SÉANCE DU 21 JANVIER 1995

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, J. Basset, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, M.-J. Crossey-Lestrade, J. Desbeaux, M. Drojat, G. Duguey, H. Jean, M. Mathias, S. Métrich, S. Nicolas, M. Parot, J. Porcher, G. Rommeluère, S. Rousseau, J. Sabourin, S. Saumande, M. Taillemite ; MM. J.-M. Allard, G. Avizou, R. Barret, M. Basin, G. Bellon, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, D. Dayen, A. Duguey, G. Gouyet, J. Guillon, B. Habellion, J. Jamot, H. Lacrocq, P. Lamiraud, J.-P. Le Gall, J. Marrane, F. Mimon, R. Nicoux, J.-M. Richard, J. Rousseau, R. Saint-James, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.

Excusés. — Mme C. Godard ; MM. P.-V. Archassal, R. Auclair, J. Pion.

Admissions. — Ont adhéré à la Société : Mlle Hélène Jean, 23800 La Celle-Dunoise ; Mme Françoise Martin, Le Couvent, 23150 Ahun.

Bibliothèque. — De nombreux dons sont venus enrichir la bibliothèque : par Mlle Isabelle Ballet, Archéologie des paysages de la commune de Peyrat-la-Nonière, mémoire de maîtrise ; par M. Jean Marrane, Un pionnier de l'aviation : François Denhaut ; par M. Louis Pérouas, Le Limousin. Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, et le n° 106, oct.-déc. 1994, des Annales du Midi, renfermant son étude « Le clergé sous la Révolution vu par un érudit limousin, le chanoine André Leclerc (1839-1920) » ; par M. René Pichant, Les minéralisations aurifères des districts de Bénévent-l'Abbaye et Laurière ; par France Limousin Sélection, Limousines, de D. Meriller et P. Vannier, la revue Limousine de sept. 1991, Bovins limousins, édité par l'I.N.R.A.

CHRONIQUE

Le président rappelle que la séance foraine annuelle se tiendra à Jarnages le 13 mai.

 

COMMUNICATIONS

— Jean Jamot évoque l'affaire Legrip à Chambon-sur-Voueize.

En juillet 1870, un fait divers vient troubler la sérénité de la population chambonnaise : c'est l'affaire Legrip. Originaire de Normandie, Charles-Victor Legrip exerce à Chambon la profession de pharmacien depuis 1833. Compétent et dévoué, il est également connu pour ses opinions républicaines et, pour cette raison, surveillé par le sous-préfet de Boussac et le procureur général de Limoges. Il a d'ailleurs été suspendu de ses fonctions de conseiller municipal en 1850 comme son ami, le docteur Aubergier, maire de Chambon. Après le coup d'Etat du 2 décembre 1851, Legrip est interné dans le département de la Haute-Marne, mais sera assez rapidement amnistié.

Victor Legrip décède à son domicile le 2 juillet 1870, ayant manifesté le désir d'être enterré civilement. Averti par son sacristain, le curé Monneyrat donne alors l'ordre de creuser la fosse dans la partie du cimetière réservée aux suppliciés ; mais le maire Périgauld de Grandchamp décide que le défunt sera bien inhumé là où il l'avait souhaité, près de feu son épouse ; le curé menace alors de jeter l'interdit sur le cimetière. Pour ajouter à la confusion, le corps de Legrip est même porté dans l'église à la demande de ses deux filles et de l'adjoint au maire, François Espitallier. Mais le curé avertit aussitôt l'évêché de Limoges qui s'adresse au préfet de la Creuse pour s'élever vigoureusement contre les agissements de l'adjoint, ce dernier étant accusé d'avoir fait porter le corps dans l'église malgré les observations du curé, puis de l'avoir fait inhumer dans la partie bénite du cimetière « à l'usage exclusif des catholiques ». Cependant, le commissaire de police écrit dans son rapport que « le corps du défunt a été accompagné au cimetière par une foule nombreuse venue de tous les rangs de la société ».

L'affaire ne connut pas de suites désagréables et, d'ailleurs, la population chambonnaise allait affronter, quelques jours plus tard, des préoccupations beaucoup plus sérieuses : en effet, le 19 juillet 1870, la France déclarait la guerre à la Prusse.

— Alain Freytet traite ensuite du pays et des paysages.

Le pays est à l'origine du paysage. En retour, le paysage est indissociable du pays, il en est en quelque sorte le visage. Dans la Creuse, la succession des monts, des plaines, des vallées et des plateaux, qui dans un premier temps peut apparaître comme monotone, offre à celui qui y prête attention, une diversité de paysages. On découvre, à travers eux, des petits pays possédant leurs usages, avec leurs cultures, leur histoire mais aussi leur avenir : la Combraille, le bas Berry, le haut Limousin, les plateaux de Millevaches, la Haute Marche. Ces pays ne recouvrent pas les entités administratives ; leurs limites souvent floues, varient selon les époques et les personnes. Les pays creusois se sont forgés au fil du temps, mélange de faits géographiques et d'influence historique. Mettre en valeur les paysages, c'est donc donner à voir et à comprendre l'identité de ces pays.

Le paysage peut alors être considéré comme un véritable patrimoine. Il ne s'agit en aucun cas de conserver le pays en l'état en luttant contre les modifications nécessaires dont les pays sont l'objet mais au contraire de faire en sorte que ces transformations prennent en compte les qualités des sites et des pays. On évitera ainsi la banalisation qui menace les paysages au travers des phénomènes de mitage, de blocage ou de gommage. Souvent, cette banalisation n'est pas le fait d'événements spectaculaires mais souvent de petits événements en apparence insignifiants, par exemple l'abattage d'un arbre isolé, la disparition de petites parcelles forestières de feuillus au profit d'une culture de résineux en masse, la démolition d'un mur, le comblement d'une fontaine, l'exploitation d'un bosquet d'arbres visible et apprécié, la disparition d'un chemin, l'enrésinement ou la construction d'un étang dans un vallon, la rectification trop sévère d'un ruisseau, la pose de poteaux électriques devant un beau bâtiment, la défiguration d'une façade traditionnelle.

On distingue aujourd'hui plusieurs formes de prise en compte du paysage : les aménagements concernant un site particulier où l'on va mettre en valeur ou même créer des motifs du paysage : c'est le cas de l'aménagement de l'Espace pêche et nature de Pontarion ; des mesures de protection comme le classement ou l'inscription des sites et monuments ou la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager où, après avoir analysé et expliqué ce qui fait la valeur des paysages et de l'architecture, on met en place une réglementation. C'est le cas de Masgot, commune de Fransèches, où un projet de ZPPAUP est en cours ; enfin, sur des territoires plus vastes, regroupant plusieurs communes, les plans de paysage permettent aux élus, administrations et usagers de réfléchir ensemble à l'image qu'ils veulent donner de leur pays et de coordonner les actions qui vont agir sur leurs paysages.

Alain Freytet a illustré ensuite son propos par la projection de diapositives portant sur l'étude du paysage entourant le village de Masgot (commune de Fransèches) et sur l'aménagement des bords du Thaurion à Pontarion.

— La séance s'est terminée par la présentation, par Amédée Carriat, d'une chanson datant du Premier Empire. Celle-ci figure à la Bibliothèque nationale dans la collection Coqueret de Montbret (les Coqueret de Montbret, père et fils, ayant dirigé à dater de 1808 une enquête sur les limites des dialectes alors parlés). Donnée comme un texte provenant de la région de Bourganeuf, la chanson en réalité est l'œuvre de Jean Foucaud (1747-1814), l'adaptateur en langue limousine des fables de La Fontaine.

 

 

SÉANCE DU 18 MARS 1995

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

La séance de mars de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse s'est tenue à Guéret, immeuble de la Providence, sous la présidence de M. Etienne Taillemite.

Présents. — Mmes/Mlles C. Beauchet, Y. Beauchet, C. Betoux, A. Bichet, F. Biarnois, L. Bournazel, G. Brun-Trigaud, S. Caylus, J. Desbeaux, M. Drojat, S. Ducher-Casanova, G. Duguey, B. Gerbaud, C. Godard, C. Goubely, S. Métrich, G. Parelon, M. Parot, C. Parouty, J. Porcher, G. Rommeluère, A. Roret, G. Roret, S. Rousseau, J. Sabourin, M. Taillemite, S. du Vigneau ; MM. R. Barret, M. Basin, G. Bellon, J. Betoux, M. Biarnois, F. Boureille-Chaubron, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, J.-G. Ducher, A. Duguey, R. Goubely, G. Gouyet, B. Habellion, H. Lacrocq, F. Mimon, H. Parelon, A. Pauly, J. Picaud, J. Pion, M. Roret, J. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.

Excusés. — Mlle M. Mathias ; MM. R. Auclair, G. Avizou, D. Dayen, R. Nicoux.

Admissions. — Ont été enregistrées les adhésions de : M. Alain Beune-Audebert, à Guéret ; Mme Monique Ferrand, à Guéret ; M. Jean-Pierre Grandprat, 63800 Cournon ; M. Pierre Lamiraud, à Jouilllat ; Mme Nathalie Manaud, à Ahun ; Mme Marie-Yvonne Norre à Chambon-sur-Voueize ; M. Alain Pauly, à Saint-Sulpice-les-Champs.

Nécrologie. — La Société adresse ses condoléances aux proches de Mlle Jeanne Gogard, décédée à Guéret, et de M. Marcel Grandpart, de Bénévent.

Bibliothèque. — Au cours des dernières semaines, la bibliothèque a reçu en don : de Solange Pinton, Rapport d'enquête sur la Creuse, savoirs naturels, et Rapport d'enquête sur la Creuse : temps de l'année et temps de la vie. Enfin, la Société s'est rendue acquéreur du Grand Larousse encyclopédique en dix volumes.

CHRONIQUE

Le président rappelle que la prochaine séance aura lieu à Jarnages le 13 mai et invite les adhérents à participer au Congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre qui se tiendra le 20 mai à Châteauroux sur le thème « la vigne et le vin ».

 

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

Le rapport d'activité, présenté par M. Taillemite, et le compte financier, établi par Mme Bichet, mis aux voix, sont adoptés à l'unanimité.

L'assemblée porte ensuite le montant de la cotisation pour 1996 à 150 F.

EXCURSION ANNUELLE

Il est prévu qu'elle se fera le 10 septembre 1995 à Clermont-Ferrand et dans sa région.

 

COMMUNICATIONS

Guylaine Brun-Trigaud qui, en 1992, avait présenté sa thèse, Le croissant : le concept et le mot, et dont la Société a publié depuis Le parler de Lourdoueix-Saint-Michel, entretient l'assistance de ses derniers travaux.

La première partie de la communication avait pour sujet la microtoponymie de Lourdoueix-Saint-Michel (noms des parcelles sur les cadastres) mise en parallèle avec les relevés des registres paroissiaux. En effet, une part importante de la microtoponymie de cette commune est marquée par les noms de famille et un certain nombre d'entre eux apparaissent dans les registres paroissiaux : sans que la relation soit absolument établie, il semble qu'il y ait de larges convergences. D'autre part, la liste des vingt noms de famille les plus représentés montre une grande stabilité de la population du XVIIe à nos jours.

La seconde partie de la communication portait sur l'importance et l'intérêt des traductions en patois de la Parabole de l'enfant prodigue recueillies au début du XIXe siècle dans la Creuse dans le cadre d'une enquête générale. Ces textes constituent le premier témoignage des parlers de la Creuse ; leur nombre, neuf, reflète bien la diversité linguistique de cette région en marge des parlers d'oïl et des parlers d'oc.

Jean-Louis Broilliard traite ensuite des causes de la fin tragique d'Antoine Banassat et de quelques autres prêtres réfractaires creusois (juillet-août 1794). Les raisons profondes qui ont conduit le curé de Saint-Fiel, député à la Constituante, à ce destin sont loin d'être élucidées. Le fait d'avoir prêté un serment restrictif et d'avoir été classé prêtre réfractaire n'en est pas la cause déterminante. Comme un certain nombre de ses confrères, il s'est retrouvé, à la fin de 1792, dans la maison de réclusion de Guéret alors qu'il aurait pu s'exiler ou vivre dans la clandestinité. Son grand âge, ses infirmités, sa sécurité poussaient à ce choix.

Que s'est-il donc passé ? Au début de la Révolution, l'attitude des autorités locales — district de Guéret et département — se caractérise par un mélange de laxisme et de sévérité. Les élus comptent des ennemis mais aussi des protecteurs des prêtres réfractaires. Banassat profite de la situation pour affirmer ses droits, faisant appel à l'arbitrage du roi ou du ministre de l'Intérieur, et incite ses confrères à manifester leurs protestations. Cette action de résistance entraîne des rétractations de serment qui inquiètent fort les autorités.

Après le 10 août 1792 le durcissement du département devient manifeste. Le nouveau procureur syndic, Rochon, mène un combat sans merci contre les opposants. Les passages des représentants en mission sont l'occasion de règlements de compte. Ainsi trouve-t-on des réfractaires âgés de plus de 60 ans figurant sur les listes de proscription à destination de la Guyane. C'est le cas d'Antoine Banassat, et aussi de Jean-Baptiste Descris, curé de Mazeirat, qui, l'un et l'autre ne résistèrent pas aux conditions d'internement sur les pontons de Rochefort. A leur côté périrent 12 prêtres creusois et d'autres, d'origine creusoise, condamnés dans d'autres départements.

Pour clore la séance, en l'absence de M. Saillol, Pierre Urien rappelle les événements dramatiques dont la maison Sallandrouze à Paris, au 23, boulevard Poissonnière, fut le cadre le 4 décembre 1851.

Le lendemain du coup d'Etat, un coup de feu, que la troupe croit parti de l'immeuble où sont entreposées les tapisseries, déclenche la fusillade sur les boulevards. Après en avoir à coups de canon défoncé la porte, les soldats se ruent dans la maison et y massacrent 14 personnes. Pour cette agression, Victor Hugo, dans les Châtiments, stigmatisera Saint-Arnaud, ministre de la Guerre :
« Avec quinze escadrons, bien armés, bien montés,
Et trente bataillons, et vingt pièces de douze
Il avait pris d'assaut le perron Sallandrouze ;
Il avait réussi même, en fort peu de temps,
A tuer sur sa porte un enfant de sept ans. »

Charles Sallandrouze se ralliera néanmoins rapidement à l'Empire, et sa maison, vendue en 1868, deviendra le siège du salon de Juliette Adam et servira de tremplin à l'ascension politique de Gambetta.

 

 

SÉANCE DU 13 MAI 1995 - JARNAGES

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles J. Bach, C. Beauchet, A. Bichet, A. Boyer, S. Caylus, I. Dauger, M. Dayen, J. Desbeaux, M. Lafaye, R. Leblanc, M. Legrand, Maufut, S. Métrich, C. Parouty, J. Pissaloux, G. Rommeluère, S. Rousseau, J. Sabourin, M. Taillemite, Tête, M. Uhlen, V. Uhlen, S. du Vigneau ; MM. G. Avizou, F. Boureille-Chaubron, J.L. Broilliard, M. Bruniquel, A. Carriat, L. Chedemois, G. Dauger, D. Dayen, G. Gramons, H. Lacrocq, F. Lafaye, C. Lamy, J. Legrand, Ph. Loy, F. Mimon, M. Pissaloux, J. Rousseau, R. Saint-James, E. Taillemite, R. Tétard, C. Uhlen, P. Urien.

Excusés. — Mmes/Mlles J. Basset, C. Godard, M. Mathias, I. Maurin-Joffre ; MM. R. Auclair, R. Nicoux, J. Pion.

Admissions. — Au cours des semaines écoulées depuis la réunion de mars, 9 adhésions ont été enregistrées. Ce sont celles de : Mme Guylaine Brun-Trigaud, 33, rue Saint-Joseph, 31470 Fonsorbes ; Mme Claude Carlier, La Chebraud, 23160 Crozant ; Mme Colette Simon-Auzolle, professeur, 49, rue Boussingault, 75013 Paris ; M. Sylvain Couderchon, attaché territorial, 7, rue Eugène-France, 23000 Guéret ; M. Philippe Denis, employé de banque, 12, avenue du Val Joyeux, 78450 Villepreux ; M. Frédéric Gravier, contrôleur financier, 3, rue Jean XXIII, 91800 Brunoy ; M. Jean-Pierre Lalu, agent E.D.F., 26, avenue du Poitou, 23000 Guéret ; M. René Marcelot, retraité, La Chaume, 23160 Azerables ; de l'association « Le cercle de Châteauvieux », 23140 Pionnat.

Nécrologie. — Sont à déplorer les décès de M. René Pruchon, rue de Faulette, 23000 Guéret, et de M. Paul Saillol, rue Pierre-Morlon, 23000 Guéret.

A ce dernier, qui, après avoir enseigné quarante ans durant au lycée de Guéret l'histoire et la géographie, a été un des membres les plus actifs de la Société, le président rend un hommage ému. Passionné et passionnant, Paul Saillol a donné à nos Mémoires l'aboutissement de ses recherches sur ses sujets de prédilection : l'évolution de l'agriculture, la démographie, les tentatives de désenclavement du département.

Bibliothèque. — Elle a reçu, de Régis Saint-James, la Revue de l'Automobile-Club du Limousin de 1935 et des numéros de la Revue de l'A.C.P.G. (1952-1955). En outre, des anonymes ont fait don de deux tirés à part de Jacques Ernest Martinet, Bourrées de la Creuse et Chants populaires de la Creuse ; de l'ouvrage de Camille Rougeron, La guerre nucléaire.

CHRONIQUE

Le président rappelle la tenue, à Châteauroux, les 20-21 mai, du LIVe Congrès des sociétés savantes du Centre et la sortie des Actes du précédent congrès organisé à Guéret par notre Société.

Après quoi il fait part de l'intention de créer, au sein de la bibliothèque, une photothèque regroupant par communes les clichés des sites et monuments faits par nos membres.

 

COMMUNICATIONS

— Marcel Bort présente le bilan, à l'aide de diapositives, des fouilles qu'il a conduites de 1975 à 1978 sur les territoires des communes de Vigeville et de Jarnages. A Vigeville, sur un site gallo-romain du IIe siècle, la découverte majeure a été celle d'un collier d'or, long de 20 cm, orné de deux émeraudes et de 67 grenats. A Jarnages, également du IIe siècle, un fanum, dont la cella mesurait intérieurement 3,45 × 3,75 m, a été mis au jour. Depuis ces deux fouilles ont été remblayées.

— Au tour de Raymonde Leblanc de fournir la démonstration de sa connaissance approfondie de l'architecture de l'église de Parsac. L'édifice, l'un des plus vastes de la région, a été bâti sur les ruines d'une construction plus ancienne, vraisemblablement un temple gallo-romain, ainsi que les fouilles menées en 1987-1989 incitent à l'envisager. De l'église actuelle, datant en grande partie de l'époque romane, Mlle Leblanc, plans à l'appui, détaille les phases de construction et commente des diapositives présentant ses particularités, parmi lesquelles une fresque à trois personnages accompagnée d'une inscription en arabe, une litre funéraire et plusieurs statues inscrites à l'inventaire supplémentaire.

— Avec Jean-Louis Broilliard un saut est fait dans le temps avec l'analyse d'un document, du début de la Révolution, dans lequel ceux de Boussac taxent les Jarnageois d'illettrisme.

Le nouveau découpage administratif décidé par la Constituante a fait de Jarnages un chef-lieu de canton au même titre que Gouzon, Châtelus, Genouillat et Boussac, chef-lieu du district. Au moment de la refonte judiciaire, Boussac a entrepris une action de dénigrement systématique contre Jarnages qui aurait bien voulu attirer le siège du tribunal de district. C'est ainsi qu'elle est décrite comme une bourgade de 350 à 400 habitants parmi lesquels il n'y a qu'une dizaine de « personnes présentables », le reste étant des artisans et des journaliers ne sachant pas lire. S'il est vrai que la plupart des Jarnageois sont des artisans et des journaliers, il faut cependant remarquer qu'ici, comme dans beaucoup d'autres villes, on sait signer son nom. Sur les 53 comparants aux élections des Etats Généraux, 35 signent le procès-verbal.

Il est cependant curieux de constater que certains Jarnageois ont cherché à retarder les élections municipales du début de 1790 parce qu'ils croyaient que l'Assemblée allait décréter l'exclusion du droit de vote des illettrés. Intoxication, manœuvre électorale ? Le fait est que les Jarnageois doutaient d'eux-mêmes, comme si la réputation d'illettrisme correspondait à la réalité.

— C'est une époque plus récente qui a fourni matière à la communication de Daniel Dayen : « La Seconde République dans le canton ».

La Seconde République fut accueillie avec ferveur dans le canton de Jarnages, comme en témoignent les procès-verbaux de la proclamation du nouveau régime qui apportait le suffrage universel, du moins masculin. Et si, le 23 avril 1848, aux élections à l'Assemblée constituante, la liste sur laquelle figurait Martin Nadaud n'eut pas le succès qu'elle escomptait, elle arriva en tête à Jarnages, où votaient toutes les communes du canton. Il faut dire que le nouveau maire de Jarnages, l'ancien capitaine Gabriel Southon, et le nouveau maire de Parsac, le jeune Eugène Parry, tout comme les deux envoyés du Club des clubs de Paris, Victor Thomas et Eugène Botte, originaires l'un et l'autre de Jarnages, n'avaient pas ménagé leurs efforts.

Mais le 15 juin la région fut endeuillée par les tragiques événements de Guéret. Partis délivrer leurs compatriotes arrêtés pour avoir appelé à résister à la perception de l'impôt des 45 centimes, les habitants d'Ajain, de Pionnat et de Ladapeyre se heurtèrent aux troupes défendant la ville et l'affrontement se solda par seize morts et de nombreux blessés.

Les élections municipales et les élections cantonales de l'été confirmèrent les orientations du canton. Edmond Fayolle fut élu conseiller général à l'issue d'un scrutin où apparut pleinement le vieil antagonisme entre Jarnages et Gouzon. Mais aux élections présidentielles du 10 décembre, comme partout, Louis-Napoléon Bonaparte, héritier d'un grand nom, obtint une majorité écrasante, ce qui n'empêcha pas la liste démocrate-socialiste de l'emporter haut la main aux élections du 13 mai 1849 à l'Assemblée législative.

Cependant Gabriel Southon fut suspendu puis révoqué pour rébellion envers la gendarmerie et, au début de 1850, le très bonapartiste préfet Durand-Saint-Amand obtint la dissolution du conseil municipal qui persistait à le réélire. En octobre 1851, ce fut Eugène Parry qui fut révoqué, en compagnie du maire de Gouzon, pour avoir assisté à un banquet présidé par Jules Leroux. Gouzon et Parsac furent d'ailleurs les deux seules communes du canton à manifester une opposition au coup d'Etat lors du plébiscite du 21 décembre 1852, cependant que le zèle du sous-préfet de Boussac faisait envoyer devant la commission mixte six habitants du canton, dont Félix Poumerol, déjà révoqué de ses fonctions d'agent-voyer, et qui mourut du choléra en Algérie. La fraternité de 1848 n'avait plus guère cours en 1852 !

 

 

SÉANCE DU 22 JUILLET 1995

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, M.-E. Aubaile, J. Basset, A. Bichet, L. Bournazel, I. Dauger, M. Dayen, S. Ducher Casanova, B. Gerbaud, M. Lafaye, S. Moreigne-Roussillat, S. Picaud, J. Pissaloux, S. Rousseau, J. Sabourin, S. Saumande ; MM. J.-M. Allard, G. Bellon, R. Bournazel, J.L. Broilliard, A. Carriat, G. Coudert, G. Dauger, D. Dayen, J.-G. Ducher, H. Gerbaud, J. Jalouneix, J. Jamot, F. Lafaye, P. Lamiraud, J.-P. Larduinat, Ph. Loy, F. Mimon, A. Pauly, J. Picaud, M. Pissaloux, J. Rousseau, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, P. Urien.

Admissions. — En préambule à la séance, M. Taillemite annonce les adhésions des personnes suivantes : Mmes Brosserard-Faidherbe Agnès, 34, rue de la Clef, 75005 Paris ; Mourlon Chantal, infirmière retraitée, 5, rue Traversière, 23170 Chambon-sur-Voueize ; Mlle Saillol Nathalie, étudiante, 6, rue Corot, 23200 Aubusson ; MM. Gambaud Jean-François, 90, boulevard Thermal, 63140 Châtelguyon ; Marigner André, enseignant, 23210 Ceyroux ; Minne Bernard, professeur, lycée agricole, 23150 Ahun.

Nécrologie. — La Société adresse ses condoléances aux proches de Mlle Marguerite Olivier, de La Souterraine, récemment disparue.

Bibliothèque. — Nous avons reçu de M. Vidaud un second lot d'anciens almanachs et de papiers divers, ce dont nous lui sommes très reconnaissants. Nos remerciements vont aussi aux anonymes qui nous ont fait don de A la découverte de Marcel Jouhandeau, d'un Choix de textes de Maurice Rollinat ; à A. Carriat pour Troppmann de Pierre Bouchardon et pour Une victoire aux jeux olympiques de George Nigremont ; à P. Urien pour Lectures pour tous de mars 1927 ; R. Saint-James pour l'Echo de la Creuse du 7 septembre 1940 ; à Mlle J. Basset pour deux catalogues d'exposition ; aux Amis de Pierre Leroux pour leur bulletin n° 11 ; à l'Association Maurice Dayras pour son bulletin 1995 ; à l'Association des Amis de Bellegarde pour le recueil Victoria Villély, poète creusois.

CHRONIQUE

Le président informe l'assistance que le conseil d'administration a décidé de créer au sein de la bibliothèque une collection de documents iconographiques portant sur chacune des communes du département et fait appel pour la constituer au concours des adhérents.

Il est rappelé ensuite que l'excursion annuelle aura lieu le 10 septembre et se fera à Clermont-Ferrand et dans son voisinage.

 

COMMUNICATIONS

— Georges Dauger donne lecture d'un inventaire des 18 et 19 avril 1734 concernant les « meubles meublants, arnais, bestiaux, effets, obligations, argent » détenus par Jean Cacard, laboureur au village de Villecoulon, paroisse de Jouillat. Les biens décrits dans l'inventaire, qui ne comporte ni la maison, ni la propriété foncière, s'élèvent à la coquette somme de 2 683 livres 5 sols pouvant représenter aujourd'hui 60 à 70 millions de centimes.

Cet inventaire est donc celui d'un « riche laboureur ». Malade de corps mais sain d'esprit, ce dernier « a fait réflexion sur la certitude de la mort et l'incertitude de l'heure d'icelle », il a préparé son salut et a mandé le notaire « afin de mettre ordre à ses affaires temporelles ». Comme le « riche laboureur » de La Fontaine il a, lui aussi, fait venir ses enfants : un fils Silvain sans doute déjà pourvu du foncier, le gendre, Pierre Dufour, représentant, à la fois, son épouse Léonarde Cacard et ses deux pupilles, orphelins mineurs d'un autre fils décédé. Remarquons au passage que Jean Cacard, né vers 1675, sous le règne de Louis XIV, a été un contemporain du fabuliste, mort en 1695, bien qu'il n'en ait probablement jamais entendu parler.

L'inventaire nous indique surtout qu'il pouvait y avoir, avant la Révolution, des paysans riches, même dans la Marche, réputée miséreuse. Jean Cacard possède à Villecoulon 6 bœufs de labour, 5 vaches mères, 1 petit taurillon, 1 génisse, 1 jument, 50 brebis et leur suite. Mais il dispose en outre d'un vaste cheptel donné en pension à des nourrisseurs répartis sur 5 de nos actuels cantons. Il reçoit en échange des « obligations de cheptel ». Il est dur en affaires, n'hésitant pas à traduire les mauvais payeurs devant la justice seigneuriale de Bonnat-Mornay, voire devant la châtellenie de Guéret.

Il n'en demeure pas moins un paysan. On est frappé par la modicité de son mobilier et de son matériel. Aucune armoire : on entasse tout dans des coffres. Il est illettré, bien qu'il sache parfaitement compter. Il est vrai que, parmi les présents habitant Villecoulon, seul Dufour sait signer. C'est sans doute pour disposer d'un second témoin signataire qu'on a fait venir le maréchal-ferrant de la paroisse voisine de Champsanglard afin d'attester de la validité de l'inventaire.

— Remontant le cours du temps, Jacqueline Sabourin présente les résultats de la prospection qui l'a conduite à identifier un carrefour antique dans la commune de Saint-Maixant.

La région étudiée est principalement située dans la commune de Saint-Maixant mais déborde largement sur les communes voisines : Saint-Médard-la-Rochette, Issoudun, Puy-Malsignat et Alleyrat. L'étude a été faite après de multiples observations en surface avec l'aide de bons informateurs et à l'occasion de travaux divers. 51 sites ont été localisés.

Le carrefour se situe à environ 1 km au nord de Montmary (7 sites gallo-romains ont été repérés dans une zone d'environ 1 km d'est en ouest et 500 m du nord au sud). On y reconnaît l'itinéraire est ouest Lyon Saintes par Ahun déjà connu en grande partie qui, à partir du carrefour, se divise en trois branches : deux sur l'interfluve entre la Creuse et la Vouèze et le troisième vers la vallée de la Creuse à travers le bassin houiller. On y reconnaît également un itinéraire sud nord depuis la région d'Aubusson et confondu un moment vers le nord avec le précédent. En dehors de ces deux axes principaux ont été repérées deux voies sans doute d'importance secondaire se dirigeant vers l'ouest qui traversent la Creuse l'une à Alleyrat, l'autre à la Rochette.

Cet ensemble de routes dessert la plupart des sites observés.

Après ces communications la majorité de l'auditoire se rend au château de La Villatte-Billon (commune de Saint-Victor). Là, Guy Marchadier fait l'historique de cette gentilhommière et en détaille l'architecture. A la suite de quoi les propriétaires, M. et Mme Rapp, exposent les restaurations qu'ils ont dû effectuer et, fort aimablement, font visiter les aménagements intérieurs réalisés de leurs mains en alliant modernisme et préservation des vestiges du passé.

 

 

SÉANCE DU 16 SEPTEMBRE 1995

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles I. Ballet, J. Basset, A. Bichet, L. Bournazel, J. Desbeaux, B. Gerbaud, S. Métrich, G. Parelon, E. Pierrot, J. Porcher, S. Rousseau, F. Saint-James, S. Saumande, M. Taillemite ; MM. G. Bellon, R. Bournazel, J.L. Broilliard, A. Carriat, A. Duguey, J. Eybert, H. Lacrocq, P. Lamiraud, J.-P. Larduinat, F. Mimon, R. Nicoux, H. Parelon, D. Parot, J. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, R. Tétard, P. Urien.

Excusés. — Mme C. Godard ; MM. R. Auclair, D. Dayen.

Admissions. — En ouverture de la séance M. Taillemite annonce les adhésions suivantes : celles de M. Charles Chantrelle, étudiant, 2, rue Jean-Jaurès, 23000 Guéret ; de Mme Arlette Choury, greffier, 3, rue de la Marne, 91120 Palaiseau ; de M. Jacques Jalouneix, ingénieur principal honoraire de la S.N.C.F., 31, rue des Laboureurs, 77500 Chelles ; de M. Pierre Michon, écrivain, Les Cards, 23430 Châtelus-le-Marcheix ; de Mlle Géraldine Thévenot, étudiante, Le Moulin-Neuf, 23300 La Souterraine.

Nécrologie. — La Société s'associe au deuil des proches de M. Jean Babonneix, d'Aubusson ; de M. Marcel Chanton, de Saint-Priest-la-Feuille ; de Mme Andrée Louradour, de Guéret.

Le président exprime alors la peine profonde de la Société à la suite de la disparition de celle qui fut naguère un de ses membres les plus marquants et retrace sa carrière d'enseignante et sa participation à la vie de la Société des sciences. Adhérente en 1956, elle est élue vice-présidente en 1960, tâche qu'elle cumule après 1969 avec celle de secrétaire. Ces fonctions, Mme Louradour les remplit avec une conscience exemplaire. Conjointement, elle fournit à nos Mémoires une cinquantaine d'études, dont se détache une série portant sur les possessions dans la Creuse des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Elle collabore aussi aux travaux de la Société d'ethnographie du Limousin et de la Marche, dont en 1963 elle devient vice-présidente. Mme Louradour, à qui avaient été dédiées, en 1987, les Glanes d'archéologie et d'histoire creusoises, laisse à ceux qui l'ont connue le souvenir du dévouement le plus total.

Bibliothèque. — Celle-ci s'est enrichie des dons suivants : de M. de Bussac, deux tirés à part, Présence romane en Livradois-Forez et Des « clefs » pour nos églises romanes ; de M. Fabrice Patissier, La Creuse l'espace vert et bleu, mémoire de B.T.S. ; de M. Michel Blondonnet, La Creuse oubliée, tome II ; par Mme Desbeaux, le Bulletin 1995 des anciens et anciennes élèves des lycées de Guéret, renfermant, p. 22, une notice nécrologique concernant Paul Saillol et, sous sa plume, p. 23-26, un article « Bilan économique du département ».

CHRONIQUE

La Société d'émulation du Bourbonnais, à l'occasion du 150e anniversaire de sa fondation, invite nos adhérents à assister à la conférence de Jean-Pierre Chaline, « Sociabilité et érudition. Les sociétés savantes en France. XIXe-XXe siècles », donnée à Moulins, le 25 novembre.

Il est, par ailleurs, rappelé que le prochain congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre se tiendra à Limoges les 17-19 mai 1996 avec pour thème « Les saints et leurs représentations ».

 

COMMUNICATIONS

Le docteur Jean Eybert présente le décryptage d'une armoirie figurant sur une crosse ornant une dalle du chœur du Moutier-d'Ahun. Ces armes, un chevron accompagné de trois écots, qui sont la figuration d'un fragment de tronc d'arbre dont les branches ont été coupées, sont celles de la famille Billon. Les écots ou billots sont les armes parlantes de cette famille guérétoise.

La tombe est donc, selon toute vraisemblance, celle de l'abbé Martial Billon mort en 1508. On retrouve les mêmes armoiries, mutilées, à une fenêtre de l'hôtel des Monneyroux, qui appartint au XVIe siècle aux Billon, et sur une pierre exposée sur la terrasse du musée de Guéret.

Pierre Urien, dans une communication intitulée « La Creuse et la Commune en 1871 », évoque les incidences de l'insurrection parisienne sur le département qui, sans être inexistantes, revêtirent cependant une ampleur très restreinte, qui souleva parfois, malgré tout, le désarroi à l'échelon local des responsables de l'ordre.

C'est le cas à Vallière où le maire, Me Vigier, homme-lige de Rudel du Miral, sous l'Empire président du conseil général et vice-président du Corps législatif et présentement retiré dans son château de La Villeneuve, réclame, véhémentement mais vainement, après l'ébauche le jour de Pâques d'une manifestation en faveur des fédérés, au ministre de l'Intérieur et au préfet l'installation dans sa commune d'un poste permanent de gendarmerie.

La même angoisse du lendemain se retrouve chez le brigadier de gendarmerie de Pontarion qui demande au préfet la fermeture de l'auberge de Pierre Pizet « actuellement fréquentée par le partit (sic) révolutionnaire »... Le sous-préfet de Bourganeuf se contentera d'admonester le tenancier et le maire.

Ailleurs, à Aubusson, Felletin, Bourganeuf, la sympathie à l'égard de la Commune se manifeste de façon encore plus vélléitaire.

Il n'en faut pas conclure pour autant à un ralliement de la population creusoise au gouvernement de Versailles : guère qu'une dizaine de conseils municipaux adressent à Thiers des motions de soutien. Boussac fait exception où les conseillers municipaux, sous-préfet à leur tête, proposent de partir avec la garde nationale combattre les insurgés. Barton de Montbas, de Felletin, après la « semaine sanglante », sera le seul des maires creusois à dénoncer un communard réfugié au pays.

Ainsi, il convient de nuancer les propos du préfet Hendlé qui, le 23 octobre 1871, affirme devant le conseil général que « l'ordre matériel ne fut pas troublé un seul jour dans toute l'étendue du département ».

En attendant l'arrivée d'Isabelle Ballet, retardée involontairement à Limoges, Amédée Carriat improvise un brillant exposé sur la vie et l'œuvre de Tristan L'Hermite (v. 1601-1655), dont on attend une édition des œuvres complètes, s'attachant particulièrement à montrer la modernité du Page disgracié qu'il incite vivement à découvrir.

Isabelle Ballet expose une des méthodes utilisées par elle dans son mémoire de maîtrise sur « l'archéologie des paysages de Peyrat-la-Nonière ». Partant de l'édition commentée des Coutumes de la province et comté pairie de la Marche... par Couturier de Fournoue (1744), elle montre que la réglementation du pacage des troupeaux, tenant compte des clôtures existantes, permet d'en déduire un étagement des modes d'exploitation du sol (prés, cultures, communaux et bois) et, vraisemblablement, au XVIe siècle, une mise en place seulement partielle du bocage.

 

 

SÉANCE DU 18 NOVEMBRE 1995

Présidence de M. Etienne Taillemite, président

Présents. — Mmes/Mlles M. Arrouet, M.-E. Aubaile, J. Basset, A. Bichet, L. Bournazel, S. Bouvier, S. Chaix, S. Ducher Casanova, B. Gerbaud, H. Jean, M. Mathias, S. Métrich, D. Michon, Ch. Perrier, J. Porcher, S. Rousseau, F. Saint-James, S. Sales, M. Taillemite, S. Theillou, G. Thévenot ; MM. J.M. Allard, J.-P. Arrouet, A. Barret, R. Barret, M. Basin, R. Bournazel, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, P. Collin, D. Dayen, J.-G. Ducher, G. Gouyet, H. Lacrocq, P. Lamiraud, A. Logez, F. Mimon, B. Minne, R. Nicoux, J. Picaud, J. Pion, J. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, R. Tétard, P. Urien, J. Vidaud.

Excusés. — Mmes S. Caylus, C. Godard, S. du Vigneau ; MM. R. Auclair, A. Carriat.

Admissions. — Ont été enregistrées les admissions de : M. François Robert, retraité (réassurances), 13, chemin de l'Abbaye, 74940 Annecy-le-Vieux ; M. Rousseau Roland, retraité, Theix, 23000 Saint-Sulpice-le-Guérétois ; Mlle Sainton Paulette, retraitée, 12, square Gabriel-Fauré, 75017 Paris ; M. Sales Stephen, médecin, domaine de Chatras, Cressat, 23140 Jarnages.

Nécrologie. — La Société déplore les décès de : M. Matigot René, 23300 Vareilles ; M. Touny Henri, 45, boulevard Victor, 75015 Paris ; M. Triclot Bernard, 6, rue Desmoulins, 23000 Guéret. A leurs proches sont adressées nos condoléances.

Bibliothèque. — Elle s'est enrichie depuis septembre des dons suivants : par la Fédération régionale des travaux publics du Limousin, Limousin. Terre natale des grands pionniers dans les travaux publics, comportant une étude sur le sujet de Dominique Barjot ; par le Centre d'animation de l'abbaye de Prébenoît, L'abbaye cistercienne de Prébenoît ; par M. Pierre Lacroix, La Chapelle-Taillefert. Annales, vol. 2 ; par Mme Andrée Bichet, le Dictionnaire de la Creuse de Valadeau ; par M. Edgard Cubaud, une série de documents publiés par la Communauté du pays de Boussac, et de Pierre Leroux Malthus et les économistes ; de Mme Simone du Vigneau, Emaux limousins du Moyen Age.

CHRONIQUE

Le président rappelle qu'à l'occasion du 150e anniversaire de la fondation de la Société du Bourbonnais celle-ci invite les membres de la Société à assister, le 25 novembre, à une conférence, donnée à Moulins, par M. Jean-Pierre Chaline, professeur à la Sorbonne, sur le thème : « Les sociétés savantes hier, aujourd'hui... et demain ».

 

COMMUNICATIONS

En préambule, il est donné lecture de deux lettres à nous adressées. Dans la première M. Jean Caillat, d'Aigurande, signale la présence dans l'église de Naillat, sur le mur sud de l'église, de fresques médiévales découvertes par lui à la suite de la dégradation de l'enduit les recouvrant et joint à sa communication trois photos les représentant. Dans la seconde, M. Jean-Luc Gaillaud apporte une rectification à l'article « Saint-Vaury » du dictionnaire du Lecler. Ce dernier, en effet, affirme qu'en 1793 la commune fit réparer l'église parce que trop étroite pour contenir la foule des fidèles. Or les archives municipales établissent que, le 7 février 1792, une partie des murs du chœur s'est écroulée, ce qui amène, dès le lendemain, à solliciter l'aide du département pour les travaux nécessaires.

Gérard Gouyet fait ensuite état de deux découvertes récemment survenues au cours de la prospection qu'il effectue. Il s'agit, sur la commune de Clugnat, d'un ossarium, dont manque le couvercle, entouré de clous et de tessons, dont une forme Dragendorf 46 antérieure à l'an 180, et, sur la commune de Jouillat, de la meule d'un moulin à bras gallo-romain.

Après quoi, Bernard Minne s'attache à démontrer que le château de Sainte-Feyre est l'œuvre de l'architecte limousin Joseph Brousseau auquel M. Christian Taillard a consacré, en 1992, un important ouvrage. L'auteur y relève, en 1758, le mariage de Brousseau à Blessac, mais avoue perdre la trace du personnage pour les années 1760-1763. Or, en 1763, le comte de Soudeilles, sénéchal de la Marche, et son épouse, portent sur les fonts baptismaux de Sainte-Feyre, le troisième fils de Brousseau. Il est donc tentant de voir en Brousseau le constructeur de leur château qui présente des caractères communs avec d'autres réalisations de l'architecte et des maladresses inhérentes à un début. Les registres paroissiaux de Sainte-Feyre confirment l'hypothèse par divers actes ayant trait à des maçons du voisinage d'Aubusson, parmi lesquels un baptême où le parrain n'est autre que « monsieur Joseph Broussaud, architecte, habitant le bourg de Blessac, demeurant actuellement à Sainte-Feyre ». Le château de Sainte-Feyre est, selon toute vraisemblance, le premier ouvrage d'importance dû à l'architecte et, à cet égard, mériterait une analyse stylistique et esthétique.

On ne pouvait laisser passer la fin de l'année sans que soit commémoré le centenaire des Mémoires de Léonard, ce que fait Daniel Dayen.

« En racontant ma vie, je n'ai nullement cherché à tirer vanité des épisodes les plus saillants qui la composent ; j'ai voulu surtout la soumettre à mes compatriotes, aux jeunes ouvriers de notre époque, pour qu'elle soit pour eux un exemple et un espoir. » Ainsi se termine l'Avertissement en tête des Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon. Cent ans après, la phrase peut faire sourire. L'ouvrage n'en reste pas moins « l'un des rares documents qui parlent de la vie et de la politique du peuple à partir d'une origine populaire authentique » (Maurice Agulhon).

C'est chez Duboueix que parut le livre au début de l'année 1895. Duboueix était un ami personnel de Martin Nadaud. En 1886, il avait fondé Le Marchois, journal destiné à lutter contre l'influence du Chercheur soutenant Emile Coutisson, qui l'emportera aux élections de 1889. Et en fait, détail peu connu, c'est dans ce Marchois que sont d'abord parus, et dès 1892, les souvenirs de Martin Nadaud, du moins les débuts, écrits, semble-t-il, tout de suite après l'échec de 1889. Une victoire du député sortant nous aurait d'ailleurs peut-être privés des Mémoires puisque dans le tome II de ses discours (Guéret, Betoulle, 1889), il annonçait seulement un troisième volume regroupant ses interventions à la Chambre. Mais c'est dans sa cellule de Mazas, après son arrestation au matin du coup d'Etat, que Martin Nadaud aurait commencé à écrire sa vie, du moins si l'on en croit la lettre qu'il écrivit à ses parents le 1er janvier 1852 où il disait :
« Je me souviendrai toujours de ce temps. Bien que je ne me sois point du tout ennuyé j'ai occupé mon temps à écrire la vie d'un enfant du peuple ayant servi les maçons et étant arrivé représentant du peuple et orateur, sachant bon gré mal gré se faire écouter devant les notabilités du pays. J'ai tracé à grands traits l'histoire de notre famille. Un jour, ce sera curieux à lire. On aimerait connaître ce manuscrit ! »

Bien différentes d'esprit parurent ensuite deux éditions incomplètes. En 1912, il s'agissait pour l'inspecteur primaire Henri Germouty, reprenant le but premier de l'auteur, de donner un exemple aux écoliers et aux jeunes travailleurs. En 1948, année du centenaire de la Révolution de février, c'est plutôt le militant ouvrier et le républicain que saluait l'édition de Georges Duveau et Jean Follain. Et il faudra attendre 1976 pour que paraissent deux éditions complètes, la première chez Maspéro, avec une introduction du Corrézien Jean-Pierre Rioux, la seconde chez Hachette, établie, commentée et annotée par Maurice Agulhon, l'une et l'autre malheureusement épuisées. Que l'approche du centenaire de la mort de Martin Nadaud soit l'occasion d'une réédition, voilà qui serait bien souhaitable !

« Livre de raison », c'est le terme utilisé pour désigner un registre sur lequel, dans le passé, des personnes consignaient, outre leurs comptes, des réflexions ou des observations sur des faits dont ils avaient connaissance dans leur entourage immédiat. L'habitude ne s'en est heureusement pas totalement perdue. C'est ainsi que Henri Lacrocq a pu donner lecture de larges extraits d'un registre rédigé dans les années 1950-1990. Mme Chaix avait signalé ce document à H. Lacrocq, lequel a eu l'opportunité d'en faire le dépouillement grâce à l'obligeance de son détenteur, petit-neveu de l'auteur, François Pasquignon.

Agriculteur à Saint-Sulpice-le-Dunois, celui-ci descendait d'une longue lignée de cultivateurs dont on retrouve déjà mention au XVIIIe siècle. Il a vécu toute son existence, de 1905 à 1990, au village de Laveaucoupet, tout proche du chef-lieu de canton, Dun-le-Palestel. C'était un homme affable, d'une grande modestie, à l'esprit ouvert et curieux de tout, mais surtout du passé et de ses restes encore perceptibles. C'est ainsi qu'il avait soumis à l'appréciation du Dr Janicaud, dans les années 50, un certain nombre de haches néolithiques ramassées sur ses terres.

En tête d'un simple cahier d'écolier, François Pasquignon avertit : « J'ai écrit tous les faits ou anecdotes contenus dans ce cahier à mesure qu'ils me sont venus à l'esprit. Peut-être quelqu'un les lira un jour avec intérêt. » Il ne se trompait pas. Passant d'un sujet à l'autre, d'une période ancienne (la découverte de vestiges préhistoriques ou de coffres funéraires) à une plus récente, comme des coutumes vécues par ses parents et voisins, il nous présente une description précise de certains aspects de la vie d'un village creusois. Curieusement, il ne fait pour ainsi dire pas allusion à lui-même — excepté avec ses souvenirs de service militaire au Maroc à l'époque de la guerre du Rif — pas plus qu'à son métier ou à ses comptes. Non. Il préfère s'intéresser aux méthodes de battage d'autrefois, aux vieux pressoirs à cidre, aux usages mortuaires, aux noms des parcelles, à la façon d'exploiter le bois d'œuvre. Parallèlement, il relate des souvenirs de la guerre 14-18, la façon dont fut électrifiée la commune, etc.

L'écriture de ce cahier est simple et limpide, sans jamais une faute de syntaxe ou d'orthographe. Le plus remarquable est sans doute le ton authentique du chroniqueur, sa sincérité, l'absence de toute recherche d'effet.

Un document passionnant à découvrir.