait que l'origine tectonique des principaux escarpements dénivelant les différentes surfaces soit acquise.

L'organisation géométrique du relief, indépendante des faciès pétrographiques et peu assimilable à une érosion cyclique, ne peut se comprendre que par le rejeu à plusieurs reprises durant l'ère tertiaire, d'accidents plus anciens hérités du plissement hercynien.