SÉANCE DU 22 JANVIER 1994
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles S. Berger, A. Bichet, F. Blanquart, L. Bournazel, S. Caylus, J. Corriéras, J. Desbeaux, M. Drojat, C. Godard, C. Goubely, K. Habermann, Y. Hourou, S. Métrich, S. Moreigne, J. Porcher, G. Roret, S. Rousseau, J. Sabourin, S. Saumande, M. Taillemite, M. Tétard, S. du Vigneau ; MM. A. Barret, R. Barret, J. Betoux, F. Boureille, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, R. Goubely, G. Gouyet, B. Habellion, J. Jamot, M. Manville, J. Marrane, J. Métrich, F. Mimon, J. Moussard, J. Penot, J. Picaud, J. Pion, M. Roret, J. Rousseau, P. Saillol, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.
Excusés. — Mme H. Say ; MM. R. Auclair, D. Dayen, R. Saint-James.
Admissions. — Ont adhéré à la Société depuis novembre dernier : Mme Liliane Chevallier, médecin, 30, rue Marc-Sangnier, 92290 Châtenay-Malabry ; Mlle Lucienne Rousseau, artiste peintre, 48, rue du Dessous-des-Berges, 75013 Paris et 23220 Jouillat ; Mlle Hélène Terrier, documentaliste, 23, rue Poliveau, 75005 Paris ; M. Jacques d'Arfeuille, retraité, délégué adjoint de la « Demeure historique », château d'Arfeuille, 23500 Felletin ; M. Jean Bellet, receveur des P. et T. retraité, La Croix-au-Bost, 23190 Saint-Domet ; M. Christian Bonneaud, chef de rayon épicerie, app. 24, 10, avenue des Lissiers, 23200 Aubusson ; M. Didier Couturier, médecin, 19, rue de la Reine, 75013 Paris et 23600 Toulx-Sainte-Croix ; M. Jean Moussard, médecin, Quinsat, 03200 Abrest ; la bibliothèque municipale de La Souterraine, 27, rue de Lavaud, 23300 La Souterraine.
Nécrologie. — Ont été enregistrés les décès de : MM. André Boyer à Fresselines ; Georges Laverdant à Maison-Feyne ; Paul Thébault à Saint-Benoît. A leurs proches, nos condoléances.
Bibliothèque. — Elle s'est enrichie d'un reprint du Guide Michelin de 1900, don de M. Saint-James, et, fournis par des anonymes, du Manuel de Messieurs les Pénitents blancs de la ville d'Ahun (1772), des Nouveaux essais de philologie française d'Antoine Thomas, de numéros du Journal des instituteurs (1859).
De plus ont été acquis Le Moutier-d'Ahun de Gilles Rossignol et L'histoire des communications en Limousin de Georges Vérynaud.
CHRONIQUE
Le président rappelle la tenue à Guéret les 27, 28, 29 mai prochains du congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre sur le thème « migration et migrants ». Il répercute ensuite un appel de M. Pierre Lacroix, qui prépare actuellement une thèse sur le sport sous le régime de Vichy, pour obtenir des documents ou souvenirs sur les activités sportives pendant cette période.
COMMUNICATIONS
— Karine Habermann, aujourd'hui Mme Pecl, dans son intervention, tente une conciliation entre les protecteurs de l'environnement et les planteurs de résineux, ces derniers couvrant dans la Creuse près de 50 000 ha. Les feuillus occupent toutefois encore environ 70 % des surfaces boisées, mais des régions, dont le plateau de Millevaches, ont connu dans les dix dernières années un boisement en progression réalisé uniquement en résineux. Les impacts négatifs sur les milieux naturels tiennent plus au type de sylviculture qu'à l'essence plantée et c'est en adoptant des peuplements mélangés irréguliers régénérés naturellement qu'on pourra accorder gestion forestière et environnement. Les conséquences économiques sont difficiles à évaluer à long terme. D'un point de vue technique ce mode de boisement complique la gestion des peuplements et rend encore plus indispensable le regroupement des propriétaires.
— A Jacques Métrich de recenser et de caractériser les émeutes et émotions populaires en Haute-Marche de 1589 à 1792.
Traditionnellement considérées comme soumises, la Haute-Marche et les régions circonvoisines furent cependant agitées sous l'Ancien Régime par de nombreuses « émotions » populaires. Ces dernières marquèrent les règnes d'Henri IV et de Louis XIII (émeutes antifiscales) et la fin du règne de Louis XVI (émeutes frumentaires), mais il en éclata tout au long de la période, provoquées par le logement des gens de guerre, la levée des miliciens, les abus des gabelous ou des hommes de justice, ou un contrôle trop rigide des mœurs. Urbaines dans 80 % des cas, les « émotions » furent surtout le fait des femmes et des artisans. Les révoltes paysannes, peu nombreuses, furent par contre remarquables par leur violence et leur durée. Ligue des Croquants autour de la Mazière en 1594, renaissant de 1637 à 1644, soulèvement de la région de Chéniers contre les gabelles en 1667, marche sur La Souterraine de 1791...
Mouvements spontanés de défense contre les agressions extérieures souvent imaginaires, les émeutes exprimaient de fortes solidarités intra et interparoissiales, comme en témoigne le recours systématique au tocsin. Les années prérévolutionnaires virent cependant l'émergence d'une conscience sociale chez le petit peuple qui empêchait la libre circulation des grains et taxait ces derniers si les prix étaient trop élevés.
Rarement réprimés férocement, les troubles de la Haute-Marche restèrent presque toujours empreints d'une modération qui constitue l'une des constantes de l'histoire creusoise.
— Pierre Urien clôt la séance par un bilan de la répression versaillaise subie par les communards creusois.
Nos compatriotes représentent 9,6 % des condamnés par les conseils de guerre. Si on applique ce pourcentage aux 17 000 à 35 000 fédérés tués pendant la « semaine sanglante », les évaluations du nombre des exécutions sommaires selon les auteurs étant très divergentes, ce sont 1 600 à 3 200 Creusois qui auraient alors trouvé la mort à Paris. Par ailleurs 10 autres sont morts, avant jugement, dans les hôpitaux ou les forts de l'Atlantique et de la Manche où ils avaient été parqués.
Sur les 953 originaires de la Creuse condamnés, 228 ont pu être identifiés à ce jour. Il faut dire que sur 40 000 dossiers judiciaires, 15 000 seulement restent conservés.
On relève un seul condamné à mort par contumace. Mais 84 Creusois au moins ont connu la proscription en Nouvelle-Calédonie, dont 5 condamnés aux travaux forcés. Parmi eux deux se noient au cours d'une tentative d'évasion, trois meurent d'épuisement à l'hôpital. Ce n'est qu'en 1879 que la plupart revoient la France. On peut raisonnablement penser que cette répression impitoyable a marqué les mentalités et les comportements politiques des populations creusoises pendant des décennies.
SÉANCE DU 19 MARS 1994
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles J. Basset, A. Bichet, S. Caylus, S. Chaix, J. Desbeaux, G. Duguey, S. Métrich, D. Michon, S. Moreigne, Parton, C. Pinet, J. Porcher, G. Rommeluère, S. Rousseau, N. Saillol, F. Saint-James, S. Saumande, M. Taillemite, S. du Vigneau ; MM. M. Basin, J.-Ph. Béguin, F. Boureille, J.-L. Broilliard, A. Carriat, D. Dayen, R. Dugot, A. Duguey, H. Lacrocq, J.-P. Le Gall, M. Manville, F. Mimon, R. Nicoux, R. Parton, G. Pekle, J. Picaud, J. Rousseau, J.-M. Rouet, J. Saillol, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.
Excusés. — Mmes Godard, Nicolas ; MM. P.-V. Archassal, R. Auclair, J. Pion.
Admissions. — La Société compte huit nouveaux adhérents : Mlle Claire Goubely, étudiante, route de Felletin, 23260 Crocq ; Mme Colette Grand, 2, rue des Fossés, 23170 Chambon-sur-Voueize ; Mme Gisèle Peneau, 17, Petite Rue du Puy, 23170 Chambon-sur-Voueize ; M. André Aussonne, retraité, 43, Grande Rue du Puy, 23170 Chambon-sur-Voueize ; M. Jean-François Dupré, transporteur, Le Village, 36460 Dizimieu ; M. Daniel Parot, ingénieur, 30, rue Pierre-Geofroix, 92700 Colombes ; Me Gérard Pekle, avocat, 4, avenue Charles-de-Gaulle, 23000 Guéret ; M. Daniel Picot, assistant de direction, 12, Côte des Granges, 23170 Chambon-sur-Voueize.
Nécrologie. — Des condoléances sont adressées aux familles de quatre de nos membres récemment décédés : Mme J. Bergot, 23300 La Souterraine ; M. Albert Bernard, Poulignat, 23800 Naillat ; M. Roger Laberthonière, L'Aumône, 36170 Mouhet ; M. Jean-Charles Parot, 5, rue de l'Université, 75007 Paris.
Bibliothèque. — Elle a reçu en don deux ouvrages : En Creuse au service du monde rural, éditions du ministère de l'Agriculture, et Guéret au temps de Chaminadour, Ethnologia 1988.
CHRONIQUE
Deux manifestations sont signalées par le président à l'attention de l'auditoire : le colloque « De Leroux à Jaurès », sous la présidence de M. Maurice Agulhon, du 14 au 16 avril à Limoges, et, à Meymac, sept stages d'initiation à l'étude du milieu par l'université de Limoges sous la direction de M. Axel Ghestem.
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE STATUTAIRE
Le président donne lecture du rapport d'activité pour 1993.
La situation de nos effectifs continue à faire preuve de stabilité : 723 adhérents.
Les séances de l'année 1993 ont été tenues très régulièrement aux dates prévues. Grâce à la compréhension de M. le maire de Guéret, que nous tenons à remercier, la salle de séances a pu être agrandie. Treize communications ont été présentées. Celle du 20 mars fut consacrée entièrement à une conférence sur les roses anciennes, agrémentée de diapositives, par M. Ève ; celle du 20 novembre a été tenue exceptionnellement dans les nouveaux locaux des Archives départementales que Mme Say a fait visiter. L'activité scientifique est restée bien soutenue. La répartition par spécialités des communications s'établit ainsi : 2 de sciences naturelles, 4 d'archéologie, 2 d'histoire de l'art, 2 d'histoire littéraire, 1 d'histoire moderne, 2 d'histoire contemporaine.
La sortie du fascicule annuel des Mémoires a eu lieu, comme d'habitude, en fin d'été. De plus, la société a publié l'étude de Mme Brun-Trigaud, Le parler de Lourdoueix-Saint-Michel.
La 63e excursion annuelle a eu lieu le 5 septembre et a conduit une cinquantaine de participants dans le département de la Vienne.
Mme Bichet, trésorière, présente ensuite le rapport financier pour l'exercice 1993.
Les recettes se sont élevées à 152 330 F, se décomposant ainsi : cotisations 99 041 F ; vente des publications 23 589 F ; subvention du conseil général 15 000 F ; D.R.A.C. 10 000 F ; ville de Guéret 2 700 F.
Les dépenses se sont montées à 155 392 F, soit : imprimerie et librairie 135 463 F ; achats de livres et abonnements 4 385 F ; fournitures 5 462 F ; frais de poste 10 082 F.
Le solde créditeur est de 44 387 F.
Après vérification des comptes par deux commissaires, rapport d'activité et rapport financier, mis aux voix, sont adoptés à l'unanimité.
COMMUNICATIONS
— Jean-Philippe Béguin porte à la connaissance de l'assistance les résultats des fouilles en cours, accompagnées de consolidations, effectuées sous sa direction dans les ruines du château de Bridiers à La Souterraine. Celles-ci permettent de préciser le plan de l'édifice et de révéler la destination de certaines pièces : four, oubliette...
— Simone du Vigneau, conservateur des musées de Guéret, dresse ensuite le bilan des activités pour 1993. Des prêts de diverse nature (portrait, vaisselle, tapisserie...) ont été consentis pour des expositions en France, mais aussi au Canada et au Japon. Après quoi, il est fait état des acquisitions, des aménagements, de la fréquentation. Enfin des précisions sont fournies sur l'exposition préparée pour l'été 1994 : « Du cabinet d'histoire naturelle au musée d'art et d'archéologie ».
— Le dernier intervenant, Daniel Dayen, retrace ce que furent les élections municipales à Aubusson de 1831 à 1914.
C'est la loi du 21 mars 1831 qui permit l'élection, au suffrage censitaire, des conseillers municipaux, jusque-là nommés, et la révolution de 1848 ouvrit le scrutin à l'ensemble de la population masculine. Mais les maires continuèrent à être désignés par l'administration jusqu'en 1882. C'est aussi dans les années 1880 que les ouvriers tapissiers entrèrent au conseil d'Aubusson, jusqu'alors dominé par les patrons et les professions juridiques.
De 1870 à 1914, la majorité sortante fut toujours reconduite, avec cependant quelques hommes nouveaux, ce qui permit de passer sans véritable rupture des républicains conservateurs d'Octave Sallandrouze de Lamornaix à l'équipe radicale-socialiste de Claude Laroche, en transitant par les listes d'Alfred Roseleur, de Charles Lepetit et de Gabriel Sarciron.
La fonction de maire ne fut pas toujours recherchée, comme en témoigne, par exemple, la crise des années 1886-1888 au cours de laquelle les divers élus se récusèrent, un simple conseiller devant expédier les affaires courantes !
SÉANCE DU 16 JUILLET 1994
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, I. Ballet, A. Bichet, L. Bournazel, S. Bouvier, M.-J. Crossay-Lestrade, M. Dayen, M. Legrand, M. Mathias, C. Pinet, J. Sabourin, F. Saint-James ; MM. R. Bournazel, J. Bouvier, A. Carriat, X. Chabois-Chouvel, D. Dayen, G. Gouyet, H. Lacrocq, J.-P. Larduinat, J.-P. Le Gall, J. Legrand, M. Manville, G. Marchadier, F. Mimon, R. Nicoux, J. Picaud, P. Saillol, R. Saint-James, E. Taillemite, R. Tétard.
Excusés. — Mlle J. Basset ; M. P. Urien.
Admissions. — Au cours de deux derniers mois, six adhésions ont été enregistrées. Ce sont celles de Mme Anne Berthet, 16, rue de la Couture, 23170 Chambon-sur-Voueize ; Mme Jeanne Dieumegard, professeur retraitée, 1, rue Beauséjour, 76470 Saint-Rémy-lès-Chevreuse ; Mlle Madeleine Parot, retraitée du ministère de la Défense, 23300 Saint-Maurice-La Souterraine ; Mme Solange Pinton, ethnologue, 7, rue Drevet, 75018 Paris ; M. Louis Broussaud, retraité de banque, 4, rue Jean-Houdon, 78000 Versailles ; M. Jean-Claude Peyronny, fonctionnaire des P. et T., 23320 Bussière-Dunoise.
Nécrologie. — Le président rappelle les décès récemment survenus de quatre membres de la Société et adresse, au nom de celle-ci, ses condoléances à leurs proches. Sont à déplorer les disparitions de MM. Jean Brunet, de La Celle-sous-Gouzon ; Jules Marsaud, de Versailles ; Benjamin Lasnier, préhistorien ayant découvert la station magdalénienne de Crozant où il a recueilli environ 15 000 silex ; René Chatreix, de La Souterraine, à la mémoire duquel le président rend un hommage particulièrement ému et reconnaissant. Entré à la Société en 1933, René Chatreix a publié, entre autres, dans les Mémoires, deux études qui feront date : « la monographie de Saint-Maurice-La Souterraine » et « l'histoire de la vicomté de Bridiers ». Membre du conseil d'administration dès 1939, René Chatreix a assuré avec une conscience exemplaire la charge de trésorier de 1960 à 1981.
Bibliothèque. — De nombreux dons sont venus enrichir la bibliothèque : par les auteurs, Les imprimés limousins 1788-1799, ouvrage publié sous la direction de Michel Cassan et Jean Boutier ; par les Amis de Tristan L'Hermite, les XVIe Cahiers, 1994 ; par les Archives départementales, Les maçons de la Haute-Marche au XVIIIe siècle, d'Annie Moulin ; par Daniel Dayen, deux tirés à part « Les conseillers municipaux d'Aubusson de 1831 à 1914 », étude dont il est l'auteur, parue dans Espaces. Pouvoirs urbains dans le Massif central et l'Aquitaine du Moyen Age à nos jours, « Les migrations anciennes des travailleurs creusois » de Marie-Antoinette Caron, et le numéro, de 1975, de la Revue d'histoire économique et sociale ; par Pierre Lajoix, Veillées poétiques (extraits) de Louis Bonnet ; enfin, de Jean Guitton, Une mère dans sa vallée.
CHRONIQUE. — Sont signalés : l'exposition « Légende dorée du Limousin », présentée au château de Vassivière ; la « Journée Tristan L'Hermite », organisée à Janaillat le 13 août ; le Congrès national des sociétés historiques et scientifiques qui aura lieu à Amiens du 24 au 28 octobre.
COMMUNICATIONS
Contrairement à l'habitude, une sortie dans les environs de Guéret n'a pu clôturer la réunion. Aussi trois communications, au lieu de deux, ont-elles figuré à son programme.
— En préambule il est fait état d'une curiosité que Francis Trépardoux a relevée dans la Revue d'histoire de la pharmacie, 2e livraison 1994. En effet, on y trouve, glanée par Frédéric Bonté, dans Comœdia Illustré, du début du siècle, une publicité pour un traitement contre la calvitie, associant la lotion Broca-Saint-Louis qui « tue le micro-bacille agent de la calvitie » et la lotion de Mire-Crozant, à base de plantes de la vallée de la Creuse, qui stimule la pousse.
— Daniel Dayen et Guy Marchadier ouvrent véritablement la série des communications par un exposé sur les débuts de l'automobile dans la Creuse.
Département rural, pauvre et isolé, notre département ne pouvait guère être aux premiers rangs par le nombre des automobiles, mais avec 55 de ces véhicules, il venait néanmoins en 65e position en 1905. Parmi les tout premiers possesseurs on comptait le photographe de Nussac, dont la voiture figure sur de nombreuses cartes postales, et une personnalité guérétoise, Jean de Cessac, neveu de l'archiprêtre. Dans La paroisse du temps jadis, Marcel Jouhandeau a évoqué, sur le ton de l'épopée, « la batteuse de M. Jean », chargée de chanoines, de vicaires, de nonnes et d'enfants de chœur, qu'on entendait venir à une lieue de distance, roulant, a-t-il écrit, « sur un tapis d'abattis de pauvres chiens innocents, de chats, de gens et de volailles ».
Le trajet de Nouziers à Aigurande pouvait alors, pour peu que le moteur chauffe, devenir une véritable expédition ; et au notaire Polier qui s'étonnait que sa voiture toute neuve se traînait dans les côtes, le constructeur répondait que dans un pays comme la Creuse, il ne pouvait garantir une moyenne de 15 km/heure.
Après ces chiffres et ces anecdotes, Guy Marchadier a présenté un document des plus intéressants : le registre de ventes de la maison Henri Brunet, d'abord installée place du Marché puis place Bonnyaud, entreprise déjà connue par l'Histoire d'une famille de l'écrivain-poète George Henry, pseudonyme de la fille de ce pionnier de la bicyclette et de l'automobile.
La communication s'est achevée par une projection de diapositives reproduisant des cartes postales anciennes et l'on a pu voir notamment l'utilisation de l'automobile pour la publicité de la maison Passant d'Aubusson et aussi les premiers accidents...
— Pierre Urien présente ensuite la « collection des Gravilliers ». Il s'agit de 19 lettres adressées, pendant le siège de Paris de 1870-1871, par Alfred Roseleur, ingénieur chimiste et industriel, à sa femme réfugiée à Aubusson. Ces lettres, « monument philatélique » unique, estimées à 760 000 francs en 1990, ont été expédiées attachées chacune à un ballon d'enfant, depuis le balcon du domicile parisien de Roseleur, rue des Gravilliers, et, après franchissement de la zone occupée par l'ennemi, ont été miraculeusement acheminées jusqu'à Aubusson par le service postal normal.
Cette correspondance, si elle apporte peu de précisions sur les événements en cours, témoigne chez son auteur d'un patriotisme sans faille, qu'on pourrait taxer d'aveugle si on ne tenait pas compte des ménagements pris par le scripteur pour atténuer les inquiétudes de la destinataire. Les rapports entre les époux, par ailleurs, apparaissent en filigrane sous un jour curieux : le mari traite en enfant sa femme, âgée pourtant alors de 38 ans, et constamment l'interpelle au masculin par la formule « Mon bon mignon bien aimé ». On apprend aussi incidemment les relations cordiales entretenues par Roseleur avec Alfred Assollant, son voisin à Aubusson, qui, en novembre, a lancé un appel aux Creusois, la conduite exemplaire, en dépit de son âge avancé, du peintre Corot...
Retiré à Aubusson en 1871, Roseleur est élu successivement conseiller d'arrondissement, maire d'Aubusson (1878), conseiller général du canton. Ses grandioses obsèques civiles, en 1881, sont l'occasion de glorifier son patriotisme, sa philanthropie et son attachement à la République.
— Jacqueline Sabourin conclut la séance en traitant d'Aubusson et Felletin carrefours antiques, fruit des observations faites par elle sur le terrain.
Les villes d'Aubusson et de Felletin, distantes d'à peine 10 km, sont probablement nées du franchissement de la vallée de la Creuse par des itinéraires antiques. Trois itinéraires au moins traversent les deux villes ou passent à proximité immédiate.
L'itinéraire nord-sud, après avoir emprunté un tronçon de la voie Lyon-Saintes par Ahun jusque dans la commune de Saint-Maixant, traverse la Creuse à Aubusson, continue vers Felletin puis se dirige vers La Courtine.
Un itinéraire nord-est sud-ouest reconnu depuis le franchissement de la Tardes à Bonlieu, traverse Aubusson, emprunte le plateau de Charasse et se dirige vers la Corrèze en passant à proximité du Verminier, de Chirouze, de Vervialle et de la Croix du Bot. Cet itinéraire est doublé par un autre plus ancien qui, à partir de Felletin, contourne le Gourbillon par le sud et le ruisseau de Cubayne par l'ouest.
L'itinéraire est ouest évite, sur la voie Lyon-Saintes, le long détour vers le nord par Ahun. A partir de Lépinas (proche de la limite Creuse Puy-de-Dôme), il passe à proximité immédiate de Saint-Georges-Nigremont, traverse la Creuse à Felletin, oblique au nord-ouest par le plateau de Charasse, emprunte à l'ouest d'Aubusson de longs tronçons de l'actuelle R.N. 141 et rejoint la voie connue à Pontarion.
SÉANCE DU 17 SEPTEMBRE 1994
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mme/Mlles M.-E. Aubaile, J. Basset, A. Bichet, F. Blanquart, L. Bournazel, J. Desbeaux, G. Duguey, I. Maurin-Joffre, S. Métrich, C. Parouty, C. Pinet, Pion, J. Porcher, G. Rommeluère, S. Rousseau, S. Saumande ; MM. G. Avizou, R. Barret, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, P. Collin, A. Duguey, J. Faure, G. Gouyet, J. Jamot, J.-P. Le Gall, M. Manville, F. Mimon, J. Moussard, J. Picaud, J. Pion, J. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, R. Tétard, P. Urien.
Excusés. — Mmes S. Caylus, C. Godard, Y. Hourou ; MM. R. Auclair, A. Carriat.
Admissions. — Depuis juillet ont fait acte d'adhésion à la Société : Mlle Catherine Cheneby, 42, rue du Petit-Treuil, 87100 Limoges ; Mlle Evelyne Lépine, inspecteur des Impôts, 105, rue Mademoiselle, 75015 Paris.
Bibliothèque. — Depuis la dernière séance de nombreux dons ont été reçus : par D. Dayen les numéros 9 de 1963 et 4 de 1975 de la Revue d'histoire économique et sociale ; par l'auteur Liliane Chevallier Isabelle d'Angoulême à Crozant ou la face obscure de Mélusine ; par Mme Pauly une série d'ouvrages anciens, dont le Dictionnaire des institutions, mœurs et coutumes de la France.
COMMUNICATIONS
— Jean-Pierre Larduinat a dépouillé un inventaire du mobilier et des papiers de l'abbaye de Chambon-sur-Voueize, établi en juin 1788, et rend compte de ses principaux aspects. Le mobilier y est décrit pièce après pièce à l'exclusion de celui de la nef de l'abbatiale. Les titres au nombre de plus de trois cents vont de 1431, pour le plus ancien, à 1788. A cette date les cinq moines, résidant à Chambon, bénéficient de revenus d'origine très diverse : dîmes, fermages, redevances en nature, baux de location de plusieurs moulins, intérêt du capital obtenu par l'affranchissement de deux villages. Au passif de leur budget : les pensions accordées à trois d'entre eux et le paiement des gages de leurs serviteurs. En 1790, les biens ecclésiastiques ayant été mis à la disposition de la nation, un nouvel inventaire, à ce jour non retrouvé, est dressé à l'intention du trésorier du district d'Evaux.
— A Jean-Pierre Larduinat succède Jean Moussard qui, à l'aide de projections, présente quatre documents provenant des fonds notariaux de Vallière déposés aux Archives départementales et illustrant les rapports entre la population et l'autorité sous l'Ancien Régime. En premier, il s'agit d'un procès-verbal à la suite d'une assemblée de paroisse réunie pour pourvoir à l'élection d'un procure syndic (Vallière, 1765) : le notaire y a consigné les noms des 38 chefs de famille présents en précisant l'identité des trois qui ont refusé de participer à cette désignation. Le second document concerne également une assemblée de paroisse (Saint-Yrieix-la-Montagne, 1766), convoquée afin de choisir pour les douze années à venir ceux de ses membres qui seront porte-bourse ou auxiliaires de ceux-ci. Le suivant est un constat de carence par la collecte de Montourcis (Vallière, 1774), incapable de faire choix d'un collecteur de l'impôt, le vote ayant réélu celui de l'année précédente, par ailleurs maçon migrant. Le dernier est une délibération des paroissiens de Saint-Séverin (Vallière, 1778) sur la conduite à tenir après leur condamnation par la sénéchaussée de Guéret à verser 40 livres par an au desservant du fait de l'état de délabrement de la maison presbytérale. Finalement, on résout à consulter un avocat.
— Christiane Parouty, dans l'exposé qui suit, traite de la chapellerie de Chambon-sur-Voueize. En effet, vers 1875, s'installe dans cette ville la société « Henri Sol et compagnie » devenue par la suite « Gustave Sol et Mayoux frères ». Elle fabrique des melons et des chapeaux d'ecclésiastiques, de haute qualité, à partir de feutres préformés, des « cloches », opérations minutieusement décrites par l'intervenante. Celle-ci s'attache ensuite à définir les rapports patrons ouvriers : les frères Sol sont à la fois anticléricaux et omnipotents, licenciant en 1896 une cinquantaine d'hommes à l'issue d'une grève. L'entreprise, qui comptait 150 salariés en 1914, dans l'entre-deux-guerres périclita faute de commandes, les modes évoluant, et ferma en 1939.
SÉANCE DU 19 NOVEMBRE 1994
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles C. Betoux, A. Bichet, F. Blanquart, S. Bouvier, S. Caylus, S. Chaix, M. Drojat, S. Métrich, C. Parouty, C. Pinet, J. Porcher, G. Rommeluère, S. Rousseau, J. Sabourin, F. Saint-James, M. Taillemite, M. Tétard, S. du Vigneau ; MM. R.-J. Audonnet, A. Barret, R. Barret, J. Betoux, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, A. Carriat, D. Dayen, J.-M. Gabriagues, G. Gouyet, J.-P. Le Gall, F. Mimon, J. Moussard, M. Parouty, J. Picaud, J. Pion, J.-M. Richard, J. Rousseau, P. Saillol, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.
Excusés. — Mmes C. Godard ; MM. R. Auclair, G. Avizou.
Admissions. — Quatre nouveaux membres font désormais partie de la Société : Mlle Bernadette Gerbaud, institutrice, rue de la Croix-Pierre, 23300 La Souterraine ; Mme Maryse Laconche, retraitée, 12 bis, rue Jeanne-d'Arc, 23000 Guéret ; Mlle Christine de Reynal, chargée d'études, Puylivat, 23200 Saint-Médard-La Rochette ; M. Jean-Marie Richard, officier retraité, 23430 Saint-Goussaud.
Nécrologie. — La Société adresse ses condoléances aux proches du colonel Charles Niveau de Villedary, décédé à Toulon.
Bibliothèque. — Il lui a été fait don par M. Jean Vidaud, de Saint-Hilaire-la-Plaine, d'une série d'anciens almanachs de la Creuse et de papiers notariaux concernant Jarnages ; par un anonyme de L'époque contemporaine 1871-1919 par Renouvin, Préclin, Hardy ; par le Dr Chantrelle de budgets de la mairie de Guéret pour les années 1980. Ont été acquis par achat le Guide des musées archéologiques de France et par G. Cabourdin et G. Viard le Lexique historique de la France d'Ancien Régime.
CHRONIQUE
Le président annonce la tenue, les 19, 20 et 21 mai 1995, à Châteauroux, du Congrès de la Fédération des Sociétés savantes du Centre. Le thème retenu pour les communications est : La vigne et le vin.
COMMUNICATIONS
— Henri Lacrocq présente des extraits d'un certain nombre de lettres de l'entomologiste Charles Alluaud, lettres adressées à ses proches lors de missions scientifiques en Afrique et notamment en Afrique orientale (1903-1904) ou encore en Egypte ou au Soudan, lors d'une remontée du Nil (1905).
Héritier d'une longue lignée de porcelainiers limousins, Charles Alluaud est né à Ribagnac, près de Saint-Yrieix-la-Perche, en 1861, et mort en 1949 à Crozant où il avait fait construire une maison. C'était le frère aîné du peintre Eugène Alluaud.
Esprit original, plein d'humour et de fantaisie, Charles Alluaud s'était découvert très tôt une passion pour l'observation de la nature, commençant très jeune une collection d'insectes. Peu à peu il se fit un nom dans le monde très fermé de l'entomologie au point de devenir un président très actif de la Société française d'entomologie et un pourvoyeur inlassable du Muséum d'Histoire naturelle, à partir notamment de ses récoltes effectuées sur le continent africain.
Amateur d'insectes et de papillons, Charles Alluaud était aussi un redoutable chasseur de gibiers plus importants de la faune africaine : crocodiles, lions, antilopes ou éléphants.
Sa correspondance, adressée en majeure partie à son beau-frère Louis Lacrocq (les deux hommes avaient épousé les deux sœurs, Jeanne et Nelly Guillemot) témoigne d'un sens aigu de l'observation des lieux et des êtres rencontrés lors de ses voyages d'exploration. Le trait humoristique, la drôlerie d'expression, mais aussi une grande attention aux paysages et personnages font l'intérêt de ces lettres demeurées inédites.
— Diapositives à l'appui, Gérard Gouyet présente ensuite un dolmen découvert près de Ladapeyre. Celui-ci a été reconstitué au voisinage de son emplacement primitif par le propriétaire du terrain.
Puis il décrit une pièce inédite appartenant vraisemblablement au trésor de Marcillat (Jalesches), conservée par la famille de l'inventeur. Il s'agit d'un tétradrachme d'argent frappé à Antioche à l'effigie de Philippe Philadelphe (47-46 à 17-16 av. J.-C.).
— Ces découvertes d'ordre archéologique signalées, Suzanne Bouvier traite de l'achat de huit grandes tapisseries, déjà répertoriées par Cyprien Pérathon, pour le compte de l'évêque de Mende François Placide de Baudry de Piencourt, beau-frère de Renaud Nicolas de La Roche-Aymon, seigneur de Mainsat. Ce dernier, par procuration, passe marché avec « maître Antoine Barjon, marchand tapissier en la ville d'Aubusson » (1706).
A la mort de l'évêque (16 nov. 1707), les tentures ne sont pas totalement payées et Barjon défrayé pour les avoir convoyées et installées dans la cathédrale.
Préservées pendant la Révolution, les tapisseries de Mende sont classées monument historique.
— En conclusion de la séance, Paul Saillol analyse les « progrès de l'agriculture creusoise de 1789 à 1850 ». Il montre d'abord qu'il est dangereux d'apprécier cette évolution, si l'on ne tient pas compte du contexte général. Une brève comparaison avec la Basse Normandie lui permet ensuite d'affirmer que le handicap majeur de la Creuse est son isolement par rapport aux régions complémentaires.
En ce qui concerne les progrès de l'agriculture creusoise, ils paraissent faibles à première vue, puisque le seul notable sur le terrain fut le développement de la culture de la pomme de terre ; s'en tenir là serait oublier l'énorme effort d'équipement accompli pendant cette période, en ce qui concerne notamment les routes et l'enseignement, et les remarquables progrès de la réflexion agronomique : c'est cela qui explique avec quelle impatience les Creusois attendaient les chemins de fer qui allaient permettre de passer aux réalisations.