SÉANCE DU 20 JANVIER 1996
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles D. Basin, J. Basset, A. Bichet, F. Blanquart, L. Bournazel, S. Casanova, S. Caylus, S. Chaix, G. Duguey, J.-M. Gabriagues, B. Gerbaud, C. Godard, M. Mathias, S. Métrich, D. Michon, S. Nicolas, J. Porcher, G. Rommeluère, A.-M. Rouet, S. Rousseau, N. Saillol, S. Saumande, M. Taillemite, S. du Vigneau ; MM. A. Barret, R. Barret, M. Basin, M. Blondonnet, F. Boureille-Chaubron, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, A. Duguey, S. Fradet, G. Gouyet, H. Lacrocq, P. Lamiraud, M. Lecoq, G. Marchadier, F. Mimon, B. Minne, J. Picaud, J. Pion, R. Rieublanc, J.-M. Rouet, J. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.
Excusé. — M. R. Auclair.
Admissions. — Au cours des deux derniers mois sont devenus membres de la Société : Mlle Anita Devilette, journaliste, domaine de la Châtre, 23320 Saint-Vaury ; M. Jean-Luc Léger, enseignant en histoire-géographie, 23460 Saint-Marc-à-Loubaud.
Nécrologie. — La Société adresse ses condoléances aux familles de deux de ses membres récemment décédés : M. Camille Baudron, domicilié à Vincennes ; Mme Annie Moulin-Bourret, à Breuil-sur-Couze (Puy-de-Dôme).
Mme Moulin-Bourret, professeur à l'université de Clermont, après avoir enseigné quatorze ans au lycée de Guéret, s'était spécialisée dans l'étude de l'émigration marchoise au XVIIIe siècle, dont elle avait fait le sujet de sa thèse de 3e cycle en 1985, sujet qu'elle avait abordé déjà dans nos Mémoires en 1982. Depuis, Mme Moulin-Bourret avait orienté ses travaux sur l'histoire économique de périodes plus récentes. Sa disparition est cruellement ressentie par tous ceux qui ont apprécié ses recherches novatrices.
Bibliothèque. — Elle a reçu en dons de Mme Bichet, par René Barbin, Le château de La Villeneuve ; de Guy Marchadier, le n° 15 de la revue Ici et là, consacré au Limousin ; de Jean-Marie Allard et Isabelle Blochet, Patrimoine des bibliothèques de France. Centre-Limousin ; de Jean-Luc Léger, Les conseillers généraux de la Creuse 1919-1940, mémoire de maîtrise ; de Jean Jamot, Chambon-sur-Voueize à travers les âges.
Deux achats ont été effectués : de Gisèle et Serge Berstein, Dictionnaire historique de la France contemporaine ; de Geneviève Semeilhon et Louis Pérouas, Thèses, diplômes, mémoires d'universités et de grandes écoles concernant le Limousin.
CHRONIQUE
Le président rappelle la tenue, à Limoges, du Congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre. Les communications y auront pour thème : « Les imprimés et les livres XVIe-XIXe siècle ».
Le congrès se tenant le 18 mai, la séance de la Société organisée à Bénévent-l'Abbaye est en conséquence avancée au 11 mai.
En vue des élections au conseil d'administration qui auront lieu le 16 mars, M. Taillemite invite les postulants à faire auprès de lui, par écrit, acte de candidature.
COMMUNICATIONS
En premier Michel Basin évoque, au temps du Roi-Soleil, la splendeur de la maison de La Chapelle-Baloue. Au début du règne personnel de Louis XIV, la maison est parvenue à son apogée. Elle tient un rang enviable dans la noblesse marchoise et berrichonne par son ancienneté, ses alliances et son domaine valant plus de 500 000 livres.
Jean Tiercelin de Rancé, seigneur de La Chapelle-Baloue et maréchal de camp, laisse à sa mort, le 24 septembre 1662, un fils de 4 ans, Jean-Louis, et deux filles plus âgées, enfants de sa deuxième épouse, Jeanne-Marie Turpin de Crissé, dont la forte personnalité va dominer l'histoire de cette famille pendant quarante années. Titrée « comtesse douairière », Jeanne-Marie Turpin choisit de résider au château de La Chapelle-Baloue pour gérer le domaine familial et le défendre contre les tentatives d'empiètement, tâche à laquelle elle se consacrera avec constance et pugnacité afin de créer et de conserver les conditions de la réussite de ses enfants. Elle marie en 1668 sa fille aînée, Marie-Agnès, dont elle a fait une fille d'honneur de la Reine, et en 1681 la deuxième fille, Marguerite. Pour les doter, il faut abandonner Fleurat et une partie de la terre du Châtelier.
Jean-Louis Tiercelin de Rancé épouse en 1679 Louise-Henriette d'Appelvoisin, qui lui apporte, outre des relations familiales intéressantes, une dot et des espérances confortables, dont plus de 100 000 livres en terres dans la région de Bressuire et La Châtaigneraie. Le jeune comte de La Chapelle-Baloue et sa femme mènent la vie fastueuse des gentilshommes de leur temps, n'hésitant pas à s'endetter lourdement, ce qui s'avère rapidement ruineux, d'autant que Jean-Louis ne se presse pas d'entreprendre la carrière qui pourrait le distinguer et lui obtenir les faveurs royales. Ce n'est qu'à 27 ans et demi, âge avancé à l'époque, qu'il entre aux mousquetaires de la maison du Roi. Il fait ses premières armes pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg, comme capitaine au régiment Colonel général. En janvier 1690, à 31 ans, il achète la charge de colonel du régiment de cavalerie de Louis III, duc de Bourbon, et commande cette unité avec distinction, tout en continuant à mener grand train. Au siège de Namur, en 1692, il est dans l'armée du maréchal de Luxembourg lorsqu'il est blessé lors d'une escarmouche, le 12 juin, et meurt deux jours après. Il est inhumé à Burdinne (Belgique) où l'on peut voir, aujourd'hui encore, sa pierre tombale.
S'il en a soutenu le nom avec honneur, il laisse la maison de La Chapelle-Baloue dans un état déplorable, accablée de dettes. Les trois femmes survivantes, sa veuve, sa fille Marie-Louise-Hyacinthe, et sa mère, qui a heureusement conservé son énergie, auront fort à faire pour éviter la disparition complète de la seigneurie.
Guy Marchadier présente ensuite un message adressé par Bandy de Nalèche, commandant la garde nationale de Felletin, à M. de Lestrange, à Magnat. La lettre commence ainsi :
« Il n'est pas du tout nécessaire que vous fassiez monter la garde à Magnac, le Roy est arrêté et rendu à Paris sain et sauf ainsi que la famille royale... »
Or, le roi est de retour à Paris le 25 juin 1971 et la lettre est datée du 26, ce qui pose le problème de la transmission rapide des nouvelles à l'époque. L'acheminement se faisait-il par courriers extraordinaires ou par répercussion de district à district ?
Au tour de Bernard Minne de faire revivre les débuts de l'école d'agriculture d'Ahun, ouverte le 19 octobre 1925. Le sénateur Alphonse Defumade (1844-1923) avait, en effet, donné en 1921 et 1923, deux domaines : la Cassière pour y installer une école d'agriculture, et le Chaussadis, à condition d'y créer une école ménagère. Ces deux domaines représentaient, à l'époque, 135 ha et la valeur vénale de l'ensemble 390 000 F.
Outre la vocation d'enseignement de ces écoles, la donation stipulait qu'il faudrait que « les cultivateurs de la Creuse puissent y trouver du matériel complet d'outillage, des spécimens des meilleures races d'animaux et de plantes bien appropriées au sol » ainsi « qu'un vaste champ de démonstration ». Defumade émettait de plus le désir « que rien ne soit distrait » et qu'il faudrait « conserver quelques beaux arbres... qui sont la parure de la propriété ».
L'école ménagère pouvait occuper le château du Chaussadis. Restait à construire l'école d'agriculture. Après différents projets, plans et retards, la pose de la première pierre eut lieu le 26 septembre 1923. Il fallut de plus construire un pavillon pour le directeur, des ateliers, aménager la ferme de la Cassière ainsi que les chemins d'accès. La réception des travaux eut lieu le 26 novembre 1928 et le coût total s'éleva à 1 679 283,84 F.
Pour être admis dans cette école, les élèves devaient avoir 14 ans et avoir passé avec succès un examen d'entrée comportant des épreuves de langue française, d'histoire-géographie, d'arithmétique... La scolarité, de deux à trois ans, se répartissait en égale proportion entre un enseignement théorique et des travaux pratiques, dispensés par une équipe pédagogique réduite de sept enseignants. Les élèves étaient soumis à des interrogations, à des examens partiels avec épreuves pratiques, et ces études étaient sanctionnées par un examen terminal. Il fallait, en outre, une moyenne de 11/20 pour accéder à la classe supérieure, et de 12/20 pour obtenir le diplôme de fin d'études.
La discipline était stricte et la journée scolaire bien remplie depuis le lever à 5 h 30, jusqu'au coucher prévu à 21 h 30 — en régime d'été —. La pension annuelle s'élevait à 1 400 francs. Les repas comprenaient une soupe, un plat de viande, un plat de légumes, un dessert une fois par semaine, du pain « à discrétion » et un demi-litre de vin par élève et par jour.
L'école Defumade fonctionna ainsi pendant trois décennies. Le lycée agricole d'Ahun accueille aujourd'hui, sur un domaine de 365 ha, 600 élèves et étudiants, 850 adultes en formation et apprentis, qui sont encadrés par un personnel de 190 personnes.
En conclusion de la séance, Michel Blondonnet commente la projection de cartes postales ou de photographies anciennes montrant des édifices, monuments, sites disparus ou ayant subi d'importantes modifications, parmi lesquels nombre de constructions détruites par les communes faute de moyens financiers pour les sauver ou par bêtise. A noter des disparitions datant seulement des années soixante.
Avec grand intérêt les assistants voient ainsi tirés de l'oubli par leur image des églises (Dun, Reterre, Le Trucq...), des halles (Aubusson, Jarnages, Auzances, Felletin...), le moulin à huile et à farine de La Ribe sur la Tardes, les lavoirs de Guéret, l'état au début du siècle de châteaux en ruine (Le Monteil-au-Vicomte, Bridiers, Sermur, Malval...) pour ne citer que ceux-là.
SÉANCE DU 16 MARS 1996
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, A. Bichet, F. Blanquart, L. Bournazel, S. Caylus, S. Chaix, Y. Coudert, P. Deluchat, S. Ducher-Casanova, G. Duguey, B. Gerbaud, H. Jean, M. Mazetier, S. Métrich, S. Moreigne, S. Nicolas, J. Porcher, G. Rommeluère, S. Rousseau, J. Sabourin, F. Saint-James, M. Taillemite ; MM. G. Avizou, M. Basin, G. Bellon, J.-M. Bienvenu, J.-R. Bienvenu, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, M. Chantrelle, P. Collin, G. Coudert, D. Dayen, C. Deluchat, R. Dugot, A. Duguey, St. Fradet, G. Gouyet, B. Habellion, H. Lacrocq, P. Lamiraud, P. Léger, R. Marcelot, F. Mimon, R. Nicoux, A. Pauly, J. Picaud, J. Rousseau, R. Rousseau, R. Saint-James, C. Sirjacques, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.
Excusés. — Mmes/Mlles J. Basset, C. Godard, I. Maurin-Joffre, M. Mathias, S. Saumande, S. du Vigneau ; MM. P.-V. Archassal, R. Auclair, B. Minne, J. Pion.
Admissions. — Ont été régistrées les adhésions de : M. Stéphane Fradet, collégien, 23300 Noth ; M. André Guillon, agriculteur retraité, 23160 Azérables ; M. Marc Larousse, technicien, chemin des Percières, 03290 Dompierre-sur-Besbre.
Bibliothèque. — Elle a reçu en dons : de M. Paul Collin, son étude, Le voyage de Philibert de Naillac en Occident de 1409 à 1420 ; de l'imprimerie Lecante, l'Almanach pittoresque et historique de la Creuse pour 1996.
CHRONIQUE
M. Taillemite invite les membres de la Société à assister, voire à participer, aux travaux du 56e Congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre qui se tiendra à Limoges les 18 et 19 mai. Le thème retenu pour les communications est : « Les imprimés et les livres XVIe-XIXe siècle ».
En raison de ce congrès, la séance foraine à Bénévent est avancée au samedi 11 mai où elle aura lieu à 15 heures à la mairie.
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE STATUTAIRE
En premier, le président donne lecture du rapport d'activité pour l'année 1995.
« La situation de nos effectifs continue à se traduire par une stabilité certaine bien que l'on constate une petite diminution (694 membres au 31 décembre 1995). Il va donc falloir, dans les années qui viennent, accentuer l'effort de recrutement pour conserver notre rang parmi les sociétés savantes du Centre.
« Les séances de l'année 1995 ont été tenues très régulièrement et nous avons bénéficié de l'achèvement des travaux d'aménagement de notre salle des séances. Le 18 mars, avant l'assemblée générale, une réunion amicale nous a permis de témoigner à la municipalité et à son maire notre gratitude, ceux-ci ayant toujours fait preuve à l'égard de notre Société de la plus grande bienveillance.
« La situation financière de la Société demeure satisfaisante grâce à l'excellente gestion de Mme Bichet, mais l'année a été marquée par la décision du Conseil général, prise en mai, de suppression totale de la subvention qu'il nous accordait depuis des années. Votre président a protesté avec énergie contre cette décision prise unilatéralement et sans aucune concertation. Une entrevue avec le Président du Conseil général, le 23 juillet, n'a pas permis de débloquer la situation, car les conditions mises au rétablissement de la subvention ont été rejetées à l'unanimité par notre conseil d'administration. Une nouvelle lettre du président de la Société est restée sans réponse.
« Au cours de 1995, vingt communications ont été présentées : trois en janvier, trois en mars, cinq à la séance foraine tenue à Jarnages le 13 mai ; les deux interventions de juillet ont été suivies de la visite du château de la Villatte-Billon, sous la conduite de M. Guy Marchadier ; quatre communications en septembre, dont deux remplacements en urgence par MM. Carriat et Urien, de deux conférenciers défaillants ; enfin, la séance de novembre a donné lieu à quatre communications. A remarquer une nouvelle fois la position dominante de l'histoire moderne et contemporaine.
« Le 55e Congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre a eu lieu à Châteauroux les 19 et 20 mai 1995, sur le thème de la vigne et du vin. La Société y fut représentée par M. Henri Lacrocq qui présenta une communication.
« Sur proposition de M. Saint-James, le conseil d'administration a décidé la création d'une photothèque destinée à recueillir des documents photographiques intéressant l'histoire du département sous toutes ses formes. A la demande de M. Dayen nous avons également entrepris de recueillir les correspondances privées concernant les maçons migrants qui peuvent être conservées dans les familles. Pour ces documents, nous avons la possibilité de faire faire des reproductions pour le cas où les propriétaires souhaitent conserver les originaux.
« Notre Société a été représentée les 23 et 24 septembre au Forum des Associations organisé par la municipalité de Guéret.
« Pour ce qui est des publications, la sortie du volume annuel des Mémoires a eu lieu, comme d'habitude, à l'automne. Le volume XIV des Etudes creusoises, contenant les Actes du Congrès de la Fédération des sociétés savantes, a été publié dans des délais rapides, dont il convient de féliciter M. Carriat. La vente de nos publications a tendance à ralentir, bien que le dernier volume des Etudes creusoises, consacré à l'« Histoire religieuse des Creusois », par Louis Pérouas et Jean-Marie Allard, ait obtenu un bon succès avec 300 exemplaires vendus.
« Notre excursion annuelle s'est déroulée le 10 septembre en Auvergne. Préparée et réalisée avec l'aimable contribution de nos amis de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Clermont-Ferrand, cette excursion a atteint un degré de qualité remarquable grâce au concours de M. de Bussac, vice-président, qui avait guidé préalablement MM. Carriat et Urien dans l'itinéraire du matin, et grâce aux visites de Notre-Dame du Port et de la cathédrale sous la conduite érudite de M. Beaudoin, membre de l'Académie et président des Amis de la cathédrale et de l'Art sacré. A l'Académie nos vifs remerciements pour la réussite de l'excursion 1995, suivie par une cinquantaine de personnes.
« En résumé, les activités de la Société se sont maintenues à un bon rythme grâce au dévouement de nos membres du conseil et des auteurs de communications. L'assistance à nos séances est en progrès numérique et il a fallu agrandir notre salle, ce qui constitue la meilleure preuve de notre vitalité. »
Mme Bichet, trésorière, présente ensuite le rapport financier pour l'exercice 1995.
Les recettes s'élèvent à 160 280 F, les cotisations intervenant pour 101 580 F et la vente des publications pour 3 600 F.
Le total des dépenses atteint 186 00 F, dont 166 500 F de frais d'imprimerie et librairie.
Le solde créditeur reporté est de 36 100 F.
Après vérification des comptes par deux commissaires, rapport d'activité et rapport financier, mis aux voix, sont adoptés à l'unanimité.
L'assemblée générale décide pour 1997 le maintien à 150 F du montant de la cotisation et que l'excursion annuelle se fera début septembre avec, pour étapes principales : Eymoutiers, Treignac, Saint-Léonard.
ÉLECTIONS AU CONSEIL D'ADMINISTRATION
L'assemblée générale adopte préalablement la proposition du président de nommer membre de droit du conseil le conservateur du musée départemental de la Tapisserie. De ce fait, et avec la démission de M. Archassal, six postes sont à pourvoir. Après dépouillement du vote à bulletins secrets sont proclamés élus : Mme Gilliane Rommeluère : 46 voix ; MM. Régis Saint-James : 46 voix, Guy Avizou : 45 voix, Michel Bazin : 42 voix, Michel Manville : 42 voix, Patrick Léger : 40 voix.
COMMUNICATIONS
Jacqueline Sabourin présente deux haches polies, conservées par leurs inventeurs. La première, portant des traces de bouchardage, provient de la commune de Saint-Alpinien ; la seconde a été trouvée sur un chemin en limite des communes de Saint-Marc-à-Frongier et Vallière.
Gérard Gouyet fait ensuite circuler parmi l'assistance un fragment de polissoir néolithique recueilli au cours de ses prospections sur le canton de Châtelus-Malvaleix.
L'intervention de Paul Collin est le fruit d'une collaboration avec Frédéric Gravier qui a mené une enquête, tant en Limousin qu'à New York, sur la châsse de Champagnat (reliquaire de saint Martial), conservée par le Metropolitan Museum. Paul Collin, quant à lui, a conçu et rédigé l'étude accompagnée d'une projection de diapositives faites à partir du catalogue édité par la Réunion des musées nationaux.
Deux grands axes : l'évolution de la ferveur religieuse du XIIe siècle à la fin du XIXe d'une part et, d'autre part, l'histoire de l'art à travers celle de L'œuvre de Limoges, c'est-à-dire des émaux champlevés et cloisonnés. A la base, un grand nom, celui de Marie-Madeleine Gautier, dont les travaux ont grandement contribué à faire connaître l'opus lemovicense. Concernant l'histoire religieuse, c'est le passage de la conception médiévale d'un objet du mobilier liturgique à la conception moderne d'un « objet d'art ». Le reliquaire était susceptible de répondre par un miracle à l'attente des fidèles, par exemple « le miracle des Ardents » en 994, à Limoges, par la vertu des reliques du saint. L'objet d'art, lui, déplace les foules dans les musées et les expositions. Il a acquis une valeur marchande auprès des collectionneurs. C'est ainsi que la châsse de Champagnat est entrée au MET de New York en 1917 (legs Pierpont-Morgan).
Comment la châsse a-t-elle pu quitter l'église Saint-Martial de Champagnat ? Son odyssée fait apparaître les noms des propriétaires successifs de 1868 à 1913, propriétaires, non d'un reliquaire, mais de plaques ornées d'émaux champlevés. Vers 1860, A. Bosvieux, archiviste départemental de la Creuse, avait remarqué ce beau reliquaire et l'avait décrit. A partir de ce document, un Américain a pu, dans les années trente, faire le rapprochement entre le legs Morgan et la châsse de Champagnat, par l'étude iconographique des figures dont elle est ornée.
La description, l'explication de ces figures : le Christ entre Marie et Martial, conduisent à des essais d'interprétation. Mais aussi à la recherche des origines et des influences : l'Orient ancien, en particulier, mais peut-être aussi l'Espagne... Ce sont des hypothèses ; cependant, on peut affirmer qu'au début du XIIe siècle, les églises rurales s'implantaient en nombre et qu'il y a eu une forte demande de reliques et donc de reliquaires. Les objets de cuivre émaillé, de faible valeur par rapport au chef-d'œuvre de l'orfèvrerie, répondant à cette demande, ont fait la fortune de Limoges. Mais ce faisant, les figures émaillées durables ont contribué à doter l'iconographie d'un répertoire stable. Pour les fidèles illettrés, ce fut la possibilité de reconnaître les saints à leurs attributs, et aussi aux références des récits bibliques. Toutefois, concernant les personnages, l'incertitude persiste. Marie est-elle la Vierge ou bien Marie-Madeleine ? Pour l'odyssée de la châsse, persiste un petit mystère : le vol paraît improbable, nul n'en a eu connaissance ; une vente en secret par le curé de l'époque ? Peut-être, mais malgré nos recherches, nous n'en avons encore aucune preuve. Si tel a été le cas, ce n'est pas d'un objet du culte dont le curé et les administrateurs de l'église de Champagnat se seraient séparés, mais de plaques émaillées ayant orné le reliquaire de saint Martial, patron de la paroisse.
En clôture de séance, Jean-Louis Broilliard donne lecture d'une lettre communiquée à notre Société par M. Jean-Michel Lemoyne des Forges. Cette lettre en date du 16 mai 1770 a été adressée de Soissons à Amable Augier, apothicaire à Aubusson, par son fils Pierre. Il y est fait, en particulier, le portrait de Marie-Antoinette à son arrivée en France avant qu'elle ne rencontre son époux. En sus de l'aspect physique de la dauphine, Pierre Augier rend compte de ses habitudes alimentaires, de son caractère, de la facilité avec laquelle elle s'exprime en français et en latin. Lecture faite, Jean-Louis Broilliard ajoute des commentaires au texte portant essentiellement sur les deux Augier et les Marchois mentionnés dans le texte.
SÉANCE DU 11 MAI 1996 - BÉNÉVENT-L'ABBAYE
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles A.-M. Aymard, D. Basin, C. Beauchet, A. Bichet, J.-A. Boucher, M. Bouzet, M. Carriat, S. Casanova, A. Clavaud, M. Colombier, I. Dauger, M. Dayen, J. Desbeaux, S. Dubois, R. Foltzer, N. Fradet, R. Galateau, H. Jean, G. Lesage, R. Marcelot, S. Métrich, S. Moreigne, G. Parelon, J. Porcher, G. Rommeluère, S. Rousseau, M. Taillemite, S. du Vigneau ; MM. R. Auclair, M. Basin, G. Bellon, J.-L. Broilliard, A. Carriat, R. Carriat, A. Collin, J. Conquet, G. Dauger, D. Dayen, L. Dumas, S. Fradet, P. Lamiraud, M. Lecoq, R. Legros, M. Lesage, R. Marcelot, G. Marchadier, A. Mavigner, M. Pissaloux, J. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard.
Excusés. — Mme C. Godard ; MM. H. Lacrocq, R. Nicoux, J. Pion, P. Urien.
Admissions. — Quatre nouvelles adhésions ont été enregistrées : celles des « Amis de la pierre de Masgot », Masgot, 23480 Fransèches ; de M. Jean-Pierre Crozat, inspecteur des impôts, rue du Dr-Rolland-Lapine, 23000 Guéret ; de Mme Pierrette Guyonnet, professeur de lettres et histoire, Le Breuil, 23000 La Chapelle-Taillefert ; de M. Jean-Jacques Reviron, artisan en céramique, Masgrangeas, 23460 Royère.
Nécrologie. — La Société déplore la disparition de deux de ses membres : Me Jean-Paul Renart, 115, avenue Baudin à Limoges, et le Dr Georges Lardy, 21, rue du Prat, à Guéret.
Bibliothèque. — La bibliothèque s'est enrichie des ouvrages suivants : L'œuvre de Limoges - Emaux limousins du Moyen-âge ; Saint-Fiel, du passé au présent, don de Mme Suzanne Ducher et M. Dominique Casanova ; 26 ouvrages et la collection du Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest, de 1838 à 1988, dons de M. Jacques Cuny.
CHRONIQUE
Le 55e Congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre se tiendra à Limoges, aux Archives départementales, du 17 au 19 mai.
COMMUNICATIONS
Le président fait part de la découverte, par Jacqueline Sabourin, d'un milliaire sur la voie romaine Clermont-Saintes, par Ahun, à Courbarioux (Saint-Médard-La-Rochette). Il est situé sur la route de Saint-Médard, avant la voie ferrée. Il a été déplacé de 100 mètres. Il lui manque également une partie du sommet. Les dimensions du socle antique sont approximativement 50 cm × 50 cm × 50 cm ; le fût mesure 1,30 m à 1,40 m, pour un diamètre de 48 cm et un poids de 1 200 à 1 400 kg.
Pour sa seizième séance foraine, la Société des sciences s'est déplacée à Bénévent-l'Abbaye, dont elle avait retracé l'histoire dans ses Mémoires en 1929. Les Archives départementales lui ont prêté main-forte pour la circonstance, en présentant, dans la salle de la mairie, une exposition retraçant l'histoire des dix communes du canton. Quelque cinquante personnes assistaient à la séance, présidée par M. Etienne Taillemite, pour écouter quatre communications d'histoire faites par Amédée Carriat, Guy Marchadier, Daniel Dayen et André Mavigner.
Amédée Carriat présente tout d'abord Deux abbés commendataires de Bénévent au XVIIe siècle. Pendant cinquante ans, de 1638 à 1688, les bénéfices de l'église Saint-Barthélémy, érigée en abbaye depuis 1458, sont octroyés à deux abbés commendataires : c'est-à-dire que le roi, les bénéfices de l'église, a pourvu ceux-ci, clercs ou laïcs, de revenus ecclésiastiques, sans obligation de résidence.
Le premier, Charles Foucauld de Saint-Germain Beaupré (1621-1676), conseiller et aumônier du roi, est le plus jeune frère d'Henri Foucauld, gouverneur de la Marche qui a obtenu l'érection en marquisat de sa terre de Saint-Germain. Son nom entre dans l'histoire des lettres françaises en tant que dédicataire, pour ses « éclatantes lumières », du recueil de Poésies choisies de Messieurs Corneille, Benserade, Scudéry, etc., que Charles de Sercy a imprimé en cinq volumes à partir de 1653. C'est à peu près tout ce qu'on sait du personnage.
A sa mort, la commende passe au Languedocien Pau Pellisson-Fontanier (1624-1693), premier historien de l'Académie française (1653) — pour cela récompensé, cas unique, d'un siège d'académicien avant même qu'il y ait vacance — et qui se fera remarquer surtout, lors de la disgrâce de Fouquet, par sa courageuse défense de celui qui avait été son bienfaiteur. Incarcéré cinq ans à la Bastille, Pellisson rentrera en grâce auprès de Louis XIV, sera fait historiographe du roi, abjurera le protestantisme et, devenu abbé commendataire de Bénévent, va y fonder, en 1678, un hôpital qui sera confié aux sœurs de la Charité. S'il vint rendre visite à son abbaye, on l'ignore. Cependant, en 1680, un acte conservé aux Archives départementales nous apprend qu'il avait fait acheter par son mandant, Antoine Pieusson, « une maison, masures et jardin ... au-delà des grosses murailles de la ville confrontées à la rue de l'Oiseau ». Les Bénéventins ont su conserver cette appellation énigmatique et ont donné, à une autre rue, le nom de leur lointain bienfaiteur.
Après que Pellisson aura cessé d'être abbé commendataire, en 1688, l'abbaye de Bénévent sera, comme on sait, réunie à la manse épiscopale de Québec.
C'est après au tour de Guy Marchadier de nous dresser l'inventaire d'une maison située à Augères. L'inventaire a été réalisé le 17 juin 1778 dans la maison de Pierre Pateyron, marchand, « alité malade mais sain d'esprit, mémoire et entendement ». Il est suivi du récolement en date du 21 août de la même année, après décès du susnommé. La maison est composée d'un ensemble de bâtiments organisés autour d'un jardin et d'une cour et comprenant une pièce à vivre, trois chambres, une boulangerie, deux greniers, une cave, écuries et granges.
Cet inventaire a été effectué par Me Rocques, notaire royal à Guéret, assisté de témoins : Rousseau, notaire royal, et La Forest, chirurgien juré. Il a été enregistré, comme il est de coutume, en commençant par la « chemeinée », et en inscrivant « les différents éléments » au fur et à mesure de la visite qui s'est déroulée de 7 heures du matin à 4 heures de relevée (après-midi). Cet inventaire témoigne d'une certaine aisance pour une famille composée de huit personnes, sans compter les servantes et domestiques dont les noms ne sont pas mentionnés. Au fil de celui-ci, il est fait mention des objets habituels de la vie courante, et de l'outillage, et du cheptel que l'on peut retrouver habituellement dans ce genre de document. Surprise est de retrouver dans cette énumération une cafetière en fer blanc, des outils à faire les sabots, des fûts de vin de Berry, deux fusils dont l'un à deux coups, une vaisselle d'étain abondante et des objets en argent (montre, timbale, boutons de anche).
Le cheptel confirme cette aisance puisque outre 14 bovins, dont 4 bœufs, il est fait mention de 75 brebis et 15 agneaux, ainsi que de 2 juments, 1 poulain et 2 cochons. La nourriture n'est mentionnée que pour le blé (seigle) et le blé noir. « Il n'est fait aucune description dezs habites » (hardes) contenus dans les coffres. Aucune précision non plus quant à la nature du bois composant les meubles, aux dimensions de ceux-ci ou encore de la capacité des récipients, estimée en seau ou en écuellée.
De nombreux termes désuets émaillent cet inventaire : chalit, linceui (pour drap), paire de mouchettes, draps de village, bartine, arche à pétrir, etc. Et ... luxe inattendu dans une des chambres : la présence d'un tapis en tapisserie d'Aubusson.
G. Marchadier cède ensuite la place à Daniel Dayen qui nous retrace l'histoire des onze conseillers du canton de Bénévent.
Depuis 1833, date à laquelle les membres de l'assemblée départementale furent élus (au suffrage censitaire jusqu'en 1848), onze conseillers généraux se sont succédé. D'abord notables traditionnels et grands propriétaires comme François Parelon-Sauzet (1833-1852), Henri Tandeau de Marsac (1852-1871) et Emile Coutisson (1871-1895), ce furent ensuite pour la plupart des commerçants et des artisans comme Xavier Rouchon-Mazeirat (1895-1919) ou Jean-Baptiste Tenaille (1919-1940). Au XIXe siècle, la lutte politique principale fut celle qui opposa Coutisson à Joseph Dessaix, ami de Martin Nadaud. Unis par des liens familiaux, Coutisson, conseiller de Bénévent, Delage, conseiller de Bourganeuf, et Pâquet, conseiller de Royère, formaient une « Trinité » conservatrice dans un arrondissement passant cependant pour le plus avancé du département. Mais les amis de Nadaud s'imposèrent dans les années 1890, avec Rouchon-Mazeirat, et le flambeau républicain et laïque fut repris en 1919 par Tenaille. Après la seconde guerre mondiale, les élections, d'où sortirent Antonin Fumeron (1945-1948), Georges Mallet (1948-1951), Gustave Parion (1951-1959), Alexandre Périgaud (1959-1964), Jean Caillaud (1964-1982) et André Mavigner (depuis 1982), ont le plus souvent opposé au second tour un socialiste et un communiste, le P.C.F. étant fortement implanté dans le canton.
Le conseiller général A. Mavigner termine la série des communications en offrant à l'assistance un voyage à travers Un canton rural vers 1900 : Bénévent-l'Abbaye.
C'est ainsi que l'on découvre Châtelus-le-Marcheix et ses voies de communication : les histoires de la construction du barrage et des lignes de chemin de fer (Montluçon - Limoges et Vieilleville - Bourganeuf) qui ont entraîné de nombreuses polémiques et qui permirent à cette commune de prospérer un certain temps. Mais pas aussi longtemps qu'elle l'aurait souhaité.
Les créations des gares de Vieilleville et de Marsac, tout en isolant Bénévent, n'empêchèrent pas cette dernière de se singulariser par une activité économique intéressante : le commerce des moutons et la fabrication de certains alcools (la Bénéventine dont le pharmacien Pellissier disait avoir découvert la formule, et le Quinium Christi créé par Migout). Bénévent eut un autre très grand moment dans son histoire : l'exposition industrielle et horticole de 1911 qui eut un très grand succès.
Une autre commune se distingua grâce aux « Pépinières du Massif Central » issues de l'association d'Eugène Muret et Louis Perrissaguet : c'est Arrênes. Devenue capitale du bois, Arrênes eut la chance de voir les membres du XIXe Congrès « de l'arbre et de l'eau » visiter cette fabuleuse pépinière et assister à la séance de clôture, animée par les enfants, le 4 août 1930.
Augères, Aulon, Azat-Châtenet, Ceyroux et Saint-Goussaud, les plus petites communes du canton, ne présentent pas autant d'intérêt malgré une activité agricole importante qui générait un artisanat et un commerce qui l'étaient tout autant.
SÉANCE DU 20 JUILLET 1996
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, M.-Th. Allely, D. Basin, J. Basset, A. Bichet, L. Bournazel, S. Bouvier, M. Colombier, M.-J. Crossay-Lestrade, I. Dauger, M. Dayen, P. Devouèze, S. Dubois, S. Ducher-Casanova, B. Gerbaud, S. Larousse, R. Leblanc, M.-L. Lecoq, M. Martin, S. Métrich, F. Meunier, C. Pinet, J. Porcher, S. Rousseau, J. Sabourin, F. Saint-James ; MM. J.-M. Allard, R. Auclair, P.-V. Archassal, M. Basin, G. Bellon, R. Bournazel, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, A. Carriat, G. Dauger, D. Dayen, S. Fradet, G. Gouyet, J. Jalouneix, M. Lecoq, J.-P. Le Gall, Ph. Loy, F. Mimon, J. Picaud, J. Rousseau, R. Rousseau, R. Saint-James, P. Sidrat, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.
Excusés : Mmes C. Godard, S. Caylus ; MM. H. Lacrocq, J. Pion.
Admissions. — Ont adhéré depuis la dernière séance : Mlle Murielle Colombier, archiviste, 4, Neuville, 23380 Ajain ; M. Gaston Delacour, médecin retraité, Le Mas Saint-Laurent, 23800 Saint-Sulpice-le-Dunois ; Mme Béatrice Gérard-Simonnet, secrétaire de direction, 241, rue Pierre Mendès-France, 78370 Plaisir ; M. Guy Taillefer, retraité, 156, rue des Gandoux, 03410 Domérat.
Nécrologie. — La Société adresse ses condoléances à la famille de M. Raymond Picaud, 18, avenue de la République, 23000 Aubusson.
Bibliothèque. — Le président fait état des dons à la Société : par M. André Mavigner, Sous la poussière du temps. Un canton rural après 1900 : Bénévent-l'Abbaye ; par Mme Béatrice Gérard-Simonnet, Contes du pays creusois - les veillées de chanvre ; par M. Régis Saint-James, Il était une fois... un enfant prodige, de Robert Langlade ; par M. Alain Faure, Recherches contemporaines, n° 3, 1995-1996, Université Paris-X Nanterre : au sommaire « Souvenir d'un maçon de la Creuse » par le Solitaire (La Croix de Limoges, 5 janvier-16 février 1896), introduction et notes d'Alain Faure ; Par M. Pierre Grandier-Vazeille, Notes sur Saint-Pardoux-les-Cards et la création de Lavaveix-les-Mines ; par M. André Jardy, Un Creusois à l'origine de la sidérurgie brésilienne, Jean-Antoine-Félix Dissandes de Monlevade, de Monique de Oliveira. Le Président signale également l'article de Claude Andrault Schmitt, « Les peintures murales de Paulhac » paru dans le Bulletin monumental, t. 154-II, année 1996, pp. 167-173.
CHRONIQUE
Le président Etienne Taillemite annonce à l'assistance le programme de l'excursion annuelle qui aura lieu le 8 septembre prochain : visite d'Eymoutiers, Treignac, la vallée de la Maulde, Saint-Léonard. Il fait aussi part de la tenue d'un colloque sur le thème « Sépultures et mobiliers funéraires du Néolithique au Moyen-Age - Glozel étude comparative » qui se tiendra à Vichy les 7 et 8 septembre.
COMMUNICATIONS
Quatre communications étaient au programme de la séance : « Les tombes de La Souterraine », présentées par le jeune Stéphane Fradet ; « L'absolution d'une excommunication », commentée par Victor Souche ; « La destruction du donjon d'Auzances » et « L'ancienneté du bourg de Combraille », exposées par Jean-Pierre Larduinat, et enfin « L'art médical à Azérables du XVIIe siècle à nos jours » de Jacky Marcelot, dont Gilliane Rommeluère donne un condensé. Ne sont résumées ici que les communications de Victor Souche et Jean-Pierre Larduinat.
Victor Souche raconte à l'assistance l'histoire « d'un drôle de paroissien » trouvé dans les registres paroissiaux de Dun-le-Palleteau : ce 12 avril 1699 se présenta à l'entrée de l'église paroissiale de Saignat (aujourd'hui Sagnat), Louys Guilllerot, sergier (marchand de serge) pour être absous d'une excommunication qu'il avait encourue.
Il avait prétendu que la maxime « hors de l'Eglise pas de salut » n'était pas acceptable. La discussion qui s'était instaurée entre lui et un ecclésiastique, probablement Messire Paul Redeil, curé de Saignat, s'était terminée par de « mauvais traitements » sur la personne de l'ecclésiastique. En plus, son cas était fortement aggravé par le fait qu'il avait « vécu avec scandale dans un concubinage public pendant un temps notable ». Paul Redeil était assisté par ce que l'on pourrait sans doute appelé le conseil de fabrique de la paroisse ; ses membres ont tous signé le procès-verbal de la levée de l'excommunication. Messire Redeil a reçu de monsieur le vicaire général de Limoges la permission d'absoudre au for extérieur l'excommunication qui avait frappé Louys Guillerot. Les sentiments de contrition dont, maintenant, il faisait preuve, lui permettant de revenir dans la communion de l'Eglise.
Le style un peu solennel du procès-verbal dénote une mise en scène qui veut donner de l'apparat à la cérémonie et bien montrer que l'on ne transige pas avec les lois de l'Eglise dont Messire Redeil est le représentant. Ce document témoigne d'une époque révolue. En trois siècles, les choses ont beaucoup changé, aussi bien du côté de la société « civile » que de celui des institutions ecclésiastiques. Ainsi, pour correspondre à l'événement que nous rapporte ce procès-verbal, le clergé n'interpelle plus les personnes vivant en concubinage. Les dogmes que l'Eglise proclame le sont avec plus de souplesse et la portée d'une excommunication est sans commune mesure avec celle qu'elle avait en 1699. En plus, ce genre de décision est devenu extrêmement rare.
La situation que traduit ce document montre aussi combien l'évolution des mentalités se manifeste par une plus grande autonomie de la conscience individuelle. En ce XVIIe siècle finissant, quelques années après la révocation de l'édit de Nantes, ne peut-on pas considérer l'attitude de Louys Guillerot comme une revendication d'autonomie, une forme d'affirmation de la liberté de conscience ?
C'est au tour de Jean-Pierre Larduinat d'apporter quelques éclaircissements sur « l'existence des consuls à Combraille en 1556 ». Au préalable, il fournit une description du donjon d'Auzances qui tombait alors en ruine et dont la démolition fut décidée le 8 frimaire an III (28 novembre 1794).
Des consuls sont signalés à Lépaud et Combraille, dans une lièvre de cens et rentes de la châtellenie de Lépaud et Verneiges datée de 1556 (Archives nationales, R3 136). L'existence des consuls est prévue dans les chartes d'affranchissement des bourgs. Les grandes lignes de l'histoire du pays de Combraille sont connues à partir de 1200. A cette date, Combraille avait perdu toute importance au profit de Lépaud. On peut donc penser qu'une charte a été accordée aux habitants avant 1200, lorsque ce bourg avait encore une importance dont la raison n'est pas connue.
On sait peu de choses sur l'histoire avant 1200, cette découverte de consuls confirme l'importance du bourg avant cette date. Vers 1171, la charte de Lépaud est accordée par Amélius III, prince de Chambon. En 1186, Péronnelle de Chambon, fille héritière d'Amélius III, épouse Gui d'Auvergne. A partir de cette date l'histoire de la région est mieux connue.
Autour de 1200, cet apport à l'Auvergne crée une instabilité qui dure jusqu'en 1387 où, aux mains des Bourbons, la Combraille est partagée en cinq châtellenies : Lépaud, Chambon, Evaux, Auzances, Sermur. Evaux a la chancellerie et joue le rôle de capitale. La lièvre de 1556 cite les consuls de Combraille. Le terrier de Lépaud de 1628 indique huit chemins qui rayonnent autour du village, avec de nombreuses terres franches.
Une éventuelle importance du bourg de Combraille n'a pas été confirmée par des découvertes archéologiques récentes ou la mention dans des textes historiques, comme pour Toulx. Il ne reste aucun vestige, sauf quelques belles pierres en réemploi provenant probablement de l'église, et une pierre arrondie et percée d'un trou, dans un mur. Une parcelle de terrain circulaire sur une pente vers l'ouest, d'environ 110 m de diamètre, attire l'attention près des maisons. Une cavité souterraine a été décelée récemment au cours d'un forage hydraulique en bordure de cette parcelle, mais n'a pas été étudiée.
SÉANCE DU 16 NOVEMBRE 1996
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles J. Aubreton, D. Basin, S. Berger, F. Biarnois, A. Bichet, L. Bournazel, S. Chaix, M. Colombier, J. Corriéras, M.-J. Crossay-Lestrade, J. Desbeaux, M.-S. Dorca, S. Ducher-Casanova, B. Gerbaud, H. Jean, D. Michon, S. Moreigne, G. Piéron, C. Pinet, J. Porcher, G. Rommeluère, S. Rousseau, J. Sabourin, S. Saumande, M. Taillemite, O. Vieilleribière, S. du Vigneau, M. Villechalanne ; MM. R. Barret, M. Basin, M. Biarnois, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Colmar, D. Dayen, C. Dorca, S. Fradet, H. Lacrocq, P. Lamiraud, M. Lecoq, J.-P. Le Gall, R. Marcelot, F. Mimon, B. Minne, R. Nicoux, A. Pauly, J. Picaud, J. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, P. Urien, J.-P. Verguet.
Excusés. — Mme S. Métrich ; M. R. Auclair.
Admissions. — Deux nouvelles adhésions ont été enregistrées : celle de M. Paul Crépiat, enseignant, 9, avenue de la Gare, 23400 Bourganeuf ; celle de M. François Robichon, employé S.N.C.F., 43, avenue de Lugo, 94600 Choisy-le-Roi.
Nécrologie. — La Société déplore la disparition d'un de ses membres, l'abbé Michel Pénicaut, à Limoges.
Bibliothèque. — La bibliothèque s'est enrichie de deux dons anonymes : Je suis comme je suis, recueil de poèmes de Monique Schwartz-Parouty ; Les cahiers de l'Association Marc Bloch, nos 1, 2 et 3. Ont également été donnés par M. Gérard Gouyet, une collection des Dossiers d'archéologie ; par M. Frédéric Gravier, plusieurs photocopies de l'ouvrage L'école de Saint-Domet par Félix Maumy ; par M. Pierre Lacroix, une réimpression des Veillées poétiques de Louis Bonnet.
COMMUNICATIONS
Tout d'abord, Michel Basin explique à l'assistance comment, à travers les documents, il est possible de dater l'église de La Chapelle-Baloue.
L'époque des églises médiévales de campagne est, dans la Creuse comme ailleurs, généralement estimée à partir de leur style architectural, ce qui manque évidemment de précision. L'église de La Chapelle-Baloue fait exception car l'on possède une trace écrite de sa mise en chantier, relevée sur le cartulaire du prieuré de Bénévent par Robert-Henri Bautier, dans un article des Mémoires paru il y a plus de cinquante ans. Mais ce document, qui ne comporte pas de date explicite, a donné lieu à des interprétations très divergentes. Reprenant cette question par l'identification des principaux personnages cités, Michel Basin montre que c'est entre les années 1190 et 1200 que Géraud Rancé, « sire » de La Chapelle, et Raymond Sandilons, ont fait des donations pour la reconstruction de l'église entre les mains de Bernard du Bois, prieur de Bénévent, et de son sous-prieur Hélie, et qu'Eudes de la Marche, seigneur suzerain du lieu (mais qui n'était pas le comte de la province), est venu poser la première pierre de l'édifice en présence de trois de ses vassaux, Béraud de Bridiers, Géraud Rancé et Géraud de Génetin. Sans doute construite assez rapidement, la nef de l'église de La Chapelle-Baloue date donc des dernières années du XIIe siècle, ainsi, probablement, que le portail et la charpente. Les chapelles latérales et le clocher sont des adjonctions postérieures.
C'est ensuite au tour d'Amédée Carriat de retracer la vie de Maurice Rollinat.
1996, c'est le cent-cinquantenaire de la naissance, à Châteauroux, du poète Maurice Rollinat qui, rompant soudain avec Paris, vint en 1883 se fixer dans la Creuse, à Fresselines, pour y vivre ses vingt dernières années. La Creuse se devait de n'être pas en reste avec Châteauroux où, ce 9 novembre, s'est tenu, sous la triple égide de la municipalité, des Archives départementales et de la Société des Amis de Maurice Rollinat, un colloque commémoratif de belle tenue. Amédée Carriat, après avoir rappelé l'étude solidement documentée d'Emile Vinchon sur Rollinat à Fresselines, parue en 1939 dans les Mémoires, limite son bref exposé à deux questions : comment est né et a perduré chez le poète le thème du fantastique et du macabre ? et quelle est, de nos jours, la situation de Rollinat ?
Le « Soliloque de Troppmann », dans Les Névroses, qui narre complaisamment l'assassinat, en 1869, d'une famille de huit personnes, événement qui défraya l'époque (voir le Troppmann de Pierre Bouchardon, 1932), avait marqué, indélébilement, la sensibilité du futur poète ; plus que le chantre de la nature popularisé par l'école primaire, Rollinat demeurera le poète de l'horrible. Cent ans après Les Apparitions (1896), recueil qui se situe exactement au milieu de sa production éditée, que reste-t-il du poète des Névroses, mûri ensuite dans la solitude creusoise ? Si fortement ancré qu'il soit dans les mémoires creusoises et berrichonnes, on doit constater que son nom a disparu des dictionnaires usuels (qui sautent de Rollin aux Rolling Stones) ; et qu'il est évincé de toutes les anthologies de la poésie française allant des origines à nos jours — fussent-elles riches de trois cents noms, comme celles de Kanters et Nadeau ou de B. Delvaille. L'explication ? Plus que son isolement volontaire à l'écart de la modernité parisienne (on a les contre-exemples de James, de Giono, de Char), son baudelairianisme forcé, une esthétique dépassée en marge du symbolisme, ont causé son infortune posthume. Consolation : une riche anthologie des Poètes du Chat Noir, toute récente (Gallimard, 1996), remémore le temps révolu de son succès.
Pour clore la séance sont lues, recueillies par Frédéric Gravier, des variantes aux légendes concernant le « Pierre-Femme » de Champagnat, ne figurant pas dans le répertoire qu'en a dressé F. Guyot. Pierres à légendes du Limousin. Pour certains le mégalithe serait la pétrification d'un chien ou d'un loup, lancé aux trousses de sainte Valérie. Dans une autre version la sainte, poursuivie pour avoir volé du pain, aurait laissé tomber dans sa fuite des croûtons qui se changeaient en roses en arrivant au sol.
COMPOSITION DU CONSEIL D'ADMINISTRATION
Etienne Taillemite, président ; Pierre Urien, vice-président ; Daniel Dayen, vice-président ; Muriel Colombier, secrétaire ; Patrick Léger, secrétaire-adjoint ; Andrée Bichet, trésorière ; Gilliane Rommeluère, trésorière-adjoint ; Jacqueline Desbeaux, bibliothécaire ; Simone Doublard du Vigneau, conservateur des musées de Guéret (membre de droit) ; Michèle Giffault, conservateur de la Tapisserie à Aubusson (membre de droit) ; Isabelle Maurin-Joffre, directeur des services d'archives de la Creuse (membre de droit) ; Guy Avizou ; Michel Bazin ; Jean-Louis Broilliard ; Amédée Carriat ; Henri Lacrocq ; Michel Manville ; Roland Nicoux ; Régis Saint-James.