SÉANCE DU 18 JANVIER 1992

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles M.-E. Aubaile, S. Berger, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, J. Desbeaux, G. Duguey, Y. Hourou, M. Leblanc, L. Mazelin, S. Métrich, S. Moreigne, Ch. Parouty, J. Porcher, J. Sabourin, M. Sanchez Arias, S. Saumande ; MM. R. Barret, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, A. Duguey, J. Jamot, H. Lacrocq, M. Manville, F. Mimon, M. Parouty, J. Pion, P. Saillol, R. Saint-James, V. Souche, Et. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.

Excusés. — Mmes/Mlles J. Chaix, S. du Vigneau ; MM. P.-V. Archassal, R. Auclair, G. Avizou, D. Dayen, R. Nicoux.

Admissions. — Les nouvelles adhésions sont celles de : Mme Brigitte Coubret, secrétaire, Les Granges, 23150 Ahun ; MM. Max Ettmuller, économiste, Moulin de Gasne, 23120 Vallière ; Paul Gligny, Faye, 23250 La Pouge ; Jean-Paul Kubiak, agent U.R.S.S.A.F., Bois-Chabrat, 23000 Saint-Fiel ; Pierre Marioton, receveur honoraire P.T.T., rue Denfert-Rochereau, 89000 Auxerre ; Jean Marty, ingénieur retraité, 127 bis, rue de Rimard, 03100 Montluçon.

Nécrologie. — Est à déplorer le décès de Mme Danielle Cabane, membre de notre Société et fille de la romancière Georges Nigremont.

Bibliothèque. — Depuis la séance de novembre, la bibliothèque s'est enrichie de dons d'ouvrages : une copie de L'élevage bovin en Creuse. La race marchoise, d'Adolphe Malicornet, paru en 1942 ; un volume de correspondance et deux livres sur la mère Joséphine du Bourg, morte à La Souteraine en 1862, fondatrice en 1835 à La Souterraine de la Congrégation du Sauveur et de la Sainte-Vierge ; Histoire de livres, l'imprimé du XVe au XIXe siècle à travers la bibliothèque d'André Desguine, publié en 1991 par les Archives départementales des Hauts-de-Seine (don de Mme Bédoussac).

Un article intéressant la Creuse est à signaler : « Marc Bloch à Etienne Bloch. Lettres de la drôle de guerre », paru dans les Cahiers de l'institut d'histoire du temps présent de décembre 1991.

 

COMMUNICATIONS

Tout d'abord furent présentées les résultats des prospections de René Calinaud sur les territoires des communes de Royère et de Saint-Pardoux-Morterolles où, en neuf endroits différents, des tertres ont été repérés. Sur la commune de Saint-Amand-Jartoudeix sont signalés deux sites : l'un au « Trop », utilisé pendant les périodes protohistorique et gallo-romaine ; l'autre les « Roches-du-Loup », pierres à bassins. Enfin, à Saint-Priest-Palus, a été identifié le « camp de Beauvais », en réalité vraisemblablement un tumulus. Des tertres ont été reconnus au puy Jamot et au bois de Soudannes.

Jean Jamot s'attacha ensuite à retracer l'historique du toponyme de Chambon-sur-Voueize. Si la mention « sur Voueize » a bien accompagné le nom de Chambon, de manière accidentelle, avant 1891, c'est le 30 décembre de cette même année que le président de la République Sadi Carnot a signé le décret autorisant officiellement la commune à porter le nom de Chambon-sur-Voueize. Cette décision est intervenue à la suite d'une demande de l'administration des Postes « afin d'éviter, dans l'envoi des dépêches, toute confusion avec les autres communes de France du même nom ». Le nom de Chambon, dérivé du gaulois Camba qui signifie courbe (de rivière et, par extension, de terrain), est apparu, semble-t-il, au XIe siècle ; il est associé à celui de Sainte-Valérie jusqu'à la Révolution, puis la commune est divisée en trois communes réunies en 1834 à Chambon-Ville. Toutefois, jusqu'en 1891, après cette date et même de nos jours, le nom de Chambon est encore utilisé le plus souvent seul, peut-être par habitude ou parce qu'il est plus court. Cependant des énigmes subsistent, qui peuvent stimuler les recherches : d'où vient ce nom de Chambon-sur-Voueize, attribué dit-on « par l'usage », et pourquoi fut-il préféré à celui de Chambon-sur-Tardes, alors que la localité est située au confluent des deux rivières et précisément dans une boucle de la Tardes ?

J.-L. Broilliard présente deux documents : un contrat d'association entre un laboureur et un maçon-laboureur, et un contrat de recrutement de maçons pour aller travailler à Pignerol, près de Turin. Ils tendent à confirmer que l'émigration des maçons marchois est en plein essor à cette époque, apportent quelques éclaircissements sur la pratique de l'émigration et permettent de mieux comprendre pourquoi elle existe dans la Haute-Marche. La pression fiscale est si forte sous Richelieu que c'est sans doute le moyen le plus sûr de se procurer l'argent liquide indispensable au paiement de la plupart des impôts.

L'exposé présenté par Pierre Urien tendit à cerner l'importance et la composition de la colonie creusoise à Paris en 1870-1871, ainsi que les conditions de vie du plus grand nombre de ses membres.

En 1871, sur 18 000 individus, environ 80 % exercent des métiers de la pierre, où ils forment seulement 26 % de la main-d'œuvre. Bien que les grands travaux d'Haussmann aient détruit une grande partie des quartiers insalubres du centre et que le nombre de ménages établis dans la capitale soit de jour en jour plus important, la plupart des ouvriers continuent d'y loger dans des garnis guère différents de ceux connus par Martin Nadaud à son arrivée à Paris. Par contre, au cours du Second Empire, les techniques de construction ont été révolutionnées : emplois du ciment et de la pierre meulière, généralisation des façades en pierres de taille de grandes dimensions. Autre changement essentiel, un sentiment généralisé de frustration se nourrissant, d'une part, de la médiocrité de la situation matérielle et, d'autre part, de la prise de conscience de leur utilité sociale et de la quasi-impossibilité d'échapper à l'état de prolétaire, l'appartenance à la première Internationale demeurant cependant très exceptionnelle.

Enfin, Paul Collin évoqua l'ouvrage de l'instituteur de Saint-Domet, Félix Maumy, publié en 1902 sous le titre « Une école rurale pendant un demi-siècle (1850-1900) ».

Rédigé à l'intention de l'Amicale des anciens élèves de l'école et comprenant un répertoire des 757 élèves qui l'ont fréquentée en un demi-siècle, cet ouvrage se veut aussi un hommage à la République. Le récit historique se divise en trois parties : l'école avant 1850, période où les enfants étaient « gardés plutôt qu'instruits » et l'instituteur laïc subordonné au curé ; l'école en 1850, lorsqu'y arrive le normalien Jean-Baptiste Maumy, père de Félix, qui transforme à la fois l'image de l'école et celle de l'instituteur, homme désormais respecté ; l'école en 1900, installée dans de nouveaux bâtiments depuis 1891 avec trois classes et un mobilier scolaire adapté, mais qui voit déjà une baisse importante de ses effectifs due à l'émigration.

 

 

SÉANCE DU 21 MARS 1992

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles J. Basset, S. Berger, A. Bichet, Fr. Blanquart, I. Blochet, L. Bournazel, S. Caylus, J. Desbeaux, G. Duguey, R. Galateau, M.-Th. Lalaguë-Guilhemsans, S. Métrich, S. Moreigne, Ch. Parouty, J. Porcher, J. Sabourin, V. Saillol, S. Saumande, M. Taillemite ; MM. J.-M. Allard, P.-V. Archassal, G. Avizou, G. Bellon, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, D. Dayen, A. Duguey, M. Genest, J. Jamot, H. Lacrocq, Ph. Loy, M. Manville, F. Mimon, M. Parouty, J. Picaud, J. Pion, P. Saillol, R. Saint-James, V. Souche, Et. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.

Excusés. — Mmes/Mlles Cl. Godard, Y. Hourou, S. du Vigneau ; M. R. Auclair.

Nécrologie. — La Société déplore les décès de M. André Adenis, ancien directeur de l'école normale de Guéret, auteur d'une Géographie du Limousin et d'une collection de Lectures choisies à l'usage des écoles primaires. M. Adenis était le père de la romancière Pierrette Fleutiaux, prix Fémina 1990.

Admissions. — Mmes Françoise Blanquart, 15, rue de Pommeil, 23000 Guéret ; Madeleine Leblanc-Nicot, retraitée de l'Education nationale, 2, rue des Tanneries, 23000 Guéret ; M. Edmond Pinardon, Lanaud, 23160 Saint-Sébastien.

Bibliothèque. — Elle a reçu en dons : de M. Carriat, Emile de Girardin, prince de la presse ; de M. Dequaire, Saint-Marien, ermite d'Entraigues, protecteur d'Evaux ; de M. Joudoux, Eloge du majoral Roger Barthe, paru dans Lemouzi ; de la Société mycologique du Limousin, Champignons du Limousin. Ont été achetés : Pierre d'Aubusson ; Le bouclier de la chrétienté ; Les Hospitaliers à Rhodes, de Gilles Rossignol ; Dolmens et menhirs de la Creuse, Verso éd.

 

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE STATUTAIRE

Rapport moral. — M. Taillemite se félicite de la vitalité très satisfaisante de la Société, bien qu'on note une légère régression du nombre de ses adhérents : 766, dont 42 membres à vie.

Les séances de l'année 1991 ont été tenues normalement et ont connu une fréquentation soutenue au point que la capacité d'accueil de notre salle de réunion en vient à poser problème. Les contacts nécessaires ont été pris avec la municipalité. Vingt-quatre communications ont été présentées, confirmant le succès actuel grandissant de l'histoire moderne et contemporaine.

Par ailleurs la Société, dans le cadre de son action en faveur du patrimoine, est intervenue pour la protection du site du manoir des Places, à Crozant.

Enfin a été publié en mars le onzième volume des Etudes creusoises : Rues et places de Guéret.

Le rapport moral, mis aux voix, est adopté à l'unanimité.

Rapport financier. — Mme Bichet, trésorière, informe l'Assemblée de la situation financière, arrêtée au 31 décembre 1991.

Le montant des cotisations s'élève à 88 028 F.
Les subventions du Conseil général de la Creuse (15 000 F) et la ville de Guéret (12 800 F) atteignent 27 800 F.
Les ventes des publications nous ont rapporté 70 924 F, dont Rues et places de Guéret 54 183 F.
En ce qui concerne nos dépenses, nous avons réglé pour 162 355 F de frais d'imprimerie et de papeterie (Mémoires : 93 500 et 91 500 F).
Les achats de livres et abonnements s'élèvent à 2 399 F.
Les frais de poste s'élèvent à 8 618 F.
Compte tenu de ces mouvements, un solde de 19 298 F est à reporter au crédit de notre compte pour 1992.

Après vérification par deux commissaires, le rapport financier est approuvé à l'unanimité. Sur proposition de la trésorière, la cotisation 1992 est portée à 140 F.

CHRONIQUE

Le président invite les membres de la Société à assister au Congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre qui se tiendra à Vichy en mai et demande à l'assistance de choisir une destination pour l'excursion annuelle. Après discussion, la ville de Périgueux est finalement retenue.

 

COMMUNICATIONS

En premier, M. Saillol rappelle l'importance passée de la race bovine marchoise. De petite taille, assez mal conformée mais remarquable par sa rusticité et sa résistance au travail, elle a disparu, supplantée par des races meilleures productrices de viande ou de lait.

Ensuite Michel Barataud, illustrant son propos de diapositives et d'enregistrements ultrasoniques décodés, présente l'étude qu'il mène depuis 1988 sur le comportement crépusculaire et nocturne de dix-huit des vingt espèces de chauves-souris présentes en Limousin (quinze dans la Creuse). Le recours à des techniques aussi diverses que le marquage chimioluminescent après capture et l'enregistrement des émissions ultrasonores a permis à des équipes d'observateurs de préciser, dans une région riche en biotopes, les types de vol, les milieux fréquentés ainsi que, lorsque cela a été possible, les rythmes d'activité et les modes de chasse. L'exposé de Michel Barataud a captivé l'auditoire, en dissipant bien des idées erronées, comme en témoigne le nombre des questions posées à son issue.

Enfin, conjointement, Jean-Marie Allard et Isabelle Blochet traitent de la bibliothèque municipale de Guéret. Après que celui-là a rappelé son origine et la façon dont s'est constitué son fonds ancien, encore de nos jours très méconnu, Isabelle Blochet décrit une douzaine d'ouvrages qu'elle a sélectionnés pour leur rareté ou leur beauté, richesses que chacun pourra admirer de plus près sur les tables où elles sont rangées.

 

 

SÉANCE DU 16 MAI 1992 - CHATELUS-MALVALEIX

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles A. Bichet, Fr. Blanquart, L. Bournazel, S. Bouvier, S. Caylus, M. Dayen, G. Duguey, R. Galateau, Cl. Godard, S. Métrich, S. Nicolas, Ch. Parouty, J. Porcher, G. Roret, M. Taillemite, S. du Vigneau ; MM. R. Auclair, G. Avizou, J. Barde, J. Blandin, R. Bournazel, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, A. Carriat, D. Dayen, A. Duguey, J. Gateau, P. Gironnet, H. Lacrocq, B. Leblanc, M. Parouty, M. Roret, R. Saint-James, V. Souche, Et. Taillemite, A. Tessier, P. Urien.

Excusés. — Mme J. Chaix ; MM. P.-V. Archassal, G. Dauger.

Nécrologie. — Depuis le mois de mars, les décès de cinq membres de la Société sont à déplorer. Ce sont ceux de Mme Simone Mettoux, de Saint-Pierre-de-Fursac ; de MM. Fernand Couturier, de Toulx-Sainte-Croix ; Louis Fougère, de Paris ; Jean Lescure, de Paris ; Hubert Niveau de Villedary, de Saint-Victor. A leurs proches, la Société adresse ses condoléances.

Admissions. — Trois nouveaux membres sont entrés à la Société : Mme Josette Corriéras, de Vallière ; MM. Patrick Gironnet, architecte des Bâtiments de France, à Guéret ; Philippe Ricard, de Colombes (Hauts-de-Seine).

Bibliothèque. — La bibliothèque s'est enrichie de la Contribution à la petite histoire de Bussière-Dunoise, de Robert Frétet (don de Mme Frétet) ; du numéro du trentenaire (1992) de la revue Lemouzi (don de M. Robert Joudoux) ; des actes du Congrès Pierre Leroux d'Aix, 1991 (don de M. Jacques Viard) ; des œuvres de Jeannot, maçon de Bussière-Nouvelle (don de M. et Mme Parouty) ; par achats des Actes du XIIIe Colloque de l'Association française d'étude de l'âge du fer, de la carte archéologique de la Gaule établie par Dominique Dussot.

CHRONIQUE

Parmi les manifestations culturelles du printemps et de l'été (mai à octobre), il convient de signaler les soirées organisées par l'Association pour la sauvegarde du patrimoine historique et archéologique de la région d'Eguzon et du Sud du département.

 

COMMUNICATIONS

La séance s'ouvre sur une communication de M. Paul Saillol sur les fondements historiques et géographiques du bourg de Châtelus. Le site est pittoresque mais difficile ; on n'y accède que par deux chaussées d'étang dont les ravins encadrent la colline, d'où se découvre, vers le nord et le nord-ouest, un ample panorama. La paroisse, dont le bourg, s'est formée, d'après la thèse d'Aubrun, à partir d'une chapelle castrale et aux dépens de la paroisse de Genouillat, plus ancienne de quelques siècles.

Surtout la position, par rapport aux grands courants de trafic, est marginale : la seule grande route, la départementale 940 (ex-N 140), ne fut en totalité ouverte au trafic que vers le milieu du siècle dernier, et elle passe à plusieurs kilomètres à l'ouest. On peut un moment (de 1840 à 1878) caresser l'espoir que la Petite Creuse devienne une section de la grande voie d'eau qui devait unir Bordeaux à Montluçon. Le chemin de fer, très tardif (ouvert en 1906), vers La Châtre passe à Genouillat ; les projets de tramways, défendus jusqu'en 1922 et qui devaient desservir Châtelus, ainsi que celui d'une ligne de Bonnat à Evaux seront peu après à leur tour abandonnés.

Par contre, la commune et le canton bénéficient, comme tout le nord de la Creuse, de sols relativement favorables et ont longtemps donné l'image d'une agriculture prospère que les circonstances générales mettent actuellement en difficulté et qui ne peut guère compter que sur une aide officielle si l'on veut que se maintienne ici comme ailleurs un minimum de population rurale.

Puis Jean Barde s'attache à présenter le mobilier (sculpture et peinture) des douze églises du canton, soit 55 pièces pour la statuaire antérieure au XIXe siècle et 3 ensembles pour les rétables, 7 peintures sur toiles (Châtelus, La Chapelle-Malvalaise, Saint-Dizier) et les peintures murales de Clugnat et de Saint-Dizier-les-Domaines. L'essentiel des sculptures, à l'exception d'une ancienne Vierge à l'Enfant assise — dont il ne reste que la tête et le buste — (musée de Guéret) et de deux rétables de la seconde moitié du XVe siècle, l'un en albâtre polychromé (Châtelus), l'autre en bois polychromé (maison Notre-Dame de Lorette), remonte aux XVIIe et XVIIIe siècles ; elles sont nourries de l'esprit du terroir. Les peintures, qui ont conservé leurs cadres d'époque, datent de la fin du XVIIe et du XVIIIe siècle. Parmi elles, on relèvera pour leur qualité et leur intérêt historique : l'Invention du Rosaire et l'Assomption de Châtelus, ainsi que les peintures de La Chapelle-Malvalaise.

Jean Barde conclut en attirant l'attention sur la protection efficace qu'il convient d'offrir de toute urgence à ce patrimoine de plus en plus exposé aux vols.

Daniel Dayen entraîne ensuite son auditoire vers l'époque contemporaine et l'histoire politique avec une communication sur les conseillers généraux du canton, de 1833 à nos jours. Depuis 1833, treize conseillers généraux se sont succédé dans le canton. Certains n'ont eu qu'un mandat fort court, comme le fouriériste Pétrus Deboudachier (1848-1852), comme le bonapartiste Pierre Pol Devilher (1871-1874) ou comme Jules Lacôte, directeur de l'école d'agriculture de Genouillac, qui disparut dans un accident d'automobile en septembre 1914. D'autres restèrent longtemps en place, comme Jean de Sainthorent (1833-1848), comme Frédéric Régnauld (1852-1871), comme Annet Gallemard (1884-1910) ou, plus près de nous, le Dr Jean Monteiller (1961-1985). Il y eut parfois des campagnes animées et des résultats serrés, ainsi lors des duels qui opposèrent le républicain Gallemard, marchand de vin à Clugnat, et le monarchiste Emile de Beaufranchet, maire de Bétête. En fait, par-delà les opinions et les personnalités, c'est bien souvent la vieille rivalité entre Châtelus et Genouillac, éphémère chef-lieu de canton de 1790 à 1800, que fait ressortir l'analyse des résultats, une rivalité dont ont témoigné aussi les tribulations de l'emplacement de la gendarmerie, enlevée à Châtelus de 1823 à 1870.

Il eût été dommage d'évoquer le canton de Châtelus sous l'angle du patrimoine, de l'histoire, de la géographie, sans consacrer une communication à la littérature et à George Sand. Il importait aussi de saluer l'achèvement de ce monument qu'est l'édition de la Correspondance de George Sand (25 volumes plus un index des correspondants, 1964-1991), à laquelle Georges Lubin a consacré plus de quarante années de sa vie. Grâce à cet impressionnant recueil de quelque 19 000 lettres retrouvées, sur les 40 000 ou 50 000 que dut écrire la romancière, Amédée Carriat récapitule les déplacements attestés de Sand à travers la Creuse qui, de Simon (1836) à Nanon (1872), sert de cadre, peu ou prou, à sept ou huit de ses livres. Ainsi apprend-on qu'elle découvrit Crozant dès 1827, les pierres Jomâtres en 1841. En 1839, revenant d'Arles par la diligence, elle signale au directeur des postes l'état déplorable de celle de La Villeneuve. Deux fois elle a entraîné Chopin dans ses excursions à Crozant (septembre 1843) ou dans les monts de la Marche (septembre 1845) ; le musicien voyage à âne et couche dans la paille. A Delacroix elle décrit ces expéditions périlleuses à travers landes et ravins, où « il n'y a ni chemins ni ponts ».

Intéressantes aussi les lettres à Pierre Leroux, qu'elle a fait s'installer à Boussac, et au Dr Darchy, qu'elle a fait s'installer à Chambon ; et celles datées de Saint-Loup, chez le sous-préfet Maulmond, qui l'y accueille avec les siens quand la variole sévit à La Châtre en 1870 ; d'autres encore...

Plusieurs lettres, au passage, nous livrent les traits d'une Creuse archaïque, non sans charme dans son austérité, et que George Sand a fait entrer en littérature. La romancière est-elle passée par Châtelus ? On ne sait. En tout cas, y naquit Théophile Simonnet (1813-1852), à qui vont vingt-cinq lettres de la Correspondance : il avait épousé sa nièce, Léontine Chatiron.

 

 

SÉANCE DU 18 JUILLET 1992

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, I. Ballet, J. Basset, F. Biarnois, A. Bichet, S. Bouvier, S. Caylus, I. Dauger, Cl. Godard, Th.-D. Grange, J. Sabourin, V. Saillol, J. Simon ; MM. M. Biarnois, J. Bouvier, A. Carriat, X. Chabois-Chouvel, Ph. Cibert, P. Collin, G. Dauger, D. Dayen, P. Gironnet, H. Lacrocq, F. Mimon, J. Picaud, P. Saillol, R. Saint-James, M. Simon, Et. Taillemite, R. Tétard, P. Urien.

Excusé. — Mme S. du Vigneau.

Nécrologie. — La Société adresse ses condoléances aux familles de ses membres récemment décédés : MM. Roger Lorsery, de Chéniers ; Roger Malterre, de Peyrat-la-Nonière ; André Massendari, de Guéret.

Admissions. — Depuis le mois de mai, nous comptons quatre nouveaux adhérents : Mme Marie-Thérèse Lanteaume, de Felletin ; MM. Eric Boyron, de Chéniers ; Maurice Dumontet, de Vallière ; Michel Roussel, de Paris.

Bibliothèque. — Elle a reçu en don : par le Service régional de l'archéologie, Bilan scientifique 1991 ; de M. Trépardoux, un tiré à part, « Les Samouilhan », et deux imprimés concernant Charles T. ; par l'I.N.S.E.E., Limousin n° 3.

CHRONIQUE

Le 27 mai, Mme Chaix et M. Urien ont représenté la Société à la Commission de classement des objets mobiliers, réunie à la préfecture.

 

COMMUNICATIONS

Tout d'abord, Jacqueline Sabourin transporte l'auditoire à l'époque gallo-romaine avec une étude sur Ahun, ses limites, ses voies d'accès, ses espaces et monuments publics. La ville actuelle présente, dispersés, de nombreux éléments d'architecture gallo-romains réemployés dans des murs, en socles de croix... Certains ont été réunis autour de l'église et dans la crypte. La prospection a permis de confirmer et de découvrir des zones de constructions principalement entre la limite nord-est de la ville actuelle et le plateau dominant la ferme de la Grange. D'une manière générale, l'agglomération est beaucoup moins étendue qu'on a voulu le dire et l'écrire, mais au contraire de superficie tout à fait comparable à celle des autres villes gallo-romaines de même statut.

Le franchissement des vallées a, de tout temps, été une difficulté pour l'établissement des voies de communication ; il semble bien que les voies, à l'époque gallo-romaine, traversaient la vallée de la Creuse en deux points différents : Le Moutier-d'Ahun et Le Pontsebrot, des voies d'accès multiples rejoignant chacun de ces points de passage.

Le croisement des itinéraires principaux se trouvait à l'emplacement actuellement occupé par le cimetière du Moutier-d'Ahun et il est certain que la ville, s'étendant de part et d'autre de ce lieu, est née du franchissement de la vallée.

Roland Tétard rend ensuite un hommage à Jules Védrines, en retraçant les grandes lignes de sa carrière d'aviateur, telles qu'il a pu les reconstituer à partir de la presse de l'époque (Le Messager de la Creuse, l'Echo de la Creuse, l'Abeille de la Creuse, notamment).

Après avoir débuté chez Blériot en 1910 en qualité de mécanicien, il obtint son brevet de pilote à Pau le 7 décembre 1910, et le 2 avril 1911 atterrit au village du Mont, commune de Bussière-Dunoise, où résidaient sa femme et ses enfants. Rendu célèbre par ses performances, il participe aux fêtes de l'aviation organisées à Guéret et à Bourganeuf en 1913. Convaincu de l'avenir de l'arme aérienne, il s'en fait le propagandiste et tente même de se faire élire député pour mieux atteindre les parlementaires et l'opinion.

Pendant la Grande Guerre, il est l'instructeur de Guynemer et s'illustre en transportant des agents de renseignement derrière les lignes ennemies.

La paix retrouvée, il couronne ses exploits en posant son appareil sur le toit des Galeries Lafayette, et trouve la mort au cours d'un raid le 24 avril 1919.

La Creuse s'est souvenue de ce héros de l'aviation : la ville de Guéret lui a dédié une rue ainsi que Bussière-Dunoise qui, de plus, lui a érigé un monument commémorant le célèbre atterrissage du 2 avril 1911. Cette inauguration a eu lieu le 31 octobre 1991.

Pour clore la séance, avant la visite de l'église de Saint-Fiel commentée par le Dr Gizardin, Patrick Gironnet traite des peintures murales dans les églises de la Creuse et des problèmes que posent leur préservation et leur restauration.

 

 

SÉANCE DU 19 SEPTEMBRE 1992

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles M.-E. Aubaile, J. Basset, A. Bichet, S. Bouvier, S. Caylus, J. Chaix, G. Duguey, E. Jamot, S. Métrich, Ch. Parouty, J. Porcher, S. Saumande, M. Tétard ; MM. R. Auclair, G. Bellon, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, A. Carriat, X. Chabois-Chouvel, A. Duguey, L. Jamot, H. Lacrocq, F. Mimon, M. Parouty, J. Pion, P. Saillol, R. Saint-James, P. Sidrat, V. Souche, Et. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard.

Excusés. — Mmes Cl. Godard, Y. Hourou ; MM. D. Dayen, P. Urien.

Nécrologie. — Nous déplorons la disparition d'une de nos adhérentes : Mlle Marie Aurousseau, de Chambon-sur-Voueize.

Admission. — A été enregistrée celle de M. Jean-Luc Gaillaud, de Guéret.

Bibliothèque. — Ces deux derniers mois, la bibliothèque de la Société s'est enrichie de nouveaux dons : de Christophe Rameix, une Sélection de peintures de l'école de Crozant (1992), présentée à La Celle-Dunoise au mois d'août dernier ; de René Eucher, sa Notice pour servir au renom de Saint-Georges-Nigremont (1992) ; par Pierre Urien, Les Bourgeois de Paris au XIXe siècle, d'A. Daumard (1970).

CHRONIQUE

Le président rappelle que le prochain Congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre se tiendra à Clermont-Ferrand, en même temps que le Congrès national, du 26 au 30 octobre, et qu'il a été procédé au renouvellement du bureau régional, M. Marcel Delzons remplaçant à la présidence M. Francis Ducreux.

 

COMMUNICATIONS

La séance est largement consacrée à la commune de Colondannes.

Pour commencer, Victor Souche expose le fruit de ses recherches toponymiques. Le bas-latin « colongia » désignait la masure et les lopins de terre d'un colon. La réunion dans un même lieu de l'ensemble de ces habitations et ces terres forme une agglomération que Victor Souche suggère volontiers d'appeler « terras colongianas » ou « villas colongianas », le « colongianas » ayant ensuite évolué vers colonzanas, puis le z s'étant mué en d.

Quant à Jeanne Porcher, elle s'attache à retrouver l'histoire du château du Ris, aujourd'hui disparu. Le témoignage le plus ancien de son existence remonte au voisinage de 1300 et le premier seigneur connu à 1388. Pendant le XVIe siècle, le fief est possession de la famille de La Celle jusqu'à ce qu'il échoie par vente à Gabrielles Gentil, puis à ses héritiers successifs : Moreau, Bonnet et Nesmond, ces derniers propriétaires encore de la métairie.

Armand Tessier traite enfin de l'archéologie du lieu. Pour la toponymie du Ris, il vaut mieux retenir l'étymologie proposée par Vincent ou Dauzat : « ris » viendrait du latin « rivus » (ruisseau) et non pas du gaulois « rito ». Le village apparaît du reste sous le nom de « rivo » dans le cartulaire de Bénévent. L'emplacement probable du château se trouve à une centaine de mètres de l'itinéraire ancien allant de Bridiers à Aigurande par Dun. Au sol, aucune trace de construction ne subsiste. Mais on découvre en revanche de nombreuses pierres de remploi dans des constructions du village. Dans le sol des terrains du « jardin du château » et dans la terre dite « du château » ont été trouvés des vestiges gallo-romains (fragments de tuiles, morceaux de poterie, pierres gallo-romaines de « petit appareil » ou « pastoureaux »). Quant à la tradition orale qui veut qu'un atelier monétaire ait fonctionné au Ris à l'époque mérovingienne, elle demande à être étayée par la découverte de constructions ou de monnaies, en l'absence desquelles rien ne peut être affirmé.

Pour compléter la séance, Mme Jacqueline Chaix entraîne l'assistance de Colondannes à Pionnat. Des documents en sa possession permettent d'affirmer que l'église paroissiale s'est implantée sur une motte féodale entourée de fossés.

 

 

SÉANCE DU 21 NOVEMBRE 1992

Présidence de M. Pierre Urien, vice-président

Présents. — Mmes/Mlles M. Arrouet, M.-E. Aubaile, J. Basset, S. Berger, A. Bichet, L. Bournazel, J.-M. Gabriagues, R. Galateau, S. Métrich, D. Michon, Ch. Parouty, J. Porcher, G. Roret, Fr. Saint-James, S. Saumande, H. Say, M. Tétard ; MM. J.-P. Arrouet, M. Basin, G. Bellon, R. Bournazel, A. Carriat, P. Collin, D. Dayen, P. Gironnet, P. Léger, Ph. Loy, F. Mimon, M. Parouty, J. Pion, M. Roret, R. Saint-James, P. Sidrat, V. Souche, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.

Excusés. — Mmes S. Caylus, Cl. Godard ; MM. R. Auclair, Et. Taillemite.

Nécrologie. — La Société adresse ses condoléances aux familles de ses membres récemment disparus : Mlle Andrée Larrazet, du Grand-Bourg ; MM. Michel Bonnichon, de Saint-Vaury ; André Lafont, d'Azat-Chatenet.

Un deuil lui est particulièrement cruel : celui de Mme Jacqueline Chaix, brutalement décédée le 16 octobre. Membre de la Société depuis 1961, de son conseil d'administration depuis 1977, Mme Chaix a servi les différents organismes auxquels elle a apporté son concours avec une passion et une générosité jamais démenties.

Admissions. — On peut se féliciter de leur nombre au cours des deux mois écoulés. Ce sont celles de : Mmes Monique Arrouet, à Colombes (92) ; Christiane Chaubier, d'Ahun ; Mlle Ghylaine Jeuniaux, à Beaupréau (49) ; MM. James Boutiton, à Guéret ; Robert Fanton, à Montboucher ; Jean-Luc Joly, d'Ahun ; Jean Rousseau, à Commentry ; l'Association limousine de coopération pour le livre (ALCOL).

Bibliothèque. — Elle a reçu en don : par le musée départemental de la Tapisserie Jean-Lurçat, Le combat et la victoire et Jean Lurçat. Compagnons de route et passants considérables ; par M. J.-M. Moreau, Sur quelques figures emblématiques relevées dans les peintures murales de Rochechouart ; par MM. J.-P. Lemarchand et M. Galliot, Y'a plus de saisons.

CHRONIQUE

Le 7 octobre, P. Urien a représenté la Société au Conseil d'administration de l'Association de coordination et de développement scientifique des recherches archéologiques de la Creuse, dont M. Le Caignec assurera désormais la présidence, en remplacement de M. Roger Gardet.

Le 17 octobre, à La Souterraine, le Conservatoire régional de l'archéologie a organisé la Journée archéologique du Limousin. Sur dix communications présentées, cinq concernaient le département.

 

COMMUNICATIONS

MM. René Calinaud et Francis Trépardoux ne pouvant être présents, le président de séance résume leurs études.

René Calinaud rapporte ses observations relatives au site de Chirolles-de-Chignat (commune de Soubrebost) : cimetière gallo-romain au voisinage d'un étang maintenant asséché à proximité du grand chemin de Bourganeuf au Monteil-au-Vicomte, dont le tracé est précisé. En conclusion, quatre hypothèses sur la localisation de la villa sont avancées.

Francis Trépardoux, quant à lui, fait part de l'importance de l'immigration marchoise à Nevers au XVIIIe siècle et de la construction par Charles et Joseph Dupoux, originaires de Bussière-Nouvelle, des bâtiments des forges de Guérigny.

Puis Paul Collin décrit la plus petite des deux cloches de l'église de Champagnat en illustrant son propos par la projection de douze diapositives. Les inscriptions gothiques et les figurines séparatives sont ensuite l'objet d'un examen minutieux aboutissant à un décryptage et, pour la fonte de la cloche, à une datation, très probablement le début du XVIe siècle.

Patrick Gironnet succède à Paul Collin et traite, lui aussi, du patrimoine religieux creusois, en présentant une série de vues montrant les différents modes de couvrement des nefs des églises et les restaurations ou remplacements, plus ou moins heureux, qui ont été opérés.

Hélène Say vient ensuite analyser un voyage d'études effectué par Jules Marouzeau en Allemagne : financement et organisation du séjour, démarche intellectuelle du chercheur.

Enfin, à partir des données portant sur les 254 Creusois ayant participé à l'insurrection et dont l'identité est à ce jour connue, Pierre Urien établit un portrait du communard creusois moyen. Contrairement à ce qui a pu être précédemment écrit, l'arrondissement de Guéret a été le plus concerné, comptant à lui seul plus de condamnés que ceux d'Aubusson et de Bourganeuf réunis. Quant aux fédérés creusois, s'ils ne diffèrent guère du communard type par leur statut personnel (âge, situation de famille, moralité), ils se distinguent par la vigueur de leur adhésion à la Commune, ce qui se traduit par leur acharnement dans la lutte et entraîne, par voie de conséquence, à leur égard une rigueur accrue dans la répression.