SÉANCE DU 18 JANVIER 1997
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles D. Basin, S. Berger, F. Biarnois, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, M. Colombier, M.-J. Crossay-Lestrade, S. Jarnageon, H. Jean, J. Marest, S. Métrich, S. Moreigne, S. Nicolas, C. Pinet, J. Porcher, G. Rommeluère, S. Rousseau, F. Saint-James, S. Saumande, M. Taillemite, S. Theillou, G. Thévenot, O. Vieilleribière ; MM. M. Basin, M. Biarnois, R. Bournazel, A. Carriat, M. Dewis, St. Fradet, P. Gironnet, A. Guillon, B. Habellion, H. Lacrocq, P. Lamiraud, R. Le Gall, Ph. Loy, R. Marcelot, B. Minne, J. Moussard, R. Nicoux, J. Picaud, J. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.
Excusés. — Mme J. Desbeaux ; MM. R. Auclair, J.-L. Broilliard, J. Pion.
Admissions. — La Société compte trois nouveaux membres : Mme Jacqueline Aubreton, retraitée de l'Enseignement, 37, rue de Champegaud, 23000 Guéret ; Mme Hélène Bessuges, rédactrice en chef du Petit Marchois, La Vergne, 87290 Saint-Sornin-Leulac ; M. René Sartoux, architecte, 5, rue de Verdun, 23400 Bourganeuf.
Nécrologie. — La Société adresse ses condoléances aux familles de M. Pierre Bugeon, 23190 Mautes ; M. Albert Mérigot, 23000 Guéret ; M. Guy Thoumy, 23430 Saint-Martin-Sainte-Catherine.
Bibliothèque. — Cinq dons ont été enregistrés : du Dr Roussillat, Carnet d'un Creusois dans la Grande Guerre ; de M. Cassan, Une famille briviste au XVII<sup>e</sup> siècle ; des auteurs, Almanach du Limousin 1997 ; de J. Audouze et P.Urien, Aubusson au temps de Napoléon ; de D. Borzeix, La Haute-Dordogne d'hier et d'aujourd'hui ; de P. Urien, T.A.L. n° 2, 1981. Il a également été acheté l'ouvrage de M. Cassan, Le temps des guerres de religion - Le cas du Limousin.
COMMUNICATIONS
Tout d'abord, Didier Delhoume, assistant d'études au service régional de l'archéologie à la D.R.A.C. Limousin, retrace à l'assistance l'histoire des Seigneurs de Barmont des origines à la Révolution.
Il semble bien que le château médiéval de Barmont, dont il reste encore quelques ruines presques inaccessibles au sommet du puy du même nom, dans la commune de Mautes, n'ait guère suscité l'intérêt des historiens locaux qu'à compter de son intégration au patrimoine de la puissante famille de La Roche-Aymon, à la fin du XVI<sup>e</sup> siècle. Les traces de la famille de Barmont semblent pourtant remonter à une époque assez reculée. Les sources, cependant, sont peu nombreuses et éparpillées dans des documents jusqu'alors non édités (cartulaires du prieuré de Blessac, de l'abbaye cistercienne de Bonlieu...).
Les origines de la famille de Barmont restent encore obscures, mais semblent bien se confondre avec l'apparition de la féodalité limousine. C'est au cours du XI<sup>e</sup> siècle qu'apparaissent les premiers documents attestant l'existence du lignage : on sait ainsi qu'Ugo de Baromonte vivait autour de l'an mil. On imagine alors, sur la butte de Barmont, une simple et rustique tour de bois entourée d'une palissade, installée sur cette éminence naturelle facilement défendable. De cette modeste fortification s'apparentant aux mottes castrales qui lui sont contemporaines, ledit Ugo, chef de guerriers, pouvait sans difficulté imposer sa domination sur tout le pays environnant.
Il semble bien, cependant, que la famille doive plus son essor, au cours des XII<sup>e</sup> et XIII<sup>e</sup> siècles, à une efficace politique de mariages, et de bon voisinage avec les établissements religieux alentours. On sait par exemple qu'Ermengarde, épouse (autour de 1050) du vicomte de Comborn, un des plus grands princes du Limousin, a pour mère Aina de Barmont, elle-même mariée à l'héritier de la puissante famille marchoise des Courson. Après la disparition de son époux, cette dernière prend le voile à l'abbaye d'Uzerche vers 1068...
Un certain nombre de documents attestent également les relations étroites qu'entretiennent les Barmont, pendant plusieurs siècles, avec les établissements religieux situés dans leur proximité, tels que l'abbaye cistercienne de Bonlieu, le prieuré fontevriste de Blessac ou le chapitre de Moutier-Rozeille. Ainsi, un Barmont est attesté comme moine à Bonlieu en 1181, un autre est prieur de Bussière-Vieille (membre de ladite abbaye) en 1232... En 1446 encore, frère Guillaume de Barmont est dit procureur de l'abbé de Bonlieu. Par ailleurs, plus nombreuses, les donations nous renseignent sur le patrimoine familial : des terres et rentes dans les châtellenies d'Aubusson et de Sermur, dans les paroisses de Mautes, Peyrat, La Serre-Bussière-Vieille, dans le bourg de Moutier-Rozeille, etc. Le château féodal semble constituer le nœud de ce patrimoine foncier relativement morcelé.
Longtemps, la fidélité des Barmont semble fluctuer entre les comtes de la Marche et les sires de Bourbon ; mais la guerre de Cent Ans verra ces chevaliers, puissants vassaux gardiens des marches de ces principautés, tenir fermement le parti des rois de France. Philippe VI de Valois, en 1328, parle ainsi de « son aymé Aymar de Barmont » ; et, en 1371, le roi Charles V offre en récompense à l'un de ses fidèles des terres confisquées du duché d'Aquitaine que lui avait données ledit Aymar, qui en avait été lui-même spolié par l'héritier de sa défunte épouse et par « la puissance du prince de Galles nostre eynemi »...
Peu de temps après — avant 1376 —, la puissante famille berrichonne du Puy de Vatan prend les rênes de la seigneurie de Barmont. Entre 1424 et 1426, un procès voit s'affronter devant le Parlement de Paris deux femmes de cette famille pour l'héritage du château de Barmont, dont les revenus sont mis sous séquestre pendant un temps par le roi de France. En 1435, le château est brûlé par les routiers de Jean de la Roche qui ravagent toute la contrée... Néanmoins, l'ascension de la famille se poursuit : Gilbert, en 1484, est chambellan du duc d'Orléans ; Philippe est conseiller au Parlement de Paris dans les années 1570. Au XVI<sup>e</sup> siècle, la seigneurie de Barmont devient baronnie ; on parle alors toujours du « chasteau et fort de Barmont », lequel possède une chapelle.
En 1592, François de La Roche-Aymon, gouverneur royal de la place forte de Chénérailles, et chef d'une des familles les plus anciennes et les plus richement possessionnées de la région, fait l'acquisition de la baronnie de Barmont et de la seigneurie voisine du Chier, qui s'ajoutent alors à celles de Mainsat, de Saint-Maixant et de Roussines. Il est probable qu'à cette époque, et peut-être plus tôt encore, le château ne soit plus habité. En 1657, ces deux seigneuries se trouvent à nouveau (et définitivement) réunies sous la main du marquis du Chier, de Barmont et de La Roche-Aymon. La justice seigneuriale et les baillis de la châtellenie de Barmont existeront, quant à eux, jusqu'à la Révolution.
En 1738, un inventaire des seigneuries du Chier, de Roussines et de Barmont nous apprend que seules les deux premières possèdent encore un château, celui de Roussines étant d'ailleurs inhabitable. Néanmoins, la seigneurie de Barmont constitue la plus considérable des trois, avec cinq domaines, trois forêts et plusieurs moulins, étangs et pêcheries. Elle est alors la propriété du comte de Saint-Polgues, qui sera député de la noblesse aux Etats généraux de 1789, et finira décapité en 1793...
Henri Lacrocq présente ensuite et commente un document puisé dans les archives judiciaires. Il s'agit d'un courrier signé du préfet de la Creuse en place en 1815, nommé le 16 juillet, juste avant les Cent Jours (20 mars - 2 juin 1815) et adressé au procureur du roi. Une signature, difficilement déchiffrable, sinon qu'elle est précédée du titre de comte, est celle de Watters, préfet de juillet 1815 à août 1816. L'en-tête de sa lettre indique qu'il est alors chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et officier de la Légion d'honneur.
Voici ce que le préfet, le 18 octobre 1815, écrit de son bureau particulier, sous la cote n° 417, au procureur du roi :
Monsieur le Procureur du Roi,
Il me revient de plusieurs côtés que le mauvais esprit qui règne dans quelques parties de mon Département provient un peu de celui qui anime quelques uns des Juges de paix, de quelques notaires et d'une grande partie des huissiers qui profitent de leurs relations habituelles avec le peuple pour faire circuler des nouvelles aussi absurdes que bêtement fabriquées et pour donner à l'esprit public une fausse direction. Vous savez combien sont coupables des personnes qui oublient ce qu'elles doivent à l'honneur, à leur qualité de Français ainsi qu'à leurs fonctions, et combien il est instant que je connaisse ces individus. J'attends de votre zèle et de votre dévouement au Roi et à votre pays que vous voudrez bien prendre les renseignements nécessaires pour me donner le plutôt possible des notes sur chacun des Juges de paix ou notaires de votre arrondissement qui me fassent connaître ses moyens, ses princips et sa moralité. Quant aux huissiers, j'espère que vous voudrez bien prendre à leur égard, les mesures nécessaires pour qu'aucun d'eux ne puisse à l'avenir se montrer impunément ennemi de son pays comme de la société.
Recevez, je vous prie, Monsieur le Procureur du Roi, l'assurance de ma considération très distinguée.
La requête du préfet est intéressante car elle démontre bien son souci de remplir avec le plus de sûreté possible sa fonction : faire respecter la loi et l'ordre public, en même temps s'assurer du bon esprit de la population vis-à-vis du régime en place. Les Français étaient alors très divisés dans leurs opinions. On sortait à peine des Cents Jours après une première Restauration manquée. Le retour en force des Bourbon après la défaite de l'Empereur à Waterloo, imposait que l'on s'assurât du loyalisme des fonctionnaires et des officiers ministériels, de leur dévouement à la monarchie retrouvée. Si l'on ne s'en tient qu'aux notaires, beaucoup d'entre eux s'étaient certainement enrichis lors de la vente de leurs biens nationaux, soit directement, soit par le grand nombre d'actes d'adjudications qu'ils avaient eu à dresser. Beaucoup d'entre eux restaient attachés à leur fortune toute fraîche ou encore à des convictions sincères envers le régime précédent.
Il importait donc au nouveau préfet de se méfier de ces notaires forte-tête qui ne savaient pas faire preuve d'un opportunisme judicieux et se complaisaient dans des attachements douteux au régime impérial, voire aux idées révolutionnaires. Il demandait donc au procureur du roi de lui indiquer le tri à faire entre le bon et le mauvais esprit « notarial ».
SÉANCE DU 22 MARS 1997
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles D. Basin, J. Basset, F. Biarnois, A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, S. Chaix, M. Colombier, A. Dalby, M. Dayen, J. Desbeaux, E. Filloux, C. Godard, S. Jarnageon, J. Marest, S. Métrich, C. Pinet, J. Porcher, G. Rommeluère, S. Rousseau, J. Sabourin, F. Saint-James, S. Saumande, G. Thévenot, O. Vieilleribière, A. Weck ; MM. G. Avizou, R. Barret, M. Basin, G. Bellon, M. Biarnois, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, D. Dayen, St. Fradet, J. Jamot, Ph. Jolly, H. Lacrocq, P. Lamiraud, M. Lecoq, J.-P. Le Gall, Ph. Loy, F. Mimon, J. Penot, J. Picaud, J. Pion, J. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien.
Excusés. — MM. R. Auclair, R. Nicoux.
Admission. — Une seule adhésion a été enregistrée : celle de M. Philippe Jolly, cadre commercial, 26, rue de l'Arrier, 23400 Bourganeuf.
Bibliothèque. — Mme Bichet a fait don à la bibliothèque de Combraille, de René Mazedier ; M. Carriat a également donné La Mort de Sénèque, de Tristan L'Hermite. Deux ouvrages ont été achetés : Les mots du Limousin de Maurice Robert, et Essai de toponymie rurale de Maurice Piboule.
CHRONIQUE
Pierre Urien communique le calendrier des manifestations à venir :
L'exposition Eugène Alluaud qui commence à Crozant le 29 mars regroupe 25 toiles venant de collections particulières.
Dans le cadre des Rencontres des historiens du Limousin, Daniel Dayen donne une conférence le 11 avril à Guéret sur le thème Ajain - Guéret - 15 juin 1848 : une tragique révolte de contribuables. Ensuite, le 12 avril, Liliane Chevalier présente Isabelle d'Angoulême aux membres de la Société.
Du 15 au 18 avril, un stage de formation à la prospection archéologique est organisé à Châtelus-le-Marcheix par le service régional de l'archéologie.
Du 23 au 25 mai aura lieu le congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre à Clermont-Ferrand dont le thème sera « Le culte et l'iconographie des saints ».
L'excursion annuelle de la Société se fera le 6 septembre, certainement dans la région de Dun-le-Palestel et Crozant.
Enfin, du 24 au 27 octobre se tiendra le Congrès national des sociétés historiques et scientifiques sur le thème « Patrimoine des sociétés savantes ».
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
Le président Etienne Taillemite présente le rapport d'activité 1996 : la situation des effectifs de la Société continue à faire preuve d'une certaine stabilité. Au 31 décembre 1996, 666 membres étaient à jour de leur cotisation, auxquels s'ajoutent 23 membres à vie, soit en tout 689 contre 694 l'année précédente. Au cours de l'année 1996, nous avons enregistré 15 décès et seulement 21 adhésions nouvelles contre 32 en 1995. Le nombre de nos membres à vie ne cesse de diminuer et va tendre vers zéro puisque, comme toutes les sociétés savantes, nous avons dû renoncer à cette pratique incompatible avec la bonne gestion de notre budget. L'effort de recrutement devra donc s'intensifier.
Dans la salle rénovée et sensiblement agrandie, les séances se sont tenues très régulièrement, devant une assistance fidèle et de plus en plus nombreuse, puisque la cinquantaine de personnes présentes est le plus souvent atteinte.
Dix-neuf communications ont été présentées : quatre à la séance de janvier, deux seulement à celle de mars, précédée de notre assemblée générale statutaire. A la suite des rapports habituels sur l'activité de la Société et sur sa situation financière qui demeure satisfaisante malgré la suppression de la subvention du conseil général, grâce à l'excellente gestion de Mme Bichet, eut lieu le vote pour le renouvellement partiel du conseil d'administration. Etaient sortants : MM. Pierre Villard, vice-président, Patrick Léger, Michel Manville, Guy Avizou. De plus, Mlle Martine Mathias et M. Pierre Valéry Archassal, qui ont quitté la région, ont donné leur démission du conseil tout en restant membres de la Société. A la suite du dépouillement du vote : MM. Avizou, Léger et Manville ont été réélus, MM. Michel Basin, Régis Saint-James et Mme Gilliane Romeluère ont été élus membres du conseil.
En raison de ce changement dans la composition du conseil, M. Daniel Dayen a été nommé vice-président en remplacement de M. Pierre Villard. D'autre part, Mme Maurin-Joffre a présenté sa démission de secrétaire de la Société et a été remplacée par Mlle Murielle Colombier. Il a été décidé de créer, au sein du conseil, une fonction de chargé de relations publiques et des contacts avec la presse, dont a bien voulu se charger M. Régis Saint-James.
La séance foraine a eu lieu à Bénévent le 11 mai avec quatre communications, celle de juillet a permis d'écouter deux communications, celle de septembre quatre et celle de novembre trois.
La répartition des communications par spécialités se présente ainsi : une communication d'histoire du Moyen Age, douze d'histoire moderne et contemporaine, deux d'archéologie, une d'histoire de l'art, deux d'histoire littéraire. La position dominante de l'histoire moderne et contemporaine se maintient donc. On remarquera aussi que, faute de conférenciers volontaires, nous n'avons eu en 1996 aucune communication d'histoire naturelle.
Le 56<sup>e</sup> Congrès de la fédération des sociétés savantes du Centre s'est tenu à Limoges les 17 et 18 mai 1996 sur le thème : « Ecrits et imprimés ». La Société a été représentée par le P. Louis Pérouas qui a présenté une communication, et Jean-Louis Broilliard.
Le volume annuel de Mémoires a paru avec un certain retard en décembre et, pour diverses raisons, il n'a pas été possible de faire paraître cette année le volume XV des Etudes creusoises. Ce retard sera rattrapé en 1997.
L'excursion annuelle a eu lieu le 8 septembre en Limousin. Elle a commencé par la visite de la collégiale d'Eymoutiers puis, au gré des goûts de chacun, par celle de l'Espace Rebeyrolle ou de l'Espace minéralogique. Nous nous sommes ensuite rendus à Treignac pour visiter l'église et la vieille ville avec son groupe de maisons anciennes. L'après-midi nous a permis de parcourir la belle vallée de la Maulde et d'arriver à Saint-Léonard-de-Noblat pour y voir l'Historial, musée du chemin de fer, et admirer la magnifique collégiale et le quartier historique qui l'entoure. Favorisée par un très beau temps, cette excursion a été suivie par une cinquantaine de personnes. Elle avait été, comme d'habitude, soigneusement préparée par Mmes Bichet et Desbeaux, et MM. Carriat, Dayen et Urien.
En conclusion, les activités de la Société se sont maintenues en 1996 de manière satisfaisante grâce au dévouement de tous ceux qui participent activement. Il faut toutefois nous soucier de notre recrutement si nous voulons conserver notre rang parmi les sociétés savantes du Centre.
COMMUNICATIONS
Philippe Loy fait d'abord part à l'assistance d'une communication sur l'implantation cistercienne dans la Marche limousine que sœur Marie-Odile Lenglet avait présentée à l'occasion du colloque d'Yssingeaux, organisé par l'Opus, avec la collaboration du Centre européen de recherche sur les congrégations et les ordres religieux, les 20 et 21 octobre 1990 à l'occasion du IX<sup>e</sup> centenaire de la naissance de saint Bernard.
Ensuite Jean Jamot présente L'artisanat et le commerce chambonnais sous la monarchie de Juillet.
Selon les renseignements fournis par les archives communales de 1838, ils constituent l'activité majeure de l'économie à cette époque. Pour une population de 2 200 habitants environ, artisans et commerçants représentent près de 200 personnes, auxquelles il faut ajouter les patrons et ouvriers non propriétaires ne figurant pas sur la matrice cadastrale. Les plus nombreuses sont les professions du bâtiment qui comptent des métiers aujourd'hui disparus ainsi que la corporation des maîtres d'hôtel, traiteurs, aubergistes et limonadiers. Petites industries très anciennes, une douzaine de tanneries sont essentiellement établies le long de la Vouèize ; ce sont des entreprises familiales qui regroupent de véritables dynasties de tanneurs. Nombreuses sont les chènevières qui permettent l'activité des tisserands, souvent même dans certains villages. Autre artisanat aujourd'hui disparu : les poteries et les tuileries dont certaines fonctionnaient encore à la veille de la première guerre mondiale. De la douzaine de moulins à farine, à huile ou à tan établis le long de la Vouèize et de la Tarde, il n'en reste qu'un seul aujourd'hui. Par contre, l'imprimerie chambonnaise fonctionna de 1838 à 1930, assurant la publication du journal l'Annonciateur de la Creuse, fidèle reflet de la vie quotidienne des Chambonnais.
Le commerce est également très actif avec un marché bihebdomadaire, des foires mensuelles et à date fixe dont l'importante foire aux chevaux du 18 mai. Mais il est curieux de noter que les artisans et les commerçants sont groupés dans certains quartiers de l'agglomération et notamment les faubourgs du Puy, Saint-Martial et Saint-Eloi, alors que quelques rues situées au centre de la vieille ville semblent réservées aux notables. Enfin, le règlement de police édicté en 1841 par le maire J.-B. Théodore Patien Barailon impose aux travailleurs manuels et à la population de nombreuses contraintes professionnelles ou administratives dont le caractère drastique est heureusement tempéré par la cocasserie de certains articles.
Daniel Dayen clôt cette séance en nous parlant de Martin Nadaud, préfet de la Défense nationale.
Pour la plupart sans compétences administratives particulières mais militants républicains de longue date et victimes du coup d'Etat personnellement connus de Gambetta, originaires du département où ils furent affectés, souvent francs-maçons, tels furent les préfets de la Défense nationale, et Martin Nadaud entre pleinement dans le schéma. Nommé dès le 6 septembre, installé le lendemain après avoir été pris pour un espion à la gare de Châteauroux, il quitta la préfecture le 6 février 1871, après la démission de Gambetta, et, le 8, la liste républicaine qu'il conduisait subit un cuisant échec aux législatives face à la liste conservatrice de Jarrit-Delille, les campagnes ayant massivement voté pour la paix immédiate.
C'est dans Six mois de préfecture que le futur député de Bourganeuf a conté son expérience de premier magistrat du département, un récit touffu où la chronologie n'est guère respectée, qui n'est pas exempt d'erreurs, et que, pour démêler la trame des événements, il faut donc compléter par d'autres sources, comme sa correspondance ou les dossiers de la série R (affaires militaires) des archives départementales.
Etablir la République dans un département où Napoléon III avait été « l'Empereur des paysans et des maçons », mobiliser les hommes et les esprits pour la défense du territoire, la tâche était redoutable, mais Nadaud ne manquait pas d'énergie. Filloux, le secrétaire général de la préfecture, Camille Barrère, son secrétaire particulier, Edmond Fayolle, devenu maire de Guéret, les nouveaux sous-préfets et en particulier Sigismond Maulmond qui le reçut le 3 octobre à Boussac où George Sand, fuyant l'épidémie de variole qui sévissait dans l'Indre, s'était réfugiée, le secondèrent vaillamment.
Martin Nadaud avait souhaité d'abord que les conseils municipaux puissent choisir leur maire, mais, à la fois sous la pression des plus radicaux de ses amis et en raison de la passivité des municipalités, il dut remplacer de nombreux maires et plusieurs conseils municipaux dont celui d'Aubusson. Cependant l'armement arrivait au compte-gouttes, les marchés passés pour équiper la garde nationale mobilisée (la garde mobile ayant rejoint l'Algérie) donnèrent lieu à des malversations et il fallut refuser de nombreuses livraisons et faire doubler les uniformes reçus. Et, au bout du compte, ce fut seulement quelques jours avant l'armistice que la mobilisation put réellement se faire, la Creuse n'étant d'ailleurs pas l'exception. Le bruit, tout à fait injustifié, courut alors que le préfet avait touché des pots de vin sur les adjudications et c'est très ulcéré que Martin Nadaud quitta la préfecture, à tel point qu'en 1876 il envisagea d'abord de se présenter à Paris, dont il était devenu conseiller municipal, et non pas dans son département d'origine.
SÉANCE DU 17 MAI 1997 - GENTIOUX-PIGEROLLES
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, A. Bichet, S. Bouvier, D. Chatoux, J. Corriéras, O. Couégnas, J. Coursimon, A. Fournier, E. Giron, Y. Lauby, M. Legrand, G. Parelon, R. Pérolle, G. Piéron, C. Pintapary, G. Rommeluère, J. Sabourin, F. Saint-James, M. Taillemite ; MM. G. Avizou, G. Bellon, R. Bournazel, J. Bouvier, J.-L. Broilliard, A. Carriat, D. Clouet, R. Couégnas, D. Dayen, J. Détienne, P. Giron, L. Jorrand, J.-P. Larduinat, J.-L. Léger, J. Legrand, G. Le Hello, Ph. Loy, R. Nicoux, H. Parelon, R. Saint-James, E. Taillemite, P. Urien.
Excusés. — Mmes M. Colombier, J. Desbeaux ; MM. M. Basin, H. Lacrocq.
Admissions. — Quatre nouvelles adhésions ont été enregistrées, celles de : Mme Georgette Coucaud, 23150 Lépinas ; M. Benoît Deprecq, retraité, Collonges, 23240 Le Grand-Bourg ; M. Pierre Labrousse, professeur des universités, 23290 Saint-Pierre-de-Fursac ; M. Robert Picaud, retraité, 62, rue Assolant, 23200 Aubusson.
Bibliothèque. — Depuis la séance du 22 mars, elle s'est enrichie uniquement par voie d'échanges.
CHRONIQUE
La conférence de Mme Liliane Chevalier sur Isabelle d'Angoulême a eu lieu le samedi 26 avril. La comtesse-reine (1186-1246) devient reine d'Angleterre à 14 ans. A la mort de Jean sans Terre (1216), elle revient sur le continent où elle épouse Hugues X de Lusignan (1217). Après la mort de celui-ci (1243), elle se retire à Fontevrault, en 1244, où elle décède.
Le 56<sup>e</sup> Congrès des sociétés savantes du Centre aura lieu le samedi 24 mai à Clermont-Ferrand, amphithéâtre du CERDI, avenue François-Mitterrand. Les débats débuteront à 9 heures, sur le thème du culte et de l'iconographie des saints.
D'autre part, l'excursion qui était prévue le 25 mai est supprimée en raison des élections législatives. L'excursion annuelle de notre Société se fera le 7 septembre. Enfin, le samedi 7 juin, une journée archéologique du Limousin sera organisée à Allassac.
COMMUNICATIONS
Jacqueline Sabourin retrace les itinéraires antiques du canton de Gentioux qui avaient déjà été publiés dans les M.S.S.N.A.C. en 1994 (« Aubusson et Felletin carrefours antiques »).
Les tracés dans la région illustrent bien les caractères des itinéraires pré-romains et gallo-romains. Le tracé pré-romain vient de Felletin, traverse la commune de Gioux et entre dans la zone étudiée au sud de Bonneix ; il se tient constamment sur les hauteurs. Après avoir contourné le Gourbillon et ses affluents par le sud, il va contourner le ruisseau de Cubayne et ses affluents par l'ouest pour quitter le département à la Mijoie. Le tracé gallo-romain vient d'Aubusson, traverse la commune de Saint-Quentin-la-Chabanne et entre dans la zone étudiée au Puy de Plane. Il se dirige alors franchement vers le sud. Il franchit le Gourbillon à un endroit où la vallée est resserrée près de Vervialle où se trouve un très ancien pont ruiné. Puis il franchit le ruisseau de Cubayne près des Farges, immédiatement avant son confluent avec un ruisseau relativement important. Au point de franchissement, on trouve un aménagement en cavée qui permettait d'accéder à un gué. On a ensuite construit une « planche » assez large pour être utilisée par des charrois. Cet itinéraire se poursuit pratiquement en ligne droite par la Croix de Bot jusqu'à la Mijoie.
Jean-Louis Broilliard enchaîne avec les débuts de la Révolution à Gentioux en lisant et commentant une lettre écrite le 30 août 1789 par Jean-Baptiste Coutisson-Dumas à un ami, député aux Etats généraux. Cette lettre, écrite par le futur député de la Convention, fournit des indications intéressantes sur l'état d'esprit des paysans de Gentioux en ce moment de bouleversements : leur tranquillité, leur enthousiasme, leur naïveté offrent à Coutisson-Dumas l'occasion de montrer sa propre popularité et l'ambition qu'il nourrit à cette époque.
C'est au tour de Daniel Dayen d'évoquer la carrière politique des onze conseillers généraux du canton de Gestioux. Depuis 1833, date à laquelle les conseillers généraux furent élus, d'abord au suffrage censitaire (en 1833, il y avait seulement 50 inscrits) puis, à partir de 1848, au suffrage universel uniquement masculin jusqu'en 1945, onze conseillers ont représenté le canton de Gentioux à l'assemblée départementale, de Pierre Barjon, notaire à La Nouaille (1833-1845) à Pierre Gourdy, élu en 1994. Si Emile Maingonnat, par ailleurs maire d'Aubusson, n'eut qu'un très court mandat (1856-1859) interrompu par sa mort brutale, c'est pendant plus de quarante ans que François Faissat, de Faux-la-Montagne, siégea au conseil général (1898-1940). Important mandat aussi, mais en deux parties, que celui de Philippe Dupic (1871-1874 et 1884-1898). Celui-ci, dont le nom est lié avec celui de sa nièce, Noémie Chaslus, au reboisement du plateau de Gentioux, était le petit-fils d'un autre conseiller (1845-1848 et 1852-1856), Etienne Coutisson-Dumas, ancien officier des armées napoléoniennes et quatrième enfant du conventionnel Jean-Baptiste Coutisson. De tendances monarchistes, du moins dans les années 1870, Dupic fut battu au renouvellement de 1880 par un ardent républicain, Armand Gervais de Lafont, riche propriétaire à Thézillat, commune de Faux-la-Montagne, mais qui mourut en 1884. Comme Maingonnat, Léopold Dayras, conseiller de 1848 à 1852 et de 1859 à 1871, avait habité Aubusson où il était juge au tribunal, mais il avait des attaches familiales à La Nouaille.
Jules Coutaud, forgeron à Gentioux, dont il était maire, fut dans l'entre-deux guerres le compétiteur de François Faissat. Il devint conseiller en 1945 et le demeura jusqu'en 1967, date à laquelle lui succéda Emile Faissat, fils de François, qui n'accomplit qu'un seul mandat et fut remplacé en 1973 par Pierre Laurent, maire de Féniers, dont le décès provoqua l'élection partielle de 1994.
Pour terminer cette série de communications, Pierre Urien traite des incendies de Féniers en 1859 et, conséquemment, de la remise en état de l'église paroissiale. Au cours de cette année 1859, à trois reprises, les 18 mai, 21 août, 29 novembre, le feu fut mis volontairement dans le bourg. Si les tentatives de mai et novembre causèrent des dégâts insignifiants, l'incendie du mois d'août tourna à la catastrophe : destruction de 36 maisons et de leurs dépendances, ruine de l'église, mort par asphyxie d'une vieille femme. Devant l'ampleur des pertes, Napoléon III adressa immédiatement à la municipalité un secours de 5 000 francs. L'auteur, par vengeance, des deux premiers sinistres, ancien sacristain, fut condamné par les assises à la réclusion à perpétuité.
La reconstruction de l'église connut bien des difficultés : mauvais vouloir d'un voisin exproprié, dénuement de la fabrique de Féniers, surcoût de dépense entraînant l'aliénation de biens communaux. Ce n'est que vingt-deux ans après le début des travaux que l'entrepreneur obtint le reliquat de la rémunération convenue.
Aujourd'hui, le vestige le plus ancien antérieur à l'incendie paraît être un bénitier à décor roman. Un autre bénitier et deux pierres tombales rappellent que Féniers, jusqu'à la Révolution, fut une commanderie templière, puis hospitalière. De la restauration au siècle dernier, la seule originalité est le couvrement de la nef fait « en poterie », c'est-à-dire en briques cylindriques liées au plâtre, technique exceptionnelle dans la Creuse.
SÉANCE DU 19 JUILLET 1997
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, M.-E. Aubaile, D. Basin, J. Basset, A. Bichet, L. Bournazel, M. Colombier, I. Dauger, S. Jarnageon, J. Marest, M. Martin, S. Métrich, C. Pinet, J. Porcher, G. Rommeluère, S. Rousseau, J. Sabourin, F. Saint-James, S. Saumande, S. du Vigeau ; MM. J.-M. Allard, R. Auclair, G. Avizou, M. Basin, J. Belnoue, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Colmar, D. Dayen, St. Fradet, G. Gouyet, J.P. Larduinat, M. Lecoq, J.-P. Le Gall, P. Léger, G. Marchadier, M. Mesmin, F. Mimon, R. Nicoux, H. Parelon, A. Pauly, J. Penot, J. Picaud, J. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite. A. Tessier, G. Thibord, P. Urien, J.-P. Verguet.
Admissions. — Deux nouvelles adhésions ont été enregistrées : M. John Gough, informaticien, le Pont-de-Parsat, 23250 Chavanat ; M. Gilbert Thibord, conseiller agricole, Le Bourg, 23150 Lépinas.
Bibliothèque. — Un achat a été effectué : Balade en Limousin - Plateau de Millevaches, Chamina, Clermont-Ferrand.
COMMUNICATIONS
Gérard Gouyet présente d'abord à l'assistance le résultat des dernières découvertes archéologiques faites sur la commune de Saint-Dizier-les-Domaines. Au domaine du Mas, découverte d'un cippe en forme de pomme de pin et d'un coffre cinéraire d'époque gallo-romaine. Dessinés vers 1940 par Gustave Pénicaud, curé de Châtelus-Malvaleix, ces deux éléments en granit local ont respectivement une hauteur totale de 97 cm et 46 cm. La section de l'embase du cippe est un rectangle de 50 × 40 cm sur une hauteur de 30 cm, et celle du coffre est un cylindre de 50 cm de diamètre tronqué sur toute sa hauteur. On note également la présence d'une poutre de cheminée avec écusson. Cette poutre a été déposée du bâtiment d'habitation de la ferme (ancienne seigneurie mentionnée en 1479 dans un document coté E 575 conservé aux archives départementales de la Creuse). L'analyse dendrochronologique effectuée par le laboratoire de Besançon sur une coupe prélevée à la demande du Service régional d'archéologie du Limousin a donné les résultats suivants : chêne né en 1392 et abattu entre 1555 et 1575. Une autre découverte a été faite au domaine de Montyaud : une hache en roche dure, de couleur vert-clair (gabbro-diorite locale ?), trouvée vers 1981 dans un labour par Serge Durand. Ses dimensions sont de 82 × 52 × 25 mm et son poids est de 0,122 kg.
Ensuite, Jacqueline Sabourin évoque La houille du bassin d'Ahun et son transport à l'époque gallo-romaine. Sur 19 sites gallo-romains entourant le bassin houiller dit « bassin d'Ahun » ont été trouvés des fragments de houille et des scories. Ceci permet de penser qu'à l'époque gallo-romaine on utilisait la houille dans la région pour les travaux de forge nécessaires à une exploitation agricole. Des indices font penser que les travaux d'exploitation de la houille étaient relativement importants. Dans le bassin houiller, le charbon est facile à découvrir ; le moindre terrassement le fait apparaître le long des nombreux affleurements sur le territoire des agglomérations de Fourneaux, Courbarioux, La Couchezotte, Chantaud et Lavaveix-les-Mines. Ce charbon pouvait être exploité à ciel ouvert ou par des puits peu profonds.
En ce qui concerne la houille, la principale difficulté n'est pas son extraction mais son transport. Tout au long du XIX<sup>e</sup> siècle on constate que l'exploitation est directement liée aux moyens de transport. Pour l'époque gallo-romaine, il faut envisager le transport par eau, par la Creuse. Une Creuse sans barrages, sans moulins, sur laquelle on pouvait naviguer à certaines époques de l'année avec des embarcations appropriées à partir des environs d'Ahun. Ceci expliquerait le développement d'Ahun qui a attiré l'importante voie gallo-romaine Lyon-Saintes au prix d'un long détour par le nord alors que le tracé logique plus ancien franchissait la Creuse à Felletin.
Régis Saint-James termine cette séance en présentant une série de diapositives sur les Curiosités des cimetières ruraux de la Creuse. Ceux-ci donnent des Creusois l'image de gens individualistes, à la fierté affirmée. Le désir d'être égaux aux « autres », mais différents, les pousse à se faire reconnaître par l'originalité des sépultures. Des inscriptions mentionnent leurs qualités professionnelles : sabotiers, meuniers, ingénieurs, vérificateur des poids et mesures, compagnons du Devoir, enseignants, avocats, juges, aviateurs, militaires, buraliste, percepteur, sans oublier les maçons. Ces inscriptions sont souvent accompagnées des mérites, décorations et diplômes sur des plaques de faïence colorées : Légion d'honneur ou médailles, signes distinctifs d'une profession.
Dans les constructions des concessions, à l'exception des chapelles de style « famille Boussardel » des années 1800, les Creusois ont suivi les progrès des matériaux au fil de leur apparition : granit, verre, tôle, fer galvanisé, ciment, aluminium, « verre plastique ». Les cantons migrants témoignent, par les meubles figurant sur les stèles ou sur les pyramides, de l'appartenance au compagnonnage et, par extension, à la franc-maçonnerie : équerres, compas, niveaux, règle, ciseaux, maillets, et la « star », étoile symbole de l'universelle espérance...
La Grande Guerre est présente dans tous les cimetières de village, où se trouvent remémorées aussi les guerres de 1940 et de 1870, les campagnes du Mexique ou de Crimée, jusqu'aux guerres de Napoléon I<sup>er</sup> (a disparu, hélas, du cimetière de Chéniers, une plaque représentant un grenadier montant la garde). Parfois des plaques portent les armoiries de familles anciennes (La Roche-Aymon, Ussel, Chausscourte, Ligondès, Couturier de Fournoue...), tandis que d'autres évoquent l'attachement à la laïcité, à la République une et indivisible ; les cimetières des cantons migrants étonnent par le déficit de croix par rapport aux cimetières de l'Est du département. La présence est fréquente d'urnes funéraires parfois drapées en majesté. Des plaques, enfin, demeurent énigmatiques : pourquoi ici un pharaon sur une stèle ? Pourquoi, ailleurs, a-t-on tenu à invoquer « le cochon qui fume » ?.
En conclusion, la réponse à l'interrogation de Maurice Rollinat : « tous ces morts que j'ose appeler finiront bien par me parler, depuis si longtemps qu'ils se taisent », pourrait être : « Laissez-nous tranquilles ».
SÉANCE DU 20 SEPTEMBRE 1997
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mes/Mlles A. Bichet, L. Bournazel, S. Caylus, S. Cerclier, M. Colombier, M. Daudonnet, M. Dayen, M. Diard, G. Duguey, S. Jarnageon, H. Jean, S. Métrich, G. Rommeluère, S. Saumande, M. Taillemite, O. Vieilleribière ; MM. J.-M. Allard, P.-V. Archassal, G. Avizou, C. Bardon, A. Barret, R. Barret, M. Basin, G. Bellon, A. Beune-Audebert, R. Bournazel, A. Carriat, D. Dayen, D. Diard, A. Duguey, G. Gouyet, H. Laboulle, H. Lacrocq, P. Lamiraud, P. Léger, F. Mimon, R. Nicoux, J. Picaud, R. Rousseau, R. Saint-James, P. Sidrat, E. Taillemite, R. Tétard.
Excusés. — Mme C. Godard ; MM. R. Auclair, J. Pion, P. Urien.
Admissions. — Une seule admission a été enregistrée, celle de M. Henri Laboulle, Lorioux, 23160 Saint-Germain-Beaupré.
Nécrologie. — La Société présente ses condoléances à la famille de M. Jacques Cumont, Le Peyroux, 23320 Saint-Vaury.
Bibliothèque. — De nombreux dons ont été enregistrés : de Maurice Sourioux, 17 cartes, dont 4 cartes anciennes, 2 portraits de Jules Sandeau, 1 dossier regroupant des publications de R. Lugagne ; de l'association Maurice Dayras, Bulletin 1997 ; de Georges Dauger et Daniel Dayen, Histoire du Limousin contemporain, 2<sup>e</sup> édition ; de Mme Claude Carlier, Qui a baptisé nos villages ? ; de la municipalité de Crozant, Le château de Crozant ; de l'association « Les maçons de la Creuse », Bulletin de liaison n° 1. A également été achetée la cassette vidéo De pierre et de passion, sur la restauration de l'église du Moutier à Felletin et les églises du voisinage.
CHRONIQUE
Une demande a été faite par la municipalité de Crozant afin que la Société émette un vœu auprès du ministère pour que soient classées les ruines du château. Le conseil a émis un avis favorable.
COMMUNICATIONS
Claude Bardon présente tout d'abord à l'assistance Le trésor de Bridiers en projetant une série de diapositives concernant des moulages de monnaies et des dessins de monnaies contemporains ou du XIX<sup>e</sup> siècle. Etudié en 1862 par Filloux dans le tome III des Mémoires, le trésor de Bridiers (Breith, Brède dans certaines publications) fut sans doute découvert en 1861, dans la commune de La Souterraine. Filloux décrit 36 monnaies d'argent et donne 9 dessins. Ces pièces sont des imitations gauloises de drachmes grecques antérieures à toute influence romaine dans notre pays. Les revers de ces monnaies s'inspirent des drachmes de Massilia (Marseille) pour 19 exemplaires, d'Ampuriae (Ampurias, Espagne) pour 14 exemplaires. Il faut ajouter 4 pièces dont le modèle peut être le statère d'or de Philippe II de Macédoine ou certaines pièces de Syracuse. Les drachmes de Bridiers, d'un poids moyen de 4,35 grammes, sont parmi les monnaies gauloises d'argent les plus anciennes : fin du III<sup>e</sup> siècle avant J.-C. peut-être. Malgré la grande variété des types représentés, ce trésor gallo-grec provient d'un seul atelier qu'on attribue généralement aux régions limousines. Sur la quarantaine de monnaies que doit comprendre ce trésor, 5 sont au musée de Guéret et la presque totalité des autres dans les musées nationaux.
Pierre-Valéry Archassal évoque Les origines du docteur Villard et quelques bizarreries généalogiques du pays de Sardent. En travaillant sur l'arbre généalogique du docteur Villard, on obtient quelques éclaircissements sur différents points de sa vie politique et sociale. Une branche maternelle fortement et presque exclusivement implantée dans le canton de Pontarion explique en partie le double mandat, de droit et de fait, du maire et conseiller général que fut ce personnage creusois. Elu maire de Guéret, il cumulait cette fonction avec celle de conseiller général de Pontarion. L'engagement politique et républicain était en revanche un des atouts de la branche paternelle de l'arbre du docteur Villard. Son père et son grand-père avaient déjà eu, à Saint-Christophe, des mandats électifs ou des fonctions administratives au bénéfice de la commune.
L'arbre de Ferdinand Villard étend aussi ses ramifications dans quelques bizarreries et erreurs de l'état civil, changeant les noms, attribuant des pères fantômes à des enfants dont la propre descendance convolera ensemble pour reproduire des modèles de curiosités... sur les registres ! L'étude complète, qui paraîtra dans le prochain volume des mémoires, fera toute la lumière sur cet imbroglio généalogique.
Enfin, Guy Avizou termine cette séance par une communication sur La municipalité de Guéret sous le régime de Vichy. La loi du 16 novembre 1940 modifie complètement le mode de désignation des municipalités. Au principe électif, le régime de Vichy substitue la désignation par le préfet des maires et des conseillers municipaux dans les communes de plus de 2 000 habitants. Il s'agit ici d'étudier comment cette loi a été appliquée à Guéret, de voir comment la nouvelle municipalité s'est positionnée face à l'Etat français.
En janvier 1941, le préfet, Jean Cabouat, désigne comme maire de Guéret un notable local, le bâtonnier Adrien Arfeuillère, dont la compétence fait l'unanimité. Politiquement, c'est un républicain, longtemps élu municipal sur les listes radicales d'Alfred Grand, mais hostile au Front populaire. Le conseil municipal est largement renouvelé, mais la rupture avec le passé n'est pas totale. Plusieurs élus, politiquement classés à gauche avant 1940, siègent dans le nouveau conseil. Tout en étant loyale à la personne du maréchal Pétain, la nouvelle municipalité refuse une rupture trop brutale avec la tradition républicaine. Si la partie de la Sénatorerie comprise entre la place Bonnyaud et le carrefour de l'avenue de Laure porte, à partir de mars 1941, le nom du Maréchal, le conseil municipal refuse de débaptiser l'avenue de la République, comme le demandait une pétition signée par 386 Guérétois. Plusieurs conseillers auront par la suite un engagement résistant, et Adrien Arfeuillère sera, en 1944, le président du comité local de Libération, tout en continuant à assumer ses fonctions de maire jusqu'en septembre 1944.
SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1997
Présidence de M. Etienne Taillemite, président
Présents. — Mmes/Mlles A. Aligros, J. Basset, C. Beauchet, F. Biarnois, A. Bichet, L. Bournazel, S. Bouvier, S. Caylus, M. Colombier, J. Corriéras, M. Crossay-Lestrade, A. Dalby, M. Daudonnet, J. Desbeaux, S. Ducher-Casanova, S. Dupoux, S. Jarnageon, J. Jean, C. Kalaïtzis, G. Lajoix, J. Marest, S. Métrich, S. Moreigne, S. Nicolas, G. Parelon, S. Picaud, C. Pinet, J. Porcher, G. Rommeluère, A.-M. Rouet, S. Rousseau, J. Sabourin, F. Saint-James, A. Tourte, O. Vieilleribière, S. du Vigneau ; MM. A. Barret, R. Barret, M. Basin, A. Bataille, M. Biarnois, R. Bournazel, J.-L. Broilliard, A. Carriat, P. Collin, P. Crépiat, G. Dauger, D. Dayen, B. Deprecq, G. Gouyet, A. Guillon, S. Kalaïtzis, H. Lacrocq, P. Lamiraud, J.-P. Le Gall, P. Léger, R. Marcelot, M. Mesmin, F. Mimon, R. Nicoux, H. Parelon, J. Picaud, J.-M. Rouet, J. Rousseau, R. Rousseau, R. Saint-James, V. Souche, E. Taillemite, A. Tessier, R. Tétard, P. Urien, J.-P. Verguet.
Excusés. — Mme C. Godard ; MM. R. Auclair, G. Bellon, J. Pion.
Admissions. — Cinq nouvelles adhésions ont été enregistrées : celles de M. Jean-Pierre Barbe, directeur du conservatoire botanique du Massif central, 47, bd Carnot, 03100 Montluçon ; M. Christophe Chevalier, concepteur multimédia, 14, route du Moutier, 23150 Ahun ; M. Michel Fanget, technicien à la direction départementale de l'Agriculture, le Maspommier, 23150 Lépinas ; Mme France Lagueunière, ingénieur de recherche en linguistique, Les Percèdes sud 6, 63670 Orcet ; M. Jean-François Pasty, étudiant, Chabannes, 23800 Dun-le-Palestel.
Nécrologie. — La Société déplore la disparition de M. Camille Deluchat, professeur honoraire, 11, rue de Pommeroux, 23000 Guéret.
Bibliothèque. — Trois dons ont été faits à la Société : de l'Almanach de Brioude, Le marquis ed Bouillé, un soldat entre deux mondes, par Paul Pialoux ; des Amis des peintres de Crozant et de Gargilesse, le catalogue de l'exposition Les maîtres de la Creuse qui s'est tenue à Dun-le-Palestel du 29 juin au 14 septembre ; de Michel Manville, le catalogue de l'exposition Saint-Pardoux en Limousin qui a lieu à Guéret depuis le 19 octobre et jusqu'au 18 janvier 1998.
CHRONIQUE
Le 57<sup>e</sup> Congrès de la Fédération des sociétés savantes du Centre se tiendra les 15, 16 et 17 mai 1998 à Brive, sur le thème « Marchands, marchés et marchandises ».
La Société se félicite du classement des ruines de Crozant par un arrêté ministériel en date du 3 octobre 1997. Le conseil d'administration de la Société, lors de sa séance du 20 septembre, avait émis un vœu favorable à la requête du maire de Crozant qui souhaitait que la Société intervienne auprès du ministère.
COMMUNICATIONS
Patrick Léger expose les conséquences inattendues de la découverte d'un souterrain à Sourdoux (commune de Gouzon) en 1863, qui avait retenu l'attention de Pierre de Cessac et de diverses autorités : préfet, sous-préfet, maire, architecte... pour, finalement, déboucher, après enquête, sur de maigres résultats.
C'est ensuite au tour de Hervé Laboulle d'entretenir l'assistance d'un site curieux repéré dans le canton de Dun-le-Palestel, dont l'aspect a pu faire penser à un astroblème, c'est-à-dire à l'impact d'une météorite. Selon le Museum, les échantillons de roche prélevés appartiendraient à une brèche. Il s'agirait donc de concrétions provoquées par la variation du niveau de la nappe phréatique. D'autres examens, en 1998, permettront sans doute d'avoir une connaissance plus complète du lieu.
Georges Dauger termine cette séance en présentant un exposé sur Les événements de La Courtine de 1917 : informations récentes. En effet, l'histoire de ces événements a été bouleversée ces dernières années, en particulier par la parution, en août 1996, aux éditions L'Harmattan, de l'ouvrage d'un universitaire grenoblois, René Adam, intitulé : Histoire des soldats russes en France, 1915-1920 : les damnés de la guerre. Ce livre résulte à la fois d'un mémoire et d'une thèse de 900 pages, écrits à partir de documents de première main traités selon des méthodes historiques indiscutables, sans intention partisane a priori. La communication de Georges Dauger était destinée, d'une part, à intégrer cette nouvelle donne. D'autre part, elle visait moins à centrer, une fois de plus, ces événements à La Courtine même, qu'à les faire mieux comprendre en les replaçant dans leur contexte politique, temporel et spatial.
COMPOSITION DU CONSEIL D'ADMINISTRATION
Etienne Taillemite, président ; Pierre Urien, vice-président ; Daniel Dayen, vice-président ; Muriel Colombier, secrétaire ; Patrick Léger, secrétaire-adjoint ; Gilliane Rommeluère, trésorière ; Jacqueline Desbeaux, bibliothécaire ; Charlotte Riou, conservateur des musées de Guéret (membre de droit) ; Michèle Giffault, conservateur du musée départemental de la Tapisserie à Aubusson (membre de droit) ; Isabelle Maurin-Joffre, directeur des services d'archives de la Creuse (membre de droit) ; Guy Avizou ; Michel Basin ; Andrée Bichet ; Jean-Louis Broilliard ; Amédée Carriat ; Henri Lacrocq ; Michel Manville ; Roland Nicoux ; Régis Saint-James.